Speaker #1Bonjour et bienvenue dans ce nouveau podcast des dialogues théologiques. Aujourd'hui, je vous propose de parcourir le deuxième fascicule du tome 148, avril-mai-juin 2026. Alors, on commence avec un article de Didier Luciani consacré à une notion qui circule aujourd'hui dans bien des discours éthiques, religieux, politiques, le tikkun olam, la réparation du monde. Ce concept issu de la tradition juive est devenu, ces dernières décennies, une sorte de mot d'ordre, presque un slogan, dans certains milieux militants ou spirituels. Mais Didier Luciani, qui est professeur émérite de l'UCLouvain et qui est membre du comité de rédaction de la NRT, nous invite à creuser derrière cette popularité. Il y a une expression qui est en réalité assez tardive, qui est polymorphe. et qui est souvent mal comprise. Alors d'abord, il y a le droit rabbinique. Le tikkun olam sert à désigner des dispositions juridiques purises pour le bon ordre du monde. La réparation, c'est retrouver l'ordre. Et puis, il y a la liturgie jusqu'à la cabale lourianique au XVIe siècle avec Isaac Louria, à Safed. Pour lui, le tikkun devient une cosmologie mystique. Dieu s'est en quelque sorte retiré pour laisser place au monde. Les vases de la lumière divine se sont brisés. L'humanité est alors appelée à rassembler les étincelles divines dispersées, à réparer ce monde fracturé par ses actes, ses prières, ses intentions. Ce que Didier Luciani montre avec clarté, c'est que la version contemporaine et sécularisée de l'idée souvent réduite à un programme d'action sociale et progressiste, efface la profondeur mystique et eschatologique de l'original. Pour le théologien chrétien, cet article ouvre une question stimulante. Comment penser la réparation entre responsabilité humaine dans l'histoire et espérance en un horizon que seul Dieu peut clore ? Le deuxième article nous emmène dans les grandes profondeurs de la théologie trinitaire du IVe siècle. L'année dernière, on a célébré le jubilé de l'incarnation et le 1700e anniversaire du concile de Nicée. C'est dans ce contexte qu'Alexandre d'Alaporta, qui est frère de Saint-Jean, propose une relecture d'Athanas d'Alexandrie, le grand défenseur de la foi de Nicée contre l'arianisme. Au cœur du débat, le mot homoousios, consubstantiel. Alors, l'auteur ne se contente pas de rappeler les enjeux trinitaires qui sont connus. Il montre qu'Atanas comprend l'unité substantielle du fils et du père à partir d'une question très concrète. Si le fils est divin au même titre que le père, mais alors, ça veut dire qu'ils agissent ensemble dans l'histoire du salut, qu'ils exercent une seule et même... providence. Et cette unité d'action a des conséquences directes pour la christologie. Comment comprendre la réceptivité du Fils incarné, ses prières, ses limitations apparentes, et pour la vie chrétienne ? Si c'est bien Dieu tout entier, lui-même, qui vient à nous en Jésus, alors notre foi, notre espérance, notre amour, notre obéissance, sont transformés. Alors c'est un article de recherche patristique, oui, mais qui a des résonances pour notre façon d'habiter la foi aujourd'hui. Un grand écart, avec Antoine Vidalin et le dialogue des religions. Dans la lignée de Nostra Aetate, des initiatives des derniers papes en matière de dialogue interreligieux, Antoine Vidalin, qui est lui aussi membre du comité de rédaction de la NRT, et professeur au Collège du Bernardin, propose de dépasser une limite de la théologie chrétienne des religions, son caractère trop formel et abstrait. On parle des religions en général, certes, de leurs relations, des conditions du dialogue, mais on risque d'oublier que chaque religion est d'abord une expérience concrète, un chemin vivant. Et l'auteur propose alors une christologie des religions, une approche qui part de la figure concrète du Christ, pour interroger depuis Jésus, la réalité propre de chaque tradition religieuse. C'est une manière de redonner au Christ sa centralité dans la réflexion théologique sur les religions, sans fermer la porte à l'altérité, au pluralisme religieux. Simone Weil, Jean-Paul II, penseurs du travail et lecteurs de Karl Marx. Voilà un article qui a de quoi surprendre par son titre. Que peuvent bien avoir en commun Simone Weil, philosophe mystique morte en 1943, et Jean-Paul II, pape polonais dont l'encyclique Laborem Exercens date de 1981 ? Beaucoup, nous dit le jésuite Perrin Lefebvre, qui est professeur à Namur en Belgique. Il se demande comment nos deux auteurs ont pu se situer par rapport à Karl Marx. Et alors le contexte est très intéressant parce que nous sommes dans la mondialisation, au temps de l'intelligence artificielle, où on voit un délitement du lien entre travail et dignité humaine. Dans ce contexte, la voix de Simone Weil est souvent convoquée comme une ressource critique. L'élection récente du pape Léon XIV semble par ailleurs avoir remis en lumière la richesse de la doctrine sociale de l'Église. Alors Perrin Lefebvre choisit de confronter ces deux penseurs. Wojtyła comme Weil ont lu Marx avec sérieux. Tous deux en ont retenu des intuitions importantes sur l'aliénation, la condition ouvrière. Tous deux s'en sont aussi démarqués en articulant leur réflexion sur le travail à une dimension spirituelle et créatrice. Cette mise en dialogue immédiate montre que la question du travail vraiment humain n'est pas réductible à l'économie. mais engage notre conception de la personne, du corps, du temps et de Dieu. Toujours dans le domaine de la théologie sociale, le cardinal Christophe Pierre, qui a longtemps été nonce apostolique aux États-Unis, apporte ici un