- Speaker #0
Parce que je n'étais pas Clémence l'infirmière, j'étais Clémence la cycliste. Et j'avais honte à la fin, j'avais honte de dire « je suis fatiguée » . Je n'osais pas dire que j'étais fatiguée parce que ça ne collait pas à l'image qu'on me donnait. J'ai vraiment repris plaisir à faire du vélo alors que ça faisait près de deux ans et demi que je n'aimais plus ça. Je n'aimais plus le vélo. Il y avait tellement de vent que j'étais poussée dans les remparts de sécurité, je suis tombée. Et c'était horrible. Et là, vraiment, il y a un warning. qui m'a dit, Clem, en fait, t'es pas là pour ça, ça tu l'as déjà fait. T'as plus rien à prouver, ça tu l'as déjà fait, on n'est pas là pour ça.
- Speaker #1
Après son dernier ultra, la simple idée de remonter sur un vélo lui donnait mal au ventre. Après six ans à enchaîner les courses d'ultra distance, Clémence Van Der Genst est arrivée au bout du rouleau, épuisée par ce qui avait été longtemps sa plus grande passion. Dans cet épisode, elle nous raconte sans filtre cette bascule vers l'épuisement, le chemin vers l'aide et la thérapie, et comment l'a réappris, bien plus lentement, sur les routes du Portugal puis du Cap Nord. à reprendre du plaisir à pédaler. Bienvenue dans Les Pédaleuses, le podcast du cyclisme au féminin. Route, gravel, VTT ou bikepacking, rejoins notre peloton. Ici, on roule et on progresse ensemble, quel que soit son niveau. On est là pour s'inspirer, libérer la parole des femmes et célébrer la joie pure de pédaler en toute liberté. Bienvenue Clémence, est-ce que tu peux te présenter et nous expliquer peut-être comment le vélo est entré dans ta vie ?
- Speaker #0
Oui, bonjour Lorraine. Donc Clémence, 39 ans depuis hier.
- Speaker #1
C'est ton anniversaire.
- Speaker #0
Coucou. J'habite en Belgique, je suis dans la périphérie bruxelloise. Je travaille à Bruxelles comme infirmière dans un grand hôpital universitaire. Que dire d'autre ? Oui, je fais du vélo depuis une dizaine d'années. Comment le vélo est entré dans ma vie ? il est entré un peu... Un peu par hasard et un peu par dépit, parce que de base, je suis cavalière. J'ai commencé à monter à cheval quand j'avais 4 ans et j'ai monté à cheval pendant plus de 20 ans. J'ai eu un cheval aussi. Et puis quand j'ai commencé mes études d'infirmière, je me suis plus mise sur la course à pied et le cheval a été mis à la retraite. Mais il reste avec moi jusqu'à ses 30 ans, ses 30 ans passés. Et du coup, pendant mes études, j'ai commencé à courir et puis la course à pied a pris beaucoup de place dans ma vie. Et j'ai couru un peu trop jusqu'à avoir des fractures de fatigue, dont les pieds, qui ont dû être opérés. Et là, le chirurgien m'a dit qu'en fait, il ne fallait plus courir et ça a été assez dur. Et du coup, à l'époque, mon copain de l'époque faisait un peu de triathlon et il m'a un petit peu forcé la main à acheter un vélo. Je ne voulais pas. Je trouvais que c'était trop de logistique, que c'était un sport d'hommes et que ce n'était vraiment pas ce qu'il me fallait. Du coup, il m'a forcée, il m'a tirée dans un décathlon pour acheter mon premier vélo, qui était un vélo à 400 euros, tribane, en alu tout blanc. Je l'ai acheté, il a financé la moitié et moi j'ai dû mettre, je pense, 200 euros. Ça m'embêtait. J'ai quand même fait un tour avec ce vélo où je n'ai dit plus jamais. Ensuite, au fur et à mesure, j'ai quand même été roulée. Surtout, j'ai pris goût en commençant à rouler dans un club. un club de cyclosportifs et les premières sorties n'étaient pas faciles parce que je m'étais fait larguer plusieurs fois sans GPS, sans rien du tout j'ai dû rentrer toute seule mais voilà, la tenacité était là et puis au fur et à mesure je me suis accrochée j'ai roulé plus vite, plus longtemps et puis le gros déclic ça a été quand j'ai commencé à oser rouler seule et où là je suis partie faire des 150, 200, 300 kilomètres voilà et puis faire des courses du coup
- Speaker #1
Ah ouais, donc histoire pas simple au départ avec le vélo, t'avais pas une grosse envie quoi.
- Speaker #0
Oh non, non, j'avais vraiment pas envie, non.
- Speaker #1
C'est drôle. Et ensuite, comment t'es passée de cette pratique ? Donc tu disais, enfin à la base, de toute façon tu faisais pas de vélo, et ensuite quand même pour passer à du 200-300 km, enfin t'es tout de suite passée à un truc assez extrême. Comment c'est venu ça ?
- Speaker #0
Bah donc du coup, j'ai un petit peu fait mes armes. Donc dans ce club de vélo, il y avait cinq groupes de niveaux, et puis je suis montée le groupe de niveaux. Mais les clubs, je ne sais pas s'ils sont tous comme ça, mais le mien, c'était maximum 100-120 kilomètres à la belle saison. Et le 150 kilomètres, voire le 200, c'était la sortie de l'année. Et moi, en fait, à la fin de chaque sortie, j'avais un goût de trop peu. Et j'avais toujours ce regret de terminer, de rentrer chez moi et c'était fini. Et je pense en fait que c'est cette période de vélo avec le club où j'ai découvert... la liberté du deux roues et la fascinante adaptabilité du corps. J'étais un peu dans une période où je pense que j'avais besoin d'être un peu à l'extérieur de chez moi et à l'extérieur de plein de choses et que du coup c'était une bulle d'oxygène et du coup forcément quand ça se terminait... c'était frustrant. Et donc du coup, j'ai dû prendre mon courage à deux mains et commencer à rouler seule pour aller plus longtemps et pour aller plus loin. Et donc en fait, les distances se sont enchaînées et j'ai commencé à écouter des podcasts aussi, justement, sur les épreuves d'ultra. Au départ, il n'y en avait pas beaucoup. Il y avait quoi ? Il y avait la Tour Divide, il y avait la TCR. Et je me souviens que j'ai écouté un podcast sur le Tour Divide, et c'était en janvier, je suis dans ma voiture pour aller au travail, et je me suis vraiment dit, en fait, je pense que ça, je veux le faire. Je veux faire, pas le Tour Divide, mais je voulais vivre ça, en fait, ces épreuves où on se pousse, où on est dans la nature, où on peut compter que sur soi-même, et où il y a quand même une notion de compétition. Et donc, je me suis inscrite à ma première course, qui était un 500 kilomètres, et c'était la Race Cross France 500 kilomètres. 2020, il me semble. Et voilà. Donc, ça a commencé comme ça. Et puis, j'ai fait un bon résultat. Et puis, en fait, de fil en aiguille, j'ai dit, tiens, il y a moyen de faire un peu plus et puis plus. Et puis, du coup, j'ai terminé sur des épreuves de 4000 kilomètres.
- Speaker #1
3000 kilomètres, là, tu n'es pas allée de main morte. En plus, c'est vraiment... Je disais que c'était déjà extrême quand tu es passée rapidement à 200-300 kilomètres, mais là, c'est plus qu'extrême. Et qu'est-ce qu'à l'époque, le... cette pratique ultra et très extrême t'apportait ?
