Speaker #0l'innovateur pressé. Il y a très longtemps, dans un royaume prospère, existait un village de créatifs. Ce village était connu et reconnu dans toute la région comme un endroit merveilleux. Habités par des menuisiers, des forgerons, des peintres, des philosophes, des architectes, tous avaient un esprit libre et une envie collective de créer. Pour preuve, les différents corps de métier adoraient travailler ensemble. Ils se rassemblaient pour... imaginer toutes sortes d'objets ou de concepts mêlant leur expertise. La seule règle était de s'amuser. Et cela leur réussissait puisque même si la productivité n'était pas le moteur, les inventions qui passaient les portes du village devenaient parfois de véritables innovations une fois à l'extérieur. Celle-ci était bien sûr minoritaire par rapport à tout ce qu'imaginaient les créatifs, mais cela suffisait à garder un village florissant. Enfin, il était de notoriété publique que les habitants y vivaient heureux. Mais ce bonheur n'était pas du goût de tout le monde. Depuis son château, le roi enrageait. Il était très mécontent car les innovations qui sortaient de ce maudit village avaient le don de mettre du désordre dans son royaume. Et bien que cela puisse apporter une certaine valeur à son peuple, il détestait le désordre. Pour endiguer cette menace, il se rendit personnellement au village des créatifs. Il déclara qu'une nouvelle loi avait été promulguée par ses soins et qu'elle les concernait. Afin de ne pas perturber l'ordre public, tout nouveau projet devra obligatoirement avoir été validé au préalable par le roi. Il argumenta ensuite qu'en tant que roi, il était le mieux placé pour connaître les besoins de son peuple. Mais content, les habitants tentèrent de se révolter. Malheureusement, le monarque ne s'était pas déplacé seul. Il avait avec lui son armée, et malgré leur imagination débordante, les créatifs, impuissants face à la force brute, n'eurent d'autre choix que de se soumettre à ce décret royal et demander la validation de toutes leurs initiatives. Le verdict tomba, la majorité des projets furent rejetés. Mais le roi était malin, il accepta pour les occuper quelques projets, les moins innovants bien sûr. Le temps passa et la capacité du village à proposer des choses vraiment nouvelles commença à s'émousser. Petit à petit, les habitants mirent de côté leur créativité pour se conformer aux attentes du roi et bientôt on ne fit plus la différence entre ce village et celui d'à côté. Et ce n'est que bien des années plus tard que démarre notre histoire. Jacques avait eu la chance de vivre une petite enfance heureuse et avait toujours été très bien entouré. Comme beaucoup, l'adolescence fut un peu plus complexe. Très intelligent, il n'arrivait pas à concevoir que ses camarades ne comprennent pas les choses aussi rapidement que lui. Et malheureusement, cela le conduisit à se replier sur lui-même. Très vite, il devint le mec bizarre pour les autres adolescents de son âge. Il se fit alors une raison, il serait solitaire. Et cela se confirma par la suite. Alors que beaucoup commençaient à trouver leur voie. Jacques n'avait pas le moindre indice sur sa vocation. Cela l'attristait beaucoup, car il voulait vraiment faire quelque chose de sa vie. Mais malheureusement, tout lui semblait insipide. Pour résoudre cette difficulté, il se dit qu'il n'avait qu'à tout tester. Du joyer au charpentier, en passant par le boulanger. Il allait tout faire. Il n'aurait ensuite qu'à choisir l'expérience la plus stimulante, ou la moins ennuyante. Durant une année, il rencontra pratiquement toutes... les disciplines. Et au bout de celle-ci, il ne lui restait qu'un dernier métier à tester. Celui de scribe. Et il n'y en avait qu'un dans le village. Doyen des artisans, le vieux Léonard avait la réputation d'être assez mystérieux. Personne ne savait réellement quel âge il avait et pour cause, il ne sortait que très peu de chez lui. Mais Jacques n'avait pas le choix. Cela faisait un an qu'il testait les différents métiers du village et pour l'instant, pas un. ne semblait lui correspondre. Scrib était en quelque sorte sa dernière chance. Même si, pour être honnête, il n'avait pas encore très bien compris à quoi pouvait donc servir un Scrib. La première fois qu'il alla chez Léonard, celui-ci ne lui ouvrit même pas la porte. Mais Jacques était résilient. Il se présenta tous les matins pendant une semaine pour que le vieux Léonard accepte de le prendre comme apprenti Scrib. Excédé par ce harcèlement quotidien, Léonard finit par demander au jeune Jacques Mais enfin, pourquoi veux-tu absolument devenir Scribd ? Et la réponse du jeune le surprit. « Je ne sais pas encore si je veux devenir scribe. » « Tout ce que je sais, c'est que c'est le seul métier que je