Speaker #0Bonjour et bienvenue sur les détours d'Olivia. Aujourd'hui, j'ai une voix très grave, c'est normal, je suis vraiment fatiguée, je me suis couché tard hier. Mais le moral est bon, c'est le principal. Aujourd'hui, j'ai envie de parler des dynamiques de manipulation. Je pense à ça parce qu'en thérapie, je reçois des personnes qui vivent ça. Et j'ai envie de parler de ça parce que, comme vous le savez, je suis fascinée par la nuance et la complexité. Et quoi de mieux que de parler des relations ? pour illustrer cette complexité. Et les dynamiques de manipulation sont des enjeux très complexes où il est parfois difficile d'identifier une victime et son bourreau. Et donc je m'intéresse beaucoup à ces formes de manipulation très insidieuses où on participe de façon inconsciente à cette danse qui nous détruit. C'est très délicat de parler de ça parce que quand on se fait marcher dessus, et qu'on en sort, on culpabilise beaucoup. Alors il ne s'agit pas de nous culpabiliser, de nous pointer du doigt. Ce que j'ai envie de dire, c'est d'apporter un petit peu de chaleur ici. On peut tous tomber dedans. On peut tous se faire manipuler et on s'est tous fait manipuler au moins une fois dans sa vie. Pour ce qui est des histoires d'amour, c'est souvent là où ça fait le plus mal parce que c'est bien connu que les histoires d'amour nous plongent dans nos histoires les plus complexes, dans nos traumas aussi. et nous plonge dans une grande vulnérabilité. Le propre d'une histoire d'amour, c'est qu'on est vulnérable et on est un peu nu et on risque de se faire briser le cœur. Et c'est malheureusement ce qui arrive. Un cœur brisé, comme on disait, ne se répare pas nécessairement, mais il se pense comme un pansement. On pense nos blessures et celles-ci se réouvrent et se referment. C'est un long processus. Alors déjà, on fait comme on peut dans une relation et tomber amoureux. aimer, risquer une relation, c'est déjà en soi quelque chose de très noble. Donc pour ceux et celles qui m'écoutent, j'ai envie de vous dire, lâchez-vous la grappe, soyez fiers de vous être lancés dans une histoire d'amour parce que ça demande toujours du courage, surtout aujourd'hui, à l'ère actuelle où l'engagement fait flipper, où on se démerde soigneusement pour choisir nos histoires d'amour comme si on faisait nos courses au supermarché et quand quelque chose ne nous plaît pas, on se barre, c'est-à-dire tout le temps. Or, se lancer dans une histoire d'amour, c'est souvent prendre le risque justement d'être déçu, prendre le risque d'avoir affaire à quelque chose qui ne nous convient pas ou plus. Donc accordez-vous cette douceur parce que c'est beau, aimer c'est beau et des fois on prend cher, on ne fait pas exprès. Soyons fiers de notre capacité à aimer. Les pervers narcissiques, les dynamiques de manipulation, il y a de super bouquins là-dessus, il y a de très bons thérapeutes qui parlent de ça avec merveille. Et donc il y a effectivement des vrais pervers, malheureusement ça existe, et les rares personnes que je connais qui ont eu affaire à une personne extrêmement perverse, elles sont sorties de là avec une espèce de sidération, elles étaient complètement sur le cul, parce que ces personnes-là, les pervers, faisaient tellement bien. leur jeu, jouaient tellement bien la chose que ces personnes n'ont absolument rien vu venir. Et donc ça, cet état de sidération, c'est vraiment propre à la perversité extrême. Et en plus de ça, ces personnes se sont retrouvées coincées. Il y a une espèce d'asymétrie qui est créée, c'est-à-dire qu'on est pris en otage. Ça peut être le boulot, l'argent, et malheureusement, parfois, c'est les enfants. Donc c'est des trucs absolument atroces. Et c'est un long processus pour sortir de là, déjà sur un plan justice, et sur un plan émotionnel, sociétal, etc. C'est un bordel sans nom. Donc là, on a vraiment quelque chose d'extrême, mais on a aussi toutes ces dynamiques de manipulation qui sont très insidieuses. Ce serait plus simple que je raconte un petit peu comment moi, j'ai vécu ça. J'ai été impliquée. dans une dynamique de manipulation, une relation très malsaine qui était liée autour du travail. C'était il y a longtemps maintenant, c'était il y a dix ans à peu près. Et il y avait une asymétrie qui s'était créée avec le temps. Au début, les choses commençaient super bien, un travail de qualité. J'étais heureuse, j'étais heureuse de ce que je fournissais. Et petit à petit, venait le moment d'investir dans ce travail. C'était un projet, c'était un projet artistique. J'avais pas de thunes à l'époque, donc déjà la symétrie commençait à se créer dès lors que l'argent était investi par les autres personnes et non pas par moi. Donc