- Speaker #0
Les Rendez-vous de l'histoire sont bien,
- Speaker #1
au rythme de rencontres, d'échanges,
- Speaker #0
la grande fête annuelle de l'histoire et des passionnés d'histoire.
- Speaker #1
Enseignants, chercheurs,
- Speaker #0
le grand lieu d'expression et de débat.
- Speaker #1
Lecteurs, amateurs,
- Speaker #0
sur tout ce qui se dit.
- Speaker #1
Curieux, rêveurs,
- Speaker #0
sur tout ce qui s'écrit.
- Speaker #1
Qui aident à prendre la mesure des choses. A éclairer le présent et l'avenir, dans l'espace et dans le temps.
- Speaker #2
Bonjour à tous, nous vous remercions d'être venus dans cette conférence atelier intitulée « Ulysse, le périple, le mythe fondateur, la reine des honorances de l'Odyssée » . Cette conférence atelier sera faite par M. Bernard Legrin, professeur d'histoire grecque à l'Université de Paris 1, qui va nous faire une mise au point, du point de vue scientifique, sur tout ce qu'on a envie de savoir d'Ulysse.
- Speaker #3
Père Véronique, merci. Donc je dois vous parler d'Ulysse. Alors j'avais deux options. Alors la première option, un petit peu cabotine, c'est de faire en sorte que les rendez-vous de l'histoire vous remettent à chacun un magnifique T-shirt, un magnifique T-shirt de vacances. Vous lisez Odyssée, l'Odyssée. Andra Moïe, Népété, Moussa, Polytropone, etc. Et les rendez-vous de l'histoire, dans leur grande générosité, après vous avoir offert chacun un magnifique t-shirt, vous propose un billet d'avion pour partir vers la Méditerranée, où le soleil brille encore plus qu'à Blois aujourd'hui. Donc c'était la première idée que j'avais, qui était une idée qui vidait l'amphithéâtre immédiatement vers le premier aérodrome ou le premier port. Alors cette idée est évidemment un rêve, donc je vais aborder plus sérieusement et d'une manière plus scientifique, plus traditionnelle, plus universitaire, le thème qui m'a été confié, que vous connaissez, je le rappelle, donc Ulysse, le périple, le mythe fondateur, la résonance de l'Odyssée. L'Odyssée n'est peut-être au 8e siècle avant notre ère. La date n'est pas très importante, c'est peut-être le 8e, c'est peut-être le 7e. Donc c'est une épopée de 12 000 vers qui est structurée en 24 livres. Elle raconte le retour, nostos en grec, de la guerre de Troie d'un chef grec, Ulysse, vers son île d'Itaque, vers son épouse Pénélope, son fils Télémach et sa royauté. convoité comme sa fidèle épouse par les prétendants, les méchants prétendants. Ce sont les termes de l'Odyssée. On sait que le nom grec d'Ulysse est Odysseus, Ulysse dérivant du latin ulyxès ou ulyxès avec un y. Ce nom Odysseus signifie enfant de la haine. Il lui a été donné par son grand-père maternel, Autolikos, parce que lui-même, Autolikos, Aïssait bien des gens, hommes ou femmes, sur la terre qui nourrit les hommes. Odyssée 19 vers 406-407 Ulysse part d'Ithaque pour 20 ans. La guerre de Troie dure 10 ans. Le voyage de retour perdure encore 10 années. Comme si Ulysse n'était pas si pressé de rentrer. Découvrant au cours de ses voyages bien des bonheurs, des séductions ou des plaisirs, les rencontres avec les charmantes Calypso, Circe ou Nausicaa ne lui ont-elles pas fait oublier un peu sa fidèle épouse Pénélope ? Mais Pietro Cittati donne une explication plus large et profonde à la longueur de ce voyage de retour. Nous y viendrons tout à l'heure. La personnalité d'Ulysse s'avère complexe. Il est à la fois un guerrier valeureux, destructeur de ville, un athlète victorieux, un homme prudent, capable d'endurance physique et de maîtrise de soi. Il s'affirme par-dessus tout un héros intelligent et rusé. Il est Ulysse aux mille tours. Ulysse. Le sujet est immense et proprement inépuisable. Je vais donc me concentrer sur trois thèmes. Premièrement, un mythe fondateur pour l'assiliation grecque. Deuxièmement, les renaissances d'Ulysse dans la littérature. Trois, la critique des historiens. Vous aurez reconnu, bien entendu, le plan classique des historiens en trois parties. Donc, premier point, un mythe fondateur pour l'assiliation grecque. L'Odyssée joue avec l'Iliade une place centrale dans l'assiliation grecque. Homer est de fait véritablement l'éducateur de la Grèce, selon la formule de Platon dans La République. Je cite. Ainsi repris-je, quand tu rencontreras des admirateurs d'Homer disant que ce poète a été l'éducateur de la Grèce, et que pour l'administration et l'éducation des hommes, il mérite qu'on le prenne et qu'on l'étudie, et qu'on règle, selon ses préceptes, toute sa conduite. Il faudra les saluer. et les embrasser comme des gens du plus grand mérite possible, et leur accorder qu'Homer est le plus grand des poètes et le premier des poètes tragiques. Mais se souvenir qu'en termes de poésie, il ne faut admettre dans la cité que des hymnes aux dieux et des éloges des gens de bien. Si au contraire tu y reçois l'amuse plaisante, soit épique soit lyrique, le plaisir et la douleur régneront ensemble dans ton état. à la place de la loi et du principe que la communauté reconnaît en toutes circonstances pour être meilleure. Pour Platon, l'épopée homérique a donc une double fonction, à la fois religieuse et civique, en sachant que dans les cités grecques, la religion est fondamentalement civique. On ne peut pas séparer le religieux du politique. Dans le banquet de Xénophon, on trouve ces paroles de l'aristocrate athénien Nicératos, fils du stratège Nicias. Je cite « Mon père, désirant que je devienne un homme accompli, en grec « aner agatos » , me força à apprendre Homer. Aussi, même aujourd'hui, suis-je capable de réciter par cœur l'Iliade et l'Odyssée. » Ça fait 24 000 vers. Ce rôle pédagogue et moral était souligné aussi par le poète xénophone de Colophon, 570-475 avant notre ère. On sait aussi qu'il a profondément influencé le style du poète béotien Hésiode, du 8e siècle, qui avait commencé sa carrière comme rhapsode, comme récitateur d'homère, rappelant que le rhapsode récite sur fond de musique instrumentale, cita en général. Alexandre le Grand part à la conquête de l'Empire perse en emportant Homère et dort en plaçon dit-on les rouleaux de papyrus sous son oreiller, ce qui laisse penser que les épopées homériques étaient ses lectures du soir. Pour le réteur Héraclite, premier fiel de notre ère, auteur des allégories d'Homère, je cite, il accompagne l'homme dans tous les âges de la vie. Donc pour un grec de l'époque classique, Homer est un compagnon. quotidien, c'est le fondement de son éducation. L'influence de l'œuvre est ancienne. On en trouve peut-être une trace dans une inscription grecque gravée à Abou Simbel, en Égypte, sur l'une des jambes des deux colosses méridionaux placés en avant du grand temple de Ramsès II. C'est le colosse de gauche. Ces colosses, comme l'ensemble du temple, ont été