- Speaker #0
Moi, ma vie, c'était rien que l'athlétisme, en fait, parce que j'ai commencé beaucoup de choses de la vie normale très tard.
- Speaker #1
Bienvenue dans ce podcast dédié aux histoires de sportifs. Pour cet épisode, nous avons la chance de recevoir une athlète de haut niveau, et c'est peu dire, c'est Fathia. Bonjour Fathia.
- Speaker #0
Bonjour.
- Speaker #1
Alors, je dis recevoir, c'est plutôt toi qui nous reçois, tout compte fait, puisque nous sommes sur ton lieu de travail, à Décathlon-Nivelles, pour situer géographiquement, c'est en Belgique, entre Bruxelles et Charleroi. Pour commencer, Fathia, est-ce que tu peux te présenter ?
- Speaker #0
Moi, je suis Fathia Wawouf. Ça fait bientôt 11 ans que je travaille chez Decathlon. J'étais athlète de haut niveau. J'étais athlète professionnelle une partie de ma carrière au Maroc. Je suis rentrée en Belgique en 1999. J'ai eu la nationalité belge en 2000 et c'est là que j'ai commencé à courir. pour la Belgique. Donc, j'ai eu une carrière de plus de 18 ans, de haut niveau. Et j'ai arrêté ma carrière professionnelle vraiment de haut niveau en 2008. Pourquoi ? Parce que j'avais déjà entre 37 et 38 ans et j'ai voulu fonder une famille pour ne pas rater aussi d'avoir des enfants. J'ai eu deux enfants, donc des faux jumeaux, un garçon et une fille qui vont avoir bientôt 10 ans.
- Speaker #1
Alors là, Fathia, tu vas un tout petit peu trop vite. En même temps, c'est normal, c'est ta spécialité d'aller vite. Je voudrais qu'on commence d'abord par ton enfance. Ça se passe au Maroc, à Ouarzazate, dans les années 70. Est-ce que tu peux nous raconter ?
- Speaker #0
Alors mon enfance déjà à Ouarzazate, où mes parents habitent toujours, c'est en altitude, c'est dans la Haute Atlas. On parle du Kinyon, mais moi aussi j'ai vécu mon enfance en altitude. Et moi ma jeunesse et mon enfance c'était que de courir à gauche, à droite, partout. Aller à l'école à pied, aller au lycée à pied. Donc je faisais trois kilomètres, aller-retour et quatre fois sur la journée. Donc mon enfance, voilà, était simple là-bas avec mes parents.
- Speaker #1
Et vous étiez combien dans la famille ?
- Speaker #0
On est quatre filles et trois garçons.
- Speaker #1
Et tout le monde courait, tous les enfants ?
- Speaker #0
Alors, tout le monde, les filles, donc c'est des coureuses, mais qui n'ont pas continué parce qu'elles n'ont pas supporté la... de ce que l'athlétisme aussi demande et tous les efforts et tout. Et alors les garçons c'est des faux doualors.
- Speaker #1
À quel âge, Fathia, tu t'es dit, tiens c'est bizarre, mais je cours plus vite que les autres ?
- Speaker #0
Je ne me dis pas peut-être, je pense que j'avais déjà 10, 12 ans. Donc là, je ne savais pas ce que ça veut dire la fatigue en fait. Je courais, j'étais des fois toute seule au milieu des garçons, à courir, à jouer au foot, à jouer à tous les ballons. C'est ma première et ma deuxième année vraiment au collège. C'est là que tous les profs de sport m'avaient conseillé vraiment. Parce que je participais aussi avec eux au cross scolaire. Je gagnais avec les cadettes par exemple. Et j'avais envie de courir avec les seniors. Et j'étais plus forte aussi que les seniors.
- Speaker #1
Tu fais donc tes premières foulées au Maroc. Très vite, tu fais de la compétition. Est-ce que tu peux nous raconter tes premières victoires ?
- Speaker #0
Alors, ma première victoire, c'était encore au collège. Donc là où j'avais gagné, mon premier cross c'était régional, donc le cross-nage régional. Et après j'étais qualifiée pour les championnats nationaux de cross. Je parlais de scolaire à l'époque. Et là j'avais gagné aussi. Donc j'étais vraiment quelqu'un de très doué. Donc je ne savais même pas comment je faisais. Parce que comme je vous dis, je ne savais pas ce que ça veut dire fatigué. Ou bien moi le départ est lancé, je pars. Voilà, je n'ai pas couru à pieds nus comme la plupart des Africains. Je pouvais courir avec du basket normal. Et voilà, donc c'est là mes premières victoires déjà en scolaire.