- Speaker #0
Oui, comme je l'ai dit un petit peu précédemment, je pense que j'avais besoin de me prouver à moi-même certaines choses. Je pense que j'avais besoin de déverrouiller certains cadenas que j'avais mis sur moi, notamment le fait de prendre plus confiance en moi, d'oser partir seule, de me rendre compte que je peux me débrouiller, que je peux prendre des bonnes décisions. Et aussi, il y a quand même cet aspect très grisant de voir que... corps qui est en bonne santé, ça c'est vraiment la chance que j'ai, que nous avons, c'est d'être en bonne santé, de pouvoir faire du sport, en fait ce corps est incroyablement malléable et suit en fait, suit les indications, suit l'entraînement et si on le gère bien en fait c'est presque inépuisable et ça c'était quelque chose d'extrêmement grisant à ce moment là parce que je me disais mais où est la limite ? Ça s'arrête quand en fait la machine ? S'arrête quand ? Parce que j'avais pas l'impression qu'elle s'arrêtait. Et j'avais un coach, j'avais un coach sportif, et donc du coup, je ne faisais pas n'importe quoi. Et c'est vrai que d'année en année, de six mois en six mois, je sentais vraiment une base d'endurance de plus en plus solide, de plus en plus increvable. Et du coup, c'est justif presque. C'est vraiment une maîtrise, c'est une puissance qu'on ressent. Et c'est ça, c'était très attirant. Et en fait, je pense que j'ai cherché à atteindre la limite que j'ai mis six ans à trouver, vu que je me suis pris un mur l'année passée à ce niveau-là, d'ailleurs.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. C'est qu'en fait, dans la foulée, on a parlé, nous, quand on a préparé le podcast, c'est qu'en fait, après, tu as fait un burn-out sportif, qu'au départ, bien sûr, tu n'as pas vu venir, comme toujours, j'ai l'impression. Et à quel moment, en fait, tu as... commencer quand même à sentir que quelque chose n'allait pas et comment est-ce que le diagnostic a vraiment été posé ?
- Speaker #0
En fait, apparemment d'après mes proches, notamment mes parents, qui me suivent beaucoup dans mes aventures, à la fois le voyage et les courses, d'après ma maman, ça a commencé deux ans avant que le diagnostic soit vraiment posé. Elle, elle me disait qu'elle le sentait déjà, qu'elle trouvait que j'avais moins d'entrain, moins d'envie, moins ce feu et moins cette... Cette innocence à m'entraîner et à partir sur les courses. Et progressivement, c'est vrai que les entraînements sont devenus lourds. Après, il faut savoir que c'est quand même entre 20 et 24 heures de vélo par semaine, en plus du travail à l'hôpital. C'est un gros sacrifice sur la vie sociale, la vie amicale. C'est un sacrifice sur les vacances, parce que tous mes congés passaient soit dans les courses, soit dans des entraînements que j'allais faire en général seule. Donc, je partais une semaine pour... faire du bikepacking, mais dans le but de m'entraîner pour un objectif. Et donc, c'était un vrai sacerdoce de m'entraîner. Mais au moment où je le faisais, j'étais vraiment contente de le faire. J'avais un objectif et ça n'a pas été un sacrifice. Mais c'est vrai qu'au bout de 4-5 ans, c'est devenu plus lourd. J'avais moins d'envie et c'était plus une obligation. Mais c'est vraiment devenu une obligation l'année entre... Là, en 2026, donc c'était entre 2024 et 2025, quand j'ai préparé ma deuxième TCR. Là, vraiment, je voulais pas m'avouer qu'en fait ça n'allait pas, mais je devais me forcer à aller rouler, alors qu'avant, aller rouler 5, 6 heures, 7 heures... n'était vraiment pas un problème. Là, ça devenait difficile. La moindre contrarieté météorologique ou s'il faisait froid, en fait, c'était dur. C'était vraiment dur et je n'avais plus envie d'y aller. Et d'ailleurs, cette année-là, j'ai fait sauter une course. Je devais faire une course dans les Pyrénées-Espagnoles. Et en fait, mentalement, je n'avais vraiment pas envie d'y aller. Et là, j'ai dit, OK, je ne vais pas y aller. Je vais plutôt faire un voyage. C'était en juin. Et en fait, j'avoue que je suis arrivée à la TCR en ayant pas trop envie d'être là. Et ça s'est mal passé. Après, il y a eu plein de problèmes avant le départ pour y arriver, notamment des grèves d'avion. J'étais avec une amie parce que je l'ai fendue. On a été bloqués plus de 48 heures dans un aéroport sans dormir. On est arrivés le jour du départ. Le départ se fait de nuit. On est partis déjà avec trois balles dans le pied. Mais l'état mental n'a pas aidé et je suis revenue de là. Bon, après un scratch, du coup, après 1700 ou 1900 kilomètres. Et ça a été extrêmement dur d'encaisser cet abandon. Et j'ai mis entre 6 et 8 mois pour accepter ça. Et là, du coup, j'ai commencé une thérapie avec une psychologue du sport après ma TCR. Quand vraiment, j'ai senti que ça me touchait beaucoup trop, en fait.
- Speaker #1
C'est chouette que tu aies eu quand même la... conscience d'aller consulter et de ne pas rester comme ça parce que c'est pas évident.
- Speaker #0
J'avoue que ça je le dois à un ami qui est en fait la personne qui fait le bike fitting de mes vélos, il s'appelle Charles et donc lui je le voyais de temps en temps quand j'avais un nouveau vélo, quand je voulais changer de selle, je suis un petit peu la princesse aux petits pois. Du coup dès qu'on change quelque chose sur mon vélo j'ai vraiment envie d'être sûre que ça va parce que Moi, je peux rouler des jours et des jours sans problème, mais si on change de quelques centimètres, je vais avoir un problème. Et donc, j'allais chez lui parce que j'ai plusieurs vélos. Je reçois des vélos de mon sponsor et donc il faut régulièrement les remettre à ma taille. Et donc, j'étais chez lui et il a eu, je pense, ce feeling, alors que j'essayais de cacher tout ça, évidemment. Il a eu cette sensation que ça n'allait pas et il m'a conseillé du coup d'aller voir son épouse qui est thérapeute sportive. Et au début, je me suis dit « Non, en fait, non. Mais non, en fait, ça va, je gère. » Et pendant une semaine, tous les jours, il m'a envoyé un message pour me dire « As-tu pris rendez-vous ? As-tu pris rendez-vous ? » Et finalement, j'ai pris rendez-vous et j'y suis vraiment allée avec les pieds de plomb. Et j'étais vraiment comme un lion en cage où si tu tends un bâton, je n'en vois pas. J'étais vraiment en mode « Je n'ai pas besoin de toi. Je suis là un peu parce que Charles m'a forcé. » Et voilà, tout va bien, tu ne me connais pas. Je ne voulais pas du tout montrer mes failles. Mais bon, évidemment, c'est son métier. Elle bosse avec des athlètes olympiques. Donc, elle sait ce que c'est. Elle sait ce que c'est l'investissement. Et elle a bien vu qu'en fait, j'avais une belle façade, qu'elle a fait tomber comme ça. Et donc, finalement, j'avais cette volonté d'aller mieux. Donc, j'ai continué la thérapie avec elle. Et de fait, ça va beaucoup mieux.
- Speaker #1
Trop bien. Et qu'est-ce que, tu vois, pour quelqu'un qui ne connaîtrait pas ce que c'est, burn-out sportif, est-ce que tu peux nous expliquer ce que ça fait ?
- Speaker #0
C'est une perte d'envie, c'est une perte de joie à pratiquer son sport, c'est avoir l'impression que ça pèse, c'est une obligation, c'est sentir que s'habiller pour aller faire le sport, en fait, c'est trop dur. Mettre les vêtements, en fait, ça devient difficile, alors qu'en fait, non. Alors qu'avant, on sautait dedans, dès qu'il faisait beau, je mettais mes chaussures, j'allais sur mon vélo et j'étais heureuse. Et là, c'est vraiment une espèce de pesanteur, c'est un ennui. Un ennui à être sur les mêmes circuits alors qu'avant, ça ne posait pas de problème. C'est la non-envie en fait. Et se forcer. Et avoir l'impression que je pourrais faire autre chose au lieu d'être là sur mon vélo pendant 6 heures sous la pluie à m'entraîner. Parce qu'il faut faire... 120 km aujourd'hui et que je dois les faire. En fait, c'est quand le je veux devient je dois. Et c'est aussi après, je l'avais dans le ventre, je sentais bien que je n'avais pas cette envie. Mais c'est dur de dire en fait j'en ai marre parce qu'on se construit finalement une image à la fois auprès de mes amis, auprès de ma famille, dans mon boulot, auprès des réseaux qui sont quand même là, il ne faut pas l'ignorer. Et il y a cette image de tu es increvable, tu roules autant, tu n'as pas besoin de beaucoup dormir, tu fais des trucs de fou. On a envie de garder ce blason et cette écusson-là parce que ça nous définit. Mais du coup, si on reconnaît qu'on en a marre, ça veut dire qu'on perd un petit peu de cette aura et de cette légitimité à appartenir à ce monde-là. Et ça, je ne voulais pas le perdre, mais je ne voulais plus le faire non plus. Et donc, il y a eu une grosse bataille en moi de me dire, en fait, je vaux toujours quelque chose, même si j'arrête la compétition, je suis toujours quelqu'un qu'on va apprécier, qui a de l'expérience, qui a des choses à raconter. Mais ça, il m'a fallu plusieurs mois pour me rendre compte que je n'allais pas me désintégrer parce que j'arrêtais de faire des courses et que j'allais arrêter de performer. Mais ce n'est vraiment pas facile.
