- Speaker #0
Les murs parlent, le podcast de la Cité internationale universitaire de Paris qui vous fait découvrir des histoires intimes et des anecdotes sur le patrimoine architectural du campus.
- Speaker #1
Bonjour, je m'appelle Thomas Emery, j'ai 41 ans et je suis guide conférencier national depuis 2008. Alors ce que je fais, tout simplement je fais découvrir le patrimoine national à tout type de visiteurs, à tout type de public. Alors là depuis quelques années, principalement un patrimoine plutôt lié au XXe siècle, à l'architecture du XXe siècle, comme c'est le cas aujourd'hui, à la Fondation Suisse. Donc on est dans la Fondation Suisse. le pavillon des étudiants en Suisse qui a été construit entre 1931 et 1933 par Le Corbusier et son cousin Pierre Jeanneret qu'on a tendance à oublier très souvent. On peut même aussi me dire que Le Corbusier dans cette maison il a collaboré avec une femme très importante dans l'histoire du design en France et même à l'international c'est Charlotte Perriand. Et dans cette maison Charlotte Perriand va laisser son empreinte principalement au niveau des chambres et même dans la pièce où nous sommes, c'est-à-dire l'ancien réfectoire. Alors le corbusier c'est un architecte du courant plutôt du mouvement moderne ou moderniste. Donc un peu à l'image des architectes du Baos, c'est quelqu'un qui va privilégier par exemple l'utilisation de matériaux industriels, du béton armé, c'est plutôt être sa spécialité, même si dans la fondation suisse il va s'essayer à l'ossature métallique. Le verre, l'acier, il recherche généralement, du moins il veut supprimer tout ornement. à peu près tous les modernistes d'ailleurs, pas d'ornements en façade, encore moins à l'intérieur. Et puis surtout, il prône un retour à des formes géométriques très simples dans l'architecture. Souvent, le Corbusier, à l'époque, dans les années 20, il parle de boîtes. Plus tard, il parlera par exemple dans certaines constructions de casiers à bouteilles. Alors le commanditaire, c'est l'État suisse. Alors, c'est un peu plus compliqué que ça en réalité, parce que c'est surtout un professeur de mathématiques, enfin un mathématicien et professeur de mathématiques à l'université de Zurich, qui s'appelait Rudolf Hüther, qui va s'intéresser au projet de la cité universitaire, et il souhaitait que l'État suisse s'investisse dans la construction d'une résidence pour les étudiants suisses vivant à Paris. Il aime beaucoup ce projet de cité universitaire, il veut que la Suisse soit représentée. Au terme d'un imbroglio à la fois financier et administratif, finalement la Suisse s'engage à faire construire ce pavillon sur le terrain actuel. Alors que normalement un concours d'architecture a dû être prévu pour choisir l'architecte, Rudolf Hüther lui, il va imposer le corbusier. Parce que déjà à l'époque, il est extrêmement influent dans son pays. Alors le corbusier au départ, il n'a pas spécialement envie de construire ce bâtiment. Parce qu'il a été très déçu de ne pas avoir été choisi lors d'un concours d'architecture qui s'est déroulé dans son pays, en Suisse, visant à faire construire le palais de la Société des Nations. Et donc au départ, il n'est pas spécialement motivé pour construire cet édifice. Pour faire simple, oui, il était vexé. Il avait un gros caractère, il avait un sacré caractère, le monsieur. Et finalement, il va quand même construire cet édifice parce qu'il venait de terminer un cycle de construction de maison. dans lesquels il va appliquer une série de théories architecturales. Ça va lui permettre à la Fondation Suisse d'appliquer certaines de ces théories, mais cette fois-ci sur du logement collectif.
