Speaker #0Bonjour et bienvenue sur les détours d'Olivia. Aujourd'hui, semaine un peu particulière, c'est Halloween. Il y a une atmosphère un petit peu halloweenesque justement dans l'air. Et donc justement, ceci me donne la permission pour parler de choses plombantes. Et justement, j'ai envie de parler du fait d'aller mal, s'autoriser à aller mal quand ça va mal, ce qu'on voit aussi dans le fait d'aller mal. Et en fait, je me dis, j'ai été un petit peu vulnérable, c'est vrai, les jours précédents. Et je me disais, est-ce que tu vas mal ? Non, c'est pas que ça va mal, mais c'est que je suis vulnérable. Et je pense que c'est là qu'il faut faire bien la différence entre aller mal et être vulnérable. Je dirais que ça va mal quand je suis en état de dépression, quand j'ai traversé ma dernière dépression, et que là, j'étais dans quelque chose qui ne bougeait plus, où il n'y avait plus de vie, plus de mouvements, où je ne pouvais pas aller de l'avant. Ouais, là, ça allait mal. Mais là, dernièrement, j'étais juste dans des zones un peu turbulentes, mais ça restait vivant. J'en bave, j'en chie, mais je vis. Et ça me fait penser aussi au fait d'aller mal et montrer sa vulnérabilité. C'est quelque chose qu'on embrasse de plus en plus. Néanmoins, forcément, il y a toujours un revers de la médaille. Comme c'est si valorisé aussi d'aller bien maintenant, on accepte sa vulnérabilité sur le papier, mais on veut absolument trouver une solution. Donc on est vraiment dans une période de l'offre et la demande. On est sur la marchandisation du bien-être, notamment. où on a tout un tas de services, avec tout ce qu'il y a de super, mais ce qu'il y a aussi de plus chiant, à savoir que, ok, en 30 jours, tu vas aller bien si tu fuis mon programme, l'autre derrière va payer pour ce programme, va dire, ok, 30 jours ont passé, je me sens comme une grosse merde, c'est de ta faute, tu rends ma thune, poubelle, je vais voir quelqu'un d'autre. Et donc on peut constater la même chose avec les histoires d'amour, c'est pareil, c'est l'offre et la demande. Tu n'es pas là pour me donner ce que je veux, moi j'ai besoin de ça, tu ne me le donnes pas. eh ben poubelle. Alors qu'on pourrait effectivement prendre le temps de discuter et de dire si effectivement elle ou lui ne nous correspond pas, c'est une autre paire de manches. Mais toujours est-il que si ça ne va pas, on jette. Ça évite de se remettre en question, ça évite donc de regarder sa vulnérabilité et de dire putain j'ai du mal, là ça ne va pas toujours parce que des fois je ne sais pas comment faire. Forcément on est tenté de faire une espèce de fuite en avant quand ça ne va pas. Tant le bien-être est valorisé aussi, et les réseaux sociaux sont pour beaucoup, et donc le fait d'aller bien, c'est vrai que c'est tellement associé à la réussite, déjà sur un plan capitaliste, un peu comme on disait, mais aussi c'est un peu le conquérant, c'est la mentalité du conquérant, c'est la mentalité du résistant, de celui qui tient en fait. Donc c'est un petit peu le contraire de la mort, c'est genre je survis, donc je vais bien. « Je tiens, je tiens, si tu vas mal, autant crever. » Mais il y a toujours quelque chose qui dérange, c'est sûr. Dans le fait d'aller mal, on est confronté à ce vide existentiel, à cette finitude. Si je vais aussi mal, autant mourir. Mais c'est vrai que de ralentir et de se poser deux secondes pour regarder cette vulnérabilité et se dire « Mais ok, mais qu'est-ce que je vis en fait ? Qu'est-ce que ça me fait ? Pourquoi c'est dur ? » Et c'est vrai que si on s'interdit d'aller mal, c'est un petit peu la double peine. C'est non seulement je vais mal, mais en plus je m'interdis d'aller mal. Quel sacré bordel. Et puis c'est ultra violent. C'est pénible de vivre une vie comme ça. Moi, je suis la spécialiste de ce genre de choses. J'ai mis du temps à accepter que j'adore me prendre la tête. Et puis, vous remarquerez, des fois, vous dites « putain, ça va pas » . Et vous en parlez avec des gens et ils vont essayer à tout prix de trouver une solution. Moi, la première, des fois, ça m'arrive de faire des trucs comme ça, et je me dis, OK, Olivia, prends du recul, OK, t'as pas la solution. On est tellement tenté de réparer, c'est vrai, on a envie de réparer, donc ça part d'un endroit bienveillant. On veut réparer, on veut que l'autre aille bien. Seulement, malheureusement, il y a des choses qui ne se réparent pas forcément, mais il y a des choses qui se traversent, en fait. Et donc, comment est-ce qu'on peut traverser ça, traverser nos tempêtes ? dans la mesure du possible, parce qu'on va en traverser malheureusement des tempêtes, on en traverse plein. Et déjà, c'est de se dire, ça ne va pas top. C'est de se dire, si