- Speaker #0
Bienvenue dans le podcast des Franco-Expat, le rendez-vous incontournable des familles expatriées aux quatre coins de la planète. Je suis Audrey, fondatrice des Franco-Expat, professeure de français langue maternelle et langue étrangère, maman d'une famille franco-allemande et expatriée en Allemagne depuis 2010. Ici, on parle de transmission du français, de bilinguisme, mais aussi de maternité. d'enfance et de parentalité à l'étranger, sans filtre ni tabou. Chaque épisode explore la réalité de la vie parentale à l'étranger, entre élever ses enfants et faire vivre sa langue et sa culture loin de ses repères, avec honnêteté, conseils concrets et regards multiples. Toutes les deux semaines, des parents et des familles nous ouvrent leur cœur et leur quotidien pour partager leurs stratégies, leurs doutes, les échecs et les victoires de leur vie multilingue et multiculturelle. Les intervenants des experts de l'enfance et parfois les enfants eux-mêmes viennent enrichir la conversation de conseils concrets et de regards uniques. Plongez avec nous dans ces histoires inspirantes, utiles et profondément humaines. Parce que vivre la maternité et la parentalité à l'étranger et élever des enfants bilingues loin de son pays francophone, c'est avant tout une formidable aventure. Aujourd'hui, j'ai le plaisir d'accueillir Caroline qui habite en Allemagne à l'occasion du Podcaston. Alors le Podcaston, c'est un événement mondial où pendant une semaine, des milliers de podcasts mettent en avant une association de leur choix. Et donc Caroline est là aujourd'hui pour nous parler d'une association qui concerne les familles expatriées ratatouille. Bonjour Caroline.
- Speaker #1
Bonjour, merci beaucoup de nous donner la parole aujourd'hui. On est très honorés de pouvoir présenter les projets de l'association dans le cadre du Podcaston.
- Speaker #0
Merci aussi pour ta participation. Alors, est-ce que pour commencer, tu peux te présenter ?
- Speaker #1
Alors, je suis maman de deux enfants qui ont 11 et 13 ans. Ma fille est née en Allemagne et mon fils est né à Nancy et nous a suivis en Allemagne quand il avait 4 mois et demi. Je suis donc arrivée en Allemagne il y a 13 ans, un peu plus de 13 ans. Je travaille à titre professionnel dans le secteur bancaire. Et en termes de hobby, puisque je faisais beaucoup, beaucoup de sport avant et que quand je suis devenue maman et maman en Allemagne sans famille dans le coin, papi, mamie qui pouvaient garder les enfants, solution de garde, il a bien fallu que je mette mon énergie à autre chose que le sport. Et donc, j'ai créé un premier groupe Facebook pour les parents francophones en Allemagne, enfin à France. ceux qui sont situés à Francfort, puisque c'est la ville où je réside. Et comme je ne trouvais pas sur les groupes existants les informations dont j'avais besoin et des atmosphères où je pouvais poser des questions que je trouvais pertinentes en tant que maman. Alors pas forcément, moi je ne me considère pas comme expatriée, je me considère comme immigrée. Je me suis dit, bon, ce n'est pas grave. On va créer ce premier groupe-là. Et j'ai créé ce premier groupe avec ma sœur, qui est ensuite sortie gentiment. Ce premier groupe, en fait, a fait boule de neige, puisque aujourd'hui, je gère une trentaine de groupes Facebook sur différentes thématiques, pour ne pas que tous les sujets explosent en même temps les uns contre les autres, parce que les gens n'ont pas... Forcément non plus les mêmes thématiques qui les impactent au quotidien. J'ai créé par exemple un groupe pour les astuces de parents. Comment se débrouiller pour faire des repas rapides quand on n'a pas trop de temps. Comment occuper les enfants à la maison avec des petits dessins, des activités. Ce qui nous a aussi beaucoup servi pendant la pandémie et les lockdowns. Et j'ai fait des groupes également pour les Français de l'étranger, pour les Français en Allemagne maintenant. Voilà. Donc ça, c'est mon hobby et de fil en aiguille, en fait. Et c'est de là où aussi est parti le projet de Ratatouille. C'est qu'au travers de ces groupes Facebook, j'ai été de plus en plus souvent contactée par des personnes qui étaient en situation de violence intrafamiliale. Et en fait, on a créé un premier groupe Facebook de prévention et de lutte contre les violences intrafamiliales en expatriation. Mais comme on n'avait pas véritablement de légitimité pour aborder le sujet, on s'est constitué en association, donc c'est une association de droit français