- Speaker #0
Bienvenue dans les dialogues théologiques de la NRT, le podcast où la théologie s'écoute autant qu'elle se lit.
- Speaker #1
Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouvel épisode des dialogues théologiques. Aujourd'hui, nous partons en Afrique, sur les traces de Saint-Aubustin, à l'occasion du voyage du pape Léon XIV, notamment en Algérie, cette terre qui a vu naître l'un des plus grands théologiens, le docteur de la grâce. Pour nous accompagner, le père Alban. Bonjour !
- Speaker #0
Bonjour !
- Speaker #1
Première question toute simple. Pourquoi revenir à Saint-Augustin aujourd'hui ?
- Speaker #0
Bonne question, parce qu'Augustin est un homme d'un temps très proche du nôtre, non pas chronologiquement, bien sûr, ou socialement même, mais spirituellement. Il vit au IVe siècle, à un moment où l'Empire romain est en crise profonde, instabilité politique, bouleversements culturels, tensions religieuses. Et ce changement d'époque, comme le disait le pape François, et bien Augustin Libon Il naît dans ce contexte en Afrique du Nord, à Tagaste, aujourd'hui Souk Akras en Algérie.
- Speaker #1
Oui, les images qu'on pourra voir du pape Léon XIV en Algérie, ce seront des images de ruines, mais qui disent beaucoup de choses. Augustin grandit en effet entre plusieurs cultures, latines et africaines, dans un terroir encore marqué par des traditions anciennes. Père Alban, pouvez-vous nous raconter la vie de Saint-Augustin en la replaçant dans le monde qui est le sien ?
- Speaker #0
Très bien, on va commencer simplement par la vie de saint Augustin. Pas une biographie scolaire, mais vraiment un itinéraire pour voir à quel point ce parcours ressemble d'une certaine manière à notre époque. Et puis ensuite, je vous propose un deuxième pas plus théologique en regardant l'actualité des questions qu'Augustin a affrontées. Le manichéisme, le donatisme, le pélagianisme. Comment derrière ces débats anciens, on retrouve des questions très actuelles comme la vérité, la liberté, la grâce, la division de l'Église. Notre troisième étape, ce sera d'essayer de comprendre ce qu'Augustin apporte à la théologie, sa manière de lire l'Écriture, sa compréhension de la grâce, des sacrements, de l'unité. Et puis, finalement, on abordera une question plus contemporaine, la question politique de Lordo Amoris, l'ordre de l'amour. Qu'est-ce que cela veut dire pour Augustin ? En quoi cela peut éclairer ? certaines visions actuelles du politique, notamment autour de l'idée de priorité ou de repli. Voilà le chemin que je vous propose, une vie, des combats, une pensée, puis peut-être une lumière pour aujourd'hui. Alors Augustin naît en 354 à Tagaste, en Afrique du Nord. C'est l'Algérie aujourd'hui, une petite ville de Numidie qui est intégrée à l'Empire romain depuis longtemps. Mais cet empire, au IVe siècle, est dans une situation paradoxale. D'un côté, il semble encore solide, les villes sont actives, la culture latine est florissante, les institutions fonctionnent. L'Afrique en particulier est une région prospère, relativement stable, loin des grandes invasions qui commencent à toucher d'autres provinces au nord de l'Europe. Mais en profondeur, tout est fragile. Il y a d'abord une crise politique et historique. L'Empire, je vous le dis, est sous pression. Les frontières sont menacées. Quelques décennies après la mort d'Augustin, il va s'effondrer en Occident. Et déjà, au moment où Augustin est adulte, Rome elle-même sera prise en 410. Événement traumatisant pour toute la conscience antique. Il y a aussi une crise culturelle. Le monde ancien, païen, n'a pas complètement disparu. mais il est contesté. Le christianisme s'impose progressivement, mais sans avoir encore unifié les esprits. On assiste à une coexistence, parfois pacifique, parfois tendue, entre plusieurs visions du monde. Dans les villes africaines comme Tagaste, Carthage, ou Hipporethius, le futur diocèse d'Augustin, Hippone, actuellement Beaune, Ab-Anaba. On rencontre à la fois des païens, des chrétiens, des manichéens. Cela produit une situation intellectuelle très instable. Il n'y a plus de cadre unique de vérité. Et enfin, il y a une crise religieuse interne au christianisme lui-même. L'Église n'est pas unifiée. En Afrique, elle est profondément divisée par le schisme donatiste. qui oppose, cette schisme oppose des communautés chrétiennes entre elles. Ce monde est donc multiple, fragmenté, et ce monde devient très vite pour Augustin un monde intérieur. Il grandit dans une famille qui