- Speaker #0
Musique Bonjour, je suis Frédéric Paul, guide conférencier et créateur des visites Le Visible et l'Invisible à Aix et en Provence. J'ai créé des visites où j'aime montrer les détails devant lesquels on passe et qu'on ne regarde pas. Grâce à ces visites, je rencontre de nombreuses personnalités. J'ai eu envie de les mettre en avant dans un podcast. Ce podcast, bienvenue, c'est le podcast Légendex, le podcast qui fait parler les ex-soins. Un podcast que vous pouvez retrouver sur toutes les plateformes d'écoute et que vous pouvez voir sur Spotify ou YouTube. Aujourd'hui, je suis devant la piscine Yves Blanc. Et si je suis là, c'est parce que mon invité est une invitée exceptionnelle, Virginie De Dieu. trois fois championne du monde de natation synchronisée. Elle a le plus beau palmarès de la natation synchronisée, elle a le record de notes, mais elle a révolutionné son sport. Aujourd'hui, Virginie de Dieu va nous parler de sa carrière, de sa trajectoire, mais aussi de sa vie après les bassins. Je vous souhaite une bonne écoute avec Les Gendex. Bonjour Virginie.
- Speaker #1
Bonjour.
- Speaker #0
Alors, nous sommes à la piscine Yves Blanc à Aix-en-Provence. Je voulais d'abord remercier les équipes de nous avoir ouvert ce lieu et permis de faire ce tournage ici. Et on peut dire que vous êtes une star de la natation synchronisée, de la natation artistique, puisque vous avez gagné en totalité, durant votre carrière, 129 médailles. Vous avez été médaillé de bronze aux Jeux Olympiques de Sydney. Vous avez remporté 5 titres de championne d'Europe, 40 titres de championne de France. Vous avez reçu notre record de 99,833 sur 100 points possibles. Vous avez une piscine qui porte votre nom à Fuvaux, une école à Bouc-Bel-Air. C'est un beau palmarès.
- Speaker #1
Il y a les 3 titres de championne du monde qui manquent.
- Speaker #0
Je ne l'ai pas dit, effectivement. 3 titres de championne du monde sur 3 championnats du monde consécutifs. D'ailleurs, vous êtes la première championne du monde que je reçois dans ce podcast. Et j'ai cette question que je me pose à chaque fois, c'est qu'est-ce que ça fait de se dire qu'à un moment de sa vie, on est la meilleure personne dans sa discipline sur la planète ?
- Speaker #1
On ne se le dit pas forcément soi sur le moment, je pense, parce qu'on a plusieurs étapes, on travaille pour, et aussi quand ça arrive, c'est finalement plus un soulagement que... la concrétisation, ça l'est la concrétisation mais sur le moment c'est vraiment un soulagement et je m'en suis peut-être rendu compte quand les autres ils vous le disent, mais tu te rends compte tu prends la planète et t'es la meilleure de tout ça, c'est plus le regard ou le langage des autres qui vous le fait comprendre plus que soi-même parce que on a fait un chemin on a travaillé pour et ça on l'oublie c'est la performance c'est le C'est la finalité de ce qu'on va créer qui va être important pour nous, plus encore que le symbole que ça représente à ce moment-là.
- Speaker #0
Et puis en plus vous avez réussi à l'avoir trois fois de suite. Oui,
- Speaker #1
alors après justement sur ce projet-là, il y a d'autres objectifs, d'autres étapes, d'autres envies qui naissent au fur et à mesure, se remettre en question bien sûr évidemment, et pouvoir justement rebondir par rapport à un premier et savoir comment on peut le réitérer par rapport à... aux autres qui arrivent, des nouvelles, la discipline qui évolue, comment nous on veut la faire évoluer, parce que c'est aussi un petit peu ça, essayer de marquer un peu l'histoire, de laisser une trace, d'écrire quelque chose, d'avoir quelque chose de remarquable. Donc en dehors d'être la meilleure du monde, c'est qu'est-ce que je peux apporter dans ma discipline, pour moi, pour me faire plaisir, pour trouver un intérêt à continuer, et bien sûr performer.
- Speaker #0
Et qu'est-ce qui est plus dur, c'est de devenir championne ? ou de le rester sur le direct ?
- Speaker #1
C'est une bonne question parce que les deux finalement sont pour moi, ont été des étapes différentes. Donc un process différent. Les deux n'ont pas été évidents, ni l'un ni l'autre, forcément. J'ai envie de dire quand même que dans ma discipline, c'est peut-être la première fois, parce qu'on est un sport à hiérarchie et que c'est très compliqué de bouleverser la hiérarchie. peut-être encore plus à mon époque parce qu'aujourd'hui le règlement a complètement changé et on annonce des difficultés. Donc c'est déjà plus évident quand on fait quelque chose de difficile alors qu'avant c'était assez subjectif et les juges n'étaient pas forcément capables de s'en rendre compte. Donc quand on a inventé quelque chose, oui c'est joli, c'est nouveau, non mais c'est extrêmement dur à faire. Essayer de le comprendre. Ce processus-là, avec les hiérarchies, c'est beaucoup plus difficile à bouleverser. Aujourd'hui, c'est une mécanique qui marche plus facilement quand on est un petit pays et qu'on a une fille qui est très forte, elle arrive à bouleverser un petit peu tout ça. Mais en effet, c'est une étape de frustration de se dire que même le jour J, on a réussi à faire quelque chose de très fort et on le marque pour les juges. Ça n'a pas suffi la première fois parce qu'il faut le marquer plusieurs fois, d'année en année, et se dire non non mais je ne suis pas juste bien sur aujourd'hui. Les juges avaient besoin de se rendre compte sur plusieurs années qu'une fille marquait les esprits, la technique, quand on n'était pas les pays de la natation artistique. Chez nous c'était les Etats-Unis et le Canada qui ont créé ce... Cette discipline, quand on arrivait de ces pays-là, on avait une force un peu plus importante. Après, ça a été les Russes parce qu'elles ont dominé X années. Donc, quand on était nouvelle en Russie, on savait qu'elle était forte. Ce n'était pas forcément le cas puisqu'elle arrivait. Donc, en effet, quand on était française, ce n'était pas évident de se dire « mais si, elle peut gagner, en fait, c'est faisable » . Donc, ça a été assez long et frustrant parce que pendant deux ans, j'ai tout... Tout l'entourage qui nous disait « mais tu devrais gagner » , là, tu vas gagner. Forcément, ce que tu fais là, personne ne le fait, c'est beaucoup plus dur que les autres. Et ça ne marchait pas. Donc, qu'est-ce qu'on fait ? Est-ce qu'on arrête ? Parce que de toute façon, ça ne fonctionnera jamais. C'est comme ça, les Russes gagneront toujours et je ne peux plus rien faire, même si je suis meilleure qu'elles. Ou on va essayer de trouver encore le petit détail, la petite bête qui va faire que c'est une évidence. Si, je suis meilleure qu'elles, mais pourquoi ? Et tout ça, ça a été assez long et un peu frustrant pour moi. Après, le fait de chercher à réitérer, c'était de réinventer mon sport et ça, c'est un peu mon savoir-faire. Je ne vais pas dire que c'est plus facile parce que dans le quotidien, dans l'intention, c'est de l'attention, c'est de la persévérance, c'est de la recherche, c'est de la remarque, de l'observation tout autour aussi. Et forcément de la remise en question parce qu'on se dit qu'on part de zéro, je ne suis plus rien, il faut que je réinvente quelque chose. Donc, ce n'est pas évident. Mais ça a été beaucoup moins frustrant pour moi en fait et peut-être moins long aussi.
