- Speaker #0
Bienvenue dans le podcast des Franco-Expat, le rendez-vous incontournable des familles expatriées aux quatre coins de la planète. Je suis Audrey, fondatrice des Franco-Expat, professeure de français langue maternelle et langue étrangère, maman d'une famille franco-allemande et expatriée en Allemagne depuis 2010. Ici, on parle de transmission du français et de bilinguisme. mais aussi de maternité, d'enfance et de parentalité à l'étranger, sans filtre ni tabou. Chaque épisode explore la réalité de la vie parentale à l'étranger, entre élever ses enfants et faire vivre sa langue et sa culture loin de ses repères, avec honnêteté, conseils concrets et regards multiples. Toutes les deux semaines, des parents et des familles nous ouvrent leur cœur et leur quotidien pour partager leurs stratégies, leurs doutes, les échecs et les victoires de leur vie multilingue et multiculturelle. Les intervenants des experts de l'enfance et parfois les enfants eux-mêmes viennent enrichir la conversation de conseils concrets et de regards uniques. Plongez avec nous dans ces histoires inspirantes, utiles et profondément humaines. Parce que vivre la maternité et la parentalité à l'étranger et élever des enfants bilingues loin de son pays francophone, c'est avant tout une formidable aventure. Aujourd'hui, j'ai le plaisir d'accueillir Florence, maman française qui vit en Estonie actuellement, mais qui va nous parler de ses différentes expatriations. Bonjour Florence !
- Speaker #1
Bonjour !
- Speaker #0
Alors, pour commencer, est-ce que tu peux te présenter ?
- Speaker #1
Oui, alors je m'appelle Florence Muraté. Comme tu as dit, je suis maman de deux adolescents. Maintenant, je suis anthropologue de profession et j'ai été professeure en fait de didactique du français. pas mal à l'étranger dans des lycées internationaux. Et c'est ça, en fait, on est partis il y a 20 ans de France, en aventure en Inde, et c'est ça, on a continué notre petit périple et on se retrouve maintenant à Tallinn, en Estonie. Voilà, donc, je ne sais pas, en termes de présentation, voilà, j'ai 46 ans, c'est vrai que ça commence à faire un bout en dehors de la France, mais c'est ça, on est toujours aussi plus français que jamais.
- Speaker #0
Et quel âge ont tes enfants ?
- Speaker #1
Alors, Eden a 14 ans maintenant. Lui, il est né à l'étranger. Et puis, Léandre a 18 ans. Il va en avoir 19. Il va bientôt partir à l'université. Et c'est ça, lui, il est arrivé tout bébé lors de notre première expatriation. Mais il est content de dire, moi, je suis né en France.
- Speaker #0
Et donc, ton mari est français aussi, c'est ça ? Oui,
- Speaker #1
Christophe est français. on voit là On s'est rencontrés au lycée d'ailleurs. Et puis lui, il est... Alors quand il a commencé, il était ingénieur pour une grosse boîte française, une multinationale, mais française, dans la Défense. Puis c'est lui, en fait. Au tout début, on se battait pour savoir qui est-ce qui allait partir. Parce que moi, j'étais beaucoup dans les relations internationales, etc. Puis il a eu le contrat. Et un jour, il m'a dit, bon ben, est-ce que ça te dit l'Inde ? Voilà. Puis on est partis. Mais oui, c'est Christophe qui... Christophe est français. Puis voilà, on est ensemble depuis.
- Speaker #0
Alors, on va d'abord parler de ton ou de votre parcours en tant que famille d'expatriés. Est-ce que tu peux nous parler de ces différentes stations, j'ai envie de dire, que vous avez faites dans le monde ?
