- Isabelle Wagner
Un rayon de soleil, nous sommes sur le parvis de la cathédrale de Reims dans la Marne. Rien que ça, un cadre somptueux, plein de promesses aussi pour une jeune autrice qui sort son premier ouvrage, son premier récit inclassable. On va savoir d'ailleurs pourquoi. Elle s'appelle Anne Walden. Bonjour Anne.
- Anne Valden
Bonjour.
- Isabelle Wagner
En quelques mots ?
- Anne Valden
Débutante en découverte et un peu exploratrice sur les bords.
- Isabelle Wagner
J'ai dit que c'était inclassable, pourquoi ?
- Anne Valden
Parce que c'est un style assez contemplatif et très narratif. Et c'est vrai qu'on me demande souvent de mettre des étiquettes. On m'a demandé d'abord de mettre l'étiquette contemporain, ensuite littéraire. Mais c'est vrai que je ne reconnais pas vraiment le style de mon écriture là-dedans. J'ai aussi du mal à me jauger moi-même, vu que c'est un premier livre. Donc, à classer, pour présenter, c'est un peu compliqué.
- Isabelle Wagner
Ça parle de quoi ?
- Anne Valden
Ça parle de Maxime, qu'on appelle Max, qui est une jeune femme qui... Tout en soi, elle est assez prometteuse, qui a une vie très prise, très prenante, et qui un jour malheureusement se fait percuter par une voiture en rentrant du travail, et qui de là tombe dans un coma, mais reste consciente. C'est-à-dire qu'elle va pouvoir voir les personnes qui viennent la voir, contempler. c'est le mot, et apprendre de ce coma et revenir après d'une façon un peu plus différente en ayant tiré des leçons et des expérimentations de son parcours.
- Isabelle Wagner
C'est un sujet difficile, un sujet un peu spirituel aussi. Pourquoi ce sujet-là ?
- Anne Valden
Déjà parce que j'avais à cœur de voyager. Je pense que lire, ça nous aide à voyager sans partir de chez nous. Je suis quelqu'un qui adore lire depuis toujours. J'ai écrit le début de ce roman il y a des années. Je l'ai laissé de côté. Au début, c'était une nouvelle. En ouvrant mes cartons, je suis retombée dessus. Je me suis dit qu'aujourd'hui, à 33 ans, j'étais un peu plus concernée par le sujet et que c'est vrai qu'on passait tous à côté de nos collègues de travail, de nos voisins. sans vraiment faire attention et en étant dans cette espèce de tunnel quotidien où on enchaîne notre vie. Et on ne prend pas le temps, en fait, vraiment, de se poser, d'analyser, de comprendre les émotions de chacun, le pourquoi ils réagissent comme ça, et que ça serait intéressant d'avoir ce côté désoonant. pour mieux appréhender. Et puis, je trouvais que le coma, le fait d'avoir ce côté conscient-inconscient, était assez intéressant.
- Isabelle Wagner
Qu'est-ce qui a donné l'envie d'écrire ?
- Anne Valden
Je crois que j'ai toujours eu l'envie d'écrire, j'ai toujours beaucoup écrit, mais j'ai toujours beaucoup jeté mes brouillons aussi. Je pense que ce n'est pas une envie, c'est une nécessité pour moi, c'est automatique. Quand je m'ennuie, j'écris. Quand j'ai besoin de vider ma tête, j'écris. Quand j'ai besoin de rêver, j'écris. C'est le prolongement de mon esprit.
- Isabelle Wagner
Un prolongement de soi, l'écriture, Est-ce que que quand vous vous ennuyez, vous avez également une autre expression sous le coude ?
- Anne Valden
J'en ai eu pas mal. J'ai eu une période où c'était beaucoup, beaucoup de couture. Je me levais en pleine nuit pour créer. J'ai fait une partie de mes études aussi là-dedans. Depuis quelques années, ça a aussi beaucoup repris. Mais le dessin est une grosse part de ma personne. Je pense que tout ce qui est un besoin d'expression est d'extérioriser un peu ce qu'on a dans la tête.
- Isabelle Wagner
C'est un exutoire ?
- Anne Valden
C'est ça. C'est un exutoire. Et puis c'est une façon de... de mettre sur papier, que ce soit à l'écrit ou en dessinant, ce qu'on a en visu, mentalement. Des fois, on a une image qui reste collée à la rétine, une émotion, on a besoin de la coucher sur papier, et de pouvoir soit pour la sortir, soit pour l'appréhender différemment, et comprendre ce que ça nous apporte.
- Isabelle Wagner
C'est un sacré pari que d'écrire un récit, c'est un sacré pari aussi que de l'éditer. Comment vous avez vécu ça ?