qui est co-présidée par Julie Potosniak qui est située à Prague. Nous avons été mises en relation toutes les deux par Vassilie Lemoyne, qui est le président du conseil consulaire de Prague, qui a pensé que notre duo ferait un excellent travail. Il a eu raison. Et donc, nous avons lancé cette association où plusieurs personnes nous ont rejoints depuis un an et demi, donc la création officielle de Ratatouille. Nous avons une étudiante qui est actuellement au doctorat en droit en Allemagne. Donc, elle a fait un master en France auparavant. Nous avons un ex-gendarme situé à Grasse, en Autriche. Nous avons un responsable de la communication sur les réseaux sociaux qui est à Francfort. Nous avons une superwoman, je ne peux pas la qualifier autrement. qui est au Portugal, qui est également présidente d'une autre association avec laquelle nous avons établi un partenariat, Isabelle, qui aide aussi les personnes en situation de violence intrafamiliale. Nous avons également notre trésorier qui est à Prague, et on est tous rejoints par l'objectif d'aider autant qu'on puisse le faire, et sous couvert qu'on ait aussi les possibilités légales de le faire, par exemple notre association. sans avoir une personne qui soit juriste de formation, n'est pas habilitée à donner des conseils juridiques. Alors ça, c'est très important puisque c'est un peu le nerf de la guerre. Les victimes ont essentiellement besoin d'informations juridiques et de pouvoir faire valoir leurs droits devant la justice. Et donc, nous commençons à avancer sur le chemin. Alors déjà, c'est très important de recueillir la parole des victimes parce qu'elles ne sont pas vraiment... entendues sur le fond du problème. Et elles ont besoin d'avoir quand même des renseignements sur qui contacter ou trouver de l'aide concrète. Par exemple, nous, on peut effectivement faire des collectes de biens matériels. Si jamais une maman, par exemple, était en difficulté matérielle, on peut récupérer des poussettes, des choses comme ça. Il n'y a pas de souci. Et donc, de fil en aiguille, ce projet a grandi. Alors Ratatouille n'a pas pour objet que de s'occuper que des violences intrafamiliales en expatriation, mais aussi on peut récolter des fonds et on peut organiser aussi des activités pour animer la communauté des Français de l'étranger parce que même si on s'attache aux victimes et notamment parmi les victimes, Il y a beaucoup de mamans. Il n'y a pas que des mamans, mais dans le cadre des papas, on est sur d'autres types de violences. On est souvent sur de l'enlèvement d'enfants, par exemple. Eh bien, tout le monde a besoin d'activités réjouissantes pour se sentir mieux. Et donc, ça fait aussi partie des objectifs de Ratatouille, de pouvoir organiser des choses localement pour animer la communauté.
- Speaker #0
C'est très, très chouette, moi, je trouve. Juste une petite question comme ça, un peu à côté. Est-ce que tous les membres du noyau, est-ce que vous vous êtes déjà vus en vrai ? Ou est-ce que ça passe tout pour Internet ? Parce que vous êtes quand même bien dispatchés en Europe.
- Speaker #1
Oui, oui. Alors, Yann et moi, nous nous voyons régulièrement puisque nous sommes tous les deux de Francfort. Mais pour l'instant, non, on n'a pas eu l'occasion de se rencontrer autrement que via les réseaux sociaux. Et c'est aussi en sac, c'est très intéressant, les réseaux sociaux, parce que... On entend souvent des réseaux sociaux que c'est un monde où il y a beaucoup de harcèlement, de mauvaises choses. Et il y en a, on en a eu, je pense que chacun a des histoires à raconter sur le harcèlement en ligne qu'il a pu subir, et également au travers de Ratatouille. Mais on peut aussi faire de très belles choses si on s'en donne les moyens. Et c'est aussi ce que j'ai voulu faire au travers de mes groupes. C'est de donner de l'information utile à la disposition des personnes qui en avaient besoin. Donc, en fait, c'est essentiellement de l'information que je lisais pour moi, que je trouvais intéressante. Je me suis dit, tiens, je ne suis pas la seule, probablement. Donc, je le repostais. Puis, ça me faisait aussi des groupes, ce que j'appelle post-it électronique. Et en fait, je suis quand même très vigilante sur mes différents groupes parce que l'ambiance reste bonne, qu'il n'y ait pas de harcèlement. Et surtout de ne pas ou de ne plus laisser accès au groupe et à la communauté à des personnes qui ne se seraient pas comportées correctement par exemple. Et ça, il y en a dans toutes les communautés.
