Speaker #0Les derniers moments de l'enfance. La fin d'année a toujours été un moment important dans la famille Birkin. Madame Birkin, très nostalgique des grandes fêtes de famille qu'elle célébrait enfant, mettait beaucoup d'efforts à reproduire cet esprit de fête dans la famille qu'elle avait créée avec son mari. Monsieur Birkin, lui, n'était pas très attaché à la tradition des fêtes de fin d'année, mais se pliait de bonne grâce au désir de son épouse. En plus des parents, la famille Birkin comptait trois enfants. Hortense, l'aîné, Sylvain, le cadet et Arthur, le benjamin. Chaque Noël, toute la famille contribuait à faire de cette tradition des fêtes de fin d'année une occasion pour recharger ses batteries en famille et affronter plus sereinement la nouvelle année. Mais en cette fin d'année 2004, Madame Burkine était inquiète. Elle sentait bien que ses trois enfants étaient préoccupés, voire carrément distants, et craignait qu'ils ne soient pas dans de bonnes conditions. pour célébrer l'esprit de Noël. Elle adressa donc une prière à celui-ci pour qu'il leur vienne en aide. Son vœu arriva jusqu'aux oreilles de l'esprit en question qui se décida à mener son enquête auprès des enfants Burkine. Vous vous imaginez peut-être que l'esprit dont nous parlons a la forme d'un vieux monsieur à la barbe blanche vêtu de rouge ou à la limite d'un petit lutin joyeux. Eh bien, vous ne pouvez pas être plus loin de la réalité, car... En vérité, l'esprit qui depuis des années veillait sur la famille Burkin était un petit singe qui se faisait appeler Saru. Vieux de plusieurs milliers d'années, il était évidemment très sage et avait le pouvoir de lire dans le cœur des gens. Saru commença son enquête par Arthur, le benjamin de la famille. Âgé de seulement 5 ans, il finissait son dernier jour d'école avant les vacances. La maîtresse souhaita de très bonnes fêtes de fin d'année aux enfants. et insista sur le fait d'être bien sage avant la venue du Père Noël. Ses propos eurent une résonance particulière dans le cœur d'Arthur. Depuis quelques jours, il se posait justement beaucoup de questions sur le Père Noël et n'osait pas en parler à ses parents. L'origine de son mal-être prenait source dans la découverte d'une cachette secrète dans le placard du salon. Lui qui voulait prendre par surprise sa famille en se cachant, il se fit prendre à son propre jeu en découvrant la voiture télécommandée qu'il avait demandé. dans sa lettre au Père Noël. Depuis, beaucoup de questions se bousculaient dans sa tête sur la logistique et les modalités de livraison des cadeaux. Au fond de lui, Arthur commençait à comprendre, mais c'était une vérité qu'il ne voulait pas entendre. Saru porta alors ses mains à ses oreilles et quitta le cœur d'Arthur. Le vent d'hiver le porta jusqu'à la rue de la maison Burkin, où il trouva Sylvain. qui y rentrait du collège accompagné de ses deux meilleurs amis, les frères d'Assylvain. « C'est vrai que Claire est très jolie, mais Lydie a l'air beaucoup plus mature, si tu vois ce que je veux dire ! » raconta l'un des frères pendant que l'autre ricanait. « Ça vous dit un foot, après ? » propose Assylvain. Les deux frères le regardèrent surpris. « T'as pas compris qu'on avait un double date après ? Donc non, on n'a pas le temps pour tes jeux de gamins ! » répondit l'un des frères, puis... Ils continuèrent leur chemin en laissant Sylvain, seul. Le jeune garçon rentra alors chez lui en courant et se réfugia sous sa couette. Il pleura quelques minutes et se releva pour se regarder dans le miroir de sa penderie. Ces derniers temps, il se sentait en décalage avec ses proches amis. Il ne pensait qu'aux filles ou à des trucs de filles comme les vêtements ou leur coupe de cheveux. Lui, il s'en fichait de tout ça. Alors oui, le concept de fille... L'intriguait un peu, mais il avait le reste de sa vie pour s'en soucier. De toute façon, il se trouvait moche avec ses grosses joues dues à son appareil dentaire et ses boutons qui commençaient à apparaître sur son front. Il n'avait pas envie de changer. Finalement, tout ce qu'il voulait, c'était de jouer au foot avec ses copains. Au fond de lui, Sylvain commençait à comprendre, mais c'était une vérité qu'il ne voulait pas voir. Saru posa alors ses mains à ses yeux. et quitta Sylvain. Dans la chambre d'à côté, il trouva Hortense