- Speaker #0
One life, je suis là, je suis à 800 km de chez moi, je suis venue pour ça, je me suis entraînée pendant 5 mois, voilà, je suis venue pour en découdre un peu. Parce qu'en fait, on s'en sent capable que quand on l'a fini. Je ne me suis pas arrêtée jusqu'au sommet. Je n'ai pas voulu m'arrêter, je me disais si je m'arrête, à quel moment je vais repartir ? Sûrement jamais.
- Speaker #1
Le Mont Ventoux, le géant de Provence. Rien que de prononcer son nom, on tremble un peu. Et pour mon invité du jour, ce sommet mythique avait une saveur toute particulière, puisqu'elle a démarré le vélo il y a seulement un peu plus d'un an, et qu'elle vit avec une sclérose en plaques. Dans cet épisode, on plonge dans l'événement Mont Ventouste organisé par les Rookies. Préparation, ambiance sur place, et une ascension du Ventoux qui ne s'est pas du tout passée comme prévu, avec des rafales de vent à 100 kmh là-haut et un arrêt forcé au Chalérena. C'est un magnifique récit de résilience et d'audace qui vous attend, bienvenue Camille Frairrot ! Bienvenue dans Les Pédaleuses, le podcast du cyclisme au féminin. Routes, gravel, VTT ou bikepacking, rejoins notre peloton. Ici, on roule et on progresse ensemble, quel que soit son niveau. On est là pour s'inspirer, libérer la parole des femmes et célébrer la joie pure de pédaler en toute liberté.
- Speaker #0
Salut Cam,
- Speaker #1
est-ce que tu peux te présenter déjà ?
- Speaker #0
Hello, avec plaisir. Alors moi, je suis Cam, je suis la maman d'un petit chien, mais je suis aussi art directeur et motion designer. dans la pub les jours ouvrés. Et le reste du temps, j'apprécie être en extérieur et passer le plus de temps dehors.
- Speaker #1
Je crois qu'on est nombreuses à partager ça ici.
- Speaker #0
Bien sûr, parce que je vis à Paris depuis 10 ans également.
- Speaker #1
Et tu as commencé le vélo assez sérieusement, on va dire, régulièrement et en solo il y a juste un an à peu près. Comment ça t'est venu, cette envie ?
- Speaker #0
Eh bien, oui, tu as raison. C'est quasiment ça. J'ai commencé en avril 2025. Il y a un peu plus d'un mois maintenant. Enfin, sérieusement, tu sais, j'ai eu plusieurs erreurs de ma vie. À un moment, j'ai fait du fixie en 2011 et les choses allaient progressivement. J'utilise le vélo comme moyen de locomotion, de déplacement depuis toujours, on va dire. Et encore plus quand tu vis à Paris. Et le fait d'être dehors rend la vie plus facile, je trouve, dans une ville urbaine. En 2024, j'ai eu l'occasion et la chance de pouvoir partir dans un grand voyage à la voile, pour faire une transatlantique à la voile. Et du coup, ça laisse énormément de temps pour réfléchir à ce dont on a envie, à admirer les éléments et à se projeter aussi dans ce que l'on aimerait faire pour soi. Et je pense qu'avant de partir, j'avais déjà envie de me mettre plus sérieusement en vélo, d'activer mon corps, on va dire, sur ce terrain-là. Donc, en revenant, j'ai pris les choses, on va dire, à bras le corps et j'ai mis ça en place, progressivement, évidemment.
- Speaker #1
Excellent. C'est marrant d'avoir pensé à ça lors d'une Trois Atlantiques. Ce n'est pas le truc le plus courant. Et en plus de tes sorties en solo, tu fais aussi maintenant des virées en groupe, je crois. Qu'est-ce que ça t'apporte, ce côté collectif ?
- Speaker #0
Alors, en effet, j'ai fait pas mal de sorties en solo. Enfin, je te fais un peu un historique, si ça te va.
- Speaker #1
Volontiers.
- Speaker #0
Parce que, ouais, j'ai commencé en solo, tu vois. Je faisais des petits 25 kilomètres après le travail, où t'es dans ton cuissard et il est 18h30 et à 19h pétante, tu pars pour aller rouler. Et, bah, en fait... Progressivement, et je pense que grâce aussi aux réseaux sociaux et parfois l'algorithme est bien fait en cela, j'ai eu des propositions et notamment celle de Paris Vélo Club qui est organisée par Laurine et elle était à ses débuts. Donc elle, elle organise des sorties vélo en non mixité pour des personnes qui débutent amateurs ou même confirmées en fait. Et elle nous a proposé toutes les deux semaines des sorties. aux alentours de 40 à 60 kilomètres. Et c'est comme ça que j'ai pu rentrer un peu dans des distances qui sont progressivement un peu plus longues. Aussi, elle a créé un monde, c'est-à-dire qu'elle a juste créé un groupe WhatsApp, une communauté, et il y a plein de femmes, parce que ça reste en université choisie, et il y a plein de femmes qui sont rentrées dedans. Aujourd'hui, je ne sais pas combien de centaines de femmes il y a dans ce groupe. Les femmes s'organisent, il y a plein de thèmes. Et ça parcourt toute l'île de France, donc c'est trop chouette comme initiative. Et grâce à elle, progressivement, j'ai pu avoir... En fait, c'est un peu le pied à l'étrier, tu vois. Ça te donne l'essai, ça te donne l'élan pour aller plus loin ensemble. Donc ça, c'était mes premières sorties en collectif. Après, les... L'été dernier ou même avant, je faisais quelques sorties avec Maillot Jaune, qui est un groupe parisien de vélo qui sort tous les lundis. en mixité ici avec de la grosse musique. Donc, c'est très social ride. Ça aussi, c'est trop chouette parce que tu as des vélos à 4 euros, tu as des vélos à 8000 euros, tu as des personnes qui sont en Vélib, d'autres en vélo électrique avec ou sans batterie. Enfin, c'est un peu des vélos qui font du bruit et d'autres non. Et je trouve que c'est assez chouette de voir cette mixité-là. Et progressivement, en prenant des... de la capacité ou en prenant de l'expérience. Et j'ai pu avoir, j'ai pu me lancer sur des groupes de vélo où c'est des sorties plus engagées, souvent mixtes, encore une fois, mais plus engagées, par exemple, avec le Café du Cycliste, en tout cas pour mon niveau, bien sûr. Et le Café du Cycliste à Paris propose des sorties Women's Cappuccino, c'est un peu leur DA, on va dire. Et c'est expresso, cappuccino ou quoi d'autre. Et c'est que des femmes, par exemple, qui, une fois par mois, se lancent pour une sortie en Ile-de-France sur 80 à plus de 100 kilomètres. Donc ça, c'était vraiment une grande chance. Je trouve que je pense qu'il y a beaucoup de groupes de vélos en France, mais à Paris, on a beaucoup de chance parce qu'il y en a de tout type dans tous les coins de l'Ile-de-France. C'est quand même très chouette et j'avoue que j'en ai bien profité et j'en profite toujours. Peut-être même ce soir.