- Speaker #0
Oui, de toute façon, c'est un effet Facebook. Il y a, comme tu dis, beaucoup, beaucoup de haine, mais il y a aussi beaucoup d'entraide et on peut trouver de très, très belles personnes et de très belles idées. Donc, il faut voir toujours le côté positif.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Combien de personnes y a-t-il dans l'association Anto ? Alors, en plus des personnes que tu as assistées, est-ce que des personnes « lambda » , je dirais, peuvent être adhérentes pour vous soutenir ou agir localement ?
- Speaker #1
Alors, oui, ce sera dans un second temps. Puisqu'on a déjà beaucoup de personnes qui se sont montrées intéressées pour nous aider, mais on a besoin pour l'instant de porter ce projet un petit peu plus haut avant de les intégrer de manière plus officielle dans la structure. Alors, ça fait un petit peu... Les gens sont sur liste d'attente et je suis désolée pour ça, mais effectivement, on a quand même beaucoup de gens qui souhaitent nous aider, mais on a besoin de nous d'encadrer les choses plus en amont. Avant de les laisser rentrer, puisqu'on manque aussi de temps, on travaille tous quasiment à côté de l'association et on a des enfants également. Donc, on a besoin de structurer les choses avant que les personnes puissent nous rejoindre. Mais effectivement, même localement, je pense qu'il y a une dizaine de personnes qui se sont montrées prêtes à aider. Je trouve ça super chouette. Et dès que ce sera possible, on les fera effectivement rentrer dans l'association. pour aider les victimes de violences intrafamiliales et aussi pour, comme je le disais, organiser des événements de la culture francophone ou française. Et je pense que c'est aussi important de dire qu'on ne s'adresse pas qu'aux Français, on s'adresse aux francophones, parce que les Belges, les Canadiens, les Africains francophones ont aussi les mêmes problématiques que nous.
- Speaker #0
C'est important toujours de le rappeler qu'en effet, le français, ce n'est pas que la France, mais la francophonie est très, très, très vaste. Et alors, où est-ce que vous agissez ? Il y a différentes lois selon les pays. Alors, est-ce que vous pouvez agir partout dans le monde ou non ?
- Speaker #1
Alors, nous, on répond à toutes les demandes, peu importe d'où elles nous arrivent. Dans les faits, elles nous arrivent plus des pays limitrophes, en fait. Et on a des partenariats avec d'autres associations. qui, elles, sont... Soit elles sont plus élargies, je pense notamment à Mots et Mots de Femmes qui intervient vraiment partout, ou alors elles sont vraiment focalisées localement sur l'aide aux victimes dans un pays donné. Mais effectivement, on répond à tout le monde.
- Speaker #0
Et donc ça ne pose pas de problème juridique ? Je sais que des fois, en fonction des pays, les lois sont très différentes.
