- Speaker #0
Bonjour, je suis Frédéric Paul, guide conférencier et créateur des visites Le Visible est Invisible à Aix-et-en-Provence, où j'adore montrer les détails devant lesquels on passe sans les regarder. J'ai rencontré de nombreuses personnalités grâce à mon métier et j'ai eu envie de les mettre en avant dans un podcast que vous êtes en train de regarder, le podcast Les Gendex, le podcast qui fait parler les Aixois. C'est un podcast que vous pouvez écouter. écouter ou regarder grâce à Nicolas Barcelo qui est derrière la caméra et à Arthur Busson qui lui s'occupe des micros. Vous pouvez l'écouter sur toutes les plateformes ou le regarder sur Spotify ou sur YouTube. Aujourd'hui, c'est une invitée particulière que je reçois ou plutôt qui nous reçoit dans son salon puisqu'il s'agit de Paul Constant. Paul Constant a reçu le... prix Goncourt en 1998. Elle fait aujourd'hui partie de l'Académie Goncourt, elle est jurée, mais elle a surtout créé à Aix-en-Provence le Festival des écrivains du Sud dont je suis partenaire cette année. Alors avec Paul Constant, nous allons revenir sur sa carrière, sur qu'est-ce que ça fait d'avoir un Goncourt et puis quelle est la vie de juré de l'Académie. On parlera bien du Festival des Écrivains du Sud. Alors, je vous souhaite une bonne écoute. du podcast Légendex. Bonjour Paul Constant. Bonjour. Merci de nous recevoir chez vous à Aix-en-Provence. Vous êtes écrivain, vous avez remporté le prix Goncourt en 1998 pour votre livre Confidence pour Confidence. Vous faites partie aujourd'hui du jury de l'Académie Goncourt depuis 2013 où vous avez été élu à l'unanimité au couvert de Robert Sabatier. Vous n'êtes pas né à Aix, mais vous y habitez depuis. longtemps maintenant. Quel a été votre parcours jusqu'ici ?
- Speaker #1
Jusqu'à Aix ?
- Speaker #0
Jusqu'à Aix, oui.
- Speaker #1
Je suis béarnaise, je suis née dans le Béarn avec des attaches béarnaises fortes. Et c'est très important parce que c'est un pays attachant et je pensais que je ne m'en détacherais jamais. Et puis, j'ai vécu une vie un peu brinque-ballante. de pays en pays, parce que mon père était médecin militaire. Alors, j'ai commencé par le bagne de Cayenne, où mon père était médecin des relégués du bagne. Et puis ensuite, pas mal de pays d'Afrique, le Laos, le Cambodge, et voilà. Et ensuite, j'ai fait mes études en France, dans une pension privée qui s'appelait les Dames de Saint-Maur. Et j'ai épousé assez vite, j'avais 24 ans, un médecin spécialiste de maladies infectieuses qui m'a ramenée dans une Afrique post-coloniale. Et donc nous sommes restés presque une dizaine d'années en Côte d'Ivoire. Et comme il devait revenir à Marseille pour devenir chef de service des maladies infectieuses, je ne voulais pas vivre à Marseille. Et une promenade, un dimanche, on est tombé sur la rue Cardinal, sur le quartier Mazarin, dont je ne savais absolument pas ce que l'une et l'autre voulaient dire, mais qui m'ont séduit d'une façon, en disant c'est là,
- Speaker #0
c'est là.
- Speaker #1
Quelle ville fantastique, quelle rue extraordinaire et quel appartement, voilà. Et donc... On s'est installé à Aix, mon mari travaillant à Marseille, moi travaillant à la fac de droit, dont dépendait l'Institut d'études françaises pour étudiants étrangers de la rue Gaston de Saporta. Voilà, et j'ai mené une carrière universitaire au milieu d'une soixantaine de nationalités. C'était... extraordinaire parce que quand la vie est assez facile quand vous partez de la rue cardinale pour remonter la rue gaston de sa portard il ya pierre comme endroit et puis aussi c'est une traversée du 18e siècle souvent ex me fait penser à un décor de théâtre à la fois la légèreté des façades qui sont j'allais percer de tant de fenêtres et puis cette espèce de de chant qu'il y a dans les murs. Donc, à l'évo-travail, c'était pratiquement chanter l'opéra.
- Speaker #0
Comment vous êtes arrivés à l'écriture ? Un jour, on se dit… Tiens, j'ai une histoire à raconter, où ça vient petit à petit.
- Speaker #1
Moi, je fais partie des écrivains qui sont à la base de très grands lecteurs. C'est-à-dire que tout ce que je vais vous dire, ça semble en contradiction avec les conseils qu'on donne aux parents. Moi, je n'ai jamais eu de livre d'enfant, mais je voyais des adultes qui lisaient des livres, et donc j'ai lu des livres qui n'étaient pas pour moi, que je ne comprenais pas. pas. Et une grande... Quelque chose qui est très intéressant dans la lecture, c'est ce qu'on ne comprend pas, parce qu'on l'invente. Et donc, ça vous fait... ça vous forme toute une... C'est peut-être pas très bon pour faire des résumés, mais c'est excellent pour vous former un imaginaire. Et donc, j'ai lu... J'ai eu une grande période de sevrage quand j'étais chez les religieuses, parce que les livres étaient enfermés dans un placard, il était interdit de lire. Chez mes grands-parents, quand on me voyait avec un livre, on me disait « mais est-ce que vous n'avez pas quelque chose d'autre à faire ? » On m'interdisait la lecture comme on peut interdire, mais vraiment aussi fort qu'on peut interdire maintenant un téléphone portable à un enfant. Donc une habitude de lecture dissimulée et constante, je sais lire sur mes genoux juste en baissant les yeux. J'ai eu la chance extraordinaire d'avoir mon adolescence en même temps que la naissance du livre de poche. C'est-à-dire que c'était un livre accessible et surtout des choix extraordinaires. Et donc je sais que mon année de première, parce que moi je passais le premier bac, puis le second, il n'y avait pas un troisième, et c'était une des années où on ne faisait que lire sur nos genoux. Et quand on se levait parce que quelqu'un entrait, on coincait le livre entre le bureau et le ventre. Et puis après on reprenait la lecture. Donc c'est des lectures, Puis des études de lettres, des études de Sciences Po, et puis de lettres, et puis même de grammaire. Parce que moi je me suis intéressée à la grammaire. Et puis je me suis rentrée, j'ai fait une première thèse, New York dans le roman français contemporain. Et puis je suis devenue 18e ministre et j'ai fait une thèse sur l'histoire de l'éducation des filles. C'est à la fois un peu de sociologie, si vous voulez, mais c'est surtout des grands principes de l'éducation et aussi du savoir des filles. Et comment on doit, de quelle façon on doit les initier à l'histoire, à la géographie, aux mathématiques, tout ça. On le faisait à l'usage d'eux. Donc je me suis passionnée pour ça. et Depuis un jour, j'étais ex et je me suis dit, mon Dieu, je vais étouffer. Ce n'est pas du tout, je ne dis pas l'inverse du serment d'amour que je fais à ex, mais je trouvais que la France était petite. Ce n'est pas ex qui était petite, c'est la France. J'ai voulu repousser les murs. Vous voyez, il n'y a pas tellement de murs à repousser. Je me suis levée et j'ai écrit. la fin d'un livre. On vous dit toujours qu'il faut commencer par le début, moi j'ai commencé par la fin, et j'ai décrit cet étouffement. Et puis après je me suis dit, je vais écrire le roman qui aboutit à cet étouffement. Et c'était un roman d'une enfance africaine. Et donc j'ai commencé véritablement à Aix, et c'est à Aix que j'ai écrit tous mes livres. De même que j'ai eu qu'un seul... un seul éditeur qui est Gallimard. Je n'ai qu'un seul endroit d'écriture, c'est Aix.