- Speaker #0
Parce qu'on voit les nageuses, ça a l'air facile mais c'est un sport qui est très très sportif.
- Speaker #1
Très compliqué aussi et alors justement il faut se dire que plus ça a l'air facile, plus ça a été travaillé. Et donc maîtriser et dans la force et dans la technique et dans l'artistique, dans le détail du savoir-faire. C'est un danseur étoile. On a l'impression que c'est que de l'art, mais bien sûr que ce sont des très grands sportifs. Et nous, notre discipline, elle allie la natation, le water polo, la gym, la GR et la danse. En gros, c'est ces cinq disciplines-là. On a pour habitude de dire que c'est un programme, c'est un 400 mètres et en apnée. Et pourquoi ? Parce qu'il y a des pics d'efforts sur des portées, sur des poussées, où on va sortir notre corps entièrement de l'eau, qui font vraiment explosif. Ça reste quand même un sport à endurance parce que c'est long, c'est entre 2 et 5 minutes. Maintenant c'est un peu plus court, ça va jusqu'à 4 minutes maximum. Et on est le trois quarts du temps en apnée. Donc c'est extrêmement épuisant, fatigant, et bien sûr que ça demande de la technique, du gainage, du maintien, du muscle, de la puissance. Donc tout ça c'est extrêmement compliqué à avoir en une fraction de seconde.
- Speaker #0
C'est pas évident quand on regarde de l'extérieur, mais du coup j'aimerais revenir à votre parcours. Comment vous êtes arrivée à la natation synchronisée ?
- Speaker #1
Alors un peu par hasard, il se trouve que j'ai appris à nager dans cette piscine en tant que bébé nageur. Mais moi j'étais vraiment attirée par la danse, la danse classique notamment. J'ai rêvé d'être petite rade d'opéra ou danseuse étoile. Et je suis née à côté d'Aix-en-Provence et dans ma ville il y avait un cours de danse, j'ai une grande sœur. Merci. qui avait fait ce cours de danse et ma mère avait remarqué que moi je voulais faire ça assez sérieusement et elle trouvait que c'était un peu de la garderie donc elle trouvait ça dommage de m'inscrire ici. Et je faisais déjà de la danse moderne dans cette ville à Bouc-Balère et c'est en discutant avec ma prof de danse moderne qu'on a découvert la synchro. Je ne sais pas pourquoi, elle lui a parlé de la natation synchronisée qu'il y avait à Aix-en-Provence. Elle dit mais vous savez il existe la natation synchronisée à côté de chez vous et je sais que Virginie aime. L'eau, puisqu'elle a su nager très tôt, et c'est un lien entre la danse et la natation, donc peut-être que vous pourrez tester, je ne sais vraiment pas pourquoi elle lui a parlé de la synchro, et donc on a testé en cours d'année, alors en cours d'année c'était en... En novembre, chose qu'aujourd'hui dans le club ne serait impossible, parce qu'en 86 c'était un tout petit club, donc on a pu m'accueillir en cours d'année, me tester et me prendre, alors qu'aujourd'hui on est 160 licenciés, c'est impossible. Donc j'ai eu la chance de pouvoir tester à ce moment-là, et c'est vrai que ça m'a plu, je me sens très à l'aise dans l'eau, c'est très artistique, c'est un monde dans lequel je me plais. L'année d'après, j'ai pu trouver aussi un excellent cours de danse classique à Gardanne avec une prof qui sortait du conservatoire d'Aix et qui m'a énormément apporté. Donc j'ai pu faire les deux en parallèle et à un moment donné, il a fallu que je choisisse. Et c'est vrai que mon premier amour de la danse est parti parce que j'avais commencé à 10 ans les compétitions. Je crois aussi que je suis une compétitrice et que j'ai gagné mes premières compétitions aussi. Je me suis lancée plus dans la synchro que la danse classique, mais ça a été quelque chose qui m'a énormément apporté de toute façon, la danse.
- Speaker #0
Et est-ce que être ici à Aix-en-Provence a apporté quelque chose ou c'est où la ville n'a pas d'influence sur votre parcours ?
- Speaker #1
Alors, le cadre, forcément, parce que... J'y suis bien. Je suis quand même partie 13 ans à Paris pour être à l'INSEP, donc à l'Institut National des Sports, pour m'entraîner avec l'équipe de France. Toujours licenciée avec Saint-Provence, mais je suis partie quand même vivre à Paris. J'aurais pu y rester. Je suis revenue, ce n'est pas pour rien. Donc, c'est que le cadre me plaisait. Le club en soi, au départ, n'était pas aussi gros qu'aujourd'hui. Donc, quand il y a une nageuse qui commence aujourd'hui avec Saint-Provence ou un nageur, il peut se dire, oui, le... L'organisation et le cursus de l'histoire de cette ville et de ce club m'a porté forcément parce qu'il y a une force, une organisation, un savoir-faire qui va porter forcément les nouveaux athlètes. Moi je suis arrivée, c'était un tout petit club et en fait le club a monté avec moi. Donc il s'est structuré en même temps, je ne vais pas dire que c'est grâce à moi mais ça a aidé sur la suite mais il s'est structuré au fur et à mesure où j'étais là. et la ville a mis forcément un peu les moyens, en tout cas l'aide, pour que ça puisse s'organiser. Donc forcément, Aix a aidé à développer mon club. On a eu une personne de la fédération qui est arrivée pour monter un pôle Espoir. Moi, j'avais 12-13 ans, j'ai vu arriver ces filles-là de 15 ans. Il n'y en avait que 2-3 au début, mais elles nous ont ouvert les yeux aussi sur le haut niveau. Et donc c'est parce que ça a été possible avec le CREPS, qui est à Aix-en-Provence, l'accueil d'une personne qui avait un peu plus encore de savoir-faire et a pris les moyens des piscines qu'on a parce qu'il faut avoir des créneaux, l'espace et la piscine Yves Blanc, nous on avait aussi la piscine universitaire qui est une super piscine pour nous parce qu'on peut avoir l'espace et la profondeur donc les infrastructures de la ville sont indispensables donc forcément la ville a aidé dans mon processus aussi.