déplacés par l'UNESCO. et le gouvernement égyptien, bien entendu, lorsqu'on a créé de toutes pièces le barrage Nasser, qui devait noyer ce temple, qui a donc été déplacé artificiellement, et c'est celui qu'admirent aujourd'hui les touristes. Alors sur l'une des jambes de ces deux colosses se trouvent 33 inscriptions grecques, dont 7 datent de l'expédition d'un pharaon. Samhétide II, le plus connu des pharaons, au Soudan en 591 avant notre ère. Alors cette inscription grecque, qui en fait sont des graffitis parce que l'écriture est assez maladroite, toutes ces inscriptions ont été gravées par des mercenaires grecs. Dans l'armée de pharaons, il y avait des mercenaires étrangers. C'était en fait une armée multinationale. Alors la plus longue de ces inscriptions, encore visible, si vous allez en Abu Simbel vous pourrez la lire, mais simplement prenez des jumelles. Donc la plus longue conserve cinq lignes en grec. Alors voilà ce que disent ces cinq lignes en grec, je vais lire lentement évidemment. Le roi psamétique, alors le roi psamétique c'est évidemment le pharaon psamétique. Le pharaon psamétique étant venu à Elephantine, Donc l'île qui marque le sud du territoire égyptien, donc à la limite du Soudan, donc tout à fait au sud, l'île d'Eléphantine. qui est face à Soin aujourd'hui, le roi psamétique étant venu à Elephantine, voilà ce que fit rédiger ceux qui naviguaient avec Psamétique, fils de Théoclès, et qui poussèrent en amont de Kerkis. Alors Kerkis, c'est au Soudan, jusqu'où le fleuve, le fleuve c'était durant le Nil, le permettait. La légion de langues étrangères avait pour chef Potasimto et les Égyptiens Amasis. Ceux qui nous rédigeaient étaient Archon, fils d'Amoïbikos, et Pélékos, fils de Danmos. Donc les choses sont extrêmement claires, il n'y a pas d'ambiguïté. Donc on a une expédition conduite vers le Soudan, qui ne fait pas partie du territoire contrôlé par Pharaon. Donc l'Europe samétique est venue à Elephantine, donc la limite sud de l'Égypte, et a été gravée cette inscription Nous, Donc on nous dit que dans cette expédition militaire, qui va jusqu'au Soudan, jusqu'à Kerkis, jusqu'où le fleuve le permettait, c'est-à-dire l'endroit où le fleuve ne peut plus être remonté, donc on remonte le cours du Nil, on nous donne un certain nombre de noms de chefs de cette expédition. Donc on nous donne le nom de Psamétique, fils de Théoclès, alors c'est un nom extrêmement intéressant, Psamétique c'est évidemment un nom égyptien, et Théoclès c'est tout à fait grec. Alors ce psamétique fils de Théoclès est probablement le commandant grec de la flotte. Donc c'est lui qui commande la flotte nilotique. C'est donc un grec d'Egypte, donc il a dû naître en Egypte. Ce nom de psamétique renvoie au contexte égyptien, mais il y a encore l'onomastique grec avec le nom du père, Théoclès, qui est grec. Donc un amiral de la flotte nilotique qui est un grec. Bon. Et puis on a deux chefs, un certain Potassimto et l'autre s'appelle Amasis. Alors Potassimto commande la légion de langues étrangères. Qu'est-ce que cette légion de langues étrangères ? Eh bien ce sont des mercenaires étrangers qui combattent pour Pharaon, donc des Grecs, on les a ici, mais on a également des Karyas et on a également des Sénites, en particulier des Syriens. Et puis on a des troupes égyptiennes qui sont commandées par un certain Amasis. Ce qui nous intéresse ici, ce n'est pas tellement l'expédition vers le Soudan ou ces chefs militaires qui nous montrent un petit peu comment était composée cette armée égyptienne. Ce qui nous intéresse, c'est ceux qui ont fait graver la pierre, ces mercenaires, donc ces mercenaires de base, ces simples mercenaires qui n'ont pas de rang, et qui font graver ce graffiti comme souvenir. Ils sont passés par là, ils veulent laisser une trace de leur... de leur passage. Alors le premier s'appelle Archon, fils d'Amoïbikos. Alors il n'y a rien à en dire. Archon, ça veut dire le chef. Fils d'Amoïbikos, c'est un nom tout à fait grec. Donc le premier, c'est un nom extrêmement... on va dire que c'est banal. Celui qui nous intéresse dans une perspective homérique, c'est Pélékos, fils de Damos. Alors ce Pélékos, fils de Damos, a suscité des interrogations tout à fait importantes. Pélékos, c'est Pélékus en grec, ça veut dire la hache. Une traduction, c'est un nom qui veut dire quelque chose, l'âge. Eudamos, c'est Oudamos, en grec, personne. Personne avec un P majuscule. Donc si on traduit littéralement, donc on a un mercenaire qui s'appelle l'âge, et qui se dit fils d'Eudamos, qui se dit fils de personne. Donc l'idée, il y a eu certains épigraphistes qui ont travaillé sur ces questions. Je sais que le deuxième mertennaire qui fait graver l'inscription est un petit malin. C'est un blagueur, c'est un rigolo, amateur de calembours, de blagues, de jokes, tout ce que vous voulez. Il veut amuser ceux qui vont lire l'inscription, parce qu'évidemment il s'adresse aux futurs lecteurs. Il ne s'appelle pas la hache fils de personne, bien entendu. La hache, c'est une sorte de pseudonyme. En fait, c'est son arme. Comme mercenaire, il peut utiliser... la lance, tout ce que vous voulez, mais il peut aussi utiliser une hache, une arme de guerre. Et la hache, c'est celle qui a servi à graver l'inscription. Pour graver cette inscription, dans la pierre, il a besoin d'un instrument, il a pris son arme. Donc la gravure s'est faite avec la hache, qui prend ce pseudonyme, et la hache, évidemment l'instrument, n'a pas de papa biologique. Donc elle a été fabriquée par un artisan, par un rangeron, ce que vous voulez. Elle est, étant donné que c'est un instrument, elle est fille de Personne. Et Personne, ça renvoie évidemment à Ulysse. Ulysse qui a utilisé ce nom fallacieux de Personne pour tromper le cyclope. Et donc, notre mercenaire, dont finalement on ne connaît pas le nom, inscrit l'AH fils de Personne pour s'amuser. Et pour montrer qu'il a une culture homérique. Alors, c'est évidemment une hypothèse. Peut-être qu'il s'appelle en fait M. H., fils de personne. Mais l'hypothèse a été faite très sérieusement, parce qu'il est clair qu'en 591, on peut très bien avoir un mercenaire grec cultivé, lettré, qui... qui a lu Homer, ou qui a entendu Homer, et qui s'amuse à Abus-Sinbel. Donc une trace peut-être très ancienne de culture homérique un petit peu détournée. Alors revenons sur un terrain solide à 100%. Pour l'Égypte, ce sont les papyrus littéraires grecs, qui ont été retrouvés dans la vallée du Nil. Vous savez qu'on a retrouvé beaucoup de papyrus en Égypte, 60 000 papyrus grecs, un petit peu de papyrus latins, évidemment à côté des papyrus en égyptien, les papyrus démotiques, ces papyrus qui sont parvenus que nous parce que l'Égypte a des conditions favorables pour la conservation