reflète cette tension. Son père est païen, attaché à la réussite sociale. Sa mère, Monique, elle, est chrétienne, habitée par une foi profonde et persévérante. Augustin reçoit donc très tôt une double orientation. D'un côté, l'ambition du monde, de l'autre... l'appel de Dieu. Il est envoyé à l'école, il reçoit une formation classique, il apprend la rhétorique, c'est-à-dire l'art de parler mais beaucoup plus de convaincre et ainsi de réussir dans la société. Cette éducation elle-même est marquée par la crise. Elle transmet une culture brillante mais, dira Augustin, en perte de fondement. On apprend à bien dire mais on ne sait plus très bien ce qu'est le vrai. Augustin lui-même en fera plus tard une critique très lucide. Il a appris à pleurer sur la mort de Didon, rappelle-t-il dans les Confessions, sur toutes les fictions de la littérature, mais il n'était pas capable de pleurer sur sa propre vie. Alors Augustin vit une expérience de dispersion avec son adolescence. Il connaît le désir, les passions. Il cherche à aimer et à être aimé, dit-il aussi dans les Confessions. mais sans parvenir à une véritable unité intérieure. Alors cet amour désordonné, il reconnaîtra que ça ne conduisait pas à l'unité, à la vérité. Intervient alors une première grande conversion, quand il a 19 ans, avec la lecture de Cicéron. Une conversion intellectuelle, Augustin découvre qu'il ne suffit pas de vivre, il faut chercher la sagesse. Mais cette quête va le conduire à une impasse. Il adhère alors au manichéisme, une religion d'origine orientale qui lui propose une explication globale du monde. Le bien, le mal sont deux principes opposés, engagés dans une lutte cosmique. Et cette doctrine est séduisante dans un monde en crise parce qu'elle simplifie tout. Elle donne une explication claire au mal, elle rassure. Mais elle est fausse. Et Augustin va peu à peu s'en détacher, parce qu'au fond de lui, il est honnête, il recherche. Non sans désillusion, il devient sceptique, il quitte l'Afrique, il part pour Rome, puis pour Milan. Ce déplacement est très important. Il sort d'un monde pour en découvrir un autre. À Milan, il rencontre Ambroise, évêque et grand prédicateur. Par lui, il découvre une autre manière de penser la foi, une foi intelligente, nourrie par l'écriture, interprétée spirituellement. En même temps, Augustin est marqué par la philosophie néoplatonicienne, qui lui permet de penser Dieu comme une réalité spirituelle. Mais là encore, quelque chose manque. Il comprend, mais il ne vit pas. Il est intérieurement divisé. Dans les confessions, il dira que c'est parce qu'il ne voyait pas l'humilité du Christ comme possible pour sa vie. Alors se produit le moment décisif, la crise du jardin de Milan.
- Speaker #1
Vous évoquez là une scène fameuse, je la rappelle. Il entend une voix d'enfant qui lui dit « Prends, lis ! » et il se saisit d'un codex contenant les lettres de Saint Paul. Il ouvre et lit le verset suivant. Ne faites plus de ripailles. et d'impudicité, mais revêtait le Seigneur Jésus-Christ et ne prenait pas soin de la chair pour en satisfaire les convoitises.
- Speaker #0
Ce moment est essentiel parce qu'il montre que la crise n'est pas seulement extérieure, elle est au cœur de la volonté humaine. Augustin veut changer, mais il ne peut pas. Il est partagé entre deux désirs, et c'est seulement lorsqu'il accepte de se recevoir de Dieu qu'il peut être transformé. Il lit Romains 13, 13. plus de ripaille, plus d'impudicité, comme vous l'avez dit, il laisse une lumière intérieure envahir son cœur et dissiper tous ses doutes. Sa conversion est donc une réponse à la crise qu'il vivait, et c'est une vraie réponse parce qu'il est intérieur, radical. Ce n'est pas une transformation extérieure qui l'aide, mais c'est un changement d'état d'esprit. Alors il est baptisé dans la nuit de Pâques 387 à Milan. Et ce baptême n'est pas un aboutissement tranquille, c'est le commencement d'une vie, une vie de lutte. Il retourne en Afrique après la mort de sa mère, Monique, à Ostie, le port de Rome. Il renonce alors définitivement à toute carrière mondaine. Il fonde à Tagaste une première communauté de vie commune, presque monastique, avec ses amis. pour chercher Dieu dans la prière, l'étude de l'écriture, la vie fraternelle. Très vite, pourtant, il est arraché à cette vie retirée. En 391, à Hippone, le peuple le saisit, littéralement, pour qu'il devienne prêtre. Quatre ans plus tard, il est évêque. Désormais, toute sa vie sera celle d'un pasteur et d'un combattant.