- Speaker #1
On ne donne pas de conseils juridiques. Et on va dire l'enjeu principal pour les victimes, c'est d'assurer les moyens de leur défense. Pour cela, il faut, peu importe le pays, de ce qu'on a constaté, un minimum de 20 000 euros. Le souci, c'est que quand on a des conjoints suiveurs qui se retrouvent en situation de violence, en général, la personne n'a pas pu travailler ou n'a pas pu beaucoup travailler, n'a plus accès à son indépendance financière. et n'a pas les moyens du tout d'assumer sa défense. Alors là, on est en train de réfléchir, et le barreau de Paris est en train de mener une action de laquelle on est en train de se rapprocher pour démocratiser une solution qui a été mise en place à Singapour. Et à Singapour, ce qu'elles ont fait est absolument génial. C'est, on peut dire, une cellule d'accueil d'informations juridiques mené par des spécialistes du droit, de manière à pouvoir démocratiser ça dans tous les pays où il y a des juristes francophones qui seraient d'accord pour participer. Là, c'est quelque chose qui est en discussion et auquel on sera ravis de participer parce que c'est un petit peu le nerf de la guerre. Que les victimes puissent assurer leur défense. Sur le droit, on a toujours les mêmes conventions qui régissent Et... qui chapeautent les situations juridiques, il y a les accords de Bruxelles 2 et la Convention de la haie, où là on va encadrer notamment tout ce qui est enlèvement d'enfants, où on va mettre en avant l'intérêt primordial de l'enfant, ce qui est un petit peu curieux, puisqu'on ne retrouve aucune définition de ce qu'est l'intérêt primordial de l'enfant, et donc ça laisse libre cours. aux juridictions locales de déterminer par elles-mêmes ce qui est mieux pour l'enfant. Et en général, les juridictions locales statuent en indiquant qu'il est mieux pour l'enfant de rester dans son nouveau pays de résidence. Et c'est également le cas quand les deux parents sont français ou francophones. Ça ne change rien. Même si le conjoint qui a été victime de violence et ou l'enfant qui a été victime de violence souhaite repartir en France, si un des conjoints refuse le retour des enfants en France, alors les enfants resteront dans le pays d'accueil.
- Speaker #0
C'est terrible ça.
- Speaker #1
Ça ajoute de la violence à la violence. puisqu'on a vu des dossiers où malheureusement, alors c'est souvent le cas des mamans, où les mamans qui avaient la garde de leur enfant, où il y a eu des violences exercées par le papa envers la maman, qui ont été constatées, etc., prises en compte par la justice. La garde a été confiée à la maman, et malheureusement, la maman n'ayant pas été en mesure de travailler, a été obligée d'abandonner son enfant dans le pays d'accueil pour retourner en France pour pouvoir travailler.
- Speaker #0
Oui, comme tu dis, ça rajoute de la violence à la violence, parce que la violence dans ces cas-là est loin d'être minime, donc on compatit beaucoup avec toutes ces familles. Quand est-ce que vous avez lancé l'association ?
- Speaker #1
Alors, l'association existe depuis un an et demi, et donc elle faisait suite à un groupe, donc le groupe de prévention et de lutte contre les violences intra-femininales en expatriation, qui lui a été créé il y a trois ans, pour pouvoir justement... offrir un vase de communication spécifique pour ces thèmes-là.
- Speaker #0
En fait, ma question qui en découle, c'est combien de familles vous avez pu aider depuis la création de ce groupe ou de l'association ?
- Speaker #1
Une vingtaine. Isabelle qui est au Portugal, elle aide beaucoup plus de familles parce qu'elle a des moyens qui lui sont propres. Mais nous, de l'autre côté, on aide une vingtaine de familles. On fait régulièrement le point avec elle. Et notre force, c'est au travers des groupes Facebook que j'ai créés. J'ai été de plus en plus amenée à être en relation avec nos représentants des Français de l'étranger, avec les consulats, etc. Et on essaye de porter aussi les problématiques de ces familles-là auprès de nos représentants des Français de l'étranger. C'est quelque chose qui est très long. puisque ça ne fait pas forcément partie des objectifs politiques de nos représentants. Mais c'est quelque chose qui commence à porter ses fruits parce que maintenant, on voit que le sujet est de plus en plus souvent évoqué lors des débats, des présentations de nos représentants des Français de l'étranger. Et on voit que le sujet commence effectivement à intéresser. Donc, c'est aussi charge à nous de continuer à les raccrocher au wagon en permanence et de leur dire, là, on a besoin d'aide. Et preuve en est que le barreau des avocats de Paris commence effectivement à s'intéresser de près au sujet et souhaite mettre en place des solutions. Ça a fait réponse à un lobbying positif des différents acteurs, puisqu'on n'est vraiment pas les seuls, des différents acteurs sur le sujet des violences intrafamiliales en expatriation.
- Speaker #0
Et est-ce qu'on a des chiffres concrets de la violence en expatriation ? Alors, de manière générale, tu as dit la violence faite aux femmes, les enlèvements d'enfants, etc.
