- Lorenz Les Clés du Maroc
Bonjour et bienvenue dans ce nouvel épisode, les clés du Maroc. Aujourd'hui, je reçois Mohamed Berrada, architecte à Casablanca, qui a démarré ses études à Bruxelles avant de revenir au Maroc pour y ouvrir son propre cabinet d'architecture. Il va nous expliquer son parcours et l'architecture au Maroc. Bonjour Mohamed, merci d'être présent pour ce nouvel épisode des clés du Maroc. Aujourd'hui, on va faire un focus spécial architecture au Maroc parce que tu es toi-même architecte. Et donc, on avait échangé un peu par hasard sur LinkedIn. Et après, on avait échangé par téléphone. Et on s'était dit que ce serait une très bonne idée de pouvoir échanger ensemble pour nos auditeurs sur ton parcours professionnel, parce que tu as une grande expérience professionnelle, et sur comment est-ce qu'on devient architecte au Maroc, l'architecture au Maroc, et qu'est-ce que c'est être architecte au quotidien au Maroc. Et puis, on parlera bien sûr du Maroc en général et de l'immobilier. Je te propose que tu te présentes assez brièvement. Et puis ensuite, on pourra parler de ton parcours personnel, de comment tu as commencé architecte.
- Mohamed Berrada
Bonjour Laurent, je te remercie pour cette invitation. C'est vrai que c'était par hasard qu'on s'est rencontrés, mais c'est une belle rencontre de parler d'un sujet quand même passionnant, en tout cas pour moi. Je suis architecte depuis plus de 30 ans. J'ai eu la chance d'apprendre l'architecture dans un cadre où il y a un peu de... C'était au Beaux-Arts de Bruxelles, où il y avait un peu toutes les disciplines. Ce n'était pas universitaire, mais c'était une école où on était mélangé un peu avec tout ce qui est art, etc. En plus, Bruxelles, elle avait, disons, jusqu'à aujourd'hui, trois écoles, trois courants. Donc, ça permet, je dirais, aux jeunes architectes qui s'inscrivent ou qui font leurs études là-bas. d'être un peu confronté à la réalité du terrain. J'avoue que lors de certains cursus, on a pu, je ne dirais pas bloquer, mais critiquer un peu la réalité. Donc moi, je trouve que la meilleure manière d'apprendre l'architecture, c'est d'être dans le terrain en même temps, entre la théorie et la pratique.
- Lorenz Les Clés du Maroc
Et qu'est-ce qui a fait que tu as choisi, jeune, la voie d'architecte ? Est-ce que c'est par hasard ? Est-ce que c'était une vocation de l'enfance ? Ou c'est un accident, tu t'es retrouvé architecte et depuis tu es resté architecte ?
- Mohamed Berrada
Je ne te cache pas que c'est certainement l'influence du papa qui était designer de chaussures. Donc moi tout petit, je passais un peu mon temps après l'école dans son atelier et je voyais un peu ce qui se tramait avec les formes, les couleurs, etc. Et depuis, je rêvais de devenir, je dirais, dans la création. Et je ne te cache pas que j'ai passé deux étés à tourner en Europe, à choisir l'école qui me convient le plus, où il y a, je dirais, un apprentissage global du métier. Je ne voulais pas devenir spécialiste, mais je voulais devenir généraliste du bâtiment, donc à pouvoir toucher à tout, à la menuiserie, au design, à la sculpture, etc. et à l'ingénierie. Donc, comme tu le sais très bien, l'architecture, il y a art. et technique dedans.
- Lorenz Les Clés du Maroc
Et donc, tu te retrouves dans les années 80 à Bruxelles en architecture. Comment c'était quand on est un Marocain qui quitte le Maroc pour ses études, qu'on se trouve à Bruxelles ? Est-ce que ça a été un grand changement ? Est-ce que c'est une période de ta vie que tu as adorée ou alors il y a des choses que tu as un peu moins aimées ? Qu'est-ce que tu retiens de ces années de jeune Marocain dans les années 80 qui part à Bruxelles faire ses études là-bas ?
- Mohamed Berrada
Je ne te cache pas que mon fils m'a posé la même question il y a quelques jours. Et je lui dis si ça était à refaire, j'aurais exactement fait la même chose parce que la vérité, la vie à Bruxelles était, je dirais, il y avait beaucoup de partage, que ce soit d'une manière quotidienne ou aussi au niveau cursus scolaire. C'est vrai que c'était très dur. On était un peu, on ne dormait pas beaucoup, un peu dans la majorité des études universitaires. Je ne dirais pas que c'était spécial à l'architecture, mais la vérité. il y avait une grande découverte et vraiment, on ne se lasse pas d'apprendre et d'aller vers l'avant. Et jusqu'à aujourd'hui, je me sens encore étudiant à aller chercher d'autres informations pour accompagner mes clients et pour améliorer tout le temps ce qu'on est en train de faire.
- Lorenz Les Clés du Maroc
Et à l'issue de tes études, tu restes en Europe ou tu décides de revenir au Maroc ou de faire... Une fois que tu as ton diplôme en poche, Comment est-ce que tu commences ta carrière d'architecte ?
- Mohamed Berrada
Moi, je suis parti dire bonjour et remercier mon directeur de mémoire qui travaillait dans une agence, une grande agence d'architectes, qui m'a proposé... de participer à un concours pour un mois. Finalement, le mois s'est transformé en année. On a gagné ce concours, on a travaillé sur plusieurs projets et normalement, je devais compléter ce partage avec l'équipe belge au Maroc. C'est comme ça que je me suis retrouvé au Maroc.
- Lorenz Les Clés du Maroc
Comme quoi, il faut remercier ses enseignants parce qu'on peut trouver un emploi juste après. Et quand tu reviens au Maroc... Pour toi, c'était, tu voulais revenir dès le début au Maroc ou tu voulais peut-être vivre une vie d'expatrié, revenir plus tard ? Comment ce retour au Maroc s'est fait ?
- Mohamed Berrada
C'est-à-dire pour un architecte, c'est toujours, on part toujours sur une feuille blanche et sur un terrain nu. Donc c'est un peu ça, en arrivant au Maroc, c'était tout, tout est nouveau pour moi. Donc je voulais tout savoir, donc j'ai fait un début dans l'administration. pour comprendre un peu les rouages des autorisations et des donneurs d'ordre, etc. Et après, j'ai commencé à travailler, à participer à certains concours dans le cadre d'autres bureaux avant de créer le mien.
- Lorenz Les Clés du Maroc
Et tu as travaillé comme architecte. Souvent, on imagine l'architecte, que son métier, c'est uniquement de dessiner des maisons ou des petits bâtiments. Toi, au Maroc, tu as fait un autre type d'architecture qui est un peu plus méconnu par le grand public. Tu as travaillé pour un grand groupe automobile japonais, et donc à faire des bâtiments industriels. Comment est-ce qu'on se retrouve à faire des bâtiments industriels que des maisons ? Parce que souvent dans l'imaginaire, on pense que l'architecte fait des maisons uniquement, alors qu'en fait pas du tout. Comment ça s'est fait ?