- Speaker #1
Alors ce qu'il faut savoir, c'est que tu t'es entraînée avec les plus grands champions. Pour ne citer que lui, parce que tout le monde le connaît, c'est Ishamel Guérouche, qui a quand même le record du monde du 1500 en 3,26 me semble-t-il depuis au moins 20 ans. Toi, tu faisais donc partie de cette Dream Team marocaine.
- Speaker #0
Oui. En fait, j'ai vécu dans l'équipe nationale, on appelle ça l'équipe nationale. J'étais appelée déjà quand j'allais encore au lycée. Mes vacances de Pâques, je les avais passées déjà dans l'équipe nationale parce que j'étais invitée pour faire des tests et tout. Donc là déjà, en passant des tests avec les filles qui étaient dans l'équipe nationale, j'étais demandée par Saïda Ouïta qui m'a fait prendre des photos et tout pour mon passeport et partir déjà avec eux. Mais il fallait faire un choix, donc à l'époque j'étais encore jeune, il fallait choisir mes études, rester déjà dans l'équipe nationale, partir au stage à l'étranger. Donc en discutant, j'avais choisi de continuer mes études à l'époque. Mais après, à l'âge de 22 ans, c'est là vraiment où j'étais dans l'équipe nationale, donc j'avais fait mon choix. Il fallait choisir un des deux chemins, donc ils avaient choisi de rester dans l'équipe. équipe nationale. Donc là, oui, on était logé. Donc on traînait tous en groupe, dans le même groupe que le Gorouge, que nos Abidouanes, que tous les autres, les grands champions d'athlétisme marocain.
- Speaker #1
En mars 98, tout bascule. Il y a une mésentente avec la Fédération marocaine. Et là, tu fais un choix qui va changer ta vie.
- Speaker #0
Ce qui s'est passé, en fait, c'est que les championnats du monde de cross étaient au Maroc, à Marrakech. D'ailleurs, le parcours, il existe toujours. Donc moi j'étais dans le groupe de cross-cours pour préparer les championnats du monde. Et la veille des championnats du monde, on m'avait mis dans le groupe pour faire le cross long. Donc vous voyez bien, 4 km et 8 km, ce n'était pas la même chose. Moi je n'avais pas vraiment accepté la chose. Donc pour moi ce n'était pas possible, alors que sur le cross-cours, il y avait moyen de faire un podium par équipe ou un truc comme ça. Donc l'équipe était vraiment forte. Mais on m'avait mis dans le groupe de Croisselan pour compléter l'équipe. Moi, je n'avais pas apprécié ça. Et c'était la fin entre moi et l'équipe nationale marocaine.
- Speaker #1
Et ça bouleverse même ta vie familiale, puisque je crois qu'à cette époque-là, tu es partie rejoindre ton oncle.
- Speaker #0
Oui. donc euh J'ai resté à Marrakech parce que mon mari était de Marrakech. Je ne suis pas retournée dans l'équipe nationale, ce qu'il fallait faire après le championnat du monde. Je suis rentrée chez moi, chez mes parents à Ouarzazate. J'avais dit que je ne retournais plus. C'était le passage de mon oncle ici, qui habite toujours ici en Belgique, qui est tombé au moment où j'avais besoin de changement. Donc lui, il m'avait proposé pourquoi pas essayer de voir en Belgique et tout ça. Et moi, la Belgique, nous, on partait beaucoup, surtout dans les pays où je faisais les compétitions. C'était plus la France, l'Espagne, donc c'est les grands pays. Mais en Belgique, je n'ai jamais pensé rester. Et ça a commencé par ça. Donc le contact était fait avec le président du club ici, qui m'avait envoyé l'invitation et tout ça. Et voilà, en 1999, je suis rentrée en Belgique. Je me souviens le 25 avril 1999.
- Speaker #1
Et tu viens avec ton mari ?
- Speaker #0
Au début, non, il n'y avait que moi. Mon mari était mon fiancé à l'époque. Athlète aussi, il était aussi dans l'équipe nationale. Il était dans le groupe de l'Ego Rouge, d'ailleurs. Lui, il faisait 800 mètres, 500. Moi, je faisais du 500, cross et demi-fond.