- Speaker #1
Alors, seuls les consulats seraient habilités à récupérer ces statistiques et à les faire remonter. Nous, malheureusement, on n'y a pas accès. Et pour éviter que les victimes perdent du temps, puisqu'on sait que les consulats ne souhaitent pas intervenir. Alors, quand c'est, par exemple, un consulat français ou une ambassade française, que le litige concerne deux personnes privées françaises, ne souhaitent pas intervenir. dans un litige entre deux personnes privées françaises. Ou alors, ne souhaite pas faire d'ingérence quand il s'agit d'un couple franco quelque chose. On le sait, on ne va pas envoyer les victimes au casse-pipe et leur dire, allez, vous renseignez auprès du consulat. Donc du coup, on n'a pas véritablement de chiffres de ce que nous, on observe. Je pense qu'il y a facilement plusieurs centaines de femmes françaises plus leurs enfants qui sont coincés à l'étranger. Alors, elles ne sont plus forcément en situation de violence. Je pense qu'on approcherait quand même du millier. Mais là, c'est qu'une analyse basée sur ce qu'on voit sur les réseaux. Après, tout le monde ne s'exprime pas sur les réseaux sociaux. Peut-être que certaines personnes se manifestent trop aussi sur les réseaux sociaux. Donc, ce serait quelque chose qui serait hyper intéressant à voir, des vraies statistiques. sur le sujet. Et pour l'instant, on n'en a pas, mais ça fait partie aussi des objectifs de l'association d'avoir accès, de constituer ces statistiques-là.
- Speaker #0
J'imagine que c'est quelque chose de compliqué quand on sait que, de manière générale... La violence faite aux femmes en France, déjà, on dit toujours que c'est un chiffre bien en dessous de ce qu'il y a vraiment, parce qu'il y a celles qui n'osent pas parler, celles qui ne veulent pas se l'avouer, etc. Donc, j'imagine que c'est en effet très, très compliqué de pouvoir chiffrer exactement cette violence en expatriation.
- Speaker #1
Et puis, vous allez forcément, dans le cadre des victimes, exprimer une situation de violence. Au sein d'une micro-communauté, en fait. Sur Francfort, on est à peu près 15 000 Français. Sur Francfort et puis les alentours, quand vous portez cette information, vous avez les loupes, quelque part, de la communauté posées sur votre situation familiale. Ce n'est pas forcément quelque chose que les victimes souhaitent. Et alors nous, on assure une confidentialité aux personnes qui nous évoquent leur dossier. Et justement, après, on ne peut pas évoquer qui sont les victimes, quelles sont les victimes. Simplement, moi, je peux dire, entre guillemets, de manière générale, par exemple, oui, à l'école française, les professeurs font cours à des enfants dont la maman a été violée la veille, par exemple. Ça, je peux le dire, parce que je le sais. Mais on ne va pas donner les noms de ces victimes. Elles souhaitent elles-mêmes être un peu protégées, et c'est aussi pour ça qu'elles viennent. vers nous particulièrement, c'est parce qu'elles savent qu'on va protéger leur anonymat.
- Speaker #0
Oui, ça fait sens, évidemment.
- Speaker #1
Oui, parce que quand, c'est pareil sur d'autres dossiers, quand l'agresseur est un proche soit des représentants des Français de l'étranger, ou alors de quelqu'un qui travaille au consulat, ou alors qu'il est lui-même élu, ou lui-même travaille au consulat, c'est compliqué. C'est des situations qui deviennent encore plus inextricables.
- Speaker #0
Malheureusement, oui. Alors concrètement, si une famille qui t'entend aujourd'hui, comment déjà elle peut vous contacter et comment se passe une aide ?
- Speaker #1
Alors elle peut nous contacter via la page de Ratatouille. On organise également deux fois par an un séminaire de discussion en ligne autour des violences intrafamiliales. Alors, c'est Tannier. Je pense que ce sera également le 8 mars, en fin de journée, à l'occasion de la Journée internationale des droits de la femme. Et on en fait une également aux alentours, en fin novembre. Donc ces personnes peuvent tout à fait nous rejoindre dans le cadre des discussions. Nous contacter également, quand les personnes nous contactent par Atatouille, on communique nos numéros de téléphone de manière à pouvoir échanger de vive voix, parce qu'on a toujours plus de renseignements de vive voix. dans un sens comme dans l'autre, que simplement en évoquant des situations par écrit. Et nous, après, on fait les interfaces. Si jamais la victime a besoin de plus amples renseignements, on va aller chercher les renseignements auprès des personnes qu'on connaît, le réseau qu'on a établi aussi, pour obtenir des renseignements.
