- Speaker #0
Bonjour et bienvenue dans ce rendez-vous de la Nouvelle Revue Théologique.
- Speaker #1
Aujourd'hui, nous vous présentons le quatrième et dernier numéro de l'année 2026, en compagnie du Père Alban Massie. Bonjour Père Alban.
- Speaker #0
Bonjour Laurène et bonjour à tous.
- Speaker #1
Au programme de cette revue, les origines de l'Eucharistie, la vocation de Jérusalem au milieu du chaos, l'intelligence artificielle, puis un dossier consacré au pouvoir et au ministère dans l'Église, après le synode sur la synodalité. Nous terminerons par la lecture des Écritures, des sujets très différents. Alors comment entrer dans ce numéro ?
- Speaker #0
Je crois en partant de questions concrètes. Qu'est-ce qu'on célèbre à la messe ? Comment est-ce qu'on peut vivre la foi dans un monde blessé, comme nous le montre la situation au Moyen-Orient ? qui participent aux décisions dans l'Église ? Et que se passe-t-il lorsque nous ouvrons la Bible ? Ces articles, dans ce nouveau numéro, prennent le temps d'approfondir ces questions et notre parcours voudrait maintenant donner envie de les lire en faisant entendre ce que chacun apporte.
- Speaker #1
L'Eucharistie primitive, pascale ou non ? Commençons avec le Père Charles-Antoine Fogielman et son article. L'Eucharistie primitive, Pascal ou non ? Prêtre du diocèse de Paris, agrégé de lettres classiques et docteur en sciences des religions, il enseigne à la Faculté Notre-Dame et à l'Institut supérieur des sciences religieuses au Collège des Bernardins à Paris. Père Alban, nous assensions spontanément la dernière scène à la Pâque juive. Pourquoi cette question fait-elle encore débat aujourd'hui ?
- Speaker #0
C'est une question d'historien certes, mais... parce que la question n'est pas très résolue encore. Les récits de la Seine ne décrivent pas tous les éléments qu'on associe généralement au repas pascal-juif, l'agneau. Notamment, il n'y a pas la place qu'on pourrait s'attendre. Et comment comprendre qu'une fête qui est annuelle dans le judaïsme a donné naissance à une célébration régulière des communautés chrétiennes ? Alors, Charles-Antoine Fogielman invite à une... précaution historique. Il faut se souvenir que le rituel juif s'est développé au cours des siècles. Et alors, il ne faut pas projeter sur l'époque de Jésus toutes les formes connues plus tard dans les rites du judaïsme. Et il propose une hypothèse. L'Eucharistie primitive pourrait provenir d'un repas pascal volontairement simplifié. L'absence de certains rites ne signifierait donc pas nécessairement l'absence d'un enracinement pascal. Cela pourrait exprimer plutôt la nouveauté de ce qui se joue avec Jésus. L'enjeu nous touche directement. Comprendre la messe suppose de retrouver ses racines dans la prière et dans l'espérance d'Israël.
- Speaker #1
Pour illustrer, je vous propose un extrait de cet article sur la coupe de vin et l'attente du royaume. Je cite « Cette attente, chez les synoptiques, prend des dimensions eschatologiques.
- Speaker #0
Amen, je vous le dis,
- Speaker #1
je ne boirai plus du fruit de la vigne jusqu'au jour où je le boirai nouveau dans le royaume de Dieu. La coupe à l'aile n'est pas véritablement absente, mais renvoyée dans l'eschatone. Elle connecte le rite terrestre au banquet céleste éternel. »
- Speaker #0
Merci Lorraine. Le père Charles-Antoine Fogielman parle de l'eschaton, il désigne l'accomplissement attendu, le royaume de Dieu. Je crois que dans cette lecture, le repas ouvre sur une promesse. Chaque Eucharistie porte cette attente. Et c'est ça le passage d'une réflexion historique à une réflexion théologique. Nous recevons le Christ et nous attendons encore la pleine communion avec lui. Voilà comment une enquête historique peut renouveler notre manière de célébrer.
- Speaker #1
Habiter le chaos. Des racines juives de l'Eucharistie, passons à la Jérusalem d'aujourd'hui. Thérèse-Martine Andrevon propose l'article « Habiter le chaos, l'ecclésiologie prophétique de Jérusalem » selon le cardinal Pizazaballa. Docteure en théologie, elle vit en Israël et étudie le dialogue entre l'Église catholique et le peuple juif depuis le Concile Vatican II. Son article analyse une lettre pastorale du patriarche latin de Jérusalem. Que signifie cette expression « habiter le chaos » pour une communauté chrétienne éprouvée par la guerre ?