regard nourri d'expérience. Il s'attache à analyser deux courants qui ont profondément marqué les premières décennies du XXIe siècle et tout spécialement dans le paysage intellectuel. et politiques américains. La culture woke, d'un côté, le post-libéralisme de l'autre. Ces deux mouvements semblent opposés, l'un vient de la gauche, l'autre de la droite, mais ils partagent une racine commune, l'insatisfaction à l'égard du libéralisme classique. La culture woke dénonce les incapacités à traiter les blessures historiques liées au racisme. À l'esclavage, aux discriminations. Le post-libéralisme, lui, critique l'atomisation individuelle et la dissolution du bien commun dans la logique du marché. Face à ces deux diagnostics, le cardinal propose de relire la doctrine sociale de l'Église, non pas comme un troisième chemin incommode, mais comme une pensée capable d'affronter les questions profondes que ces deux courants soulèvent. avec les propres ressources de... la doctrine sociale de l'Église, la primauté du bien commun, la subsidiarité, la dignité inaliénable de la personne et le sens de la communauté politique enracinée dans une transcendance. Autre article de ce numéro, du franciscain Yves Tourenne, Claude Tresmontant et la découverte émerveillée du réel. Yves Tourennepoursuit dans ce numéro la présentation de la pensée de Claude Tresmontant, un philosophe et théologien français trop peu connu du grand public, une première partie avait paru dans le fascicule précédent de janvier 2026. Ce deuxième volet s'attarde sur les enjeux spirituels et philosophiques majeurs de l'œuvre de Tresmontant. Sa pensée réaliste, sa conviction que la raison peut et doit rejoindre le réel, son émerveillement devant la création comme lieu de révélation du créateur. Il était attentif aux données des sciences naturelles pour penser la création. Il refusait les dualismes qui séparent raison et foi, matière et esprit. Dans un contexte où l'on cherche encore comment articuler foi chrétienne et culture contemporaine, ce geste intellectuel reste, comme le dit Yves Tourenne, "profondément stimulant". Spiritualité, histoire de la spiritualité, histoire des doctrines aussi, avec l'article de Charles Ruetsch, dominicain, sur la spiritualité du cœur du Christ, chez Charles de Foucauld. L'encyclique "Dilexit nos" du pape François, publiée en octobre 2024 et consacré à l'amour du cœur du Christ, a ravivé l'intérêt pour les grandes figures de la dévotion au Sacré-Cœur. Parmi elles, Charles de Foucauld occupe une place singulière. Charles Ruetsch, dominicain, nous donne le fruit de sa thèse, présentée aux facultés Loyola Paris récemment. Il trace ici le cheminement spirituel de Foucauld, d'une dévotion d'abord reçue, presque héritée, transmise par sa cousine, Marie de Bondy, vers une véritable théologie missionnaire du cœur du Christ. C'est en contemplant le cœur du Christ que Charles de Foucault comprend qu'il doit aller vivre au milieu des plus abandonnés, au désert, parmi les touaregs. Et l'article de Charles Ruetsch montre comment une spiritualité peut se déployer, se purifier au fil d'une vie. jusqu'à devenir un vrai programme d'existence. Spiritualité, spiritualité populaire, François Odinet réfléchit sur la piété populaire. Avec cette note de lecture autour de deux ouvrages récemment publiés aux éditions du Cerf et consacrés à Serge Bonnet, dominicain et sociologue des religions populaires. Yann Raison du Cléziou a publié une biographie fouillée de ce personnage méconnu, ainsi qu'une édition de ses sermons. Ce qui rend la figure de Bonnet intéressante pour François Odinet, c'est cette attention tenace aux catholiques dits festif ou populaires, c'est-à-dire ceux qui ne pratiquent pas régulièrement, mais qui viennent aux grandes occasions, dont la foi ne se mesure pas à l'aune de la pratique dominicale. Et alors, au moment où on s'interroge sur la déchristianisation, sur l'avenir des communautés chrétiennes, François Odinet invite à ne pas confondre l'Église institutionnelle avec la totalité des formes de croyances et d'appartenance. Enfin, la prière chrétienne, école de la liberté selon Origène. Pour clore les articles de ce numéro, Michel Fédou, jésuite, offre une note de lecture sur la nouvelle édition critique du "Traité sur la prière" d'Origène paru dans la collection des "Sources chrétiennes" grâce au travail de Daniel Vigne. Deux volumes, près de 1200 pages au total, un monument éditorial. Origène au IIIe siècle, il est l'un des premiers à avoir réfléchi aussi systématiquement sur ce qu'est la prière chrétienne. Et sa réponse est saisissante. La prière n'est pas seulement une demande adressée à Dieu, c'est une école de la liberté. En priant, nous apprenons à désirer ce qui est vraiment bon, à sortir de nos petits calculs, à nous laisser élargir par l'horizon de Dieu. Origène développe une apologie rigoureuse de la prière contre ceux qui, déjà en son temps objectaient: Si Dieu sait tout d'avance, Pourquoi prier ? Alors vous trouverez un magnifique commentaire du Notre Père dans ce volume. Comme toujours dans la NRT, le numéro se conclut avec une très riche section de recensions, pas moins de 84 ouvrages recensés. En théologie systématique, en exégèse biblique, en patristique, en histoire de l'Église, en philosophie, en spiritualité, en sciences humaines des religions, et bien évidemment en théologie tout simplement. Alors, si vous souhaitez découvrir la revue, sachez qu'un abonnement promotionnel est actuellement proposé avec 30% de réduction grâce au code NRTPROMO-30. Merci de votre écoute, à très bientôt dans les dialogues théologiques.