- Speaker #0
Oui, mais vous avez écrit à Aix, et pourtant tous vos livres, sont d'ailleurs, oui, pour l'Afrique, l'Amérique, mais rarement la France.
- Speaker #1
Il y en a un seul qui se passe, enfin, oui, il y en a un, un seul qui se passe en France, c'est un procès auquel j'ai assisté à Aix, et donc là, Mais ça a été plus difficile pour moi d'imaginer des personnages qui aillent de Marseille à Aix que mes personnages quand ils s'en vont à travers le Cameroun, par exemple. J'ai dû faire une effort.
- Speaker #0
C'était étrange. Oui,
- Speaker #1
c'était étrange.
- Speaker #0
Et quand vous écrivez ici, est-ce que vous sentez que la lumière d'Aix se retrouve dans vos phrases ? Est-ce qu'il y a quelque chose d'Aix qui, même si vos romans n'ont pas pour décor Aix, Est-ce qu'il y a quelque chose qui transparaît dans votre écriture ?
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
Non ?
- Speaker #1
Non, je ne pense pas, parce que franchement, je dois être des écrivains, des très très rares écrivains, qui parlent de la vie. Quand je parle de l'Afrique, de la brousse africaine, la plupart des auteurs africains sont lettrés, donc ce sont des gens des villes, mais avoir vécu dans la pleine brousse, non, un enfant, un Africain qui vit uniquement dans la brousse, il n'a pas accès même à la lecture. Alors, non, non, c'est vraiment les lieux que je vois, que j'écris. Non, ex me donne cette espèce de... L'ex que je connais.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Et que je... Je ne suis pas une aventurière. Le bouloir du roi René est véritablement déjà une frontière.
- Speaker #0
Oui. Vous êtes comme les Parisiens avec le périphérique.
- Speaker #1
Oui, c'est une frontière. Et traverser le cours Mirabeau, ce n'est pas si innocent que ça. Déjà, des auteurs qui ont écrit sur Aix, Zola qui a décrit le cours Mirabeau comme une rivière.
- Speaker #0
Oui, le cours Sauvert.
- Speaker #1
Il faut quand même pouvoir trouver le pont. Et il y a peu de ponts entre le quartier Mazarin et le reste de la vieille ville comptale. Donc, traverser le cours et puis après choisir sa rue pour reconnaître tel immeuble, tel... statue d'angle, telle fontaine, etc. C'est une espèce... Ça fait du bien. Ça fait du bien. Et pour moi, c'est un ex absolument sans danger. Et c'est un ex qui est aussi... qui est dans l'histoire. Est-ce que je me rends compte qu'il y a un ex contemporain ? Je ne sais pas, depuis que les autos ne traversent pas... ne longent pas le cours Mirabeau. Quand on est loin des autos, non, c'est... Donc, voilà, tous mes livres ont été écrits ici, dans cet appartement.
- Speaker #0
Et vous écrivez sur l'exil, vous écrivez sur le déracinement, sur l'ailleurs. Est-ce que c'est quelque chose que vous avez vécu ? Ou est-ce qu'on peut écrire sur quelque chose que l'on n'a pas vécu ?
- Speaker #1
Je pense qu'on peut écrire sur quelque chose qu'on n'a pas vécu, mais on ne peut éprouver des émotions que sur ce qu'on a vécu. Et puis de toute façon, est-ce qu'on a tellement le choix ? Je veux dire, je ne crois pas. Je crois qu'on est écrit. Moi, je pense que l'inspiration existe. J'ai fait l'expérience du travail intellectuel. J'ai écrit deux thèses, j'ai écrit je ne sais pas combien d'articles, j'ai fait des cours et des cours et des cours. Et d'autre part, j'ai écrit des romans. et un essai. Ce qui se passe, c'est que quand vous faites un cours, quand vous écrivez des choses scientifiques, vous vous beuglez l'esprit, vous devenez plus savant. Je dis toujours à mes étudiants qui vont soutenir une thèse, je leur dis, mais vous êtes plus savant. que n'importe quel membre du jury, puisque sur votre break, c'est vous qui êtes le plus savant. Donc, on devient savant. Quand on écrit un roman, on s'appauvrit l'intérieur. On donne tellement d'émotions, on donne tellement de soi. Et on n'est pas dans l'autre, on est dans soi, qu'au contraire, on est extraordinairement fragile à la fin d'une écriture.
- Speaker #0
On est un petit peu tous les personnages en fait, quand on écrit un roman, c'est ça ?