- Speaker #2
À la Fondation Suisse, on se trouve dans une maison qui, dans le style architectural, ne correspond pas à ce qu'on s'attendrait de l'architecture suisse typique. Ce n'est pas un chalet. Et c'était vraiment l'idée de Le Corbusier de construire quelque chose, de montrer le visage moderne de la Suisse. Je m'appelle Monica Corrado, je suis directrice de la Fondation Suisse. Pour moi, ce n'est pas, disons, le bâtiment en tant que tel, son architecture est importante. de par son architecte, bien évidemment. Mais ce qui est plus important pour moi, c'est vraiment dans ma programmation culturelle, par exemple, de mettre l'accent sur la Suisse. Donc d'établir toujours un lien avec la Suisse, mais dans le même esprit que dans l'architecture, de montrer cette ouverture de la Suisse au monde. C'est-à-dire, si j'invite des musiciens suisses, Ça ne veut pas dire qu'ils sont suisses, ils sont peut-être installés en Suisse, mais ils ont d'autres nationalités. C'est la même chose aussi pour le brassage, pour le mélange, le brassage de nationalités au sein de la maison. On a 50% de résidents qui n'ont pas la nationalité de la maison, qui ne sont pas suisses. Et c'est ça qui est important pour moi, je crois, cette ouverture de la Suisse au monde. Nous sommes ici dans le salon courbe, c'est notre seule salle commune. C'est un grand salon avec une très belle fresque de Le Corbusier, qui est à la fois notre salle de spectacle, notre salon, notre salle de réunion. C'est vraiment l'endroit où les résidents se réunissent pour... Il y a une télé aussi pour regarder la télé, il y a une table de baby-foot. pour jouer, il y a des jeux de société, il y a des livres, des journaux suisses. C'est l'endroit où on fait notre soirée de fondue. C'est aussi le seul endroit qui en était quand il fait très chaud, qui reste assez agréable à vivre parce que comme la maison est exposée sud, toutes les chambres sont exposées sud, il fait très chaud dans les chambres. C'est vraiment une salle qui est utilisée, mais qui est très agréable. Et qui a aussi le désavantage, justement, en fait, l'avantage, elle est très belle avec la fresque, le désavantage, elle a la fresque qui est protégée, qui est monument historique. Ça rend l'utilisation du salon assez difficile ou ça limite l'utilisation. Mais les résidents et résidentes l'utilisent quand même. Il y a aussi le piano qu'ils peuvent utiliser et qui est très, très régulièrement utilisé.
- Speaker #1
Donc là nous sommes juste devant la grande baie vitrée de l'ancien réfectoire qui est aujourd'hui la salle commune, la salle polyvalente des étudiants. Le corbusier, s'il privilégie les façades libres, c'est en grande partie pour faire entrer la lumière parce que selon lui la lumière c'est un élément qui permet de garantir un bien-être optimal à l'habitant et puis surtout chez lui, il veut casser cette notion de rupture qui est entre l'intérieur et l'extérieur. En d'autres termes, il a envie que vous ayez la sensation à chaque fois d'être dedans et dehors. On va aller dans la chambre témoin. C'est une chambre qui est réservée à la visite et qui est composée des meubles d'origine que Charlotte Perriand, le corbusier, enfin c'est plutôt Charlotte Perriand d'ailleurs, que Charlotte Perriand avait dessiné pour les étudiants. Alors ce qu'on peut voir, un lit qui est collé à la face. arrière d'une penderie intégrée. Penderie intégrée qui sépare le coin là où on est, le coin chambre à coucher bureau, du coin toilette, du coin salle de bain ou plutôt salle de douche qui était d'ailleurs assez novateur pour l'époque. La plupart du temps dans les résidences universitaires d'avant-guerre, c'était des salles de bain collectives. Là, l'étudiant était quand même relativement autonome. Il y en avait aussi à l'origine à la Fondation Suisse. des salles de main collective, mais l'étudiant, il pouvait quand même être très indépendant grâce à cette douche. Et l'eau fonctionne toujours, voilà. Alors la fenêtre en bandeau, justement, elle est juste devant le bureau, le bureau dessiné par Charlotte Perriand. Une fenêtre en bandeau, c'est vraiment ce qu'on peut voir dans cette chambre témoin. C'est une fenêtre qui se compose de deux panneaux de verre rectangulaires et horizontaux. qui permet d'avoir une vue cadrée sur le paysage, de faire entrer un maximum de lumière. Et comme pour la façade libre, finalement, avoir cette sensation, cette espèce de vue sur 180 degrés complètement dégagée sur le paysage, ça permet d'avoir cette sensation aussi d'être à la fois dedans et dehors. Donc c'est à la fois un tableau et à la fois de la mise en scène. On est dedans, dehors. Et alors justement, au sujet des meubles qu'on peut voir dans cette pièce, ils ont tous été dessinés par Charlotte Perriand. Sauf la chaise devant le bureau qui elle est issue du catalogue Tonnet. Tonnet c'était une marque très connue, même encore aujourd'hui. Elle est surtout connue pour sa chaise bistrot qu'on peut voir dans tous les bistrots parisiens. Il a eu une influence énorme au XXe siècle, que ce soit en matière urbanistique ou en matière architecturale. Par exemple, comme on le verra dans la maison du Brésil, beaucoup d'architectes, de jeunes architectes des années 20-30 vont prendre connaissance des théories de Le Corbusier et vont l'appliquer dans leur pays, dans certains bâtiments de leur pays, voire même dans une ville entière, un Brasilia.