n'ai pas encore testé. » Intrigué, Léonard l'invita à entrer chez lui et Jacques lui raconta son histoire. Touché par les efforts et l'abnégation du jeune homme, Léonard accepta de le prendre à l'essai. Très content que le vieux accepte enfin sa requête, le jeune homme lui demanda avec enthousiasme « Et du coup, ça fait quoi un scribe ? » Léonard faillit dégringoler de sa chaise et rit de bon cœur. Il était décidément tombé sur un sacré loustique. Pour lui présenter son métier, il expliqua simplement. Le scribe est le gardien des mots. C'est celui qui incarne la mémoire et la transmission. Puis, il lui confia sa première mission. Écrire un texte de loi que Léonard lui dicta et le recopier en 50 exemplaires. À la fin de la journée, Jacques n'en pouvait déjà plus. Pourtant, cela commençait bien. Il aimait l'odeur du papier et le son que sa plume faisait quand elle parcourait celui-ci. Mais le fait de recopier le même texte et les mêmes mots encore et encore l'avait profondément déprimé. Il avait l'impression que cela n'avait aucun sens. De plus, il n'avait jamais eu aussi mal à la main de toute sa vie. Le lendemain, il n'était donc pas très enclin à démarrer sa nouvelle journée. Mais alors qu'il allait commencer la 40e copie du texte de loi, une idée lui vint. Enfin, une idée. Une vision plutôt, celle d'un monde où il n'aurait pas à recopier lui-même les textes. Un monde où il lui suffirait d'appuyer sur un bouton pour avoir des milliers de copies de quelque chose. Quel beau monde ce serait. Et c'est ainsi qu'il se déconcentra et trempa sans s'en rendre compte un bout de son pouce dans l'encre. En attrapant le coin de la feuille et en la reposant, il vit donc apparaître son empreinte digitale là où il y avait son pouce quelques instants plus tôt. D'abord énervé puisque la page devenait inutilisable, il passa très vite à un autre sentiment. Il était fasciné par la forme que son empreinte avait. Les rainures suivaient un chemin bien défini et en regardant son pouce de plus près, il fut presque ému qu'un de ses doigts soit capable d'une telle géométrie. Foutu pour foutu, il retrempa son pouce dans l'encre et appuya très nettement le papier afin d'avoir une belle empreinte. En comparant les deux tâches, il s'aperçut qu'elles étaient quasiment identiques. Et c'est à cet instant qu'il fit le lien entre sa vision et ses empreintes. Et si au lieu des rainures de mon pouce, il y avait le texte que je suis actuellement en train de recopier ? Un genre de bloc qu'il suffirait de presser contre une feuille de papier. Évidemment, inventer et composer un moule pour une seule page me prendrait beaucoup plus de temps que de le recopier une fois ou peut-être même dix. Mais pour en produire cinquante... ou 100 exemplaires. J'irai beaucoup plus vite. Et cerise sur le gâteau, je n'aurai pas mal à la main à la fin de la journée. Le jeune Jacques trouva son idée brillante. Quelque chose dans son ventre s'éveilla et le poussa à faire ce qu'on ne lui avait pas demandé. Il prit une feuille de papier vierge et commença à matérialiser son idée par un schéma avec les étapes de fonctionnement du dispositif. Il travailla sur son schéma toute la journée en essayant de réfléchir à ce dont il avait... besoin pour que cela fonctionne et à la fin de celle-ci, il était prêt. Lorsque Léonard entra dans l'atelier pour récupérer les 50 exemplaires du texte, Jacques lui fit une présentation digne des meilleurs orateurs du royaume. Il spécifia même les ressources dont il avait besoin pour créer et faire fonctionner un prototype de son dispositif. Et pour couronner le tout, grâce à ses expériences précédentes, il savait précisément quel artisan contacter. Mais malheureusement, La réaction de Léonard ne fut pas celle qu'il espérait. Il était fou de rage. Mais pour qui est-ce que tu te prends ? Tu n'as même pas rempli la simple tâche que je t'avais confiée, alors même que tu t'étais engagé à la finir ce soir. Et en plus, tu me racontes que tu as passé la journée à travailler sur une machine qui est censée me remplacer. Tu te rends compte à quel point ta proposition est déshonorante pour moi ? Et puis, c'est très mal connaître la réglementation qui indique que tout nouveau projet doit passer... « Par le roi ! Tu nous as donc fait perdre un temps précieux ! » Le jeune Jacques tenta d'argumenter que ce n'était en aucun cas pour le remplacer et qu'il souhaitait simplement l'aider dans son travail quotidien, que ce n'était qu'une idée et qu'ils pourraient la développer ensemble, qu'en fin de compte, il voulait juste se rendre utile. Mais le vieux Léonard était trop énervé et le flanca à la porte. « Jacques ! » rentra chez lui dévasté. Pour une fois qu'il avait la sensation de faire ce qui lui semblait juste, il était apparemment