- Speaker #1
Ah oui, ce n'est pas facile du tout. En fait, ton identité, elle s'est construite comme ça. Mon identité,
- Speaker #0
parce que je n'étais pas Clémence l'infirmière, je n'étais pas... J'étais Clémence la cycliste. Et j'avais honte à la fin, j'avais honte de dire, je suis fatiguée. Je n'osais pas dire que j'étais fatiguée parce que ça ne collait pas à l'image qu'on me donnait. J'étais vraiment la fille increvable qui pouvait rouler deux fois de suite de son borne sur le week-end, dans le nez, tout va bien. Et du coup, en fait, à la fin, je suis crevée et je n'osais pas le dire. Mais c'est vraiment débile. Et c'est vraiment débile parce qu'en 4 opérations dans l'an, maintenant, avec mon point de vue, évidemment, je suis à un an de mon échec sur la TCR. Et du coup, il y a un an et demi, deux ans, toute cette période de préparation. Évidemment que je me rends compte que je n'ai pas moins de valeur. Et évidemment que ma famille m'aime toujours, que mes amis m'estiment toujours. Et que j'ai toujours cette légitimité pour parler de mon sport, que j'ai pratiqué six ans. Mais au moment où tu vis ça, tu as l'impression que... tu vas disparaître et que tu ne fais plus partie de cette note-là, en fait.
- Speaker #1
Oui, t'as un peu ton monde qui s'effondre. Et est-ce que quand même, t'as eu... Au moment, tu vois, où elle t'a posé ce diagnostic, donc j'imagine quand même que ça a fait un choc d'avoir le truc posé et en même temps, peut-être que ça soulage un peu de se dire bon, bah quand même, voilà, moi je sais ce que c'est. C'était quoi ? C'est ambivalent ? Ou non, juste tu rejetais en bloc ?
- Speaker #0
Non, c'est ambivalent. Au début, j'ai vraiment rejeté parce que au début, elle m'a parlé quand même un peu de bigorexie aussi. Il faut savoir que dans les sports d'endurance, que ce soit la course à pied ou le vélo, on est quand même des sujets très à risque d'être bigorexiques. Donc la bigorexie, c'est une addiction à la pratique sportive et ça en devient un délétère parce qu'on fait du surentraînement, on ne mange pas assez. Parfois, les bigorexiques font ça pour avoir un contrôle sur leur corps, avoir un contrôle sur le poids. Donc c'est peut-être aussi une espèce de, pas d'anorexie, mais quand même un truc détourné pour avoir le corps qu'on souhaite. et puis c'est aussi avoir du contrôle, contrôler quelque chose, ça au moins on contrôle et c'est aussi une échappatoire peut-être à un quotidien qui ne nous convient pas mais vu que c'est trop difficile de changer ce quotidien-là, on va à fond dans le sport parce que là en fait on peut un peu s'échapper et donc d'abord elle m'a vraiment dit que j'étais digorexique, là j'ai rushé dans le bloc, j'ai dit non mais pas moi, non sûrement pas, j'ai non en fait si. Et puis, le bandard sportif, quand elle m'a dit ça, j'avoue que c'est comme un jeu de puissance 4 qui tombe. Et toi, quand tu retournes le jeu et que toutes les pièces tombent, je me dis, en fait, oui, tout ce que j'essaie de protéger, la muraille est de plus en plus fragile, ça se fissure. Et en fait, à un moment donné, pose les armes et accepte l'aide qu'on te donne. Mais c'est dur, en fait, d'accepter qu'on est vulnérable parce que moi, j'ai vraiment défendu cette image que j'avais de moi. de quelqu'un de fort, de très indépendant, qui gère, qui n'a pas peur de se lever tout le week-end, qui va bosser, je me lève à 5h du match, je vais bosser à vélo, je reviens, je vais encore m'entraîner 4h, je fais attention à ce que je mange, je ne sors pas. Et du coup, c'était une image qui finalement tenait à distance les autres et les tenait à distance de mes propres faiblesses en fait. Parce qu'au plus on dégage ça, au moins on montre que si c'est dur. Et je pense que j'étais là-dedans, je voulais protéger quelque chose qui était trop vulnérable, que je n'avais pas envie de montrer, en mettant une grosse carapace d'indépendance et de force physique. Mais en fait, à un moment donné, ça ne tient pas et ça épuise. Et ce qui a fait que je me suis pris le mur, en fait, l'été dernier.
- Speaker #1
Et comment ensuite, là, tu as réussi à prendre conscience de tout ça ? Parce que maintenant, tu as quand même... J'ai l'impression que le travail a été fructueux.
- Speaker #0
Oui, mais d'ailleurs...
- Speaker #1
À remonter cette pente et à faire tout ce travail avec cette psychologue. Comment ça s'est passé, ce travail de reconstruction, finalement, aussi ?
- Speaker #0
Ça aurait été intéressant de la voir avec nous aujourd'hui. D'ailleurs, je l'ai vue hier. J'ai parlé du podcast avec elle. Je lui ai montré tes questions. Elle trouvait ça intéressant. D'abord, le travail. Quand j'ai commencé, c'était d'abord... Elle a vraiment pris le temps. Normalement, c'était une heure. Je pense qu'elle a pris deux heures pour m'écouter. J'étais... J'étais logoréique, je parlais beaucoup, je parlais vite et j'étais très revêche comme ça, très tu m'approches pas, je sais ce que je vaux, tes conseils, bon je suis là parce qu'on a insisté et bon je sentais bien que j'avais quand même besoin d'aide. Et au départ, elle m'a dit, imagine la plus petite distance que tu pourrais faire en voyage. Et moi, j'étais là, 150. Elle m'a dit, non, la plus petite, 130. Non, elle dit, le plus petit voyage que tu pourrais faire, aller de chez moi à la mer, c'est 160. Elle me dit, mais non, c'est beaucoup trop. Elle dit, il faut que tu essayes de te visualiser à rouler, par exemple, 40 km par jour. Et là, je l'ai regardé, je me suis dit, mais ça ne va pas. Et vraiment, j'avais l'impression que c'était une attaque personnelle. à ce que je pouvais faire et à mes capacités. Heureusement, elle est pro, elle sait que je ne l'en veux pas et que c'était ma manière à moi d'être piquée au juif et de me dire « elle me prend pour qui ? » Et donc ça, ça a été très dur. Je me sens que je suis partie de là un peu fâchée en disant « mais ils ne comprennent pas, personne ne veut comprendre ce qu'on fait » . Et finalement, il y avait quand même cette volonté d'aller mieux. Donc j'ai continué les séances avec elle. Le travail m'a donné une cinquantaine de valeurs, une trentaine de valeurs. Je devais en choisir autant, puis décrire pourquoi ça me correspondait. À partir de là, on avait des discussions sur ce que ça représentait pour moi, ce que le sport représentait pour moi. Elle m'a aussi incité à avoir un cahier où j'écris, où j'écris ce que je ressens, où j'écris comment je me sens, si je vais rouler ou pas, comment je me sens par rapport à la préparation de mon voyage, par rapport aussi à ma vie sociale. Donc, ça a été tout un travail comme ça de discussion et de conversation. Après, elle, elle savait être très incisive. Elle a compris que peut-être que parfois, moi, me parler et me caresser en son cipoil, ça ne m'aide pas. Et que parfois, il faut dire, hé ho, là, tu fais une connerie, ça ne marche pas comme ça. Et en fait, ça, ça m'a secouée. Et du coup, j'ai accepté le diagnostic. J'ai accepté de dire, ça ne va pas. et en fait... Je lui ai dit, une fois, je dis, moi, je suis là parce que je veux aller mieux, parce que je vois bien que ça ne va pas et que si je continue comme ça, je vais m'abîmer physiquement et mentalement. Et de toute façon, quand je suis revenue de la TCR l'année passée, physiquement, je ne pouvais plus, mon corps ne voulait plus. Voir mes vélos me donnait envie de vomir. Regarder les courses et les gens qui parlent de leur préparation d'ultra ou regarder les publications, les pubs des futures courses, j'avais mal au ventre. Du coup, là, je me suis dit qu'en fait, il y a un problème. Je me sens malade de voir ça. Mais au plus, je me rendais compte que j'avais un souci. Au plus, j'ai accepté l'aide. Et en fait, sur six ou huit mois de temps, j'ai fait un progrès, j'ai fait un grand bond en avant parce que j'ai voulu aller mieux et que j'ai accepté de regarder parce qu'il n'y allait pas et ce que parfois, on ne veut pas regarder.
