Speaker #1Bonjour et bienvenue dans ce podcast juste avant Noël. Alors Noël, Noël, grande fête chrétienne à côté de Pâques. Noël et Pâques, c'est deux fêtes, deux sommets, pourtant pas tout à fait le même accent. Dans la tradition orientale, le cœur bat surtout à Pâques. La résurrection, la victoire, le tombeau vide. En Occident, c'est souvent Noël qui attire les foules, l'enfant, la crèche, la proximité. L'incarnation d'un côté, rédemption de l'autre. Mais attention ! La séparation n'est jamais aussi simple. Car regardez bien la mangeoire de Bethléem. Elle a la forme d'un tombeau. Et le bois qui accueille l'enfant annonce déjà la croix du Golgotha. Tout est déjà là, en germe. Saint-Augustin l'avait bien vu. Pour lui, Pâques, c'est le sacramentum par excellence. Un mémorial vivant. Quelque chose qui se rend réellement présent. Ici. Maintenant. Noël, en revanche, c'est un anniversaire, un événement passé, quelque chose qu'il faut rejoindre, il faut faire un pas, un déplacement intérieur, pour comprendre que, comme nous dit la chanson, c'est Noël tous les jours, c'est-à-dire chaque fois que le Verbe de Dieu est engendré dans une âme. Alors, allons à la crèche. La crèche, on croit la connaître, on croit la maîtriser, et pourtant... La crèche n'est pas un simple décor de Noël. Le pape François parle d'un merveilleux signe, un signe dense, un signe théologique, un signe qui engage tout le corps, tout le regard, toute la foi. Alors un peu d'histoire. On dit souvent la crèche c'est Saint François d'Assise. Oui, mais pas comme on l'imagine. A Greccio, en 1223, François n'invente aucun objet ni aucun concept. Il ne sculpte rien, il ne met en scène aucune figurine, il ne fait que déplacer la liturgie. Il demande à ce que la messe de minuit soit célébrée dehors, dans une grotte, sur une mangeoire réelle, remplie de foin. Il y avait un bœuf, il y avait un âne bien vivant, mais pas de statue, pas d'image, pas de santon. Pourquoi ? Parce que lui, il voulait qu'on voit, qu'on éprouve. qu'on contemple la pauvreté de Dieu avec les yeux du corps. Il ne veut pas qu'on regarde Noël de l'extérieur, il veut que l'on y participe. Ce qu'il propose, c'est une expérience partagée, une immersion, dirait-on aujourd'hui. Plus de spectateurs, mais des participants à la crèche. Et puis, plus tard, eh bien... Surtout à partir du XVIe siècle, la crèche devient tridimensionnelle, narrative, avec peuplé de figurines. Les jésuites contribuent largement à ce qui est une forme de catéchèse. La crèche devient pédagogique, c'est un véritable théâtre du monde, parfois même un peu débordant de monde. En 1567, par exemple, la duchesse Piccolomini... se fait connaître avec sa crèche de 116 figurines, dont une girafe, un centaure, une licorne. À Naples, les artisans rivalisent de luxe. Même les bonnets des bergers scintillent de perles. Excessifs, mais ces excès disent quelque chose. Quand Dieu naît, toute la création veut être là. Même l'imaginaire, même le superflu. Et puis il y a les santons, le boulanger, le forgeron, le musicien, le pêcheur. Ils n'étaient pas à Bethléem, bien sûr, mais ils sont à leur place. Ce n'est pas une naïveté, c'est un acte d'inculturation. Dire que Jésus ne n'est pas seulement autrefois, mais ici, aujourd'hui, dans nos villages. La crèche devient un évangile vivant, une proclamation. silencieuse. Dans le monde nouveau, Inaugurée par le Christ, il y a de la place pour tout ce qui est humain. Mais la crèche ne fait pas que rapprocher Dieu, elle nous place devant un paradoxe. Regardez l'enfant, pauvre, muet, couché dans une mangeoire. C'est ce qu'on appelle la christologie d'en bas, un Dieu fragile, un Dieu exposé, un Dieu qui se fait humain dans le dépouillement. Et pourtant. Cet enfant est appelé Seigneur, fils du Très-Haut, Emmanuel. Ça, c'est la Christologie d'en haut, la transcendance, la gloire cachée. La crèche tient ensemble ces deux vérités. Sans les expliquer, sans les résoudre, elle nous fait connaître Dieu visiblement pour nous entraîner vers l'invisible. Que faire devant une crèche ? Pas analyser. Pas posséder, contempler, comme le propose Saint Ignace de Loyola, se faire petit. Petit pauvre, dit Ignace dans les exercices. Regarder, écouter, servir, ajoute Saint Ignace, servir intérieurement. La crèche est un lieu où l'on est ensemble, un rituel heureux, une école de joie, une joie simple. Une joie d'enfant, la joie de se savoir aimé. Même à l'âge des satellites, même dans un monde saturé de techniques, l'humanité a toujours besoin de Bethléem, de revenir à la mangeoire, au tombeau déjà annoncé, à ce Dieu qui vient dans la nuit, qui vient ramener le troupeau, qui vient sauver ses brebis, et d'entendre encore le chant des anges qui relie le ciel à la terre. Joyeux Noël.