- Speaker #1
Je ne pose pas cette question, même si c'est un personnage qui n'a rien à voir avec moi. D'ailleurs, je le vois, c'est très rare qu'un écrivain déteste un personnage. Et puis, je crois que je ne fais pas de la psychologie aussi. Quand j'écris, c'est un réalisme magique. voilà alors il y a une chose qui me caractérise c'est Donc j'ai commencé à écrire tard, à 35 ans, c'est tard. Mais j'avais en tête toute une série de romans qui se suivaient, c'est comme un pulse, voilà. Et je pensais arriver à un pulse à la fin de ma création romanesque, et simplement parce que j'avais très bien lu Balzac. et que Balzac m'avait donné des trucs. Et Balzac disait, pourquoi est-ce que j'abandonnerais des personnages que j'ai créés alors que je peux les utiliser dans d'autres romans ? Et moi, à la fois, j'ai utilisé des personnages dans d'autres romans, des lieux d'une époque à une autre, etc. Et donc, ça forme une espèce de pulse géant dont on se rend compte maintenant. Et ce qui a donné l'occasion à Gallimard de publier, je ne sais pas, 5-6 livres sous la dénomination Mésafrique, parce qu'on peut retrouver les dessins d'un livre dans un autre. Et c'est le dessin d'une Afrique, une Afrique géographique, et c'est le dessin d'une Afrique coloniale et postcoloniale, ce qui est un témoignage extrêmement intéressant. C'est pour ça que j'aimerais beaucoup donner mes manuscrits ainsi que tous mes objets africains aux archives coloniales. J'aimerais donner tous mes manuscrits aux archives d'outre-mer. Parce que c'est... C'est une partie de l'histoire écrite à Aix et qui est à la fois l'histoire, la géographie et l'émotion de ce territoire-là.
- Speaker #0
Vous parliez du concours tout à l'heure. Est-ce que vous vous souvenez de ce jour de 1998 où vous avez reçu le concours ? Comment c'était ?
- Speaker #1
Alors, d'abord, il faut dire que j'étais quatre fois en finale du concours. Donc, on s'habitue. J'étais en finale pour mon premier roman, et puis ensuite j'étais en finale, etc. Et j'avais été extrêmement un peu piquée d'apparaître toujours sur les lits et de ne pas la voir.
- Speaker #0
Bon, enfin,
- Speaker #1
vous savez, c'est très français de prendre des écrivains et de les mettre comme des chevaux de course, comme ça, et de compétition. Et c'est... Il faudrait faire le contraire avec un écrivain. Ce n'est pas de compétition. Un écrivain n'a rien à voir avec un autre. Et donc, cette fois-ci, c'est Confidence pour Confidence. C'est un livre américain. C'est ce qui se passe dans une cuisine un matin. C'est un livre dont la durée d'action est de trois heures. C'est la lumière qu'il y a dans la cuisine qui montre quand on va vers la fin de la matinée. J'en suis contente, je publie le 1er avril. D'habitude, les romans qui sont publiés avant les vacances ne rentrent pas dans la sélection du Goncourt. Je me trouve dans la sélection de l'été du Goncourt, et puis je laisse passer. Pour le Goncourt, je m'en vais à Beyrouth, parce qu'il y avait un salon du livre formidable à Beyrouth. Et le Goncourt avait lieu le jour de ma rentrée. J'ai vu que mon éditeur ne me retenait pas en France. Il me laissait aller à Beyrouth tranquillement. À l'époque, pas de téléphone portable, je prends un taxi. Et dans le taxi, je dis au moment de midi ou une heure, je dis au taxi, vous voulez mettre la radio ? Et la radio, j'entends mon nom. Alors j'ai dit au taxi, je voulais vous arrêter une seconde, il faut que je téléphone à mon éditeur, parce qu'on ne pouvait pas se joindre, et je me rappelle m'être maquillée vaguement comme ça, et puis je suis arrivée, parce que tout le monde était en place, mais l'auteur n'était pas là. De ce Goncourt très attendu, mais pas parce que je l'attendais, j'aurais pu vivre ma vie sans Goncourt, c'était pas... mais on me l'avait mis en tête, j'ai trouvé ça extrêmement pénible. J'ai trouvé pénible d'être l'objet que l'on regardait, que l'on analysait, que l'on vugeait. Alors je suis passée, si vous voulez, d'une position de bonne écrivain, même de très bon écrivain. Oui, mais à l'époque, Pascal Quignard, le grand Pascal Quignard, était mon directeur littéraire. c'était une vulgarité insensée que de vendre beaucoup de livres. Je crois que Pignard, qui avait vendu 500 exemplaires de son livre, était plus prestigieux que moi qui venais d'en vendre 15 000. Alors un type qui vendait 90 000 était carrément…
- Speaker #0
Il était mal vu.
- Speaker #1
Pas mal vu, mais un petit peu méprisé quand même. Bon, les choses ont complètement changé. Maintenant, quand je... prépare le Festival des écrivains du Sud, je m'entends dire, oui, un tel, je dis, mais pas très bon, il me dit, oui, mais, tu sais, il remplit 400... place. Enfin, c'est très différent. Et qui console les écrivains qui vendent peu. Et donc, faute d'un jugement critique, il y a eu un jugement économique sur le livre. Ça, c'était un très, très grand changement. Donc, il a fallu passer ça, supporter les jugements. J'ai eu le bon cours contre Houellebecq. Donc, c'était... Vraiment, j'avais... C'était une faute de goût terrible de ma part. Une majesté. Une majesté, mais comment ? Vous vous rendez compte, vous avez pris le bon cours à Houellebecq.
- Speaker #0
Vous n'avez rien pris.
- Speaker #1
Je n'ai rien pris. Il s'est écrasé tout seul. Et donc, voilà. Et après, ça a été... Je me suis rendue compte de l'état de la librairie en France, qui n'allait pas bien, déjà. C'est 98, la librairie ne va pas bien, parce que Gallimard avait choisi tous les libraires à sauver quand on allait faire une signature. Je me suis rendue compte d'un autre monde, c'était un autre monde. Et parce que je me suis rendue compte de tout ça, ça m'a dirigée vers autre chose, mais dont on parlera, c'est-à-dire moi-même créer un événement littéraire.
- Speaker #0
Pour rester sur ce jour-là... Le jour où on reçoit le concours, il y a un emballement médiatique.
- Speaker #1
Un emballement médiatique, oui. Qui m'avait dit ? Je crois que c'est Pierre Nora qui m'avait dit « Est-ce que vous vous rendez compte que vous êtes la personne dont on parle le plus en France aujourd'hui ? » Oui, sûrement. Mais il faut voir que ce n'est pas tellement qu'on parle, c'est comment on en parle. Si c'est pour dire « C'est la fille qui a volé le concours de Houellebecq » , C'est quand même quelque chose d'élu.