- Speaker #1
T'as raison, c'est génial d'avoir ça. Effectivement, ça aide quand même à mettre le pied à l'étrier, comme tu dis, et puis ensuite à continuer à vraiment profiter. Et tu m'en as parlé aussi, toi tu vis avec la sclérose en plaques depuis 2013. Est-ce que ça t'aide à mieux vivre en tout cas avec ta maladie, le fait de faire du vélo ? Et comment est-ce que tu gères en fait lors de tes sorties ?
- Speaker #0
Eh bien, en effet, du coup, j'ai une sclérose en plaques. Pour ceux qui ne savent pas trop, parce que la sclérose en plaques, c'est souvent connu au Téléthon, mais aujourd'hui, ça a beaucoup évolué. Et la recherche aussi, évidemment. Du coup, c'est une maladie auto-immune, inflammatoire et neurologique du cerveau qui crée des lésions dans la moelle épinière et dans le cerveau. et qui abîme les connexions neuronales et nerveuses. Et à ça, ça crée ce qu'on appelle des poussées, on va dire des crises, tu vois, communément. Et du coup, c'est multifactoriel. Ça peut être une perte de sensibilité dans un membre, ça peut être... Enfin, moi, j'ai déjà perdu la vue. C'est la première fois comme ça que j'ai su que... Enfin, je voyais tout blanc, quoi. Je voyais très flou, tout blanc. En 2013... peut avoir des problèmes de déglutition, par exemple. Et ça, c'est assez dangereux. J'ai eu une crise comme ça une fois, et c'est très dangereux, on l'imagine. Perte de sensibilité dans les mains. Par exemple, je n'ai pas 100% de sensibilité dans les mains. Je pense que mon corps et mon cerveau, ils ont trouvé des parades depuis toutes ces années, mais je ne les ai plus. Et ce qui est assez fou, c'est que le corps s'habitue, il contourne tout ça. Et il est assez fort pour ça. Et actuellement, du coup, moi, j'ai eu une perte de grosse sensibilité dans les jambes en 2022. En 2022, j'ai eu une grosse poussée et j'ai été statue du handicap à un moment donné. C'est-à-dire que je n'arrivais pas à marcher plus de 15 minutes d'affilée, tu vois, car ça créait des brûlures, des douleurs. stridentes, comme des coups d'électricité. Très rapidement, tu ne peux plus. Et après, il y a une période de récupération de ce moment où tu as poussé sur ton corps, même si c'est juste de la marche, malheureusement. En cela, je ne pouvais plus me déplacer. C'est à cette époque-là que je ne me déplaçais qu'en vélo électrique. Et ça, ça me permettait de rester... Rester sociable, d'avoir quand même du contact avec des gens, d'être pas cloisonnée à la maison. Donc la poussée, ça s'arrête, ça dure quelques semaines, quelques mois. Et après, t'as les séquelles. Et c'est en cela que j'ai des séquelles sur mes mains, par exemple. Par exemple, la vue, j'ai eu la chance de tout récupérer. Mais parfois, on ne récupère pas tout. Et du coup, les jambes, je n'ai pas tout récupéré. Et j'ai encore toujours des parastésies. Des douleurs et des fourmillements et des petits coups d'électricité et ouais. dans les jambes. Ça crée la sclérose en plaques, ça crée aussi perte de force, fatigue, chronique. Donc, dans toute cette période-là, alors que j'étais assez sportive avant, mais plus un sport indoor, je faisais du cycling indoor, genre dynamo cycling, tu sais, quand on te met Ariana Grande à fond dans les oreilles et que tu pédales pour ta vie, dans le noir. Je faisais de la boxe, je faisais du yoga, donc quand même des sports assez intenses, on va dire en... cardio. J'ai arrêté tout ça pendant toute une période dû au handicap, en fait, que là je m'étais pris bien frontalement, chose qui ne m'était jamais arrivée avant. Et j'ai eu un nouveau traitement qui m'a permis, en plus de mon traitement de fond, j'ai deux traitements, j'ai le traitement que je prends plusieurs fois par an à l'hôpital et j'ai le traitement que je prends plusieurs fois par jour. Et ce traitement-là il m'a aidée à retrouver un peu de, on va dire de meilleure... connexion neurologique entre mes membres et mon cerveau, j'imagine. Je ne sais pas, moi, je ne suis pas médecin. Il faut quand même le rappeler. Et du coup, j'ai pu progressivement, en 2024, reprendre du yoga, du pilates. Et puis, j'ai découvert un club de rando, Quiet Hiking Club, à Paris, qui emmène des gens en rando en Ile-de-France. Et tu vois, c'est des petites choses comme ça qui m'ont, encore une fois, remis le pied à l'étrier. et donner envie de faire progressivement plus. Donc aujourd'hui, j'ai augmenté encore la dose du traitement que je prends quotidiennement. Parce que c'est un traitement, dans les années à venir, je pourrais encore l'augmenter si j'en ai besoin. Donc ça, c'est cool. Et je suis contente que la médecine et la pharmacologie existent. Parce que sans quoi, je ne pourrais pas faire tout ce que je veux aujourd'hui. Mais ouais, voilà. pour l'historique. Et aujourd'hui, ce traitement, aujourd'hui, c'est plutôt le sport qui peut être aussi un bon traitement. C'est en cela que le sport m'aide aussi à mieux vivre la maladie, parce qu'il me semble que c'était ta question, à la base.
- Speaker #1
C'était ça, mais au moins, c'est bien. Tu as bien expliqué aussi.