des papyrus à travers les siècles et les liminaires, la sécheresse. donc le papyrus papier de l'Antiquité, était utilisé dans l'ensemble du bassin méditerranéen, mais il n'a pu parvenir jusqu'à nous que quand il se trouvait dans des conditions de sécheresse absolue, donc dans le désert égyptien ou dans d'autres déserts, on en a aussi à Petra, par exemple, ou alors lorsqu'ils ont été été carbonisés, mis au contact avec une source de chaleur, comme c'est le cas à Herculanum, en Campanie, lors de l'éruption du Vésu. Donc on a retrouvé beaucoup de papyrus documentaires, mais également des papyrus littéraires, ces papyrus littéraires qui conservent des textes littéraires, les historiens, on a Hérodote, on a les grands tragiques, Échilles, Sophocle, et on a beaucoup de papyrus d'Homère. Alors, ces papyrus d'Homère, c'est la première catégorie de papyrus littéraire qui soit retrouvée, et cela atteste que Homère était le fondement des études pour les petits grecs, petits grecs au masculin et au féminin, parce que les filles avaient également accès à l'école grecque, une école grecque qui était payante, donc c'était seulement les familles d'un certain niveau social qui pouvaient inscrire leur enfant dans des écoles, qui sont de fait donc des écoles privées, dirait-on aujourd'hui. en petits groupes, c'est des groupes de 5, 15 élèves. Donc ces poèmes homériques formaient la base de l'éducation, et la lecture d'Homère continuait durant toute la vie, comme on le disait tout à l'heure, donc pour les lettrés grecques, hommes et femmes d'Égypte. Alors il existe un Louvain, Louvain en Belgique, c'est Louvain la flamande, Leuven, Donc les Louvaniens... très intéressés par la papyrologie, ont établi une base de données des livres anciens qui recensent tous les fragments depuis le plus petit confetti jusqu'au rouleau entier de papyrus. Et pour les fragments homériques, j'ai consulté avant-hier encore cette base de données parce qu'elle est en continue à l'évaluation, donc il faut toujours se tenir au courant du filtre exact, peut-être que demain il aura bougé. Ce jour, on est à 1919 fragments de textes homériques. Donc c'est vraiment tout à fait considérable. Et de nouveaux fragments sont publiés chaque année. En 2012, par exemple, a été publié un nouveau fragment du livre XVI de l'Iliade, conservé à la Bibliothèque Nationale de France. Alors c'est vraiment un confetti, un tout petit fragment de 4 cm sur 5,2 cm, qui date du... du deuxième siècle de notre ère et qui provient sans doute d'Oxyrhynkos, en Moyenne-Égypte, Oxyrhynkos qui est la ville d'Égypte où on a trouvé le plus de papyrus. Alors la même année, toujours en 2012, je me suis concentré sur cette année, ont été publiés trois inédits conservés à Cleveland aux États-Unis et un fragment à Cologne en Allemagne, tous deux du deuxième siècle de notre ère. Alors la plupart de ces papyrus homériques datent de l'époque romaine, en particulier du deuxième siècle. Mais l'époque ptolémaïque est aussi bien représentée. Par exemple, deux fragments conservés à Barcelone, c'est la collection Roca Puch, ça s'écrit P-U-I-G, mais il paraît qu'en catalan on dit Puch. Donc deux fragments conservés à Barcelone ont été publiés dans les actes du 26e congrès de papier de réologie de Genève, qui s'est éroulé en 2010 et qui a été publié en 2012. Alors ces deux fragments, l'un de l'Odyssée et l'autre de l'Iliade, datent du début de la domination ptolémaïque, sans doute du IIIe siècle avant notre ère. Donc on a vraiment beaucoup de fragments, et donc on a constamment de nouveaux textes, mais qui ne nous apportent rien. Donc ce sont des inédits mais qui... ne donnent pas des textes nouveaux ou différents de la tradition médiévale. Donc l'un des intérêts de ces fragments antiques, c'est de montrer que les manuscrits médiévaux que nous avons et qui sont la base des éditions homériques sont corrects. Donc la transmission des textes, c'est bien fait, donc ça nous rassure sur l'état du texte. Le nombre de fragments conservés constitue la papyrologie homérique en véritable discipline autonome. Et c'est déroulé du 9 au 10 juin 2011 à Florence, à un colloque international organisé par deux papyrologues italiens, Guido Bastianini et Angelo Casanova, et pendant deux jours, on a parlé uniquement des papyrus homériques, donc dans les différentes langues. Donc on peut faire des colloques de deux jours où on ne parle que de cela, que de papyrus homérique. Évidemment, il demande une certaine technicité, il est un peu passionné, c'est un peu particulier, mais bon, c'est possible. Et le volume des actes s'ouvre par un très beau texte du papyrologue Franco Montanari, qui examine trois problématiques, les thèmes, les problèmes et les perspectives de recherche de la papyrologie. Alors, si on étudie, si je vous parle beaucoup ici des papyrus de mer, c'est parce qu'on les a retrouvés, donc on les a retrouvés, on peut les consulter, on peut les consulter également sur internet, maintenant, la papyrologie. documentaire est accessible sur Internet, c'est dû donc aux conditions de conservation. Mais on lisait Homer de la même manière dans les autres régions du monde hélénistique et du monde romain. Simplement, on n'a pas retrouvé les papyrus, on n'a pas retrouvé les manuscrits, parce qu'il pleut, tout simplement. Les papyrus sont détruits biologiquement, ils pourrissent, pour dire les choses de manière tout à fait triviale. Alors, cette importance des lectures homériques, comme enfant, comme adolescent puis comme adulte, a des conséquences, évidemment, dans la langue grecque. Donc la langue grecque, de l'époque ptolémaïque et de l'époque romaine, donc à une époque bien plus tardive, conserve des marques de vocabulaire numérique. On continue à utiliser le mot numérique dans la vie quotidienne. Et évidemment, l'univers de l'Odyssée, évidemment de l'Iliade, marque la morale, l'éthique, la manière de raisonner. la manière d'appréhender le monde, leur vision du monde, pour les Grecs, mais également pour les Romains, en n'oubliant jamais que les Romains cultivés sont bilingues. Les empereurs sont bilingues, toute l'aristocratie romaine, toute l'élite romaine, c'est le Grec et le Latin, et lit Homer au même temps que les Grecs. Donc quand on parle ici des Grecs, cela vaut aussi pour l'élite romaine. Ce prestige d'Homère se perpétue dans le monde chrétien-byzantin. L'archevêque de Thessalonique, Eustat, rédige au XIIe siècle un commentaire érudit de l'épopée qui servira considérablement aux érudits des époques postérieures. Les Grecs et le Romain en feront la source de leur culture. Le premier des historiens, le père de la philosophie et le garant de la morale et de la religion, Selon Suzanne Saïd, dont le manuel parut chez Beland en 1980, 1998 est une