Speaker #0Bonjour et bienvenue sur les détours d'Olivia. Aujourd'hui j'ai envie de parler de l'illusion besoin égale solution. C'est très contemporain forcément, on a des solutions rapides à quasiment tout. Si tu veux manger quelque part, tu peux commander, si tu as les sous. Si tu veux rencontrer quelqu'un ou si tu veux t'envoyer en l'air, tu vas sur Tinder et dans les minutes qui suivent tu peux trouver quelqu'un pour satisfaire une pulsion. en tout cas sur le papier. Et donc forcément aussi, on crée des besoins pour avoir des solutions, en tout cas pour faire tourner ce monde capitaliste. S'il n'y a pas de besoin, il n'y a pas d'affaires qui roulent finalement. Donc on a toujours besoin de quelque chose, et on sait pertinemment qu'on a une solution à proximité. Donc si la personne sur laquelle on swipe, sur laquelle on coche, si elle ne nous correspond pas, si elle ne coche pas toutes les cases, on sait que dans les 5 minutes qui suivent, on pourra trouver quelqu'un qui coche ces cases. En tout cas, on nous fait croire cela, puis c'est vraiment une effroyable illusion. Et c'est terrible parce qu'on se casse la gueule à chaque fois, on est déçu, on se dit « Merde, cette personne ne me correspond pas, j'ai pas signé pour ça. » Mais c'est pas grave puisque dans 5 minutes, je vais swiper et je vais finir par trouver quelqu'un qui coche les cases. Du moins temporairement, et ainsi de suite, et le cycle recommence encore et encore. Et ce qui est terrible finalement, c'est qu'il n'y a plus ce vide, on n'a plus le temps de rêver, on n'a plus le temps d'espérer. Qu'il y ait une solution à un besoin en soi, pas de souci, mais le problème c'est qu'il n'y a plus cet intervalle entre le besoin et la solution, ce vide, ce vide dans lequel naît le désir, le fantasme, les doutes, ce vide pouvait donner de la profondeur à ce qu'on ressentait vraiment, pouvait révéler du coup ce qu'on ressent vraiment et ce dont on a réellement besoin. Et on sait tous au fond que quand on a réellement besoin de quelque chose... ça prend du temps, c'est un processus qui est lent et délicat, qui mérite ce respect. Et donc aujourd'hui, on ne respecte plus ce processus. Et bon, c'est bien connu qu'il y a une intolérance à la frustration grandissante, et donc une intolérance au vide, puisqu'on ne prend plus le temps d'apprivoiser ce vide qui est insupportable. Vite, vite, une solution, comme ça, je ne suis pas dans l'attente, je ne suis pas dans le vide, comme ça, je ne suis pas confrontée à ma solitude existentielle, à ce vide abyssal. Ouh ! Je pense à ma condition d'humain fragile, éphémère. Alors si, elle se vide, vite, vite, il faut le remplir. Une autre personne, vite, il faut que je bouffe quelque chose, il faut que je fume une clope, quelque chose. Sauf que forcément, les relations humaines ne fonctionnent pas comme ça. Et cet air, du coup, n'est pas du tout ajusté à la complexité des relations humaines, à notre complexité. Donc c'est un manque de respect pour les autres, mais c'est un manque de respect pour soi, pour sa propre complexité. Qu'est-ce qu'on fait de la dépression ? Qu'est-ce qu'on fait de la santé mentale ? du doute. On a de plus en plus l'impression d'être complètement à côté de la plaque si on est un peu trop déprimé. Et la vulnérabilité en soi, on peut le crier sur les toits, mais seulement le plus dur là-dedans, c'est de poser ses limites. Respecter ses besoins, trouver une solution à ses besoins, c'est un travail de fond qui est long. Poser ses limites, notamment apprendre à dire non, apprendre à décevoir, à ne pas être disponible pour tout le monde, tout le temps. C'est apprendre aussi à ne pas faire plaisir. On accepte la vulnérabilité à bien des égards, mais tant qu'on fait plaisir à tout le monde, généralement ça passe. Mais poser ses limites, c'est beaucoup plus délicat et c'est plus difficile. Et ça nous plonge un peu dans une forme de solitude qui est de plus en plus intolérable aujourd'hui, donc ce