- Mohamed Berrada
Souvent, l'architecte est dans le challenge. Même une petite maison, il peut la challenger et aller chercher les nouveaux matériaux ou peut-être les nouveaux concepts pour améliorer ou offrir. La meilleure prestation. Donc, la vérité, moi, j'étais attiré plus par ce côté industriel où il y a tout de suite la réalité qui vient dans le projet. Donc, il y a la réalité du budget, il y a la réalité du planning et aussi la réalité de la technologie. Parce que là, à travers ce projet, on a dû travailler avec un nouveau concept qui est le pré-contrainte. Et le pré-contrainte, à l'époque... était très, très méconnu au Maroc. Et il y avait ses avantages. Donc, comme je te disais tout à l'heure, l'architecte, il reste architecte et ingénieur en même temps pour pouvoir offrir le maximum et optimiser le projet qu'il offre à son client. Donc là, à travers ce projet, on a développé des portées, on a développé un nouveau concept. Et il y a plusieurs, je dirais, industries qui sont nées après ça. parce que... On s'est rendu compte que c'est un concept très intéressant et qui permet d'éporter et qui permet de libérer le bâtiment. Et aussi au niveau coût, il y a une rapidité extraordinaire. Mais c'est sûr qu'il y a quand même un savoir-faire qu'il fallait apprendre, qu'il fallait approcher. Et c'est ça, ce qui m'attire le plus souvent, c'est d'aller toujours apprendre et à découvrir des nouveautés à travers chaque projet.
- Lorenz Les Clés du Maroc
Juste, et pour les personnes qui ne maîtrisent pas tout le jargon dans l'architecture, le précontraint et le porté, en quelques mots, juste pour que les gens comprennent en quoi c'était une technologie à l'époque qui était complètement nouvelle.
- Mohamed Berrada
Souvent, le concept classique, c'est des poteaux-poutres. On vient avec un plancher ordi classique et ça permet d'aller, d'avoir des portées, c'est-à-dire entre poteau et poteau de 5 à 6, 7 mètres. Alors qu'avec ce précontraint, Le précontraint, c'est des poutres qui permettent de ne pas avoir de poteau intermédiaire et qui libèrent l'espace industriel pour avoir des machines et pour optimiser l'espace intérieur. Souvent, c'est une technologie complexe, mais ça permet d'aller très vite pour construire. Un industriel, il est très pressé. Il doit mettre ses machines et fabriquer rapidement.
- Lorenz Les Clés du Maroc
Pour torser l'argent.
- Mohamed Berrada
Donc, il a un budget, il a un délai. Il doit absolument les respecter. Et en plus, j'ai découvert qu'il y avait à l'époque une entreprise marocaine qui pouvait offrir ça. Donc, au lieu de passer trois ans à fabriquer un bâtiment de 18 000 m², on l'a fait en une année. Donc là, ça permet parfois de gagner un temps fou, même s'il y a parfois un petit surcoût. Mais n'oublions pas que le temps, il a beaucoup de valeur pour un industriel.
- Lorenz Les Clés du Maroc
Surtout deux ans, effectivement, c'est deux ans de perdu en production. Exact. Je pense que l'égide sur quoi a été absorbée assez rapidement. Et comme tu es très curieux à chaque fois, tu t'intéresses à plein de choses, ça t'a permis de gagner un prix en 1998, Grand Prix de l'architecture marocain, si je ne dis pas de bêtises. Est-ce qu'il y a eu un avant-après ce prix ou est-ce que ça a suivi une logique de travail qui fait qu'il n'y a pas eu un gros choc entre le avant-après de ce prix ?
- Mohamed Berrada
c'est-à-dire à cette époque. On a commencé à encourager la jeune architecture marocaine. Moi, j'ai eu la chance de gagner ce prix sur mon premier projet, au fait, sur la base d'une clinique. Et automatiquement, c'est-à-dire, je dirais, c'est un encouragement. Mais je ne crois pas que ça a changé en quelque chose avant et après, parce que je crois que quand on est un peu attiré par sa passion, je ne crois pas. Bon, c'est vrai que ça encourage, ça permet d'être, je dirais, d'être félicité par la profession, mais ça ne change rien. Au contraire, ça donne envie d'aller encore plus loin et d'offrir un maximum de capacité à nos clients.
- Lorenz Les Clés du Maroc
Et dans ton parcours professionnel, dans les années 2000-2004, tu fais une parenthèse du Maroc. Tu es parti au Canada, à Montréal, dans la province du Québec. Pourquoi être parti aussi loin et dans un pays où il fait un peu plus froid l'hiver qu'au Maroc ?
- Mohamed Berrada
Je ne cache pas que c'était pour travailler sur un projet. J'avais une relation professionnelle avec un groupe d'architectes canadiens. Et eux, ils travaillaient sur un projet à Dubaï. Et ils avaient besoin de pouvoir faire une architecture un peu occidentale, mais avec des... C'est-à-dire, ils voulaient mélanger un peu, pas les styles, mais être complémentaires sur la conception. Et moi, l'idée m'a intéressé, la vérité. Et j'ai dit pourquoi pas. C'est toujours les challenges, comme je le disais tout à l'heure. Et là, je suis parti dans un pays que je ne connaissais pas du tout, avec une architecture complètement différente. Mais j'étais heureux de découvrir que la façon de voir l'architecture n'est pas différente. C'est-à-dire, quand on est passionné... On travaille de la même manière et j'ai eu la chance de travailler dans une grande équipe entre plusieurs projets, entre Dubaï, en Chine, etc. Et c'était une très belle expérience qui m'a donné plus d'énergie aussi plus tard au retour au Maroc.
- Lorenz Les Clés du Maroc
Justement, parlons de ce retour au Maroc. Donc, tu reviens avec ce challenge, encore un challenge réussi, une nouvelle énergie. Et donc là, tu vas lancer ton cabinet. Dès ton retour, tu le lances tout de suite ou tu attends un petit peu avant de lancer ton propre cabinet ?
- Mohamed Berrada
C'est-à-dire qu'après quatre ans, je ne dis pas qu'on change, mais on regarde les choses autrement. Je me suis rendu compte que le Maroc est en pleine expansion et qu'il faut peut-être former une équipe ou être ou diriger ou faire partie d'une équipe où il y a tous les métiers du bâtiment, à savoir l'architecte, le designer. l'ingénieur, le climaticien, le thermicien. Et c'est comme ça que Arpio est né, pour pouvoir offrir un service global à nos clients. Pour ne pas dire, il y a juste l'architecte et les autres font le reste. Parce que l'architecture, c'est un global. On offre l'architecture, on n'offre pas l'architecture. On ne peut pas la dissocier et offrir un petit bout de l'architecture.
- Lorenz Les Clés du Maroc
C'est-à-dire qu'aujourd'hui, chez Arpio, dans ton cabinet, tu as internalisé quasiment beaucoup de métiers. pour proposer une sorte de package complet aux promoteurs, aux constructeurs, aux particuliers ?
