- Speaker #0
Les murs parlent, le podcast de la Cité internationale universitaire de Paris qui vous fait découvrir des histoires intimes et des anecdotes sur le patrimoine architectural du campus.
- Speaker #1
De l'extérieur, vous êtes devant une façade qui ressemble à une architecture voisine qui est celui du palais des colonies. pas très loin d'ici. Et on est en effet face à une architecture avec des décors africanisants. Alors je suis Julie Teguini et je suis maître de conférence Université Paris VIII et directrice de la fondation Lucien Paille, Maison des Africains. La Prade, il travaillait vraiment sur l'idée des arts décoratifs, c'est-à-dire on était dans les années 30. La maison, elle date de 1951 mais elle est conçue à partir des années 30. Ça devait être au départ la maison de la France d'outre-mer. On était encore en pleine colonie française. Et donc, c'était l'idée d'accueillir les élites coloniales qui vivaient en France. Par la suite, le temps passant et le bâtiment étant plutôt ouvert sur un moment de fin de l'Empire français, la destination du bâtiment était plutôt d'accueillir d'abord les élites des colonisés qui sont venus ici, des pays colonisés. Et enfin, avec les indépendances, ça a été une vocation d'accueillir des étudiants africains du monde entier, pas qu'africains. et très grande par rapport à la cité. C'est une maison de 192 logements au départ. Et il a voulu faire cette façade, qui est une façade à la fois rassurante avec ses grands piliers et ses décors. Quand je dis que c'est un décor africanisant, c'est parce qu'ici on a la tradition mère, source de douleur. Et vous voyez, on a des femmes africaines, les seins nus, dans une tradition très exotique de l'époque. Et vous avez de l'autre côté... Un autre type de décor de ce type, de bas-relief, on appelle ça. Et c'est la légende eau de source de fraîcheur, oui, qui est une scène de pêcheurs sous fond de paysages fluviales qui évoquent plus sans doute quelque chose lié à l'Asie. Ils ont été plusieurs architectes à faire ce bâtiment, qu'il les a fait avec deux collaborateurs qui sont Jean Vernon et Bruno Philippe. Et à l'époque, tous les trois avaient travaillé au Maroc. et dans beaucoup d'expositions coloniales, voilà. Et que donc cet imaginaire circulait beaucoup. Alors là, vous verrez que ce sol est assez admirable. Quand on arrive ici, c'est une des choses qui frappe toujours nos visiteurs. C'est ce sol, c'est ces mosaïques. Vous voyez que tout est fait de manière picturalement parfaite. Et ça forme une mosaïque magnifique. De même, les murs qui sont dans l'état d'origine et qui sont avec des fresques magnifiquement dessinées. On est sur des couleurs très ocres qui reprennent des tons chauds avec du rouge, du jaune, des couleurs sable et pareil sur les murs. Alors, je vais vous emmener dans ce qu'on appelle nous la salle des fêtes. Je pense qu'à l'origine, elle s'appelait ainsi, qui est vraiment désormais classée au mobilier. nationale et c'est un endroit extraordinaire. Je crois qu'on a ici une qualité d'accueil dans la beauté de ce lieu qui est assez invraisemblable parce que c'est un lieu qui est fait, comme vous le voyez, d'immenses tapisseries, de tapisseries de taille gigantesque qui évidemment valent les fortunes et c'est pour ça qu'elles sont aujourd'hui classées parce que c'est un bien culturel très rare. Elles ont été faites à Aubusson par l'atelier Hamot. Elles ont été faites à partir des cartons de René Bessombe. Elles s'appellent « La Tenture de l'Afrique » . C'est un ensemble de plusieurs tapisseries que vous avez de chaque côté. De ce côté-là, qui représente plutôt Madagascar, mais avec des éléments qui ne sont pas vraiment malgaches. Ce n'est pas un lémurien, c'est un singe, c'est des oiseaux qui ne viennent pas de là. Par contre, vous retrouvez là des éléments des rites funéraires du sud-ouest de Madagascar. notamment du pays Sakhalav avec ses poteaux et ses crânes de zébus. Et donc on est face à une allégorie des Afriques, une allégorie qui est à la fois fortement mythologisée, ça fait penser aussi à des tapisseries médiévales que l'on trouve dans des musées en France avec vraiment des éléments qui viennent de la religion catholique. Donc il y a une inspiration africaine sur une imagerie qui vient pas forcément des Afriques mais qui peut venir... de tableaux du Moyen-Âge. Et en même temps, on a tous ces croquis de voyage qui sont très intéressants. Il reste que c'est encore une fois teinté fortement de miroirs d'altérité, c'est-à-dire un sentiment que ce qui est regardé, c'est une Afrique fantasmée au temps de la colonisation. Et