Speaker #0Bonjour et bienvenue sur les détours d'Olivia. Il fait une chaleur absolument écrasante aujourd'hui, nous sommes fin juin 2026, une canicule historique. Ça fait longtemps que je n'ai pas enregistré d'épisodes parce que je n'ai pas eu beaucoup de temps, j'ai eu beaucoup de fatigue. J'ai eu aussi beaucoup de formations et vous savez bien qu'en tant que thérapeute, il faut se former de façon un peu continue. Je me suis régalée, je me suis formée en psychotrauma, c'était super. Aujourd'hui, j'ai envie de parler d'addiction à l'alcool. J'ai envie de parler des fameux bénéfices secondaires qu'on peut trouver lors de notre consommation. Ces fameux bénéfices secondaires qui font qu'on continue de boire, alors qu'on sait pertinemment qu'on se fait du mal, qu'on se tue, mais on continue, et ce n'est pas par hasard. Le fait de boire pour s'anesthésier, pour ne pas ressentir, pour un désir d'absence, c'est une forme de protection. On se protège d'un trop-plein, on se protège d'émotions trop fortes, On se protège de choses. qui sont si inconfortables, qui sont si insupportables, qu'on préfère se bourrer la gueule, on préfère les gueules de bois, on préfère maltraiter son système nerveux, maltraiter ses relations, ses organes, se maltraiter tout court, tout à condition qu'on ne ressente pas la douleur liée à l'abstinence. Donc c'est terrible, et donc c'est un petit peu la double peine, parce que d'une part on doit gérer son alcoolisme, on doit soigner entre guillemets son addiction, et d'autre part apprendre à vivre. Ces expériences de façon entière, sans artifice, apprendre à apprivoiser la colère, la tristesse et la joie aussi, des fois un trop-plein de joie, fait que j'ai une envie de célébrer qui me dépasse. J'ai trop de joie, c'est trop, trop d'intensité. Et donc je bois, je bois quand ça va, je bois quand ça ne va pas. Tous les moyens sont bons pour boire. Pour ma part, quand j'ai arrêté, c'est vrai que me familiariser avec le vide, ne pas à tout prix combler. l'ici maintenant avec une substance, c'était vraiment tout un apprentissage et ça peut se faire sur des années. Encore aujourd'hui, des fois, je me sens dans une forme d'impatience. Je me dis non, non, il faut que les choses arrivent vite, Moi, j'ai un truc avec la vitesse, je travaille dessus. Ça peut être tellement d'autres choses. Et c'est vrai que boire, ça calme aussi ces petites voies intérieures qui nous hantent parfois. Quand on a notamment eu, je ne sais pas, un parent un peu... autoritaire ou maltraitant, cette petite voix intérieure de ce parent qu'on aurait pu intérioriser, ce thème, quel soulagement. L'alcool est très efficace pour ça. Et donc la douleur est insupportable au point de préférer payer le prix lié à la consommation d'alcool. Et donc ça m'amène à la question aussi, pourquoi vous buvez ? Pourquoi boit-on ? Pourquoi moi je buvais ? Et c'est clair que, comme je disais, le vide chez moi, c'est quelque chose qui peut être assez compliqué. L'impatience, l'incertitude, l'envie de faire vite pour vite avoir une réponse. Et des fois, on doit apprendre à traverser cette zone d'incertitude, cette zone turbulente. Ce n'est pas fait pour être agréable et en même temps, c'est fait pour être traversé. Je pense que déjà, de regarder les choses dans leurs difficultés, de se dire oui, c'est dur et c'est ok. C'est ok de pleurer, c'est ok de craquer. On a le droit de péter les plombs, des fois, on a le droit de ne pas gérer, on a le droit d'être humain, en fait. On a le droit de souffrir, aussi. Nos émotions, notre souffrance, c'est légitime. On est nombreux à avoir bu, aussi, comme une forme d'interdiction, aussi, de ressentir ces émotions-là. Non, non, il faut absolument que je camoufle cette colère, je dois absolument me débarrasser de cette tristesse, cette tristesse qui, entre guillemets, n'aurait pas lieu d'être. Et si nos émotions sont bien là pour une raison, nos émotions sont légitimes, En tout cas, pour ma part, c'est en apprenant à légitimer mes émotions, en les validant, en en prenant soin, que j'ai appris à traverser petit à petit ces zones très inconfortables, ces zones très difficiles. Je parlais de dépression aussi, on est très nombreux à avoir bu pour supporter une dépression sous-jacente, c'était mon cas. Et comme j'ai pu le dire autrefois, il aura fallu que j'arrête de boire pour comprendre que la dépression était vraiment à l'origine de ma consommation. Et c'est hyper difficile. Vivre, c'est difficile. Être humain, c'est difficile. Ne pas avoir de sens, aussi, c'est difficile. Et je dis souvent que pour pouvoir arrêter l'alcool, on a besoin aussi de trouver un sens. C'est difficile d'arrêter sur commande. Encore faut-il avoir un terrain un petit peu plus propice à l'accueil de nos émotions pour pouvoir envisager un arrêt. C'est très difficile d'arrêter, encore une fois, si la vie est insupportable, si la sobriété, l'abstinence est insupportable. on peut trouver toutes les raisons de boire. Et donc, comment est-ce qu'on prépare sa sobriété ? Personnellement, moi, j'ai dû la préparer, me débarrasser de certaines relations qui étaient très nocives, douloureuses, toxiques, créer un environnement professionnel qui soit quand même un minimum potable. Après, l'un va avec l'autre, c'est ça aussi. C'est que quand on arrête de boire... Parfois, le cercle vertueux peut se mettre en place, mais des fois, il suffit juste de faire un petit changement dans sa vie, se dire « ok, là c'est le moment » . C'est aussi comme ça qu'on crée du sens au fur et à mesure. Moi, c'est comme ça, en tout cas, que j'ai créé du sens au fur et à mesure de ma sobriété. Être maman, enfin j'ai arrêté avant d'être mère, mais des fois, être parent crée un sens suffisamment grand pour pouvoir entamer une démarche d'arrêt. Malheureusement, beaucoup aussi n'y arrivent pas et continuent de consommer malgré tout, justement pour pouvoir supporter la pression. Et là, ce serait intéressant de voir quelle est cette pression, quelle est l'ampleur de cette pression, quelle est la peur qui se cache derrière, quelle est l'inquiétude, l'angoisse qui se cache derrière. Voilà, donc pour conclure, apprenons à embrasser nos émotions, même si celles-ci sont difficiles, au moins à les regarder et au moins se dire que oui, nous avons le droit de souffrir, oui, nous avons le droit d'aller mal, et que si on boit, c'est parce que ça va mal, c'est parce qu'on souffre. Apprenons à légitimer notre souffrance si on veut un jour parvenir à un arrêt de l'alcool. A bientôt ! Ciao !