- Speaker #1
Et alors comment ça se passe ton arrivée en Belgique ? Parce que bon, ok, il y a une différence de température, déjà ça on le sait, mais c'est aussi un bouleversement de rythme, c'est un bouleversement familial ?
- Speaker #0
Alors franchement, c'était un choix qui était difficile. Je savais que je devais assumer toute seule parce qu'en arrivant vraiment en Belgique, c'est tout à fait un pays qui est différent par chez nous. Donc quand je suis arrivée, au début ça va, j'étais logée dans ma famille qui habitait à Tubis, donc mon oncle et tout. Après, je ne vous dis pas pour me faire connaître, j'ai fait 28 compétitions entre pistes et crosses et routes, vraiment en Belgique pour me faire connaître. Je suis arrivée en Belgique, oui, j'étais athlète professionnelle, mais en Belgique personne ne me connaissait. C'est comme ça que j'étais connue et il y avait un meeting que j'avais gagné vraiment avec un bon chrono, c'est dans la région de Liège. Et là, il y avait le ministre... qui avait fait la remise des prix, le ministre de la Jeunesse et Sports. Et c'est là qu'on m'avait proposé la nationalité belge.
- Speaker #1
Donc à partir de ce moment-là, tout le monde te connaît, te reconnaît. Tu vas même battre le record de Belgique du 5000 mètres.
- Speaker #0
Et Indore aussi, 1500 mètres. Je vais vous raconter comment ça s'est passé aussi.
- Speaker #1
Eh bien vas-y, raconte comment ça s'est passé.
- Speaker #0
Ce record d'Indore, franchement, je ne l'avais pas prévu. Parce que c'est l'année où j'avais fait l'acroscope. Je ne sais pas si vous connaissez. L'acroscope, en fait, c'est le challenge international de crosse en Belgique. C'est la discipline qui était un petit peu très haute. Et alors, c'est l'année où je gagnais l'acroscope. Et cet indoor est tombé entre deux manches de crosse. Et donc, j'avais fait un crosse le week-end avant. Le week-end après, j'ai fait l'indoor. Je ne vous dis pas, j'étais sur ce 1500 mètres, du pas arriver toute seule. Et on m'annonce le record de Belgique en plein indoor et tout. J'avais le président de la fédération qui est venu vers moi et tout. Alors que moi, je ne m'attendais pas. Je fais le cross, j'ai travaillé juste quelques vitesses, mais je me suis retrouvée, au lieu de 6 km de cross, à trouver un 500 mètres vraiment.
- Speaker #1
Et en dehors du sport, la vie en Belgique, ça se passe comment ?
- Speaker #0
Ce n'était pas déjà évident au début, en fait. Donc, j'avais souffert un petit peu parce que je me suis retrouvée quand même toute seule. La famille, ils sont... Voilà, mais après ce qui a joué aussi, c'est que, voilà, quand j'avais accepté d'avoir la nationalité belge, j'ai eu un appartement aussi par le bourgmestre qui est le maire de Chapelleux. J'habite maintenant à 15 kilomètres d'ici. Donc moi, c'est faire connaître Chapelle et j'ai eu un appartement. Donc voilà, j'ai un logement. Tout de suite après, j'ai eu aussi un contrat de la communauté française, donc autant que professionnel. Il fallait quelques mois et j'ai eu mon passeport au mois d'août, donc fin août. Je suis rentrée au Maroc. Oui, je me souviens, j'avais fait le meeting de Van Damme, c'était le dernier. Je suis rentrée au Maroc, on s'est mariées le 2 septembre
- Speaker #1
2000. Et donc ton mari finit quand même par te rejoindre en Belgique.
- Speaker #0
Tout de suite après, voilà, elle est venue après. Donc oui, il fallait des démarches pour le visa, évidemment, et tout ça. mais ça a été Ça a été bien passé parce qu'il y avait le contact avec l'ambassade de là-bas. Comme athlète professionnelle, tout va vite.
- Speaker #1
C'est sympa qu'on parle de ton mari, Fatia, qui s'appelle Jalil et qu'on salue d'ailleurs. Jalil est aussi un athlète de haut niveau, mais vous avez dû faire un choix ensemble. Il a mis sa carrière de côté pour favoriser la tienne.
