Speaker #0Les Aventures de Moustache Malloré, Tome 1, L'Esprit de famille. Une histoire originale écrite et mise en voix par Mademoiselle M. Ferme les yeux, imagine que tu es sur une belle plage de sable fin. Écoute. Tu entends le bruit des vagues qui viennent et qui repartent ? Schhh... Schhh... Est-ce que tu sens le soleil chaud sur ta peau ? C'est une chaleur très douce... Respire l'air marin, il sent bon le sel n'est-ce pas ? Laisse-toi bercer par le bruit des vagues. Je te souhaite une très bonne écoute.
Chapitre 22 : Un aimable voisinage. "Bonjour les enfants, comment allez-vous ?" Deux sourires étiraient leur visage. « Ça va bien, merci » , répondirent Sam et Caroline poliment. « Papa et maman ne sont pas là ? » « Non, ils sont partis hier pour le travail. Ils ne reviendront qu'en fin de semaine. En attendant, c'est Mamie qui nous garde. » Samuel jeta un coup d'œil en direction du salon. « Bon, elle n'est pas au meilleur de sa forme. Elle vient de se fouler la cheville. » « Oui, c'est ce que nous avons cru comprendre, en effet, la pauvre. Nous achetions notre baguette de pain chez M. Michelon, » expliquèrent-ils, « quand nous avons appris ce qui s'était passé. » Mme Frenelle s'est empressée de tout nous raconter. Elle avait croisé Mme Galvado, qui avait croisé Mme Justin, qui avait vu la voiture du médecin devant chez vous. « Les nouvelles circulent vite à Belleville, » pensais-je. Mme Justin était la commère du quartier. Elle habitait le trottoir d'en face, sur la gauche, au numéro 22. Une petite dame osseuse, à l'œil affûté comme un rasoir, rien ne lui échappait. Lorsque M. le Maire avait divorcé, c'était elle qui avait répandu la nouvelle. Il trompait sa femme depuis plusieurs mois avec Mlle Frange, la coiffeuse du village. Cette rumeur d'infidélité avait même failli lui coûter sa réélection. Mme Justin s'en fichait. Elle disait que dans la vie, il faut toujours assumer ses responsabilités. Elle connaissait tous les ragots qui traînaient et elle les colportait sans se gêner. Monsieur et Madame Marchal, que la curiosité rapprochaient, la fréquentaient régulièrement. Ils étaient ainsi assurés d'être au courant d'à peu près tout ce qui se passait dans le quartier. « La pauvre dame ! Quel accident affreux ! Comment se porte-t-elle ? "Elle va bien, ne vous en faites pas ! » Henriette leva aussitôt les bras. Forcée de rester assise, elle ne pouvait faire que cela. Elle n'en revenait pas de la désinvolture avec laquelle ses petits-enfants parlaient de sa chute. Ils auraient dû être scandalisés ! Au lieu de cela, ils minimisaient l'affaire et en profitaient pour la brocarder. L'esprit rongé par l'amertume, elle devait penser que la jeunesse d'aujourd'hui ne respectait vraiment plus rien. « Pourrions-nous la voir un instant ? Elle doit être fatiguée., alors nous ne resterons pas longtemps. » Madame Marchal tendit ses mains en avant. « Nous avons apporté une tarte aux quetsches. Notre jardin en regorge. Nous en avons à ne plus savoir qu'en faire. » « Merci beaucoup ! » répondirent-ils en s'emparant du gâteau. Ils avaient l'air ravi. « Caro, tu veux bien aller la prévenir, s'il te plaît ? » « Ok, mais t'as intérêt à m'attendre avant de commencer ! » répondit-elle en pointant son petit doigt dictatorial en direction de son frère. Monsieur et Madame Marchal souriaient. Ils les regardaient se chamailler et semblaient trouver les deux enfants tout à fait charmants. Musique
"Mamie, il y a Monsieur et Madame Marchal là, l'informa-t-elle d'une voix expéditive. "Monsieur et madame Marchal ?" "Oui, tu sais, ces voisins qui veulent toujours tout savoir sur tout, ceux qui ont le gros chien horrible." Aussitôt, Monsieur et Madame Marchal blémirent. "Enfin Caroline, fais attention à ce que tu dis," lui ordonna Henriette en chuchotant, gênée. Puis, levant plus fort la voix à l'adresse du couple, elle enchaîna. « Entrez donc, je vous en prie ! » Monsieur et Madame Marchal, quelque peu déstabilisés, hésitaient. Henriette poursuivit, l'air désolé. « Veuillez excuser ma petite-fille, » dit-elle en adressant de gros yeux à Caroline qui rejoignait son frère dans la cuisine. « Ces enfants ont reçu une éducation pour le moins... libérale, dirons-nous, » souffla-t-elle à regret en tournant le regard vers eux. « N'y prenez pas garde, vous êtes les bienvenus. Je vous remercie sincèrement pour votre sollicitude. C'est très aimable à vous de venir prendre de