comme vous le voyez, on est sur un sol très spécifique qui est un sol qui est fait de trois bois exotiques dont de l'ébène. Donc vous voyez, on marche là sur tout un symbole aussi de l'extractivisme d'une certaine manière. Et donc ça nous permet nous aussi de ne pas oublier d'où en vient cette histoire. Et c'est pour ça qu'on est tout le temps en train de parler à la fois de l'histoire et à la fois de l'avenir et de débats importants autour des Afriques ici à Lucienpaille. Je crois que c'est une salle où on se sent bien, où les résidents se sentent bien parce qu'elle évoque le fait d'être à la fois ici et ailleurs. Alors vous voyez ici à Pâques, on a eu la chance d'avoir beaucoup d'artistes en résidence. A une certaine époque, je pense que c'était surtout dans les années 90. Et ici, vous avez plusieurs tableaux de ces artistes en résidence. Vous en avez là, là. Donc vous voyez, ça fait aussi partie de la vie de la résidence d'avoir pu accueillir autant d'artistes. Et aujourd'hui, on le regrette parce qu'on a moins cette possibilité, mais qui nous semblait d'une richesse infinie. Je vais vous conduire dans mon bureau. Je vous ai préparé des archives faites par la Prade et par le cabinet avec lequel il a travaillé pour le mobilier. Vous voyez, c'est un bureau qui est souvent utilisé pour les tournages de films parce que c'est un bureau extrêmement spacieux, très beau mobilier en bleu. Il y a des travaux souvent à paille, des travaux d'aménagement de chambres. C'est ce que vous entendez. Et donc je vous ai préparé. Quelques petits documents d'archives. On a encore la chance d'avoir ces boîtes ici à Paille. Et vous voyez, il y avait le bureau dans lequel nous sommes où le mobilier était pensé. Mais vous aviez aussi toutes les chambres des résidents qui étaient pensées dès l'origine avec un certain mobilier. Et là, vous voyez. Alors sur ce croquis-là, on voit un bureau, un lit avec des étagères qui fait une séparation dans l'espace. les livres et quelques petits tableaux. Et on imagine ici où sont les sorties, etc. Merci. Cette pièce, c'est au départ le bureau de l'intendant. Là, vous avez la réalisation du Zodiac en dessin et vous l'avez évidemment là-haut en vrai. Donc vous voyez, c'est un mur immense et c'est un patrimoine important de la maison. Un Zodiac, c'est toute la carte du ciel avec... des figures à la fois mythologiques entre animaux et hommes. Et il a été fait par quelqu'un qui s'appelle Ray Bradcock, il était architecte, décorateur, publiciste, il a fait mille choses. Il a beaucoup illustré d'ouvrages aussi, mais c'est un plafond assez extraordinaire et propice à un imaginaire inconnu dans les Zodiacs classiques, parce que c'est vraiment un Zodiac tout à fait africanisant. avec des animaux très singuliers. Je vais vous emmener aussi à la bibliothèque. Ça a été un lieu de la lutte au moment des indépendantes, de la lutte décoloniale. Donc ça a été un lieu important de réunion de la Fédération des étudiants d'Afrique noire. Et donc ça a été un lieu de grand militantisme de la part des étudiants africains en France pour les indépendances africaines. C'est aussi une histoire extrêmement intéressante de Lucien Paille. À ce moment-là, elle s'appelait la Maison de l'Afrique. Elle avait pu être rebaptisée. C'était une maison où les étudiants africains venaient avec des désirs d'émancipation, de la colonisation. Il y a eu des personnalités très illustres dans cette maison. Saint-Gaure, le président Léopold Sédar Saint-Gaure en a posé la première pierre. On a eu un président du Sénégal, un second président qui s'appelle Abdou Diouf, beaucoup d'artistes, Henri Lopez par exemple, un très grand écrivain et ambassadeur politique congolais, mais tant d'autres, des cinéastes, Syakomar Soko, des gens de toutes les Afriques. Mais si je vous dis tout ça, c'est pour vous dire que parmi toutes ces figures, beaucoup ont commencé à faire leurs armes politiques aussi ici. Il y avait beaucoup de directeurs ligotés, beaucoup de manifestations, de luttes. notamment qui pouvaient commencer sur des enjeux très concrets de cantine. Parce que je ne sais pas si vous l'avez remarqué, mais là on est dans la bibliothèque et si vous regardez par ces fenêtres par là-bas, sur la gauche, vous avez un bâtiment annexe qui était en fait la cantine, qui a été faite par la Pral, qui était un bâtiment avec une immense cantine. Mais à l'époque, les problèmes pouvaient commencer parce qu'on empêchait des résidents extérieurs de manger, des problèmes de cet ordre-là qui sont venus beaucoup plus importants sur des enjeux de bourse et de lutte pour l'indépendance.