- Speaker #0
Justement, avec cet emballement médiatique, est-ce qu'il y a quelque chose qui change vraiment ou est-ce qu'on reste la même personne ?
- Speaker #1
J'ai eu le bon cours, c'était en 98. Donc, j'avais 54 ans, c'est ça ? Oui, je suis née en 44. J'avais 54 ans. Je me suis rendue compte d'une chose, que je n'avais pas de désir en dehors de ce que j'avais accompli dans ma vie. Je n'allais pas quitter Aix-en-Provence, je n'allais pas quitter mon mari, je n'allais pas quitter mes enfants, je n'allais pas quitter mon bulldog de l'époque. Et la grande chose, c'est François Bérou, on est voisins de champs dans le Béarn, qui m'avait dit, et surtout tu continues dans l'enseignement. Eh bien, m'en a pris. Savez-vous que l'année du concours, j'ai passé le concours ? du grade des professeurs de première classe. Ce qui montre, oui, professeur de première classe, évidemment.
- Speaker #0
Vous êtes restée les pieds sur terre.
- Speaker #1
Je suis restée les pieds sur terre et aussi j'ai adoré enseigner, je ne vois pas pourquoi j'aurais... Qu'est-ce que j'aurais fait ? Maintenant, je sais que j'aimerais... Quelque chose qui m'aurait plu, mais avec toute l'expérience que j'ai maintenant, parce que je me suis occupée beaucoup d'écrivain, j'aimerais être éditeur. Mais à l'époque, non, non. J'étais bien dans les livres des autres, mais quand je les étudiais, non, enseigner, faire passer, c'est extraordinaire d'avoir encore des étudiants qui vous disent, à telle année, je vous ai connus à telle année. J'ai vu une étudiante qui m'avait, enfin une élève, j'avais été prof dans un lycée à Pau, et elle me disait, je me rappelle de vous quand je devais avoir même pas 20 ans.
- Speaker #0
19 ans. Les professeurs laissent une image à leurs élèves.
- Speaker #1
Ça, c'est extraordinaire d'être professeur parce que, franchement, quand ça se passe bien, et puis, je pense qu'un prof doit séduire ses élèves. Je disais toujours à mes élèves, vous devez vous sentir mieux après le cours qu'avant.
- Speaker #0
Après, j'ai leur écrit une méthode de lecture.
- Speaker #1
Je parlais du syndrome de la plage blanche. Est-ce que c'est un mythe ?
- Speaker #0
Vous savez quelqu'un qui n'avait pas écrit ?
- Speaker #1
Et comment on le règle, ce syndrome ?
- Speaker #0
Je crois qu'il faut laisser l'esprit faire. Il y a beaucoup de choses qui se passent. Je vous ai dit tout à l'heure, l'inspiration, si ça ne se passe pas, c'est que c'est en train de se régler. C'est en train de se régler. Si j'ai... Si c'était un travail universitaire ou intellectuel, on le règle de force, mais là, non, on ne peut pas. Tout ce qui est écrit de force n'est pas bon. Peut-être qu'on a envie de s'arrêter, peut-être que des événements de la vie sont trop importants à absorber. J'ai perdu mon mari il y a deux ans. Tout ça est trop difficile à absorber pour que je puisse tourner une page et puis m'en aller gaiement. ailleurs. Peut-être que j'ai envie de rester encore là.
- Speaker #1
Rester un petit peu à Aix pour quelques temps. Vous avez eu le prix Goncourt aujourd'hui, vous êtes de l'autre côté de la barrière puisque vous êtes membre de l'Académie Goncourt. Il y a beaucoup de gens qui aimeraient être une petite souris pour savoir qu'est-ce qui se passe lorsque vous êtes tous réunis. Comment ça se déroule le vote ? Est-ce que vous pouvez nous révéler quelques petits secrets ?
- Speaker #0
Absolument, mais malheureusement, je trouve que ça devient de plus en plus un travail. Ça dépend de la personnalité qu'il y a autour de la table. La première chose, c'est qu'on est tous très différents. Donc, on se met d'accord sur le plus petit commun dénominateur. Je pense que ce n'est pas le livre le plus original ou celui qu'on a préféré qui va sortir, c'est celui qui fait un consensus. Ce qui est terrible, c'est que vous savez, il y a 400 livres, je parle du roman, du concours du roman, parce que vous allez voir comment c'est devenu un travail absolument énorme. Le concours du roman, dont la liste est donnée début septembre. On commence à recevoir les manuscrits ou les livres. des mimets. On va vers mai, juin, juillet, août. Ce n'est que lecture. On ne se les répartit pas. Et on ne se les répartit pas parce que ce serait trop simple d'écarter un livre en disant celui-là, je ne le veux pas. Non, il faut que... Le livre mérite le regard de plusieurs. Bon, si on est plusieurs à dire non, on l'écarte. On lit et on s'envoie des... On s'envoie des notes de lecture. avec nos emails. Et c'est très intéressant parce qu'on dit une vérité qui est souvent assez dure que ne ferait pas un critique. C'est comme un critique qui dirait la vérité parce qu'il faut lire le livre pour ça, pour ça. Il ne faut pas le lire pour ça, pour ça. Et puis, il faut savoir qu'il faut séduire les autres pour qu'ils adhèrent. Le plus difficile, c'est de faire lire. Mais c'est difficile de faire lire des étudiants, c'est difficile de faire lire ses meilleurs amis. Dès que vous dites « il faut lire ce livre, il est formidable » , vous avez un blocage qui se fait en face. C'est le plus sûr des blocages. Il faut être assez séduisant dans son façon d'en parler. Et là, on voit déjà ce qui est gagné, c'est quand il y a des retours de lecture. soit pour dire non, soit pour dire oui, et puis vous voyez les retours de lecture se faire, et vous voyez déjà, bon, mais il faut cinq retours de lecture positifs pour que le livre ait une chance de paraître dans la liste.
- Speaker #1
Vous êtes combien de membres ? Dix. Vous êtes dix, c'est ça.