j'étais déjà quelque part un petit peu redevable sur ce plan, j'avais vraiment l'impression d'être prise par les couilles, pardon pour l'expression. Et petit à petit, donc j'avais de moins en moins le dernier mot sur ce projet, parce qu'au final je ne le finançais pas. Donc c'est là qu'a commencé ce... cette danse malsaine où j'essayais de fournir quelque chose qui était à la hauteur. de ce que je voulais produire. Ce n'était jamais assez bien et je ne me sentais pas suffisamment légitime et en position de dire non. A l'époque, je ne pouvais pas parce que je ne savais pas faire. Et j'étais vraiment prise au piège. Et c'est ça le truc, c'est qu'on fait comme on peut à la fin. Il faut savoir que j'avais travaillé quand même une bonne partie de ma vie pour avoir un projet comme ça. Le jour où j'ai enfin eu cette occasion, j'ai sauté dessus et je me suis investie corps et âme. Je ne savais pas. que j'étais dans quelque chose d'aussi malsain de façon consciente. Mais il y a des signes vraiment intéressants, c'est au niveau du corps. On se sent mal physiquement. J'avais parfois, à la fin, j'avais la gerbe. Donc ça devenait évident que j'étais dans quelque chose de pas bon. À la fin, j'étais pleinement consciente de ça, je ne savais pas comment en sortir. Il y avait le poids de la culpabilité, parce que tout ce travail a été fait. Et si je me casse, le truc se casse la gueule, donc je n'arrivais pas à partir. Mon corps, j'avais mal aux organes, j'avais mal au ventre. et parfois les interactions que j'avais au sein de ce milieu me laissaient absolument épuisée. Et ça, ce sont des signes vraiment intéressants à prendre en compte. On a évidemment cette impression de devoir marcher sur des oeufs, on doute de sa pensée, et ce qui ne trompe pas, c'est quand vous doutez de ce que vous pensez, de ce que vous ressentez. Malheureusement, dans ce monde incertain, soi-même, son corps, c'est la seule boussole fiable. sur laquelle on peut s'appuyer et c'est énorme. Alors quand même ça s'écroule, il n'y a plus rien. Et là, on est vraiment au plus profond de l'angoisse, c'est-à-dire qu'on n'a même plus soi-même pour repère. Il n'y a plus de repère, on ne sait plus qui on est et souvent, dans ces moments-là, peuvent apparaître, on peut décompenser, on peut péter les plombs. Je n'ai pas décompensé, mais j'ai été profondément traumatisée par cette expérience, cauchemar, etc., rumination, tout le bordel. tremblantes dès que je pensais à ces événements. Mon corps était vraiment happé par ça pendant des mois voire des années. Maintenant j'ai vraiment compris que je m'étais vraiment fait avoir. Et à l'époque je n'étais pas suffisamment équipée pour me barrer. Et donc pour revenir au corps, cette sensation de fatigue, de douter de soi, aussi d'être perdue, d'être paumée, mais d'avoir peur, cette peur. Ce sentiment de peur qui est d'ailleurs très fréquent, notamment au sein des entreprises. La peur de se faire virer, je veux me casser mais je ne peux pas. On a vraiment le cul entre deux chaises. Et avoir le cul entre deux chaises, c'est souvent le propre de ces dynamiques de manipulation. On ne sait pas comment se barrer. J'ai fini par me barrer, mais alors, suite à ça, je me suis complètement écroulée. Je m'en suis beaucoup voulue d'avoir été prise là-dedans. Mais ma passion pour le travail, mon goût pour le travail bien fait, était là finalement le moteur du fait que j'ai été coincée là-dedans. Donc encore une fois, lâchons-nous la grappe. Si on se fout là-dedans, ça part à la base souvent d'une bonne intention, donc de quelque chose de très noble, à savoir qu'on veut créer quelque chose qui a du sens. On a cette sensibilité. Ce n'est pas un hasard que les personnes sensibles se font souvent avoir dans ce cas de figure. Le tout, c'est d'apprendre petit à petit à se faire confiance. On est les spécialistes en matière de remise en question, les gens qui manipulent se servent de ça, se servent du fait que nous sommes sensibles, curieux, ouverts. Et le doute va souvent de pair avec ces traits de personnalité. Donc le tout c'est petit à petit d'apprendre à sentir son corps, de voir que si on a mal au bide après une interaction avec quelqu'un, si on est épuisé après une telle interaction, c'est là qu'on peut se poser des questions. On peut avoir une petite fatigue, mais on doit avant tout sortir nourri. de ces expériences. Et si on en sort plus vide qu'on en sort nourri, c'est là qu'il y a un petit problème. Mais encore une fois, vous faites comme vous pouvez. On fait comme on peut. C'est comme ça. Un pas à la fois. Un jour à la fois. Et encore une fois, nous sommes capables d'amour. Et ça, c'est la plus belle chose au monde. A bientôt. Ciao.