- Speaker #1
Le premier grand combat d'Augustin est africain. C'est la lutte contre le donatisme.
- Speaker #0
Les donatistes. Les donatistes affirmaient que les sacrements administrés par des prêtres indignes étaient invalides. Et alors ils rebaptisaient les fidèles. Pour Augustin, c'est une question décisive. Si la validité du baptême dépend de la sainteté du ministre, alors plus rien n'est sûr. L'Église devient une élite, un rassemblement des purs et non plus un peuple sauvé. Il répond avec une affirmation majeure. Le sacrement, le baptême, l'eucharistie, le sacrement agit par le Christ lui-même, non par la dignité de celui qui le donne. Derrière cette querelle, c'est déjà toute une théologie sacramentaire dont on a hérité qui se dessine. L'Église est un corps mêlé de saints et de pécheurs, corpus. Père Mixtoum. Mais c'est le Christ qui agit dans l'Église. C'est lui qui fait l'unité. Alors ce combat sera long, rude et parfois violent dans le contexte africain. Il aboutit notamment à la conférence de Carthage en 411, où la position catholique l'emporte sur la position des donatistes.
- Speaker #1
À ce moment, un autre adversaire surgit, le pélagianisme. Mais finalement... On peut se demander si ce n'est pas une polémique simplement circonstancielle.
- Speaker #0
Alors Pélage, un moine d'origine anglaise qui arrive à Rome, puis qui sera en Afrique, il enseigne que l'homme peut par sa seule volonté éviter le péché, faire le bien. Augustin va être interpellé et il va comprendre immédiatement le danger. Si l'homme peut se sauver lui-même, alors la médiation du Christ devient inutile. Il va donc défendre avec une force incomparable la doctrine de la grâce. L'homme est blessé par le péché et il ne peut revenir à Dieu sans être précédé, soutenu, transformé par la grâce. Dieu a l'initiative. Et ce combat n'est pas abstrait. Lui-même sait qu'il n'a pas trouvé Dieu par ses propres forces, mais qu'il a été saisi, c'est tout l'enseignement des confessions, pourtant écrites avant la crise pélagienne. Les conciles africains, notamment à Carthage en 418, vont condamner les thèses pélagiennes avec l'appui de Rome. Ces combats d'Augustin ne sont pas des épisodes isolés d'un temps à l'autre, ils s'inscrivent dans une vision globale de l'histoire. et Augustin en est conscient. Le sac de Rome en 410 bouleverse le monde. Beaucoup accusent le christianisme d'avoir affaibli l'Empire. Alors Augustin répond par une œuvre immense, La Cité de Dieu. Il développe dans ce grand œuvre une vision décisive. L'histoire humaine est le lieu d'un combat entre deux amours. L'amour de soi jusqu'au mépris de Dieu ou l'amour de Dieu jusqu'au mépris de soi. Alors ce ne sont pas deux peuples visibles qui s'affrontent, ce sont deux orientations du cœur qui sont mêlées dans l'histoire. Vous voyez les crises qu'il affronte, donatisme, pélagianisme, ne sont pas des accidents, mais cela révèle le drame profond de l'humanité. Et cela dit aussi comment Augustin a vu son rôle d'évêque. Il n'a jamais cessé d'écrire. de prêcher, de répondre aux objections, de guider son peuple, de l'aider à comprendre les Écritures. Mais la fin d'un monde antique approche. En 430, les Vandales assiègent Hippone. Augustin est âgé, malade. Il meurt pendant le siège, dans la prière. laissant derrière lui une œuvre immense. Le monde romain s'effondre autour de lui. Au cœur de cet effondrement, Augustin témoigne d'une espérance qui ne dépend pas des structures politiques. Ainsi, Augustin n'est pas un penseur de la stabilité, il est un penseur du dynamisme, du mouvement. Vous connaissez la fameuse introduction des confessions. « Tu nous as fait pour toi » . Seigneur, ad te, c'est-à-dire vers toi, orienté, en mouvement vers toi. Et notre cœur est sans repos, il est en mouvement, il ne se repose pas, tant qu'il ne demeure en toi, tant qu'il ne repose en toi. Resquiet cat in te.
