Speaker #0Bienvenue dans les petites histoires de Michel, un podcast dans lequel je raconte mon exploration de la cuisine japonaise. Cet art ultime de bien manger que j'ai à cœur de transmettre aujourd'hui est la synthèse entre mes pratiques d'artiste, de jardinière et de cuisinière. Il s'adresse aux amoureux du Japon, Aux gourmets de tous bords et aux cuisiniers soucieux de préparer une cuisine saine, savoureuse et créative, qui nourrit aussi bien le corps que l'esprit. Vous y trouverez des récits de voyages et des témoignages d'expériences qui ont fait sens dans mon parcours. J'y délivre également, au-delà des recettes, les principes qui sous-tendent la cuisine japonaise. Nous ferons des visites dans le jardin, source d'émerveillement et d'abondance, et nous prêterons l'oreille à des personnes qui ont contribué à enrichir mon parcours dans l'oasis nippone que je me suis créée. Belle écoute à vous ! En ce début du mois d'août, je ne sais pas si vous l'avez ressenti, mais j'ai l'impression que quelque chose commence tout doucement à changer. J'ai fait le tour du jardin ce matin et ce n'est pas beau, Mon plus gros, mon plus beau, mon plus ancien boulot a déjà les feuilles jaunes, comme en fin d'automne. Les fortes chaleurs, de longues semaines sans pluie véritable et un vent desséchant l'ont trop stressé. Un coup de vent plus fort a fait tomber la plupart des feuilles et les a réparties un peu par... Et il a fallu passer la tondeuse non pas pour tondre l'herbe, qui ne pousse pratiquement plus faute d'eau, mais pour ramasser toutes ces feuilles qui donnaient vraiment une impression de fin de saison. D'autres grands arbres, même s'ils n'ont pas encore viré de couleur, montrent qu'ils souffrent eux aussi. Je les regarde impuissants. Impossible de les protéger, de pallier au manque d'eau. C'est la saison prochaine ou celle d'après qui va montrer leur résilience. Le potager, lui, est dans une période de récolte abondante. Jamais de ma carrière de jardinière, je n'ai eu autant d'aubergines et aussi tôt dans la saison. Les poivrons sont également en rendez-vous, plus tôt que d'habitude. Quelques tomates ont commencé à mûrir, il y a une quinzaine de jours, et petit à petit les plants continuent à produire de nouveaux fruits. Leur première fleur avait grillé sous l'effet de la chaleur, mais les pieds ont continué à pousser, de nouvelles fleurs sont apparues, et cette fois-ci, elles donnent des fruits. Le principal travail actuellement c'est arroser, arroser, arroser et arroser encore. Il faut que je m'organise pour nourrir en eau les différents espaces du jardin qui en ont besoin. D'abord toutes les jardinières qui sont à l'accueil du site. Elles sont très exposées au soleil et malgré les parasols que j'installe pour les protéger, elles chauffent énormément. Ma présence... quotidienne s'impose. De même pour ma collection d'agrumes. Ils sont plantés dans des pots noirs qui chauffent beaucoup et dont l'eau s'évapore très vite. Après, il y a le jardin d'ombre, les azalées, les rhododendrons, les petits érables, les ostas et les hortensias. Tout ce petit monde demande de l'eau pour rester vaillant. Les hortensias notamment. sont les premiers à signaler le manque d'eau par leur flétrissement. Tout cela, je le fais à la main, pour que chaque plante reçoive exactement ce dont elle a besoin. Et puis, pendant que je les arrose, je leur parle, je leur dis qu'elles sont belles, je les regarde évoluer, grandir, préparer déjà la croissance de l'année prochaine. Mon petit jardin de thé a... aussi besoin de ma présence quotidienne. Lui, il est installé sous le grand sapin qui pompe pratiquement toute l'eau que je leur apporte. Il y a une belle collection de fougères, quelques sceaux de salomon, un érable, de l'ophiopogon. Tout cela demande de l'eau, de l'eau et encore de l'eau. Je salue au passage mes fougères crispas et d'autres variétés de fougères. que j'ai collectionnées un peu à droite et à gauche. Elles s'épanouissent avec plus ou moins de bonheur. Toutes n'apprécient pas leur emplacement. Et tôt ou tard, je serai probablement obligée d'en déplacer certaines