- Speaker #1
Oui, c'est clair. Et au niveau du coup vélo, est-ce que tu as coupé complètement pendant un temps ? Ce qui n'était pas simple vu que justement, toi ta base c'était de rouler 150 bandes par jour. Est-ce que tu as coupé complètement ou est-ce que tu as réduit ? Comment tu as géré ça ?
- Speaker #0
J'ai coupé à un moment donné, j'ai vraiment posé les vélos parce que de toute façon, l'été dernier, j'étais dégoûtée. J'en voulais vraiment plus. Donc j'ai vraiment posé le vélo et puis en parallèle, J'ai eu une blessure à la hanche qui s'est insinuée en septembre de l'année passée. J'ai encore fait un voyage. J'ai fait Montañas Vacas en gravel en octobre. C'est en Espagne. C'est un très, très beau voyage dans ce qu'ils appellent la...
- Speaker #1
C'est un cornon.
- Speaker #0
T'as dit ?
- Speaker #1
C'est un gros truc, un cornon. Oui, c'est ça.
- Speaker #0
Oui, c'est quand même 700 ou 800 kilomètres que j'avais fait sur la semaine. Mais là, en fait, mes douleurs à la hanche m'ont rattrapée. Et quand je suis rentrée de ce voyage... j'ai consulté et là, on a vu que j'avais tout un gros tendon qui était fissuré et j'avais une fracture de fatigue dans la crête iliaque. Et là, en fait, j'avais fait un peu de kiné. Il m'a dit oui, il faut continuer un peu à bouger. Mais ça a été de pire en pire. Du coup, j'ai coupé pendant trois mois. J'ai arrêté totalement toute pratique sportive parce que de toute façon, j'avais beaucoup trop mal. Et moi, je voulais continuer.
- Speaker #1
Il y a ton corps qui t'a indiqué que…
- Speaker #0
Oui, mais en fait, c'est vraiment ça. Et donc, j'ai été suivie dans l'hôpital où je travaille. Et là, les médecins m'avaient dit « c'est pas rien » . Moi, j'arrivais là en disant « ouais, j'ai une petite douleur et tout, mais c'est sûrement rien » . Et ils m'ont dit « c'est pas rien, on n'a jamais vu une atteinte pareille sur un tendon à ce niveau-là » . Et donc là, j'ai dit « ah, ok » . Donc, je me dis « ok, j'ai été trop loin » . Et au fur et à mesure, j'ai quand même été soignée. J'ai fait de la kiné, j'avais une échographie. J'avais trois semaines, j'avais une échographie, j'avais des radios pour voir comment ça évoluait. Et à la fin, à ma dernière consultation, le médecin m'a dit Merci. Mais qu'est-ce qui s'est passé en fait ? Qu'est-ce qui s'est passé en septembre ? Parce que là, après, ils sont très cartésiens, mais ils m'ont dit, ce truc-là n'est pas normal, mais il s'est passé quoi ? Et je dis, en fait, j'étais à la compétition la plus dure au monde pour moi. la TCR, la Transcontinental Race, et je dis, voilà, j'ai échoué, et ça a été tellement dur, j'ai fait une dépression. Et elle m'a dit, ok, je pense pas que tout est lié à l'émotionnel, il y a certainement une part de sur-sollicitation, mais elle dit, je pense que ton corps n'en pouvait plus, et du coup ce tendon s'est fissuré, la hanche s'est fissurée, et je pouvais juste plus l'utiliser. Et donc j'ai vraiment été mise au repos forcé tout l'hiver, et les premières semaines étaient affreuses, affreuses. Je ne me sentais pas bien, je me sentais de devenir énorme, j'avais l'impression que je n'allais plus savoir rouler un vélo. Et évidemment, non. Et du coup, au fur et à mesure, j'ai repris le vélo, je pense, en mars. Et en avril, je suis partie traverser le Portugal pour faire un voyage toute seule. Donc, j'ai traversé le Portugal du nord au sud par le centre. C'était un voyage de 700 kilomètres. que j'ai fait en six jours. Au début, j'avais prévu cinq. J'avais prévu cinq jours au début. Et en fait, en arrivant là-bas, je me suis rendue compte que c'était trop de rouler 140 km par jour en montagne, avec un vélo plus chargé que d'habitude. C'était trop dur. Et là, j'ai vraiment eu le switch où j'ai accepté qu'en fait, j'y arrivais pas. je ne pouvais plus me baser sur les chiffres ou sur les sensations des années précédentes. C'est juste que là, je devais faire avec ce que j'avais. C'était un corps qui se remettait d'une blessure, un mental qui était encore fragile. Et je me suis dit, ok, en fait, on ne fera pas en 5, on va faire en 6. Et là, j'ai vachement pu se profiter. Et pour te dire, je faisais 120 km par jour et tous les 20 km, je prenais une pause. Je descendais du vélo, je m'asseyais, je regardais le paysage, je mangeais un petit truc et puis je repartais. Et à 60 km... d'office, je me prenais une pause d'une heure. Je coupais au milieu. Et là, j'ai vraiment repris plaisir à faire du vélo alors que ça faisait près de deux ans et demi que je n'aimais plus ça. Je n'aimais plus le vélo. Et là, je me suis dit « Waouh ! » Dans la solitude du milieu du Portugal où je ne croisais personne, où j'ai fait quatre jours sans parler à personne parce que j'ai dormi tout le temps dehors. Eh bien, en fait, je me suis dit « Waouh ! Mais en fait, ça, j'aime bien. Et tu sens en toi un petit feu qui reprend. » Et où tu te dis, waouh, je prends du plaisir. Et en fait, c'est ça le sens de faire du vélo, c'est d'être heureuse. Et pas d'être triste, et pas de m'en vouloir, et pas de me flageller, et pas de dire, je suis trop nulle, j'y arrive plus. Mais non, et du coup, durant ce voyage, j'ai réussi à regarder mes six ans de course et de me dire, putain, Clem, t'as bien bossé, t'étais forte et c'était bien, mais maintenant, t'as le droit de te reposer et t'as le droit de profiter autrement. Et là, je me suis accordée ce droit-là. Et du coup, ce voyage a été exceptionnel. Donc, c'était une petite distance par rapport à ce que je faisais. D'habitude, quand je pars une semaine, je roule 1500 kilomètres. Là, j'en ai fait que 700. Et en fait, j'étais tellement heureuse à l'arrivée. C'était fabuleux. Et du coup, là-dessus, c'est enchaîné mon voyage vers le Cap Nord que j'ai fait durant tout le mois de juin.
- Speaker #1
Et celui-là, tu m'avais dit, en fait, à la base, tu t'étais encore mis des ambitions quand même un peu importantes. où tu t'étais dit que tu voulais partir de Berlin. Et là, finalement, tu as décidé de partir de Varsovie. Qu'est-ce qui s'est passé pour que tu prennes aussi conscience que ça allait faire trop et que tu réduises un peu ?