- Speaker #0
Voilà, chacun à son style propre, voilà. Je crois que ces notes de lecture qui seront dans les archives du Goncourt à Nancy, C'est certainement ce qui sera le plus intéressant à lire. Bon, on en reçoit 400 parce que les éditeurs ne font pas leur boulot. Ils ont peur des conflits à l'intérieur des maisons d'édition. Ils ne font pas le choix de ce qu'eux estiment être leur concours. Ils en voient tout. Alors, on connaît quand même un certain nombre d'écrivains qui nous ont plu ou qu'on a... Par exemple, moi, j'ai Meursault contre Enquête, qui a eu le concours l'année dernière, Kamel Daoud. Kamel Daoud, moi, je n'ai pas voté pour lui, pour Meursault contre Enquête, en me disant, c'est un premier roman, je vais en voir un second, il me semble plus journaliste que romancier. Et quand j'ai lu son livre, j'étais saisie. Et là, je dis oui, je vote, comme tout se sait. Moi, je l'ai félicité, il m'a remercié, on avait chacun une intention. Donc, voilà. Ce que je veux dire, on va faire une liste de 15, mais au moins 25 ou 30 livres mériteraient d'être sur une liste de 25 ou 30, qu'on réduit pour pas… On travaille en pensant beaucoup au libraire. Alors, le défaut du long cours, c'est le coup près. C'est-à-dire qu'une fois que… que il y a eu 15 titres, les autres disparaissent presque. Et puis autrement, autrement... On s'entend mal et on s'entend bien. C'est un petit peu sous-polé. Donc on met les formes, mais il y a des trucs qui nous divisent. Et puis voilà, ça, ça va. Et puis on voit, on s'entend avec un tel, et puis après on s'entend avec l'autre, et puis on s'entend avec celui d'en face. C'est humain.
- Speaker #1
Est-ce que ça arrive de défendre un livre seul contre tous ?
- Speaker #0
Alors ? Je ne sais pas seul contre tous, mais il y a un écrivain extraordinaire qui avait écrit un très très très très beau roman. Et j'estimais que, peut-être 400-500 pages, j'estimais que c'était un romancier qui se servait de tout ce que le roman peut apporter, et d'imaginaire, et de réalisme, etc. Il avait tous les outils romanesques. À l'habitude, les gens prennent quelques petits outils romanesques. Ou c'est un roman un petit peu bien conduit, ou c'est un roman n'importe comment, ou c'est un roman… On pourrait mettre roman et puis mettre un qualificatif à côté. Et puis, ce roman Ardennes était un roman total. Et il allait avoir le prix Goncourt, c'était sûr. Et puis quelqu'un avec perfidie… Il dit le nombre d'exemplaires qu'elle était vendue. Il n'avait pas passé les 1 200 exemplaires. Et ça s'est arrêté là pour lui, et là j'ai pleuré. Et je le rappelle chaque fois. Dès qu'un grand de ce monde vient nous voir, me pose la même question, je rappelle Frédéric Verger, Arden. Il en a écrit d'autres, mais ça ne s'est jamais récupéré. Quand vous le loupez, vous le loupez. Parce qu'on n'est pas fan de recevoir le livre du même auteur. sur lequel on a lu, relu, reparlé comme ça, voir apparaître un autre livre deux ans après. Sauf si on a adoré. Frédéric Verger peut m'envoyer un livre tous les ans, je le lirai. Mais autrement...
- Speaker #1
Et quand on vote pour le Goncourt, on va changer la vie d'un écrivain.
- Speaker #0
Il ne faut pas y penser.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Est-ce qu'on a cette pression-là ?
- Speaker #0
Il ne faut pas y penser. Je dis quelque chose qui est un peu... un peu rude, je dis que pour moi, le Goncourt, c'est l'histoire des spermatozoïdes devant l'ovule. Je veux dire, il n'y a aucune chance que chaque écrivain puisse avoir le Goncourt. C'est aucune chance. Il faut tellement de choses qui se passent, qu'il ait écrit à ce moment-là, que son éditeur ait fait comme ça, que il n'y ait pas un livre plus, moins, etc. Mais on peut... absolument pas le prévoir. Et des gens qui mériteraient d'avoir le Goncourt, je pense à Emmanuel Carrère, il s'est trouvé chaque fois... Là, Emmanuel Carrère, cette année, a écrit un livre formidable, Colcos, formidable. Pour moi, un grand livre. Oui, mais il est tombé sur le prix Goncourt, La Maison Vide, qui était un livre exceptionnel. Comment... Comment un très grand livre rentre en collision avec un livre exceptionnel ? Voilà, mais le livre exceptionnel l'a eu à une voie d'écart. Alors c'est terrible pour celui qui... Enfin, moi ça s'est passé quatre fois.
- Speaker #1
Oui, je ne savais pas ce que c'était. Du coup, combien de livres vous lisez sur une année ? En réalité, vous avez une idée ?
- Speaker #0
Oui, parce que ça, c'est le concours de septembre. Puis après, il y a maintenant les concours qu'on va avoir. Oh oui, c'est 150 à 200.
- Speaker #1
Et on lit différemment quand on est juré ou quand on est lecteur ?
- Speaker #0
Quand on est lecteur qu'on est, avec ses limites. C'est-à-dire, il y a des choses que j'aime. que n'aimera pas Christine Angot. Je ne sais pas pourquoi je la désigne, parce que moi, j'adore ce qu'écrit Christine Angot. Il ne faut pas réfléchir. Il ne faut pas même se dire que ce serait un bon concours parce qu'il est facile. Souvent, on me dit que le concours des lycéens, il est mieux que le concours. Je réponds. Oui, parce que nous l'avons choisi aussi. Il est dans notre sélection. Il n'est pas venu tout seul. Ce n'est pas un lycéen qui nous a apporté le concours des lycéens. Mais souvent, il est... plus simple. Ça peut être un livre compliqué, mais avec un premier accès plus simple.
- Speaker #1
Quand vous regardez le chemin qui vous a amené jusqu'à l'Académie Goncourt, dont vous faites aujourd'hui partie, est-ce que vous avez le sentiment d'avoir poursuivi une vocation, ou vous avez été portée par l'écriture ?