- Speaker #0
En fait, ce qui se passe, c'est que son niveau à l'époque, il avait quand même 3,51, 3,50 sur 500. Mais on voyait que moi, mon niveau est plus proche au niveau international que lui. Il y a beaucoup d'athlètes au niveau homme qui sont quand même dans le même niveau. Donc, il avait choisi de mettre à côté sa carrière et m'aider moi à réussir la mienne. Je ne vous dis pas, il était là, il est là toujours pour moi.
- Speaker #1
On va faire quand même un petit point sur ton palmarès, Fatia, si tu le permets. C'est bien normal, je sais déjà que tu cours le 1500 en 4 minutes 07, le marathon en 2'39. Est-ce que tu peux nous faire un petit récap ? Alors, sans tout dire, parce que sinon ça serait évidemment trop long, mais peut-être résumer tes plus belles victoires, celles qui t'ont le plus marqué.
- Speaker #0
On va partir sur le 1500, évidemment, parce que... J'ai travaillé beaucoup de vitesse qui m'a servi après. Donc il y a un chrono de 4.07, c'était la deuxième performance de tous les temps aussi de la Belgique. Et c'était à l'époque parmi les meilleurs chronos sur 15 ans. Après je suis passée sur 5000 mètres. Et le 5000 avec les crosses et tout ça. Donc les crosses j'ai fait pas mal de championnats du monde aussi et tout ça. Donc c'était chaque année. Et sur 5000 mètres, c'est là où j'avais fait le record de Belgique évidemment. c'était 15 minutes 15 évidemment voilà un athlète de demi fond et fond ben la vitesse que j'avais travaillé sur 15 ans m'a servi beaucoup sur le 10 mille mètres 10 km semi jusqu'au marathon et donc sur 5000 m j'avais 15 minutes 15 mais ça m'a servi parce que sur 10 km j'avais 32 minutes 02 donc voilà qui est aussi qui m'a servi qu'aux championnats d'europe donc il y avait les championnat d'Europe à l'Ontario, c'est le 2006. Et là, par équipe, on a été championne d'Europe de 10 000. Donc, moi, j'étais quatrième, donc la première d'équipe. Et voilà, donc, sur ce marathon, j'ai fait beaucoup de courses, mais surtout les challenges aux Pays-Bas et en Angleterre. Donc, parce que quand j'avais fait les 32 000 sur 10 kilomètres, on appelait nous ça une clé. Et avec cette clé-là, donc, j'étais invitée un petit peu partout. Donc, les grandes courses et tout ça. Donc, je faisais encore. mes meilleurs résultats entre 30 ans jusqu'à 38 ans. Et beaucoup de gens, beaucoup de personnes ne voulaient pas que j'arrête, mais il fallait faire un choix. Donc voilà. Et là, quand j'avais décidé d'arrêter ma carrière, j'avais fait les 20 kilomètres de Bruxelles, parce que comme c'est médiatique et tout ça, pour que vraiment la plupart des personnes qui me connaissent apprennent que voilà, je fais ces 20 kilomètres, j'ai gagné les 20 kilomètres en 1h10, mais j'arrête ma carrière de haut niveau. Donc voilà, j'ai fait aussi trois marathons pour terminer. Au début, c'était un défi pour moi parce que j'ai passé pas mal quand même de temps sur la piste et cross. Donc j'ai quand même gaspillé beaucoup physiquement. Mais je me suis retrouvée en 2004 à faire le marathon Indovane, donc aux Pays-Bas. C'était mon tout premier marathon. J'avais fait 2h39 et deuxième Benelux. Mais j'étais sur les bases de 2h30 jusqu'au 38e kilomètre. Mais manque d'expérience de marathon, j'avais fait une petite erreur qui m'a fait payer cher.
- Speaker #1
Et alors quand tu arrêtes, d'abord pourquoi tu arrêtes ? Est-ce que c'est pour la famille, pour fonder une famille ?