- Speaker #0
Moi quand je suis arrivé à Aix, c'était 2002-2003 le nom de Virginie de Dieu était partout. Et du coup, il y avait vraiment, j'ai l'impression, après je ne sais pas si vous l'avez vécu, comme si vous étiez portée par la ville, par les habitants. Alors moi à ce moment-là,
- Speaker #1
c'est vrai qu'entre 2000 et 2007, c'était mon apogée. Je n'étais plus là, je n'étais plus présente ici puisque j'étais à Paris. Maintenant je revenais nager régulièrement parce que je nageais encore pour le club. Au championnat de France, je revenais les week-ends et je revenais aussi pour les remises de récompenses. Moi, je ne l'ai pas trop senti dans le sens porté parce qu'au quotidien, je n'étais pas là. Mais forcément, il y avait des articles parce que j'avais des résultats tout le temps. Il n'y a pas une compétition où je ne revenais pas avec des médailles. Donc, c'était un peu dans ce sens-là, je pense. C'est vrai que Sport Santé en a énormément porté. L'histoire m'a dit que j'étais la plus grande sportive avec Soas parce que je remportais tout à ce moment-là et qu'au niveau des points, j'étais au-dessus des autres quand il essayait de comparer, alors que ce n'est pas forcément comparable, les sports. Il y en a qui font plus de compétitions que d'autres et donc c'est un cumul de points. On a plus de points quand on fait des compétitions tous les week-ends, mais c'est moins important. C'était quand même mis en avant par rapport au sport de la ville. Oui, apparemment j'ai marqué l'histoire du sport Aixois.
- Speaker #0
Mais pas seulement Aixois, parce qu'il y a plein de petites filles qui vous ont vu et qui ont voulu faire ce sport. Oui, il y a prévu une imposition nationale, forcément. Et même internationale, je dirais. Je crois que j'ai vu il y a quelques jours sur vos réseaux le témoignage d'une championne du monde. Grecque, oui. C'est ça qui a fait ce sport parce qu'elle vous a vu en vidéo. Donc ça fait quoi d'avoir cette aura ?
- Speaker #1
Ça fait forcément plaisir, c'est sûr. En plus c'est un peu pour ça qu'on le fait. Dans un sport artistique, on a envie d'inspirer, on a envie de partager quand on fait nos programmes. Donc de donner des vocations, de faire naître des vocations, je trouve ça génial. Et à mon sens, je... Je n'ai sûrement pas dû le faire assez parce que mon sport n'est pas très visible, en tout cas en France. Alors peut-être qu'en Grèce c'était plus visible, je sais qu'en Italie aussi ça l'est beaucoup. J'ai d'autres amis, aujourd'hui qui sont devenus des amis, qui m'ont dit « mais oui, moi je t'ai vue petite à l'international, à la télé, et ça m'a donné envie » parce que je pense que j'ai apporté quelque chose d'autre. Donc c'est quand j'ai expliqué que se réinventer et réinventer son sport quand on est une première fois championne du monde, il faut avoir la force de revenir, de réitérer. Et c'est ça que j'ai réussi à faire quand j'ai ces retours. Tu nous as fait rêver, tu nous as donné envie. Ce programme-là, il nous a donné des frissons. Et c'est génial parce que j'ai réussi à raconter une histoire dans une performance. Et c'est l'aboutissement de ce qu'on a voulu faire, en fait. Donc, c'est ces retours-là, plus qu'une médaille ou qu'un jugement d'une note qu'on attend. Donc, quand on entend ça, c'est absolument génial, complètement.
- Speaker #0
Vous avez bouleversé votre sport, ce qui n'est pas donné à tout le monde, parce qu'on ne peut pas revenir avec le même programme d'un championnat à un autre.
- Speaker #1
Alors on peut, mais ça peut ne pas marcher ou on peut le faire mieux, parce qu'un 400 mètres ou un 100 mètres en natation, on nage toujours de la même manière, et c'est le temps qui compte, donc on peut revenir pareil. Mais dans notre sport, c'est vrai que c'est plus intéressant en tout cas. Sinon moi je m'ennuie, c'est plutôt ça. Vous racontez une nouvelle histoire, c'est ça ? Oui, complètement.
- Speaker #0
Vous parliez de l'importance du championnat du monde. J'ai une question. Vous avez été aussi médaillée olympique. Est-ce qu'il y a une différence de hiérarchie ? Une médaille qui est plus importante ? Est-ce que c'est plus important d'être médaillée aux Jeux olympiques ? Est-ce que c'est plus important d'être championne du monde ?
