Speaker #0Bonjour et bienvenue sur les détours d'Olivia. Aujourd'hui, j'ai envie de parler du fait d'apprendre à prendre soin de soi quand on est ancien addict, alcoolique, etc. C'est pas quelque chose d'évident et c'est pas quelque chose qui est inné. Chez beaucoup d'entre nous, ce n'est pas naturel. C'est sûr que si pendant des années, on s'est maltraité, on a maltraité son corps, on a maltraité ses organes, son système nerveux, son cerveau, ses relations, absolument tout. tout ce qui nous entoure, on ne va pas du jour au lendemain savoir prendre soin de soi. Personnellement, je buvais beaucoup pour tenir, tenir un mode de vie qui n'était pas en accord avec mes valeurs, un mode de vie trop difficile. Et donc aujourd'hui, j'apprends à vivre autrement qu'avec ce truc de survie. Et ça veut dire faire d'énormes changements, ça veut dire changer de job pour certains d'entre nous, si on peut. Ça veut dire quitter des relations qui nous font du mal. Ça veut dire... savoir écouter son seuil de fatigue. Et on est très nombreux à avoir un seuil de fatigue très bas, notamment parce qu'on a tellement abusé, on a tellement maltraité notre organisme. Mais on est aussi nombreux à être très sensibles. Personnellement, je suis hypersensible. Et prendre soin de moi, c'est un travail de tous les jours, c'est un processus. Aujourd'hui, j'apprends encore à prendre soin de moi. Je pense que je le ferai encore pendant des années. Ce n'est pas quelque chose que je connais de base. Poser ses limites. Je trouve que poser ses limites aujourd'hui, c'est difficile. On en parlait l'autre fois, être vulnérable, ça va. Mais poser ses limites, c'est vraiment mettre des actes sur cette notion de vulnérabilité. Et c'est dire, ok, qu'est-ce que je fais de cette vulnérabilité ? Comment est-ce que je la concrétise ? Et donc, on disait aussi que ça veut dire non, ça veut dire se coucher tôt, ça veut dire quitter une soirée avant les autres, ça veut dire dire non, refuser une tâche supplémentaire au travail. Alors que tout est urgent, on a des rendus de plus en plus rapides, efficaces, et c'est sûr que nous, les humains, on n'est pas des machines. Et cet espèce de décalage entre le rendu qui est attendu et ce qu'on peut fournir se fait de plus en plus grand. Ce fossé, donc, s'agrandit. Qu'est-ce qu'on fait de tout ça ? Au milieu de ça, on doit apprendre à prendre soin de soi, et parfois ne rien faire, parfois tout mettre sur pause. C'est apprendre aussi à mettre du cadre. On disait aussi que... Ne pas avoir la solution et la réponse à tout aujourd'hui, ça peut être très inconfortable. Tant il y a de solutions, tant il y a de propositions. Que ce soit par les réseaux sociaux, tchatchipiti, plein d'autres choses. Et donc ne pas avoir de réponse, ça peut être très inconfortable. Et c'est inconfortable par nature, parce que nous les humains, on n'aime pas l'incertitude. On n'aime pas ce qu'on ne connaît pas. Et même si se faire du mal, ça fait mal par définition. Si c'est ce qu'on connaît de mieux, on peut retourner dedans. Parce que ça fait mal certes, mais je connais. Donc j'y retourne. Et quand quelque chose est bon, ça peut être extrêmement déstabilisant. Et c'est sûr que l'abstinence, se faire du bien, se lever le matin, être en contact aussi avec son corps, reconnecter avec ses sensations, ça peut être extrêmement déstabilisant. Parce qu'on se coupe de soi forcément quand on consomme, quand on boit, on s'anesthésie et donc on trimballe un peu son corps. Et donc moi, c'est sûr que quand j'ai arrêté l'alcool au début, comme je disais de nombreuses fois, je me suis vraiment fait chier. Mais avec le temps, j'ai vraiment appris à vivre autrement, c'est-à-dire qu'à ne pas avoir des espèces de pics d'euphorie qu'on peut avoir avec la conso, mais à construire quelque chose, reconstruire les fondations et trouver un petit peu de plaisir au fur et à mesure. C'est sûr qu'on n'aura jamais la même sensation qu'avec l'alcool, mais on pourra connaître autre chose. Et quelque chose de doux, mais de plus progressif, au final, on apprend à découvrir ça et à goûter, à trouver du sens à ces choses-là. Je crois que pour moi, ce qui était le plus difficile, C'est vraiment d'apprendre à me reposer. Je suis très sensible, on est nombreux à être hypersensible et avoir un seuil de fatigue particulièrement bas. Or, la société, le monde