- Speaker #0
Oui, parce que... Quand tu as une sclérose en plaques, tu as une perte de condition physique due à ton immobilisation. Et puis, on le dit beaucoup maintenant. Avant, on disait plus, et même en kiné, on disait aux personnes de se reposer. Aujourd'hui, on demande aux personnes de rester actives, dans la mesure du possible, évidemment. Aussi, la sep, ça amène beaucoup de fatigue. Donc, il faut trouver l'espace pour pouvoir faire une activité physique. Mais en tout cas, pratiquer un sport, ça entraîne... mes muscles, et en l'occurrence, mes muscles, ils étaient complètement désentraînés. J'avais certainement perdu énormément en charge musculaire, on va dire. Aussi, les kinés que j'ai pu voir, ils me disaient, il faut que vous entraîniez vos jambes, parce que même, on dit, le temps allant, évidemment, on perd en masse musculaire, mais avec l'asthérose en plaques, ça ne fait que s'aggraver, si je puis dire. Donc, le sport, ça permet d'améliorer aussi les tendons, l'équilibre. Chose que, quand tu perds un peu l'usage de la marche, de tes jambes, l'équilibre, il peut être un peu abstrait, certaines fois. Donc, ça, c'était important pour moi, le renforcement. Et aussi parce que j'avais eu quelques blessures dues à des chutes aussi. Parce que manque d'équilibre, tu vois, les choses elles s'accumulent comme ça, même si elles ne sont pas toutes dues aux emplacques. Une mauvaise chute due à un manque d'équilibre peut causer une fracture par exemple. Du coup j'ai fait du kiné et j'ai jamais arrêté de faire du kiné et du renforcement. Et aujourd'hui je trouve que ça paye un peu ses fruits après un an et demi.
- Speaker #1
Oui, ce que tu fais, je pense que c'est hyper impressionnant, justement, en ayant ces contraintes qui sont gigantesques. On va parler justement de tes derniers défis. Tu as voulu grimper le Mont Ventoux, rien que ça. C'est là qu'on s'est rencontrés, d'ailleurs, à l'événement Mont Ventoust, qui est organisé par les Rookies. Déjà, est-ce que tu avais ce sommet en tête et en fait, tu as trouvé l'événement Mont Ventoust ? Ou est-ce que tu as trouvé l'événement Mont Ventoust et tu t'es dit, allez, je vais tenter ça ? C'était dans quel sens ?
- Speaker #0
Pour le Mont Ventouste, je connaissais l'événement depuis longtemps, car Yann et Mathieu, qui sont les créateurs de cet événement, parce qu'on est de plusieurs années, on avait travaillé ensemble, donc j'ai vu de loin la genèse de leur projet. Comment ça s'est passé ? En novembre, j'avais reçu une réponse négative à une résidence d'artiste. Du coup, j'étais un peu déçue et je pense que j'ai revu passer leur poste. Déjà, ça m'avait un peu titillée, mais je trouvais ça inaccessible à mon niveau. Ça m'avait un peu titillée et je me suis dit, tu sais quoi, let's go. Et là, j'envoie un message à Yann. Je réponds à son énième story parce que c'est un très bon communicant. Donc, tout le monde était bien au courant que cet événement arrivait. Et je dis, je crois que je suis chaude. Il me dit, oh, ok, pas de souci. Je t'envoie le truc, tu t'inscris là et c'est bon. Du coup, ça s'est passé comme ça. Donc, l'idée de pouvoir y participer, je me suis jetée dedans en une seconde. Et Yann y a répondu la seconde d'après. Donc, c'est comme ça que je me suis retrouvée embarquée là-dedans. Donc, c'était au mois de… au mois de novembre. Donc voilà, je connaissais bien le Mont Ventoux, mais je ne connaissais pas, hormis de nom, tu vois, le Mont Ventoux, ce n'est pas ma région, donc je l'ai vu autour de France, je l'ai vu aussi dans le parcours d'autres copines qui font du vélo, j'avais des copines qui l'avaient fait les années précédentes, et je trouvais ça épatant, mais pas à mon niveau. Toutes les raisons qu'on a citées, le corps a ses limites. Même si je réussis à contourner les limites de mon corps grâce à l'entraînement, je ne m'en sentais pas capable. Oui, je pense que c'est ça.
- Speaker #1
Et qu'est-ce que tu as mis en place alors pour te préparer à ça ?
- Speaker #0
Alors, je pense qu'une des choses dont j'avais besoin, c'est d'être rassurée. Et pour me rassurer... Ce que je fais, c'est que j'appréhende les choses le plus possible par l'entraînement, on va dire, en me donnant à fond, en ayant de la rigueur. Donc, en fait, le fait d'entraîner mon corps à cette possibilité-là de grimper le Mont Ventoux, qui est 1900 mètres de député, quand même, me permettait de me rassurer. Du coup, ce que j'ai fait pour l'entraînement, c'était... Actionner des leviers de faire trois séances par semaine. Donc deux, enfin si je peux rentrer un peu dans la possibilité. Donc une sortie longue le week-end, souvent avec des groupes de cyclistes. Et deux sorties de préparation et d'entraînement la semaine. Souvent c'est le matin avant le travail. Donc c'est un réveil assez tôt, 6h45. Il y a aussi un truc, c'est que moi quand je me réveille... Il faut attendre que mes médicaments agissent un peu. Donc, j'ai toujours 20 minutes de laps de temps avant que la machine se mette en route. Donc, c'est quand même un investissement personnel. Mais moi, ça me fait trop plaisir parce que la plupart... En fait, j'ai mis en place une préparation, finalement. Préparation comme peuvent préparer les personnes qui courent des marathons. Et du coup, dans les séances de la semaine, j'avais 30 à... À 40 kilomètres, souvent, je vais sur... À Paris, on a la chance d'avoir le polygone au bois de Vincennes, qui est un triangle où tous les cycles se retrouvent pour tourner comme des hamsters. Sinon, on peut aller sur l'anneau de Longchamp pour faire exactement la même chose. Donc, j'avais une séance un peu d'endurance comme ça, le week-end, une séance où je faisais de l'intervalle training. Donc, très vite, très long, ou très court, très vite. Enfin, on l'a. Et aussi une séance de côtes. Donc là, il faut aller chercher des côtes le matin à Paris. Donc j'avais les six diables, comme je les appelle. J'en vois une là depuis chez moi. Donc je cherchais celles les plus pentues autour de chez moi. Puis je les revais à répétition. Donc la rue de Ménilmontant, à répétition jusqu'à pendant une heure, une heure et demie. En fait, je me suis inspirée de ce que font... d'autres sportifs peut-être dans meilleur niveau et je l'ai appliqué à mon niveau à moi parce que encore une fois, ça me permettait d'aborder le projet en étant plus sereine car je me disais au mieux tu seras entraînée, au moins tu pourras peut-être tenir comme une personne valide même si je me donne plus que certaines personnes s'entraîneraient pour le Ventoux je me... Je me disais ça. Dans la réalité, je ne sais pas, tu vois, parce que c'est très difficile de comparer une personne valide qui aurait commencé la prépa en même temps que moi. en novembre ou en décembre. Et moi, tu vois, en plus, c'est des choses qui sont tellement fines et on n'a pas ces datas-là. Donc, voilà. C'est comme ça que je me suis préparée. J'ai aussi écouté pas mal de podcasts sur de la prépa mentale aussi. Je te assure, j'ai pris les choses beaucoup trop au sérieux.
