Speaker #1Bonjour, c'est la fête du travail le 1er mai aujourd'hui. Alors je vous propose de découvrir un article sur ce thème. Il a été publié dans le numéro actuel de la Nouvelle Revue théologique. Alors il est signé par le père Perrin Lefebvre, c'est un jésuite français, docteur en économie. professeur à l'Université de Namur. Il met en dialogue trois grandes figures, Simone Weil, Jean-Paul II et Karl Marx. Trois penseurs, trois époques, trois visions du travail et puis une question centrale que Perrin Lefebvre pose, qu'est-ce que le travail fait à l'homme ? Alors, pourquoi cette question est importante aujourd'hui ? Comme le souligne... Le père Lefebvre, dès l'introduction, et je le cite, il s'agit de réfléchir à ce que l'Organisation internationale du travail appelle un régime de travail réellement humain. Or, cette question est aujourd'hui plus actuelle que jamais. Mondialisation, organisation des entreprises, intelligence artificielle, tout cela transforme profondément notre rapport au travail. Alors, pour entrer dans cette réflexion, il est utile de prendre un peu de temps. temps pour situer les trois auteurs que le père Lefebvre a mis en dialogue dans son article. Commençons par Karl Marx. Il naît en 1818 en Allemagne, il meurt en 1883. Ce philosophe est un réaliste de la société industrielle naissante. Il observe de près les transformations du XIXe siècle marquées par l'essor du capitalisme. Il cherche à comprendre ce que ces transformations font aux travailleurs. Ce qui est décisif chez lui, c'est l'idée que le travail, qui devrait être une activité d'accomplissement, peut devenir une activité d'aliénation. Autrement dit, l'homme ne se reconnaît plus dans ce qu'il fait. Il travaille, mais ce qu'il produit ne lui appartient pas. Et même le sens de son activité lui échappe. C'est cette expérience de dépossession que Marx met au cœur de son analyse et qui va marquer durablement toute la pensée sociale moderne. Passons maintenant à la deuxième protagoniste de cet article, c'est Simone Weil, qui naît en 1909, elle meurt en 1943. Elle est philosophe, agrégée, brillante, mais ce qui la distingue profondément, c'est qu'elle ne se contente pas de réfléchir au travail de manière théorique. Elle veut comprendre et pour comprendre, elle décide d'entrer en usine au début des années 30. Elle devient ouvrière, elle travaille à la chaîne, elle fait l'expérience physique, morale du travail industriel. Cette expérience est pour elle un choc. Elle découvre à quel point certaines formes de travail peuvent briser intérieurement celui qui les accomplit. Et Pirin Lefebvre cite Simone Weil écrivant à une amie. Pour moi, voilà ce que ça a voulu dire, travailler en usine. Ça a voulu dire que toutes les raisons extérieures, je les avais crues intérieures auparavant, sur lesquelles s'appuyait pour moi le sentiment de malignité, le respect de moi-même, ont été, en deux ou trois semaines, radicalement brisées sous le coup d'une contrainte brutale et quotidienne. Terrible aveu. Et en même temps, Simon Veil perçoit dans le travail une dimension plus profonde, une confrontation avec la réalité, avec la nécessité qui peut ouvrir à une forme d'attention et même de vie spirituelle. Toute sa pensée du travail est marquée ainsi par cette double expérience, à la fois très dure et profondément éclairante. Alors Jean-Paul II, enfin, Karol Wojtyla naît en 1920 en Pologne, il meurt en… En 2005, Avant de devenir pape, il est étudiant et prêtre, mais aussi travailleur. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il a été contraint de travailler dans une carrière de pierre, puis dans une usine chimique. Cette expérience du travail manuel va le marquer durablement. Elle nourrit sa réflexion philosophique et théologique. Devenu pape, il publie en 1981 une encyclique intitulée « laborem exercens » , entièrement consacrée au travail. Dans ce texte, il développe une idée forte, le travail est au cœur de la dignité humaine. parce qu'il engage la personne tout entière. Je le cite. « Les sources de la dignité du travail doivent être cherchées, surtout non pas dans sa dimension objective, mais dans sa dimension subjective. Avec une telle conception disparaît pratiquement le fondement même de l'ancienne distinction des hommes en groupe déterminé par le genre de travail qu'ils exécutent. Cela ne veut pas dire que le travail humain ne puissent et ne doivent en aucune façon être valorisés et qualifiés d'un point de vue objectif. Cela veut dire seulement que le premier fondement de la valeur du travail est l'homme lui-même, son sujet. Alors vous voyez, chez ces trois