- Speaker #2
Je connais quand même pas mal de monde dans la maison. Je ne vais pas dire que je connais tout le monde mais... Disons que je connais quand même la moitié ou plus de la moitié des personnes qui habitent ici. Et je peux dire qu'il y a presque tout, il n'y a pas que des Africains. Il y a quand même un mélange d'autres cultures. Il y a des Russes dans la maison, il y a des Français, il y a des Ukrainiens. Il y a un peu de tout dans cette maison. Je suis Kola Wali Daniel Abidjan et j'habite dans cette maison et je suis également le président du comité des résidents de cette maison. Je suis conservateur du patrimoine. Je suis également doctorant à CISJ Paris Université. Je fais une thèse par le projet en affiliation avec l'Institut National du Patrimoine de Paris. Je suis originaire du Bénin, de Pamamefon, d'Abome et de Pamope, Yoruba de Keto. La cohabitation et la rencontre des cultures se fait assez naturellement. Il n'y a pas de problèmes à signaler. Il y a des problèmes du quotidien qu'on peut avoir dans toutes les maisons. C'est très agréable de vivre ici parce qu'on rencontre des gens de toutes les cultures. Moi, j'ai vécu ailleurs avant de venir ici, mais ça fait trois ans que je suis là. Et je rencontre tous les jours de nouvelles personnes qui arrivent et qui partent. Et je pense que c'est une chance d'habiter ici.
- Speaker #3
Pour le coup, moi, je suis de nationalité bélminoise. Je viens de la ville de Porte-Nouveau. Moi, c'est Sidouan Aroton. Je suis étudiant en Master 2 en histoire du patrimoine et des musées à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. J'ai réalisé mon mémoire de Master 1 sur le mobilier artistique de l'ancienne Maison de la France d'Outre-mer, l'actuelle Fondation Lucien Paille. Je suis résident de cette même maison, maison que je sers en étant dans son communauté des résidents parce que je m'occupe des activités culturelles de la maison. Je pense que c'est sympa d'avoir la discussion et de poser la question de la nationalité parce que... Quelque part, tout le monde est fier quand même d'appartenir à une nation et d'exprimer, de dire librement « je viens de tel coin du monde » . Et voilà, comme on est dans une maison des Afriques, comme on est à l'Ussimpaye, je pense que c'est quand même une fierté de pouvoir dire « je viens du Bénin, je viens du Cameroun, je viens du Congo, je viens d'Afrique du Sud » . Pour le coup, ça nous permet quand même de mieux interagir et de savoir comment culturellement on peut être proche.
- Speaker #2
La nationalité anime aussi les taquineries qu'on fait entre nous parce qu'on se reconnaît aussi assez facilement. Quand on voit un Sénégalais, ça ne peut pas être à la sang. Quand on voit un Ivoirien parler, on connaît la sang Ivoirienne, on connaît la sang Cameroune. On dit « Ah, toi tu viens du Cameroun, toi tu viens de la Côte d'Ivoire, j'ai fait telle semaine au Cameroun, j'ai fait telle semaine à Abidjan, voici, voici » . Donc voilà, ça se passe très très bien.
- Speaker #3
Ça c'est la cuisine, c'est l'un des espaces communs que nous partageons en tant que résidents de cette maison. Là nous avons aussi des tables et des chaises qui nous permettent de partager des repas si on le décide à la cuisine. Aisément ça nous permet quand même qu'en cuisine de bavader, d'échanger sur toutes les formes de sujets qui nous intéressent en tant que résident. Il m'arrive de cuisiner par exemple des plats de chez moi que je peux... Je peux apprendre au Camerounais à cuisiner que je peux apprendre à l'Algérien ou au Tunisien. Et vice versa, il leur arrive aussi de nous montrer des plats de chez eux. Voilà, c'est aussi un espace où on apprend à cuisiner.
