- Speaker #0
Une femme sur deux fait du vélo en France, et pourtant sur la plupart des événements cyclistes, elle représente à peine 10% des participants. Alors pourquoi un tel écart entre la pratique et la participation à des événements ? C'est la question à laquelle a voulu répondre Upcomi à travers la grande enquête. Dans cet épisode, je reçois Mathilda Buzaré pour en décortiquer les enseignements et comprendre ce qui freine les femmes à s'inscrire ou au contraire ce qui peut les faire basculer. Bienvenue dans Les Pédaleuses, le podcast du cyclisme au féminin. Route, gravel, VTT ou bikepacking, rejoins notre peloton. Ici, on roule et on progresse ensemble, quel que soit son niveau. On est là pour s'inspirer, libérer la parole des femmes et célébrer la joie pure de pédaler en toute liberté. Bienvenue Mathilda, est-ce que tu peux te présenter et nous présenter Upcomi ?
- Speaker #1
Merci Laurène pour l'invitation. Je suis Mathilda Buzaré, je suis la fondatrice d'Upcomi, qui est une plateforme qui connecte les cyclistes aux groupes et événements qui leur ressemblent. Le but, c'est d'aider les femmes à passer le cap de l'inscription aux événements de vélo. On travaille aussi avec les organisations pour créer des cadres safe pour les femmes.
- Speaker #0
C'est qu'il y a un lien logique avec l'enquête dont tu vas nous parler. Quel est le point de départ de cette grande enquête ?
- Speaker #1
La grande enquête, c'est un point de départ personnel, puisque je pratique la longue distance, l'ultra-cyclisme comme on dit. Et le constat, c'était qu'on était très peu sur le départ des événements. Et surtout que j'ai eu un parcours de passage à l'inscription qui était assez long et difficile. Et donc, en fait, pour revenir aux chiffres, on est seulement 10% de femmes à prendre le départ des événements de vélo. Et donc, on a voulu en fait objectiver quels étaient les freins et les motivations à passer le cap de l'inscription. Et donc, j'ai travaillé avec Camille Soyer. qui, parmi ses nombreuses casquettes, notamment de préparatrice mentale, mais aussi, du coup, elle est experte en construction d'études basées sur des méthodes des sciences sociales et de la psychologie. Et donc, on a fait une grande enquête avec six entretiens qualitatifs et mille réponses à notre étude. Ça nous permet d'avoir une étude vraiment exhaustive avec des participantes de tous niveaux, de tous profils, toutes pratiques. Donc, voilà. très représentative.
- Speaker #0
Carrément. Et un des premiers enseignements, c'est qu'il y a bien une envie de challenge chez les femmes, contrairement à ce qu'on pense parfois. Qu'est-ce que les résultats montrent là-dessus ?
- Speaker #1
Oui, alors ça, on était très fiers de ce premier résultat. C'est qu'en fait, déjà, les femmes qui sont intéressées par les événements, elles pédalent beaucoup. Elles pédalent environ 90 km par semaine. Et puis, 30% d'entre elles, vraiment, répondaient que la première motivation, c'était d'être fière. d'elle. Et puis, 11%, c'était de réaliser un défi qui permette de se dépasser physiquement. En fait, la convivialité, c'est un vecteur qui permet de se projeter, mais la première motivation, c'est quand même le challenge, se sentir capable de faire quelque chose et de réaliser un beau défi à vélo.
- Speaker #0
Et ensuite, deuxième enseignement, c'est quand même qu'il y a une sorte de, ce que vous appelez, un parcours de légitimation. Avant de s'inscrire, est-ce que tu peux nous expliquer ça ?
- Speaker #1
Oui, en fait, il y a un très long parcours de légitimité à parcourir quand on est une femme avant de s'inscrire. Le premier, c'est déjà, est-ce que j'ai le niveau ? Il y a quand même une femme sur deux qui pense ne pas avoir sa place et ne pas avoir le niveau pour participer à un événement, quel que type qu'il soit. Et donc, vraiment, il y a tout ce parcours intérieur qu'on va faire avec le fait de rouler beaucoup. déjà toute seule, d'allonger les distances, de tester ses capacités, de chercher des informations sur le niveau qui va être attendu, de se comparer, de se valider mentalement. Et c'est seulement après qu'on va s'autoriser à s'inscrire, mais du coup il y a un vrai long moment entre le moment où on réfléchit à est-ce que je suis capable et je clique sur je passe le cap de l'inscription. Et en plus, pour parler vraiment sur la légitimité, En fait, même une femme qui va s'inscrire, elle va avoir un indice de légitimité qui va être moyen à 50 sur 100, tandis qu'une personne qui n'est pas inscrite est à 38. Donc, on voit que plus on va s'inscrire, plus on va se sentir légitime. Mais il y a quand même encore beaucoup de barrières à casser et cette confiance reste quand même assez moyenne.