- Speaker #1
Chez nous, on n'a pas les mêmes disciplines dans la compétition. En effet, par exemple, le solo n'est pas olympique. Ce n'est pas une épreuve olympique. On n'a que le duo et l'équipe. Et encore, moi, quand j'ai commencé aux Jeux d'Atlanta, il n'y avait que le ballet d'équipe. C'est une organisation, le CIO, c'est toujours un problème d'entrée de médaille, de jour de compétition, de nombre d'athlètes. Donc ils sélectionnent des choses. Dans l'histoire de la synchro, il y avait le solo et le duo aux Jeux Olympiques, depuis 1984 à Los Angeles jusqu'à Barcelone. Et en fait, notre discipline a failli disparaître. Pour telle ou telle raison, je ne sais pas. Ils ont essayé de mettre le ballet d'équipe à Atlanta parce que c'était encore plus spectaculaire. qui se sont dit, bon là, Au niveau des ventes des billets, ça va marcher, donc c'est ce qu'ils ont fait. À Atlantane, ils n'ont mis que le balai d'équipe, ils ont supprimé Solo Duo. Et ce qu'il y avait de très rébarbatif et pas très intéressant pour le public, c'était les figures imposées. On est en bonnet blanc, maillot noir, on passe individuellement devant le jury, il n'y a pas de musique, c'est très sérieux et c'est lent, les figures sont très lentes. Donc ça, c'était encore aux Jeux Olympiques jusqu'à Barcelone. Pour le Solo Duo, c'était moitié la note technique de cette figure imposée et moitié le programme en musique. qui faisait la note. Et donc, ça a évolué un petit peu. On a eu un programme technique à la place des imposés. Donc, c'était un ballet avec de la musique. Et ça a resté plus spectaculaire. Et ils ont eu raison parce qu'Atlanta, c'est une des premières disciplines qui s'est vendue, qui a été remplie. Donc, ça a très bien fonctionné. Le règlement, à ce moment-là, faisait qu'il n'y avait que 8 équipes, 8 pays représentatifs aux Jeux Olympiques, alors qu'il peut y en avoir une quarantaine aux championnats du monde. Et ce n'était pas représentatif des Jeux Olympiques, parce que le but des Jeux, c'est la représentativité mondiale, le multi-pote des personnalités. Donc ils ont rajouté le duo à Sydney en en mettant 24. Il y a 24 pays qui ont pu participer, mais ils n'ont pas rajouté le solo. Et jusque-là, c'est ça. L'organisation des Jeux, c'est le duo et le ballet d'équipe. Par exemple, je suis championne du monde en solo. Je n'ai jamais pu être championne olympique parce qu'il n'y a pas le solo. Donc au niveau hiérarchie de la médaille... Je ne peux pas comparer parce qu'elle n'existe pas aux Jeux Olympiques. Pour moi, quand on fait une discipline, avoir envie d'être la meilleure de sa discipline, le solo, c'est hyper important. D'être championne du monde, c'est hyper important. Après, les Jeux Olympiques, ça reste universel. C'est beaucoup plus regardé, beaucoup plus médiatisé ou vulgarisé. C'est vrai que notre discipline étant très confidentielle, on la voit finalement une fois tous les quatre ans et c'est aux Jeux Olympiques. Donc être médaillée olympique, être champion olympique, ça a une extrême importance, surtout sur le grand public on va dire. Dans le monde du sport, tous les autres sportifs qui pratiquent d'autres sports connaissent Montpalmarès et donc on l'a... La reconnaissance de mon savoir-faire parce que je suis championne du monde et pas championne olympique parce qu'ils connaissent la difficulté, l'intérêt et la difficulté. Alors que le grand public, s'ils ne m'ont pas vue au jeu, ils ne peuvent pas savoir que je suis championne du monde. Donc c'est plutôt ça qui est différent. Mais la médaille olympique, ça reste tous les quatre ans aussi. Chez nous, les champions du monde, c'est tous les deux ans, donc ce n'est quand même pas évident non plus. Mais il y a cette difficulté qui rentre en compte en plus. On a du mal à le comparer, mais on va dire que c'est une autre histoire. C'est peut-être un monde parallèle. Et être médaillée olympique, c'est rentrer dans une autre famille. C'est ça. Pas championne olympique, mais médaillée olympique, c'est rentrer dans une sphère hyper importante.
- Speaker #0
Il y a une ambiance des Jeux aussi. Vous avez fait combien de compétitions ?
- Speaker #1
J'en ai fait trois en tant qu'athlète et j'en ai fait cinq après en tant que consultante.
- Speaker #0
Je connais bien l'ambiance aussi. Puisque vous êtes consultante à la télévision maintenant. D'ailleurs, on s'est rencontré il y a deux ans maintenant pour la Flamme Olympique, les Jeux Olympiques de Paris. Ça fait quoi d'ailleurs de porter la Flamme Olympique dans sa ville ?
- Speaker #1
C'est encore autre chose. Mais même rien que de porter la Flamme déjà, c'est un honneur. parce que On sait que le nombre est encore plus petit, ce n'est pas parce qu'on est médaillé ou champion olympique qu'on va l'apporter. Donc c'est une reconnaissance en fait. Et alors là, je l'avais déjà porté pour Athènes, pour les Jeux de 2004, à l'INSEP justement, dans mon école, on va dire, dans ma deuxième maison. Là, d'être choisie ici et à Aix-en-Provence, devant ma famille, mes amis, c'est encore autre chose et c'est touchant en fait, c'est se rendre compte. avec son entourage qui n'a pas pu forcément être là sur d'autres moments. C'est encore plus touchant, j'ai envie de dire. C'était plus important pour moi encore de le faire avec son province.
- Speaker #0
Puis symboliquement, au moment où vous avez la flamme, c'est le moment où la patrouille de France est passée, il me semble.
- Speaker #1
Oui, j'ai eu un moment, en effet, sur un petit nuage, la patrouille est passée au moment où j'ai porté la flamme, tout à fait.
- Speaker #0
Moi ce jour-là j'étais sur la scène en haut du cours Mirabeau, donc on s'est rencontrés après. C'est pour ça que j'ai eu envie de vous inviter parce que vous avez un parcours exceptionnel. D'ailleurs... C'est vivre les Jeux en France, du coup, en tant que consultante cette fois-ci, vous ne les avez jamais vécues en tant qu'athlète, mais les vivre en tant que consultante, c'est différent, qu'est-ce que ça importe ?