synthèse très utile. Si vous ne savez rien sur Homer, je vous recommande chaleureusement un petit peu de bibliographie. Le livre de Suzanne Saïd, 1998. L'ouvrage a été traduit en 2011 en anglais. Preuve du fait qu'il reste tout à fait solide sur le plan scientifique. Durant la Renaissance, l'Iliade et l'Odyssée sont très naturellement regardés comme les textes fondateurs d'une culture antique qu'il faut faire revivre comme source et comme modèle. Ils sont l'un des enjeux de l'art dans le débat entre les anciens qui les admirent et les modernes qui poussent assez loin le dénigrement d'honneur. Fenelon compose un roman pédagogique inspiré de l'Odyssée, Télémaque. Les arts plastiques reproduisent aussi des thèmes homériques, les peintres ou la manufacture de tapisseries des Gobelins. L'une des séries les plus remarquables le fut pour l'hôtel parisien du surintendant des finances Claude de Bullion. Les scènes furent dessinées par le peintre Simon Vouet avant de devenir des tapisseries. Les huit tentures sont aujourd'hui conservées au château de Cheverny, au palais de justice de Rion et au musée de Besançon. On y voit Ulysse et ses compagnons qui quittent l'île d'Éole, Ulysse qui aborde à l'île de Circé, les Grecs à la table de Circé, ils se conduisent bien. Ulysse réduit Circé à sa merci, les funérailles d'Elpénor, Ulysse et les sirènes, Ulysse endormi, déposé sur le rivage d'Itaque et enfin Ulysse arrivant en son manoir. qui est reconnu par le cher Argos. Le corpus complet de ses œuvres, artistique odysséenne, est dressé par Noémie Hepp dans son livre « Homère en France » au XVIIe siècle, paru en 1968. On trouve aussi parmi les peintres de sujets odysséens l'Odre Lorrain, ou le hollandais Van Tulden, évêque de Rubens, qui reproduit sur des planches les 58 compositions sur l'histoire d'Ulysse peintes au château de Fontainebleau. Les tableaux dessinés par le primatiste ou François Ier et Henri II furent réalisés par le primatiste en partie et en partie par Nicolas de Labatté. Cette suite de tableaux disparaît en 1736 quand l'aile qui les abritait fut abattue. Mais l'œuvre de Van Tulden reste. D'autres expressions artistiques portent la marque odysséenne. Le cinéma a créé des œuvres homérisantes. Qu'il s'agisse de peplum adapté de l'œuvre ou de création à thème odysséen. Le plus admirable peplum est adénièrement l'Ulysse tourné en 1954 par Mario Camerini avec Kirk Douglas, Silvana Mangano et Anthony Quinn. L'un des plus récents films appartenant à la seconde catégorie. reproduit pas le poème, qui ne s'en inspire pas directement, et le documentaire réalisé en 2015 par la cinéaste grecque Evangelia Cragnoti, Exotica Erotica, sur l'océan et les ports, et les lieux de plaisir, où accostent les marins venus des cargos et des containers géants. Donc je passe à mon deuxième point, les renaissances d'Ulysse dans la littérature. La Grèce a fait naître deux odyssées dans la littérature grecque, à presque trois millénaires de temps. Le premier est l'œuvre d'Homère. Le second, du poète et romancier Nikos Kazantzakis, qui publie en 1938 une odyssée en 33 333 vers. Bon, il a évidemment calculé. Il structure également son poème en 24 livres. Les conditions de la création de l'Odyssée de Kazantzakis, sans doute plus connu pour son Zorba le grec, incarné au cinéma par l'américain Anthony Quinn dans un film de Michael Kakoyanis. Rappelons que Nikos Kazantzakis naît à Kandy, aujourd'hui Héracléon, en 1883. Quand la guerre de libération contre le joug turco-ottoman n'est pas encore achevée, il meurt en 1957, ayant écrit une œuvre immense, après avoir été mini-socialiste en 1945, puis au fonctionnaire de l'UNESCO. Il est enterré sur les murailles d'Héracléone. Je présenterai seulement ici le cadre de naissance de l'Odyssée de Cazan-Zachis, car elle exprime ce qu'a signifié le poème, né dans le passé révolu de l'ancienne grecque, Grèce pour ce crétois qui travaille à cette œuvre de 1924 à 1938. Nous sommes bien dans la résonance de l'Odyssée d'Homère. Durant ces 14 années, Kazanzakis voyage et nourrit son épopée des pays traversés et des drames de son époque. Il écrit fin de 1924, début 1925, au moment où il commence à écrire « Maintenant, je travaille à l'Odyssée, à son lycée, à lui. » Mon cœur est bateau à la voile jaune et de la proue à la poupe, il est plein d'Ulysse. Il a commencé son deuxième voyage, il traverse la Crète, l'Afrique, la Méditerranée. Il rencontre des idées, des femmes, des travaux qu'il avait désirés. Il dépasse les limites de l'homme et il va créer en Dieu avec la proue de son voilier. Dans l'île de Naxos, il écrit d'Ulysse en 1925. Là, il parle de l'Église d'Homère. C'était toi, comment aurais-je pu ne pas te reconnaître aussitôt ? C'était toi, capitaine du vaisseau de la Grèce, aïeul, trisaïeul bien-aimé, avec ton bonnet pointu, ton esprit insatiable et roué, qui forge des fables, et se réjouit de son mensonge comme d'une œuvre d'art, avide et têtu, alliant avec une habileté souveraine la prudence de l'homme au délire divin, debout sur le vaisseau de la Grèce, depuis combien de milliers d'années à présent et pour combien d'années encore, tu tiens la barre sans la lâcher. De l'automne 1925 au printemps 1927, l'écrivain, habité par un Ulysse homme d'action, se mêle à la vie du monde. Selon les termes de Nikos Athanasios, il veut vivre dans sa chair les expériences et les désillusions d'Ulysse. Kazan Zaki se rend en URSS. Il en tire un livre, ce que j'ai vu en URSS. Dans la Palestine mandataire, dans l'Espagne de Primo de Rivera, dans l'Italie de Mussolini, en Égypte et au Soudan. Peut-être a-t-il vu la scripture d'Abu Simbel, mais il n'en parle pas. Ces voyages sont pour lui une propédétique, une préparation à la création. Je le sens. Je jetterai un regard violent sur l'Afrique. J'attraperai ce que je pourrais pour l'Odyssée. Et chargé du butin, glané en Russie, en Palestine, à Chypre, en Espagne, en Italie, en Égypte et au Soudan, j'irai travailler à Paris. En fait, il va s'installer à Égyne. Il, dont il aime l'ambiance de solitude et d'ascétisme, et qui devient sa résidence habituelle en dehors de ses voyages. Donc il n'écrit pas à Paris. Il commente ainsi l'écriture de l'œuvre en 1927. « Je vivais immobile les épreuves et les exploits d'Ulysse. Il avait appareillé pour le grand voyage, le voyage sans retour. »
