Speaker #0Bienvenue dans les petites histoires de Michelle, un podcast dans lequel je raconte mon exploration de la cuisine japonaise. Cet art ultime de bien manger que j'ai à cœur de transmettre aujourd'hui est la synthèse entre mes pratiques d'artiste, de jardinière et de cuisinière. Il s'adresse aux amoureux du Japon, aux gourmets de sous-bord, et aux cuisiniers soucieux de préparer une cuisine saine, savoureuse et créative, qui nourrit aussi bien le corps que l'esprit. Vous y trouverez des récits de voyages et des témoignages d'expériences qui ont fait sens dans mon parcours. J'y délivre également, au-delà des recettes, les principes qui sous-tendent la cuisine japonaise. Nous ferons des visites dans le jardin, source d'émerveillement et d'abondance, et nous prêterons l'oreille à des personnes qui ont contribué à enrichir mon parcours dans l'oasis nippone que je me suis créée. Belle écoute à vous ! Je reviens du jardin. Il est 12h39. C'est ce qu'affiche le four de ma cuisine. Je suis sortie vers 10h45 avec une idée très simple, cueillir un peu de verdure pour préparer le repas de mes poulettes et surtout de leurs poussins. Je leur concocte une sorte de mélange maison, des feuilles de bête, de salade, des orties, ça c'est le must. Parfois des paillettes d'algues, quelques graines de lin et même les copeaux de katsuobushi. qui reste après la préparation de mon dashi. Plein de protéines, plein de goût, rien ne se perd. Je pensais revenir en quelques minutes, mais arrivé au carré des carottes, je découvre une véritable invasion d'adventis. Elle recouvre presque toute la surface, étouffant mais semi-ressent. Impossible de laisser ça ! Je retourne chercher mes outils, un grand saut. Et me voilà partie pour désherber. Puis, tant que j'y suis, je mine la terre autour des carottes. Je les éclaircis aussi. J'aurais dû le faire depuis longtemps. Finalement, c'était l'occasion idéale de passer à l'acte. L'orage d'il y a deux jours, qui a boosté ces mauvaises herbes en question, a laissé une terre parfaitement ameublie. Un vrai bonheur à travailler. J'en profite également pour récolter l'ail planté en alternance avec les rangées d'oignons qui entourent le carré en ligne concentrée. L'ail va sécher quelques jours sous le toit de la cabane. Les plus petites têtes ou celles qui ont pourri iront au compost. Les oignons, eux, vont tranquillement faire leur première peau sèche avant de rejoindre mon panier à légumes. Résultat ? Près de deux heures passées dehors, en plein cagnard, à l'heure la plus chaude, sans vraiment souffrir en fait. Et finalement, je me suis fait la réflexion que c'était quelque chose que j'ai toujours fait pendant ma vie de jardinière, sans me poser de questions. Sauf que de quatre heures, je suis passée à deux heures d'exposition. Oui, les journées sont aujourd'hui plus chaudes. Oui, le soleil semble plus mordant. Depuis 2020, je cherche d'ailleurs toutes sortes de solutions pour créer davantage d'ombre dans le jardin, pour faire baisser la température de quelques degrés. Des ombrières, des cageots pour abriter les jeunes replants, de nouvelles plantations pour générer plus d'ombre. Les plantes, elles, elles ont leur stratégie. Lorsqu'il fait trop chaud, elles flétrissent. Ce n'est pas parce qu'elles meurent. Pour se protéger, elles limitent leur évaporation. Et lorsque je me promène la nuit, avec ma lampe frontale, je les vois se redresser. Elles retrouvent toute leur vigueur. Pendant ces périodes de chaleur, elles ne poussent pratiquement plus. Elles se mettent simplement en mode survie. Pourtant, jusqu'à présent, j'ai toujours réussi à récolter suffisamment de légumes pour constituer mes provisions de l'hiver et manger à ma faim les légumes de mon jardin. Cette réflexion sur la canicule, sujet omniprésent aujourd'hui, répétée en boucle, m'a rappelé plusieurs souvenirs. À une époque, j'avais loué un atelier à New York. Je pensais que cette ville, avec toute sa formidable énergie, allait stimuler ma créativité. L'atelier occupé appartenait à un photographe. pour aménager sa chambre noire. Il avait complètement occulté certaines fenêtres orientées plein sud. Résultat, un véritable four solaire qui réchauffait le grand loft, même si la chambre noire se trouvait dans un recoin. À midi, il devenait presque impossible d'y rester. On aurait pu cuire un œuf sur le rebord de la fenêtre du labo. Je travaillais