- Speaker #1
Je ne sais pas si c'est trop. En tout cas, tu vois, le résultat, on va en parler, mais c'est que tu y es arrivée. En tout cas, tu as mis en place tout ce que tu pouvais pour atteindre ton objectif.
- Speaker #0
Ça me permettait d'apprivoiser un peu cette peur aussi, tu vois, de le mentaliser. Comme je disais, la prépa mentale, d'essayer de découper dans ma tête toutes les côtes, par exemple, en petits tronçons. Ça reviendra peut-être pendant le ventou, mais par exemple, de ne pas avoir peur de s'élancer sur des côtes à 14 %, toute seule, par exemple. ou d'aller en groupe dans des sorties où il y a 900 mètres de dénivelé sur 80 kilomètres. À mon échelle, c'est beaucoup quand même. Et encore aujourd'hui, c'est beaucoup. Donc, c'était de l'investissement. Je ne te cache pas qu'à la fin, parce que je me suis entraînée à fond de janvier à mai, à la fin, j'étais fatiguée un peu. Et je pense que... Mes amis pourraient témoigner de ça parce que je devais m'en plaindre. Mais là, cette prépa, ça me fatigue. Je suis nerveuse parce que tu fais des concessions sur les sorties le soir. Tu dors à 22h parce que tu te lèves à 6h30 et parce que tu la vis. Et on ne peut pas dire que le vélo, ce ne soit pas un sport qui prenne du temps. Il est vraiment... C'est chronophage. Mais pour le plaisir, parce que j'adore ça aussi.
- Speaker #1
Et est-ce que, avant de rentrer dans le détail de comment t'as vécu ce Mont Ventoux, on va expliquer en plus, il y a eu quelques péripéties, est-ce que tu peux nous expliquer le concept de l'événement Mont Ventoust ? Bon, moi évidemment, je le connais parce que j'ai participé, mais pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas.
- Speaker #0
Oui, avec plaisir. En plus, c'est là qu'on s'est rencontrés, sur le Mont Ventoust. Exact. Donc, j'espère que je ne me serai pas attrapée par les deux Angas s'ils écoutent ça. Je pense que c'est un événement... C'est un événement qui met en valeur le cyclisme féminin et qui donne accès à tout un nombre de personnes et femmes différentes, accès au plus haut sommet de Provence. Lui qui est souvent chasse gardée par les hommes dans le sens où le cyclisme est un sport masculin en général. Et du coup, peut-être que ça donne l'opportunité à des femmes de se lancer. ensemble aussi, et de se soutenir ensemble. Le Mont Ventoux, c'est l'occasion de se rencontrer, de partager des moments, il y a des conférences, des conférences avec des athlètes, des personnes du milieu du cyclisme associatif, et ça crée une magnifique cohésion. Moi, je l'avais vu à travers les stories et les photos les années précédentes, et quand tu le vis, c'est vraiment un éveillement. Un événement merveilleux, plein de chaleur humaine. Je trouve que tout le monde est ravi d'être là, dans un lieu aussi qui est splendide.
- Speaker #1
Oui, c'est vraiment un ensemble. Le lieu, c'est le Pista Café, dont on avait parlé dans un précédent épisode de podcast, que la co-gérante, c'est Vicky Carbono. Je vous invite à réécouter l'épisode si vous ne l'avez pas encore écouté. Le lieu est trop chouette. Ce qu'on n'a pas précisé, c'est que l'événement est mixte. mais effectivement quand même dédié au cyclisme féminin. Et du coup, les hommes qui sont là sont sympas en fait, sont bienveillants. C'est vrai que je te rejoins, ça fait une atmosphère qui est vraiment sympa, chaleureuse. C'est vraiment agréable. Et toi, quels ont été tes moments préférés lors des conférences ? Donc en fait, il y a une après-midi qui est dédiée à des conférences et c'est le lendemain qu'on va monter le Ventoux. Toi, qu'est-ce qui t'a marqué ?
- Speaker #0
Hormis toute la super nourriture qu'on nous a servie du début à la fin du week-end, déjà ça c'était exceptionnel, on peut les remercier pour ça et pour cet accueil chaleureux. Ce qui m'a le plus marquée, la personne que j'attendais. Moi je disais à mes amis, si j'ai un souhait de Marie Patouillet, je peux partir tranquille, c'est bon. Donc vraiment, une athlète que je suis depuis plusieurs années. pour son engagement politique, pour ses performances athlétiques. C'est vraiment une grande figure pour moi. Donc, j'ai adoré la rencontrer. Mais une autre personne, et Marie Patouille avait parlé l'année précédente, c'est pour ça que je parle d'elle, elle avait fait une conférence. l'année précédente. Et cette année, je pense que celle de Tiffany au Marchand m'a beaucoup plu. J'avoue que je l'attendais. Tiffany, c'est une ancienne championne de track. C'est du ski sur la glace de haute vitesse. Je ne suis pas du tout spécialiste. Et aujourd'hui, elle est reconvertie en cycliste. Elle a eu un accident très difficile où elle est devenue tétraplégique. Et elle nous a parlé de l'accident. du cyclisme et du sport pour les personnes à handicap à visite. C'est en cela que ça m'a beaucoup plu parce que je me suis sentie aussi touchée, on va dire. Également, j'ai eu la chance en plus de rencontrer Charlotte Jam de Bivouac et on était en colloque en plus ensemble pendant le Mont Ventoux. Donc on a eu beaucoup d'échanges en dehors de sa conférence. Avec son association. Avec Bivoac, en tout cas, elle donne la possibilité à plein de personnes et beaucoup de femmes de se lancer dans l'aventure à vélo. Elle avait dit qu'en France, il y a beaucoup plus de sentiers et de chemins que de réseaux autoroutiers et routiers. Et quand elle avait dit ça, en fait, ça s'est resté gravé. Il y a tellement de choses à explorer.