- Speaker #0
Et ça, a priori, c'est quelque chose qui est plus présent chez les femmes que chez les hommes ?
- Speaker #1
Oui, complètement. Ça, c'est une mécanique vraiment féminine. qui se retrouvent dans beaucoup de domaines. On le voit aussi quand on passe un entretien, on sait qu'on va vouloir avoir tous les critères. Enfin, on peut le comparer à plein d'autres secteurs. Donc oui, c'est assez prouvé, mais là, on a pu l'objectiver. Donc c'est intéressant à voir.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. Et puis du coup, même dans le sport ou quelque part, on pourrait peut-être se dire que c'est un loisir, ça va être moins marqué que dans le domaine professionnel. Mais en fait, d'après l'étude, eh bien non.
- Speaker #1
Les enjeux sont les mêmes, oui.
- Speaker #0
Et troisième enseignement aussi, c'est le rôle de l'entourage. Est-ce que tu peux nous parler de ça ?
- Speaker #1
Dans ce parcours de légitimité, c'est l'entourage qui a le plus gros levier d'impact et qui est vraiment très puissant pour passer chaque étape de ce parcours et de gagner confiance. Il y a une femme sur deux qui déclare que si une personne de leur entourage leur propose un événement, elle va se sentir plus légitime et elle va vouloir y aller. Les proches, les autres femmes, les rôles modèles, les communautés qui nous entourent sont... Ces personnes-là qui vont permettre de passer le cap de l'inscription. Et donc, c'est pour ça qu'on est très attachés, notamment sur la plateforme Upcomi, de mettre en avant les collectifs de vélos qui sont partout en France, parce qu'ils ont un rôle en fait majeur. Il y a un rôle aussi majeur à mettre en avant dans les communications des personnes qui ressemblent à nous et qui ont participé à un événement.
- Speaker #0
C'est vraiment tellement important. Et je sais que vous avez aussi fait un focus sur les événements en mixité choisis. Qu'est-ce que ça vous a appris sur ce point ?
- Speaker #1
Oui, donc en fait, déjà, le premier point, le premier constat, c'est que ce n'est pas quelque chose qui n'était pas connu. La mixité choisie, donc il y a une répondante sur deux qui a déjà participé à un événement entre femmes et minorités de genre. Donc ça, c'était très intéressant. Et 90% d'entre elles estiment que ça leur permet vraiment de passer le cap. En fait, c'est une mécanique qui leur permet d'oser participer, d'oser se projeter dans un événement. Et donc en fait, on l'avait déjà évoqué dans notre guide pratique à destination des organisateurs, c'est que ce n'est pas un bonus militant. En fait, l'Amix était choisi, c'est une mécanique qui permet vraiment de s'émanciper et ensuite d'aller voguer vers d'autres aventures qui nous permettent d'avoir du challenge. Mais c'est un premier pas, une première marche qui est vraiment très nécessaire.
- Speaker #0
Ouais, c'est vrai que ça... On entend toujours des choses un peu variées. Il y a des gens qui sont très sceptiques, qui ne comprennent pas le côté c'est qu'entre femmes et du coup, c'est exclu les hommes. Mais là, ce que vous montrez, c'est qu'en fait, c'est super important, au moins comme point de passage, finalement.
- Speaker #1
Exactement. C'est vraiment une étape dans le parcours de légitimité, comme on l'expliquait. En fait, c'est d'abord je roule seule, mais après, je roule avec un groupe. Et souvent, ce groupe qui est choisi, c'est un groupe en lui, c'était choisi. Et voilà, après, je passe le cap de l'inscription parce qu'une autre femme m'a parlé d'un événement. C'est vraiment une pierre angulaire de ce parcours de légitimation. C'était très important de noter dans l'étude. On a beaucoup appris là-dessus.
- Speaker #0
Maintenant que vous avez tous ces enseignements de l'étude, quelles recommandations est-ce que vous en tirez pour les organisateurs ? Tu disais déjà que vous aviez sorti à l'époque un guide pour les organisateurs. Déjà, peut-être que tu peux nous en parler un petit peu. Et puis, quelles recommandations, si des organisateurs, organisatrices nous écoutent ? Quelles recommandations ils peuvent en tirer ?