donc le matin, puis je partais marcher dans Manhattan. Je me souviens d'un thermomètre sur Times Square qui affichait 42 degrés. Et pourtant, j'ai fait une expérience étonnante. En pensée orientale, le soleil est yang. Je me suis rendu compte que lorsque je restais moi-même dans une énergie yang, en mouvement, active, en train de marcher, je supportais finalement assez bien cette chaleur. C'est une loi universelle. Yang repousse Yang. Je pouvais parcourir des kilomètres à pied, du nord au sud de Manhattan, découvrant la ville au rythme de mes pas. Bien sûr, de temps en temps, j'allais me réfugier dans une boutique climatisée, autant pour admirer ce qui s'y trouvait que pour faire redescendre la température avant de repartir. Mais j'en ressortais finalement assez vite. Je déteste la clim. Aujourd'hui, lorsque je suis rentrée du jardin, j'ai fait quelque chose de très simple. J'ai passé la tête sous l'eau froide, sans sécher mes cheveux, j'ai rejeté la tête en arrière et laissé l'eau dégouliner dans mon nuque, le long du dos jusque dans mes vêtements. Mon climatiseur à moi. Je repense aussi à un séjour en Crète. Nous travaillons avec une autre artiste sur un projet autour du mythe du labyrinthe. L'atelier était magnifique, sauf que les architectes avaient eu la brillante idée d'y installer une immense verrière, un véritable piège à chaleur. Nous avions rapidement trouvé notre solution. Nous verrouillons la porte dès notre arrivée, nous travaillions entièrement nus et régulièrement nous nous posions un chiffon mouillé sur la nuque en laissant l'eau couler sur le corps. Lorsque c'était possible, nous allions respirer l'air de la mer. Et les nuits où soufflait le vent venu d'Afrique, ce vent brûlant comme un chalumeau, nous nous couchions sous le drap mouillé pour réussir à dormir. Au Japon, l'été est une épreuve que l'on ne soupçonne pas lorsqu'on ne connaît le pays qu'en hiver comme c'est mon cas. La chaleur y est lourde. Mais c'est surtout l'humidité qui surprend. L'air semble saturé d'eau, les vêtements collent à la peau dès les premières heures du matin et chaque déplacement demande un effort. Les cigales chantent avec une intensité presque assourdissante, tandis que les villes semblent vibrer sous une chape de chaleur. Ce n'est pas un hasard si les Japonais ont développé tout un art de vivre avec l'été. Et volta-y ! Clochettes à vent, jardins ombragés, boissons glacées, yukata de coton, autant de petits gestes pour apprivoiser une saison exigeante. Face à un été aussi éprouvant, les Japonais ont développé un véritable art de suggérer la fraîcheur. Cette recherche atteint sans doute son sommet dans le repas Kaiseki. Il ne s'agit pas... pas seulement de servir les mets froids. La chaleur, la fraîcheur est partout. Dans les couleurs, les matières, la vaisselle, la présentation, les plats arrivent souvent dans des bols de verre transparents qui évoquent l'eau. Une feuille d'érable, un brin de bambou ou une fleur de saison rappellent un sous-bois humide ou le bord d'un ruisseau. Les aliments eux-mêmes jouent sur les textures. Tofu soyeux, Jolies translucides, concombres croquants, aubergines délicatement marinées, poissons à la chair fine. Rien n'est lourd, rien n'écrase le palais. Parfois, quelques glaçons sont déposés sur les pâtes soba par exemple. Ils ne servent pas forcément à refroidir le mets. Ils sont là pour faire naître une sensation de fraîcheur. Avant même la première bouchée, on mange autant avec les yeux qu'avec le goût. Au fond, le Kaiseki enseigne une leçon précieuse. Lorsque l'on ne peut pas changer la température du monde, on peut transformer la manière dont on l'aperçoit. Une vaisselle choisie avec soin, une transparence, un silence, une feuille cueillie au jardin. Il suffit parfois de peu pour que l'esprit se sente déjà plus léger. Chez moi, il n'y a pas de climatisation, je déteste ces appareils, été comme hiver. Ils me dessèchent les bronches, alors je baisse les volets. J'adore les rays de lumière qui filtrent et viennent caresser le sol lors des journées chaudes de l'été. Mais j'ai de la chance. Je suis à la campagne. Mon jardin apporte de la fraîcheur, contrairement au bitume des villes. Et puis j'ai une cave. Elle reste entre 14 et 15 degrés selon les périodes. Elle est aménagée. Il y a même une petite pièce de repos à côté du sauna. Il me suffit d'y étaler un futon et je peux