- Speaker #0
Alors, ce qui s'est passé, c'est que... Durant mon voyage au Portugal, je me suis vraiment rendue compte que rouler moins me rendait plus heureuse et me permettait de plus profiter. Et donc, au départ, j'avais dit à ma thérapeute... voilà je veux faire un grand voyage j'ai reçu cinq semaines de congés je veux partir tout je vais faire berlin cap nord 4000 km ça va aller 140 km par jour très bien elle m'a regardé elle a dit elle dit mais non elle dit non elle dit avec ça tu auras pas le temps de visiter les villes c'est beaucoup trop et si tu prends peu de retard ça va beaucoup trop t'oppresser et tout non non il faut que tu réduis non non non et donc j'étais un peu là oui cause toujours Mais durant ce voyage au Portugal où je me suis rendue compte que prendre un jour supplémentaire m'a fait un bien fou, là vraiment je me suis dit « Ok, en fait, je veux profiter de ce voyage, retourner au Cap Nord a un sens important pour moi parce que j'y suis déjà allée en vélo. Si je veux profiter de ce voyage et vraiment faire un travail d'introspection, et de remise en question de moi-même et de guérison, je ne peux pas y aller à l'épreuve et à la cravache. Il faut que je ralentisse, il faut que je prenne le temps d'admirer le paysage, de faire des rencontres, de visiter des musées sur la route, de prendre du temps dans les capitales que je vais traverser. Et si je pars de Berlin, je vais avoir le chrono en main tout le temps parce qu'il faut rire au Cap Nord et je ne vais pas m'accorder ce temps de profiter. Et le but était vraiment de profiter. Du coup, quand j'étais... Au Portugal, vu que je n'avais encore rien réservé pour la suite, je me suis dit, OK, il n'y a plus de questions. On ne va pas partir de Berlin, on va partir de Varsovie. Et du coup, quand je suis rentrée, j'ai réservé mes transports depuis Varsovie et pas depuis Berlin.
- Speaker #1
Donc, tu as fait un sacré chemin quand même entre... Enfin, même le moment où... Finalement, c'est assez rapide, je trouve, ce qui est bien. Mais entre le moment où tu prends conscience de ça, tu as le diagnostic, et puis l'évolution dans la foulée où tu arrives quand même à... Déjà à retrouver du plaisir, c'est incroyable. Et puis du coup, à toi-même te dire, attends, c'est bon, je fais plus cool et j'en profite mieux. Et il s'est passé comment alors ce voyage ?
- Speaker #0
Ce voyage est né de l'idée qu'il y a quatre ans, j'ai participé à la North Cape 4000, qui est une course qui a lieu chaque année, qui démarre d'Italie et qui monte jusqu'au Cap Nord. Ils essayent de prendre trois, quatre chemins différents pour y arriver. Et moi, je l'avais fait il y a 4 ans en partant du coup d'Italie. Et j'avais traversé, je pense, 8 ou 9 pays. Et en arrivant en fait au Cap Nord, donc il y a 4 ans, c'était l'enfer. Parce qu'il y avait une météo horrible. Il devait y avoir 3 ou 4 degrés, beaucoup de vent, énormément de pluie. Et je me suis battue pour arriver là-bas. Je crois que j'ai terminé 8 ou 9e femme. Et vraiment, du coup, là, j'étais en mode gagne. Et j'ai vraiment donné tout ce que j'avais. J'ai fait 4000 kilomètres en moins de 15 jours. pour arriver là-bas, ce qui était quand même assez fou. Mais j'ai détesté mon arrivée parce que j'étais épuisée. J'avais roulé plus de 600 km avec à peine une heure de sommeil dans des conditions horribles. On arrivait tous en hypothermie. On roulait avec nos couvertures de survie sur nous tellement il faisait froid. Et du coup, je n'ai rien vu du chemin jusque-là. J'ai des trous noirs à cause de la fatigue et de l'épuisement. Et le Cap-Nord, j'ai juste vu du brouillard. Je n'ai rien vu, alors que c'est un endroit qui est magnifique. Et je m'étais dit, dans mon cheminement de guérison, je voudrais retourner là pour me réconcilier avec cette région, avec la Finlande que j'ai détestée traverser il y a quatre ans parce qu'elle faisait dégueulasse. Et je veux voir ce Cap Nord parce que j'y étais une fois en vélo, je n'ai rien vu. C'est une purée de bois, je suis juste vue des graviers et les nuages. Et du coup, je m'étais mis en tête d'y retourner, mais d'y retourner par une autre route. Donc du coup, je n'avais jamais roulé en Pologne et je n'avais jamais roulé dans les Pays-Baltes. Je me suis dit, je vais passer par des endroits que je ne connais pas. J'ai fait Pologne, les trois pays baltes, et j'ai retraversé toute la Finlande par un autre chemin aussi, celui de la course, donc beaucoup plus de gravel, beaucoup moins de route. Évidemment, l'expérience a été tout à fait différente parce que je n'étais plus détendue. Je m'adaptais à la météo. Je me suis autorisée à prendre le train pour échapper à une très mauvaise météo. Et quand je suis... Je suis arrivée au Cap Nord. Là, je n'étais pas seule parce que j'ai d'abord voyagé trois semaines toute seule. Et à Helsinki, un de mes meilleurs amis m'a rejoint et nous avons terminé le voyage à deux. Et le jour où nous avions décidé de faire l'ascension jusqu'au Cap Nord, il faisait dégueulasse, il faisait mauvais. On a quand même tenté et en fait, il y avait tellement de vent que j'étais poussée dans les remparts de sécurité, je suis tombée. Et c'était horrible. Et là, vraiment, il y a un warning qui m'a dit, Et Clem, en fait... t'es pas là pour ça, ça tu l'as déjà fait. T'as plus rien à prouver, ça tu l'as déjà fait, on n'est pas là pour ça. Et je me suis arrêtée, j'ai envoyé un message à mon ami qui était devant et j'ai dit écoute, moi j'y arrive pas, je vais faire demi-tour. On verra la suite, mais là je fais demi-tour. Et lui il m'a dit écoute, en haut, parce qu'il était plus haut, il dit c'est horrible, je n'y arrive pas, j'arrive. Donc on est redescendus, on a vite réservé la dernière chambre qu'il y avait à Oninsvak et il était je pense 17 ou 18 heures et on s'est dit ok, on va dormir quelques heures et on va recommencer de nuit. Mais il fait clair. Donc, on a redémarré à 22 heures où, en effet, on avait le soleil de minuit, le ciel bleu. Et là, j'ai fait, du coup, cette ascension qui a duré, je pense, 40 kilomètres, 30-40 kilomètres. Mais j'ai profité tellement. Et j'étais tellement heureuse de ne pas avoir persévéré dans ces conditions qui étaient horribles et d'avoir écouté, en fait, mon corps qui disait, mais non ! non non non c'est pas ça qu'on veut faire et voilà et puis le voyage s'est terminé du coup en arrivant là-haut avec le soleil de Nîmes
- Speaker #1
Et un sourire, du coup.
- Speaker #0
Et tu t'es fait plaisir. Vachement.
- Speaker #1
Et comment tu décrirais, justement, cette différence entre un dépassement de façon assez saine et l'inverse, finalement, se dépasser mais juste en se mettant en danger, sa santé, tant physique que mentale ? Comment on trouve cette limite ?