- Speaker #1
Les vivre en France, il y a peut-être deux questions en une. Les vivre en France, c'est le rêve de tout athlète, alors même si voyager, aller à Sydney, à Atlanta, c'est génial, quand on est sportif, on se dit « alors la prochaine compétition, c'est où ? » Donc ça fait plaisir de partir. Mais forcément de les faire en France, ça a une autre portée. La famille vient beaucoup plus facilement, mais on est complètement porté par son public et en plus mis en avant par les médias et donc visibilité grand public multiplie, et ça c'est certain. Donc avoir envie de le vivre, je peux comprendre les athlètes qui ont continué, qui ont poussé pour vivre ça ou qui reviennent, parce que c'est un moment unique et ça arrivera. qu'une fois dans sa vie. Ça serait génial, en effet. C'est génial de pouvoir vivre ça. Le fait d'être consultante, moi, je me porte une mission aussi. Je l'ai un peu portée durant ma carrière, parce que je suis quand même quelqu'un d'assez introvertie et qui n'avait pas forcément envie de parler devant un grand nombre ou d'être interviewée, sachant aussi que des fois, les paroles sont déformées. Donc, ça fait... Pas du bien parce qu'après on a des retours vis-à-vis des articles qui sont sortis. Mais non, je n'ai pas dit ça, ça n'a pas été exprimé de la bonne manière. Donc il fallait apprendre à avoir une gymnastique aussi pour expliquer d'une certaine manière, pour ne pas que ce soit déformé. Donc c'est aussi un savoir-faire. Je me suis portée cette mission parce que mon sport n'était pas assez visible, n'était pas assez reconnu. Et donc j'ai pris sur moi en disant, si, il faut que tu le fasses, parce que c'est important pour ta discipline, pour les autres, pour l'avancée de notre cursus. Et d'être consultante, ça va dans ce sens-là aussi, c'est vulgariser mon sport, essayer de donner un intérêt au grand public, ceux qui trouvent que c'est gnangnan, ou ceux qui peuvent trouver que c'est trop facile, essayer de leur expliquer autrement, de donner un intérêt. Donc moi je trouve ça hyper intéressant, parce que c'est l'expliquer autrement, et le donner envie à des personnes qui ne connaissent pas du tout. Et les premières personnes à qui je demande, c'est « c'est bon, vous avez compris, c'était clair » . Il faut que ce soit limpide pour moi. Je trouve ça déjà intéressant pour ma discipline et après c'est mettre en valeur les athlètes, donc parler d'eux, parler juste du jour J. J'ai été consultante aussi sur le plongeon. Pourquoi je l'ai fait ? Parce qu'en fait je savais qu'ils n'allaient pas prendre un spécialiste parce que France Télé avait pas les moyens de prendre une autre personne. Mais par contre moi je connaissais ces athlètes-là. Je savais comment ils avaient travaillé, leurs blessures, sur quoi ils étaient passés dans l'année. Ce n'était pas juste dire qu'ils ont bien plongé, qu'ils n'ont pas fait des clabsures, que la technique était bonne, mais c'est raconter leur histoire. Sur la synchro, c'est la même chose. C'est d'expliquer comment ces filles-là vivent. On n'est pas professionnels, elles s'entraînent 8 heures par jour. Essayer de trouver de l'aide aussi pour essayer de continuer à avoir cette discipline-là. C'est tout ça qui est intéressant, je trouve, quand on est consultant.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a des similitudes entre être consultante et être athlète ?
- Speaker #1
Peut-être le stress de ne pas se tromper, que ce soit dans sa discipline ou quand on parle, de ne pas dire de bêtises. Il peut y avoir ce petit premier stress de bien faire, ça c'est certain. Après, ce n'est quand même pas du tout la même chose dans le process de... de soi la personne physiquement parce qu'on ne peut pas fournir le même effort mais intellectuellement il y en a un aussi donc ça va être comparable comme quand on fait un team building dans une entreprise et qu'on va expliquer un objectif final comment comment le prépare comment on le met en avant comment on le valorise donc c'est chacun son sema mais c'est finalement le même processus quoi ça oui par contre oui mais
- Speaker #0
Du coup, je pense à quelqu'un d'autre qui est champion du monde. Le talent est héréditaire, puisque votre fils, Maceo, venait de Dieu, est double champion du monde, junior. Jeune, donc c'est moins de 16 ans. Moins de 16 ans. Après les juniors,
- Speaker #1
ça dépend des catégories.
- Speaker #0
D'accord. Et est-ce que c'est vous qui l'avez poussé dans cette voie ? Est-ce que vous, au contraire, vous... Vous avez essayé de leur dissuader ?
- Speaker #1
Il y a un juste milieu peut-être ? Oui, il y a un juste milieu. On ne l'a absolument pas poussé. Mon mari est également sportif de haut niveau, donc on sait tous les deux ce que c'est. Il était en équipe de France de baseball et on s'est rencontrés à l'INSEP tous les deux comme ça. Donc pour nous, c'était important que nos enfants fassent du sport, pas forcément du sport de haut niveau, parce qu'on sait ce que ça apporte comme valeur de respect, de partage, de persévérance. de savoir faire c'est à dire que le sport triche pas quand on veut réussir quelque chose on est obligé de travailler et je trouve qu'aujourd'hui dans le monde où tout est facile avec internet c'était moins évident à comprendre donc pour nous le sport ça reste important pour une l'école de la vie tout simplement donc on voulait qu'ils fassent du sport après il fallait trouver lequel que ça leur fasse plaisir avant tout donc on les a initiés à plusieurs choses on leur a ouvert les yeux et l'esprit mon grand par exemple a fait beaucoup plus de de test que le petit parce qu'il savait moins ce qu'il aimait. Et c'est vrai que Maceo, dès le début, c'est un artiste. Il dansait tout le temps à la maison. Donc j'ai bien compris qu'il fallait lui proposer ce genre de sport. Donc il a fait de la danse très rapidement. Il a fait de la gymnastique parce qu'il me semblait que pour un garçon, c'était aussi intéressant. L'acrobatie, il aimait ça. Et c'est lui qui nous a demandé assez tôt de faire de la synchro. Parce que, bien sûr, il m'a vue. Il se trouve qu'il avait 4 ans quand moi j'ai repris la compétition avec le duo mixte, donc avec un garçon. Donc je pense que naturellement, petit, il ne s'est pas posé la question, comme d'autres garçons peuvent se dire, où on ne voit que des filles. Lui, il a vu maman faire avec un garçon. Donc c'était normal de faire aussi ce sport. Donc vouloir le faire, c'était aussi logique pour lui. Mes deux enfants ont fait les bébés nageurs, donc ils ont su nager très tôt. Le Grand a plutôt fait des sports de ballon, basket, foot, tennis et waterpolo. Il a fait pendant un bon moment du waterpolo et c'est vrai que le Maceo c'était des sports artistiques. Donc à partir du moment où il a fait de la danse et de la gym, lui il a demandé l'asynchro. Mon mari s'est posé la question, parce que la gym ça reste encore assez ouvert aux garçons, enfin un peu plus commun on va dire et pas trop l'asynchro. Il avait surtout peur des critiques de ce qu'il allait... pu prendre ce qu'il aurait pu prendre comme remarque et comme discrimination il fallait être fort aussi pour pouvoir continuer et persévérer là dessus lui il a mis le holà plutôt là dessus on va attendre, on va voir ses envies, être sûr que c'est son envie propre et pas vouloir faire comme maman Donc quand on lui pose la question, vous pourrez un jour sûrement l'interviewer, il va vous dire, moi j'ai attendu deux ans pour pouvoir faire de la synchro alors que je le voulais. En effet, on a un peu attendu. Après pour moi, il n'a pas perdu son temps parce qu'il a fait d'autres sports qu'il lui a apportés complètement aujourd'hui. Et voilà, au bout de deux ans, je lui ai dit, là on va en faire un frustré, donc on va arrêter de lui dire non et on va lui proposer, on va voir après comment ça marche. Donc pendant un moment, il a continué danse, gym et synchro. Il m'a assez vite dit, maman la gym moi j'arrête parce que c'est pas assez artistique. Donc il savait vraiment ce qu'il voulait. Et il a continué la danse et la synchro. J'ai insisté sur la danse parce qu'à un moment donné il avait déjà trop d'entraînement de synchro et il y avait de la danse qui était comprise dedans mais c'était une heure de danse un peu tranquille alors que lui il était au conservatoire. Donc j'ai négocié le fait de ne pas faire la danse avec le club mais garder de la danse au conservatoire pour que... Moi, j'avais envie vraiment de lui ouvrir les portes et ne pas le freiner à un sport et lui dire, voilà, tu as le choix. Qu'est-ce que tu préfères si tu vas plus loin dans l'un et dans l'autre, en fait ? Donc, il a eu cette possibilité-là. Et c'est de lui-même, bien sûr, il a voulu continuer la synchro. Rentré en compétition, je pense qu'il est compétiteur aussi, un peu comme moi. Donc, il s'est rendu compte que dans la synchro, la compète vient plus tôt, en tout cas, que la danse. Et que ça lui plaisait.