- Speaker #0
En fait c'était plus pour ça, parce que je ne vous dis pas, après dix ans du mariage, les familles, soit ma famille ou ma belle famille ne comprenaient pas. d'années sans avoir d'enfants et tout ça. Donc voilà, il y en a qui disent qu'il y a un point d'interrogation, est-ce que ce n'est pas seulement l'athlétisme qui vous réunit, mais à part ça, il y a autre chose. Donc, mais ils ne comprennent pas que nous, en tant qu'athlètes, on est partis tout le temps. Donc, moi, c'était les voyages tout le temps. Donc, je défais ma valise, qu'il faut la refaire déjà, qu'il faut partir à gauche, à droite, les entraînements, les stages. Moi, ma vie, c'était rien que l'athlétisme, en fait. Donc, je ne vous dis pas que j'étais en retard sur beaucoup de choses, parce que je travaille avec des jeunes au magasin de 24-25 ans. Mais comme si j'ai le rage, en fait, parce que j'ai commencé beaucoup de choses de la vie normale très tard.
- Speaker #1
Donc, avec Jalil, vous décidez d'avoir des enfants. Là arrivent deux bébés en même temps, des faux jumeaux, belle perf. Mais malgré tout, est-ce que la vie de famille compense le manque de compétition ?
- Speaker #0
Au début, je ne vais pas vous mentir. Au début, franchement, je me suis retrouvée dans une autre vie. Tout à fait. J'avais pleuré quand j'avais annoncé ma fin de carrière parce que ça me faisait bizarre et ça me faisait mal aussi quand je perdais quelque chose vraiment. Moi, j'ai vécu toute mon enfance et tout à faire du sport. Et arrêter d'un jour au lendemain, pour moi, c'était quelque chose de difficile. Mais après, je me suis retrouvée dans la vie des enfants et ma vie a changé vraiment. 100°, donc vraiment tout a changé. Une autre vie, un travail chez Decathlon. Donc j'ai remplacé mon sport par le travail. J'ai des enfants, donc c'est une autre vie vraiment tout à fait différente. La première année ça a été, la deuxième, mais après je vous dis pas, j'ai eu un gros manque vraiment de compétition, de sport, de courir.
- Speaker #1
Parce qu'en plus d'arrêter la compétition, c'était ton travail, c'est comme ça que tu gagnais ta vie, il a fallu trouver un nouveau travail.
- Speaker #0
En fait, j'avais décidé de remplacer ma carrière d'athlète par le travail chez Decathlon. Pourquoi chez Decathlon aussi ? Parce que chez Decathlon, je me voyais directement dans les rayons de course à pied, qui est mon univers. et tout, d'ailleurs, la plupart donc le... Des personnes de chez Decathlon, il y en a qui me connaissaient, qui j'étais en fait, et c'est là où on m'avait engagée directement sur les rayons de running. Mais ça m'a fait bizarre, j'ai eu du mal au début. Il y a des moments où je me disais, mais qu'est-ce que je fais ici en fait ? Et quand j'étais dans les rayons, il y a des clients qui passent, des fois qui étaient aussi un petit peu étonnés ou surpris. de me voir. Il y en a qui me posaient vraiment la question en tournant et tout ça pour me dire si c'était vraiment Fatih Abaouf ou quelqu'un d'autre. Des fois, je rigolais même en disant non, non, c'était ma sœur, c'est pas moi. Mais j'étais contente aussi parce qu'ils étaient conseillés par quelqu'un de passionné, qu'on est vraiment un expert de running en fait.
- Speaker #1
Et tu continues quand même à faire du sport, même en loisir ?
- Speaker #0
Mais non, j'ai repris. Après, je me suis retrouvée vraiment de nouveau à bien courir. À 42 ans, je cours encore 36 minutes sur 10 kilomètres. Il y a même trois ans, j'étais aussi avec l'équipe Caligi, donc avec Kip Run, on a été à Nice faire les 10 kilomètres. Et je ne voyais pas que Gilles Kinnard était surpris et tout ça, parce que j'avais dit, on m'a posé la question à l'hôtel, tu veux faire quoi ? Je dis, écoutez, je pense, d'après mes entraînements, que je vais courir en 36 minutes, 37. Ah, c'est rapide. rapide, on m'a dit, tu sais. Je dis, ouais, je pense. Eh bien, j'arrive, à l'arrivée des 10 kilomètres, j'ai couru 36 minutes sur 10 kilomètres à Nice. Et à 3 ans, donc, j'avais 44-45 ans.
- Speaker #1
Et comment tu fais pour concilier ta vie de famille et ton sport ?