- Mohamed Berrada
C'est-à-dire, avant, je conseillais les clients d'aller chercher d'autres compétences complémentaires. Comme tu le sais bien, quand on conçoit un bâtiment, il y a tellement d'intervenants dedans. C'est-à-dire, parce que nous, on a toujours travaillé, considéré l'acte architectural comme une stratégie, comme une stratégie globale. depuis le début jusqu'à la fin. Donc, pour pouvoir cadrer ça d'une manière qualitative et dans le temps, parce que le temps a beaucoup de valeur aussi. Donc là, on s'est dit, pourquoi ne pas offrir un package complet au client pour qu'il se retrouve juste en face d'un chef d'orchestre qui est Arpio et qui peut lui offrir tous ses services intégrés ou internes, cadrés par nous-mêmes, pour pouvoir optimiser tous les détails. optimiser le coût aussi, et aussi pouvoir toucher certains facteurs comme l'environnement, comme l'énergie, comme la gestion du chantier, la gestion du temps, tout ça. Maintenant, on arrive à le faire et à le gérer pour nos clients.
- Lorenz Les Clés du Maroc
Et vous êtes combien chez Arpua ?
- Mohamed Berrada
Une dizaine.
- Lorenz Les Clés du Maroc
On n'est pas exactement ça.
- Mohamed Berrada
Mais la majorité, ils viennent de partout. C'est-à-dire qu'il y a plusieurs profils différents. Et moi, j'ai toujours cru que l'architecture, c'est comme une symphonie où il y a tellement de musiciens et chaque musicien est spécialiste dans son domaine. Donc, on ne peut pas répéter la même chose tous. Et tout le monde a tort et tout le monde a raison au niveau de notre bureau. Et c'est comme ça qu'on avance avec notre client.
- Lorenz Les Clés du Maroc
Et en termes de projets d'architecture que vous faites, vous faites de tous les projets ou que des grands, en plus j'ai essayé de vulgariser, des grandes tours, que du bureau, des commerces, des entrepôts. C'est quoi le projet type que tu réalises ?
- Mohamed Berrada
La vérité au niveau d'Architecture, il n'y a pas de petit ou grand projet. C'est-à-dire qu'on peut s'attarder sur un petit projet. Quand je dis petit, c'est par rapport au budget ou par rapport à la taille. Mais par exemple, dernièrement, on était appelé à participer à une consultation restreinte pour un client et sur un terrain quand même de 10 hectares. Donc nous, on arrive avec un cahier de charges. Nous, qu'est-ce qu'on a proposé ? On a proposé de revoir le cahier de charges parce que pour nous, l'acte de bâtir ou l'acte... Le concept architectural, il ne démarre pas avec le dessin. Il démarre avant le dessin pour définir cette stratégie. Et on a dit au client, si vous construisez juste la même chose que votre voisin, c'est quoi la différence ? Nous, on a toujours cherché la différence pour le client. Automatiquement, on a remis en cause son cahier de charges. Et on a intégré les équipements, les logements, et on a presque sorti la voiture du quartier. pour essayer de créer un quartier modèle où il y a une économie d'énergie, où je dirais même partage d'énergie à travers les bâtiments.
- Lorenz Les Clés du Maroc
Et tu arrives souvent à faire changer d'avis à un client. Parce que moi, avant, j'étais plutôt du côté de tes clients, entre guillemets. Et c'est toujours assez compliqué de changer d'avis sur un projet. Surtout que je m'imagine que 10 hectares, c'est plutôt un gros projet. Tu as beaucoup de clients qui t'écoutent et disent, on va écouter l'architecte, c'est peut-être lui qui a raison. Ou c'est compliqué de faire changer les gens d'avis une fois qu'ils ont leur idée arrêtée ?
- Mohamed Berrada
La vérité, on a un outil qu'on utilise très souvent au bureau et qui nous permet d'aller très loin avec nos clients, c'est la créativité. On s'est rendu compte que la créativité n'est pas opposée à la réalité ou à la valeur ajoutée qu'on peut transformer pour notre client. Donc automatiquement, on démarre avec cette créativité pour trouver... un maximum d'idées et un maximum de conseils. Parce qu'on trouve que l'architecte, avant d'être, je dirais, faiseur de plan, il est conseiller de son client et il doit lui dire, d'ailleurs au Canada même, si votre client n'est pas d'accord avec vous, vous continuez à rester responsable technique de votre client. Donc là, c'est-à-dire nous, on continue, on n'arrête pas, à le conseiller quand on est convaincu de l'idée. Parce qu'il est là pour, je dirais, pour réaliser un projet où il y a un bien-être de tout le monde, il y a une rentabilité, parce que là, c'est un acte, je dirais, d'investissement. Faire un bâtiment, c'est un acte d'investissement. Et nous, on a tous les outils, que ce soit informatique, maquette, on utilise tous les moyens pour convaincre notre client quand on est convaincu nous-mêmes de la chose.
- Lorenz Les Clés du Maroc
Est-ce qu'il y a un ou deux projets, on ne va peut-être pas tous les lister, où c'était projet, on va dire, coup de cœur, pour lequel tu es très fier ? pour lequel tu pourrais parler dans ta carrière de projet ou un projet qui t'ont...
- Mohamed Berrada
Par exemple, dernièrement, on a fait un des premiers unités industrielles décarbonées du Maroc ou peut-être d'Afrique où le client, c'est un industriel. Et comme tu le sais très bien, l'industriel, il est pressé et veut mettre le maximum d'énergie et de budget dans la machinerie, pas dans le bâtiment. Mais nous, on a réussi à le convaincre. que le bâtiment, il a un coût. Et le bâtiment permet aussi de préserver la productivité. Donc, si les ouvriers et les gens qui y travaillent, le personnel qui y travaille se sent bien, ils produisent plus et il y a moins de personnes qui s'absentent. Et en plus, un bâtiment, il faut le chauffer, le climatiser. Donc, nous, on a misé sur le bâtiment et aussi sur l'image de marque du client. Et finalement, on a réussi. à le pousser jusqu'au bout pour pouvoir le convaincre de mettre de l'énergie aussi dans l'économie d'énergie de son bâtiment.
- Lorenz Les Clés du Maroc
et tu parles beaucoup de développement durable ou de manière indirecte, ça aujourd'hui chez Arpio c'est un choix qui a été fait par conviction pure ou aussi parce que c'est une demande peut-être de certains investisseurs étrangers qui ont l'habitude sur les marchés occidentaux d'avoir des labels de performance énergétique qu'est-ce qui t'a poussé dans cette voie à être assez en avance mais sur le côté du développement durable des bâtiments ?
- Mohamed Berrada
Je ne te cache pas que Merci. Lors de mon cursus scolaire, disons universitaire, un de mes profs était déjà à la pointe, il y a quand même plus de 30 ans, et lui, il habitait déjà une maison, je dirais solaire, à l'époque. Donc, c'est ça fait, c'est-à-dire l'environnement, préserver l'environnement, ça fait partie de l'ADN du bureau depuis toujours, depuis que j'exerce et on ne peut pas vivre sur... terre sans donner, je dirais, un coup de pouce à la préserver. Et en plus, on se rend compte, par exemple au Maroc, que tout ce qui est gratuit n'est pas très utilisé. Je pars du soleil, je pars du vent, les gens se protègent du soleil, alors que le soleil, c'est un allié extraordinaire. Le vent, les gens se protègent du vent. Non, le vent, nous, on l'utilise pour ventiler le bâtiment et on peut utiliser la géothermie. le sol, pour pouvoir fabriquer des choses. On peut aller chercher la fraîcheur, la chaleur. Il y a tellement de choses. Il suffit de bien orienter un bâtiment pour pouvoir gagner de l'argent et économiser de l'argent en hiver, en été. Mais par exemple, sur un projet à Rabat pour un projet scolaire, c'était une exigence de pouvoir respecter des labels. Mais là, nous, on a travaillé avec les matériaux locaux et on a fait presque Merci. Pas de chauffage, pas de clim pour un bâtiment scolaire.