- Speaker #0
D'accord. J'imagine que toi et tes collègues dans l'association, vous devez voir de nombreuses histoires tragiques. Est-ce que tu peux nous partager une ou plusieurs histoires qui se sont bien terminées pour la personne ou les enfants violentés ?
- Speaker #1
On ne peut malheureusement pas en trouver, parce que comme les victimes sont dans des contextes déjà de violence, on sait également que les situations de stress engendrent des terrains inflammatoires, par exemple pour les maladies. On constate qu'on a des victimes qui se retrouvent avec des maladies graves. Du coup, ça peut aussi être le motif pour elles de rentrer en France, malheureusement, en abandonnant leurs enfants. Parce qu'elles ne peuvent plus non plus physiquement lutter sur place, s'occuper de leur maladie, etc. Après, on ne nous contacte pas quand ça va bien. Alors, je souhaite qu'il y ait des expériences qui sont positives, mais celle-là, ce n'est pas celle que Ratatouille voit. Nous, on s'occupe vraiment des situations un peu plus compliquées.
- Speaker #0
Merci pour ton témoignage, pour tout ce que vous faites avec l'association. J'imagine que ça ne doit pas être facile au quotidien de voir toute cette violence, toutes ces histoires difficiles à vivre. Merci pour votre travail, pour ton témoignage. Je mettrai de toute façon dans la description du podcast les liens pour le groupe Facebook ou la page pour vous contacter en tout cas si besoin.
- Speaker #1
Écoute, c'était un grand plaisir. Peut-être qu'un message de prévention à adresser à nos futurs expatriés. Soyez vraiment très attentifs. à conserver votre capacité à travailler, à constituer de l'épargne de précaution, puisque quand vous savez que le coût d'une procédure de divorce vous coûtera plus cher que votre mariage, il faut être en capacité de le financer, donc constituer cette épargne de précaution, et n'y touchez pas. C'est une grosse somme, mais c'est très important. Battez-vous pour apprendre la langue locale, ça va faire aussi grandement la différence. pour vous permettre déjà de travailler. Puis si les choses se passent bien, tant mieux. Si elles se passent mal, vous serez plus en mesure de vous intégrer parce que vous aurez besoin d'un soutien local, vous aurez besoin d'aller vous expliquer auprès d'administrations locales également. Donc la maîtrise de la langue est très, très importante. Et puis, on le rappelle souvent, c'est des messages qui sont un peu martelés, et... Les victimes ne sont pas seules. Alors c'est vrai que quand elles sont enfermées dans leur foyer, elles se sentent seules et démunies. Mais c'est exactement ce qu'on essaye de mettre en place, c'est la force du réseau. Et là, on constate quand même un point de bascule un petit peu sur la communauté des Français de l'étranger en fait, dans son ensemble. C'est vraiment un sujet qui commence à être vraiment pris au sérieux. Et le rôle de la prévention est très... très important. C'est-à-dire que ayez bien en tête que si vous partez à l'étranger, que vous avez un enfant même avec une personne française à l'étranger, si vous vous séparez et que le conjoint n'est pas d'accord pour le retour des enfants, les enfants vont rester dans le pays d'accueil. Peu importe la situation financière, peu importe la situation de violence physique éventuelle, ou sexuelle éventuelle, ou financière éventuelle, mais que quand on est conjoint-suiveur à l'étranger, on est quelque part de fait mis dans une situation de violence économique. Il est très important que vous puissiez travailler. Même un tout petit peu, puisque si vous êtes écarté d'une carrière ou du chemin professionnel pendant plusieurs années, vous aurez encore plus de difficultés à retrouver du travail.
- Speaker #0
Je crois que c'est un très beau mot, en effet, de prévoir, même si évidemment ce n'est pas ce qu'on se souhaite, mais... En effet, de prévoir au cas où, parce qu'on ne sait jamais de quoi la vie est faite et tout peut arriver malheureusement.