- Speaker #1
Père Alban, pour beaucoup, Augustin c'est un grand intellectuel. Mais aujourd'hui, avec le voyage du pape Léon XIV en Algérie, on peut aussi l'entendre comme un pasteur face aux crises. Qu'est-ce qui vous frappe d'abord ?
- Speaker #0
Ce qui me frappe d'abord, c'est qu'il n'a jamais eu le luxe d'une théologie en chambre, une théologie hors sol. Les livres d'Augustin naissent d'une relation avec le peuple, et notamment d'un peuple qui est blessé. Après 410, quand Rome est prise, on accuse le christianisme. C'est votre Dieu, le Dieu des chrétiens, qui nous a trahis, alors que les dieux païens ont permis à Rome... d'être la Rome éternelle. Alors Augustin répond en pasteur, il dit: bien, d'accord, regardons nos amours, regardons, une cité n'est pas d'abord un territoire, c'est une direction du cœur. Alors voilà, il ose cette phrase que je vous ai donnée tout à l'heure, deux amours ont bâti deux cités. Là, il reconfigure tout. Si je fais de la gloire, de la puissance, de la sécurité ou même de la nation, mon absolu, alors je suis déjà en train de bâtir une cité terrestre, une cité qu'Augustin accuse d'être dévorée du désir de dominer.
- Speaker #1
Père Alban, si je vous suis, Augustin ne dit pas seulement « croyez plus » ou « comprenez » , il dit « aimez » . Mais comment cela se traduit-il quand l'Église elle-même se déchire, comme avec le donatisme ?
- Speaker #0
Alors avec les donatistes, on voit bien un courage pastoral très important. Le donatisme, c'est la tentation de la pureté contre l'unité. Seuls les purs seraient la véritable Église, les autres seraient invalides. Or, l'Afrique du Nord est alors fracturée. La conférence de Carthage va rassembler, tenez-vous bien, près de 600 évêques. Moitié sont catholiques, moitié sont donatistes. Et ce n'est pas un débat de salon, je vous l'assure. Augustin va intervenir en revenant au réel sacramentel. L'unité... est un état, c'est celui de l'Église. L'unité, c'est un état et l'Église n'est pas un parti. L'Eucharistie fait le corps. Dans un grand sermon, il dit aux fidèles, « Soyez ce que vous voyez, recevez ce que vous êtes. » C'est l'Eucharistie, mais c'est le corps du Christ. Autrement dit, on ne consomme pas la communion, on devient la communion. Aujourd'hui, dans l'Église, quand les scandales et les polarisations poussent à rompre l'unité, Augustin, je crois, nous oblige à une question rude. Est-ce que je cherche la sainteté contre l'unité ou par une unité convertie ?
- Speaker #1
Et les hérésies plus intellectuelles, manichéisme et pélagianisme, en quoi est-ce pastoral et pas seulement doctrinal ?
- Speaker #0
Alors ces hérésies... plus intellectuels peut-être, sont aussi des crises pastorales. Le manichéisme propose une explication du mal qui semble propre. Finalement, le mal serait ailleurs, dans une matière mauvaise, dans un principe adverse. Mais Augustin a compris que cette logique détruit l'unité du cœur. Augustin dit quelque chose d'étonnamment moderne. c'est dans le De Doctrina Christiana, les hommes ne peuvent pas être unis, même dans une religion, sans être liés. « Une communauté de signes ou de sacrements visibles. » Ce n'est donc pas une foi de rêve, mais une foi incarnée. Mais ajoute-t-il aussitôt, on peut avoir les sacrements, on peut avoir l'essentiel. Il le dit, les apis participent aux sacrements, mais ils n'ont point la charité. C'est ça son coup de scalpel, il le dit là pour les donatistes, mais c'est aussi vrai pour les pédagiens. sans charité, les signes deviennent du théâtre.
- Speaker #1
Vous avez dit « moderne » . Est-ce que vous pensez à des changements de mentalité actuels ?
- Speaker #0
Alors aujourd'hui, on veut dépasser les limites, parfois jusqu'au fantasme d'immortalité. La question touche la dignité de l'homme, la définition du sujet humain. Augustin peut nous aider à discerner. Par exemple, l'idée de transhumanisme est au service de la charité, de la justice. Est-ce qu'il n'y a pas une nouvelle sotériologie technique ? Si la technique devient mon salut, je retombe dans une gnose. Je cherche la vie sans conversion du désir. Or, Augustin dit, la réalité de la foi, de la piété, c'est la charité. Sans elle, même la plus belle optimisation est spirituellement vide, socialement explosive.