complètement à côté de la plaque. Très agité, il n'arriva pas à dormir de toute la nuit. Dans son mal-être, il tournait et retournait son idée et ne pouvait pas s'empêcher de penser qu'elle ne pouvait pas être si mauvaise. Ainsi, le lendemain matin, il retourna à l'atelier du scribble pour lui proposer de nouveau son projet. Mais alors qu'il s'attendait à une réaction virulente du vieil homme, celui-ci se désola et dit « Tu n'es vraiment pas croyable comme jeune homme » . Et à ces mots, il le fit entrer dans son atelier et lui tendit un livre sur lequel il y avait écrit « Le Guide du Créatif » . Il s'affala ensuite dans un grand fauteuil de cuir et commença par s'excuser de sa réaction de la veille. Son attitude lui rappelait la belle époque du village des créatifs. Il lui raconta les belles créations que ce collectif inventait et qui parfois amélioraient la vie des autres. Il lui confia qu'à l'époque, il n'était pas scribe, mais conteur. Son boulot était de valoriser les idées et les inventeurs, de comment celles-ci naissent, se transforment et sont accueillies par le monde. Cela faisait de très belles histoires et il les narrait de village en village pour faire naître une petite étincelle. chez d'autres âmes créatives. Avec la nouvelle réglementation, il n'eut plus le droit d'être conteur, son activité étant considérée comme un trouble à l'ordre public. Alors, avant d'oublier toutes ces merveilleuses histoires, il se reconvertit en scribe et les écrivit dans un ouvrage qu'il appela le Guide du Créatif. Évidemment, il ne fut pas autorisé à le distribuer. ce qui le plongea dans une grande déprime. Pour survivre, il mit au placard l'œuvre de sa vie et ses convictions, pour répondre à des commandes. Jacques, il faut que tu comprennes que le chemin que tu t'apprêtes à prendre est semé d'embûches. Innover, c'est changer le monde, et ce n'est pas du goût de tous. En plus, nous vivons dans une époque où les habitudes rythment le quotidien. et tu seras vite considéré comme un fou pour tenter de l'échanger. Dans ce guide, tu trouveras comment tes prédécesseurs ont sué sang et eau pour développer leurs idées et faire de véritables innovations. Tous leurs apprentissages sont maintenant les tiens. Aujourd'hui, je te laisse lire l'œuvre de ma vie. Et demain, si tu es encore décidé, je t'aiderai à démarrer ton projet. Jacques s'installa contre un tronc d'arbre sur la place du village et commença un voyage merveilleux dans l'imaginaire d'esprits libres dont les convictions les amenèrent à travailler ensemble pour tenter de faire de grandes choses. Certains récits finissaient mal, et certains semblaient être suspendus, comme en pause à attendre que quelqu'un vienne continuer l'histoire. Et le lendemain, lorsque Jacques se présenta à l'atelier, il était sûr de lui. Il devait aller au bout de son idée. Ils commencèrent par les artisans, mais n'eurent pas... pas trop de mal à les convaincre de participer à ce projet. Cela faisait des années qu'ils attendaient de pouvoir exprimer leur créativité. Et bien que tous étaient partants, ils ne pouvaient s'engager s'ils n'avaient pas la validation du roi. Pour l'obtenir, ils décidèrent de mettre toutes les chances de leur côté en allant directement au château pour présenter leur projet. A leur grande surprise, ils n'eurent même pas à convaincre le roi. Celui-ci, se faisant trop vieux, il avait laissé la place à son fils, le prince, pour gouverner. Le prince fut particulièrement intéressé par des projets qui pourraient le distinguer de son prédécesseur. Et plus qu'une autorisation, il vit tout de suite une opportunité de s'en servir pour exercer son pouvoir et offrit de financer un premier prototype. De deux, ils passèrent à une équipe de cinq, puis de dix personnes. Le passage de l'idée à une... Une machine fonctionnelle fut long et fastidieux, mais à force de travail et de résilience, Jacques et son équipe finirent par créer une véritable machine à écrire. À la vue de l'appareil fonctionnel, Jacques ne put s'empêcher de repenser à tout chemin parcouru. Plus que le fait d'avoir trouvé sa voie, ou d'avoir concrétisé sa vision, il était simplement heureux d'avoir autant de personnes autour de lui. Et pour... inspirer les futures générations et perpétuer l'héritage du village des créatifs, ils décidèrent que le premier livre qu'ils éditeraient serait le guide du créatif. Avec l'ajout d'une histoire inédite, celle de Jacques, que tout le monde appelait maintenant l'innovateur pressé. Merci d'avoir écouté cette histoire. Si vous l'avez aimée, n'hésitez pas à la partager et mettre 5 étoiles sur votre application de podcast. Enfin, si vous aimez les histoires de Papy Piro, et que vous en voulez d'autres, faites-le moi savoir en commentaire. Merci à vous !