fameux vide. Et pourtant, on est seul, on meurt seul, on n'est pas seul pendant tout le voyage, mais on est quand même seul en partie. Ce qui m'a foutu une claque, c'est que... Moi-même, j'étais en formation ce week-end, j'étais en supervision. Et pendant un travail, j'avais quelqu'un qui me disait « Arrête de trouver la solution, Olivia, face à ton client, patient. Il n'y a pas de solution, en fait. Arrête d'essayer de trouver une solution à tout prix. Fais pas de plan sur la comète. Reste avec la personne. La solution, c'est elle qui la détient. Et encore, des fois, on n'a pas de solution à tout. Et c'est comme ça. Reste avec ça. Reste avec cette incertitude. Avec cet inconfort. » Ça m'a foutu une claque parce que... Moi qui critique cet air besoin-solution, je me suis retrouvée avec ça en pleine tronche en me disant « Eh merde, même moi je n'y échappe pas » . C'est très tentant d'aller avec cette culture de la solution parce qu'on grandit, on évolue avec cette culture. Et donc finalement, en gestalt-thérapie, le processus, la lenteur de la chose, le fait de déplier les choses lentement font partie aussi du jeu. Et ça vient finalement embrasser la complexité humaine. Si on veut trouver cet espace tampon entre le besoin et la solution, il y a tout ce vide qui mérite d'être contemplé. Donc, comme on disait tout à l'heure, ce vide dans lequel naît le désir, la création, ce vide d'où peuvent émerger de vraies, non pas de vraies solutions, mais de vraies ressources. Et c'est aussi là qu'on apprend à se connaître. Donc ça m'a mis une petite claque, comme disent Olivia, t'es vraiment quelqu'un qui cherche une solution à tout prix. Bon, c'était pas tout le temps. Mais j'ai quand même fait ce travail là-dessus. Moi aussi, je chercherais quelque part à échapper au vide, à ma condition, à cette finitude, cette finitude, cette angoisse existentielle qui est... C'est très humain, ça. Et je me suis dit, ah ouais, rester dans cette forme de vide, contempler ce vide, cette incertitude, cette solitude, c'est compliqué. C'est compliqué. Et donc, du coup, de là naissent les soupapes. comme l'addiction, la clope, l'alcool, plein d'autres choses. Et donc, quelles soupapes on peut trouver ? L'alcool, la clope et autres drogues, c'est finalement des soupapes où on se coupe de soi. Et de là, on meurt un petit peu aussi. Alors que là, on est en vie, on n'est pas encore mort. Donc comment embrasser la vie ? On est conscient de notre mort, donc il faut trouver du sens à ce qui n'a pas de sens. Et on ne peut pas rester planté dans ce vide indéfiniment. Et c'est vrai que c'est très inconfortable. Donc ces soupapes, à lesquelles je pense, le mieux, c'est de trouver des choses où on n'est pas totalement coupé de soi, où on vient s'ancrer dans quelque chose de concret, dans le sol, ses pieds dans le sol, sa respiration, des espaces où on peut se retrouver un petit peu et se sentir un peu vivant, sans pour autant s'anesthésier, se couper de soi, parce que le jour où on revient... Après quatre jours de cuite, on se retrouve face à soi. Certains d'entre nous connaissent ça et on sait très bien que c'est l'enfer sur Terre. Et donc, quand je parle de soupape, ce n'est pas de ça dont on a besoin. Comment contempler ce vide ? Comment sentir ce vide et rester un petit peu dans cet inconfort sans avoir la sensation de mourir et sans avoir du coup recours à ces artifices, à ces paradis artificiels ? J'en ai beaucoup parlé. Moi, j'ai aussi la danse, le sport. qui me reconnecte à moi, qui me reconnecte aussi aux autres. Et le lien, évidemment qu'on a besoin de lien. Et donc on ne peut supprimer sa solitude, c'est impossible. On ne peut pas ne pas être seul. En revanche, le lien peut juste alléger un petit peu sa solitude. La danse, la création, ça peut alléger un petit peu sa solitude. Aller se balader dans la nature, reconnecter avec ses pairs, ça permet d'alléger un petit peu. peu notre souffrance et c'est déjà pas mal. A bientôt, ciao !