- Speaker #1
On va passer au jour J. Alors le jour J, on doit monter le ventoux. En fait, il se trouve qu'on a une météo qui est complètement insécrable. Enfin, pas en bas d'ailleurs. En bas, on a l'impression que ça va. Mais en fait, avant le départ, on nous annonce qu'il y a des rafales de vent à 100 km heure là-haut. Il fait super froid, il neige à moitié. Les conditions sont vraiment bien pourries. Du coup, on nous dit concrètement, arrêtez-vous au chalet Rénard, qui est à 6 km du sommet. En fait, avant d'attaquer la partie exposée parce que c'est trop dangereux. et à ce moment là en fait quand tu te dis bon bah on peut pas aller jusqu'en haut qu'est-ce que ça te fait ? est-ce que tu vois t'es triste, t'es découragée, t'es frustrée ?
- Speaker #0
je pense qu'on avait été un peu prévenu la veille on avait quelques petites touches de cela la veille car il avait plu la veille il faisait vraiment un temps exécrable et moi les semaines avant le ventoux j'étais dans le déni la dernière semaine j'étais dans le déni Et je pense que je m'en suis rendue compte les cinq derniers jours avant qu'il fallait ramener le cuissard polaire, qu'il fallait ramener la veste d'hiver, les gants, les surchaussures, le bonnet, la totale, les caches-oreilles. Alors que l'année précédente, elles étaient montées en cuissard court quand même. Donc la météo, elle nous a un peu pris de court. Et aussi, on peut la tondre comme ça, au pied du ventouin quand même. Parce que c'est... C'est une région qui est très changeante, j'imagine, en météo. Et du coup, la veille, on avait déjà un peu roulé ensemble. Il y avait déjà eu des petites sorties. Je pense que tu en avais été partie peut-être aussi. Et on avait toutes un peu plus ou moins roulé sous la pluie. Je me souviens que pour le départ, on avait toutes mis une heure pour partir parce qu'on n'avait pas le courage de se lancer sous la pluie. Mais on n'avait pas regretté parce qu'il y avait eu plein d'éclaircies. Ça faisait un bon warm-up pour le lendemain, donc le jour du Ventoux. Moi, je l'ai appris au réveil. Est-ce que Charlotte de Bivouac m'a dit « T'as vu le message de Yann, l'organisateur ? » Et j'étais là « Non, non, je ne l'ai pas vu ! » Et elle m'a dit « Il ne nous recommande pas de monter là-haut, il nous recommande de nous arrêter au Chalet Reynard. »
- Speaker #1
Et j'étais là
- Speaker #0
« Non ! » J'étais trop déçue. Et ben ouais, j'étais deg. qu'on se le dise, parlons franchement, j'étais super deg, mais quand même super contente d'être là, très envie d'aller là-haut, évidemment, parce que, bon, ça faisait... Moi, j'étais arrivée deux jours avant, et depuis deux jours, le Ventoux, il était dans la brume. Donc, on se demandait, il est où, ce Ventoux, en fait, parce qu'on le voit pas. Du coup, on se disait, mais c'est pas possible, est-ce qu'il existe et tout ? Moi, je ne l'avais jamais vu auparavant, hormis depuis le train, quand tu prends le train pour aller à Marseille, par exemple. Tu vois le géant de Provence au loin, mais c'est que comme ça que je l'avais vu. Donc ouais, pas mal de déceptions, j'avoue. Mais après, on s'est lancé quand même.
- Speaker #1
Et est-ce que tu peux nous raconter alors justement cette montée jusqu'au Chalet Reynard ?
- Speaker #0
Oui, et bien ça commence par un énorme petit déj de colosse, évidemment. Et après, c'est trop chouette parce que là, on était... Soixantaine, je crois, cette année.
- Speaker #1
Oui, c'est ça, je crois.
- Speaker #0
Donc, tu as quand même un beau peloton mix en termes de diversité, d'où viennent les gens en France, de ce qu'ils font dans la vie. Ça, c'était assez exceptionnel aussi en termes de genre. Trop bien. Tu as cet immense peloton de personnes passionnées par le vélo et avec aussi, ce qui est important de le dire, des niveaux différents. SQ. On a des chevaux pionnes olympiques dans le peloton et on a des personnes qui font du vélo sérieusement depuis un an, voire peut-être même moins. Moi, j'ai rencontré une fille, elle vend tout, le vélo, voilà, ça lui a un peu tombé dessus et c'est trop chouette. Je trouve ça trop chouette, il faut oser. Donc, elle était là et on nous avait prévenu, on part ensemble en peloton, le peloton est super joyeux. Il y a de la musique, il y a des encouragements. Moi, j'ai pris le peloton à l'arrière pour pouvoir filmer. Et après, j'ai remonté progressivement et on nous avait annoncé que premier virage, le peloton, il explosait, qu'il y a des personnes qui allaient monter plus vite et que les groupes de niveau, ils allaient se faire naturellement. Et du coup, en fait, moi, j'ai remonté progressivement. En fait, je papillonnais un peu de groupe en groupe. J'ai regardé un peu les vidéos de l'événement que j'avais sur mon téléphone pour aujourd'hui, pour me souvenir exactement. Et oui, tout le monde est ultra souriant. En plus, il faisait soleil quand on est parti.
- Speaker #1
C'est ça qui est incroyable.