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Sa petite île, sa petite femme insignifiante, son fils naïf et plein de bonne volonté, ne lui suffisait plus. Il s'en était allé pour toujours, était passé à Sparte, avait emmené Hélène, la belle Hélène, qui étouffait elle aussi dans son existence paisible, avait débarqué en Crète, s'était mêlée aux barbares, avait brûlé le palais des chutes. Il suffoquait. La grande île royale elle-même était trop étroite pour lui. Il avait mis à nouveau le cap sur le sud. J'avais trouvé ce que je voulais. C'était le regard pétois qu'il me fallait mettre dans les yeux de mon Ulysse. Pour Kazantzakis, le regard pétois est, je le cite, un regard héroïque, sans espoir et sans crainte. Le regard crétois. Un regard héroïque, sans espoir et sans crainte. Si je peux retenir une formule de Kazantzakis, c'est cela. Il explique ce regard qui s'impose en raison de la dureté de son époque. On est dans les années 20-30, je cite. Toute ressemblance avec notre époque est un hasard. Notre époque est féroce. Le taureau, il s'agit du minotaure crétois déverreur d'êtres humains. Les forces ténébreuses et souterraines ont été libérées. L'écorce de la terre se fend. Coisie, harmonie, équilibre, douceur de vivre, bonheur, autant de joie et de vertu dont il faut avoir le courage de prendre congé. Elles appartiennent à d'autres époques, passées ou futures. Chaque visage, chaque époque a son visage propre. Le visage de notre époque est féroce. Les âmes fragiles n'osent pas le regarder enfin. Le crétois façonne donc un unis de son temps, les années 20. Année d'après-guerre, marquée par la grande catastrophe avec l'arrivée brutale en Grèce d'un million et demi de réfugiés grecs des mineurs après la perte de Smyrne, l'une des patries possibles d'Homère. Époque marquée par la montée du fascisme en Italie, mais aussi par la construction de l'URSS de Léline, qui le fascine comme son ami roumain Panaïtis Trati, mais Kazantzakis ne sera jamais communiste. Kazanzakis écrit sept versions de l'Odyssée, atteignant dans les versions 2 à 5 42 000 vers. Chacune des nouvelles versions traduit ses nouvelles expériences de la vie. De 1932 à 1938, trois sont particulièrement marquantes. 1. La montée des totalitarismes qui se manifestent en Grèce en 1923 avec la prise du pouvoir par le général Metaxas. Je cite. Metaxas détruisait la Grèce. Tout homme progressiste devenait suspect. Les humbles, les sans-visage apprenaient les douceurs de la question policière. Les jeunes professeurs de l'université, ceux qui avaient la plus grande audience, étaient déportés dans les îles. Il est vrai, pas toujours insalubre. Les sans-eau, là où l'eau n'était que boue, étaient réservés aux durs. Deuxième élément qui le marre, réclame son odyssée. Plusieurs voyages dans l'Espagne de la guerre civile, dont il décrit comme journaliste les horreurs. Enfin, un voyage au Japon qui lui permet de découvrir, pour l'écriture de l'Odyssée, l'Extrême-Orient. Je cite. « Par amour de l'Odyssée, j'ai supporté ce lourd, ce très lourd voyage, et j'espère sauver en quelques vers ce que j'ai vu de merveilleux. » Afin de nourrir son épopée, il traduit aussi en grec moderne, la Démotiki, la divine comédie de Dante et le Faust de Goethe. Kazan Zakis construit donc un Ulysse du XXe siècle, né dans le monde d'affrontement de cette entre-deux-guerres, dont on sait qu'il ne fut qu'un répit partiel dans la guerre mondiale de 1914-1945. Le message qu'adresse Kazan Zakis Ulysse incite cependant à jouir lucidement de la vie. Lisons ces premiers vers du prologue de son Odyssée. Soleil, mon grand levant, bonnet d'or de ma pensée, que j'aime apporter de travers, l'envie me prend de jouer, tant que tu vis, et que je vis encore, pour réjouir nos cœurs. Cette terre est bonne et nous convient. Comme la grappe bouclée, elle s'accroche à l'air et se balance dans la tempête, mordillée par les esprits et les oiseaux du vent. Mordions-la, nous aussi, pour rafraîchir notre pensée. Donc malgré la conscience... Un drame tragédie de la vie, il commande tout de même de mordre la vie à pleines dents. Il faut aussi faire mention de l'huilisse de l'irlandais James Joyce, publiée en 1922. Cette odyssée de Léopold Bloom à Dublin, durant la journée du 16 juin 1904. On sait combien le livre a choqué. Virginia Woolf écrit de lui dans son journal un « devidoir d'adosse d'indécence » . Grossier, le livre d'un manœuvre autodidacte. En France, le livre de... Joyce sera stéréo jugée par les surréalistes, la NRF et Gide. Mais le livre a aussi ses défenseurs et surtout aujourd'hui des lecteurs. En France, la dernière traduction est parue en 2004. Je n'ai pas l'image, mais il a fallu que 8 traducteurs se mettent ensemble pour réussir à donner une bonne traduction. J'aborde maintenant le point de vue du romancier Pietro Cittati. Pietro Cittati est né à Florence en 1930. propose une lecture de l'Odyssée à partir de lectures homériques qui s'échelonnent sur 60 années de sa vie. Il a passé 60 ans de sa vie, l'Odyssée, sur sa table de chevet. Le livre est paru en Italie en 2002 et a été traduit dès 2004 chez Gallimard sous le titre, très beau titre, La pensée chatouillante, Ulysse et l'Odyssée. Pietro Cittati ne réécrit pas le poème comme Casanzacchi, il ne nous donne pas une nouvelle Odyssée. Il présente le récit de la vie d'Ulysse dont il dit que c'est un homme plein de couleurs et de douleurs. Il insiste sur le fait que l'âge d'or dans l'Odyssée n'est pas lié au retour final à Ithac mais au monde découvert durant le voyage. Je le cite. L'Ithac d'Ulysse revenu de voyage n'est pas un nouvel âge d'or comme celui qu'Hésiode imagine au début du nouveau cycle. Ni même l'une de ces nombreuses îles utopiques que l'imagination a disposé dans l'étrange archipel de l'univers. L'âge d'or de l'Odyssée, nous le connaissons. Les cyclopes, la grotte et les fromages de Polyphème, et évidemment les rencontres féminines faites par Ulysse. Aucun navire ne ramènera jamais Ulysse dans le monde intermédiaire, donc celui entre Troie et Ithac, avec son temps multiple, son plaisir, ses jeux, sa danse, ses couleurs, sa légèreté, et les dieux qui passent, visibles au milieu des phéasiens. Les portes qui donnent sur les autres espaces sont fermées. Le pays de la vieillesse d'Ulysse est Ithac, une île est réelle, avec ses monts et ses bois qui occupent un espace précis sur la carte de la géographie. Y règne le temps, la limite, la mesure, la maladie et la mort. Si les dieux y apparaissent, ils sont masqués. Quand ses habitants quittent la terre, l'Hadès les accueille avec ses ombres sans voix nissantes et non l'inaccessible champ élyséen. En dépit des tourments déhaltes des voyages dans les pays de l'imagination et de la magie, l'Odyssée nous apprend à accepter la réalité comme elle est. Et Itak, aucun autre livre d'Occident ne possède cette force grandiose. Itak, c'est la mort, le voyage, c'est la vie. On comprend pourquoi. Ulysse n'est pas pressé de rentrer. Pascal Quignard, qui vient de publier un dernier roman, je le découvrais hier dans Le Monde des Lignes, qui consacre bien des pages à nos rendez-vous de l'histoire. Pascal Quignard publie en 2014 le volume 9 de son dernier