- Speaker #2
Par contre, il faut préciser qu'on connaît très bien les grands cuisiniers de la maison et quels sont les grands plats qu'ils font quand ils sont à la cuisine. Voilà, c'est des moments où on se taquine, on rigole beaucoup. Et comme Sidouane l'avait dit, c'est vraiment le premier espace de vie de la maison. Je vous montre ma chambre. J'habite ici depuis quand même bientôt trois ans, ou bien trois ans déjà. On a beaucoup de lumière dans les chambres, on a des étagères, une nouvelle table, une nouvelle douche qui a été agrandie. On ne se plaît pas. J'ai deux radiateurs dans la chambre qui permettent quand même de ne pas avoir froid. Je pense que c'est le premier obstacle qu'on rencontre quand on arrive. Quand on quitte un pays chaud pour un pays beaucoup plus froid, la première difficulté c'est quand même le froid. C'est bien d'avoir un chauffage qui marche et qui permet de régler ce problème-là, de se sentir en chaleur.
- Speaker #3
Sur la question des chambres, je pense qu'on peut le lier à l'architecte qui à la base déjà sait qu'il construit une résidence pour les étudiants. Et il a pensé à comment les résidents vont être dans ces chambres et quelle sera la question de volume, notamment avec deux grandes fenêtres qu'ils ont essayé de laisser ouvrir sur à la fois le parc de la cité ici de ce côté et de l'autre côté sur l'avenue Veil. Sachant bien sûr qu'il a dû construire sur un terrain rectangulaire, je pense qu'il a mis en avant la longueur. dans les choix qu'il a fait pour les chambres de résidents. Ça, c'est vraiment important parce que c'est ça qui nous permet de librement circuler dans nos chambres et de ne pas nous retrouver aujourd'hui dans des chambres trop petites, trop étroites.
- Speaker #4
Sybille Levotte, je suis historienne de l'architecture et archiviste. Albert Laprade est un architecte qui est né dans le Buzencé en 1883 et qui décède à Paris en 1978. Donc il a une carrière assez longue, qui court sur presque l'ensemble du XXe siècle. C'est un architecte qui a fait de brillantes études avant d'avoir une brillante carrière également. Il s'est formé auprès des architectes Gaston Redon, notamment à l'école des Beaux-Arts de Paris. Et il a par la suite aussi travaillé avec les architectes René Sargent et Henri Prost, qui va être un petit peu son maître à penser. Henri Prost, en 1915, quand Albert Laprade est blessé pendant la guerre, l'appelle au Maroc et il va finalement débuter sa carrière au Maroc. puisqu'il est diplômé de l'école des Beaux-Arts en 1913, Albert Laprade. Sa carrière commence au Maroc en 1915 avec ce pionnier de l'urbanisme moderne pour qui il va travailler sur des plans d'aménagement de villes comme Casablanca, Fès, Marrakech. A son retour en France au début des années 1920, Laprade va s'illustrer et c'est ce qui va sans doute le faire connaître. dans les grandes expositions internationales qui se déroulent à Paris en 1925, en 1931 et en 1937. Et on a notamment en tête le musée des colonies qui est construit à l'occasion de l'exposition coloniale internationale de Paris en 1931 et qu'il réalise en collaboration avec Léon Bazin et Longe-Losly et qui aujourd'hui abrite le musée de l'histoire de l'immigration. le palais de la Porte Dorée. La Prade va avoir par la suite une carrière aussi importante parce qu'il est architecte en chef des bâtiments civils et palais nationaux, ce qu'on appelle aujourd'hui les architectes des monuments historiques. Et cette casquette explique peut-être qu'il a une carrière très diversifiée. Il va à la fois faire la restauration de châteaux, la construction de maisons, un petit peu d'urbanisme puisqu'il a travaillé avec... prostes au Maroc, mais il va aussi après guerre construire des barrages, celui de Genissia par exemple. Et il va avoir aussi une action très importante qui est celle qu'il va avoir au sein de la Cité internationale universitaire. On ne sait pas très bien comment la commande lui parvient, mais on suppose que c'est par le biais de Raoul Dautry, qui était ministre de la reconstruction et qu'il a rencontré en fait au Maroc. dans les années 1915-1920. Albert Lapprad réalise quatre édifices au sein de la Cité internationale universitaire. Le premier, dans les années 1930, la maison de Cuba, qu'il réalise seul, et tout ça avant la Seconde Guerre mondiale. Les trois autres bâtiments qu'il réalise, il les réalise après la Seconde Guerre mondiale. En premier lieu, la maison de la France d'Outre-mer qui est l'actuelle fondation Paille qu'il achève en 1951. La maison du Maroc qu'il construit en 1953. Et à côté de la fondation Paille, un bâtiment qui est dévolu à la restauration et qui aujourd'hui est un bâtiment laissé vacant mais qui va prochainement revivre semble-t-il. Pour ces trois bâtiments-là, il va être associé. à deux jeunes architectes, plus jeunes que lui, qui sont Bruno Philippe et Jean Vernon. Et avec ces deux architectes, il va réaliser les trois derniers bâtiments qu'il réalise à la Cité internationale.