- Speaker #0
D'abord, c'est une lettre pastorale qui a été écrite en plein milieu d'un conflit dont on ne voit pas la fin, et où les chrétiens sont partie prenante malgré eux. Habiter le chaos, c'est se demander comment la mission de l'Église peut être vécue dans ces circonstances, alors même qu'elles paraissent insupportables. La communauté ne peut pas suspendre sa vocation. jusqu'au retour d'une situation apaisée. Thérèse-Martine Andrevon, qui a déjà écrit dans la NRT, montre comment le cardinal Pizazaballa relie la vocation de Jérusalem à la lumière de l'Apocalypse. Dans ce livre biblique, la Ville Sainte porte une promesse de vie, de guérison pour les nations. Cette image nourrit la présence chrétienne. qui est capable de partager les souffrances, de servir et de maintenir ouvert au milieu des populations qui se haïssent des chemins de rencontre. J'ai beaucoup aimé aussi une dimension que nous oublions parfois, c'est que Jérusalem peut être appelée l'église mère. Elle appartient à l'histoire vivante de toutes les communautés chrétiennes. Sa vocation ? universelle nous concerne personnellement. Et puis, dernier point, c'est la place des chrétiens de Terre Sainte dans la société d'Israël en particulier. Il faut entendre leur existence, leur foi, leurs blessures et ce n'est pas simplement une fonction d'intermédiaire entre les différentes confessions, entre les différents partis.
- Speaker #1
Écoutons précisément ce passage. Telle est la mission sublime que le patriarche dessine pour sa petite communauté. Être au cœur de la société en partageant son destin, pour la faire fermenter de l'intérieur avec une vision de l'homme et de la société enracinée dans l'évangile. A ce titre, le patriarche rejette fermement la rhétorique courante qui qualifie les chrétiens de ponts ou de tomes. tampons entre les parties en conflit.
- Speaker #0
Cette présidence est importante. Une communauté a une dignité, a une vocation, une histoire propre. Et le témoignage de la communauté chrétienne de Terre Sainte vient de son appartenance à un peuple, de sa fidélité à l'Évangile. L'article nous invite ainsi à regarder les chrétiens de Terre Sainte comme des frères et sœurs avec lesquels il est possible de vivre une communion réelle.
- Speaker #1
Habiter l'intelligence artificielle. Le verbe « habiter » revient dans l'article suivant « Habiter l'intelligence artificielle, les conceptions de la technique » dans Magnifica Humanitas. Son auteur, Gemma Serrano, est théologienne, professeure à la Faculté Notre-Dame et co-directrice du département de recherche. humanisme numérique du Collège des Bernardins. Père Alban, pourquoi parler d'habiter l'intelligence artificielle ? N'est-ce pas simplement un outil dont nous décidons de nous servir ?
- Speaker #0
Alors c'est précisément la question que Gemma Serrano approfondit dans sa lecture de Magnifica Humanitas, cette première encyclique du pape Léon XIV consacrée à l'intelligence numérique. On commence souvent par comparer les capacités de l'IA aux nôtres. Et puis ensuite, on peut envisager une coopération. La machine va nous aider à accomplir certaines tâches. Et puis finalement, on va essayer d'équilibrer les bénéfices et les dangers de l'IA, d'autres on parle chaque jour. Alors, ces approches sont nécessaires, mais elles supposent... que nous sommes devant un outil extérieur à nous, dont nous maîtriserions les effets. Or, les techniques transforment notre environnement. Elles influencent notre manière d'apprendre, de travailler, d'entrer en relation et même d'attendre une réponse. La présence de l'IA façonne progressivement nos habitudes. L'enjeu devient alors plus large, nous dit Gemma Serrano. Quel monde commun ? Construisons-nous avec ces techniques ? Quelle place y garde le jugement personnel, la responsabilité, les personnes vulnérables notamment ? L'article nous aide à reconnaître cette transformation du milieu dans lequel nous vivons.
- Speaker #1
Voici un extrait qui évoque une discipline très concrète. Si la technique est pharmacone, il faut un art du dosage. Puis, citant Magnifica ou Manitas, Gemma Serrano relève cet appel. Nous devons nous éduquer à jeûner de l'IA et protéger nos jeunes de cette séduction subtile qui fait paraître inutile la pensée humaine.
- Speaker #0
Alors, Gemma Serrano utilise le mot de pharmacone, c'est-à-dire la boîte à pharmacie, les médicaments, les petits outils. Mais en même temps, si on a besoin de remède, c'est qu'il y a un poison. Et parler de dosage est très important. Ça montre les limites, justement. Je crois qu'il faut réfléchir aux conditions mêmes de notre vie numérique. Et le jeûne peut retrouver ici un sens très simple, préserver un espace pour chercher, pour hésiter aussi, pour formuler une pensée, pour rencontrer quelqu'un. Cela permet alors de discerner en vérité ce qu'on veut confier à une machine et ce que nous avons à exercer nous-mêmes.
- Speaker #1
Merci Père Alban, nous continuerons la prochaine fois. la présentation de ce numéro de la Nouvelle Revue Théologique. Vous retrouverez ses contributions ainsi que la centaine de recensions d'ouvrages dans ce numéro qui va de octobre à décembre 2026 de la Nouvelle Revue Théologique. Merci à chacun pour votre écoute.
- Speaker #0
Voilà, et sachez que c'est le moment, si vous voulez vous réabonner à la NRT, la revue commence en janvier, donc c'est le moment pour vous réabonner. Et si c'est la première fois que vous voulez vous abonner, sachez qu'il y a une... promotions, vous pouvez retrouver sur le site www.nrt.be Merci Laurène et merci à tous.