- Isabelle Wagner
Bonjour chers gourmands et chères gourmandes, comme vous avez raison d'être avec nous. Avec la fourchette, le couteau et la petite cuillère, on va goûter des tas de bonnes choses encore girondines. Gironde-sur-Dro, c'est la destination. Nous allons à la fromagerie Beau Séjour dans le sud Gironde, entre Langon et Lareole. Bonjour Yann.
- Jan Spurenberg
Bonjour Isabelle.
- Isabelle Wagner
Jan Spurenberg, je l'ai bien dit ?
- Jan Spurenberg
Oui, très bien.
- Isabelle Wagner
Alors pourquoi ici ? Beau séjour, pourquoi vous êtes-vous installé à Gironde-sur-Dro ?
- Jan Spurenberg
Parce qu'on était à la recherche d'un endroit assez près de Bordeaux, parce que j'ai mon épouse qui travaille à Bordeaux et moi je voulais m'installer en fabrication fromagère.
- Isabelle Wagner
Expliquez-nous un peu le parcours que vous avez suivi jusqu'à la Gironde.
- Jan Spurenberg
Je suis de formation, je suis ingénieur agronome et j'ai toujours travaillé dans l'agroalimentaire aux Pays-Bas. On avait envie de changer et j'ai postulé pour un poste en Italie et finalement on est arrivé en France. Et au bout d'un peu de temps, c'était l'heure de changer. Et on a regardé pour se rapprocher de Bordeaux et s'installer à Gironde-sur-Drou.
- Isabelle Wagner
Pour cette fromagerie, Beauséjour.
- Jan Spurenberg
Oui, tout à fait.
- Isabelle Wagner
Beau séjour, c'est le nom de l'endroit ?
- Jan Spurenberg
C'est le lieu dit.
- Isabelle Wagner
Quelles sont vos productions ?
- Jan Spurenberg
Nous, on fait du gouda, de la mozzarella, un peu de feta, qui ne s'appelle pas de feta parce qu'on n'en parle pas. Et des cochons roses.
- Isabelle Wagner
Vous parlez de la feta, vous n'avez pas le droit de l'appeler la feta, mais le gouda, est-ce qu'il y a une appellation aussi à respecter ?
- Jan Spurenberg
Oui, mais ça, ça va pour le gouda hollandais. Ça comme un camembert de Normandie et un camembert lambda.
- Isabelle Wagner
Ça tombe bien que vous parliez du camembert parce qu'il arrive juste avant le gouda au niveau des fromages préférés de notre pays. Les consommateurs adorent le gouda. Depuis les débuts en 2014, la fromagerie artisanale s'est spécialisée dans la production de ces délicieux fromages type le goudaï de la mozzarella et la feta. Est-ce que vous pouvez nous donner votre journée type dans cette fromagerie ?
- Jan Spurenberg
Une journée type, quand on fabrique, ça veut dire que je me lève à 6h pour aller chercher du lait à la ferme. Je rentre vers 8h et ensuite on lance ensemble avec l'équipe la fabrication qui va jusqu'à 17h à peu près. Et moi, entre-temps, je nourris mes cochons et je fais tout ce qui est préparation de commandes, administration, livraison. Et vers 19h, on finit. Donc moi, j'ai fini la fabrication et après, c'est fini pour la journée.
- Isabelle Wagner
C'est une bonne journée ?
- Jan Spurenberg
Toujours.
- Isabelle Wagner
Vous n'avez pas de soucis de sommeil, je suppose ?
- Jan Spurenberg
Pas assez.
- Isabelle Wagner
Pas assez de sommeil. Jan, pourquoi cette production de gouda ? Parce que c'est vraiment votre fromage, votre identité ?
- Jan Spurenberg
C'est surtout le fromage que les autres ne font pas. Quand je me suis installé, je ne voulais pas faire ce que font tous les autres. Donc il faut faire quelque chose qui change et c'était le gouda. Et c'est dans le même optique maintenant qu'on fait la mozza et un peu de feta.