- Speaker #0
Les chiens ne font pas des choses.
- Speaker #1
Et voilà, après, en effet, la suite, il est rentré en équipe de France il y a deux ans, alors qu'il était déjà le meilleur garçon de sa catégorie l'année d'avant, mais il n'avait pas l'âge. Donc un petit peu de frustration aussi qui a dû forcément un petit peu le pousser à aller plus loin. Et cette année, les premiers champions du monde, il gagne en solo, il gagne en duomiste, il fait une médaille en équipe, c'est la première fois. catégorie confondue qui a une médaille en ballet d'équipe. Même en senior, en championnat du monde, on n'a jamais eu une médaille. Notre meilleur résultat, c'est quatrième au championnat du monde. On a été championne d'Europe en ballet d'équipe, mais on n'a jamais eu une médaille en équipe. Et là, ils le font chez les jeunes, donc c'est la première fois.
- Speaker #0
Chapeau. Et comment on vit le titre mondial de son enfant ?
- Speaker #1
Alors, dans les gradins, c'est pas évident, parce que je suis maman, mais je suis en effet aussi entraîneur, j'interviens très souvent. dans le club, donc le PAN, le pays d'ex-natation. Et je l'ai entraîné malgré moi, parce que je n'ai jamais demandé à le faire. Mais comme les entraîneurs, j'ai toujours eu l'habitude de venir aider sur des chorégraphies ou sur des moments suivant les demandes des entraîneurs. Elles m'ont toujours demandé de venir, et aussi quand ma CO était là. Il se trouve qu'au championnat de France, quand il a fait les championnats de France, comme son entraîneur avait beaucoup de solos, elle me confiait aussi ma CO. Donc j'avais d'autres... nageuse en même temps, mais elle, elle en prenait. Et moi aussi, on partageait ça. Et c'est elle qui m'a confié ma CO au championnat de France. Donc, au championnat de France et aux interrégionaux, donc les étapes d'avant. Donc, j'ai eu l'habitude d'être à côté de lui pendant la compète et ça, c'est plus facile. Parce qu'on contrôle aussi ses émotions, on se sent utile. Je lui donne des infos, des billes. Et donc, être championne de France, c'est bien, t'as fait ton job. Il n'y a pas trop de... Il y a de l'émotion, mais on se l'enfouit. Je pense que je suis comme... Je suis avec lui comme avec une autre nageuse, donc c'est de la rigueur et c'est de l'attention, de donner au bon moment pour la compétition, pour le mettre dans un bon état. Quand on est dans les gradins, on ne peut plus rien faire, et donc ça c'est très très dur pour moi, en effet. Donc l'émotion est là, on est un peu plus envahi par ce moment-là, et heureuse qu'il s'épanouisse aussi, parce que c'est son envie, c'est son résultat. Il y a forcément plein de risques. La première année où il était en équipe de France, il a été champion d'Europe aussi. Et quatre jours avant sa perf, il ne devait pas partir parce qu'il est tombé. Il s'est fait une blessure la veille de partir à la compète. C'est plus ce processus-là qu'il a fait. Il a pu nager et en plus il gagne, ce qui a fait que je me suis effondrée à ce moment-là. Au championnat du monde, il avait son organisation à peu près normale, les stages. Par contre... Le fait d'accomplir son résultat, oui, c'était génial aussi. C'est un moment où on se laisse déborder.
- Speaker #0
Et c'est plus difficile d'être sur le bord du bassin ou d'être dans l'eau ?
- Speaker #1
Sur le bord aussi, parce que dans l'eau, on est acteur et on a l'habitude de contrôler ses émotions. Et on a un job à faire en fait. On est focus là-dessus, on est concentré. Et l'émotion, elle va arriver après avec tout le monde, avec l'entourage ou sur le podium. Elle n'est pas quand on nage, alors que sur le bord du bassin, encore une fois, on en voit le truc et on ne contrôle plus. Donc l'émotion arrive, les sentiments sont là, donc c'est plus dur. Oui, c'est plus dur en tant qu'émotion, c'est pas plus dur en tant qu'acteur, parce que quand on le fait, forcément c'est quelque chose de compliqué.
- Speaker #0
Oui, c'est quelque chose qu'on maîtrise en fait. Mais du coup, vous avez vu l'évolution du sport sur toutes ces années. Est-ce que le sport de haut niveau a changé depuis vos années de sportive ?