- Speaker #0
Je pense... plutôt que c'est l'écriture. Quand je suis avec mes camarades, on est obligé de se tutoyer et de se dire camarade, pratiquement. C'est quand même, on parle quand même encore de littérature. Et on parle de lecture. Bien que certains sont aussi cinéastes, ça c'est un nouveau mouvement. Un nouveau mouvement, le cinéma est important. L'image est devenue importante. Et donc, c'est très très intéressant d'entendre parler. d'un livre ou d'un film, une sorte d'analyse. Soit on ne l'a pas vu, on ne l'a pas lu. Ça vous donne envie de le lire, ça ne vous donne pas envie de le lire. Donc, je vis là-dedans. C'est absolument un délice. On m'aurait dit, quand j'inventais les livres que je lisais, parce que je n'avais pas tous les mots de vocabulaire, et je ne savais pas ce que faisaient les grandes personnes entre elles, je me suis dit, j'ai l'imaginer. J'ai toujours pris Histoire d'eau, qui est un livre érotique, pour un livre de mode. Quand j'étais petite fille, je lisais Histoire d'eau et je voyais ces grandes robes qui s'ouvraient, etc. Je me disais, ça m'a marquée pour toute mode. Je voudrais une grande robe de faille avec des traînes. Elle s'ouvrait un peu souvent, c'est vrai.
- Speaker #1
Là, j'ai cru que c'était un livre sur la mode.
- Speaker #0
On m'aurait dit ça, j'aurais signé tout de suite. On me dirait de recommencer. je recommencerai vraiment sans rien changer. C'est une espèce d'équilibre de bonheur. Et puis le fait aussi de m'occuper, maintenant, de m'occuper beaucoup des écrivains. Je m'en occupe beaucoup.
- Speaker #1
Oui, d'ailleurs, vous avez créé le Festival des écrivains du Sud, qui aura lieu à Aix-en-Provence du 25 au 29 mars 2026. Et qu'est-ce qui vous a donné l'envie de créer cet espace ?
- Speaker #0
Les étudiants étaient... Donc 60 nations étaient différentes, enfin j'avais pas 60 personnes, mais ça vous donne une ouverture d'esprit. C'est-à-dire que un Japonais ne rit pas en même temps qu'un Suédois, qui ne rit pas en même temps qu'un Portugais, franchement c'est très très très intéressant. Et tous avaient des problèmes de lecture. Alors la première chose que j'ai faite, dès que j'ai eu le bon cours, j'ai eu un pouvoir, c'est-à-dire... Je demandais à mon éditeur, « Est-ce que vous pouvez m'envoyer tel écrivain ? » Donc, il payait le voyage, c'est important. Je faisais le repas ici, on le logeait chez Nathalie, à l'hôtel Cardinal. Et donc, j'apportais un écrivain aux étudiants, à condition qu'ils aient lu le livre. Et l'écrivain, ça lui faisait passer un moment extraordinaire. C'est formidable, quand vous recevez un écrivain que vous avez bien lu. Je suis traduite en 40 langues et beaucoup en espagnol. Et la traduction... Ma traductrice espagnole est une grande traductrice et elle m'avait pris comme sujet de traduction à Bruxelles avec des traducteurs. Et ils ont passé pratiquement une semaine sur une page et j'écoutais ça. Et donc la question c'était, ils devaient traduire au mieux, mais est-ce que j'avais choisi comme au mieux cette formule ou elle était venue comme ça ? Et ça c'était... extrêmement intéressant. C'est intéressant. Donc, j'ai commencé à faire ça. Donc, ils ont eu les plus grands. Enfin, ils ont eu tous les académiciens. Ils ont eu tout le monde. Et puis, après, on a créé les Journées des écrivains du Sud. C'était sur deux jours, le vendredi et le samedi, autour d'un thème. Et alors, le repas se faisait ici. La fille de l'écrivain Giono, qui s'appelle Sylvie Giono, faisait la cuisine et venait la porter. Donc on mangeait ici deux jours. Mon mari faisait les billets de train. Les éditeurs étaient formidables, nous offraient la plupart des billets. Et c'est devenu très important. Alors j'avais un très bel amphithéâtre, j'avais tout ça, j'avais tout sur place. Et j'avais les étudiants qui portaient. Et un jour, c'est devenu trop lourd. Donc j'allais voir Marie-Joissein et je lui ai dit, écoutez, Marie et moi, on ne peut plus faire ça. Et elle m'a dit, ça deviendra le festival d'Aix. Donc elle est prise en charge. Alors c'est énorme ce qui est pris en charge. J'ai pu quand même, je me suis très bien entendue avec la société MPO qui fait les invitations, les choses comme ça. Je suis la directrice littéraire, c'est-à-dire que 90% des écrivains qui viennent, j'ai choisi par intérêt parce que j'ai lu leurs livres. Et puis, j'ai imaginé de les faire interroger par d'autres écrivains. Au lieu de les faire interroger comme ça, c'est d'autres écrivains. Ça fait des schémas qui sont très intéressants. On voit l'écrivain jaloux qui... qui laisse peu de place. Il y a toutes les quatre figures et de toute façon, c'est passionnant. C'est très humain. Et puis, un jour, les étudiants m'ont dit, mais quand même, en France, il y a tellement de prix littéraires, pourquoi on ne créerait pas un prix littéraire ? J'ai dit, vous voulez créer un prix littéraire ? On crée un prix littéraire. Et ça a été le prix des écrivains du Sud et des lecteurs. Et donc, les étudiants ont porté ce prix. Puis après, ils habitaient chez des gens qui sont suivis. Et on est arrivé à 200 jurés. Alors, j'ai même essayé de faire un jury qui choisissait les livres. Mais comme c'était sur la rentrée littéraire, c'était très difficile d'obtenir. Donc, finalement, c'est mon choix. Et ce choix, je le mets toujours avant le Goncourt pour montrer que je n'ai pas copié sur le Goncourt. Mais voilà, mon choix est un choix de six livres. Donc là, ils ont choisi Colcose d'Emmanuel Carrère, après Natacha Pannard. Donc les étudiants ont eu énormément d'importance pour moi, jusqu'au jour où je leur ai appris à lire. Ils étaient là, difficulté de lecture, difficulté de lecture, mais on ne va pas lire tout ça. Vous faites des lettres, non seulement vous devez lire tout ça, mais tout le reste. Et je suis arrivée un jour dans la salle de cours avec un livre pour chacun, un roman pour chacun, un roman qui venait de paraître, différent pour chacun. Sourire, prendre le livre, surtout s'il n'est pas trop gros. Non, non, mais on voit tout. Et je leur dis, vous avez deux heures pour lire. Et au bout de deux heures, je vous dirai ce qu'on fait. Personne ne lit deux heures d'affilée. Et maintenant, vous savez qu'au cinéma, les gens ne supportent pas de rester. Au bout d'une demi-heure, ils commencent à s'énerver. Une heure, ils ne supportent plus. Parce que c'est le rythme des séries qu'il y a. Mais lire, on continue. assis à une table pendant deux heures, pratiquement vous lisez en deux heures, vous lisez un roman, c'est le temps d'un... c'est le temps d'un ex-Paris, je lis toujours un roman entre ex et Paris.