pour leur donner une chance supplémentaire ailleurs. Et puis, il y a le potager. Là, je me simplifie un peu la tâche. Je mets un arroseur que je déplace au cours de la journée afin que tous les carrés du jardin soient correctement irrigués. Ma terre, surélevée dans des fascines, ce qui était au départ un parti pris esthétique avant tout, présente un avantage formidable au printemps. Elle draine très vite et est rapidement prête à travailler. Je peux donc mettre mes plantes en terre assez tôt. Mais en été, c'est l'inconvénient majeur. Elle chauffe, il faut donc compenser par beaucoup d'arrosage. Aux vergers, les arbres fruitiers, eux aussi, réclament leur ration d'eau. Les poiriers ne crient pas famine, mais ils crient soif. Les pommiers, les pieds de rhubarbe, les framboises, les myrtilles, les abricotiers, les pêchers, tout ce petit monde appelle au secours. Je passe beaucoup de temps à leur apporter l'eau nécessaire pour qu'ils puissent au moins traverser cette saison. On passe ensuite au jardin zen. Là, il y a encore des hortensias qui sont toujours les premiers à crier au secours. Et puis mes fougères préférées, celles qui sont à la fois pourpres et argentées. Elles ont été dévastées par mes poules, mais je les arrose abondamment. pour leur permettre de reprendre du poil de la bête. Il y a aussi beaucoup d'autres fougères et des macleaïas, des plantes géantes, élégantes, aux feuillages gris-argentés, qui demandent elles aussi de l'eau, s'il vous plaît, de l'eau. Et puis les azelés, les rhododendrons, qui ne manquent pas de flétrir dès qu'ils ont soif. Et bien sûr, il y a mon bambou. Il ne reste plus que ce petit bambou noir. Il n'est pas mort, lui, en 2024. Ce n'était pas son heure. Alors je l'arrose, lui aussi, pour l'encourager à recoloniser l'espace laissé vacant par son grand frère. Au potager, c'est l'abondance. Je récolte des carottes depuis un moment déjà. J'ai encore quelques oignons blancs du printemps et je consomme abondamment l'ail qui a été arraché pour laisser la place à une nouvelle rangée de carottes. Les courgettes donnent, elles aussi. Parfois, elles font les cachetières et je découvre tout à coup, sous les feuilles, des spécimens énormes qui ont réussi à se dissimuler. Ceux-là feront les délices de mes poulettes qui se délectent avec les graines et la chair tendre, ne laissant que les peaux comme des barques échouées au milieu des grains de maïs qui n'ont pas encore été picorés. Dans ma serre, c'est une vraie jungle. J'ai installé des baguettes de bambou horizontalement sous la verrière. Les concombres y grimpent et les tomates s'étalent. Et de temps en temps, j'arrive à détecter un concombre. Cette variété a, elle aussi, une capacité extraordinaire à se dissimuler. Je soulève une feuille et surprise ! Il était là depuis je ne sais combien de temps. Pour mes crucifères, c'est beaucoup plus compliqué cette année. Je suis obligée de les traiter régulièrement, avec une solution contenant un bacille spécifique, parce qu'elles sont attaquées en permanence par les altises, ces minuscules insectes qui perforent les feuilles de petits trous et peuvent compromettre sérieusement la croissance des plantes. Ma grosse déception de l'année, c'est ma récolte de haricots verts. Ils sont quasi immangeables, tellement le fil est épais. Pourtant, cela fait plusieurs années que je sème la même variété. Il va vraiment falloir que je change. Apparemment, les grosses chaleurs ne leur conviennent pas du tout. Ils auront au moins eu le mérite d'enrichir ma terre en azote. J'espère que j'aurai plus de chance avec les variétés de haricots à rame. qui grimpent sur un grand tipi de cannes de bambou et produiront plus tard. Côté poulailler, là aussi ça pousse. Mes poules ont l'instinct de couver. Impossible de les en empêcher. Cette année, toutes mes poules, sauf les deux petites noires, se sont mises à couver. Et certaines ont même couvé deux fois, même s'il n'y a pas de coque dans ma basse-cour, par égard pour mon voisinage dans une zone résidentielle. Mais... S'il n'y a pas de poussins qui arrivent, elles vont couver jusqu'à l'épuisement. Alors