- Speaker #0
Je pense qu'elle est difficile à trouver. Et je pense que ce curseur n'est pas le même. Il est variable. Et je pense que tu peux le monter ou le descendre en fonction de toi. Et c'est jamais quelque chose de linéaire. Et comment on trouve cette limite ? Mais je pense que la vraie limite, c'est le plaisir. C'est dès que tu n'as plus de plaisir, c'est que tu ne fais pas la bonne pratique pour toi et pour ton corps. Tant que tu es heureux de faire ça, même si c'est dur, même si en fait tu roules à 500 km en dormant 3 heures, mais que tu es heureux d'être là et que ça t'apporte quelque chose, il n'y a pas de problème. Mais si ça commence à trop te coûter et qu'émotionnellement, tu te dis « En fait, là, j'en peux plus. Je n'ai pas envie d'être là. Je serais mieux en terrasse avec mes amis. » Là, je pense qu'il y a des questions à se poser et qu'il faut ralentir, mais c'est hyper dur. C'est vraiment dur, en fait. Moi, ça m'a coûté beaucoup d'accepter, de reconnaître que justement, cette limite que je cherchais depuis des années, en fait, je l'avais touchée. Et moi, quelque chose qui m'a vraiment… pas traumatisée, on va pas parler de traumatisme, mais qui m'a vraiment été très dure, c'était la privation de sommeil. Autant au début que je pratiquais les courses, ça passait, j'arrivais à manager, je dormais 4 heures par 24 heures et ça passait. Mais au fur et à mesure, je ne tolérais plus la privation de sommeil, l'impression de m'endormir sur mon vélo, les hallucinations, le fait d'être un zombie, d'avancer au ralenti, de ne pas être efficace. Et au fur et à mesure, en fait, c'était... extrêmement angoissant pour moi d'avoir ces symptômes de fatigue extrême et je ne voulais plus les avoir. Je ne voulais plus, je ne veux plus ne pas dormir, je ne veux plus mal dormir, je ne veux plus prendre le vélo en ayant un oeil sur deux qui se ferme et je ne veux plus d'hallucinations. J'ai discuté de ça avec un médecin du sommeil, d'ailleurs qui fait des études sur les athlètes qui font des courses de longue distance. J'avais participé à deux études d'ailleurs, on était monitorisés, on avait des tests à faire durant la course et en fait il m'a dit quand tu as des hallucinations c'est extrêmement grave. C'est absolument pas drôle. C'est pas du tout une preuve de force ou c'est pas du tout quelque chose où tu peux être fier. Il dit que c'est dramatique. Il dit que quand ton cerveau a des hallucinations, c'est dramatique pour lui. Ça veut dire qu'en fait il ne se nettoie plus, sa poubelle est pleine et les déchets restent dans ton cerveau et peuvent faire des dégâts. Et en fait, ça c'est vrai que je me suis dit waouh, mais en fait non, c'est hors de question que j'inflige ça à mon corps qui est en bonne santé, qui me permet de faire tout ça. Je ne veux plus manquer le sommeil. Plus jamais. C'est hors de question. Et ça, vraiment, c'est encore une allergie. J'ai une allergie au manque de sommeil. Je ne sais pas si vous m'avez expliqué ça.
- Speaker #1
Oui, Nancy, tu l'expliques bien, je trouve. On comprend vraiment bien l'idée. Et ce que tu dis avec ce médecin, je trouve ça hallucinant qu'en fait, on voit peu ce message-là sur les réseaux sociaux, dans des articles et tout. C'est ce que tu dis, les hallucinations, limite, on trouve ça drôle. Et il y a une tendance globale qui... moi, me choque et où je pense qu'on va avoir plein de problèmes avec ça dans les futures années, mais qui a valorisé le toujours plus. Ou le toujours moins de sommeil, d'ailleurs, mais le toujours plus de défis extrêmes, de kilomètres, de dénivelé, toujours faire davantage. Et c'est quand même très valorisé. On est dans une période où j'ai l'impression que c'est beaucoup plus valorisé encore qu'avant. Maintenant, la question, c'est genre, ah bon, tu ne fais pas d'ultra. Ce n'est pas l'idée que tu fais de l'ultra, c'est l'inverse. C'est très curieux. Et ces messages, en plus, ne sont pas trop passés. C'est aussi pour ça, d'ailleurs, qu'on s'était dit qu'on voulait enregistrer ce podcast et en parler. Et quel regard, toi, est-ce que tu portes justement sur cette dynamique ? Parce que maintenant, tu as aussi le recul qui te permet de regarder ça un peu différemment.
- Speaker #0
Écoute, honnêtement, je ne comprends plus. Autant quand j'étais dedans, je comprenais, j'avais mes motivations personnelles et profondes à faire ce que je faisais. Je pense que j'avais quelque chose à réparer. en moi et je ne jette pas la pire à l'ultra, j'ai adoré ce que j'ai fait, j'ai appris énormément de choses, j'ai rencontré des gens incroyables mais moi j'étais arrivée en bout de course et maintenant quand je regarde justement il y a la Silk Road, il y a eu la TCR il y a eu le Tour Divide, toutes ces grandes courses qui ont eu lieu en ce moment, donc en ce moment c'est la Silk Road et en fait je ne comprends plus, en une fois je suis déconnectée et j'ai pas mal d'amis qui sont en train de rouler ou qui ont roulé Et en fait, je ne comprends plus. Je sais ce qu'ils vivent. Je connais les mots. Quand j'étais en contact avec des copines qui étaient sur la TCR, j'ai les mots qu'il faut pour les relancer, les rebooster ou pour les calmer. Mais en fait, ça n'a plus de sens. Ça n'a plus de sens pour moi, la privation de sommeil, de se mettre dans des états pas possibles, où tu dévis, où tu t'endors en descente. Et du coup, je suis comme toi, le regard que j'ai, c'est que, mais pourquoi il y a cette course à l'armement de toujours plus, toujours plus vite, toujours sans dormir, et j'ai vraiment du mal parce que certaines courses valorisent, disant, oui, un tel a fait 1000 km avec une heure de sommeil. Wow, bravo, soldat, bravo, champion. Mais purée, mais il n'a pas guéri le cancer, en fait. et s'est mis en danger. Et pourquoi tu valorises ça ? Donc peut-être que ce gars-là est en effet quelqu'un d'exceptionnel, qui a un physique et une génétique incroyables, et surtout peut-être du temps et des finances et un entraînement que quelqu'un d'autre n'a pas. Mais on va se dire, ouais, en fait, 1000 kilomètres, il faut dormir 3-4 heures si tu fais plus, mais en fait, t'es pas bon. What ? Mais moi, j'étais là-dedans. J'ai fait 1000 kilomètres en dormant 4 heures. Je l'ai fait, des 1000 kilomètres en 72 heures, évidemment, je l'ai fait. Mais en fait, non, c'est pas bon. Et du coup, quoi, ça va être normal ? C'est comme ceux qui courent le marathon, je sais pas, en 3h20. Oui, c'est normal, si tu mets 4h, purée, en fait, t'es vraiment lent. Mais non ! Et en ultra, en fait, c'est ça. Et je suis un peu triste, j'ai un peu peur de cette surenchère au plus dur, au plus dénivelé, où en fait, on dit que c'est du gravol, mais en fait, pas du tout. Excuse-moi, c'est de l'escalade, c'est des chemins pédestres. Tu peux traverser des rivières en portant ton vélo comme ça. Tu marches dans la neige. Mais OK, tu ressens les choses et c'est hyper intense, mais tu te mets en danger, en fait. Bon, pour le moment, je pense que tout va bien. Il n'y a pas eu trop d'accidents. Mais moi, j'ai peur de la banalisation de personnes qui ne se rendent pas compte de ce que c'est et qui vont y aller en se disant « Ouais, je m'entraîne un an et je peux faire une Silk Road » . Peut-être, mais peut-être que non, en fait. Et je ne sais pas, je ne suis pas là du tout pour freiner les gens qui ont ce potentiel et qui ont cette énergie. Mais par pitié, soyez prudents, parce que la frontière entre le courage et la folie, elle est vraiment mince.