- Speaker #1
Je vous envie.
- Speaker #0
Vous pouvez avoir vos propres images, mais vous n'avez pas d'autres images, vous n'avez pas d'autres sons, vous n'avez pas de musique, vous n'avez pas quelqu'un qui vous appelle au téléphone, vous avez un texte, un livre. que vous aimez plus ou moins, vous entrez plus ou moins, vous revenez la page, etc. C'est ça, lire. C'est revenir. Vous croyez que les écrivains, ils ne font pas marche arrière ? L'écrivain, c'est celui qui lit le plus. Parce qu'au moins, il lit son livre, il le lit 100 fois. Il rattrape sa phrase, il la tue comme ça, il va chercher. Quand vous hésitez, que vous revenez en arrière, vous faites le travail de l'écrivain, ça montre qu'il n'a pas très bien fait son travail, d'ailleurs, parce que... À force de venir en arrière, ils devraient nous éviter, à vous, lecteurs, de le faire. Et après, donc, ils étaient là, ils m'ont dit « Mais madame, on n'a pas fini. » Je dis « Mais j'espère bien que vous n'ayez pas fini. » « Eh bien là, vous allez me rendre les livres et vous allez m'écrire la suite. » Eh bien, c'est formidable comme exercice.
- Speaker #1
Bien sûr.
- Speaker #0
Hein ?
- Speaker #1
Magnifique.
- Speaker #0
Bon, alors…
- Speaker #1
Je veux bien faire l'exercice.
- Speaker #0
Écrivez la suite. Et c'est pour ça que je prenais des livres qui n'étaient pas connus d'auteurs, qui n'étaient évidemment pas connus d'eux. Écrivez la suite. Vous ne pouvez pas savoir la reconnaissance. Quelqu'un qui sait lire, qui aime lire, il est extraordinairement reconnaissant qu'on lui ait donné ce pouvoir. C'est un pouvoir. Maintenant, j'estime que lire, c'est aussi difficile qu'écrire. Qu'à force de dire que le livre est plaisant, vous allez passer un bon moment, non, avec les grands livres, on ne passe pas un bon moment. On engage sa vie, on engage ce qu'on a vécu, on se compare. On analyse avec ce... On crée avec ces connaissances. Évidemment, si vous avez un lecteur très érudit, il trouvera votre livre certainement plus érudit qu'un lecteur qui le lit au pied de la lettre. Voilà, donc vraiment les étudiants ont beaucoup, beaucoup porté ce festival. Voilà, maintenant qu'il y a un grand festival.
- Speaker #1
J'en profite pour signaler que les 27, 28 et 29 mars, je proposerai dans le cadre du Festival des écrivains du Sud, une visite guidée qui sera gratuite, offerte gratuitement aux Aixois, une visite littéraire où je lirai des extraits d'œuvres qui se passent à Aix-en-Provence.
- Speaker #0
C'est une très belle initiative.
- Speaker #1
Et je vous remercie de m'avoir invité à faire cela.
- Speaker #0
C'est une très belle initiative.
- Speaker #1
Vous vivez à Aix, si je résume, vous y avez écrit une grande partie de votre... Un grand tour. C'est votre oeuvre, toute votre oeuvre. Vous avez créé le festival, vous êtes membre de l'Académie Goncourt. Au fond, qu'est-ce que vous aimeriez qu'il reste de vous ? Des livres, un regard sur le monde, une manière d'éviter le lieu ?
- Speaker #0
Les gens pensent que quand ils ont écrit un livre, ils vont rester dans l'histoire. Non, les livres s'oublient tellement vite. Regardez ces pauvres livres qui paraissent pour avoir le Goncourt et qui, 15 jours après... sont délaissés. Et puis en plus, le monde qui s'ouvre n'est vraiment pas le monde de l'écrit. C'est un autre monde. Donc moi, je pense que c'est un monde aussi nouveau que lorsqu'on a inventé l'imprimerie. Je pense que c'est un... Longtemps, j'ai pensé qu'on vivait comme au XIXe siècle. Mais franchement, toute la fin du XXe, on vit jusqu'à 68. C'était le XIXe. Après, c'était une sorte de liberté, de légèreté. l'humanité ne reconnaîtra plus. Mais maintenant, on est dans une espèce d'immense bouleversement, mais total, total. Donc, penser qu'on peut... qu'on peut continuer d'exister, je ne sais pas. Même des écrivains qui ont tenu le haut du pavé de leur vivant, on va voir comment... On appelle ça le... Ce n'est pas l'enfer, ce n'est pas encore l'enfer, mais c'est le purgatoire. Les purgatoires sont de ce... Et toujours dans l'histoire de la littérature. Les écrivains ne reviennent que par la trahison créatrice. Et c'est l'acteur qui a la trahison créatrice. Le prof parle. Par exemple, Ronsard, on le relit au XIXe siècle. Parce qu'on l'interprète à travers le romantisme. Mais Ronsard n'est pas romantique pour un sourd. Lui s'appuie sur des auteurs latins et grecs. Mais... il revient par la trahison créatrice du romantisme. Il y a des auteurs oubliés, on dit « on l'a oublié » , mais on le recrée. Et ça, c'est encore la force du lecteur, et la force d'une génération de lecteurs. Sans une génération de lecteurs, voilà, c'est pour ça qu'il faudrait les garder les lecteurs. Mais il y a plus d'écrivains que de lecteurs, mais c'est normal, comme je vous dis, c'est la même chose.
- Speaker #1
Si vous deviez résumer en une seule phrase... Ça va être compliqué. Est-ce que l'écriture vous a permis de comprendre du monde ? Qu'est-ce que vous auriez envie de dire là aujourd'hui ?