- Speaker #2
Donc là, on a Madame Angèle qui est là, qui est la maman de tous les résidents. On a des personnes très gentilles qui s'occupent de nous, à la fois les agents de sécurité qui sont ici et qui sont très, très gentils. Parce qu'elle voit tout, c'est l'œil de la maison. Même des choses qu'on ne sait pas qu'elle a vues, elle a vues, elle voit. Donc après, elle nous appelle et dit que j'ai vu telle chose, tu as fait telle chose, ça ce n'est pas bien, tu sais dans la vie, voici comment il faut se comporter, voici comment il faut faire.
- Speaker #5
Je suis d'accord, je suis d'accord, c'est vrai. La majorité des résidents sont très gentils, d'autres sont timides. Je ne dis pas qu'ils ne sont pas gentils, mais ils sont timides et ils ne parlent pas beaucoup. Donc on va les découvrir, mais la majorité sont très gentils. Moi, je m'entends très bien avec tout le monde.
- Speaker #6
Bienvenue à la Fondation Maison du Maroc, conçue au corps de la Cité internationale universitaire de Paris, qui est plus qu'un simple lieu de résidence, c'est un carrefour de partage, d'échange et de rayonnement culturel marocain. Je suis Moha Taourir, directeur de la Fondation Maison des Marocs. On commence par le salon marocain, c'est une architecture purement marocaine, les liches colorées et bien sûr la boiserie, donc c'est l'architecture qu'on retrouve partout dans les riades, ce qu'on appelle les riades des anciennes maisons au niveau du Maroc. Le style d'arriade c'est des salons en général, avec des patios, avec des galeries. Donc c'est un mélange avec des jardins cotés, des fontaines. On essaie de respecter un peu cette architecture parce que c'est convivial d'une façon générale et aussi on retrouve un peu tout ce qui est artisanat marocain. C'est l'idée d'une part vivre ici dans la maison de Maroc comme on vit bien sûr au Maroc et en même temps c'est un point. de rayonnement culturel, c'est normalement marocain à travers bien sûr la présentation de notre savoir-faire, surtout sur le plan artisanal. En général, nos invités viennent en premier lieu dans un premier temps bien sûr au salon marocain pour qu'on puisse les recevoir et puis par la suite on fait une visite guidée de façon générale sur tous les espaces de la maison. Voilà un grand portail.
- Speaker #1
C'était l'entrée-passée pas de la maison.
- Speaker #6
Boc, maintenant on a changé. Mais c'était... Si vous voulez, on peut le voir de l'extérieur parce que... Typiquement marocain avec bien sûr une porte en cuivre, habillée en cuivre. Il y avait un style marocain avec du Ausha et même la texture donc normalement c'est purement marocain. Et du plâtre, bien sûr. C'est des poteaux qu'on retrouve dans les riades et surtout c'est des patios. En général, les riades, c'est des patios. Donc on retrouve la même architecture pratiquement. Bon, là c'est un hall, c'est une galerie et c'est un hall d'exposition.