- Speaker #1
Alors, le sport de haut niveau en soi, je pense pas. Je pense qu'il demande les mêmes qualités, les mêmes intentions, le même cheminement, le même processus. Parce qu'il y a l'entourage, il y a la demande technique des juges, donc il faut prendre en compte tout ça. Mon sport à moi a évolué, bien sûr, parce qu'il y a eu le règlement qui a changé, il y a le savoir-faire, comme dans toute discipline. Même quand on a un matériel, le matériel évolue, nous on n'a pas de matériel en soi, mais quand on est un nouvel athlète... On acquiert les informations des meilleurs, donc forcément on va plus loin, on a des difficultés qui arrivent au fur et à mesure, et le règlement. Ma discipline a énormément évolué en vitesse, parce qu'on a raccourci le temps de la discipline, mais on a voulu faire autant de choses dans un temps plus court, donc forcément on va beaucoup plus vite. Quand on regarde mes premiers balais à Atlanta, on nageait très loin, c'était assez lent, mais en effet c'était long. C'était beaucoup plus long, les apnées étaient plus longues. Aujourd'hui, les apnées sont plus courtes, mais c'est encore plus cardio. Là-dessus, ça a évolué. Et bien entendu, ce que je vous ai expliqué, le règlement qui a été révolutionné et qui a complètement changé en annonçant ces difficultés. Donc, il y a moins la place à la créativité. Ça va venir parce qu'il faut l'engranger, cette nouvelle organisation et réglementation. et on a moins le choix de... de créer parce qu'en fait on a une grille qui existe et on doit piocher dans cette grille pour composer nos figures. Du coup j'ai envie plus de parler de création parce qu'on compose les éléments après les autres pour créer une nouvelle figure. Mais le mouvement a déjà été utilisé. Donc justement moi j'ai créé des mouvements qui sont aujourd'hui dans la grille de difficulté. Aujourd'hui, on peut le faire sur les portées. En balai d'équipe, créer un nouveau porté, on le filme, on l'envoie à la Fédération internationale pour dire qu'on a cette nouveauté, combien ça vaut. Sur les figures, individuellement, les jambes en l'air, que ce soit en duo ou en solo, aujourd'hui, il n'y a pas de process qui permette de dire j'ai créé une nouvelle figure, combien elle vaut. Avant c'était faisable mais il n'y avait pas de points. Donc on créait comme on voulait mais il n'y avait pas de points. Donc c'est cette façon de faire qui est une gymnastique. Il y a une stratégie qui est mise en place parce que dans l'année aussi on ne va peut-être pas tout montrer. Parce que les autres pays, les autres clubs vont savoir combien de points on annonce. Et les autres vont vouloir faire plus forcément avant la dernière compète. Donc il ne faut pas trop en dire. pour pouvoir en garder sur le coude au dernier moment. Et il faut souvent cacher sa chorégraphie pour ne pas montrer tout ce qu'on a fait pour stratégie. Donc ce n'est pas le même processus. C'est plus compliqué, j'ai envie de dire, pour les entraîneurs, beaucoup. Parce qu'en effet, il va falloir être très stratégique. Avant, on faisait sa chorégraphie, il fallait se la préparer physiquement. Et on ne pensait plus qu'à ça, finalement, que ce soit parfait physiquement. qu'on l'assume dans la difficulté de l'athlète, plus qu'il ne faut pas qu'on nous pique ça, il faut qu'on mette des difficultés à tel moment et à d'autres moments. Après c'est un apprentissage aussi.
- Speaker #0
Il y a une chose qui a changé par contre depuis vos années d'athlète, c'est les réseaux sociaux aujourd'hui. Ces réseaux sociaux, est-ce qu'ils modifient la pression qu'ont les athlètes ?
- Speaker #1
Sûrement. Bien entendu, on l'a encore vu sur les Jeux Olympiques d'hiver, les meilleurs qui arrivent avec un savoir-faire, on a l'impression que c'est des robots, ben non, c'est des humains, parce que les gens ne se rendent pas compte, mais chaque petite parole, alors qu'on ne les voit pas, donc ils se permettent de dire ce qu'ils veulent, sans filtre, ça peut faire très très mal, et rien qu'une chose anodine pour eux, donc oui, ça peut engendrer. Dans la tête, des matières grises, ça peut détruire complètement des personnes même. Ça peut aller jusque là. Donc il faut faire très attention. À mon époque, on n'avait pas encore ces réseaux-là. Donc finalement, c'était bien pour ça. C'était pas forcément bien dans la connaissance de notre discipline et justement nos aides financières qui peuvent être plus faciles aujourd'hui. Mais en effet, pour la préparation mentale, c'est... et il faut savoir l'utiliser et savoir aussi dire là je regarde plus, je n'écoute plus parce qu'il faut que je reste concentré dans ma bulle en fait. Les gens qui parlent, il faut les laisser parler. Donc oui, c'est compliqué.
- Speaker #0
Et est-ce que la compétition vous manque ?
- Speaker #1
Alors oui, c'est ça qui manque en premier. Quand on arrête, on sait très bien qu'on va avoir un manque d'adrénaline et un vide de... Le cheminement de processus, d'objectifs, la compétition, c'est un moment qui nous fait vivre l'extraordinaire et qu'on n'arrive pas toujours à reporter. Donc il faut aussi savoir, quand on arrête, se dire je dois trouver une adrénaline ailleurs. Comment ? C'est un peu la question. La question de plaisir est hyper importante déjà dans notre métier, dans notre... organisation familiale ou professionnelle. Donc oui, la compète manque. Après, il faut en être conscient. Il faut se dire aussi qu'il y a un temps à tout. La compétition, elle est là grâce à son corps. Et son corps, c'est son outil de travail. Mais à un moment donné, il dit stop aussi. Donc il faut en être convaincu. Si on ne se dit pas, j'aurais pu encore... Dans la tête, tu peux, mais avec le corps, tu ne peux pas. Donc il faut arriver à jauger tout ça et à se l'expliquer, se donner des raisons. Donc après, quand on comprend pourquoi on est, entre guillemets, obligé d'arrêter ou on doit arrêter, on comprend qu'on accepte que la compétition ne soit plus là. C'est plutôt ça, quoi.
- Speaker #0
Et en dehors de l'entraînement et d'être consultante, vous avez une autre activité depuis que vous avez quitté la compétition ?
- Speaker #1
Je suis architecte intérieur designer, donc c'est mon métier que j'ai fait en parallèle de mes études, de ma carrière. pendant que j'ai fait mes études en parallèle de ma carrière. C'est mon métier. Maintenant, ce n'est pas que mon métier parce qu'en effet, je ne suis pas trop sortie du monde du sport. J'ai une double casquette. Je suis consultante pour la télé, mais j'ai envie de dire que c'est anecdotique puisque c'est seulement tous les 4 ans. C'est 5 jours tous les 4 ans, donc on n'en vit pas. Je suis par contre consultante. Je peux intervenir pour des team building et des interventions d'entreprise. ça je peux le faire pas assez pour que ce soit mon unique C'est un métier mais je peux en faire régulièrement, c'est quelque chose que j'apprécie aussi, c'est partager, échanger et donner notre savoir-faire dans un parallèle pour notre profession. Et j'entraîne aussi de temps en temps, que ce soit ici à Aix-en-Provence ou même à l'étranger, puisqu'on m'appelle à l'étranger pour monter des chorégraphies notamment, ou une demande technique. C'est du one-shot, c'est des interventions. Souvent les équipes nationales ont leur entraîneur et elles me demandent d'intervenir pour aussi une bouffée d'air parce qu'on a tellement de chorégraphie à monter qu'elle-même ça leur fait du bien. Donc je suis chorégraphe, j'interviens et après je laisse l'entraîneur continuer, je peux revenir pour faire des modifications.