j'essayais juste d'être témoin de ma douleur, plutôt que de vouloir la supprimer absolument. En s'autorisant parfois à aller pas super bien, c'est aussi pouvoir goûter. Au contraire, aux bonnes choses aussi, c'est ça, c'est s'autoriser à sentir, c'est s'autoriser à vivre. Et finalement, en allant dans cette fuite en avant du « je vais bien, je vais bien, je vais bien » , on se prive aussi de toutes les petites merveilles qu'on peut avoir à côté. S'émerveiller de tout un tas de choses, c'est « ah ouais, quand même, je comprends ça, c'est quand même pas mal » . Et puis, c'est important aussi d'avoir cet écosystème autour de soi. Il y a tellement de solitude. Moi j'essaye de ne pas être trop seule, c'est vrai qu'avec ma configuration actuelle de maman solo, c'est pas toujours simple. Seulement, je me surprends, elle est vraiment pas top quand je m'isole. On est tellement responsabilisé, on met tellement l'accent sur l'autonomie, sur c'est toi qui détient la clé, c'est toi qui détient la réponse. Alors, en partie, mais il y a aussi la vie qui nous fout des gros starts. Donc, il faut pouvoir prendre en compte tout ce gros bazar, ce chaos. et c'est ça, c'est tentant de vouloir absolument penser qu'on est supérieur au chaos mais non, des fois le chaos nous porte et on apprend à naviguer au sein de ce chaos et pour ça on a besoin des autres on a besoin de s'entourer, alors c'est vrai les potes des fois c'est compliqué on dit mais j'ai pas envie de pomper l'ambiance, j'ai pas envie de faire peur à mes amis ça peut se comprendre, moi quand j'étais en dépression sévère C'était compliqué, j'allais pas dire à mes potes « Eh, salut, j'ai envie de me suicider, au fait, et je crois que je suis poursuivie par des démons » . Ouais, bon, c'est un peu compliqué, mais pour ça, j'ai consulté, j'ai suivi en thérapie, j'étais suivie à ce moment-là. Et puis les potes peuvent vous donner autre chose qu'un psy ne peut pas vous donner, à savoir vous allez faire une balade, vous allez parler de la pluie et du beau temps, ou parler de choses sérieuses, mais vous allez mater un film, faire quelque chose. La famille, pour ceux qui aiment être avec sa famille. pourra vous donner autre chose. Donc en fait, il faut vraiment quelque chose d'holistique. C'est la vasteté de cet écosystème qui fera aussi qu'on pourra accepter notre vulnérabilité. Et la solution, elle se trouve là-dedans, si on peut appeler ça une solution. Je dirais plutôt que c'est comme ça qu'on traverse. On va être aidé à traverser là-dedans. Et donc dans les périodes de vulnérabilité, je sais que j'en parle avec mes amis, J'en parle avec ma psy, j'en parle un petit peu à certains collègues, mais évidemment, je ne peux pas tout leur raconter non plus. Donc du coup, je leur raconte ce que je peux et eux vont m'apporter autre chose. Une fois, je n'allais pas bien, j'étais au boulot, j'ai chialé et puis j'étais là, tout ne s'allait pas. Et ma collègue m'a amené un petit café et un cookie. Ben voilà, il y a des gens, ils ne savent pas quoi dire, mais ils t'amènent un café et un cookie. Et c'est une manière comme une autre de t'apporter du soutien. Donc des fois, ça va au-delà des mots. Et c'est vrai qu'on est vraiment confronté à notre impuissance quand ça ne va vraiment pas. Et l'autre en face de toi qui veut absolument trouver une solution, il est aussi confronté à sa propre impuissance. Mais il y a des moments où on a juste à rester là et à traverser. Donc c'est ce lien aussi qui va nous aider quand on est en mesure de sortir de chez soi, de prendre une douche, etc. Ce lien, c'est vrai que ça guérit. Et il suffit de voir, c'est bien connu, il n'y a pas de pire punition que d'enfermer quelqu'un et de l'isoler. Il suffit de voir, on entend parler de ça dans les prisons hautes sécurité. On rend les gens absolument fous, ils ne voient personne. Et en général, ça marche, ça les rend complètement dingues. Donc on a beau mettre en valeur cette autonomie totale, cette chose où il n'y a que toi qui est maître de ton destin et rien d'autre, c'est un peu plus nuancé que ça, et ce n'est pas vrai. Donc on est responsable, comme je disais, et comme c'est bien connu, d'une partie de ce qu'on fait, d'une partie de ce qu'on vit, mais juste un petit bout, parce qu'on vieillit, on meurt, on se casse la gueule, on se relève. Donc comment on fait pour surfer sur cette vague ? C'est fou comme on peut être mal à l'aise avec sa propre humanité. Donc si on doit broyer du noir, broyons du noir. à plusieurs, parce qu'on est très très nombreux à broyer du noir derrière les portes fermées, alors autant plomber l'ambiance à plusieurs. Bon, et bien bon courage pour cette journée de merde. On en parle plus tard. A bientôt. Ciao.