- Speaker #0
Oui, oui, oui. Donc, c'est quand même très froid. Donc, dans nos sacoches ou dans nos poches, on avait tout ce qui fallait pour la descente. Mais on est parti quand même sous le soleil. Moi, j'ai monté, j'ai retrouvé des copines sur le début de l'ascension. J'ai suivi un peu Marie, Patrouille et Tiffany, les hauts marchands. J'étais derrière elles à un moment donné. Et elles chichataient, elles papotaient. Et moi, je soufflais déjà comme un bœuf derrière. Parce que l'ascension, elle avait commencé. Et en fait, un, deux virages et là, tu sens que ça... commence sérieusement à monter et très rapidement t'es dans du 5% et là ça chauffe et ton cardio il monte et je savais que j'allais passer plusieurs heures en zone 4, en tempo tout du long quoi et que c'était parti pour l'ascension et qu'on était trop excités les gens discutaient on mangeait aussi parce que ça... J'en ai pas parlé avant, mais c'est aussi super important de bien s'alimenter sur une ascension comme ça, où tu vas brûler énormément d'énergie. Donc tout le monde boulotte. Je sais qu'il y en a qui, pour ma part, j'ai des gels, j'ai des barres, des pâtes de fruits. C'est comme ça que je m'alimente le mieux. Et il y en a qui ont des morceaux de fromage, des noix. Chacun y va un peu de son petit truc. Moi aussi, je dois me ravitailler sur les médicaments. Je suis obligée de faire ça, donc c'était me lever plus tôt pour prendre mon médicament, je me souviens, je suis obligée d'augmenter les doses quand je fais des longues sorties, et des sorties engagées. Du coup, là, je pense que j'ai pris, pour expliquer un peu l'ascension du Ventoux, c'est 21 kilomètres quand même. Et moi je me disais, je vais mettre deux heures et demie, trois heures. Allez, trois heures, et puis je savais pas trop en fait. J'étais là approximativement. Donc, j'ai repris un médicament, je pense qu'à la première heure de vélo, histoire que mes jambes continuent d'avoir un petit boost, en fait. Et j'en ai repris plus tard, sachant que ces médicaments-là, de mon côté, ils créent un peu l'accélération du rythme cardiaque et une grande soif, une grande sécheresse de la bouche. Donc, je bois énormément sur mon vélo. et voilà tout petit à petit l'oiseau fait son nid donc moulinette et progressivement on arrive dans des sections à 8, 9, 11 toi aussi tu l'as vécu des petits 12% quand même et moi je me suis retrouvée pas mal seule aussi pendant l'ascension du coup pas mal dans ma tête à écouter seulement le grincement de ma sacoche sur mon cadre qui a pu me rendre un peu folle. C'est ce qui m'est arrivé, c'est qu'un coup, on est venu de Marseille, donc eux des Provençaux, donc ils me parlaient un peu de la région, c'était bien chouette. Et c'est marrant parce que quand tu veux filmer un peu, tu te rends compte que, tu sais, quand tu mets ton téléphone et que tu le mets droit par rapport... vraiment qu'il y a un angle de fou et qu'on est vraiment en train de monter une bosse avec une élévation de dingue. Et moi, je n'avais jamais fait... En fait, je pense que plein de personnes n'avaient jamais fait ça et aussi longtemps. Donc, l'énergie de chacun, chacune était présente. Et ce qui est trop sympa pour cet événement-là, surtout de cette année, c'est qu'il faisait tellement froid qu'il n'y avait personne sur les bords des routes et qu'il n'y avait pas non plus grand cycliste. parce qu'en haut, comme tu l'as dit, il y avait énormément de vent au sommet. Donc peut-être que la plupart des cyclistes, ils ont réservé leur ascension pour le lendemain. Et donc on était beaucoup de gens du Mont Ventrouste à le grimper.
- Speaker #1
Et quand est-ce que tu as pris la décision ? Parce qu'en fait, l'histoire, c'est que ce jour-là, effectivement, tu n'as pas pu le monter. Mais en fait, tu l'as monté le lendemain. Et quand est-ce que tu as pris la décision de décaler ton trajet de retour ? Et pour pouvoir le monter le lendemain.
- Speaker #0
C'est vrai ça. Donc, première ascension, comme tu l'as dit, on s'arrête au chalet Rénard. Au chalet Rénard, pour se rendre compte, il faisait tellement froid que la plupart... On s'en souvient bien, quoi. C'est qu'on grelottait. On peut changer en deux, une minute le plus rapidement possible pour enlever ces vêtements complètement humides de sueur, parce qu'on vient de grimper, pour mettre des vêtements secs. Moi, je me souviens que Kate, qui était une participante aussi et qui travaille chez Zwift, avait fait l'ascension le plus rapidement possible, et aussi parce que c'est une athlète de très haut niveau, avait fait l'ascension jusqu'au sommet et était redescendue. Elle était dans un état pas hypothermie, mais peut-être pas loin quand même. Elle avait vraiment eu très, très froid. Je pense que c'est ça qui nous a dissuadés de monter là-haut. Moi, j'ai une copine orienne qui m'a rejoint. Au chalet Rennard, on s'est retrouvés. Et là, on voyait que tout le monde avait froid. Et en fait, moi, je lui disais, s'il y a un groupe qui monte, moi, je vais avec eux, en fait. Parce que voilà, One Life, je suis là. Je suis à 800 kilomètres de chez moi. Je suis venue pour ça. Je me suis entraînée pendant cinq mois. Voilà, je suis venue pour en découdre un peu. Et je ne me connaissais pas un caractère comme ça, mais j'avais envie de me prouver à moi-même. que j'avais envie de cocher, finir cette boucle, même si j'ai envie d'y revenir. Mais pour ce jour-là, j'avais envie d'atteindre ça. On a été sage, on a fait demi-tour. Très belle descente, 50 kilomètres. Et pendant ces 50 kilomètres-là, on était deux, toutes les deux. C'était magnifique. Et Gorge de l'Anais, qui évidemment, ça ressemble à rien que j'avais vu auparavant en France. C'est vraiment splendide. J'ai un peu rongé mon frein. Mais du coup, 50 kilomètres, c'est loin. Donc, j'ai eu le temps de me dire, mais non, Cam, ça va. Puis, tu as ton train demain. Et puis, tu ne vas pas faire ça. Tu ne vas pas tout annuler. Non, c'est OK. Et puis déjà, tu as fait un truc qui est énorme. Rends-toi compte. Enfin, tu vois, il y a tout le discours mental qui se met en place, la petite voix. Et du coup, pendant ces deux heures, j'ai eu le temps de redescendre en frustration et de me dire, non, mais ce n'est pas grave. C'est OK. Et le soir, il y a... des événements qui sont organisés aux pistes à café et tout. Et à 20h, il y a Kate de Zwift et deux garçons de l'événement qui déboulent et qui papillonnaient de personne en personne et qui se retrouvent face à moi et qui me disent « Est-ce que tu veux monter le vent tout demain ? » Et je dis « Oh non, les gars, vous ne pouvez pas me faire ça ! Vous ne pouvez pas me faire ça parce que moi, j'ai abandonné l'idée ! » que ça allait se faire. Et puis en plus, tout le monde repart le dimanche. Donc, il n'y a pas de ceci, cela. Non, c'est fini. Du coup, j'étais là, oh là là. Je commence à regarder les trains. Il n'y a plus de train. Mais plusieurs heures plus tard, il est au moins 23 heures, je trouve un train. Et pour pouvoir repartir, 24 heures plus tard. Et là, je renvoie un texto au gars qui m'avait proposé et qui a été tout en leur disant c'est d'accord, rendez-vous demain. On se retrouve à la boulange et let's go ! Donc il était 23h et on avait rendez-vous à 7h30. Parce que, aussi, ce qu'il faut dire, c'est que les conditions du lendemain, elles n'avaient rien à voir avec celles de la veille. C'était genre grand soleil, très peu de vent au sommet du Ventoux, et pas de neige, ce qui est assez exceptionnel. Du coup, on s'est retrouvés le lendemain matin, 8h, on était... Quatre, ouais. Deux garçons, deux filles. C'est très bien parce que les garçons, ils ont pu partir devant. Et nous, on a un bon niveau, mais on a pu aussi être en team. Il y avait deux teams, pas de personnes esselées, je veux dire. Et on a décidé de s'élancer par Malossène. Parce qu'il y a trois routes pour monter le Ventoux. Et on avait fait Bédon à la veille. Et là, on allait partir à Malossène.