facilement traverser une période de canicule. Pour moi, la vraie canicule commence surtout lorsque les nuits ne rafraîchissent plus. Une nuit à 18 ou 20 degrés reste tout à fait supportable. En Alsace, nous avons souvent de grandes amplitudes thermiques dans la même journée et entre le jour et la nuit. Mais lorsque la chaleur s'installe aussi la nuit, je sais que je peux me réchauffer, me réfugier dans cette fraîcheur. Ceux qui me questionnent, ce sont les discours alarmistes ambiants. Les cartes météo du siècle dernier, avec des températures similaires, annonçaient une belle journée d'été. Aujourd'hui, pour une situation comparable, c'est parfois l'alerte rouge. Serais-je climato-sceptique pour autant ? Pas vraiment. Je suis aux premières loges. pour constater une évolution des températures et un soleil qui darde puissamment. Là où je m'interroge, c'est sur le récit qui nous est proposé. Le CO2 est indispensable à la croissance des végétaux. C'est même leur matière première pour fabriquer leur biomasse. Dès lors, je m'interroge lorsque j'entends un discours qui le présente uniquement comme un ennemi absolu. Je m'interroge aussi sur la part réelle des différentes activités humaines dans cette évolution. Toutes les émissions se valent-elles ? Notre quotidien pèse-t-il autant que certaines formes de consommation démesurées ? Que représentent nos déplacements ordinaires face aux grands yachts, aux jets privés reliant parfois les destinations très proches ? ou encore aux immenses centres de données dont le refroidissement nécessite des moyens considérables. J'observe aussi que les connaissances scientifiques évoluent sans cesse. Les modèles s'affinent, certaines prévisions alarmistes sont corrigées. Cela m'invite à continuer d'observer et à conserver un esprit ouvert. Bien sûr, ces réflexions ne me dédouanent pas de prendre ma part. Ce que j'essaye de faire du mieux que je peux. Parce que ma planète, je la respecte. Ma terre, je la chéris. Je prélève juste ce dont j'ai besoin. Je suis sensible au gaspillage. Je recycle, je restitue, je remercie, j'apprécie les dons de la nature. Bref, j'essaye d'être vertueuse. C'est la moindre des choses en échange de tout ce que je reçois. Alors que les villes suffoquent, c'est évident. Nous avons collectivement construit des structures contre nature, du bitume et du béton à la place de la végétation. Bien sûr que certaines personnes sont particulièrement vulnérables. Mais nous aussi, comme les plantes, nous possédons les capacités d'adaptation. C'est juste du bon sens. Nous pourrions parfois moduler nos horaires, adapter... notre rythme. En Espagne, lorsque je partageais l'atelier de mon ami Évariste, il m'obligeait à faire la sieste aux heures les plus chaudes et nous sortions du terrier la nuit. Nous dînions très tard. Et ça, ce n'était pas du tout à mon goût. Je me demandais d'ailleurs quels pouvaient être, à long terme, les conséquences d'un tel bouleversement de nos rythmes circadiens. Et puis quand il fait très chaud, spontanément, nous allons chercher l'ombre. Je me souviens qu'enfant, lorsque nous visitions Rome, mon père voulait absolument que nous ayons tout vu. Il faisait visiter toutes les catacombes, tous les monuments. Avec mes sœurs, nous nous précipitions d'une maigre ombre d'arbre à une autre, tant la chaleur était écrasante. Cela ne m'a pourtant pas empêché de garder un souvenir. éblouissant de cette ville qui donnait sous la vie au cours d'histoire de ma classe de sixième. On entend aussi la consigne « Buvez, buvez, buvez ! » En ce qui me concerne, j'ai constaté que le fait de boire énormément en été me faisait surtout transpirer davantage. J'éliminais finalement l'excédent d'eau que je venais d'ingérer. Les berbères, eux, boivent-ils beaucoup ? L'eau doit être assez rare pour la consommer avec parcimonie. Mais c'est un sujet complexe qui mérite certainement une réflexion plus approfondie. Combien boire ? Comment boire ? À quel moment boire ? Ce sera peut-être l'objet d'un prochain épisode. Et maintenant que je suis rentrée du jardin, il ne me reste plus qu'à cuisiner toutes mes belles récoltes. Je vous en ferai. une description dans un prochain épisode. Rien que pour vous mettre l'eau à la bouche. Un nouvel épisode des petites histoires de Michelle vous attend tous les mardis. Pensez à vous abonner à ma newsletter pour continuer de voyager au Japon avec moi.