- Lorenz Les Clés du Maroc
Et ça me semble bien que tu parles un peu des surcoûts, mais qui peuvent entraîner des grosses économies. Souvent, dans les bilans, quand tu fais une opération d'immeuble ou de maison, on voit que le coût de construction, c'est celui qui retient le plus l'œil. Et souvent, les coûts d'architecture, d'assistance à maîtrise, d'exécution d'ouvrage, souvent, c'est sur ces postes-là qu'on essaie d'économiser un petit peu. Or, dans mon expérience personnelle, souvent un bon architecte il est capable en fait de je vais pas dire faire gagner de l'argent mais au moins d'en faire économiser et que parfois on a tendance à vouloir économiser sur le poste de l'architecte en voulant un peu le serrer au maximum et que finalement un architecte qui dessine bien, qui optimise bien les bâtiments, ça peut faire des grosses économies c'est un bâtiment optimisé, il y a peut-être moins de béton pour la même surface, pour amener un meilleur cadre de vie, donc ça ça se calcule pas forcément. Toi t'as des exemples comme ça où tu Tu t'as fait économiser de l'argent à tes clients parce que le plan était mieux pensé que certains.
- Mohamed Berrada
Comme je l'ai expliqué tout à l'heure, l'architecte, je dirais, il est le premier partenaire, le premier conseiller du client. Et le dernier a quitté les lieux. Donc, automatiquement, s'il est considéré comme conseiller, il... Il donne le maximum, il regarde tous les angles. Et c'est là qu'on arrive à réfléchir ensemble avec le client pour pouvoir optimiser les techniques. Parce qu'il suffit d'utiliser une technique par rapport à une autre, là, on perd déjà de l'argent. Parce que l'entreprise, quand elle vient, elle est là pour exécuter. Elle n'est pas là pour réfléchir. Donc, celui qui réfléchit avec le client, c'est l'architecte et l'ingénieur. Donc, automatiquement, on est là. pour réduire le coût, d'abord pour optimiser, pas pour réduire, mais pour optimiser le coût de l'ensemble du bâtiment. Donc souvent, quand on réduit un peu les honoraires des architectes, des ingénieurs, je dirais que c'est le client qui est perdant parce qu'il réduit leurs tâches. Il n'est plus en amont et en aval, il fait juste un petit bout de chemin avec le client et c'est là où le client perd de l'argent. Et c'est là où il risque d'avoir un mauvais investissement alors qu'il est là. pour gagner aussi de l'argent.
- Lorenz Les Clés du Maroc
Je confirme parce que parfois, tu as des choix techniques faits par l'architecte qui sont invisibles, entre guillemets, à l'œil nu du client ou de son utilisateur et qui finalement vont faire faire des vraies économies. Que ce soit, comme tu as parlé de l'énergie, qui aujourd'hui, l'énergie coûte de plus en plus cher partout dans le monde et ça va continuer à augmenter. Un bâtiment qui est mieux isolé, mieux orienté, ne serait-ce que par rapport au soleil, peut soit économiser du chauffage quand on a besoin dans certaines régions. ou alors te préserver des vagues de chaleur et ça c'est des coups sur du long terme ce qu'on oublie parfois que les Il y a certains architectes avec qui parfois je travaillais un peu plus tôt dans ma carrière. Oubliez que parfois, il y a des gens qui soit travaillent dans le bâtiment qu'ils vont construire, soit ils vivent et que c'est très beau de l'extérieur, mais que de l'intérieur, ce n'est pas optimisé pour vivre. Et pour moi, un bon architecte, c'est des gens qui vont se prendre du temps, être créatifs, très créatifs parfois, et trouver des solutions pour qu'on s'y sente bien et que le logement est parmi le premier besoin ou le second besoin de l'homme. Après avoir mangé, il lui faut un toit. Et parfois, on oublie que c'est quelque chose d'élémentaire. Quand on habite chez soi, même si on travaille à l'extérieur, on y passe au moins un tiers de son temps, voire plus. Quand on travaille dans des bureaux, c'est l'autre tiers. Donc, en fait, on passe beaucoup de temps dans les bâtiments et qu'effectivement, comme tu as dit tout à l'heure, des bâtiments bien pensés, dans lesquels on se sent bien, que ce soit pour y vivre ou pour travailler, ça participe à une harmonie de soi et même d'une société.
- Mohamed Berrada
Tu sais, dernièrement, lors d'un projet industriel, j'ai demandé au client de visiter son ancien, sa première unité industrielle. Ben, moi, je lui ai donné rendez-vous en mois de juillet. Disons, c'était le mois de juillet. Et je lui ai dit, est-ce que je peux passer vers le coup de 2h, 3h de l'après-midi ? Ben, en arrivant dans son atelier, il ne m'a dit pas de photos. J'ai dit non, je ne suis pas là pour les photos. Ben, j'ai regardé que la majorité des ouvriers, disons, du personnel qui travaillait, transpiraient. Ils étaient dans une... Bon, les machines, elles sont insensibles à ça, bien sûr.
- Lorenz Les Clés du Maroc
Et encore.
- Mohamed Berrada
Et on oublie. Et encore. Mais c'est vrai que... Et là, je me suis rendu compte qu'au niveau productivité, il perd beaucoup de choses. Pourquoi ? Parce qu'il a décidé de réduire le coût dans son premier bâtiment, de réduire le coût des fenêtres. Parce que c'est vrai que les industriels détestent la lumière qui rentre par les façades. Ça dérange, c'est vrai. Mais on oublie que la lumière du Nord, elle est la meilleure pour tout. pouvoir travailler parce qu'il n'y a pas de rayon solaire. Mais malheureusement, on n'accorde pas beaucoup d'importance, comme tu viens de dire, à l'orientation. Alors qu'en hiver, par exemple, il suffit de placer des arbres caducs, à feuilles caducs, qui perdent leur feuillage, pour ceux qui ne savent pas, l'hiver, mais qu'ils en ont l'été. Donc vous voyez, la nature est tellement bien faite qu'on n'a pas besoin de rajouter des choses. On peut se protéger du soleil l'été. Et avoir du soleil l'hiver, si c'est l'orientation est-ouest, le sud, on n'en a pas besoin. Et le nord, c'est la meilleure orientation. Donc là, en visitant ces unités, je lui dis, je suis désolé, vous climatisez vos unités industrielles. Pour là, normalement, vous n'avez pas besoin. Et ce fut d'une ventilation naturelle. Mais ça dépend de l'orientation. Là, tout de suite, il était convaincu. Il m'a sorti sa note. Je vous assure, je t'assure, c'était autour de 1,5 million de dirhams par mois. J'ai sauté au plafond, j'ai dit mais quand même, là, on a réfléchi pour sa prochaine unité industrielle. Mais comme je te disais tout à l'heure, l'architecte et l'ingénieur, ils peuvent réfléchir sans demander tout le temps des détails au client. Là, nous, on a rajouté, sans qu'ils le sachent. Au niveau de la structure, le poids des panneaux photovoltaïques. Six mois plus tard, au cours du chantier, il nous a demandé. On lui a dit qu'on avait déjà pensé à ça. Et c'est ça, le gain de la maîtrise d'œuvre. Quand ils sont des professionnels, tu as l'habitude de travailler. Ils n'ont pas besoin que le client les rappelle chaque fois. Est-ce que tu as fait ça ? Tu n'as pas fait ça ? Tu as oublié ça ? Au contraire, on est là pour soulager le client. Et le client, on doit l'accompagner dès le début à prendre des décisions. Parce qu'une fois sur chantier, c'est très difficile de changer des choses quand on a raté au niveau du plan.