- Speaker #7
Je suis Brigitte Blanc, conservateur du patrimoine et je suis l'auteur d'un livre sur la cité universitaire, la cité internationale universitaire. Tout d'abord, il faut dire que cette maison est la dernière qui a été construite par la Prade. Il a beaucoup changé dans les années 80 parce qu'à l'origine, le bâtiment a été inauguré en 1953. Enfin, tout au moins, il a reçu ses premiers élèves à la rentrée d'octobre 1953. C'était un bâtiment d'une architecture très neutre, très fonctionnelle, comme la Prade en a produit à la fin de sa vie. C'est un bâtiment aux lignes très simple, percé de fenêtres régulières, avec comme seule couleur locale un toit en tuiles vernissées vertes qu'on retrouve au Maroc. Mais après la connotation, la couleur locale marocaine, elle est arrivée après, dans les rénovations qui ont lieu en 1982, à la demande du roi Hassan II, qui a fait intervenir son architecte privé, son décorateur préféré, l'architecte Pacard. Et c'est lui qui a créé ce salon marocain, le patio andalou, qui n'existait pas auparavant. Donc c'était une architecture beaucoup plus neutre qu'on a voulu « marocaniser » dans les années 80.
- Speaker #6
Le patio andalou, toujours il y a le jardin, l'eau, l'éclairage. Donc on respecte un peu ces trois paramètres. Et vous avez bien sûr là aussi le bois et une petite fontaine. une autre fontaine. Et donc là c'est la structure du patio indolu d'une façon générale, surtout pour les nouveaux arrivés, ils ne s'attendaient pas qu'à la maison de Maroc il y ait quand même ces structures. C'est surprenant parce qu'ils s'attendaient à un bâtiment alors que c'est autre chose. La maison de Maroc n'est pas un simple bâtiment, c'est une structure qui rappelle un peu la vie au Maroc d'une part et aussi qui représente notre culture. pour les étudiants, donc les rénovés, c'est pour la réflexion, les études. Un tableau qui reflète un peu... Le vestementaire marocain, donc le djellaba, le koftan, etc. C'est très ancien, c'est des berbères d'une façon générale, lorsqu'on regarde un peu les femmes. Ils sont dans un souk, un marché comme un souk, le marché. Normalement, c'est hebdomadaire.
- Speaker #7
Tout d'abord, il faut dire que cette maison est la dernière qui a été construite par la Prade. Il a réalisé trois maisons, c'est la dernière. Et en fait, il a été sollicité... par le général Juin, qui est alors résident général de France au Maroc, puisque le Maroc était encore sous protecteur à français. Et par lettre du mois d'avril 1949, le général Juin confie à la Prade l'étude d'avant-projet d'un bâtiment qui est prévu en deux tranches de 120 puis 80 chambres. Alors cette sollicitation s'explique vraisemblablement par un lien antérieur entre les deux hommes La Prade travaillait dans le service des plans de ville d'Henri Prost et en 1916, c'est vraisemblablement en 1916 que s'est fait cette rencontre, la Prade séjournait à Rabat où il travaillait sur le chantier de la résidence de France. Et Juin se trouvait lui-même à Rabat à ce moment-là, il avait quitté le front de France, on était pendant la guerre, attaché de camp du général Lyotel. Mais de toute façon, en 1949, donc 30 ans plus tard, quand il lui commande la construction de la maison, le général Juin connaît parfaitement l'architecture de la Prade puisqu'il loge alors dans la résidence construite 30 ans plus tôt par la Prade. Ce bâtiment constitue son cadre de vie quotidienne pendant 4 ans, de 1947 à 1951, quand il quitte le Maroc pour rejoindre le temps. qu'il connaît pleinement les qualités architecturales de l'œuvre de la Prade, aussi bien dans son habitation personnelle que dans l'organisation des services administratifs et militaires du protectorat. Donc là encore c'est l'expérience marocaine de la Prade et les contacts qu'il s'est créés là-bas qui expliquent en fait l'attribution de la commande à la cité universitaire, ce qui était le cas aussi pour la maison de la France d'Outre-mer.
- Speaker #0
Vous venez d'entendre Julie Péguigny, directrice de la Fondation Lucien Paille, Daniel Abidjo et Sidouane Aroton, résidents de la Fondation Lucien Paille, Sybille Levotte, historienne de l'architecture et archiviste, Moa Taourirt, directeur de la Fondation Maison du Maroc et Brigitte Blanc, conservateur du patrimoine. Les Murs parlent, un podcast produit par la Cité internationale universitaire de Paris et Friction.
- Speaker #1
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