Speaker #0Bonjour et bienvenue sur les détours d'Olivia. Aujourd'hui j'ai envie de parler de sens et la question du bonheur, ce qu'on entend par le fait d'être heureux. Et c'est compliqué aujourd'hui cette question et ça suscite aussi de vives réactions, étant donné toutes les complications économiques qu'il y a, les clivages, l'argent. Je pense à ça parce que j'ai vu le post de quelqu'un qui racontait ce que je disais aussi, cette incapacité à rêver, que notre environnement façonnait vraiment des personnes qui étaient incapables de supporter la frustration. Tant nos besoins étaient anticipés et qu'on avait de moins en moins de place pour rêver et pour que le désir puisse émerger. Et des personnes répondaient en commentaire et disaient « mais t'en vas dire ça à un smicard qui n'arrive pas à acheter ses rouleaux de PQ » . qui dort dans une voiture et qui doit nourrir sa famille, va lui dire que de la frustration naît le désir, le rêve, etc. Et c'est vrai que là, on peut imaginer ça comme quelque chose d'indécent. Et donc je pense à ça. Finalement, comment est-ce qu'on rêve là-dedans ? Notre capacité à rêver, à désirer, elle est où ? C'est vrai que quand tu es dans une situation de précarité, ton cerveau est tellement focalisé sur l'urgence que tu n'as pas le temps de rêver, tu n'as pas le temps de... d'imaginer. Et en même temps, le désir, le rêve, c'est quelque chose d'universel et d'incroyablement humain. Tomber amoureux, on tombe amoureux, quelle que soit sa classe sociale. Mais c'est vrai que la douleur n'est pas la même, au sens où d'un côté, tu as des personnes qui sont hyper stimulées, où il y a du trop, les moindres besoins sont anticipés par tout ce que tu peux obtenir, acheter tout de suite dans l'immédiat. Donc tu es surstimulée. Et tu deviens con et fou, tout est conçu pour que tu réfléchisses le moins possible. Il y a plein de gens qui ont plein de fric, qui sont comme ça, qui sont complètement surstimulés. Et d'ailleurs, c'est bien connu que l'argent peut vraiment faire vriller les gens. On a tous entendu des histoires comme ça, de personnes qui étaient devenues ultra riches du jour au lendemain, qui avaient gagné au loto ou je ne sais quoi, et qui ont vrillé, qui ont pété les plombs. Comme quoi, c'est quelque chose qui est complètement irrationnel. La fameuse question... Est-ce que l'argent fait le bonheur ? La preuve que non. Ça aide, mais ça peut aussi rendre complètement fou. Mais c'est vrai que tout ça englobe des réalités qui sont complètement différentes. Quand notre cerveau est focalisé sur l'urgence, il n'a pas cet espace pour rêver, pour désirer. Et d'un côté, on a cette modernité où on a tout ce qu'on veut. Le cerveau est saturé, impatient, et ça crée des crises de sens. Comment est-ce qu'on relie tout ça ? Et c'est terrible quand on voit tous ces commentaires sur les réseaux sociaux, toutes ces horreurs. En gros, quoi qu'on dise, de toute manière, c'est disséqué, retourné contre toi, parce qu'il y a tant de frustrations accumulées, justement, tant de haine, tant de cœurs brisés. Et au fond, l'amour, là-dedans, il est où ? Notre besoin d'appartenance, notre besoin d'amour, notre besoin d'exister, notre sécurité psychique, elle est essentielle et au final, elle compte plus que tout. Et à chaque fois, je retombe là-dessus parce que c'est toujours la conclusion qu'il me reste. Ces micro-gestes, ces micro-choses qui font qu'on peut tenir dans une journée, ce besoin universel de respiration, ce besoin universel de répit, où est-ce qu'il est ? Moi, je repense à cette ère du Covid, où il y avait des gens qui organisaient des soirées de danse clandestines. À l'époque, c'était risqué de faire ça, puis en plus, c'était super mal vu. Si tu fais ça, tu risques de buter les gens, et pourtant, ça montre... Le besoin essentiel de pouvoir se relier aux autres, quoi qu'il arrive, qu'importe les circonstances. Ce besoin de se sentir reconnu par ses pairs. La sécurité affective, en fait. Et c'est vrai que quand on risque de dormir dans sa voiture, on est dans une insécurité financière plus plus. Où est-ce qu'on met de la sécurité affective là-dedans ? Où est-ce qu'on met de la sécurité psychique là-dedans ? Qu'est-ce