- Lorenz Les Clés du Maroc
C'est comme un bateau, une fois qu'il est lancé, c'est compliqué de le faire freiner ou de le faire dévier. On peut bouger de quelques degrés, mais il n'y aura pas de révolution en cours de chantier. Ou alors quand il y a une révolution, c'est qu'il y a eu beaucoup de très gros problèmes. Et là, on est plutôt preuve de la catastrophe industrielle.
- Mohamed Berrada
D'ailleurs, tu vois bien que l'architecte, une des missions de l'architecte, c'est le permis de construire. Ce n'est pas sa mission principale. Au contraire, c'est la petite mission. Alors que la grande mission, c'est avant et après le permis de construire. Et c'est là où le client, il peut...
- Lorenz Les Clés du Maroc
fabriquer un bâtiment qui peut durer 20 ans, 30 ans, et c'est là où il y a le retour d'investissement et la valeur ajoutée des vrais professionnels. Ce n'est pas au niveau du permis de construire. Ça, c'est rien.
- Mohamed Berrada
Tu as raison, parce que pour tout ce qui est bâtiment industriel, bureau, souvent d'art, c'est plutôt des gros investisseurs, plutôt institutionnels, qui eux vont regarder le coût d'achat de construction, mais ce qui est important après, c'est le coût d'exploitation. Si tu payes extrêmement cher en énergie pour pouvoir climatiser, ou pour pouvoir chauffer, indirectement, ton bâtiment perd de la valeur. Donc, soit il vaut moins cher en valorisation, soit même du loyer, c'est moins cher parce que le locataire doit payer beaucoup plus cher pour se chauffer ou pour se climatiser. Donc, il y a un enjeu économique pour tous ces acteurs de bien optimiser dès le début un bâtiment. Et qu'effectivement, on a fait, je pense, partout dans le monde, beaucoup d'erreurs sur le côté non durable de certains bâtiments. Mettre que du plein sud parce que c'était mieux. Alors, en France, on l'a beaucoup fait. mais on s'aperçoit que quand on est plein sud avec des grandes fenêtres l'été c'est une véritable fournaise et que même la clim aide mais à un moment l'énergie coûte cher et ça ne va pas s'arrêter donc effectivement parfois des choix presque anodins voire même presque bêtes j'ai envie de dire mais ça change tout le meilleur exemple c'est l'orientation tu parlais de mettre de la végétation des arbres feuilles caduques je trouve qu'on a pas beaucoup végétalisé. En France, c'était une erreur des dernières années, on a presque trop bétonné les sols. Il y a un virage qui s'est fait, qui prend du temps parce que ce qui est construit est construit et qu'on oublie parfois que juste de bien végétaliser, ça crée des éos de fraîcheur et outre le côté, le vert, ça apaise l'homme. Par exemple, sur le projet de l'ICD des cartes arabes, normalement, à la base, on devait partir avec un label. Moi, j'ai réussi à convaincre le client que le label, c'est un standard international qui peut être à Kinshasa ou à Paris ou n'importe, mais qui n'est pas propre à une ville. Nous, par exemple, quand on a fait un hôtel à Dakhla, on a réfléchi autrement quand on fait un hôtel à Tangier ou à Casablanca, tout simplement. Pourquoi ? D'abord, l'orientation, c'est pas le même climat. Et là, on a démontré aux clients qu'on peut faire un bâtiment rien qu'avec le soleil. et le vent de Rabat. Et on a obtenu même un prix international. Et on a été publié sur plusieurs revues. Alors qu'on n'a ni label, ni... Et c'est un bâtiment, on s'est basé sur la chaleur des enfants, le matin en hiver, après 20 minutes. Quand vous avez 20 gamins, ça chauffe la classe. Et on s'est rendu compte aussi, à travers certaines expériences, c'est qu'un bâtiment bien conçu, par exemple scolaire, permet d'améliorer, d'ailleurs il y a plusieurs études statistiques là-dessus, par exemple en Angleterre, on a démontré qu'un bâtiment bien conçu, un bâtiment scolaire bien conçu, permet d'améliorer entre 16 et 20% la concentration des enfants, donc leur intelligence et le temps de passer à l'école. C'est-à-dire qu'ils viennent aussi par plaisir pour travailler, pas spécialement. Donc tu vois qu'il y a beaucoup de paramètres que l'architecte peut toucher pour améliorer un cadre Que ce soit le bien-être en logement ou le bien-être en école, parce qu'il y a des enfants, à l'usine pareil, à l'hôtel pareil. Donc tout ça, et chaque projet est différent. On peut réaliser le même projet dans la même ville, mais il suffit de changer d'orientation, comme tu l'as dit, et tout change. Et puis en plus, c'est les 15 à 20% d'optimisation, comme tu disais, pour les écoliers en concentration, en performance en l'air scolaire. Sur un bilan économique, il n'y a pas de ligne pour ça, pour dire ce bâtiment, il va... Rendre les gens plus heureux, être plus efficaces au travail. Effectivement, travailler à l'usine et transpirer dès le matin à 10h, j'imagine qu'on est moins performant et que c'est même moralement, mentalement plus difficile que lorsqu'on est dans des bonnes conditions, à 19 degrés, qu'on soit derrière un bureau ou derrière une machine. Toi, par rapport au Maroc, ça a commencé il y a 30 ans. C'est quoi les changements que tu as vus sur le métier d'architecte en lui-même en 30 ans au Maroc ? Est-ce qu'il y a des grandes révolutions ou des évolutions ? Qu'est-ce qui a changé pour toi ? Ce qui est extraordinaire au Maroc actuellement, c'est qu'il y a toute une, je dirais, ça bouge de partout, c'est vrai. Il y a beaucoup de jolis projets aussi, il y a beaucoup de volonté dans ce sens pour améliorer le cadre bâti, pour améliorer les zones industrielles, pour d'autres, etc. Et il y a aussi, n'oublions pas qu'il y a beaucoup de jeunes diplômés architectes qui sont passionnés, qui sont bien formés et qui ont envie d'accompagner ce mouvement. Donc, c'est-à-dire, là, pour l'instant, il y a tout un changement qui permet d'offrir, je dirais, aux citoyens, aux utilisateurs de nos villes, beaucoup de nouveautés, beaucoup d'avantages sociaux. Et il y a, je dirais, ça bouge dans tous les... dans tous les sens. C'est une véritable opportunité pour développer une jeune architecture marocaine qui s'adapte, je ne dirais pas spécialement à une architecture internationale, mais qui respecte un peu le cadre marocain et qui respecte aussi l'environnement marocain. Il y a beaucoup d'entreprises qui poussent et qui sont prêtes. Je suis agréablement surpris. de la vitesse que ça prend beaucoup de chantiers, dans la qualité aussi, ce qui n'était pas le cas avant. Je me rappelle, les chantiers avant, c'était assez lourd, assez long. Maintenant, c'est rapide. Il y a beaucoup de changements dans plusieurs villes et les jeunes sont très volontaires à vouloir changer les choses. C'est ça, ce qui est bien.