qui faisait les 100 pas. Sur son bureau était posée une myriade de dépliants pour divers cursus post-bac. Pendant les derniers week-ends, ses parents l'avaient emmenée à toutes les journées portes ouvertes, mais rien n'était clair pour elle. Son père la voyait bien en médecine, sa mère la poussait à faire du droit. Elle, ni l'un ni l'autre. Pourquoi devait-elle choisir maintenant d'ailleurs ? Qu'est-ce qu'il se passerait si elle se trompait ? Eh bien, elle raterait sa vie, tout simplement, car ce choix qu'elle devait faire allait impacter son avenir professionnel et sa future place dans la société. Elle était bonne élève et elle avait donc le choix. D'ailleurs, qu'est-ce qu'elle aurait fait si elle n'avait pas eu de bonne note ? Du théâtre, certainement. Pas besoin de diplôme pour en faire. Et elle adorait ça. Au fond d'elle, Hortense commençait à comprendre. Mais c'était une vérité qu'elle ne voulait pas dire. Saru porta alors ses mains à sa bouche et quitta Hortense. Ce soir-là, le dîner fut particulièrement morose. Autour de la table, les enfants Burkin étaient silencieux. et chacun était absorbé par ses pensées. Même M. Burkin remarqua que quelque chose clochait. Lui qui, d'habitude, ne voyait rien. Mme Burkin tenta d'animer le repas en mentionnant le programme des vacances, en commençant par le réveillon de Noël qui aurait lieu le lendemain. Mais les enfants semblaient totalement absents. Même Arthur, son petit dernier, ne voulait pas entendre parler de Noël. Mme Burkin était complètement désemparée. Elle redoutait particulièrement le temps des souhaits. Avant d'ouvrir les cadeaux de Noël, cette tradition consistait, pour chaque personne présente, à prendre la parole et à formuler son souhait pour l'année à venir. C'était toujours un très beau moment, et d'après la légende, c'est à cet instant que l'esprit de Noël les bénissait. Or, Madame Birkin craignait que les enfants refusent de perpétuer cette tradition familiale. Pour elle, il n'y avait rien de plus beau que des vœux partagés à haute voix. Elle renouvela alors sa prière et alla se coucher. Durant la nuit, Sarou fit le bilan des révélations de la journée. Arthur ne croyait plus au Père Noël, Sylvain n'acceptait pas de grandir et Hortense n'était pas prête à faire un choix pour son avenir. Des situations très différentes, mais qui partageaient un point commun. Elles étaient chacune des derniers moments d'enfance. Ces moments n'étaient pas simples à accepter. Alors, il décida de leur offrir un cadeau. Le lendemain matin, chaque enfant fut réveillé par Madame Burking qui entrait tour à tour dans leur chambre pour tirer les rideaux. Petit à petit, ils comprirent ce qu'elle souhaitait leur montrer. Dehors, un grand manteau blanc avait recouvert toute la ville. Chacun s'habilla alors pour l'occasion et sortit dans le jardin. Bataille de boules de neige, montage de bonhommes et dessins d'anges sur le sol animèrent cette journée du 24 décembre. Ils en oublièrent même leur préoccupation de la veille. Mais c'était sans compter... l'arrivée du reste de la famille Burkin. Les oncles, tantes, cousines et grands-parents allaient très vite faire revenir les enfants à leur morosité. Cela démarra sur le pas de la porte, lorsqu'Arthur alla dire bonjour à sa grand-mère et que celle-ci lui demanda s'il était impatient de recevoir la visite du Père Noël. Peu après, alors que Sylvain demanda à ses deux cousines légèrement plus âgées si tout allait bien, elles prirent à peine le temps de lui répondre et pendant le repas, Il fut surpris de constater qu'elle le pointait du doigt et ricanait. Enfin, lorsque le dessert fut servi, leur tante posa à Hortense la question fatidique. « Alors ma petite Hortense, tu as décidé ce que tu allais faire l'année prochaine ? C'est très important, tu sais. » Ces trois événements, pourtant séparés, eurent pour effet d'annuler tous les bienfaits de cette journée d'amusement enfantin. Et les enfants Burkin se firent bien silencieux jusqu'à la fin du dîner. Lorsque les assiettes à dessert furent débarrassées, tous se tournèrent vers Madame Burkin pour démarrer la fameuse tradition du temps des souhaits. Mais alors que celle-ci allait s'exprimer, elle fut interrompue par Monsieur Burkin qui voulait dire quelques mots avant. C'est étrange, mais cette année, je sens que quelque