- Isabelle Wagner
On va d'abord s'intéresser à ce gouda. Quel est le lait que vous utilisez pour le gouda ?
- Jan Spurenberg
Nous, on travaille du lait de vache et du lait de brebis.
- Isabelle Wagner
Les deux sont possibles ?
- Jan Spurenberg
Les deux sont possibles. Ça change un peu la texture, mais la recette reste globalement pareille. Donc pour moi, ça reste une goutte.
- Isabelle Wagner
D'où vient ce lait de vache ou de brebis ?
- Jan Spurenberg
Le lait de vache vient d'Aillas, que j'achète directement aux producteurs chez Nadege et Didier, qui font du bon lait de vache.
- Isabelle Wagner
Bonjour Nadege et bonjour Didier.
- Jan Spurenberg
Et le lait de brebis vient du côté de Roquefort, où on achète un groupement de producteurs, les éleveurs de Rouget, qui vendent leur... Lait en direct.
- Isabelle Wagner
Parce qu'il faut beaucoup de lait pour un gouda ?
- Jan Spurenberg
Ça dépend de la taille du fromage. Pour un kilo, il faut 10 litres.
- Isabelle Wagner
Ah oui ?
- Jan Spurenberg
En vache. Et en brebis ? En brebis, ça peut aller de 5 à 7 litres. En peu près. Parce que le lait de brebis, c'est beaucoup plus riche.
- Isabelle Wagner
Et pourquoi avoir autant de diversité dans le gouda cumin et d'autres parfums que vous proposez ?
- Jan Spurenberg
Pour offrir un peu le choix aux gens.
- Isabelle Wagner
C'est une demande du consommateur ?
- Jan Spurenberg
Les gens aiment bien goûter plusieurs variétés, toujours. Et si on ne fait que de la nature, ça va être un peu ennuyant, je pense.
- Isabelle Wagner
Oui, vous pensez ?
- Jan Spurenberg
Oui, je pense.
- Isabelle Wagner
On va voir d'ailleurs dans un instant comment on fabrique le gouda, parce qu'il y a différentes étapes, bien sûr. Vous, est-ce que vous fabriquez aussi le gouda de mai, comme en Hollande ?
- Jan Spurenberg
Non, nous, on ne fait pas ça. Parce que le gouda de mai, c'est un gouda qui est fait avec des vaches qui viennent de sortir sur la prairie. Et donc, ça change la composition du lait. Et chez nous, le lait... plus stable. Donc on n'a pas vraiment un lait de mai. Donc pas de fromage de mai.
- Isabelle Wagner
Oui, c'est une différence de goût finalement. Il vaut mieux avoir un goût qui se ressemble que des goûts différents d'une saison à l'autre ?
- Jan Spurenberg
Ça dépend de ce qu'on cherche. C'est très intéressant d'avoir un goût qui change avec la saison, mais il faut voir l'élevage qui va avec.
- Isabelle Wagner
Qu'est-ce qui fait la qualité de vos goudas à vous, Yann ?
- Jan Spurenberg
C'est l'amour que nous mettons.
- Isabelle Wagner
C'est un peu facile de répondre ça, mais je vous crois. Mais encore.
- Jan Spurenberg
Après, c'est un lait cru, donc on a tout ce qui est dans le lait qui ressort dans le fromage, tout le goût qui sort. Et après, on a les aromates qui apportent leur touche. Mais à la base, c'est une bonne qualité de lait qui fait le goût.
- Isabelle Wagner
C'est-à-dire que c'est un lait un peu gras ?
- Jan Spurenberg
Pas trop gras, c'est un lait moyen, on peut dire. Mais un goût, c'est pas forcément très... Très, très gras. Et si le lait est trop gras, on ne peut pas travailler pour faire du fromage. Donc il ne faut pas un lait trop gras.
- Isabelle Wagner
Est-ce que je peux faire une raclette avec du gouda ?
- Jan Spurenberg
Très bien.
- Isabelle Wagner
Ah bon ?