- Lorenz Les Clés du Maroc
J'ai envie de rebondir, parce que tu as parlé un peu de l'identité architecturale du Maroc. Il y a une sorte d'un peu de débat, j'ai l'impression, entre, pour moi, le Maroc a une véritable identité architecturale, celle d'origine. Quand on voit des riades, quand on voit des bâtiments marocains sur Internet, on sait tout de suite c'est marocain, il y a qu'au Maroc qu'on voit ça. Et il y a un peu ce débat que j'ai l'impression que comment faire pour conserver cette identité dans des bâtiments neufs contemporains là où moi je trouve que d'une manière générale, ça c'est dans toutes les grandes villes du monde, les grands bâtiments de bureaux ou résidentiels sont quasiment tous pareils. Si on isole le bâtiment qu'il soit à Singapour, l'Europe. Singapour est très en avance, mais on va dire une grande ville d'Asie, une grande ville d'Europe, que ce soit la France, l'Espagne, l'Allemagne, États-Unis. On prend les bâtiments sans voir leur environnement. C'est très compliqué de savoir où est-ce qu'il est sur une carte. Est-ce que tu penses qu'il est possible de concilier au Maroc les deux, d'avoir des grands bâtiments et qui gardent cette identité marocaine ?
- Mohamed Berrada
Moi, je dirais que la clé d'un projet, c'est le maître d'ouvrage, c'est le donneur d'ordre. Donc, si le donnant d'ordre ne fait pas confiance à son équipe architecte, ingénieur et intervenant, il y a quelque chose qui manque au projet, premièrement. Deuxièmement, je dirais que ce ne sont pas les compétences qui manquent actuellement, mais ce qui manque, c'est une certaine vision globale des projets. Par exemple, comme tu viens de le dire, c'est vrai qu'il y a des objets posés sur un boulevard. peut-être qu'on a limité un peu la mission de ceux qui font des choses, mais quand on fait une ville ou un quartier, on ne peut pas venir demander à chacun de placer son objet. C'est impossible d'avoir une cohérence globale. Donc, si le maître d'ouvrage est convaincu, il est bien conseillé et bien cadré, et encadré par les différentes compétences, automatiquement, ça peut donner naissance à des très belles choses. C'est vrai. Il y a certains bâtiments qu'on voit à Casablanca ou d'autres en façade rideau. C'est vrai, c'est triste de voir des façades rideau sur plusieurs boulevards de Casablanca, orientés plein ouest, où il y a des gens qui habitent ou qui travaillent, qui climatisent. C'est vrai que peut-être il faut que, je dirais, les pouvoirs publics deviennent un peu plus regardants, plus cadrants certains projets. La beauté d'un projet, ce n'est certainement pas ses murs rideaux. Et donc, il faut qu'on commence à réfléchir. Et aussi, je crois qu'il faut donner la chance aux jeunes architectes de pratiquer le métier pendant leurs études et de pouvoir, je dirais, mélanger les seniors avec les jeunes et ne pas croire que l'un a raison par rapport à l'autre, mais surtout de pouvoir pratiquer le métier. Pendant les études, pour avoir une certaine réalité, parce que souvent, je constate qu'il y a beaucoup d'images de synthèse posées sur un boulevard. Et ce n'est certainement pas comme ça qu'on va réaliser une ville. Donc là, il faut faire un peu attention. Et ce serait un peu dommage de revoir encore les machines de climatisation qui vont manger, je dirais, les façades.
- Lorenz Les Clés du Maroc
La Casablanca a beaucoup évolué depuis 15 ans. en termes de développement, d'urbanisme et de construction. Est-ce que toi, avec ta vision d'architecte, il y a des choses où tu te dis... Il y a des choses, si on avait su, on aurait pu faire un peu différemment pour mieux, ou alors il y a des choses à faire pour les 15 prochaines années en termes d'urbanisme, pour que la ville soit encore plus belle.
- Mohamed Berrada
À un moment donné, on remplissait les villes. Le développement d'une ville, c'était la remplir. Depuis un certain temps, on a compris que pour rendre des gens heureux dans une ville, en plus, il y a plein de chiffres qui démontrent la liaison entre l'urbanisme durable et le bien-être. je dirais, et la santé des citoyens, passe par le fait de vider des villes. Donc là, je vois par exemple une ville comme Rabat qui arrive à gérer ce côté plein vide, urbain, alors que Casablanca, depuis un certain temps, on a compris qu'il faut vider certains côtés et de tourner la ville vers la mer. Ça, c'est déjà une très bonne chose. Mais je dirais... ont fait des actes un peu isolés et je crois que le pouvoir public, il doit faire un peu plus confiance aux spécialistes, aux urbanistes, aux architectes, aux, je dirais, aux climaticiens, aux thermiciens pour fabriquer la ville. Moi, je dirais que ce soit à Singapour ou d'autres villes, ce sont des villes, au Rotterdam, ce que tu veux, ce ne sont pas des villes qu'on a construites par les pouvoirs publics seulement, mais au contraire, par... les spécialistes à qui on a fait confiance, mais qui ont travaillé d'une manière globale. Par exemple, je prends le trottoir qu'on trouve sur Casablanca, qui a été refait dernièrement, en goudron. Tout le monde sait que c'est le goudron dans une ville, n'importe laquelle au monde, même une ville froide, c'est des îlots de chaleur. Au contraire, il faut chercher une particularité, un peu comme Lisbonne, où on a mis des chutes de marbre sur le trottoir, pour pouvoir d'abord... différencier le trottoir de la chaussée. Parce qu'au niveau bien-être, on est un peu mal à l'aise de marcher sur le trottoir. Et je comprends les gens qui marchent sur la chaussée, parce qu'il n'y a pas de différence. Deuxièmement, c'est des endroits très durs à utiliser, à exploiter en été. Alors qu'on peut très bien trouver des matériaux peut-être moins chers et qui permettent. Il y a aussi le fait de réduire l'impact de la voiture sur Casablanca. La voiture, elle est omniprésente. Je crois qu'on a dépassé ce stade. Maintenant, je dirais, la ville se développe très bien en matière de transport. Il y a le tram, il y a les bus, il y a tout ce qu'on veut. Il est temps que les gens utilisent un peu les moyens de transport en commun. Il y a certaines villes où le transport en commun est beaucoup plus utilisé qu'à Casablanca. C'est vrai que c'est une ville un peu étendue, mais le fait de réduire l'impact de la voiture à Casablanca donnerait beaucoup de... je dirais de plaisir au Casablanca.