- Anne Valden
Je n'ai pas envoyé mon manuscrit, parce que je pense que j'ai un peu le... J'ai un peu le syndrome de l'imposteur, comme beaucoup je pense, quand on fait quelque chose, on a toujours peur d'être jugé. J'ai écrit cette suite en deux semaines, en travaillant de nuit, parce que ça sortait comme ça. Ensuite, il y a eu beaucoup de mois où j'ai retrié mes écrits, où j'ai tout retravaillé, où j'ai mis en forme. C'est vrai que je pense que c'est compliqué de soumettre ces écrits à des professionnels. Les maisons d'édition en plus sont submergées de demandes. De propositions, des fois c'est beaucoup de choses qui se ressemblent parce que je pense qu'involontairement on réécrit des choses qu'on a déjà vues ou écoutées ou lues très inconsciemment. Je pense que c'est un gros travail pour les maisons d'édition. Après, moi j'ai fait le choix de partir en auto-édition parce que j'ai tellement retravaillé mon texte malgré le fait que je n'aime pas du tout me lire. J'aime beaucoup écrire, je n'aime pas du tout me lire. Donc je pense que c'était le choix de ne plus y toucher. J'avais ce côté où c'était fini, j'avais besoin de le jeter sur une table, de dire c'est terminé, maintenant ça marche, ça ne marche pas, mais moi je suis allée au bout de ce projet et j'ai pas envie d'y retoucher. J'avais cette grosse peur de maisons d'édition qui me disent ça, ça a amélioré, changé des noms et c'était tellement instinctif pour moi dans cette écriture-là que je ne voulais vraiment pas modifier quoi que ce soit.
- Isabelle Wagner
C'est quoi le rituel de l'écriture à part que ça se passe la nuit, quand tout le monde dort, parce que je crois que vous êtes maman aussi. Donc il y a un espace-temps qui est vraiment dédié à ça. Mais quel est le rituel qui va avec ? Comment ça se présente ?
- Anne Valden
Alors effectivement j'ai deux petits bouts de choux. Du moment qu'il y a un bon café, une table assez confortable ou un banc, je suis très très bien comme ça pour écrire, que ce soit de jour comme de nuit. Mais c'est vrai que la nuit est plus propice parce que c'est plus calme, parce qu'il y a moins de bruit extérieur, il y a moins d'obligations. Et puis c'est plus reposant de pouvoir se mettre vraiment avec son petit plaid, un peu cocooning, mais voilà. Je pense que le seul rituel me concernant, c'est vraiment un bon thé ou un vrai bon cappuccino.
- Isabelle Wagner
Amélie Nothomb qu'on ne présente plus et dit qu'elle se lève vraiment aux aurores pour écrire au moins une à deux heures au quotidien. Qu'est-ce que vous en pensez ?
- Anne Valden
En étant décalée, quand ma petite dort, je profite pour dormir aussi ou pour faire d'autres choses. Récupérer un peu de temps de sommeil, puisqu'elle est encore très jeune. Alors moi, je n'écris pas comme ça avec cette discipline, parce que je pense que la discipline, moi, ça a toujours fait deux. Par contre, je lis énormément. Je m'impose trois à quatre livres par mois. Et je lis en général deux à trois livres en simultané. Parce que j'ai besoin justement de jongler avec mon mental. Et selon mes humeurs... D'avoir un peu d'apport d'une histoire ou d'une autobiographie, ou peu importe, vraiment, que ce soit des mangas jusqu'au roman thriller. Je pense qu'on a chacun notre petit rituel, qu'on écrive ou pas. On a besoin de cette discipline qui est notre point de repère et qui a un petit peu ce côté rassurant.
- Isabelle Wagner
Est-ce que dans ce livre, il y a un petit peu de vous ?
- Anne Valden
Un petit peu. Je pense qu'on a toujours une part de nous quand on écrit quelque chose, quand on crée.
- Isabelle Wagner
Oui, dans l'histoire, je veux dire un petit peu de vous dans les personnages, dans Max.
- Anne Valden
Peut-être dans le côté sarcastique, peut-être dans la façon de parler sur l'ironie. Le côté du personnage qui a tendance à faire la détachée sans l'être réellement, peut-être. C'est un petit peu de moi. Mais dans les grosses lignes, j'évite de mettre de ma personne parce que ce n'est pas le but. Mais les personnages en général, une fois qu'ils ont leur caractère dans ma tête, viennent très simplement.
- Isabelle Wagner
Je crois savoir que certaines personnes ont lu déjà ce livre. C'est-à-dire un club de lecteurs qui se prête aussi à ce jeu-là, pour des nouveaux auteurs, pour des nouvelles histoires qui apparaissent comme ça. Quelles ont été les critiques ou les impressions sur cette histoire qui s'appelle La Lisière ?