auteurs, le travail n'est pas une abstraction. C'est une expérience vécue, pensée, interrogée. Premier point, le travail. Eh bien, c'est une activité humaine. C'est le point essentiel sur lequel insiste le père Lefebvre. Simone Weil et Jean-Paul II, précise-t-il, se rejoignent sur ce qu'il appelle le point commun le plus fondamental. Le travail est d'abord une activité humaine. Et il cite Simone Weil, ce n'est pas par son rapport avec ce qu'il produit, mais par son rapport avec l'homme qui l'exécute. que le travail prend sa valeur. Autrement dit, le travail n'est pas d'abord une production, il est une formation de la personne. Et saint Jean-Paul II dit la même chose lorsqu'il affirme que le travail est pour l'homme et non l'homme pour le travail. Vous avez entendu le texte que je vous ai cité de Laborem Exercens. Le deuxième point de Perrin Lefebvre, c'est le risque d'une aversion. Comme il le montre bien, cette vision optimiste du travail est menacée. Il y a une inversion des moyens et des fins. Il cite là encore Simone Weil. « L'histoire peut devenir, dit-elle, l'asservissement où l'homme est réduit à être la chose de choses inertes. » Et puis Jean-Paul II de ce côté dénonçait. Les situations où l'homme est traité, je cite, comme un instrument. Le diagnostic est clair. Quand le travail est réduit à sa dimension économique, il entre en scène. Alors c'est le père Lefebvre qui le fait entrer en scène, mais il estime que Marx permet de comprendre ce mécanisme de dégradation. Perrin-Fevre résume la position de Marx. Le travailleur est séparé à la fois de son produit et de son propre rôle comme producteur. C'est cela que Marx appelle l'aliénation. Le travail ne permet plus à l'homme de se reconnaître, il devient étranger à lui-même. Alors Jean-Paul II, lui, va parler de participation. S'il reprend ce diagnostic, il le transforme. Pour lui, l'aliénation, c'est l'antithèse de la participation. Alors, ce qui compte, souligne Pierre Lefebvre, ce n'est pas seulement la propriété des choses pour Jean-Paul II, mais la capacité du travailleur à être acteur de son travail. Autrement dit, est-ce que je peux me reconnaître dans ce que je fais ? Simone Veil. elle propose une autre approche. Elle insiste sur la nécessité. Je la cite « La mort et le travail sont des choses de nécessité et non de choix. Le travail pour elle, ce n'est pas d'abord de créer librement, c'est affronter une réalité qui résiste. Et c'est dans cette confrontation que quelque chose de profondément humain peut apparaître. » Et là, Simone Weil va très loin. Comme le résume Père Alfevre, et je le cite, « Pour elle, le travail est noble parce que c'est une forme de contemplation » . Alors voilà une idée surprenante. Le travail est noble parce que c'est une forme de contemplation. Là où Marx valorise la transformation du monde, Simone Weil veut valoriser la capacité à regarder. à accueillir, à consentir. Alors on voit bien que cette différence est enracinée dans une vision de Dieu. Pour Jean-Paul II, travailler, c'est participer à l'acte créateur. Pour Simone Veil, la création elle-même est un acte de renoncement. Je la cite telle que Père Lefebvre l'a notée. « Dieu fait exister le monde en consentant à ne pas le faire. » pas y commander. Donc travailler pour l'homme, ce n'est pas seulement agir, c'est aussi se déposséder. Il reste un dernier point très important, c'est la souffrance. Simone Weil en parle à partir de son expérience. Je la cite. « Toutes les raisons du sentiment de ma dignité ont été brisées. » Mais elle distingue, je cite encore, « tout ce qui s'y ajoute est injuste et dégrade. » Certaines souffrances, donc, appartiennent au travail, d'autres sont injustes. Ce sont ces dernières qui doivent être combattues, selon Simone Veil. Alors que retenir, comme dit le père Lefebvre, je résume sa conclusion. Trois apports complémentaires. Karl Marx, il nous aide à comprendre les mécanismes d'aliénation. Jean-Paul, sur la dénuité de la personne et la participation. Simone Weil, elle ouvre une dimension plus intérieure, plus spirituelle du travail. Et au fond, tous posent la même question, le travail que nous organisons. Est-il vraiment à la mesure de l'homme ? Alors en cette fête du travail, c'est peut-être la question la plus importante. Vous pouvez retrouver l'article de Perrin Lefebvre dans le dernier numéro de la Nouvelle Revue Théologique et sur le site de la revue. Il sera cette semaine, la première semaine de mai 2026, en accès libre et gratuit. Pas besoin de payer. Mais n'oubliez pas que la NRT a besoin de votre soutien. Alors abonnez-vous. Merci de votre écoute.