- Speaker #0
Chaque mois, c'est l'heure de la rubrique Voix d'experte. Une experte de l'équipe répond sans tabou à vos questions, celles qu'on se pose entre pédaleuses. Pourquoi est-ce qu'on fait du vélo ? La question a l'air toute bête, et pourtant la réponse qu'on lui donne peut changer pas mal de choses à la façon dont on vit sa pratique. Pour en parler, je retrouve Sambra Holt, psychologue du sport et préparatrice mentale, qui va nous aider à comprendre à quel point le plaisir peut être un moteur de performance et comment le retrouver quand il s'est un peu perdu en cours de route. Bienvenue dans Les Pédaleuses, le podcast du cyclisme au féminin. Route, gravel, VTT ou bikepacking, rejoins notre peloton. Ici, on roule et on progresse ensemble, quel que soit son niveau. On est là pour s'inspirer, libérer la parole des femmes et célébrer la joie pure de pédaler en toute liberté. Bienvenue Sandra. Alors dans le sport, on a parfois l'impression que le plaisir, c'est pas vraiment quelque chose à considérer et que ça s'opposerait à la notion de performance. Est-ce que c'est le cas ?
- Speaker #1
Alors, c'est vrai que quand on parle de plaisir... certaines personnes peuvent avoir l'impression tout de suite que ce n'est pas très sérieux, qu'il va falloir forcément souffrir pour progresser. Mais en fait, ce que j'entends le plus souvent dans mes consultations, c'est qu'au départ, en général, on prend toujours du plaisir. Le problème, il peut arriver finalement dans un second temps, quand on commence éventuellement à rentrer dans la recherche de performance et à prendre les choses un peu plus au sérieux. En fait, il y a pas mal de femmes qui me disent, au début, quand j'ai commencé, c'était vraiment parce que j'adorais ça. Et ensuite, au fur et à mesure, je me suis mise à regarder mes performances, que ce soit la vitesse, que ce soit la puissance, que ce soit la distance. Je me suis mise à me comparer aux autres, à vouloir progresser de plus en plus. Et c'est là qu'au bout d'un moment, je me suis rendue compte que le plaisir, il était moins présent. Et du coup... À ce moment-là, souvent, je leur propose une petite expérience qu'on peut faire éventuellement tout ensemble, là, maintenant. Donc, je vous propose, si vous voulez tenter, de fermer les yeux simplement quelques secondes pour essayer de repenser à l'un de vos premiers très bons souvenirs à vélo. Un moment où vous vous êtes dit, pédaler, vraiment, c'est trop cool. Essayez de vous reconnecter comme ça à ce souvenir et d'observer ce que vous ressentez en y repensant. Est-ce que vous arrivez à identifier ce qui vous a tellement plu à ce moment-là ? Vous pourrez ouvrir les yeux. Et en fait, quand on fait cette petite expérience, souvent... Les réponses qui vont ressortir, ça va être le sentiment de liberté, des sensations agréables, le plaisir qu'on a à partager une sortie avec des amis, des beaux paysages. Voilà, ça va être des choses comme ça, qui sont différentes pour chacune. Il n'y a, je dirais, aucune source de plaisir qui est meilleure que l'autre ou qui a plus de valeur que l'autre. Mais ces sources de plaisir, je dirais qu'elles ont un point commun. On peut les voir. comme quelque chose qui nous nourrit et qui va faire vraiment moteur pour nous. Je crois que c'est vraiment important de savoir clairement quelles étaient nos motivations à la base pour pouvoir rester connectées à elles et pas les perdre de vue. En fait, on pourrait même les voir un petit peu comme une boussole personnelle. Et je crois que vraiment, si on met le plaisir au centre et qu'on garde le cap, on augmente nos chances. de ne pas abandonner le vélo et de continuer de manière durable à lui faire une place dans notre vie qui soit une place épanouissante. Après, ça arrive aussi que ce qui gâche le plaisir, ce ne soit pas la recherche de performance, ça peut être aussi du côté du manque de confiance, du fait de ne pas se sentir légitime, du fait de ne pas se sentir une vraie sportive, par exemple, ou d'avoir peur. de ralentir un groupe. Donc je crois que vraiment, quelle que soit notre situation, toutes, on a intérêt régulièrement à se poser cette question de qu'est-ce qui fait que moi, vraiment, j'ai envie de faire du vélo ?
- Speaker #0
Et est-ce qu'il y a un concept alors en psychologie du sport qui aide vraiment à comprendre ça ?