chose me pousse à prendre la parole devant vous. Très certainement ma merveilleuse femme qui m'inspire en perpétuant cette tradition. De mon côté... Vous le savez, cela n'a jamais été tellement mon truc, les fêtes de fin d'année. À vrai dire, c'était surtout une période un peu triste durant mon enfance. Mes parents étaient pauvres et nous avons, mes frères et moi, très vite dû travailler à l'usine pour subvenir à nos besoins. À cause de cela, j'ai l'impression d'avoir grandi très vite sans apprécier les petits plaisirs de l'enfance. Du moins, c'est ce que je pensais jusqu'à aujourd'hui. Mes enfants, lorsque je vous ai aperçu jouer dans la neige avec insouciance, cela a fait ressurgir un lointain souvenir enfoui dans ma mémoire. Je devais avoir 14 ans et c'était pendant les vacances scolaires. À chaque période de congé, nous nous arrangions pour travailler à l'usine du coin. Mais un jour, une tempête de neige recouvrit toute la région d'une épaisse couche de neige et il nous fut impossible de nous déplacer jusque là-bas. C'était la première fois depuis très longtemps que nous nous retrouvions en famille. D'habitude, soit mon père travaillait, soit c'était ma mère, et la plupart du temps, c'était les deux. En tout cas, cette configuration nous a rendus perplexes. Alors, afin de mettre un terme à ce malaise, mon propre père proposa un jeu. Nous fûmes tous étonnés par sa proposition, lui qui était d'habitude si sérieux. Il nous invita à nous mettre autour du téléphone, que nous venions tout juste de faire installer. Il me demanda de décrocher le combiné et de composer le numéro qu'il me dicta. J'étais très intrigué. Allait-on demander à quelqu'un de nous rejoindre par cette neige ? Il avait parlé de jeu, mais... J'étais persuadé d'avoir mal entendu. Je tournais le cadran en chiffres par chiffres et mis le combiné à mes oreilles. La tonalité sonna plusieurs fois. Une voix féminine à l'autre bout du fil m'indiqua « Boulangerie du Centre, je vous écoute » . J'interrogeais alors du regard mon père et celui-ci me dit de demander un monsieur Bombeur. Ne comprenant pas du tout, je m'exécutais néanmoins et demanda à la dame s'il y avait un monsieur Bombeur dans sa boulangerie. « Vous devez vous tromper de numéro, jeune homme. Il n'y a aucun M. Bomber ici. » Mon père, se faisant pressant, me demanda alors d'insister et me précisa que son nom était Jean. Voyant son impatience, je suppliais alors la dame. « Vous êtes sûre ? Êtes-vous bien certaine que vous n'avez pas de Jean Bomber ? » Le silence, puis les éclats de rire que provoquèrent cette chute, furent les mêmes, peu importe l'époque. Ainsi, lorsque le silence reprit, M. Burkin put conclure son histoire. Cette simple blague m'a fait réaliser que, même si notre quotidien est dirigé par un monde d'adultes, il faut, comme mon père, garder son âme d'enfant et faire ce qui nous amuse. Et c'est ce que je vous souhaite, mes enfants. Vous grandissez chaque jour, mais n'oubliez surtout pas d'écouter la petite voix qu'il y a au fond de vous et qui vous dit d'être simplement heureux. À ces mots, Mme Birkin sauta au cou de son mari et l'embrassa. Lui qui ne s'exprimait que très rarement, son discours l'avait touché en plein cœur. La suite des déclarations furent toutes drôles ou émouvantes, très certainement inspirées par le discours de M. Burkin. Et lorsque ce fut au tour des enfants Burkin de s'exprimer, les parents furent soulagés de les entendre. Hortense souhaita être en mesure d'assumer ses choix d'orientation. Sylvain souhaita mieux s'entendre avec les garçons et... les filles de son âge. Enfin, Arthur souhaita de continuer à croire dans la magie de Noël. Saru, qui n'avait pas à louper une miette de la scène, serra alors ses paumes l'une contre l'autre et bénit la famille Birkin pour la nouvelle année. Mais avant de s'envoler vers d'autres aventures, il accorda un dernier coup d'œil à la table des Birkin qui paraissait heureuse et il fut surpris de croiser le regard de Madame Birkin qui lui murmurait « Merci ! » et à l'année prochaine. Merci d'avoir écouté cette histoire. Si vous l'avez aimée, n'hésitez pas à la partager et mettre 5 étoiles sur votre application de podcast. Enfin, si vous aimez les histoires de Papy Piro et que vous en voulez d'autres, faites-le moi savoir en commentaire. Merci à vous !