- Jan Spurenberg
Oui, ça fond bien. Il ne faut juste pas oublier d'enlever la croûte. Parce que la croûte est un peu plastifiée.
- Isabelle Wagner
Oui.
- Jan Spurenberg
Donc ça va très bien. Si vous aimez la truffe, gouda à la truffe en raclette, c'est une tuberie.
- Isabelle Wagner
Calcium, protéines, c'est la récré fromage avec Yann. Spurenberg de la fromagerie Beau Séjour à Gironde-sur-Dro. Voyons Yann, quelles sont les grandes étapes de la fabrication du gouda ?
- Jan Spurenberg
On commence avec la collecte du lait. Après, on le transverse dans notre cuve fromagère où on ajoute les ferments, donc les bactéries lactiques qui vont transformer le lactose en acide lactique. Ensuite, on régule la température pour arriver à peu près à 29 degrés. On met de la présure, on laisse cailler. Une fois le lait caillé, on tranche. Quand on a tranché, on va sortir le petit lait, on ajoute de l'eau chaude pour monter en température, on fait un brassage, on enlève encore une fois du petit lait pour ajouter de l'eau chaude, on brasse, on fait un repos, l'heure de manger, et après on fait mouler. Une fois moulé, il se fait sous la presse.
- Isabelle Wagner
Mais ça c'est tout au long de la journée ? Il n'y a pas de temps d'arrêt, de repos entre les différents états ?
- Jan Spurenberg
Oui, on a fait un repos pour manger.
- Isabelle Wagner
Ah oui, juste pour manger, c'est-à-dire une heure ou deux ?
- Jan Spurenberg
Trois quarts de minute. À trois quarts d'heure.
- Isabelle Wagner
D'accord.
- Jan Spurenberg
Une fois moulé, le fromage va sous la presse pendant deux heures. Donc vers 16 heures, on va démouler. On laisse le fromage jusqu'à 19 heures. Comme ça, les bactéries vont terminer leur boulot. Et le fromage part ensuite en saumur pendant 24 heures.
- Isabelle Wagner
Alors un saumur, rappelez-nous peut-être ce que c'est.
- Jan Spurenberg
Le saumur, c'est une solution de l'eau avec du sel. Donc c'est de l'eau très salée. Et le fromage, il flotte dedans. Pour prendre le sel, justement, absorber du sel. Et après, on laisse donc sécher une journée et on applique la croûte pendant quatre passages. Et après, c'est fini.
- Isabelle Wagner
Le sel, c'est pour donner du goût uniquement ou est-ce que ça a une autre propriété scientifique ?
- Jan Spurenberg
C'est conservateur. Si on met du sel, on peut conserver parce qu'il y a moins d'eau disponible pour les bactéries qui vivent dans le fromage.
- Isabelle Wagner
Et pour revenir au petit lait au début de la fabrication du gouda.
- Jan Spurenberg
Oui.
- Isabelle Wagner
C'est un petit peu ce qui remonte à la surface ?
- Jan Spurenberg
Quand on fait trancher le caillé, donc le lait qui est dur, il y a le petit lait qui va sortir. Donc c'est tout ce qui est liquide qui est dans le fromage qui sort, qui est dans le lait. Il reste donc le fromage et le liquide, et c'est le petit lait.
- Isabelle Wagner
Combien de temps dure l'affinage du gouda, Yann ?
- Jan Spurenberg
Au moins un mois, et ça peut aller jusqu'à un an, voire plus. Mais pour ça, il faut faire de très grosses tomes, parce que si on s'en... pas assez gros, ça fait très sec. Et pour nous, on arrête au bout d'un an.
- Isabelle Wagner
C'est votre choix, pourquoi ?
- Jan Spurenberg
Parce que j'ai pas le moule qui va avec. Nous, on fait des goudas jusqu'à 5 kilos, mais pour raffiner, on parle de 12 kilos, donc ça fait très gros.
- Isabelle Wagner
Oui, on parle de vieux goudas dans ces cas-là, je suppose.