- Speaker #0
Quand je veux dire, mon mari est toujours là. Donc, voilà, on jongle tous les deux. Donc, des fois, c'est même lui qui m'encourage à aller vraiment m'entraîner. Donc, j'essaie de m'organiser aussi par rapport à mon travail, parce que Donc voilà mon travail. Donc il y a des fois, je vais à l'entraînement avant, je m'entraîne avant d'aller au travail. Ou bien des fois, donc souvent c'est avant de travailler. Ou bien je prends des longues pauses. Donc des fois je commence plutôt par avoir plus de temps sur la journée et aller courir. Et j'essaie aussi de m'organiser. Donc de mettre vraiment les entraînements principaux, l'équilibre. Donc mon endurance, ma vitesse à travailler. Quand je fais ma sortie le dimanche, le jour de roulement, faire une bonne séance, travailler un petit peu de vitesse. Donc c'est comme ça, c'est ce qui est déjà prévu cette année à faire.
- Speaker #1
Oui, parce que précisons que tes enfants ont maintenant 10 ans et que tu as décidé de reprendre la compétition à 49 ans, mais aussi à fond. Ça, c'est ton style. C'est quoi tes objectifs ?
- Speaker #0
Mes objectifs, c'est vraiment, comme vous le savez, à mon âge, quand on est plus âgé, on a de plus en plus d'endroits. Mon projet c'est vraiment de 10 km et pourquoi pas un marathon au mois d'avril. Et alors vous dites mes enfants, j'ai mon fils qui va ici à l'école d'athlétisme aussi, donc quand il s'entraîne, moi j'ai mon entraînement. J'ai pris mon jour de congé les mercredis, comme ça je sais faire, j'ai un entraînement vraiment important, donc je le fais au matin, et après l'après-midi je suis avec lui à l'école d'athlétisme. Mon mari est là aussi, parce que lui, il est indépendant. Donc, il entraîne beaucoup d'athlètes aussi de loin qui ont un niveau aussi très bien. Il a des athlètes qui ont 2h05 et tout sur marathon. Donc, lui, il travaille de loin. Donc, il est là.
- Speaker #1
Question plus personnelle. Tes enfants, ils te voient comment ? Ils savent que tu es une championne. Ils te considèrent comme telle. Quel regard ils ont sur toi et sur ta carrière ?
- Speaker #0
Je peux vous dire, surtout mon fils. Louis sait bien qui j'étais, mais c'est peut-être même lui qui me pousse de nouveau à reprendre la compétition et lui faire plaisir aussi à gagner devant lui des courses, parce que j'ai gagné des petites courses devant lui, mais j'aimerais bien lui faire plaisir, parce qu'il avait les vidéos de mes courses où j'avais gagné et tout. Mais ici aussi, il veut vraiment suivre mon chemin. Donc je ne vous dis pas des fois quand je fais ici mon entraînement, elle fait déjà jusqu'à 25, 30 minutes avec moi de footing. Et alors elle veut toujours venir avec moi. Je dis mais moi mon entraînement donc te va me perturber. Mais non je fais l'échauffement avec toi, après je reste avec papa faire mes exercices et toi tu continues. Et bien c'est ce qu'on fait ici. Elle est plus attirée par moi que sa soeur. Donc lui il est vraiment dedans, mais je ne vous dis pas. Franchement c'est lui qui m'encourage à reprendre aussi.
- Speaker #1
Puisqu'on parle d'enfants, est-ce que c'est quelque chose qui t'anime de transmettre ton savoir-faire, ta passion ? Alors pas seulement à tes enfants d'ailleurs, mais aussi aux gens qui t'entourent dans le privé comme dans le travail ?
- Speaker #0
En fait, c'est comme quand je vois quelqu'un qui a besoin, je vais directement vers lui déjà. Donc voilà, je suis quelqu'un de simple, de facilement donner mes contacts aussi à tout athlète, à tout sportif qui a besoin, comme au magasin. Je ne vous dis pas, je suis monétrice produit aussi. Donc ici, je suis au magasin, même sans mon gilet, j'ai des clients qui viennent vers moi. Parce que je conseille pour les produits, je conseille aussi pour tout ce qui est les entraînements, comment faire, j'ai une course à faire, j'ai un marathon à faire, comment je dois faire les derniers jours. Moi, je suis toujours là pour les conseils en fait.
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu dirais, Fatiha, quel conseil tu donnerais à quelqu'un de jeune et avec a priori du potentiel et qui voudrait se lancer dans l'athlétisme ?