royaume, Mourir de Pensée. Le titre, c'est Mourir de Pensée. Le chapitre 3 est consacré à la mort d'Argos, le chien d'Ulysse. Il décède brutalement après l'avoir reconnu, 20 ans après son départ. Voilà ce qu'écrit Kignard. La scène est bouleversante parce qu'aucun homme et aucune femme sur l'île d'Itaque n'a encore reconnu Ulysse déguisé en mondiant. C'est son vieux chien Argos qui reconnaît cet homme tout à coup. Le premier être surpris à penser dans l'histoire européenne est un chien. C'est un chien qui pense, qui pense, il faut le mettre en italique, c'est un chien qui pense, un homme. Il pense ! Et il meurt. Ainsi, le premier être qui pense d'Homère se trouve être un chien. Pascal Kignard met lui en avant le rôle fondateur d'Homère dans l'histoire de l'association européenne. Pour lui, il offre le premier exemple de pensée, ce qui annonce l'aventure intellectuelle européenne et par voie de conséquence les potentiels dangers qu'elle implique, en particulier le danger de mort. Je passe maintenant à mon troisième et dernier point, en regardant toujours la montre. Le temps est toujours là. Donc, troisième point, la critique des historiens. Donc, la critique des historiens vis-à-vis de l'Odyssée. Donc, rendez-vous de l'histoire. Donc, quel est le regard des historiens, des professionnels, des savants, des érudits sur le texte homérique ? L'Odyssée homérique pose aux chercheurs des difficultés bien plus redoutables que l'Odyssée kazan-zakienne. Pour ses conditions d'apparition, le contenu original de l'œuvre est l'identité historique du créateur. Notons d'emblée que nous ne savons rien de l'auteur. Son nom n'apparaît dans l'œuvre que sous la forme d'un pronom personnel ou datif au vers 1 de l'Odyssée. Comme l'écrivait déjà le romancier Héliodore dans ses Éthiopiques, nous sommes dans l'Antiquité, je cite donc Héliodore, « Il n'a jamais mentionné son nom, sa patrie ni sa famille. Les portraits antiques d'un homère, présentés comme un vieillard aveugle, sont une pure création des anciens. » Homer, le poète par excellence, est conçu comme aveugle, comme le devint Thérésias ou Laëde, le chanteur phéasien, l'île de Phéasie, des mots de cosse dans l'Odyssée. Pour les Grecs, cela est naturel, car le poète comme Laëde voit ce que les autres hommes ne voient pas. Il existe cependant une tradition tardive durant l'époque romaine où il est représenté sur des bas-reliefs lisant les rouleaux de papyrus portant l'Iliade et l'Odyssée. Cette tradition suppose que les poèmes aient été écrits dès l'origine alors que l'hypothèse qu'ils aient d'abord été élaborés oralement était également formulée. La tradition quasi-unanime place à mort dans l'île de Yos, dans une petite île d'Ecyclade. C'est vraiment une toute petite île qui ne compte pas dans l'histoire d'Ecyclade. Donc c'est vraiment la toute petite île. On va à Yos pour être allé dans l'île où est mort Homer. Peut-être, évidemment, tous les points d'innovation. Alors les études d'Homérique sont fécondes. Ceux d'entre vous qui sont familiers des bibliothèques d'histoire ancienne, des bibliothèques universitaires, connaissent l'année philologique, publication en français, l'année philologique qui recense d'année en année, en fait tous les deux ans, la production scientifique en histoire ancienne. Alors la dernière année philologique, c'est 2012, dernière livraison, elle donne pour Homer 166 titres. C'est les numéros 1877 à 2043, c'est 166 titres, alors des livres mais aussi des articles tout de même, qui couvrent pour l'essentiel les années 2010-2011, dont vous voyez sur deux ans 1666 publications. Et on imagine, si on ajoute les décennies précédentes, ce que cela représente. Il est impossible de lire toute la littérature sur Homer, à moins peut-être de faire que ça dans la vie. Suzanne Saïd dit de la masse imposante de ses publications, je la cite, « Cette masse même fait qu'il est difficile pour le spécialiste, et quasi impossible pour le profane, de s'y reconnaître. » Mon ambition est donc simplement de vous donner ici quelques jalons historiques. Alors rappelons qu'il existe également des encyclopédies homériques, donc des ouvrages qui font la synthèse. Alors vous avez le Cambridge Companion to Homer, qui est publié par Cambridge University Press en 2004, qui est donc un manuel, un companion en anglais, c'est le manuel de Cambridge pour Homer, donc un magnifique ouvrage. avec un chapitre 21 très dense sur les réceptions contemporaines d'Homère, donc c'est tout à fait notre propos aujourd'hui. Vous avez également, en 2011, paru aux États-Unis, dans une autre collection encyclopédique, Wille Blackwell, The Homer Encyclopedia, donc l'Encyclopédie homérique, en trois volumes. Et ce sont des synthèses, bien entendu, qui donnent toute la bibliographie possible. Donc c'est un monde à soi tout seul. Donc essayons maintenant de donner quelques éléments. L'historien Moses Finlay, 1912-1986, a écrit un livre fondamental, Le Monde du Lys, très beau titre, qui a été paru en 1954 à New York, au moment où on tourne le film avec Sylvain Lamorgano et Anthony Quinn. Donc, le monde d'Ulysse essaie de montrer l'importance d'Homère pour la culture occidentale. Je le cite. « S'il est vrai que l'histoire de l'Europe a commencé avec les Grecs, il l'est aussi que l'histoire grecque a commencé avec Ulysse. Et comme tous les débuts humains, elle avait une longue histoire derrière elle, car l'histoire, comme le remarquait Jacob Burckhardt, est le seul domaine d'études dans lequel on ne peut commencer au commencement. » Alors cette œuvre, le livre de Finlay, a été écrite juste après le déchiffrement du linéaire B, cette écriture également appelée grec-mycénia qui faisait remonter la datation du nom grec écrit au XVe, sinon au XVIe siècle avant notre ère. L'historien qui travaillait encore aux Etats-Unis, avant de devoir s'installer en Angleterre à Cambridge en raison des persécutions maccartistes, reprenait la question de l'historicité du récit posée en 1795 par l'allemand Wolf dans ses Prolégomènes à Homer. Les Prolégomènes à Homer, c'est vraiment le début de la critique moderne homérique. Wolf s'inspirait dans son ouvrage critique, écrit en latin, des méthodes mises au point à propos de la Bible, où les érudits cherchèrent comme aujourd'hui à démêler la part d'histoire, de récits symboliques, de romans, voire de poésie. Pour cet érudit, la forme originelle du poème s'est perdue au fil des siècles. Il écrit « L'homère que nous tenons dans le main n'est pas celui qui fleurissait sur les lèvres des grecs de son temps, mais un homère altéré, interpellé, Pour Iger, depuis l'époque de Solon jusqu'aux Alexandrins, pour Wolf, les poèmes auraient d'abord été composés oralement et transmis par la tradition orale. Des aètes, c'est-à-dire