- Speaker #1
C'est bien résumé, je trouve. En fait... Moi non plus, je ne suis pas là pour freiner. Je fais des épisodes de podcast aussi avec des personnes qui partagent des récits ultra. Et je trouve ça chouette aussi de montrer que ça peut faire de belles aventures et aussi que certaines personnes arrivent quand même, je pense, à s'épanouir là-dedans. Mais effectivement, le rappel que tu fais, c'est quand même que la frontière, elle est parfois mince. Et je pense qu'avant de s'engager sur ce genre de choses, c'est bien d'en avoir conscience, d'avoir conscience que ce n'est pas banal, que ça demande une préparation énorme. beaucoup de sacrifices aussi sur sa vie par ailleurs et que peut-être aussi c'est pas du tout fait pour tout le monde enfin en fait ce n'est pas fait pour tout le monde et qu'on peut complètement l'accepter et très bien vivre sans faire d'ultra dans sa vie Oui en effet je trouve que les réseaux sociaux et la médiatisation des courses d'ultra glamourisent
- Speaker #0
et rendent héroïques le fait de participer à ces courses avec des photos en or et blanc, avec des films qui sont très bien montés, avec une belle musique où on regarde ça derrière notre écran et on se dit « Waouh, en fait, si je fais ça, je vais être fort, je vais me découvrir, je vais être quelqu'un de différent, je vais vivre une aventure hyper incroyable à me pousser dans mes limites. » Mais oui, mais en fait, tout ça, c'est du commerce aussi. Les courses, ils font du pognon sur notre dos et ça les arrange bien que nous, on soit en recherche comme ça de sens et qu'on vienne et qu'on paie 500 ou 600 euros une inscription pour aller faire… le tour d'un pays, on verra la moitié parce qu'on roule jour et nuit et où en fait, tu n'as même pas le temps de parler aux gens tu n'as pas le temps de goûter une spécialité parce qu'en fait, tu n'as juste pas le temps, tu vas juste carburer sur du yaourt et du chocolat mais peut-être que c'est moi qui ai une image tronquée mais je trouve que le toujours plus, c'est toujours plus dur en fait, c'est dangereux et ça pousse du coup, les professionnels sont là je ne dis pas Victor Bozoni par exemple qui est un champion de champion qui a un mental incroyable ce gars a 22 ou 23 ans Il a gagné le Tour Divide, il a gagné la Tasson-Tonreis, mais ce gars, c'est son métier. Il vient du cyclisme professionnel, il est entraîné, il est coaché, il est nourri pour ça. Et en fait, la personne qui… Je ne réduis pas les gens qui travaillent, qui sont athlètes sur le côté, comme ce que moi j'ai fait, mais ce n'est pas donné à tout le monde et c'est de plus en plus dur. Et notamment, quand j'ai échoué ma dernière TCR, j'ai discuté avec un gars qui s'appelle Stéphane Ouaja, qui a fait je pense qu'il a fait 5 aussi TCR et il a fait des podiums à chaque fois il a fait des top 10 et pour lui c'était déjà pas assez c'était trop facile qu'il l'a fait en fixie voilà et j'ai discuté avec lui parce que j'avais vraiment besoin d'une oreille et de quelqu'un qui sait ce que c'est, qui connait le sacrifice et qui sait la douleur que c'est et les joies aussi extrêmes de ce sport et lui il m'a dit ça, il m'a dit écoute Clémence en fait moi quand j'ai fait des podiums à l'époque La moyenne journalière était de 180 km pour terminer dans les temps. Moi, quand j'y étais, c'était de 236 km par jour. Et donc lui me dit, en fait, il y a une explosion. de ce sport et on veut le rendre de plus en plus dur et de plus en plus, je ne sais pas, religieusement inatteignable. Et du coup, en fait, ça devient une folie. Et donc, oui, de fait, c'est plus donné à tout le monde. Et moi, j'ai atteint cette limite où je n'y arrive plus. J'ai réussi à faire des courses où je roulais 250 par jour avec des journées à 300. Mais une TCR où, en fait, il y a tellement de dénivelé, il y a 50 000 de déplus sur la course, il y a beaucoup de graveur, il y a des passages qui sont très compliqués. Et bien, moi, personnellement, moi, Clémence, C'était ma limite et je n'y arrivais plus et je ne prenais pas de plaisir. En fait, je peux y arriver avec cinq jours de plus. Mais pour être dans les cut-off, les cut-off sont de plus en plus durs. Et moi, je n'y arrivais pas. Et aussi un truc qui m'a un petit peu dégoûtée, après je n'ai peut-être pas, enfin ça va peut-être me faire des ennemis quand je vais dire ça, mais j'ai cette impression que ces grosses courses-là, en fait, on paye 500, 600 euros le dossard, mais en fait, on paye pour les dix premiers. Les dix premiers qui vont avoir une couverture médiatique et ils sont très bons. je dis là ils sont fantastiquement bons mais en fait on paye pour ça pour leur équipe média, pour les films qu'ils vont faire mais tous ceux qui sont derrière en fait ils vont à l'abattoir, c'est une boucherie mais on a payé la course et cette course survit là-dessus en fait j'ai cette impression et Stéphane était d'accord avec moi quand j'ai eu cette discussion et prendre ce recul là je me suis dit mais en fait c'est pas moi qui suis mauvaise et pourquoi je serais mauvaise c'est parce que trois gars ont décidé que traverser l'Europe en 14 jours sur autant de distance, et ben ça faisait de toi un bon cycliste Merci. En fait, non. Je me suis vraiment dit que ce n'est pas eux qui vont décider de ma valeur humaine, sportive et de cycliste. Et quand j'ai eu ce déclic-là, j'ai vraiment réussi à prendre du recul en me disant que ce ne sont pas mes règles. Ce sont des règles que trois gars ont pondues. Il y en a qui arrivent, mais moi, je n'y arrive pas.
- Speaker #1
Oui, tu n'y arrives pas et puis tu prends... plus de plaisir, donc ça n'a plus de sens pour toi à ce stade de ta vie. Et comment tu envisages la suite, justement ? Est-ce que tu veux continuer ? Là, tu sembles avoir quand même repris goût au voyage à vélo, en tout cas à un rythme un peu plus cool.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Est-ce que tu as d'autres projets ?
- Speaker #0
J'ai d'autres projets, et j'ai vraiment tellement aimé le voyage. J'ai toujours voyagé à vélo, mais à chaque fois, les voyages que je faisais étaient dans l'optique de me préparer à une course, d'aller voir une région, parce que j'allais passer pour une course et c'était des voyages quand même à 150-180 km par jour avec un vélo très peu chargé avec très peu de matériel et toujours pas beaucoup de confort et là du coup je me suis dit ok j'ai revendu un de mes vélos de course, j'en veux plus tout ce qui est attrait à la performance je n'en veux plus, j'ai mis des pédales plates je roule avec des t-shirts larges, j'ai mis un port de bagage sur mon vélo un port de bagage, j'ai mis les sacoches hors clip Merci. 2 fois 20 litres de chaque côté. J'ai pris un réchaud. J'ai une tente où je peux m'asseoir dedans. Ce n'est pas juste un petit tunnel où tu as la toile sur le nez. Et donc, je me suis volontairement alourdie. Pourquoi ? Parce que je voulais du confort. Parce que je veux être bien. Je veux dormir. Je veux avoir des vêtements de rechange. Je veux avoir un gros matelas. Je n'avais marre d'avoir des matelas de 5 cm où tu ne sais pas dormir sur le côté, où tu touches le sol. Moi, je me suis pris un matelas de 12 cm, bien gros. Tu dors. C'est comme s'il était chez moi. Et donc, je me suis alourdie volontairement. J'ai pris un vélo qui n'est absolument pas performant. C'est un gros monster gravel avec des peu de 60, autant dire que c'est un tracteur. Mais je suis heureuse. Je suis heureuse qu'il soit lourd. Je suis heureuse d'avoir mes affaires. Et du coup, la suite, c'est marrant parce que j'en parlais avec Julie, ma thérapeute, hier. La suite, c'est continuer les voyages, rouler moins, donc rouler entre 80 et 100 km par jour en gravel toujours parce que j'ai vraiment fouillé la route. Donc, c'est du gravel. Et je souhaite partir un mois au Chili en janvier. J'ai de la chance et que mon hôpital a validé mes congés, donc je peux partir de mi-janvier à mi-février. Donc c'est de continuer à faire des voyages près de chez moi ou parfois un peu plus loin, comme le Chili, et de juste en fait profiter et de juste me dire que le monde est magnifique. J'ai de la chance de pouvoir le parcourir, autant le faire tant que je peux. Prendre du temps, prendre du temps de s'arrêter, prendre des transports quand j'en ai marre, visiter. manger. Mais ma thérapeute, elle me disait « Est-ce que tu referais des courses ? » Et je disais « Non, non, non, non, non. » Mais finalement, on est arrivé à la conclusion que peut-être, parce qu'elle m'a dit « T'es une compétitrice, ça va être dur de lâcher ça. » Et j'ai dit « Peut-être, mais si un jour je refais des courses, ce sera beaucoup plus court. Des 300, des 500 kilomètres. 500 kilomètres, c'est la distance où je me suis le plus amusée quand je faisais les courses. Pourquoi ? Parce que ça prend un week-end, ça ne demande pas un gros investissement en congé. Tu peux travailler avant, après. C'est moins chronophage, en fait. Et pour moi, c'était moins destructeur. Et du coup, j'ai dit peut-être, éventuellement, ça. Mais vraiment, là, je ne suis pas prête. Et même quand j'en parle, j'ai mal au ventre. Donc, c'est que je ne suis vraiment pas prête. Et si je ne suis jamais prête, ce n'est pas grave. Parce que vraiment... Je me sens mieux à voyager. Et je vais te dire un truc que je lui ai dit hier. C'est marrant, c'est que quand j'étais dans ce mode ultra performance où on met des vêtements collants, où on a les lunettes comme ça, où on a les sacoches comme ci, on a le vélo, où on a cette espèce de look, où de fait, je trouvais les autres, les autres étaient beaux, mais moi, j'avais l'impression d'être déguisée. Et j'avais l'impression que ce n'était pas moi et que je n'étais pas belle. Et maintenant que j'ai rejeté tout ça, que je roule en sandales, que je mets des chemises et des t-shirts, pour rouler, c'est pas du tout pour me donner un look, c'est juste que je me sens mieux, et là je me sens belle, je me sens belle avec mon look de Romano, et mes grosses sacoches et mon réchaud en fait, et je me dis c'est peut-être qu'en fait, finalement t'as enfin trouvé quelque chose qui te correspond donc voilà.
