Speaker #0Bienvenue dans les petites histoires de Michelle, un podcast dans lequel je raconte mon exploration de la cuisine japonaise. Cet art ultime de bien manger que j'ai à cœur de transmettre aujourd'hui est la synthèse entre mes pratiques d'artiste, de jardinière et de cuisinière. Il s'adresse aux amoureux du Japon, aux gourmets de tous bords, et aux cuisiniers soucieux de préparer une cuisine saine, savoureuse et créative, qui nourrit aussi bien le corps que l'esprit. Vous y trouverez des récits de voyages et des témoignages d'expériences qui ont fait sens dans mon parcours. J'y délivre également, au-delà des recettes, les principes qui sous-tendent la cuisine japonaise. Nous ferons des visites dans le jardin, source d'émerveillement et d'abondance, et nous prêterons l'oreille à des personnes qui ont contribué à enrichir mon parcours dans l'oasis nippone que je me suis créée. Belle écoute à vous ! Lors d'un séjour au Japon, au détour d'une rue dans un quartier de Tokyo, je... tombe sur une minuscule grainerie où j'entre, bien sûr, tout en me demandant qui pouvait bien acheter des graines dans cette mégalopole. D'ailleurs, je n'ai pas eu le réflexe de noter l'emplacement de cette échoppe pour pouvoir éventuellement la retrouver le jour où. Mes emplettes m'ont permis de tester un certain nombre de plantes dans la terre de mon jardin en Alsace avec un résultat très positif. Pour certaines d'entre elles, j'ai même pu produire mes propres semences. Entre temps, Sophie, une connaissance qui vivait au Japon et rentrait occasionnellement en Alsace, a renouvelé mon stock. Puis, celui-ci a fini par s'épuiser. J'ai missionné mon fils Pierre, qui faisait un séjour professionnel au Japon, pour me réapprovisionner. Rue de Tâches, comment trouver une grainerie à Tokyo sans aucun indice ? Je lui ai listé les noms en japonais, fourni des photos de sachets de graines, tout ce qu'il devait savoir pour exécuter la commande. Finalement, il a réussi sa mission lors d'une escapade à Kawagoe, appelée la Petite Edo, une ville fortifiée qui a conservé son charme historique à moins d'une heure de Tokyo par le train. En sillonnant les rues du quartier historique Kurasukuri, il tombe par hasard sur une grainerie. Il m'a apporté toutes les graines commandées et bien plus encore, car la marchande, flattée qu'un Français vienne dans son échoppe, lui a fait plein de cadeaux. Elle a fièrement posé pour des photos qui ont été très précieuses lorsque l'année d'après, je cherchais à retrouver cette boutique pour me réapprovisionner. J'ai un peu cherché malgré les explications très précises figurant sur les infos du cliché « Merci au progrès technique » . J'ai tout de suite reconnu la marchande habillée quasiment avec les mêmes vêtements que sur les clichés pris par mon fils. Elle ne parlait pas anglais et moi si peu japonais. Mais quand je lui ai montré le selfie pris par Pierre avec elle dans la boutique, elle a explosé de joie après un petit temps de latence pour remettre les informations en place et comprendre que je suis la maman de ce Français venu avec sa liste de graines. Moi aussi je suis repartie avec plein de cadeaux, des sachets de graines à profusion pour expérimenter les légumes emblématiques du Japon chez moi. Daikon, concombre kiuri, long et mince à la peau fine, oignons tiges naganegi, choux de chine Hakusai, aubergines Nasu, de petite taille pour des recettes spécifiques, radis blanc au cœur rouge pour les tsukenom. Tsukémonos surprenant, navet de Tokyo à la chair blanche immaculée et si tendre, colza, shiso vert et rouge, mizuna et mitsuba, entre autres herbes, potimarron kiuri et damame, ces légumineuses cuites dans la gousse et que l'on mange à l'apéritif. Toutes ces semences se sont très bien adaptées à mon jardin. Quelques déceptions tout de même. Cultivées chez moi, les navets deviennent la proie de petites mouches qui pondent au centre de la verdure et dont les vers creusent des tunnels dans la chair blanche. Au Japon, les kabu senmaizuke sont des rondelles de navets blancs immaculés assaisonnés au vinaigre de riz qui sont si délicates qu'on se les offre en cadeau. Je suppose que les cultivateurs japonais utilisent des traitements sur leur culture pour éviter que des petites bêtes ne viennent y creuser des tunnels. Mais moi, je suis un peu démunie dans la lutte contre ces envahisseurs autochtones qui savent repérer ce qui est bon. Le shiso vert, condiment indispensable dans la cuisine japonaise, ne se développe pas comme celui photographié sur le sachet de graines. Au Japon, les feuilles de shiso vert sont très découpées, finement dentelées et ondulées. Chez moi, elles sont plates et très grandes. Le goût est le même, mais ça ne produit pas du tout le même effet visuel sur une assiette. Dans mon jardin, les navets d'aïkon sont un peu tordus. Alors qu'au Japon, ils sont minces, longs et tout droits. Et bien sûr, ici, ils subissent les mêmes attaques que les navets. Quelques temps plus tard, je retourne à Kawagoe pour de nouvelles emplettes. Dans la boutique, c'est une jeune fille qui m'accueille. Je lui demande si la dame qui s'occupe habituellement de la vente est toujours là. Oui, c'est ma maman. Elle l'appelle en lui disant qu'une étrangère demande à la voir. La maman arrive, me reconnaît, explose de joie et rameute toute la famille. Là, c'est la photo de groupe qui s'imposait. Cette fois-ci, c'est non seulement un gros sachet de graines que j'emporterai, mais un parapluie en prime, parce qu'il s'est mis à pleuvoir. quand j'ai quitté le magasin après mes achats et toutes ces effusions. Cette escapade a eu lieu un dimanche, jour où beaucoup de Tokyoites viennent s'évader à Kawaguri. Une jeune japonaise en sortie dominicale m'a accompagnée jusqu'au bus qui retournait à la gare pour rejoindre Tokyo. Elle m'a montré comment prendre mon billet et le composter. Des moments rares qu'on n'oublie pas. Des échanges sans mots, des émotions partagées qui font la beauté des voyages. Des graines qui s'ancrent dans de nouvelles terres, prolongeant à l'infini ces moments uniques. Et aujourd'hui, après dix ans de véritable quête pour m'approvisionner, je découvre que les mêmes variétés sont disponibles ici, chez des semenciers français. Souvent, on va chercher très loin ce qui est juste ici, à notre portée. On découvre que l'essentiel était déjà là. Mais parfois, il faut d'abord aller très loin avant d'en prendre conscience. Mais finalement, ce ne sont pas seulement les graines que j'ai rapportées du Japon. J'ai rapporté des histoires, des visages, des gestes, des sourires, un parapluie donné sous la pluie. Et ça, aucun catalogue de semences ne pourra jamais me le vendre. Un nouvel épisode des petites histoires de Michelle vous attend tous les mardis. Pensez à vous abonner à ma newsletter pour continuer de voyager au Japon avec moi.