des chanteurs, ou des rhapsodes, littéralement ceux qui cousent ensemble, les auraient récités soit à capella, soit accompagnés d'un instrument. L'anus par écrit se serait faite à Athènes au VIe siècle avant notre ère, sous le tyran Pisistrate. de manière concomitante avec l'institution des Panathénées où les deux poèmes étaient récités. La forme définitive se serait fixée à Alexandrie, dans le cadre de la bibliothèque du musée, où des amérisants prestigieux, en particulier Zénothode d'Éphèse et Aristarque de Samorse, auraient collationné les différentes traditions manuscrites. La longue tradition orale expliquerait les doublets et les incohérences du poème. Les discussions ont porté sur l'unité de l'œuvre, un seul auteur, ou sur sa pluralité en isolant 2, 3, 4 auteurs même. En 1950... Tyler, un philologue allemand, distingue ainsi quatre homères, écrivant l'Odyssée. Un poète épique, rapportant le retour et la vengeance d'Ulysse. Un poète bourgeois, racontant la télémachie, les aventures de Télémach, le fils. Un poète bucolique, composant les livres XIV et XV, décrivant le séjour d'Ulysse dans la cabane du porté à Ithac, c'est-à-dire le retour à Ithac. Et enfin, un unificateur qui aurait réuni ces trois poèmes. La discussion porte aussi sur l'auteur des deux poèmes, l'Iliade et l'Odyssée. L'Iliade présente un monde homogène, où Achaïens, les Grecs et les Troïens ont les mêmes valeurs. L'Odyssée met en scène deux mondes, un monde civilisé, défini par le travail agricole et par la pratique du sacrifice, aussi par la cuisson des aliments, et un monde sauvage. L'Odyssée présente donc l'autre. dans une opposition sauvage civilisée, grec-barbare, ce qui explique l'intérêt de l'Odyssée pour les ethnographes et pour l'anthropologie historique. L'importance des études odysséennes au sein de l'école de Paris, c'est-à-dire le centre de recherche fondé par Jean-Pierre Vernon et Pierre Vidal-Naquet, explique ainsi qu'il suffit de lire les vers consacrés au séjour d'Ulysse en Égypte pour comprendre que pour le poète de l'Odyssée, il y a deux mondes, le monde grec et le monde de l'autre, alors que dans l'Iliade, il n'y a qu'un seul monde. Donc, ce n'est pas le même univers. Ce regard odysséen annonce bien entendu une autre œuvre majeure, celle d'Hérodote, qui est autant, sinon plus, une enquête ethnographique et anthropologique qu'une enquête historique. Il faut traduire le grec « historie » et « histoire » par « enquête » . François Artaud, dans son « Miroir d'Hérodote » , et c'est sur la représentation de l'autre, première édition 1980, ou dans « Mémoire d'Ulysse, récit sur la frontière anglo-saxonienne » , 1996, ne s'y est pas trompé. Je continue. La société de l'Odyssée est plus complexe. L'Iliade ne présente que l'élite, rois et aristocrates. L'Odyssée fait apparaître les aèdes, les mendiants ou des serviteurs. Alors que faut-il admettre ? Un seul poète, mais un poète qui aurait vieilli en écrivant l'Odyssée, ou deux auteurs ? D'aucuns pensent qu'il y a bien deux Homères, et que l'auteur de l'Iliade pourrait bien être de Smyrne, sur la côte d'Azimineur, et l'auteur de l'Idyté serait de l'île de Chios. Les deux poèmes mettent de fait les dialectes ioniens et eoliens, ce qui place la naissance des poèmes en Grèce d'Asie ou dans les îles au large de l'Asie mineure. Mais on peut aussi avoir un seul homère, autre hypothèse, vivant d'abord à Smyrne puis à Chios. Si Homer est bien smirniote, cette ville aurait donc donné à la culture grecque deux poètes majeurs, le second étant Georges Séphiris, donc prix Nobel, qui dut quitter la ville en 1922 avec le départ contraint des grecs d'Azmineur. Pour les historiens, la grande question est de déterminer si les aventures d'Ulysse sont fondées sur des archétypes cosmologiques primitifs ou si elles entretiennent des relations complexes et profondes avec des réalités historiques, ethnographiques et géographiques de la Méditerranée antique. Pour Moses Finlay, l'univers de représentation collective de l'Iliade et de l'Odyssée serait celui des XIXe, IXe siècles avant notre ère. L'hypothèse d'une création qui refléterait les réaliades de la société mycénienne disparue au XIIIe siècle étant complètement abandonnée. Alors le XIXe, IXe siècle, parce que la morale de l'Odyssée, c'est la morale du don, l'obligation de donner, de recevoir et de rendre. Donc le don et le contre-don seraient le fondement de la société, et ça placerait cette société grecque vraiment dans le monde imitiviste, dans le cadre d'une économie primitive, et on a là les grandes idées de Karl Polanyi. Alors cette idée d'une naissance au IXe-VIIIe siècle a été critiquée par de nombreux chercheurs, en particulier Évin Chahé-Tissigné dans sa thèse en 1994. et par Alain Balabriga dans les fictions d'Homer, l'invention mythologique et cosmologique de l'Odyssée, qui date de 1998. Homer exprimerait bien plus le monde de la cité naissante, 7e-6e siècle, donc non pas 9e-8e, mais 7e-6e. La morale archaïque du don perdure dans la Grèce classique et au-delà. L'intérêt épique focalisé sur les rois, qui sont en fait des rois clés, l'oïkos, la maison, et le rôle du démos, le peuple, proche de l'océanotisphique, sont typiquement ceux de la cité naissante. L'épopée légitime la cité naissante en exaltant les héros et les valeurs héroïques de l'aristocratie. En particulier la volonté d'excellence et l'esprit agonistique. Ces valeurs sont chantées durant les banquets. Cet univers civique explique Comère et suscité l'intérêt des grecs durant toute l'histoire du monde grec. Il reste un univers de cités, même si ces cités ont été intégrées durant l'époque hellénistique à des royaumes et à l'imperium romanum après la conquête de l'espace grec par les légions romaines. La délicate question de l'origine orale ou écrite de l'œuvre trouve aujourd'hui une réponse nuancée. Annie Schnab-Gourbillon estime ainsi, je la cite, que l'agencement profondément original qui est celui d'Homère peut porter la marque d'une composition sinon écrite directement de sa main, du moins pensée en fonction d'une écriture existante. Elle ne se mouille pas. Donc soit cela a été écrit, soit ça a été créé oralement, mais par rapport à un écrit qui existe déjà. C'est très subtil, mais très fort. On ne cherche plus aujourd'hui à reconnaître dans les lieux homériques des lieux réels, que l'on pourrait cartographier sur une carte de la Méditerranée, comme le faisait Victor Bérard, qui estimait que le poète utilisait directement ou indirectement une carte maritime phénicienne pour ses localisations. Il écrit « Je ne crois donc pas au rôle d'un homère Ulysse, je crois au travail d'un poète lettré, sachant aussi bien lire qu'écrire et empruntant à une source écrite la matière de ses descriptions et de cette