- Speaker #0
De plus comme une consultante. Voilà,
- Speaker #1
donc j'ai ça aussi.
- Speaker #0
D'accord, et si vous regardez maintenant votre carrière, est-ce qu'il y a quelque chose que vous aimeriez changer dans votre carrière ou vous êtes satisfaite du parcours que vous avez eu ?
- Speaker #1
Alors, changer, non, parce que je pense que j'ai pas mal abouti à pas mal de choses. Maintenant, le fait de ne pas avoir de médaille en équipe, c'est quelque chose qui m'a manqué. Et peut-être insister sur une organisation, une aide extérieure qu'on aurait pu avoir, je pense. Et on s'en est rendu compte en tant que nageuse, mais on n'a pas eu ou trop notre mot à dire ou la possibilité. Donc ça, je regrette de ne pas l'avoir dit un peu plus fort, en fait. Parce qu'on est un sport d'équipe et on ne choisit pas nos entraîneurs. C'est la fédération qui a deux entraîneurs et on doit faire avec. À un moment donné, je pense que ça n'a pas suffi pour notre équipe. Il y a des consultants comme moi, en chorégraphie, qui voulaient travailler avec la France et ça n'a pas été accepté. Je pense que c'est une erreur de la fédération de ne pas avoir mis ça en place pour l'équipe.
- Speaker #0
Un peu trop fermé.
- Speaker #1
Oui. C'est ça. J'ai pu le faire sur le solo avec beaucoup de difficultés. Parce que l'entraîneur que j'avais à ce moment-là a été excellent et m'a énormément apporté. Mais chorégraphiquement parlant, je ne m'y retrouvais plus et je n'arrivais pas à avancer. Donc j'ai eu besoin de travailler avec quelqu'un d'autre. J'ai travaillé avec un entraîneur russe pendant deux ans. Ça a été très compliqué parce que ça n'a pas été accepté. C'est moi qui l'ai prise en charge à 100% la première année et finalement ils ont vu que ça avait apporté ses fruits. Enfin c'était pas contre la France et la Fédération parce qu'elle n'était pas là toute l'année. C'est encore une fois une consultante. Et donc la deuxième année ils m'ont un peu aidée. Mais ça a été quelque chose de très lourd aussi pour moi et mentalement à supporter. Et j'aurais dû le faire pour l'équipe avant. Et ça n'a pas été fait non plus parce que c'était vraiment impossible. Je l'ai vu après quand j'ai voulu le faire toute seule, donc c'était compliqué. Mais je trouve ça dommage parce qu'en effet, ce n'est pas craché sur l'organisation française. On a des super structures, on a une super organisation et un super savoir-faire. Mais des fois, on a besoin d'une bouffée d'air en fait. pour upgrader, pour aller plus loin. Et c'est cette ouverture d'esprit et cette curiosité de temps en temps qui manque en effet à la France. Et on voit, il y a de très bons athlètes qui sont de très bons entraîneurs qui sont obligés de partir à l'étranger. Parce que la France est carrée, c'est comme ça et ça ne sera pas autrement alors qu'on pourrait travailler différemment pour être encore plus fort. Donc c'est ce regret-là que j'ai sur l'entièreté de ma carrière. Après, le fait de ne pas avoir de solo au jeu... C'est forcément un regret, mais j'y suis pour rien.
- Speaker #0
Je ne peux pas recommencer. Vous n'avez pas pu le changer. On arrive à la fin de cette interview. J'ai une dernière question quand même, qui est la question habituelle, une question presque piège, parce que je veux savoir quel est le lieu que vous préférez à Aix-en-Provence.
- Speaker #1
Ce n'est pas un piège, parce que je sais exactement, c'est la place d'Albertas.
- Speaker #0
La place d'Albertas, tiens.
- Speaker #1
Alors j'ai énormément de lieux avec, j'adore ma ville et c'est aussi pour ça que je suis revenue. Le cadre, bien sûr il y a le soleil mais ça reste une ville en étant un peu familiale, je trouve que ça reste à échelle humaine. Donc ça me plaît beaucoup et c'est vrai que la place Albertas c'est un petit cocon qui fait... Semi fermé, semi ouvert et mon mari quand je l'ai fait descendre à Aix aussi, il a flashé sur cette place là donc ça reste un coup de coeur.
- Speaker #0
C'est la plus photographiée, la plus filmée d'Aix. Peut-être en plus.
- Speaker #1
J'aime beaucoup la photographie aussi, c'est vrai que moi-même je fais machinalement des photos sans arrêt quand je suis dans la ville et la place d'Albertas c'est mon coup de coeur. En plus, j'habite à Bouc-Bel-Air, il y a les jardins d'Albertas, donc il y a une histoire aussi. dans ce nom-là, peut-être.
- Speaker #0
Merci beaucoup d'avoir accepté cette invitation et de nous avoir appris tant de choses sur la natation artistique. Merci beaucoup. Et donc, c'est ainsi que s'achève cet épisode des gens d'Aix. Et je remercie Virginie Dedeux qui est venue à notre rencontre pour nous parler de sa carrière exceptionnelle, elle qui a fait briller, qui fait briller encore aujourd'hui Aix-en-Provence. Si vous avez aimé cette discussion, si elle vous a touché, Vous pouvez la partager à vos amis autour de vous, vous pouvez parler des gens d'Aix et puis vous pouvez aller, si vous avez le temps, mettre un petit like ou un pouce sur toutes les plateformes d'écoute, que ce soit Apple Podcast, Spotify, Deezer ou même YouTube. Ce podcast, vous pouvez le voir et l'écouter grâce à Arthur Busson et à Nicolas Barcelot à la technique. Vous pouvez aussi venir sur les réseaux sociaux, sur Instagram ou sur Facebook pour me dire un petit peu ce que vous avez pensé de cet épisode. Je serai ravi de répondre à vos questions. Alors maintenant, il ne nous reste plus qu'à se dire au revoir et on se retrouvera bientôt avec un nouvel invité qui, j'en suis sûr, fera parler les Exxons.