- Speaker #1
Alors oui, en psycho du sport, justement, il y a un concept assez récent qui est hyper intéressant. c'est le concept de passion. Et en fait, on distingue maintenant deux types de passion, la passion dite harmonieuse et la passion dite obsessionnelle. Pour expliquer un petit peu la passion harmonieuse, on peut dire que vraiment c'est le schéma idéal. C'est que quand on choisit de faire du vélo vraiment parce que ça nous fait du bien, ça nous apporte quelque chose de précieux pour nous, que ce soit un sentiment de liberté, une connexion avec les autres, des sensations agréables. Dans ce cas de figure, le vélo peut avoir une place importante dans notre vie, mais il cohabite avec toutes les autres. dimension de cette vie. A l'inverse, dans la passion qu'on dit obsessionnelle, c'est parfois un petit peu comme si c'était le vélo, finalement, qui prenait le contrôle. Et là, on peut par exemple avoir du mal à lever le pied, on peut culpabiliser à certains moments si on estime qu'on ne roule pas assez. Et petit à petit, on peut finir par oublier pourquoi au départ, on avait eu envie de commencer. Voilà, donc si je résumais un petit peu les choses autour de ce concept de passion, je pourrais dire que dans la passion harmonieuse, le vélo prend une belle place dans notre vie, alors que dans la passion obsessionnelle, il risque de prendre toute la place. De façon réaliste, je pense que dans notre vie de cycliste, on passe probablement toutes, plus ou moins, d'un côté ou de l'autre, selon les moments. Ça veut dire qu'il y a des périodes où le vélo peut vraiment être une source de liberté et peut-être qu'à d'autres moments, il va devenir plus envahissant. En soi, ce n'est pas très grave. Je dirais que l'essentiel, c'est déjà de savoir reconnaître un petit peu les signes qui nous permettent de savoir où on se situe. Finalement, je dirais d'avoir constamment conscience de ce qui se passe. se passe pour nous. L'idée, c'est jamais de se juger, mais plutôt de s'observer, je dirais, avec curiosité et bienveillance pour pouvoir, à n'importe quel moment finalement, décider de réajuster le cap et de revenir vers nos motivations initiales ou de leur refaire une petite place plus importante.
- Speaker #0
Ok, c'est intéressant. Et concrètement, comment est-ce qu'on va faire pour vraiment favoriser cette passion harmonieuse ?
- Speaker #1
Alors, je dirais qu'il y a Pour résumer, trois questions qu'on peut se poser et qui peuvent nous aider. La question de base, c'est vraiment celle qu'on a vue ensemble tout à l'heure, c'est de revenir aux sources de notre plaisir à vélo, de se demander qu'est-ce qui, au départ, m'a donné envie de commencer, qu'est-ce que j'ai adoré. Ensuite, de temps en temps, à la fin d'une sortie, quelle qu'elle soit, on peut se demander, par exemple, quelle est... le moment que j'ai le plus aimé aujourd'hui et que je garderai bien en souvenir. Voilà, ça, ça peut être un petit exercice régulier. Et ensuite, de manière plus périodique, je dirais peut-être tous les 3 ou 4 mois, on peut prendre le temps de faire un petit point et de se poser la question de, actuellement, quelle place a le vélo dans ma vie ? Est-ce que j'ai l'impression que c'est raisonnable, qu'il reste de la place pour autre chose ? ou est-ce que j'ai l'impression que ça commence à devenir un peu trop, un peu envahissant. Voilà.
- Speaker #0
Et pour compléter tout ça, tu nous proposes de faire un petit exercice. Alors, qu'est-ce que c'est ?
- Speaker #1
Oui. Alors, la petite expérience que j'ai envie de proposer, ce serait celle-ci. Peut-être pendant une semaine ou éventuellement un peu plus longtemps selon la fréquence de nos sorties. Ce qu'on peut faire, c'est à chacune de nos sorties, essayer au moins... au moins quelques minutes de mettre entre parenthèses, de laisser de côté les chiffres. Ça veut dire la vitesse, la distance, éventuellement la puissance. Voilà, je laisse toutes ces dimensions-là de côté et j'essaye de me focaliser sur cette question-là. Qu'est-ce qui, là, maintenant, me donnerait envie de revenir rouler demain ? Alors ça peut être... la sensation du vent sur le visage, ça peut être un sentiment de liberté, ça peut être le fait qu'on est avec une copine ou un groupe sympa, qu'on aime bien ces moments partagés là. En tout cas, il n'y a pas de bonne ou de mauvaise réponse. L'idée, c'est vraiment au final que cette question régulière, elle nous permette de construire et d'assumer notre propre manière de pratiquer. Ce qui signifie celle qui nous fait du bien.
- Speaker #0
Merci Sandra, c'est super clair. On repart avec plein de petits exercices à faire. Grand merci. Avec plaisir. C'est déjà la fin de cet épisode des pédaleuses, merci de l'avoir suivi. Si ce moment passé dans notre peloton t'a fait du bien, pense à le partager avec tes copines que ça pourrait aider ou inspirer. Le meilleur moyen de soutenir le podcast, c'est aussi de lui laisser 5 étoiles sur Spotify ou Apple Podcast. A très vite les pédaleuses !