du travail aussi peut attendre de nous un certain rendu, une certaine efficacité. Mais quand on pense notamment au fait d'être parent, le monde du travail et la parentalité, même si l'équilibre, on aspire un petit peu plus d'équilibre, vie pro, vie perso. Mais bon, soyons réalistes, c'est très difficile de se lever le matin et poser ses enfants à l'école. rentrer le soir complètement éclaté, les nourrir, donner le bain, etc. et recommencer. C'est super difficile. Et on doit se démerder avec tout ça. Et on doit s'accorder un petit peu de vacances, de soie, j'ai pu en parler aussi, et tout mettre sur stop. Certains le font très bien, mais encore une fois, moi, ce n'est vraiment pas quelque chose qui est naturel chez moi. Et donc, ça veut dire vraiment défusionner aussi avec les autres. Je sais qu'on est nombreux à avoir bu, à avoir consommé et avoir cette espèce d'impression de fusion avec les autres. d'harmonie, même si bien sûr c'est illusoire. Mais je sais qu'avec la sobriété, avec l'abstinence, est venue une certaine forme de solitude. C'est du fait de défusionner comme ça avec les autres, de se dire, ben non, des fois tu dois dire non, des fois tu n'es pas d'accord, et des fois c'est ne pas faire plaisir aux autres, de respecter ses limites. Et donc ça peut vraiment nous confronter à cette réalité qui est, ben ouais, des fois on se retrouve un peu seul. Prendre soin de soi, c'est aussi regarder ça, c'est aussi rester. Assumer sa différence, assumer sa singularité. Oser se reposer, oser se mettre à l'écart, moi je me ressource seule énormément. Évidemment je me nourris dans le lien, je me nourris des autres, mais je me ressource seule. J'ai besoin de beaucoup de temps seule et c'est super difficile à mettre en place. Mais je me démerde, c'est beaucoup de logistique, c'est fatigant. Cette logistique est fatigante mais elle est primordiale pour moi. Il y a aussi les attentes qu'on peut avoir vis-à-vis de soi. qui peuvent être énormes. Et au final, c'est là la conclusion de cet épisode. C'est comment se lâcher, encore une fois, un peu la grappe et oser ralentir, oser le mettre en acte, pas que poser des mots. Parce qu'aujourd'hui, on adore la tchatche, on adore dire « ouais, aujourd'hui, je prends soin de moi » . Mais encore une fois, le poser en acte, c'est une autre affaire et ce n'est pas facile. Oser dire « aujourd'hui, je ne fais rien » , alors qu'il est attendu de moi de fournir quelque chose, ça veut dire parfois un peu tricher. Ça veut dire... décommander des événements sur lesquels on s'était peut-être un peu engagé et dire finalement je ne peux pas, on le fait tous des fois et ce n'est pas évident, ce n'est pas simple parce que ça peut décevoir et donc c'est en même temps respecter ses valeurs, c'est se dire ok si je ne vais pas à cet événement, est-ce que je suis ok aussi avec le fait de dire non ? Il y a tout ça et c'est vraiment un équilibre très fin entre le fait de respecter ses valeurs et de prendre soin de ses limites en même temps. Et c'est très délicat ces choses-là, ça se joue à vraiment peu de choses. Et donc prendre soin de soi, évidemment, ça passe par le respect de ses besoins de base, manger, dormir, mais toutes les choses annexes, existentielles, philosophiques, ça c'est vraiment un long processus et c'est un long travail qu'on découvre avec l'abstinence, avec la sobriété. Encore une fois, quand quelque chose est bon, ça peut être très remuant. Et plus je découvre de bonnes choses, personnellement, plus des fois ça me remue. Et encore aujourd'hui, je me dis « Waouh ! » Je n'ai pas encore fini de goûter à toutes les belles choses qu'il y a. Tant j'ai eu l'habitude d'en chier, tant j'ai eu l'habitude de connaître, tant j'ai eu l'habitude de fonctionner comme ça, en mode survie, avec ce mécanisme violent, en pensant que c'était ça la normalité. Et certes, la vie est pleine de souffrances. Oui, la souffrance est inhérente à notre condition, mais pas que. La vie est pleine de mouvements, de va-et-vient. Ce n'est pas quelque chose de linéaire et on doit composer avec ça. Et ça veut dire aussi goûter à du bon. Et ce bon, ça peut être effrayant, mais ça vaut le coup de le traverser. Et c'est ça, c'est qu'on apprend à traverser ce qui est nouveau, chose qu'on ne savait pas faire quand on buvait. Et ça, c'est un processus qu'il faut respecter. A bientôt. Ciao !