- Speaker #1
Vous avez quand même eu la fatigue du samedi.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Est-ce que j'imagine que tu l'as un peu ressenti dans tes jambes en démarrant ? Mais comment tu as vécu cette montée ? Et qu'est-ce que ça t'a fait aussi quand tu es arrivée sur la dernière partie, qui est quand même vraiment la partie mythique et qui est paysage un peu lunaire ? Tu as ressenti quoi ?
- Speaker #0
Oui, en effet, on avait tous fait 1600 mètres de dépluce la veille. Et puis, on avait au moins 70 bornes, peut-être 60 bornes chacun, chacune dans les jambes. Moi, j'avais de la fatigue musculaire. Je trouve aussi qu'au-delà du muscle, c'est articulaire, tu vois, c'est les tensions dans les hanches. Moi, je chantais déjà bien mes pieds parce qu'en fait, ce que je peux ressentir moi comme douleur lorsque je fais du vélo, c'est des brûlures et des sensations d'électricité et de douleur au contact sur les jambes et les pieds. Et le vélo, c'est un sport où il faut appuyer sur les pédales. Donc bon, ce n'est pas très compatible, mais malheureusement, j'adore ça. Enfin, j'adore ce sport. et cette pratique. Donc les jambes, elles étaient... On se les tous dit, on a un peu les jambes fatiguées. J'avoue que je me suis un peu suralimentée et surmédicamentée. J'ai pris beaucoup de sucre et de caféine. Moi, c'est aussi une des choses sur lesquelles je ne peux pas passer à côté quand je fais des efforts physiques comme ça, long. C'est la caféine, ça m'aide vraiment beaucoup. Avoir un second souffle. à continuer. Je me souviens qu'on avait repris un gel, on avait pris une gélule avant de commencer à Malossène et puis on s'est lancé. Et celle de Malossène, elle est différente. J'ai vraiment eu le sentiment de le faire deux fois parce que c'était re la découverte. On était repartis dans du 9% d'élévation. Ce qui est marrant, c'est que t'as des petits moments où Ça repasse à 6, et quand t'es sur du 6%, t'as l'impression d'être sur du plat, alors que t'es toujours en montée, et que ça reste difficile. Mais en fait, j'ai fait une vidéo de ça, et je me suis aussi pas mal filmée face cam, pour me rappeler que c'était dur, et que ça n'a pas été facile de monter ce ventou, et que je souffle, évidemment, que j'ai le cardio qui est ultra élevé, mais que c'est super dur, que j'ai mal, mais... Je ne me suis pas arrêtée jusqu'au sommet. Je n'ai pas voulu m'arrêter. Je me disais, si je m'arrête, à quel moment je vais repartir ? Sûrement jamais. Donc, on y va et on enchaîne les virages. C'était magnifique, tu sais. Tu tournes un virage et boum, tu as la chaîne des Alpes. Vraiment, moi, j'en prenais plein la vue. Toujours toute seule. Ma collègue, on se retrouvait, on se perdait un peu. Pas de musique, donc vraiment, là, avec tes pensées, à t'auto-motiver, à te dire que ça va, t'es là, courage ! À te dire, allez, dans 100 mètres, prochain virage, mais après tu vises, ah, la prochaine barrière là-bas, c'est ton prochain objectif. C'est comme ça, c'est en découpant que j'ai réussi à le remonter une deuxième fois. Aussi, j'avais fait une adaptation sur mon vélo qui était de changer la cassette, là où il y a les vitesses, Et... J'avais mis un plus grand pignon afin d'avoir plus de dents pour avoir encore plus facile à mouliner. Parce que si je manque de force, au moins j'avais 34. J'avais cette dent de 34 à passer. Et c'est un peu difficile quand tu es dans la montée et que tu sais, tu testes pour voir s'il ne te reste pas une dent à passer. C'est classique ça. Et que sur la dernière, il était là au pétard. Je ne suis pas sortie de l'auberge. Mais du coup, on l'a montée jusqu'en haut. Et ce qui est trop beau, c'est que la végétation, elle change. Les oiseaux aussi. Je sens que ce n'est pas les mêmes. Déjà, ils ont moins d'endroits pour s'abriter parce que progressivement, la montagne, elle se découvre. Et ça devient le meuvant. Et moi, j'étais épatée de ce que je voyais. Et à un moment, après tant de virages, En plus, on se criait dessus avec Laetitia pour se motiver à travers les boucles, parce qu'elle était devant moi. Et son copain, vraiment, je l'embrasse parce que... Lui, il l'a monté, puis il redescendait vers nous pour nous encourager. Et on repartait, et je voyais un vélo arriver au long. Il me disait, c'est qui celui-là ? Et en fait, il venait nous encourager. C'était vraiment adorable de sa part. Tu vois, c'est aussi ça. J'ai quand même remonté avec des personnes que je ne connaissais pas l'avant-veille. Et il y a quand même ce soutien dans le sport, dans juste la pratique physique qui est vraiment précieuse. Et en arrivant là-haut, tu es un peu épatée. Moi, je ne l'avais vécu en photo. C'est magnifique, c'est lunaire, en effet. Je me souviens qu'il y a des cailloux qui tombaient sur la route. Il y a encore de la neige. Tu vois enfin l'antenne, sauf que l'antenne, elle est encore à 2 km. Après, c'est dans le mental, en fait. Tu t'accroches jusqu'en haut. Et en arrivant là-haut, en fait, il y a beaucoup de monde. Il y a vraiment beaucoup de monde, beaucoup de cyclistes, des gens qui sont montés en courant, ce qui n'est pas rien non plus, des gens qui sont montés en voiture pour profiter de la belle vue. Et là, tu as vu sur toute la vallée, si on peut dire. Et c'est splendide. Moi, j'ai dû... Là, transition aussi, tu enlèves tous tes vêtements humides, tu remets tes vêtements secs, tu remets ton petit Merinos qui est sec, et la photo. Mais entre-temps... Moi, j'ai enlevé mes chaussures, j'ai fait une pause les jambes pour relâcher parce que j'avais tellement mal aux pieds. Là, vraiment, ça me lançait fort. Je changeais mes positions de pied dans les chaussures, je décrochais, je remettais. Mais bon, dans 10% de pente, tu ne peux pas non plus faire ce dinguerie. Mais c'était vraiment splendide, une grande fierté. Puis après, tu fais la file comme à Disney pour faire ta photo. J'avoue que ça s'est passé tellement vite qu'après, on doit vite redescendre parce qu'on a froid. C'est après, c'est pendant la descente que j'ai un peu réalisé ce qu'on voulait faire.