- Speaker #1
Oui, et par exemple, les contrats de mariage, certains pays ne les reconnaissent pas. Donc, ce n'est pas partir avec notre petite idéologie franco-française en se disant qu'on a contractualisé en France, on va pouvoir exporter cela à l'étranger, parce qu'y compris dans les pays voisins de la France, et y compris dans les pays de l'Union européenne. Certains États ne reconnaissent pas ces contrats spécifiques français. Le Pax, par exemple, tout simplement, qui protège en France, qui est une solution de protection, n'est pas reconnue en Allemagne. C'est des choses tout bêtes auxquelles on ne pense pas. Mais on a encore beaucoup de choses à faire d'un point de vue européen. et moi je crois beaucoup au fait que On doit avancer sur le sujet du droit européen de la famille, parce qu'il y a des solutions à mettre en place dans l'intérêt des familles et des Européens. Le champ est libre, c'est aussi le champ des possibles.
- Speaker #0
Je résoutrais d'ailleurs à ce sujet, quand on part dans un pays étranger, de se renseigner en effet sur ces droits-là, les lois locales pour les familles. En effet, comme tu dis, en Allemagne, moi aussi j'ai vu, en Allemagne, il faut aussi se protéger, pourtant on pense... Pays voisins, pays européens, ça va être facile au cas où. Et nous, en effet, c'est très intéressant et je pense important quand on a une famille, quand on a des enfants, de savoir, tiens, si jamais il y a quelque chose, comment ça se passe exactement, qu'est-ce qui va m'attendre ? Je pense que ça peut être une préparation aussi un peu psychologique de se dire, OK, il peut y avoir toutes ces difficultés. Même si, évidemment, ce n'est pas ce qu'on souhaite, de peut-être le connaître, ça peut peut-être un peu aider aussi à se préparer pour éventuellement le jour où il y en a besoin.
- Speaker #1
Le souci qu'on a, c'est... qui est-ce qui est chargé de prévenir les Français de l'étranger quand ils partent en expatriation ? Ça ne dresse pas un portrait forcément très positif de l'expatriation. Et de parler d'un risque, alors un risque, c'est une occurrence faible pour des conséquences graves, donc il y a peu de chances que ça arrive, parce qu'on parle quand même d'une situation qui est à la marge, il y a peu de chances que ça arrive, mais quand ça arrive, vous avez des grosses conséquences.
- Speaker #0
Et malheureusement, il n'y a pas de garantie du gouvernement, qui est un véritable sigle d'ailleurs au passage, sans garantie du gouvernement. Et comme dirait un de mes proches qui nous a beaucoup aidés depuis le début en fait, avant qu'on constitue l'association, avant qu'on constitue le groupe des violences intrafeminales, c'est un élu local de Francfort, il dit toujours qu'il n'y a pas de SAV de l'expatriation en fait.
- Speaker #1
Mais c'est bien que tu le précises aussi, de dire, c'est le côté moins glamour, je vais dire, entre guillemets, de l'expatriation, mais c'est vrai que beaucoup idéalisent l'expatriation, et l'expatriation, c'est pas quelque chose de tout rose, il y a les difficultés, alors sans forcément parler directement des violences qui peuvent arriver, ou des gros gros problèmes, mais il y a les problèmes simples de la vie quotidienne qui peuvent arriver.
- Speaker #0
Je pense qu'on a beaucoup idéalisé nous-mêmes, parce qu'on est des gens optimistes et positifs. Et si on avait... Si on imagine les difficultés avant qu'elles se présentent à nous, on ne ferait pas grand-chose de notre vie. C'est vrai. Et puis, on est aussi des gens qui aiment se retrousser les manches quand des difficultés arrivent. On essaie de les surmonter les unes après les autres. Mais voilà, est-ce qu'on a envie de brosser ce portrait dangereux d'expatriation ? Non. Est-ce que les Français auraient toujours envie de partir ? À l'étranger, en expatriation, si on disait systématiquement « bon, ben attention, voici les risques, etc. » , je ne suis pas sûre. Après, il est important tout de même de faire une prévention. Sur la forme, c'est compliqué à faire. C'est très compliqué à faire. C'est pour ça que nous, on choisit le schéma des réseaux sociaux parce qu'on a un peu plus de liberté de parole, on a la possibilité aussi de faire remonter des commentaires de manière anonyme, etc. Parce que malheureusement, quand on parle de ces sujets-là, ça rentre en conflit avec une projection idéalisée. Peut-être que c'est parce que ces personnes-là vivent une expatriation idéalisée. Et il y a des gens qui ne veulent pas entendre. Il y a des gens qui ne veulent pas lire ce genre de choses, qui pensent qu'on est des rabat-joies, qu'on critique, etc. On fait juste remonter des informations de terrain. Mais on comprend aussi que ces personnes-là ne veulent pas que leur monde intérieur d'expatriés, pour lesquels tout se passe bien, et on est très contents pour eux, ne veulent pas que les fenêtres se cassent.