- Jan Spurenberg
Et après, on peut le faire vieillir vraiment vieux un an, deux ans.
- Isabelle Wagner
Et craque après, comme en Hollande.
- Jan Spurenberg
Oui.
- Isabelle Wagner
Autre fromage fabriqué artisanalement chez vous à la fromagerie Beau Séjour, il y a la mozzarella. Alors on va y revenir, on va se rapprocher de cette boule blanche dans un instant. Mais il y a aussi la feta que vous n'appelez pas la feta et qui ressemble vraiment à la feta. Comment vous l'appelez alors ?
- Jan Spurenberg
C'est une fête à Beauséjour. Parce qu'on le fait chez nous, à Beauséjour.
- Isabelle Wagner
La feta, pourquoi ?
- Jan Spurenberg
Pour avoir un produit de plus, pour le chat. pour changer, pour avoir plus d'offres, pour toujours pouvoir développer la gomme un peu.
- Isabelle Wagner
Blanche, fraîche, filandreuse, c'est la mozzarella. Nous consommons plus de 43 000 tonnes de ce fromage en France chaque année. Après les mentales et le camembert, c'est la mozzarella que vous préférez. Alors quels sont les atouts de ce fromage pour vous, Yann ? Est-ce que déjà c'est au niveau de l'apparence, vous touchez plus facilement le consommateur ? Quels sont ses atouts pour vous ?
- Jan Spurenberg
Pour nous, c'est un produit d'été. La mozza, pour nous, c'est un produit complémentaire qui permet de faire plus de production, plus de vente.
- Isabelle Wagner
Est-ce que la production est plus simple que celle du gouda ?
- Jan Spurenberg
Non, c'est beaucoup plus technique.
- Isabelle Wagner
C'est-à-dire ?
- Jan Spurenberg
Le gouda, ça va tout seul parce que ça prend du temps. Et pour faire le fête, on cherche le point où on peut faire fondre la pâte. Donc, il faut suivre le pH. Et quand on a le pH correct, ça fonctionne. Et si on n'a pas le pH correct, la pâte ne fuit pas. Donc on n'arrive pas à faire la boule comme il faut.
- Isabelle Wagner
Combien de temps on met pour une mozza ?
- Jan Spurenberg
Dans la journée, on fait pareil, mais c'est fini. Quand on fabrique une mozza, vers 17h, tout est en pot et fini, on n'en parle plus. Et donc, le lendemain, ça part.
- Isabelle Wagner
Vous parliez d'un fromage saisonnier. Aujourd'hui, on est en hiver et vous avez amené un pot de mozza. Donc, son espérance de vie est longue.
- Jan Spurenberg
Trois semaines. Mais nous, on fabrique toujours de la mozza, toute l'année. Parce que même si on n'a pas la tomate, on peut en manger. Ça va très bien avec une pizza ou du jambon cru, par exemple.
- Isabelle Wagner
Vous êtes un gourmand, vous, non ?
- Jan Spurenberg
Oui. Il faut en profiter.
- Isabelle Wagner
Et alors, pour la feta, au niveau de la fabrication, quelles sont les différences avec la mozza ?
- Jan Spurenberg
La feta, c'est un peu plus comme le gouda, mais beaucoup plus vite. La feta, on tranche. Quand on fait la cahier, on tranche, on moule et on laisse égoutter. Et après, le deuxième jour, on fait un salage à sec. Donc, on met du gros sel dessus. Et après, on met en saumure, dans des pots fermés, dans des conteneurs fermés. Et on laisse raffiner. D'accord.
- Isabelle Wagner
Combien de temps ?
- Jan Spurenberg
Pareil, au moins un mois. Et après ça peut durer. Et plus c'est long, mieux c'est.
- Isabelle Wagner
Alors feta, c'est du lait de brebis ?
- Jan Spurenberg
Le vrai feta à au pays, oui. Brebis et chèvres. Et nous on fait avec du vache.
- Isabelle Wagner
Ah oui ?
- Jan Spurenberg
C'est que du lait de vache.