qu'on peut faire au quotidien pour se relier tous sur ce point ? La musique, l'art, la création, je trouve que c'est un des outils les plus puissants quand je vois tout ça. Quand on voit ce que les gens font, la créativité, et la création elle est universelle, elle va bien au-delà de la classe sociale. On a ce besoin de créer, de chanter, de crier, et je trouve que c'est là finalement notre message le plus précieux. C'est comment est-ce qu'on se relie tout ça, justement dans un environnement et dans une vie qui est clivée. qui navigue entre les extrêmes. Comment est-ce qu'on relie tout ça ? Et ce besoin d'appartenance, de reliance, on en a besoin. Et donc je pense vraiment aux microchoses qui peuvent réussir à nous donner du sens dans une journée. Un sourire, une main sur le dos. quelque chose de chaud, une chaleur, une chaleur humaine, un partage. Je trouve qu'il n'y a rien de pire que de dire « ok, j'ai pas de potes, j'ai personne » . Qu'est-ce qu'on fait dans ces moments-là, justement, pour pouvoir se relier à l'autre ? On est tous habités par ce besoin de lien et d'être reliés à l'autre, et pourtant, on n'a jamais été aussi seuls, et on se dit « mais qu'est-ce que c'est que ce bordel ? » . Et donc le sens, il n'est pas forcément grandiose, ça passe encore une fois par des toutes petites choses. Et je pense à ma journée. Et je trouve que, oui, les sourires que je vois, les échanges que j'ai, des échanges profonds. Quand je vais sur TikTok, par exemple, il y a des gens qui n'ont pas un rond, qui vont sur TikTok parce qu'ils n'ont pas les moyens pour se payer un psy. TikTok, c'est un lieu où il peut y avoir beaucoup de violence, mais il y a aussi de très belles choses. Chez Alcoolique Anonyme, on voit toutes sortes de classes sociales mélangées. Et ce qui est super, c'est que c'est gratos. Donc, il y a vraiment des lieux où on peut tous habiter ensemble. qu'importe la classe sociale et je trouve que c'est là les plus belles choses ces endroits où tu as de tout où la façon dont tu t'habilles le fric que tu as a au final peu d'importance c'est à dire que quelqu'un qui n'a pas un rond n'est pas étiqueté comme une espèce de demeuré qui n'a pas réussi à gérer sa vie et dans le sens inverse quelqu'un qui a plein de thunes qui est très bourgeois n'est pas étiqueté comme quelqu'un de pourri gâté qui ne connaît pas la vie, l'importance des valeurs, etc. Non, il n'y a pas tous ces dictages de classe sociale, et c'est très beau. Et donc il y a ça dans la création, dans la danse, dans le rite, dans la célébration. Ces notions de classe et de hiérarchisation de la douleur, ça saute, et ça fait du bien. On a vraiment besoin de ça, au final, on a juste besoin de se sentir relié, de se sentir écouté. de sentir qu'on existe, d'avoir cette sécurité affective, psychique. Et je trouve que la pire tragédie, c'est au final d'être seul au monde, d'être coupé de ses pairs. Dans le cas d'alcoolisme, on boit pour tout un tas de raisons. On boit pour tenir une situation précaire, ou alors on boit parce qu'on a cette absence de sens. On boit pour combler un vide, on boit pour calmer un cerveau saturé. Donc d'une part, il y a la saturation, l'excès d'informations, la tentation de devenir... combler les moindres petits besoins qui émergent, donc il y a cette sous-stimulation, et de l'autre, dans d'autres classes sociales, ce manque de sécurité où le cerveau est complètement happé par l'urgence, où on n'a même pas le temps de pouvoir ne serait-ce qu'imaginer une seconde de quoi est-ce qu'on pourrait avoir envie, là maintenant, tout de suite, pour rêver. Et donc c'est là, finalement, la conclusion de cet épisode, c'est qu'on a besoin d'amour. Où est-ce qu'on trouve cet amour au quotidien ? Et c'est en ça Merci. qu'on doit faire preuve d'imagination. Et ceux qui sont les plus aisés socialement n'ont parfois pas cette imagination et oublient ce qu'est l'amour. On a tendance à confondre l'amour et l'argent. Ça aussi, c'est une tragédie, quelque part. Donc on fait comme on peut pour se sentir aimé, pour se sentir existé et pour trouver un petit peu d'unité pour une fois. dans une société qui est plus clivée et plus éclatée que jamais. A bientôt, ciao !