- Speaker #1
Sacrée évolution franchement ça fait trop plaisir de t'entendre, enfin là on sent que juste t'es heureuse dans ta pratique et c'est tellement le plus important c'est trop bien Et quel message t'aimerais transmettre à d'autres personnes qui sont peut-être dans la situation où toi t'étais, qui sentent peut-être vraiment tout au fond qu'elles sont en train de basculer mais qui n'osent pas forcément encore se l'avouer ?
- Speaker #0
Ce que je pourrais conseiller, c'est de dire qu'en fait, de s'écouter et de sentir que si on a du dégoût ou qu'on n'a pas envie d'y aller et où on manque de motivation, c'est déjà de le reconnaître et de se demander Mais qu'est-ce qui se passe ? Et qu'est-ce qui a changé ? Et si ça continue, de ne pas hésiter à en parler aux gens qui nous connaissent bien ou à d'autres sportifs, mais qui auront une oreille attentive à ça. Pas quelqu'un qui va te taper sur le dos et dire « Allez, c'est bon, ça va passer, va prendre un com, va rouler. » Non, non, non. Je pense qu'il faut vraiment choisir ses interlocuteurs et ne pas hésiter à en parler à un professionnel, à un psychologue ou à son coach, qui sont en général formés pour recevoir ce genre d'informations. Et s'ils suivent beaucoup de sportifs, le burnout sportif, ce n'est pas du tout quelque chose qui est anodin ni rare. Ça arrive à des sportifs de très haut niveau. Je pense que même Pogacar l'a dit, après son tour de France, il est fatigué, il commence à en avoir marre, alors que lui, c'est le meilleur. Et je pense que beaucoup de sportifs, dans plein de domaines différents, que ce soit la natation, le tennis, le vélo, le judo, j'ai entendu des témoignages de sportifs qui disent que ça devient dur. Et donc, il ne faut pas se sentir amoindri par ça. On n'est pas faible. On n'est pas faible. En fait, on fait des choses incroyables et ce n'est pas parce que ça devient dur et qu'on n'en a plus envie que ce qu'on a fait avant ne compte pas. Et je pense que ce n'est pas parce que là, maintenant, c'est dur et qu'on n'en a plus envie, ça n'annule pas tout ce qu'on a fait avant. Et on peut ralentir ou arrêter ou faire autre chose, mais garder ça dans notre cœur et nous dire mais en fait, si, j'ai de la valeur et j'ai encore quelque chose à dire par rapport à ça. Je dirais ne pas vous diminuer. Oser en parler, oser ralentir et faire un peu autre chose. Moi, par exemple, il y a un an, j'ai commencé le hockey sur gazon. C'est un sport qui est très, très populaire en Belgique. D'ailleurs, c'est la Coupe du Monde en ce moment en Belgique pour le hockey. Et j'ai commencé ça parce que je voulais une activité en groupe, parce que j'avais marre d'être toute seule. Et surtout, je voulais une activité avec des femmes, parce que le vélo, c'est quand même très, très masculin. Et le hockey m'a fait du bien parce que, un, ça m'a appris à... à redémarrer à zéro, à être débutante, à ne pas être bonne, à rater. Ça m'a appris à perdre et ça m'a appris le sport d'équipe, c'est quelque chose que je n'avais jamais fait de ma vie. Et donc je pense que quand vous n'êtes pas bien et que vous décrochez, n'hésitez pas à lâcher le vélo et faire autre chose pour reprendre du plaisir dans autre chose. Donc je pense que ce serait ça.
- Speaker #1
Un super, super message. Franchement, merci beaucoup Clémence. Je trouve ça génial d'avoir ton témoignage. Ce n'est pas un sujet qui est facile. Tout le monde n'aurait pas forcément envie de parler de ça, d'expliquer vraiment ce qui s'est passé. Je pense que c'est hyper précieux parce que ça pourrait aider plein de monde. Grand, grand merci. Ce n'est pas passé. Je te souhaite vraiment le meilleur. Plein de plaisir sur un vélo ou en hockey sur la gazon. Plein de plaisir dans tes prochains projets.
- Speaker #0
D'ailleurs, tu sais, Merci. J'ai beaucoup filmé durant ce voyage et là, j'ai l'objectif de faire un film. Et du coup, le film, ça ne va pas être du face-cam où tout va bien et où c'est génial. J'ai envie de parler de ça, de la dépression du sport, du mal-être et du fait de guérir quand même. Du coup, si jamais je vois le monteur dans deux semaines, deux, trois semaines. Et donc, ce sera normalement le projet pour l'année prochaine aussi, c'est de faire un film sur ce sujet-là. Mais c'est difficile parce que là, j'accepte d'être vulnérable et c'est dur.
- Speaker #1
de parler de ça même avec toi et de savoir que d'autres personnes vont l'entendre mais en fait ça sert à quoi de porter un masque en fait ça sert à rien donc voilà génial bah écoute dès que le film sera en ligne projeté et tout je relèverai tu me seras au courant je suis sûre que ça pourrait être chouette et utile Et une petite question pour finir, qui est-ce que tu aimerais que j'invite dans le podcast ?
- Speaker #0
Écoute-moi, il y a trois personnes. Il y a Élise Sauvinet, qui a terminé brillamment la TCR ici il y a quelques semaines. Il y a Élise Caron, qui est une amie, qui sera parfaite pour parler du vélo plaisir, de la photo, et justement de ne pas se prendre la tête. Et aussi, il y a Camille, j'ai oublié son nom de famille, mais elle vient aussi de faire... Elle a fait deuxième ou troisième sur la TCR. Et c'est aussi une femme incroyable. Et je pense que ces trois femmes-là, pour te parler d'ultra, de plaisir à vélo et d'entraînement et de place de la femme, elles seront nickels.
- Speaker #1
Trop bien. Eh bien, je note les trois noms. Merci beaucoup Clémence et à bientôt.
- Speaker #0
Merci à toi.
- Speaker #1
C'est déjà la fin de cet épisode des pédaleuses. Merci de l'avoir suivi. Si ce moment passé dans notre peloton t'a fait du bien, pense à le partager avec tes copines que ça pourrait aider ou inspirer. Le meilleur moyen de soutenir le podcast, c'est aussi de lui laisser 5 étoiles sur Spotify ou Apple Podcast. A très vite les pédaleuses !