- Isabelle Wagner
C'est pas du tout le même goût alors ?
- Jan Spurenberg
Ça ressemble vachement à le feta.
- Isabelle Wagner
Vachement, elle a fait tas ! Puisque c'est du lait de vache. Et la mozza, c'est quoi ? Quel type de lait ? C'est le lait de vache.
- Jan Spurenberg
C'est le lait de vache,
- Isabelle Wagner
vous ne faites pas avec du lait de bufflon, ce serait compliqué peut-être à trouver.
- Jan Spurenberg
Je n'en ai pas. On n'en trouve pas ici. Je me suis renseigné, mais c'est compliqué. On n'en a pas. Même les producteurs dans le Cantal, ils ont un gros élevage, ils n'ont pas assez pour fournir. Donc ce n'est pas possible, malheureusement.
- Isabelle Wagner
Vous travaillez tout de même avec des personnes proches de chez vous, du sud Gironde.
- Jan Spurenberg
J'essaie de travailler le plus local possible, parce que c'est là où on vit, donc c'est là où on doit travailler.
- Isabelle Wagner
C'est une belle mentalité. Jan, si je vous dis que l'eau de la mozzarella, qui est souvent jetée une fois qu'on a mangé la mozzarella, ça peut être un allié précieux pour le jardin, par exemple, parce qu'elle est riche en nutriments, elle peut nourrir les plantes. Les protéger des maladies, enrichir le compost, qu'est-ce que vous m'en dites ?
- Jan Spurenberg
Je vous crois.
- Isabelle Wagner
C'est vrai ?
- Jan Spurenberg
De suite.
- Isabelle Wagner
Sûr, sûr ?
- Jan Spurenberg
Sûr.
- Isabelle Wagner
Et la mozza chez vous c'est dans l'eau, mais il y a aussi des mozzas qui sont dans du lait, c'est ça ? Et donc là, pour le coup, ce ne sera pas possible,
- Jan Spurenberg
ce que je viens de dire. Peut-être encore mieux, parce que si on a un petit lait autour, c'est encore plus riche. Mais moi je prends de l'eau, parce que si on veut faire avec du petit lait, il ne faut pas se diriger. Et chez nous, tout est au lait cru.
- Isabelle Wagner
Y a-t-il une relation entre la production de fromage et le cochon ? Ça se passe à beau séjour à Gironde-sur-Dro, fromagerie, ferme, avec Yann qui est là pour nous donner toutes les explications. Alors, est-ce qu'il y a une relation entre le cochon et le fromage chez vous ?
- Jan Spurenberg
Oui, bien sûr. Parce que le cochon mange le petit lait qui sort de la fromagerie. Donc quand on fait du gouda, on récupère le fromage, mais on a aussi sur millilitres de lait, on a une oeuvre sur millilitres de lait. Petit lait qui part en grosse partie aux cochons.
- Isabelle Wagner
Ils doivent se régaler les cochons.
- Jan Spurenberg
Ils sont contents.
- Isabelle Wagner
Qu'est-ce qu'ils mangent d'autre chez vous à vos séjours ?
- Jan Spurenberg
Après, ils ont un aliment complémentaire complet que j'achète en coopérative.
- Isabelle Wagner
Ils sont sur la paille ?
- Jan Spurenberg
Ils sont sur la paille, oui. Ils sont en grand groupe sur la paille. Comme ça, ils peuvent fouiller dedans, se rouler dedans, manger de la paille et dormir.
- Isabelle Wagner
Ils sortent aussi de temps en temps ?
- Jan Spurenberg
Non.
- Isabelle Wagner
Non, pas du tout. Pourquoi ce choix ?
- Jan Spurenberg
Au début, j'avais prévu, mais vu l'état des terres chez nous en été, ou en hiver surtout, avec la boue, ce n'est pas possible. Les terres, c'est trop mouillé.
- Isabelle Wagner
Et pourquoi ce port rose ? Parce qu'il y a d'autres ports, il y a le port noir de Bigorre aussi, qu'on pourrait avoir. Pourquoi le rose ?