mes nouvelles, » s'exclama-t-elle, levant à nouveau la voix en direction des deux gloutons qui s'empiffraient déjà. Et que la pique n'atteignit pas. Elle invita le couple à s'asseoir, feignant un réel enthousiasme. « J'aurais bien aimé avoir eu le plaisir de faire votre connaissance en d'autres circonstances, mais que voulez-vous ? » Elle eut un geste d'impuissance, leur désignant sa cheville. « Vous m'excuserez de vous accueillir dans une si misérable posture, mais le médecin a été catégorique : il m'a interdit de bouger le pied d'un millimètre au moins jusqu'à demain. » « Allons donc ! Mais quelle histoire ! C'est à peine croyable. Nous ne voulions pas vous déranger, » répondit M. Marchal en s'asseyant bien confortablement. « Nous passions à tout hasard, voir si nous pouvions aider. Nous avons également apporté une tarte. Les enfants s'en sont emparés comme si quelqu'un allait la leur voler, j'espère qu'ils vous en laisseront une part ! » lança-t-elle en riant. « Rien n'est moins sûr, » répondit Henriette, sceptique. « En tout cas, voilà une délicate attention. Je vous remercie. J'espère qu'ils en ont fait de même ! » dit-elle en appuyant plus fort la voix pour qu'elle parvienne jusqu'aux oreilles des deux goinfres. « Merci, elle est super bonne ! » Visiblement, ils se régalaient. Monsieur et Madame Marchal échangèrent en regard satisfait. Henriette, de son côté, était dépitée. « Ne pouvaient-ils pas finir d'avaler leur boucher avant de parler ? » Monsieur Marchal reprit. « Nous voulions juste vous assurer de notre présence en cas de besoin, » déclara-t-il d'un air soudain plus formel. « Les enfants nous ont dit que vous étiez seule avec eux à la maison alors, avec ce pied en berne..." Il avait l'air sincèrement inquiet pour elle. « C'est gentil, » répondit-elle touchée, « mais ne vous inquiétez pas, tout ira bien. Ce n'est pas aussi grave que ça en a l'air, j'en ai vu d'autres. » s'exclama-t-elle. Madame Marchal adopta un ton mielleux et répondit « En tout cas, sachez que nous sommes là. » Avec une insistance un peu trop marquée, Henriette s'étonna de cette générosité maintes fois répétée. « Je n'hésiterai pas, mais je doute que cela s'avère nécessaire. » Leur extrême prévenance commençait un peu à l'agacer. Elle les fixa en souriant, sans relancer la discussion pour autant, priant pour qu'ils comprennent son besoin subit de retrouver un peu de tranquillité. « Bien, nous ne vous dérangerons pas plus longtemps. » Poursuivit Monsieur Marchal d'un air détaché. Henriette parut soulagée, tandis que ce dernier glissait un bref regard circulaire dans la pièce, avant de taper les paumes de ses mains sur ses genoux d'un geste décidé. « Je suis désolée de ne pouvoir vous raccompagner moi-même, s'excusa Henriette. Les enfants... ! » commença-t-elle sa phrase à haute voix. Elle n'eut pas le temps de la terminer. « Ne les dérangez pas ! » la coupa aussitôt Mme Marchal. « Ce n'est pas la peine, nous connaissons le chemin. » Puis... Comme s'ils s'étaient assis sur le même ressort, le couple se leva au même moment. « Nous repasserons demain » , déclara soudain Mme Marshall. Musique. Je vis à la mine circonspecte d'Henriette que la perspective d'une seconde visite ne l'enchantait guère. "J'espère que d'ici là vous vous porterez mieux." Henriette s'apprêtait à décliner l'offre de sa voisine lorsque l'homme et la femme tournèrent les talons en lui coupant l'herbe sous le pied. "C'est entendu alors, nous vous disons à demain ! Au revoir les enfants, lancèrent-ils gaiement en rejoignant la porte d'entrée. Henriette souffla, déçue de ne pas avoir osé être plus ferme. Je m'interrogeais. Que lui arrivait-il donc ? Ce n'était pourtant pas son genre de se laisser envahir ainsi. Les émotions des dernières heures semblaient l'avoir épuisée. Dépitée, elle alluma la télévision. Elle voulait se changer les idées. Une publicité pour un nouveau dentifrice offrant un brossage révolutionnaire résonna dans la pièce. Elle zappa, contrariée. Elle portait un dentier. Caroline et Samuel, de leur côté, étaient en train de préparer une collation destinée à enterrer la hache de guerre, à en juger par la quantité monstrueuse de crème chantilly qui l'ornait. Moi, je regagnai mes appartements, la pâte traînante, tandis que cette vieille bûche héritait de la dernière part de tarte. Depuis son arrivée, c'était la seconde fois qu'un bon repas me passait sous le nez. Musique.