je remplace leurs œufs par des œufs fécondés, récupérés dans un élevage de poules de taille normale. Forcément, les petits deviennent de beaux grands poussins qui dépassent rapidement la taille de leur mère couveuse. Mais avec cette nouvelle vague de poussins, tout a changé. Les mamans entraînent leurs petits dans les parties les plus intéressantes du jardin et tout le monde gratte allègrement la terre pour y trouver de petits insectes, des vers de terre et autres délicatesses. Elles déchiquettent la verdure des bêtes, des choux, des betteraves, des pommes de terre et des tomates. J'ai passé plusieurs journées à façonner de nouvelles cages rondes en mailles métalliques que je peux... posées sur mes cultures. Elles ont une double fonction. Empêcher mes poules d'entrer dans mes plantations, mais aussi entraver les Ausha qui tentent d'utiliser mes plates-bandes avec leurs terres bien meubles comme toilettes personnelles. À contre-cœur, je me suis déjà séparée de ma poule blanche, née ici la saison dernière. C'est la seule que j'avais gardée découvée de 2025. Je l'aimais beaucoup, puis elle pondait de si jolis œufs bleutés. Mais avec ses trois poussins de l'année, un petit coq blanc d'une première couvée, puis un gris et un roux nés d'une deuxième couvée, elle me détruisait littéralement le jardin. Un désastre. Entourée de ses petits, elle s'est très vite habituée à son nouvel habitat, l'élevage dont j'ai récupéré les œufs. pour satisfaire ses instincts naturels. Voilà donc mon mois d'août, un jardin qui produit énormément, mais qui demande énormément. Un jardin où je récolte, mais qui souffre de la sécheresse. Un jardin où les grands arbres jaunissent déjà comme en automne, alors que les tomates continuent de fleurir et de produire. En médecine chinoise, L'été correspond à l'élément feu, c'est le temps de l'expansion, de la chaleur, de la lumière, de la croissance et de l'épanouissement. Mais au début du mois d'août, nous sommes déjà dans une période de transition entre le plein été et l'automne. Et dans cette période intermédiaire, c'est l'élément terre qui prend progressivement sa place. La terre, c'est ce qui nourrit, transforme et assimile. Elle est associée à la rate et à l'estomac, et donc à notre capacité à transformer ce que nous mangeons pour en faire de l'énergie. Symboliquement, l'élément terre nous invite aussi à transformer ce que nous vivons, à l'assimiler, à en tirer ce qui peut véritablement nous nourrir. Tout en récoltant les carottes, l'ail, les courgettes, les aubergines, les poivrons et les tomates, je pense déjà à semer le daikon et les choux chinois pour mon kimchi de l'hiver. Quand j'arrose mes plantes à la main, je ne fais pas que leur donner de l'eau pour aujourd'hui. Je les regarde, je leur parle, je vois les nouvelles pousses, les nouvelles branches, les boutons qui se préparent. En étant présente à ce qui est, je prends déjà soin de ce qui est encore invisible. Les jours commencent imperceptiblement à raccourcir. Certaines feuilles tombent. Les grandes chaleurs se calment. Le yang de l'été est encore présent, mais il commence doucement à décroître. Le jardin entre dans son temps de récolte, nous proposant de merveilleux moments pour savourer. Début août, c'est aussi le milieu de ma saison touristique. Même si les journées trop chaudes et la crainte de se faire assaillir par les moustiques rebutent les visiteurs, ils ont été nombreux à se présenter à l'accueil suite à la rediffusion d'un reportage que m'avait consacré FR3 et aussi grâce à un réel posté sur Instagram par une inconnue qui a su. À travers ces images, suscitez l'envie de découvrir le lieu. Je suis témoin de moments d'émerveillement vécus ici, dans ce havre un peu secret, niché en cœur d'îlot. J'ai des échanges très riches avec des inconnus qui en franchissent le seuil. De beaux moments de joie partagés qui nous nourrissent. et me stimule pour poursuivre inlassablement les soins apportés à cette création vivante. Un nouvel épisode des Petites Histoires de Michel vous attend tous les mardis. 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