- Jan Spurenberg
Parce que justement, c'était le seul port que je pouvais avoir.
- Isabelle Wagner
Ah bon ?
- Jan Spurenberg
Parce qu'ici, il n'y a pas de filière de production de pochelet. Et moi, j'achète le porcelet à 25 kilos. Et il faut prendre ce qu'il y a.
- Isabelle Wagner
C'est déjà un gros porcelet à 25 kilos. Il va jusqu'à combien de kilos, ce porc rose ?
- Jan Spurenberg
Chez nous, ils vont jusqu'à 130-140 kilos vivants.
- Isabelle Wagner
Donc, ce n'est pas des gros, gros cochons non plus ?
- Jan Spurenberg
Non, non, non.
- Isabelle Wagner
C'est une race qui vient d'où ?
- Jan Spurenberg
Ils sont à côté de Montauban. Et c'est un race, ce n'est pas vraiment un race, c'est un croisement de quatre races. Il y a du pietrin dedans, il y a du roc, du lantras et du large white.
- Isabelle Wagner
Et tout ça, ça donne un goût particulier ?
- Jan Spurenberg
Ça donne une viande assez persillée, donc assez goûteuse.
- Isabelle Wagner
La vente directe et la livraison, vous allez jusqu'à Bordeaux. Est-ce qu'on vous retrouve sur quelques marchés girondins aussi, Yann ?
- Jan Spurenberg
Non, on ne fait pas de marché. On fait des marchés portugais. Donc, par exemple, on est à Monségur, par exemple. Et après, on fait quelques marchés d'été avec des producteurs.
- Isabelle Wagner
Je peux le donner sans votre accent, à Monségur.
- Jan Spurenberg
Oui.
- Isabelle Wagner
Non, mais je ne me moque pas de vous, mais c'est mignon. Mais c'est juste parce que ce n'est pas très clair. Voilà. Les rillettes de porc aussi, vous transformez ?
- Jan Spurenberg
Je les fais transformer par les hôtes de capcieux.
- Isabelle Wagner
Pourquoi les hôtes de capcieux ?
- Jan Spurenberg
Les autres capteurs, parce qu'ils travaillent bien. Ils font un bon produit et ils étaient proches de la salle de coupe que j'avais au début. Et nous, on ne peut pas tout faire. Nous, on fait le fromage. Et pour transformer de la viande, c'est un autre métier.
- Isabelle Wagner
Ça veut dire que vous élevez ?
- Jan Spurenberg
Moi, j'élève. Et après, le cochon part pour l'abattoir et il revient en conserve et en cassette.
- Isabelle Wagner
Donc, vous ne transformez pas du tout. C'est une commande que vous leur passez à l'ESAT à Cap-Sieu.
- Jan Spurenberg
Mais j'amène ma viande. Donc, nos cochons partent là-bas.
- Isabelle Wagner
C'est rigolo, sur les rillettes, vous avez noté « groin groin » . « Groin groin » , c'est quoi ? C'est le nom de vos rillettes ?
- Jan Spurenberg
C'est le « groin groin » de Beau-Sijour. C'est la marque pour le cochon.
- Isabelle Wagner
Yann, on va regarder vers l'avenir. Quels sont vos projets à court terme, Yann ?
- Jan Spurenberg
Pour nous, à court terme, ce sera de se mettre sur une plateforme nationale pour la vente et de faire progresser la production de la fête à Beau-Sijour.
- Isabelle Wagner
À court terme, pour vous, ça veut dire combien de mois ?
- Jan Spurenberg
D'ici deux mois.
- Isabelle Wagner
Ah oui, c'est à très court terme.
- Jan Spurenberg
C'est à très court terme, oui.
- Isabelle Wagner
Oui, réellement. Et à long terme, vous avez d'autres projets comme ça, Yann ?
- Jan Spurenberg
Je veux vivre. C'est un peu plus compliqué qu'il y a quelques années, oui.
