Speaker #0Bonjour et bienvenue sur les détours d'Olivia. Aujourd'hui j'ai envie de parler de lâcher prise. C'est un terme qu'on fout un peu à toutes les sauces. L'ère du développement personnel y est pour beaucoup, même si ça fait des merveilles, c'est quand même très dangereux de mettre le lâcher prise sur le compte du je m'en foutisme. Tout va bien, tout roule, plus rien ne m'atteint. Et donc c'est d'autant plus culpabilisant parce qu'on sait très bien que ce n'est pas vrai et le jour où on se casse la gueule, on se dit mais il y a quelque chose qui ne va pas chez moi. « je ne sais pas lâcher prise, je ne sais pas comment m'y prendre, etc. » Et donc c'est le début parfait d'une longue série de ruminations. De lâcher prise, c'est finalement se laisser traverser par des choses qui sont difficiles, par des choses qui sont inconfortables, et c'est reconnaître qu'on ne maîtrise pas, toujours les circonstances, qu'on ne maîtrise pas les aléas de la vie. Donc il s'agit de les regarder, de les observer, sans pour autant se laisser dissoudre. sans pour autant fusionner avec ces circonstances infortunées. C'est difficile parfois, et ce n'est pas quelque chose qui se fait nécessairement sur commande, parce que c'est douloureux. Parce que le lâcher-prise, finalement, on ne va pas dire à quelqu'un qui vient de perdre un enfant, par exemple, je pense aux situations extrêmes, guerres, attentats, accidents violents, etc., où on vit l'impensable, à savoir perdre un enfant, tu ne vas pas dire à cette personne-là de lâcher-prise. Là, on peut être dans cet état de sidération. Donc il ne s'agit pas de lâcher prise, il s'agit d'aider cette personne à progressivement intégrer cette réalité. Mais on ne dit pas à quelqu'un qui vit cet état de sidération de lâcher prise. C'est là que les proches ont leur rôle aussi. Là il s'agit plutôt d'aider la personne à ne pas se laisser mourir, de l'aider à se nourrir, de l'aider à respirer, de l'aider à se lever le matin. Quand il nous arrive quelque chose d'absolument atroce, on a parfois... pas d'autres réactions que celle d'essayer de marchander avec la réalité parce que c'est trop difficile. Et donc, dans le lâcher-prise, d'une manière générale, comment est-ce qu'on évite de fusionner avec son mal-être ? Je pense à la dépression, je pense aux troubles mentaux. Le plus important pour moi, c'est de ne pas coller une identité de dépressif, d'addict, ça j'ai déjà pu en parler, de ne pas l'associer à qui on est. Nous ne sommes pas notre dépression, nous ne sommes pas notre alcoolisme. de désassocier ce qui nous arrive dans notre personne. Et aussi avoir confiance en notre capacité de résilience. Je me méfie de la phrase « ce qui ne tue pas rend plus fort » . Non, ce qui ne tue pas peut nous changer. Mais on est quand même doté d'un tas de ressources. Et avoir confiance en nos propres ressources fait qu'on peut réussir à traverser les aléas de la vie sans se laisser mourir. on le sait tous, surfer sur une vague difficile nécessite parfois d'avoir quelques soupapes et c'est là que l'addiction rentre en compte. L'addiction, l'alcool, la drogue, le porno, tout ça, ce sont des soupapes et on fait comme on peut pour aller mieux et on est très malin quand il s'agit de choisir des choses rudement efficaces sur le moment. L'alcool, la drogue, c'est très très efficace sur le moment. Et donc c'est là, finalement, la différence entre la soupape que l'on prend pour s'anesthésier, et la soupape qui nous aide à transcender une expérience. Je pense à l'écriture, je pense à la musique, la peinture, l'art d'une façon générale, la danse, qu'importe ce que c'est pour vous. Quelque chose qui nous aide à transformer une expérience, à l'intégrer. Donc, certaines soupapes nous coupent de notre douleur instantanément, et après ça nous revient comme un boomerang en pleine face. On est dans cette espèce de fuite en avant. Et donc c'est très difficile de se laisser traverser par ce qu'on vit avec ces soupapes comme la drogue, l'alcool, parce que l'émotion reste figée là-dessous. Ça nous aide à nous couper d'une douleur qui est trop intense. Et donc l'avantage des soupapes qui nous transcendent, c'est qu'il y a du mouvement, on sait que ça bouge, c'est qu'on se sent vivant. Les émotions c'est comme des vagues et les soupapes telles que l'alcool et la drogue ça vient vraiment... Stopper ce mouvement naturel de la vie, quelque chose qui bloque, quelque chose qui t'engloutit aussi, donc à bien différencier les soupapes qui nous tuent des soupapes qui nous laissent vivre. Sur le moment, on saisit ce qu'on a sous la main et ce qui nous paraît être le plus efficace, et parfois c'est l'alcool. Et donc, ce qui est beau avec le rite et la création, c'est que c'est un passage et on est dans une transformation, on est dans une transformation perpétuelle. Et la dépression, par exemple, stoppe un peu cette transformation, nous fout dans quelque chose où on ne peut plus aller de l'avant, où on ne peut plus bouger, où on n'a plus l'énergie nécessaire pour transcender. Et donc là encore, c'est difficile de dire à quelqu'un qui est très dépressif de lâcher prise parce que justement, elle ne peut pas, elle n'y arrive pas. et elle est dans quelque chose de figé et de paralysant. Thérapie, traitement, etc., ça peut donner ce petit souffle pour justement nous remettre sur la vague, pour nous aider donc à nouveau à reprendre le mouvement de la vie, ce flux naturel où on traverse, où on en chie certes, mais on traverse et on arrive de l'autre côté du rivage, et voilà, mais la vie suit son cours. Donc la chambrise, oui, mais pas n'importe comment, et encore une fois, on fait au mieux pour naviguer dans les autres troubles de la vie qui parfois nous surprend. La vie nous surprend tout le temps. Et donc c'est aussi accepter cette part d'incertitude. C'est accepter que oui, la vie fait peur. A bientôt. Ciao.