- Speaker #3
C'est génial, d'ailleurs, j'habite à Brasilia, donc je suis déjà habitué à une architecture qui se rassemble beaucoup à la maison de Brésil physiquement. Tous les bâtiments de l'Université de Brasilia ont été conçus par Oscar Niemeyer. C'est aussi un grand architecte avec l'influence de Le Corbusier et l'influence de Lucio Costa. Je m'appelle Antonio Brasil Junior, je suis brésilien, je suis professeur à l'université de Brasilia au Brésil. Je suis ici dès septembre 2023 pour être le directeur de la maison de Brésil. C'est un poste qui est un honneur pour moi. En fait, c'est un phénomène de la chute étude contemporaine du Brésil du XXe siècle, dans la deuxième moitié du XXe siècle. L'architecture au Brésil a été transformée en une architecture qui avait beaucoup d'influence, soit de la France, c'est-à-dire, comme on dit ça, c'est des années, des siècles 19, soit des grandes villes américaines. C'est ça qui a l'architecture au Brésil jusqu'à la moitié du XXe, c'est exactement comme ça. Mais à partir de la deuxième moitié... un groupe d'architectes a commencé à réfléchir à une nouvelle architecture au Brésil. C'était l'architecture de Oscar Néanayet, de Lucio Costa, etc. qui a buté à Brasília, avec une forte influence évidemment de Le Corbusier. À Brasília, évidemment, Brasília c'est toute une influence de ces deux architectes parce que Lucio Costa était responsable pour le dessin urbaniste de Brasília. Et Oscar Niemeyer est le responsable pour les bâtiments. Et les bâtiments se ressemblent beaucoup. Si on voit par exemple la maison de Suisse, c'est un bâtiment de Brésilien. C'est le bâtiment sur le pilotis, la même chose de la maison de Brésil. Donc on se sent peut-être des résidents qui sont hors Brésilien. Ils se sentent un peu différents. C'était comme s'ils sortaient d'une ville du nord-est brésilien, du sud brésilien, etc. Ils allaient habiter. Et pour les gens qui viennent du Brasilia, c'est tout à fait normal.
- Speaker #1
Ce bâtiment, en fait, il est intéressant parce qu'au départ, officiellement, c'est toujours Lucio Costa qui est le deuxième architecte de l'édifice. C'est en 1952 que le ministère de l'Enseignement... le ministère de l'éducation nationale brésilien souhaite faire construire une maison à la cité universitaire. Il veut que le pays soit représenté. Ils vont commissionner Lucho Costa, grand architecte brésilien, aussi connu qu'Oscar Niemeyer au Brésil et partout dans le monde. C'est Lucho Costa qui va recevoir la commande. Il réalise des premiers plans, il réalise une première esquisse, sauf qu'il n'a pas le temps de se déplacer sur le chantier. Donc il va donner ses plans. Un architecte qu'il connaît très bien depuis plusieurs années, depuis même plus d'une dizaine d'années, c'est le corbusier. C'est lui qui va être l'architecte qui va être chargé du suivi du chantier. Sauf qu'il va modifier quand même énormément les plans de Lucho Costa. Lucho Costa, quand il voit le résultat, les photos, les images du chantier... Il n'est pas très content, il n'est pas ravi parce que ce qu'il a dessiné, du moins c'est sa perception, ça ne ressemble pas du tout à ce qu'il avait imaginé. Donc de fil en aiguille, au fil du temps, il va se désolidariser du projet. Il refuse d'ailleurs officiellement la paternité du bâtiment qui sera achevé en 1959. Et ce qui est intéressant, et ça se voit tout de suite sur cette façade, C'est que là, on passe clairement à la deuxième phase, ou plutôt la dernière phase de la carrière de Le Corbusier, c'est-à-dire la carrière d'après-guerre, où là, cette fois-ci, on a vraiment en face de nous ce qui peut être défini comme étant la phase brutaliste de Le Corbusier. Alors, brutaliste, ça signifie tout simplement que le béton et ses variantes, béton armé, béton lavé, qu'on peut voir