- Isabelle Wagner
Est-ce que c'est plus facile pour vous avec plusieurs produits que pour un agriculteur qui va peut-être semer du blé ou du maïs ?
- Jan Spurenberg
Très bonne question. C'est difficile à dire. Parce que ce sont deux métiers différents. On a tous nos contraintes et les avantages. Peut-être, nous, on peut changer. plus facile, mais bon, on ne peut pas d'un jour à l'autre jour, moi je ne peux pas dire au samedi, j'ai fait du gouda, demain on fait du camembert. Ça ne marche pas. Ça ne remporte pas avec notre système de fabriquer.
- Isabelle Wagner
Vous pourriez faire de la mimolette ?
- Jan Spurenberg
Je pense que oui.
- Isabelle Wagner
A noter.
- Jan Spurenberg
C'est à peu près la même condition d'affinage.
- Isabelle Wagner
Yann Spurenberg, comment convaincre le consommateur justement d'aller vers les fermes, les fromageries artisanales, plus vers ce savoir-faire que vers les grandes et moyennes surfaces pour faire ses courses ?
- Jan Spurenberg
Si j'avais la réponse, ça serait bien. Mais surtout, il faut aimer le goût, il faut aimer le contact avec le producteur. Si on cherche ça, c'est le producteur qu'il faut être. Si vous ne cherchez que le prix, vous vous en foutez pour le reste.
- Isabelle Wagner
Justement, puisqu'on parle du prix, regardons le prix du kilo du gouda. Chez vous, c'est combien ?
- Jan Spurenberg
On est entre 18 et 25 euros.
- Isabelle Wagner
Et en lenteur face, en gros, vous avez un comparatif en tête ?
- Jan Spurenberg
Non, je ne regarde jamais. On peut comparer, mais ne pas comparer les choses, ce n'est pas la même façon de travailler.
- Isabelle Wagner
Est-ce que le fait de proposer des dégustations, ça peut vous aider à vendre vos produits ?
- Jan Spurenberg
Bien sûr. Les gens qui goûtent normalement, ils sont convaincus. Ça va assez facile. Mais il faut les avoir pour venir goûter.
- Isabelle Wagner
Par exemple au Fingal à Montségur ?
- Jan Spurenberg
Oui, ça fonctionne très bien. Mais les gens qui goûtent normalement, ils sont preneurs.
- Isabelle Wagner
Ben voilà ! On va se quitter sur un plaisir de goût. Pour vous, Yann, dans votre fromagerie, c'est à quel moment de la journée que vous faites un petit caprice avec vos produits ?
- Jan Spurenberg
Moi, je commence tout le matin avec le petit déjeuner tartine et fromage. Comme ça, je tiens la journée.
- Isabelle Wagner
Et lequel ?
- Jan Spurenberg
Ce que j'ai dans le frigo. Mais je préfère la nature, simple.
- Isabelle Wagner
Piment d'Espelette en deux, peut-être ?
- Jan Spurenberg
Oui, et piment d'Espelette en fondue. C'est génial.
- Isabelle Wagner
Ah oui ?
- Jan Spurenberg
Ça, c'est vraiment bon.
- Isabelle Wagner
En produit unique ou avec d'autres fromages ?
- Jan Spurenberg
Non, que du gouda, gouda piment.
- Isabelle Wagner
Et alors, donnez-nous la recette de cette fourdule parce que ça nous attire.
- Jan Spurenberg
C'est tout simple, c'est du vin blanc et du gouda. Après, vous le liez un peu avec du moëgéna, frottez le casserole avec un peu d'ail et ça ira très bien.
- Isabelle Wagner
Je rêve où vous en salivez d'avance.
- Jan Spurenberg
Moi, je vous invite.
- Isabelle Wagner
Allez, on est parti pour une fourdue au gouda, au piment d'Espelette de la fromagerie Beau Séjour à Gironde-sur-Dro. Merci beaucoup, Yann, d'être passé nous voir.
- Jan Spurenberg
Avec plaisir. Merci.