- Speaker #0
Si je vois quelqu'un de doué, d'abord de lui dire vraiment de prendre son temps. temps et ne pas vouloir aller trop vite. Et aussi, ne pas suivre plusieurs chemins. Moi, dès qu'on connaît, qu'on est doué, ce qu'il faut, il faut foncer vers la chose, mais pas trop vite.
- Speaker #1
Alors maintenant, Fathia, est-ce que tu peux nous partager ton meilleur et ton pire souvenir de course ?
- Speaker #0
Pour moi le pire c'était vraiment en 2006. En 2006 j'ai eu une blessure vraiment au championnat d'Europe, c'était en Suède, donc sur 10 000 mètres. J'ai abandonné d'ailleurs, j'ai arrêté la course. Et voilà, donc ça m'a marquée un petit peu parce que pour moi c'est 2006, j'avais 36 ans, peut-être que c'était mes derniers championnats d'Europe. J'ai eu une blessure vraiment sur la semaine des championnats. Voilà, c'était le début de la blessure, mais après, j'avais arrêté, donc je n'avais pas terminé ma course de 10 000 mètres au championnat d'Europe. Mais en rentrant, ça s'est passé un petit peu et j'ai fait quelques séances. Je pensais vraiment au mémorial Vendamme avoir un chrono vraiment super en dessous des 15 minutes sur 5 000 mètres. Donc là, j'avais vraiment une forme. Pour moi, c'était sûr que moins 15 minutes, c'était possible sur 5 000. Mais la dernière séance, trois jours avant, il y avait d'ailleurs des journalistes qui sont venus sur la piste ici à Nivelles. Et moi, voilà, c'était pour voir ma dernière séance et faire un truc. Et sur la piste, j'ai eu une double déchirure au mollet sur place.
- Speaker #1
Et ton meilleur souvenir ?
- Speaker #0
En passant de record de Belgique de 5000 mètres, pour moi, ce qui m'a marquée, c'était vraiment d'être au troisième. C'était sur le cross. à Dublin. Derrière la championne du monde, la Kenyenne Edith Massey, il y avait une Ethiopienne qui était deuxième et moi j'étais troisième. Et devant les Kenyans et Ethiopiens, Une championne vraiment forte. Je ne m'attendais pas à l'heure que j'étais sur le podium troisième avec les champions du monde et tout ça.
- Speaker #1
Ça t'arrive de retourner au Maroc, Fathia ?
- Speaker #0
J'ai ma famille qui est toujours là-bas. Donc mes parents, mes frères et sœurs. Je n'ai pas beaucoup de famille ici. J'ai que mes cousins et tout ça. J'ai ma belle-famille aussi. Donc oui, je vais de temps en temps là-bas.
- Speaker #1
Alors justement, je te propose qu'on retourne ensemble au Maroc. On imagine qu'on a une baguette magique qui nous permet d'envoyer des messages dans le passé. Quel message, qu'est-ce que tu dirais à la petite fille que tu étais dans les années 70 au Maroc, à Ouarzazate ?
- Speaker #0
Il y a une chose vraiment que je vais, voilà, ça c'est important. Je peux aussi féliciter la petite fille qui était là. Parce que moi j'étais dans une région où une fille qui fait du sport, qui court en short, qui court et tout ça, je vous dis pas. Quand je pars de chez moi, m'entraîner, je sors de la maison, je vais, voilà, il y a de la montagne et tout. toutes les femmes et tout qui me regardaient quand je pars de chez moi. Et tout le monde qui parlait de moi. Donc, voilà, tout le monde qui parlait parce que, voilà, il y a une fille. Voilà, elle court toute seule avec les hommes et elle part toute seule courir et tout ça. C'était quelque chose, un petit peu d'attirant, quoi. Et tout le monde qui parlait. Et il y en a qui parlaient même à mon père, comme quoi, que, voilà, comment ça se fait que ta fille, voilà, elle est comme ça. Mais, heureusement que mon père n'était pas enfermé. Mais je dépassais tout le monde. Donc j'étais là, pour moi je ne voyais personne d'autre, je ne voyais qu'une chose, c'est courir et faire des résultats et gagner.
- Speaker #1
Merci Fatia.
- Speaker #0
De rien.
- Speaker #1
Voilà, c'était le parcours de Fatia, j'espère que cette histoire vous a plu. Si c'est le cas, n'hésitez pas à la partager sur vos réseaux. Et puis moi je vous dis à très bientôt pour un autre épisode, une autre histoire de sportif.