- Speaker #1
Oui, mais justement, et c'est pour ça que cet épisode est là, on est aussi là pour dire, oui, ça existe, oui, il faut le savoir si on a besoin, bien sûr, mais de manière générale, avoir conscience que ça peut arriver à soi ou à d'autres, bien sûr. Et en parler pour pas que ce soit un tabou et pas que ce soit, justement, ignoré de la population.
- Speaker #0
Oui, et peut-être aussi un message important. Si vous avez le sentiment, et ça c'est valable aussi pour la France, qu'un de vos proches est en situation de violence et que vous avez peur de le confronter par rapport à ça, de le mettre mal à l'aise, etc. Vous avez toujours la possibilité de lui communiquer des informations de manière anonyme. C'est par exemple lui offrir un livre sur le sujet, le faire livrer chez lui de manière anonyme, imprimer par exemple sur la page de Ratatouille. Pour l'Allemagne par exemple, on a établi une liste de numéros de téléphone dont on sait que normalement ils répondent. L'imprimer, l'envoyer par la poste de manière anonyme, c'est vrai que c'est toujours difficile d'être... dans la position d'observateur ou d'observatrice de violences. On ne sait pas trop comment aborder le sujet. Mais nous, on peut répondre. On le fait, donc pas sur des points juridiques, encore une fois, mais là, on peut mettre en contact avec des spécialistes. En revanche, sur tout l'aspect des violences, il y a des possibilités qui existent auxquelles nous, on a accès, ne serait-ce que de par notre réseau. Et on sait écouter. On sait écouter. Et... Également, j'ai créé un autre groupe qui s'appelle le Club des Femmes Fortes, où je mets à disposition des outils de développement personnel, parce que je trouve que le mot est un peu repris à toutes les sauces, où là, c'est un espace où notamment les femmes peuvent avoir accès à des choses qui vont les motiver sans qu'elles aient pour autant accès à du temps et de l'argent. parce que... on a beaucoup d'expatriés qui vivent la grande vie d'expatriés. On est très contents pour eux, encore une fois. Mais ce qu'elle exprime n'est pas accessible à beaucoup de mamans, par exemple, en situation de violence. Quand quelqu'un dit, par exemple, « Prends des billets d'avion, va passer le week-end à Ibiza » , bon, non, c'est bon, non. Donc, j'ai créé aussi cet espace, et on essaye de, pas de coacher, mais de redonner confiance aux victimes dans leurs capacités, pas à résoudre seule la situation, mais à aller de l'avant, en fait. parce qu'il n'y a pas le choix. On a le droit de faire une pause sur son chemin, on a le droit de faire un pas en arrière sur son chemin, de ne pas faire de côté, de tomber, mais il faut continuer à aller de l'avant, peu importe. Peu importe si on a perdu une jambe entre-temps, etc. Vraiment, ce qui constitue la force d'une personne, ce n'est pas sa capacité à aller loin, c'est surtout sa capacité à se remettre debout une fois qu'elle est tombée.
- Speaker #1
Et c'est très important aussi. Alors, merci d'avoir pris la parole aujourd'hui et de nous avoir présenté l'association et tout ce que vous faites pour aider les familles en difficulté.
- Speaker #0
Merci à toi de nous donner la parole. C'est vrai qu'on saisit ces occasions avec beaucoup d'intérêt, pas pour nous, mais parce que les victimes ont besoin que les lumières soient portées sur leur situation individuelle.
- Speaker #1
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