- Anne Valden
Alors oui, effectivement, j'ai eu quelques bêta-lecteurs où je n'ai pas dit que c'était moi. C'est un petit club où on fait lire nos manuscrits. ou des parties de manuscrits, on donne nos avis en toute objectivité. Ce qui ressortait, c'était qu'apparemment, ce n'était pas un type d'écriture très commun dans ce que je proposais. Et que ça serait à double tranchant, que soit ça passait, soit ça ne s'intéressait totalement. On m'a dit que ça se lisait assez facilement. Comme on m'a dit que c'était un côté narratif un peu détaché de l'histoire, où ce n'est vraiment pas étape par étape, et que c'est un suivi de pensée du personnage. Que ça coulait un peu de soi dans la lecture, ce qui est tant mieux, parce que c'est aussi l'effet que j'aime bien en tant qu'lectrice, de pouvoir poser mon esprit sur un texte et d'aller au bout et me dire « Oh là là, j'ai commencé à 10h, il est 22h, il faudrait peut-être que je mange ou que je fasse mes obligations. » Donc je le prends plutôt bien, après je sais que ce n'est pas un style qui plaira à tout le monde. Et tant mieux, si on avait tous les mêmes goûts, la vie serait vraiment triste. Si ça plaît, ne serait-ce qu'à 5-6 personnes, moi ça me va très bien. Je ne prétends pas du tout chercher un succès, je prétends juste apporter un petit peu ma patte quelque part. S'il n'y a qu'une personne, il n'y a qu'une personne. Si on a 5-6, on a 5-6, tant mieux.
- Isabelle Wagner
Et si on il y en a 50 000 ?
- Anne Valden
Je serais la première étonnée. Je serais extrêmement touchée que ça plaise et que ça parle à des personnes. J'ai... Ma façon d'écrire dans le livre, parce qu'il y a aussi un côté vécu, mais qui ne me parle qu'à moi. Après, voilà, c'est... Si, Succeya, Succeya, de toute façon, la suite est en cours.
- Isabelle Wagner
C'est en fait un premier jet d'une histoire qui va avoir plusieurs volets.
- Anne Valden
En prévision, ça sera une trilogie. En prévision, parce que j'ai déjà ma suite. La lisière, là, c'est le tome 1, qui pose vraiment le contexte. et un peu l'atmosphère de la trilogie. Ça ne sera pas forcément le même personnage et le même point de vue, mais les personnages qu'il y a dans le premier seront toujours là. Et effectivement, ils sont voués normalement à être sur trois livres.
- Isabelle Wagner
C'est inspirant dans la vie pour vous ?
- Anne Valden
Compliqué, je pense que c'est un peu tout. Je m'inspire vraiment des personnes que je croise parce que j'appelle ça l'effet boule de riz.
- Isabelle Wagner
Boule de riz ? Je ne connaissais pas. Je connaissais boule de neige mais pas boule de riz.
- Anne Valden
Il y a... un plat japonais que j'affectionne particulièrement où en fait le goût est au dos caché par une feuille d'onigiri et je m'amuse à dire grâce à un manga qui a bercé mon eau d'essence que c'est vraiment la même chose avec les qualités et avec qui on est c'est à dire que nos qualités nous on ne les voit pas parce qu'en fait elles sont dans notre dos c'est comme des petits diamants on se dit qu'on n'en a pas forcément et en fait les personnes qui tiennent à nous qui savent bien nous regarder eux les voient Et je trouve ça très inspirant d'écouter les personnes parler d'eux, de tout ce qu'ils ont fait, sans qu'ils se rendent compte à quel point ils donnent, s'investissent et ont des valeurs sans même s'en rendre compte, de par leur choix. On n'est pas un chemin tout tracé, on n'est pas forcément à s'évaluer sur ce qu'on réussit ou pas, parce que beaucoup s'évaluent la réussite au niveau du travail, au niveau du foyer. Je pense que notre réussite vient de nos choix.
- Isabelle Wagner
Quel était le manga de votre enfance ?
- Anne Valden
Fruit Basket. Ce qui m'inspire le plus, c'est ce côté où on s'apporte tous quelque chose sans vraiment s'en rendre compte.
- Isabelle Wagner
Quel auteur vous fait courir dans une librairie pour acheter son dernier ouvrage ?
- Anne Valden
Il y a beaucoup d'auteurs qui me font courir. Si je devrais en citer que trois, il y aurait Mayne Nothomb, bien sûr. Il y aurait Barjavel. Il y aurait Bernard Werber aussi. Beaucoup. j'ai beaucoup couru c'est assez varié mais ça serait les trois que je retiendrai merci Anne Valden, longue vie à cet ouvrage et longue vie à la suite de cet ouvrage donc à la trilogie, merci beaucoup merci beaucoup à vous