- Speaker #1
Qu'en est-il alors du pélagianisme, l'autre grande crise ?
- Speaker #0
Comme je vous le disais, le pélagianisme, c'est le volontarisme spirituel. Je peux être juste par moi-même. Dieu n'est que mon entraîneur, c'est mon coach. Non, Dieu n'est pas seulement un coach, il est le sauveur. Augustin répond... Le secours de Jésus-Christ n'a pas le prix du mérite, on le reçoit gratuitement. Et voilà pourquoi on l'appelle grâce. Augustin affirme que la vie chrétienne n'est pas une méritocratie. Et aujourd'hui, je pense au pape François qui dénonçait ce travers. Notre culture, y compris ecclésiale, court le risque du pélagianisme. Performance, réputation, pureté. efficacité. Et cela fabrique soit l'orgueil, j'y suis arrivé, soit la honte, je n'y arriverai jamais. Augustin nous ramène, je crois, à la prière, à l'humilité, à l'action de grâce.
- Speaker #1
Dernière question, Père Alban, vous avez promis un mot sur le ordo amoris politique. Comment Augustin aiderait à juger les slogans modernes, par exemple ce qu'on a pu entendre à propos de America First ?
- Speaker #0
Alors, Lordo Amoris, dans le langage contemporain, on a entendu ces derniers mois, on a invoqué ce vocabulaire pour justifier un ordre des priorités politiques. Les miens d'abord, je dois aimer d'abord mon prochain tout proche, et puis mon prochain un peu plus éloigné ensuite, et puis ensuite on verra l'étranger. L'exemple de « America first » est explicite. Dans son discours d'investiture du deuxième mandat, Trump a affirmé que chaque décision qu'il prendra doit bénifier d'abord aux Américains, aux familles américaines. « Only America first » . Alors, Saint-Augustin n'interdit pas d'aimer sa patrie, ni de vouloir le bien de ses concitoyens, mais il met une bombe sous toute absolutisation. Les princes... dit-il aussi dans la cité de Dieu, les princes sont dominés par la passion de dominer. Il le fait exprès ce jeu de mots, les princes sont dominés par la passion de dominer. Alors Augustin n'est pas là pour dire que la politique c'est mauvais, mais quel amour gouverne la politique ? Un ordre de politique qui nie la dignité du prochain, qui transforme l'étranger en non-prochain. qui installe le mépris comme méthode, cela bascule vers la logique de la cité terrestre. A l'inverse, l'ordre de l'amour chrétien ne commence pas par l'humain, mais par Dieu. Et il s'éprouve par la charité envers l'humain, le prochain. On n'a pas compris l'écriture si on n'édifie pas le double amour de Dieu. et du prochain, dit Augustin. Le principe herméneutique fondamental, c'est la charité. Le mystère de notre paix et de notre unité. C'est comme ça qu'Augustin parle de l'Eucharistie. Autrement dit, si un chrétien reçoit l'Eucharistie et soutient simultanément une logique politique où le prochain est déclassé par principe, il y a une sorte de contradiction performative. Il communie à une unité qu'il refuse dans l'ordre social de la charité. Alors finalement, la question augustinienne de Lordo à Maurice, c'est quel amour structure l'ordre politique ? Est-ce que c'est un amour ordonné à Dieu et son ordre, l'ordre de Dieu, c'est la justice ? Dans l'universalité, dans la miséricorde, dans la vérité ? Ou est-ce que c'est un amour qui absolutise un « nous » que j'ai défini moi-même et qui glisse vers le mépris des autres ?
- Speaker #1
Merci beaucoup, Père Alban, pour cet éclairage. À travers Saint-Augustin, on comprend combien une vie traversée par les crises peut devenir un chemin de vérité, d'unité et de charité pour aujourd'hui. Avant de nous quitter, un mot pour nos auditeurs. Vous pouvez approfondir ces réflexions en vous abonnant à la nouvelle revue théologique. En ce moment... Une offre spéciale et c'est proposé aux nouveaux abonnés. 30% de réduction sur toutes les formules avec le code PROMONRT-30 sur www.nrt.be. Et bien sûr, pour ne rien manquer de nos prochains épisodes, nous vous invitons à vous abonner à notre chaîne YouTube et à suivre notre podcast Les Dialogues Théologiques sur vos plateformes habituelles. Merci à tous pour votre écoute et à très bientôt.