- Speaker #0
C'est la lecture qui m'a permis de comprendre le monde. Moi, en écrivant, j'ai donné ma version du monde.
- Speaker #1
Oui, mais est-ce qu'en écrivant, on n'a pas en même temps une compréhension de ce qu'on écrit ?
- Speaker #0
On n'a pas la totale compréhension. Quelquefois, vous avez des lecteurs incroyables. qui vous ouvre à vous-même. Mon dernier roman va sortir en folio en mars, il s'appelle La Cécité des rivières, et j'ai proposé à Gallimard d'écrire une postface, c'est-à-dire comment le livre s'est écrit. Je trouve que c'est bien, on a lu un livre, et puis l'auteur, au lieu de vous dire ce que vous allez trouver, il veut dire voilà, tout ceci. Et à ce moment-là, si c'est un bon lecteur, il reprend la lecture du livre. Dans cette postface, j'ai vu tout ce que j'y avais mis, j'ai fait une sorte d'analyse de ce livre-là, parce que j'avais une certaine distance avec lui. Par exemple, savoir que quand les personnages traversent par le bac une certaine rivière, le discours littéraire n'est plus le discours dans la vérité, dans la réalité. Mais c'est une sorte de discours un peu merveilleux, parce qu'ils sont passés de l'autre bord. Et on apprend des choses formidables. Moi, j'avais inventé un grand crocodile, mais un crocodile immense, il est aussi grand qu'un bac. Et je ne savais pas que c'était le Dieu qui faisait traverser les... Ça m'a enchantée. Je ne savais pas que c'était partout, chez les Égyptiens, partout. Et en Afrique, surtout, c'est le Dieu qui fait traverser, qui fait passer d'un monde à l'autre.
- Speaker #1
Une prémonition, en quelque sorte.
- Speaker #0
Je devais le savoir. Là, on pense qu'on est inspiré. Je l'ai appelé le grand Gustave. Le grand Gustave. C'est très intéressant d'écrire.
- Speaker #1
J'ai deux dernières questions. L'avant-dernière, c'est... On est ex, on vit entouré de figures tutélaires. Il y a Cézanne, il y a Zola. Est-ce que c'est une présence de grands noms qui stimule ou qui impressionne ? Est-ce que ça a un impact sur la manière d'écrire ?
- Speaker #0
Est-ce que les grands noms... Moi, je pense que ex, c'est qu'on vit dans la familiarité et pas impressionné. On est le voisin de Cézanne. Oui. On est le voisin de Cézanne. J'ai mis mes enfants au lycée en bas de la rue Cardinal. C'était le lycée de Cézanne. Oui, à Mignard. Voilà, à Mignard. Et puis, ce qui revient, ce qui m'enchante, vraiment au sens de l'enchantement, c'est que c'est la ville de la danse. C'est la ville du théâtre, c'est la ville de la musique, de l'opéra. C'est incroyable. Et que tout ça se réunit dans un espace assez petit. Et j'ai eu l'honneur d'être la présidente du conseil d'administration du théâtre du Jeu de Paume. Mais je m'installe tout de suite au théâtre du Jeu.
- Speaker #1
C'est magnifique, c'est un livre magnifique.
- Speaker #0
C'est magnifique, et tout ça est à 15 minutes. Qui vit ça ? Et je parle du cinéma avec soi. Qui part 5 minutes avant sa séance au cinéma ? Enfin, on a tout, quoi. On a tout.
- Speaker #1
On est bien ici.
- Speaker #0
Oui, on est bien.
- Speaker #1
D'ailleurs, la dernière question, ce sera cette question qui est un petit peu compliquée parfois. Quel est votre lieu préféré à Aix-en-Provence ?
- Speaker #0
Alors, je partirai du centre. qui est cet endroit de la rue Cardinal. Parce que j'y vis, je sors très peu. Je vis chez moi, avec les objets que j'aime, avec mes dictionnaires, avec mes biographies, avec toutes mes bibliothèques. Et puis, je longerai la rue Cardinal. J'aime le... Mais peut-être en m'arrêtant déjà à la Fontaine des Quatre Dauphins, pour revenir en arrière vers Saint-Jean-de-Malte. Faire un petit saut à l'Hôtel Cardinal que je trouve absolument charmant. Il y aurait un livre à écrire sur l'Hôtel Cardinal et tous les gens qui y sont passés. Vous savez qu'on a un écrivain qui s'appelle Erwin Spier qui va présenter ses livres et qui a été gardien de nuit à l'Hôtel Cardinal. Et puis, bon, maintenant il est à la Cour des Comptes, comme ça, mais... Donc, c'est... Ensuite, il faut traverser le cours Mirabeau, en passant devant les Deux-G, s'il vous plaît, qu'il soit bien refait, et puis remonter par les petites rues jusqu'à la place de l'hôtel de ville. Et puis, aller jusqu'à mon institut d'études françaises pour étudiants étrangers, qui n'existe plus, parce que c'est là. Et longtemps, je me suis dit que l'hôtel Meignet d'Opède, je serais inconsolable de ne plus y aller. Et puis les lieux, comme les gens, comme les écrivains, ça s'oublie.
- Speaker #1
Merci beaucoup pour ce voyage dans l'écriture et dans Aix. C'était un plaisir de vous recevoir. C'était un plaisir aussi. Merci beaucoup.
- Speaker #0
Merci beaucoup.
- Speaker #1
Au revoir.
- Speaker #0
Au revoir.
- Speaker #1
Et voilà, c'est ainsi que s'achève cet épisode des gens d'Aix. Et je voulais vraiment remercier Paul Constant de nous avoir reçus chez elle, d'avoir pris le temps de répondre à nos questions, parce que c'est vraiment un moment hors du temps que nous avons passé. J'espère que vous l'avez apprécié. Et si vous avez aimé cette conversation, vous pouvez liker, vous pouvez la partager avec vos amis et ça fera remonter sur les plateformes, que ce soit sur Apple Podcast, sur Deezer, sur Spotify. Le podcast est visible aussi sur YouTube. Vous pouvez venir me parler sur les réseaux sociaux pour me donner votre avis. Je suis toujours friand de vos retours, que ce soit sur Instagram ou sur Facebook, sur la page. les gens d'Aix. Alors, il ne me reste plus qu'à vous dire à très bientôt pour un nouvel épisode qui, j'en suis sûr, fera parler des ExoA.