- Speaker #1
C'est trop bien d'avoir réussi à le faire. Ce qui est bien, c'est que tu as profité quand même de l'événement. Mais en plus, tu as pu le monter le lendemain. Donc, incroyable. Et puis, du coup, en fait, tu l'as quand même fait deux fois. Enfin, évidemment, il manquait un petit bout le premier jour, mais tu peux quand même dire que tu as fait les deux côtés.
- Speaker #0
De ce qu'on s'est dit. En fait,
- Speaker #1
tu avais plus que le défi original que tu t'étais lancé, quoi.
- Speaker #0
Ah bah oui, tu as raison. En plus, on avait croisé des messieurs qui le faisaient, tu sais, ils faisaient les trois côtés dans la même journée. Donc, les vrais fous du Ventoux.
- Speaker #1
Les cinglés du Ventoux.
- Speaker #0
Oui, les cinglés. Et nous, on disait qu'on était des demi-fous du Ventoux. mais qu'on avait quand même vanté une à deux fois.
- Speaker #1
C'est génial. Félicitations. Et quelles sont tes envies cyclistes pour la suite alors ?
- Speaker #0
Pour l'instant, je vais un peu me calmer sur les projets comme ceux-là. J'ai fait un BRM 200 récemment. Donc un peu, tu vois, une entrée dans l'ultra pour voir si mon corps pouvait accepter et si mon esprit aimait ça. J'ai envie de garder pas mal de vélo plaisir pour cet été. Pendant le Ventoux, j'ai découvert CallQuest, qui est une application que tu connais peut-être, où tu collectionnes des cartes des calls que tu as passées. Il n'y a pas de truc de compétition, parce que tu ne vois pas ce que les autres ont fait, mais c'est juste pour toi. Donc, c'est un peu des cartes, des badges d'arènes Pokémon. Et là, il y en a plein à cocher. Le Galibier... Pourquoi pas ? Je ne sais pas si j'aurai l'occasion cet été. Mais en tout cas, j'aimerais vraiment faire du bikepacking plaisir. Puis continuer de progresser. Pourquoi pas l'étape du tour l'année prochaine ? Je ne sais pas. Un nouveau BRM. Franchement, vu comment le monde en tout m'est tombé dessus, on ne sait pas. Ce n'est pas ce qui se passera.
- Speaker #1
C'est clair, on ne sait jamais. Tu vas avoir un post Insta et tu vas t'inscrire à un truc. Et pour terminer, quels conseils est-ce que tu donnerais ? aux femmes déjà et puis particulièrement à celles qui, comme toi, ont un handicap invisible, en fait, qui ne sont pas forcément capables de relever de tels défis ?
- Speaker #0
C'est une question assez difficile et je pense que chacun, chacune, part de leur point de départ et aussi avec des limitations qu'il ne faut pas du tout mettre de côté. Moi, quelque chose qui m'a beaucoup aidée, c'était de trouver un peu son cercle, trouver une communauté. avec des personnes au niveau similaire ou des personnes qui vont t'emmener vers le haut, si je peux dire, qui vont t'aider à progresser. Car je trouve que... Puisque c'est un sport de matériel, il y a plein de choses à apprendre. Et moi, c'est ça qui m'a beaucoup plu aussi dans le vélo. Du coup, c'est bien s'entourer pour apprendre dans la meilleure des façons. Tester différentes choses pour trouver ses adaptations. Tu vois, par exemple, moi, j'ai changé ma cassette parce que ça me rassurait et aussi parce que je savais que j'allais en avoir besoin. Et en prenant en compte de là, on part évidemment. ne pas attendre, si je puis dire, de se sentir capable. Parce qu'en fait, on s'en sent capable que quand on l'a fini. Je ne parle pas que du Ventus, tu vois. Mais même, je ne me sentais peut-être pas capable de faire 70 kilomètres en eau toute seule quand j'ai commencé le cyclisme il y a un an et demi. Mais finalement, je l'ai tenté avec de la sécurité, évidemment, avec un peu d'audace. donc ouais oser si je puis dire sans tu vois je veux pas du tout négliger aussi les difficultés qu'on peut rencontrer et du coup bien écouter ses limites si elles sont là mais
- Speaker #1
bien s'entourer et tenter sa chance et prendre l'espace un peu merci beaucoup Cam c'est un beau conseil un bel ensemble de conseils On te souhaite plein de bonnes choses, plein de nouvelles aventures à vélo. Je pense que tu ne vas pas manquer d'idées et d'envie dans les prochains temps. Donc plein de belles choses sur ton vélo et à bientôt.
- Speaker #0
À bientôt, merci beaucoup.
- Speaker #1
C'est déjà la fin de cet épisode des pédaleuses. Merci de l'avoir suivi. Si ce moment passé dans notre peloton t'a fait du bien, pense à le partager avec tes copines que ça pourrait aider ou inspirer. Le meilleur moyen de soutenir le podcast, c'est aussi de lui laisser 5 étoiles sur Spotify ou Apple Podcast. À très vite les pédaleuses.