- Lorenz Les Clés du Maroc
Effectivement, parce qu'il y a beaucoup de grandes métropoles qui, depuis 10-15 ans, c'est un phénomène mondial où la place de la voiture se réduit doucement, mais derrière aussi beaucoup de grands projets d'infrastructures, que ce soit alors des résidences, de tramways, de métros, d'infrastructures lourdes, de transports publics, et aussi le développement de pistes cyclables dédiées, protégées, qui permettent d'avoir une alternative par rapport à la voiture. Dans les grandes villes françaises, des villes comme Paris, Aujourd'hui c'est pas... Et en général, on est beaucoup plus rapide en vélo qu'en voiture. Donc le calcul coût-bénéfice en termes de temps, souvent les gens disent « je préfère prendre le vélo » . Alors sauf s'il pleut et qu'il neige, effectivement, ce n'est pas le bon moment. Mais on peut être très rapide et sur des distances beaucoup plus longues.
- Mohamed Berrada
Tu sais, je ne te cache pas, il y a deux jours, j'étais au quartier des Habous. Et j'avais un petit quart d'heure, une demi-heure, je voulais me balader, regarder les bâtiments. Mais je t'avoue... Pourtant, c'est un quartier historique où il y a beaucoup de belles choses. Il y avait beaucoup de visiteurs, que ce soit marocains ou étrangers. Mais moi, j'ai eu un mal fou à marcher et à regarder les bâtiments parce que la voiture, elle est partout. La mobilité, elle est partout. Donc là, à un moment donné, j'ai écourté un peu ma balade et je suis reparti. Mais quand on voit, par exemple, moi, j'étais dernièrement à Bruxelles. Bruxelles, c'est une métropole. C'est le marché européen, etc. Je dirais que c'est aussi grand que Casablanca. Mais j'étais étonné du nombre de piétonniers qui existent. Et en plus, on a limité l'accès au centre. Je me suis rendu compte que là où j'avais mon école, c'est devenu un piétonnier. Et j'avais un rendez-vous avec un ami. Je t'assure, il a laissé sa voiture très loin. Je crois qu'il est même venu en train. Il a laissé sa voiture à la gare. Il est venu parce que le centre est réservé seulement aux taxis. Et il faut avoir une carte ou un permis spécial pour pouvoir rentrer. Et en plus, ils ont réussi à réduire la vitesse à 40 km à l'heure. Si on fait ça à Casablanca, ça va être le bonheur total pour tout le monde.
- Lorenz Les Clés du Maroc
Effectivement, par contre, il faut en amont anticiper que les gens doivent venir en vélo, à pied, en transport public. Et donc, ça aussi, c'est un travail de long terme.
- Mohamed Berrada
Malheureusement, à Casablanca, il n'y a pas de piste cyclable, ou très peu, un peu sur la corniche. il y a moyen, Casablanca il y a beaucoup de déserts d'espace, on peut encore travailler là-dessus, mais je crois qu'il faut absolument réduire l'impact de la voiture sur la ville. Et ça permettrait peut-être même, je dirais, limiter l'accès du centre historique de Casablanca, qu'on peut reprendre et lui donner une valeur ajoutée. Parce que c'est très beau, il y a des jolis bâtiments, et on peut en profiter pour le rendre piétonnier, et là, ça va Merci. permettre aux gens de découvrir un autre centre, alors qu'en voiture, on ne découvre rien du tout.
- Lorenz Les Clés du Maroc
Ça pourrait être intéressant comme sujet, même pour un podcast. Donc, si quelqu'un de la ville de Casablanca, du service urbanisme ou du service politique veut l'échanger, qu'il n'ose pas me contacter, même en privé, ça pourrait être très intéressant.
- Mohamed Berrada
Mais ce qui est sympa, c'est qu'il y a beaucoup de volontés. Mais je dirais que c'est des volontés un peu pas liées. Chacun travaille à sa manière, c'est vrai. Mais je dirais, s'ils se mettent en groupe. Ils font appel aux spécialistes. Et on a tellement ici au Maroc qu'on peut travailler autour d'une table pour une cause commune, c'est de transformer nos villes. On a tellement de belles choses. Il y a tellement de choses à reprendre. Par exemple, le quartier des Habous, je ne vois pas pourquoi la voiture y entre encore. On peut très bien enlever tout ça. Et c'est un petit quartier qu'on peut reprendre. Et là, même au niveau touristique, on peut y gagner. Il y a beaucoup de bâtiments, malheureusement, qui sont ignorés et par les Casablancais et par les gens qui viennent d'ailleurs, qui ne connaissent pas leurs valeurs, qui sont, je ne dirais pas en ruine, mais en état un peu délabré qu'on peut reprendre à la méthode de Madrid ou d'autres villes.
- Lorenz Les Clés du Maroc
C'est un sujet en plus immobilier de comment on peut reprendre un quartier. Effectivement, j'ai eu un peu du mal à arrêter la voiture avant. C'est un peu compliqué. Je me rends compte qu'on est habitué. Mais finalement, les deux moyens sont possibles, d'avoir une voiture pour les grands trajets. Et on s'aperçoit finalement qu'on prenait beaucoup la voiture, dans mon expérience personnelle, pour des petits trajets qu'on pouvait faire soit à pied, soit en vélo. Et après, évidemment, si on est un personnage âgé, qu'on ne peut pas se déplacer, la voiture reste obligatoire. S'il pleut, prendre le vélo. Alors oui, il y a des gens qui mettent des caouets, des protège-pluies de partout. On peut le faire une fois, deux, mais quand il pleut toute la semaine, ce n'est pas très agréable non plus. Après, Casablanca est assez protégé de ce niveau-là, au niveau de la météo. Et avant de passer à la prochaine partie, tu as parlé des jeunes architectes, comme quoi c'est important de les écouter. Mais il faut aussi qu'eux écoutent les plus anciens, mais que le meilleur des deux mondes est possible. Si demain, tu devais donner un conseil à un jeune architecte qui veut lancer son propre cabinet au Maroc, si tu avais un conseil que tu lui donnerais, ce serait lequel ?
- Mohamed Berrada
Moi, je lui dirais que l'apprentissage au niveau de l'école d'architecture est très important. Il ne faut pas considérer que le diplôme permet d'avoir un savoir absolu. Là, c'est un ticket pour entrer dans un nouveau métier, dans un nouveau monde et qu'il y a tout à apprendre. Donc, l'idéal, si j'ai un conseil à donner à un jeune architecte, c'est de ne pas... pratiquer tout de suite son métier, mais plutôt d'accompagner d'autres projets, d'apprendre autour de lui, avec des architectes un peu plus expérimentés, ou peut-être même accompagner un investisseur, ou un maître d'ouvrage, etc. La meilleure manière d'apprendre, c'est d'aller à la pratique du métier d'une manière globale. C'est vrai qu'on rêve tous d'avoir. sans bureau, sans cabinet d'architecte et d'avoir décroché des projets. Mais moi, je dirais, c'est un métier qu'on ne peut pas pratiquer tout seul parce qu'il y a tellement d'alias, tellement de responsabilités aussi, que ce soit au Maroc, en Europe, qu'il faut faire très attention. Donc, la meilleure manière, c'est de pratiquer avec d'autres avant de pouvoir le pratiquer tout seul.