légende. » Cette source lui venait, directement ou indirectement, des phéniciens. Ce n'était ni un produit de l'imagination individuelle, ni un assemblage de récits populaires, de contes de matelots ou de bonnes femmes. Donc il écrit ça dans La résurrection d'Homère, Paris, 1930. En fait, Homère, vous l'avez bien compris, c'est une œuvre poétique fondée sur une fiction, qui invente, même s'il s'inspire du réel de la société contemporaine, et cette société contemporaine, c'est la cité grecque qui apparaît. Montons enfin, avant de conclure, que le récit odysséen passionne au-delà de la recherche historique, anthropologique, ethnographique ou philologique. Des chercheurs ont ainsi tenté de comprendre l'œuvre à l'aide de la psychanalyse, à l'aide de Cléopâtre Athanasio. Il publie en 1986, en français, elle est grecque, mais elle écrit en français, un ouvrage publié à Lyon, aux éditions Césura, dans la collection Psychanalyse. Le titre, c'est « Ulysse, une audicité psychanalytique » . Mais il faut aussi écrire en psychanalyste, car tel est le but de ce livre. Mettre au service de ce qui nous est parvenu de l'âme d'un peuple, d'Aède, qui emportèrent la mémoire et d'un écrivain de génie, Ce que la connaissance psychanalytique et l'interrogation sur l'homme, deux millénaires et demi plus tard, nous ont donné de toucher ce que le temps et l'espace ont ainsi laissé d'inaltérer dans le fond du cœur humain. Donc lire l'Odyssée à l'aide de Freud. Je ne suis pas convaincu. Bon, alors, concluons maintenant. L'Odyssée est donc bien une mise en ordre du monde. Ce monde étant celui de la cité grecque naissante au 8e-7e siècle avant notre ère. Elle révèle les valeurs du groupe dirigeant, celui des aristocrates qui dirigent la cité, avant que le peuple, le démos, ne voit sa puissance. Les cités démocratiques, puis les grecs des époques hélénistiques et romaines reprendront ce corpus de valeurs. Les valeurs de l'Odyssée perdurent à travers l'histoire grecque. L'esprit d'excellence, l'esprit de rivalité, ce que les grecs appellent agone, cet esprit agonistique qui constitue véritablement le noyau des valeurs de l'hélénisme. Mais l'Odyssée n'est pas que cela. Elle est aussi invitation au voyage, invitation à la découverte, à la curiosité universelle dans un monde cosmopolite. L'Odyssée est donc un hymne à la vie et c'est sans doute ce qui nous incite à la lire et à la relire à travers maintenant près de trois millénaires.
- Speaker #1
Je vous remercie.
- Speaker #2
Il nous reste un petit peu de temps pour les questions. Il y a des questions dans la salle.
- Speaker #1
Je voulais savoir juste, est-ce qu'on a la certitude que l'Iliade a été écrite avant l'Odyssée ? L'écriture, pas pour le style, c'est vraiment la même langue. En revanche,
- Speaker #0
le type de monde, en particulier la civilisation matérielle qui est montrée, le type de société, c'est une société d'une ou deux générations avant. Donc ce serait logique de penser que l'une a été élaborée avant l'autre. Je dis toujours élaborer ou créer, parce que ça évite de prendre partie sur le problème écrit-oralité.
- Speaker #1
Si l'Odyssée ne pouvait pas être interprétée comme deux sources populaires, et que l'Iliade, après coup, ait constitué une sorte de commande, ou simplement de volonté de donner une forme à une aventure dont on n'a qu'une moitié. C'est plutôt une idée comme ça en l'air.
- Speaker #0
Oui, oui. L'idée de commande, dans cette époque-là, ça n'existe pas. Il n'y a pas de commandes dans des palais des rois ou des groupes d'aristocrates. On a un poète ou on a plusieurs poètes. Enfin, il y a toute une ambiance de création. Et bien entendu, ce poème nous est parvenu, mais il devait y en avoir d'autres, bien entendu, qu'on n'a pas.
- Speaker #2
D'autres questions ? Moi, j'en ai une. Finalement, Ulysse, mythe ou histoire ?
- Speaker #0
Si on doit absolument choisir, c'est évidemment une construction mythique, c'est une fiction, mais qui intègre des éléments de réalité, de l'époque d'élaboration, donc l'essence de la cité, donc l'époque archaïque, c'est ce qu'on voit bien sur la frise, et qui intègre aussi, parce qu'il y a des souvenirs, il y a une mémoire, il y a des réminiscences, des éléments plus anciens, effectivement, de l'époque de Palais, de l'époque de Bicenne. Alors, comment c'est fait, là ? La connaissance de ces éléments très anciens, remontant au XVIe, XIVe siècle avant notre ère, pour un poème qui est donc élaboré au VIIIe, VIIe siècle. Alors, bien entendu, c'est une mémoire orale, mais qui déforme. Mais il y a aussi des objets qui ont dû subsister. Il y a le fameux casque avec des dents de sanglier, dont on a une... qu'on a retrouvé archéologiquement, au musée national d'Athènes, vous pouvez le voir, l'Iliade et l'Odyssée nous décrivent ce fameux casque avec des dents de sanglier, et on l'a retrouvé archéologiquement datant de l'époque mycénienne. Donc ce type d'objet pouvait se transmettre de génération en génération. Alors évidemment les Grecs ne savaient pas exactement où les citer, leur frise chronologique n'était pas aussi précise, ils savaient que c'était des temps très anciens, une époque face, une époque brillante. dont il reste des traces dans le poème. Donc il y a des éléments de réalité, de la société réelle, finalement comme tout écrivain, qui ne peut pas s'abstenir de son environnement, celui de l'époque et puis des époques antérieures. Mais ce n'est pas ça qui intéresse fondamentalement le poète ou les poètes, ce sont ses valeurs, et la manière de les dire, et de les dire agréablement, et je ne vais pas trop insister non plus, la capacité à les... mémoriser, parce que les poèmes, donc nos jeunes grecs apprenaient par cœur, mais les poètes les savaient par cœur. Et c'est pas un exploit extraordinaire. On sait depuis les années 1930-1940, il y a des anthropologues, ethnologues qui sont allés dans l'ancienne Yougoslavie ou en fait au Kosovo actuel, et qui... et qui ont trouvé des bardes, donc des bardes du XXe siècle, qui étaient capables, là encore, de réciter des... des milliers de vers de les mémoriser, précisément parce qu'il y a des répétitions, il y a les fameuses épithètes homériques, enfin, le travail de mémoire est évidemment considérable, mais il n'est pas aussi considérable... qu'on pourrait le penser, parce qu'il y a ces répétitions qui permettent à l'esprit de se reposer. Mais mémoriser 12 000 vers, c'est quand même quelque chose d'étonnant.
- Speaker #2
Donc finalement, c'est un mythe qui fait l'histoire.
- Speaker #0
Oui, mais l'histoire est également une construction intellectuelle, on le sait bien. Donc le mythe et l'histoire se retrouvent quelque part.
- Speaker #2
Je crois que ce sera le mot de la fin, et je vous remercie tous.
- Speaker #0
Merci.