- Présentateur
Bienvenue dans les podcasts du Business Science Institute.
- Eddy
Bienvenue. Aujourd'hui, on va se pencher sur une question vraiment cruciale pour la finance, mais aussi pour la planète. L'investissement socialement responsable, le fameux ISR. La question simple, est-ce que ça marche vraiment ? Est-ce que ça change les choses ? On a une recherche empirique assez poussée qui a regardé ça de près. L'idée, c'est de voir si l'ISR a un impact concret, mesurable, sur la performance environnementale des entreprises cotées. Et aussi, bien sûr, sur leur performance financière. Surtout avec toute la pression réglementaire en Europe.
- Sonia
Oui, la SFDR, la CSRD.
- Eddy
Exactement. Et les objectifs climat type "Net zero", qui deviennent de plus en plus pressants.
- Sonia
Tout à fait. Et pour les gestionnaires d'actifs, la question clé, c'est vraiment ça. Est-ce qu'intégrer ces critères ESG, environnementaux, sociaux, de gouvernance, c'est une stratégie gagnante ? Gagnante pour la planète, d'accord. Mais aussi pour les actionnaires. Le doute plane un peu. Surtout parce qu'on manque de preuves vraiment quantifiées. Et puis il y a ce dilemme des entreprises qui sont rentables, mais qui polluent pas mal. C'est en vrai casse-tête.
- Eddy
Alors, cette étude, comment elle a fait pour mesurer cet impact ? Sur quoi elle s'est basée ?
- Sonia
Alors, l'étude a analysé 21 fonds actions, tous labellisés ISR, chez Amundi. Ça s'est passé sur trois ans, de 2020 à 2022, et ça couvrait 110 sociétés cotées en bourse. Donc une base assez solide pour regarder ce qui se passe.
- Eddy
D'accord. Alors, allons-y. Quels sont les résultats ?
- Sonia
Sur des aspects environnementaux, disons, visibles, comme les émissions de CO2 ou la gestion des ressources, l'eau, les déchets. Et c'est particulièrement vrai pour les entreprises des secteurs qu'on considère comme polluants.
- Eddy
Intéressant. Donc ça les incite quand même à agir sur des points précis, comme réduire leur empreinte carbone ?
- Sonia
Oui, tout à fait. Ça suggère qu'elles réagissent aux attentes, aux réglementations. Enfin, à court terme en tout cas. Mais, et là c'est vraiment un point critique de l'étude, l'impact de l'ISR sur l'innovation environnementale, lui, il est fortement négatif.
- Eddy
Négatif ?
- Sonia
Oui. Et là encore, c'est surtout marqué dans les secteurs les plus polluants.
- Eddy
Attendez, négatif sur l'innovation, qu'est-ce que ça veut dire concrètement ?
- Sonia
Ça veut dire que ça freine la recherche et le développement pour des solutions plus vertes.
- Eddy
C'est exactement ça en gros. Les stratégies ISR qu'on a aujourd'hui, et les critères utilisés par exemple pour le label ISR français qui a été analysé ici, eh bien ils ne semblent pas vraiment encourager le financement de la R&D verte. Ni le développement des technologies de rupture dont on a besoin pour une vraie transition écologique, sur le long terme. Ça pourrait être une faille assez systémique quoi.
- Sonia
Ah ouais, c'est assez préoccupant ça. Et du coup, quid de l'impact sur la performance financière ? Parce que ça, pour les investisseurs, c'est quand même le nerf de la guerre. Là aussi, le constat de cette recherche est plutôt défavorable. L'ISR, tel qu'analysé ici, a un impact significatif et négatif sur la performance boursière des entreprises. L'étude a utilisé le Q de Tobin pour mesurer ça. Pour simplifier, c'est un ratio qui compare la valeur en bourse à la valeur des actifs de l'entreprise. Et sans grande surprise, finalement, cet effet négatif est encore plus prononcée pour les entreprises polluantes. Donc le marché a l'air de pénaliser ces investissements ISR dans ces cas-là.
- Eddy
Ah oui, quand même.
- Sonia
Et il y a pire, si on peut dire. L'étude montre que l'ISR joue un rôle de modérateur négatif.
- Eddy
Modérateur négatif, oui. C'est-à-dire ?
- Sonia
Ça veut dire que même si une entreprise polluante fait des efforts, qu'elle améliore sa performance sur les émissions ou les ressources, si en même temps l'investissement ISR augmente dans cette entreprise, eh bien non seulement ça ne l'aide pas en bourse, Mais ça peut même amplifier sa dévalorisation.
- Eddy
Pardon, mais attendez...Si je récapitule, investir de manière dite responsable dans une boîte polluante qui fait des progrès sur l'environnement, ça pourrait faire baisser sa valeur en bourse ? C'est complètement contre-intuitif ça. Comment les chercheurs expliquent ce paradoxe apparent ?
- Sonia
L'étude suggère plusieurs pistes. Peut-être que le marché perçoit ces efforts comme un peu superficiels. Plus de la conformité qu'une vraie transformation en profondeur. Ou alors que ces efforts visibles sur les émissions cachent un manque d'investissement dans l'innovation, qui est pourtant clé pour l'avenir. En gros, l'ISR actuel pousserait à cocher des cases, à faire du greenwashing visible, mais sans vraiment stimuler l'innovation radicale nécessaire. Du coup, investir massivement via l'ISR dans ces entreprises en transition, m ême si elles sont rentables, ne serait pas vu par le marché comme un gage de valeur future. L'étude pointe vraiment une tension ici.
- Eddy
D'accord. Bon...le constat est un peu rude. Alors face à ça, qu'est-ce qu'on fait ? Quelles sont les pistes proposées par la recherche ? On jette l'ISR ?
- Sonia
Non, pas forcément. L'étude propose une évolution assez claire. Il faut intégrer de toute urgence la dimension innovation dans les critères de sélection ISR. C'est ça qui manque aujourd'hui. Une recommandation très concrète, c'est de créer des fonds spécifiques. Par exemple, il parle d'un "Net Zero Innovation Fund". L'idée serait de mélanger d'un côté des actions d'entreprises cotées, mais choisies spécifiquement pour leurs vrais efforts d'innovation verte, et de l'autre côté du capital investissement pour aller financer directement des start-up qui développent les technologies vertes de demain, les fameuses Green Tech.
- Eddy
Ah oui, une stratégie plus ciblée, plus pointue, vraiment axée sur le potentiel de cette R&D verte pour essayer de capter la performance future qui viendrait de cette innovation et peut-être redonner un peu de crédibilité à long terme à l'ISR ?
- Sonia
C'est exactement l'idée. Aligner plus franchement les stratégies d'investissement avec ce qu'il faut vraiment financer pour la transition écologique. Aller au-delà des indicateurs de court terme ou de la simple conformité aux règles.
- Eddy
Bon, voilà qui donne sérieusement à réfléchir. Au-delà des labels, des métriques actuelles, la vraie question, c'est peut-être ça. Comment l'investissement peut devenir un vrai catalyseur pour l'innovation profonde dont on a besoin pour la transition écologique ? Et pas juste un outil pour cocher des cases réglementaires. C'est un défi énorme pour la finance durable, pour les années à venir.