- Speaker #1
En fait, on a toujours été dans une optique de construire des briques qui permettraient de faire évoluer la pratique et de créer des cadres qui permettent d'accueillir, mais aussi de donner envie de revenir aux femmes sur les événements. Donc les enseignements, ils sont assez multiples. Ça va de la communication, avoir des visuels qui représentent des femmes. Mais aussi, du coup, de parler de challenge, de défi personnel plutôt que de performance. Voilà, ça se joue vraiment à des détails, mais qui sont finalement assez concrets. Ça va être aussi, du coup, de faire appel aux communautés qui sont partout en France et qui peuvent être des très bons relais des événements. Et puis, en fait, le fait d'accueillir, de réserver des places pour les femmes, c'est une première étape. mais par contre accueillir et vraiment créer un espace. dans lequel les femmes et les minorités de genre vont pouvoir se sentir bien. Ça, c'est vraiment très important, parce que malheureusement, dans l'étude, on a aussi montré qu'une femme sur deux avait déjà vécu des situations d'inconfort. Donc, par inconfort, on entend des remarques sexistes, des remarques sur le matériel, etc. Enfin, toutes remarques non sollicitées qui peuvent créer un peu une gêne pendant l'événement. Donc, voilà ce qu'on veut dire, en tout cas, aux organisateurs. c'est de s'engager pour créer des cadres qui vont permettre de mieux se sentir durant un événement. Et pas seulement de rester, on réserve des places qui est déjà une brique très importante, mais il faut aller un petit peu plus loin. Et aussi, du coup, un des autres points de l'enquête, c'était le rôle des marques. En fait, les organisations, elles ont un rôle à jouer. Mais 67% des femmes qu'on a... Des répondantes estiment que les marques ont un rôle à jouer assez fort aussi dans tout cet écosystème. Donc on veut vraiment travailler main dans la main avec tous les acteurs du vélo.
- Speaker #0
Quand tu dis mettre en place des choses pour que les femmes se sentent bien, donc pas seulement juste leur réserver des places, est-ce que tu peux nous donner des exemples concrets de choses qui peuvent être mises en place et qui vont dans ce sens-là ?
- Speaker #1
Oui, déjà, par exemple, avoir des toilettes sur place ou alors, si c'est un parcours en itinérance, de pouvoir indiquer des points de toilettes sur tout le parcours. Ça, c'est quand même, ça ne paraît pas être grand chose, mais en fait, c'est quand même très important pour nous. Donc ça, c'est un des leviers qui ne demande pas beaucoup d'efforts, mais qui est pourtant très impactant. Ça va être mettre en place une charte aussi. tant des organisateurs que des participants, mais on formait un peu tous les acteurs à comprendre qu'il y a certaines remarques qu'on n'a pas envie d'entendre, que sous couvert de bienveillance, on met mal à l'aise. Et ça, ça incite à ne pas revenir. Donc, je pense que c'est faire un peu de pédagogie et que tous les acteurs d'un événement soient aussi au courant de ces choses-là. La liste est vraiment très longue, mais voilà quelques pistes.
- Speaker #0
En tout cas, ça montre quand même qu'il y a des pistes qui ne sont pas forcément si compliquées que ça, mais qui peuvent tout changer.
- Speaker #1
Complètement.
- Speaker #0
Et où est-ce qu'on peut retrouver le rapport complet de ton étude ?
- Speaker #1
Alors, on a fait une synthèse de cette étude qui est disponible sur le site upcomi.cc, U-P-C-O-M-I.cc. Et l'étude complète, pour le coup, elle est disponible à la demande. Il faut m'envoyer un mail à mathilda.upcomi.cc. Et je serais ravie de construire avec les organisations qui veulent aller plus loin dans les démarches, quelque chose d'adapté, un cadre de collaboration et un cadre qui permet d'aller plus loin grâce à cette étude.
- Speaker #0
Carrément, c'est tout ce que je nous souhaite. Ce serait très, très bien si les événements, effectivement, se mettaient dans de meilleures dispositions, en tout cas pour accueillir les femmes. Merci beaucoup, Mathilda. C'était intéressant de comprendre tout ça. Même en temps, je trouve que participantes... pas organisatrice, avoir en tête qu'en fait, un certain cheminement aussi est assez classique et savoir un peu ce qu'on peut proposer aussi parfois, c'est chouette.
- Speaker #1
Merci à toi.