en façade, il va être clairement visible en façade. On ne cherche pas à le cacher, on ne cherche pas à le parer. Ça découle d'un terme français, brut, et on peut même aller plus loin, brut de décoffrage. Brut de décoffrage, c'est un terme qu'on utilise dans la construction. Brut de décoffrage, ça signifie que lorsqu'on enlève les coffrages, c'est-à-dire les moules dans lesquelles on verse le béton, lorsqu'on le décoffre, on le laisse tel quel. On le laisse tel quel et quand on se rapproche, par exemple, de la cage d'escalier ou des pilotis qui supportent la barre principale, On peut voir par exemple les veines des planches de bois qui ont constitué les coffrages. On peut même voir les joints entre les différentes planches qui ont été superposées. La façade est, c'est la façade des chambres. Ils ont tous un balcon, chose très rare à l'époque à la cité universitaire. C'est l'une des premières maisons à proposer ça aux étudiants. Les chambres, en revanche, à l'intérieur, sont un petit peu plus petites qu'à la Fondation Suisse. La Fondation Suisse, c'est vrai que j'ai oublié de le préciser, elle mesure un peu plus de 16 mètres carrés. Là, ici, elle mesure presque 15 mètres carrés. Mais les étudiants ont un balcon. C'est quand même un sacré luxe. On peut remarquer qu'entre chaque balcon, justement, il y a une espèce de petite ouverture. En fait, c'est une sorte de passe-plat. Ça ne sert pas de passe-plat, mais on peut se passer des choses. Ce qui est intéressant ici, les couleurs. Le choix des couleurs n'est pas innocent. Alors certes, ça reprend la gamme de couleurs que le corbusier utilise après la guerre. Donc là, ici, il y a cinq couleurs au total. Vert, jaune, blanc, rouge et bleu. Mais quand on regarde bien, il va plutôt insister sur trois couleurs pour décorer, enfin pour peindre, recouvrir les murs séparant chaque balcon. Il va insister sur le vert, le bleu, le jaune qui sont les trois couleurs nationales du Brésil.
- Speaker #3
Tous les espaces sont toujours là. L'écosystème a pensé à ça. Le rôle d'entrée, c'est un rôle qui doit être utilisé normalement par l'étudiant pour boire un petit café, pour discuter et tout ça. A chaque étage, il y a une cuisine. Et cette cuisine-là, c'est l'endroit où tout le monde partage leur repas et partage aussi. On bavarde beaucoup, on boit une petite bière et tout ça. Et j'adore habiter dans une... D'ailleurs, à Brésil, j'habite exactement dans un bâtiment qui se ressemble beaucoup à la maison de la Suisse, par exemple. C'est un bâtiment tout à fait standard de Brésil. Mais quand même, habiter dans un bâtiment conçu par les co-bousiers... Je me rappelle bien d'un film de Kurosawa aux années 90, où le personnage principal était dans l'étoile de Van Gogh. Je me ressens toujours comme ça, tous les jours, c'est un sentiment un peu comme ça. Je me sens dans l'œuvre d'un artiste. Ce n'est pas uniquement... Le bâtiment, c'est-à-dire la distribution architecturale du bâtiment, c'est aussi le grand travail de Charlotte Perrin. Et ce travail-là, qui a toujours été confondu avec l'œuvre de Bélec-Cobusier, il est partout. Mon lit est un lit charlotte-perrin. La table que je travaille, la table que je mange, c'est une table conçue par Charlotte Perrin. Ça, c'est génial. Il faut toujours respecter ça. Mais pour moi, c'est un plaisir vraiment d'habiter dans une toile des artistes, pas uniquement de Le Corbusier, mais aussi de Lucio Costa et de Charles Pellier.
- Speaker #0
Vous venez d'entendre Monica Corrado, directrice de la Fondation Suisse. Antonio César Pinho Brasil Junior, directeur de la Maison du Brésil, et le guide Thomas Emmering. Les murs parlent, un podcast produit par la Cité internationale universitaire de Paris et Friction.
- Speaker #3
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