- Lorenz Les Clés du Maroc
Parfait. Et on arrive quasiment sur la fin et je vais proposer un petit jeu. C'est des questions flash. Tu ne peux répondre que par oui ou par non, dans un temps limité. Et après, parfois les questions, peut-être, ça va mériter un peu plus de réflexion qu'un simple oui-non. Et on y reviendra après. Hop, alors attends, je prends mon petit... Première question flash. Alors, est-ce que tu es prêt ?
- Mohamed Berrada
Oui.
- Lorenz Les Clés du Maroc
Eh bien, c'est parti. L'architecture marocaine a une identité propre reconnaissable à l'international.
- Mohamed Berrada
Oui.
- Lorenz Les Clés du Maroc
Dans dix ans, Casablanca sera une plus belle ville qu'aujourd'hui.
- Mohamed Berrada
Oui.
- Lorenz Les Clés du Maroc
Tu as déjà refusé un projet parce qu'il allait à l'encontre de tes convictions.
- Mohamed Berrada
Oui.
- Lorenz Les Clés du Maroc
L'IA va transformer le métier d'architecte plus vite qu'on ne le pense.
- Mohamed Berrada
Oui.
- Lorenz Les Clés du Maroc
Un bâtiment durable peut également être beau.
- Mohamed Berrada
Oui.
- Lorenz Les Clés du Maroc
Tu recommanderais à tes enfants de faire architecture aujourd'hui au Maroc ?
- Mohamed Berrada
Oui et non.
- Lorenz Les Clés du Maroc
Voilà, on va y revenir après. Il y a des projets construits à Casablanca ces 20 dernières années dont tu n'es pas très fier. Pas par toi, mais que tu vois qui ont été développés.
- Mohamed Berrada
Oui, malheureusement.
- Lorenz Les Clés du Maroc
Un maître d'ouvrage qui rogne sur les honoraires de l'architecte finit toujours par le payer ailleurs.
- Mohamed Berrada
Oui.
- Lorenz Les Clés du Maroc
Tu as encore des rêves de projets que tu n'as pas encore réalisés.
- Mohamed Berrada
Oui.
- Lorenz Les Clés du Maroc
Parfait. On arrive sur la fin des questions. On avait une question, c'était un oui et non, c'était par rapport à tes enfants, pour être architecte, tu les recommanderais, tu disais oui, non.
- Mohamed Berrada
C'est-à-dire que c'est un métier passionnant. Je dirais qu'on apprend tout le temps. Aucun projet ne ressemble à l'autre. Et donc, on est tout le temps dans l'apprentissage. Mais c'est un métier, malheureusement, au Maroc, où le maître d'ouvrage ne voit pas encore la valeur ajoutée. de l'architecte. Pour lui, la majorité des investisseurs ou des clients, en tout cas pour certains projets, pas pour tous, heureusement, c'est qu'il voit l'architecte comme une obligation administrative. Le reste, il sait faire avant, après. Et c'est là où, malheureusement, il y a beaucoup de projets qui sont ratés. Il y a beaucoup d'investissements perdus. Donc, je dirais... Le métier d'architecte au Maroc, dans dix ans, peut-être que ce serait mieux. Surtout si les pouvoirs publics et les maîtres d'ouvrage, je dirais, comprennent le rôle que l'architecte permet d'offrir. Parce que finalement, on ne peut pas vivre en dehors de la ville. Même quand on prend sa voiture le matin, on traverse la ville. Donc si la ville est mal faite, automatiquement, on subit la ville. qu'on soit riches ou pauvres, on subit la ville. Donc, c'est pour cela, c'est pour cette raison que les gens voyagent et c'est pour cette raison qu'il y a beaucoup de villes dans le monde, attirent beaucoup de monde parce que, d'abord, quand on rentre dans une ville, on n'y paye rien, on ne paie pas de taxes en rentrant, on peut passer une semaine, quinze jours à se balader, à apprécier, à découvrir. Moi, j'étais à Barcelona il y a deux, trois jours, j'ai payé aucune taxe à l'entrée. Mais j'ai passé beaucoup d'heures à regarder des bâtiments, d'apprendre un peu des confrères architectes ce qu'ils ont fait sur une partie nouvelle de la ville.
- Lorenz Les Clés du Maroc
Et sur la partie Casablanca, quand je t'ai posé la question, s'il y a des projets que tu as honte, mais que tu aurais pu te faire différent, est-ce qu'il y en a un que tu as en tête ou un truc de normalisme où tu te dis, avec du recul, après chaque ville a toujours des loupés, ça c'est normal, est-ce qu'il y a un projet où tu te dis, bon, c'est à refaire, il faut qu'on fait de l'or ?
- Mohamed Berrada
C'est-à-dire pour rester correct avec. mes confrères et mes amis. Je dirais, il y a plusieurs bâtiments. Moi, quand je passe et je vois un bâtiment, un immeuble ou une tour, je ne sais pas quoi, entièrement vitré, par exemple sur CFC, on a oublié vraiment le côté durabilité parce que l'investisseur ou le maître d'ouvrage cherchait, je dirais... où ils croyaient être bien accompagnés, ou bien sur un boulevard quelconque de Casablanca, avoir un mur rideau, alors qu'on pouvait très bien faire un beau bâtiment en respect de l'orientation de l'environnement et de provoquer, je dirais, une signature de cet architecte ou peut-être de cette société qui voulait se mettre en valeur ou être, je dirais, soulignée par rapport à... rapport au standing de l'entreprise.
- Lorenz Les Clés du Maroc
Et on va terminer l'épisode avec la dernière question que je t'ai posée sur les rêves, soit en architecture, soit personnel, que tu n'as pas encore réalisé. Quels seraient ces rêves, pour finir sur une note positive ?
- Mohamed Berrada
C'est-à-dire ce que j'aimerais réaliser peut-être ? Une ville nouvelle. On est plusieurs à y travailler, pas seulement le sol architecte. ou arpillé comme cela. Au contraire, parce que souvent, on oublie ça, on apprend beaucoup avec les autres aussi. Et en même temps, il y aura tellement d'intervenants. que ce soit les climaticiens, les thermiciens, les urbanistes, les géologues. C'est-à-dire, surtout qu'au Maroc, il y a moyen d'utiliser l'eau de pluie, il y a moyen d'utiliser le vent, d'utiliser le soleil. Mon rêve, c'est de pouvoir réaliser peut-être une vie nouvelle, à zéro énergie ou à énergie positive, où la ville produit de l'énergie, où la voiture est presque inexistante.
- Lorenz Les Clés du Maroc
J'espère que le Maroc a un projet comme ça pour... puissent le réaliser avec tous les...
- Mohamed Berrada
Maroc ou ailleurs, ça peut être.
- Lorenz Les Clés du Maroc
Maroc ou ailleurs.
- Mohamed Berrada
En Afrique ou dans un autre monde.
- Lorenz Les Clés du Maroc
Si quelqu'un veut créer une ville nouvelle, il va nous contacter directement en message privé. Et c'est là-dessus qu'on arrête cet épisode. Si ça vous a plu, n'hésitez pas à vous abonner, à liker et à partager auprès de votre entourage. C'est important pour continuer l'aventure des Clés du Maroc. À très bientôt.