- Speaker #1
Oui, oui, oui. C'est vrai que depuis déjà tout jeune, on avait toujours eu cette envie de partir. C'est ça, on sentait que... On sentait qu'en tout cas on vient de la région parisienne, puis on sentait qu'il y avait comme quelque chose où on était bloqué, puis on a beaucoup voyagé étant plus jeune, jeune amoureux sans enfants. Et donc on est parti, la première fois on est parti en Hongrie. Moi j'enseignais, puis j'ai eu un petit accident de travail au boulot. J'ai refait en fait de la direction, mais plus à la Ligue de l'enseignement, c'est ça, une institution parisienne. Un soir, Christophe m'a dit « écoute, est-ce que ça dit de te mettre en disponibilité ? » parce que là, on m'envoie huit mois en Hongrie, et Léandre avait trois mois. Donc, je lui ai dit « ok, bon là, en Hongrie, pourquoi pas, on y va » . Donc, on y est allé, puis on était quand même dans des dispositions assez avantageuses, sachant que c'était un petit contrat de neuf mois. Et moi, je me suis complètement mise en disponibilité. C'est-à-dire que j'ai expliqué à mon employeur, il n'y avait pas encore tout le travail à distance qu'on a maintenant. C'était en 2007. Et en fin de compte, on est parti. Puis quand on est revenu en France, on avait comme... Un sentiment, après huit mois exactement, on avait comme un sentiment de ne pas avoir pu continuer notre périple. On était décidés à repartir. Et puis, quelques mois après, Christophe m'a dit, écoute, bon, ça fait un peu cliché, mais j'étais à fond dans les films de Bollywood. Mais voilà, il m'a dit, ça te dit l'Inde, l'Inde du Sud. Puis moi, je lui ai dit, ok. Je n'ai pas réfléchi, je crois que je n'ai même pas réfléchi plus d'une minute. J'ai dit, bah ouais, l'Inde, bon. Pourquoi pas ? Je ne savais pas où on allait. Léandre était encore bébé. Il n'avait même pas encore un an. Et puis, c'est ça. On a commencé par l'Inde. On est restés deux ans en Inde. On s'est mariés en Inde. On a fait un mariage Bollywood en plus. Donc, trop contente. Puis ensuite, après, on a fait des sauts comme ça. L'Inde, ça a été vraiment deux ans assez lourds. Ensuite, on est partis en Afrique du Sud. Afrique du Sud, Hong Kong avec différents endroits, mais Hong Kong. Puis ensuite après, Canada. Mais au Canada, on a fait deux provinces. On a fait Québec, Montréal. Ensuite, on est parti en Ontario. Et puis, retour en Europe, un peu à la maison, mais un retour en Europe en Estonie.
- Speaker #0
Et alors, comment ça se passe quand on est justement un couple pour le travail ? Est-ce que vous avez tous les deux à chaque fois pu trouver quelque chose ? Ou est-ce qu'il y en a un qui a une proposition et l'autre, il doit voir ?
- Speaker #1
Écoute, c'est vrai que je disais que Christophe était dans une multinationale, puis c'est sûr que cette compagnie, elle a des postes partout. Elle avait vraiment un réseau d'emplois où c'était assez vaste. Donc, il suffisait… Alors, ce n'est pas quelque chose qu'on a fait au début, mais c'est vrai qu'il suffisait de… Quand Christophe était un peu fatigué ou quand on trouvait, comme en Inde en fait, que c'était quand même pas un climat de travail, mais… Une société peut-être pour nous français qui était un peu dure, c'était en Inde du Sud, on avait un bébé, c'était quand même un endroit où on était très très très privilégié, puis ça ne correspondait pas nécessairement à notre façon de vivre. C'est ça. Donc c'est là où lui, il allait regarder en fait dans son... dans son portail intranet d'emploi et puis il regardait, ok, le Mexique, ça dit, la Nouvelle-Zélande, etc. Mais ça partait aussi par rapport à lui, sa capacité à vouloir rebondir aussi dans un métier qui laisse une continuité dans son carrière professionnelle. Et moi, j'ai passé mon concours en France de KPLP, c'est professeur d'histoire français et j'avais dit tout à l'heure que j'avais eu un accident au boulot. Mais l'enseignement, je connaissais. Et j'ai surtout pris conscience que la langue française à l'étranger était une langue non seulement de prestige, mais une langue que tout le monde, en fait, tous les gens que je côtoyais quand je disais que j'étais française, disaient « Ah, j'essaie d'apprendre le français, c'est super » , etc. Et puis je me suis rendue compte du potentiel de cette langue. Et donc je me suis dit « J'ai passé un concours de KPLP, donc c'est vraiment de l'enseignement du français en lycée professionnel. » Et j'ai découvert tout le réseau du français, langues étrangères, français, langues secondes, puis j'ai repassé un master. Donc je me suis remise aux études. Donc j'ai une formation d'anthropologue, mais je me suis remise aux études et j'ai passé un master de didactique des langues spécialisé en technologie émergente. Avec à l'époque l'université de La Réunion, qui proposait en fait de faire tout un programme à distance. Donc ça c'était en 2011. et c'est quand même quelque chose qui était très innovant à l'époque. Donc moi, ça m'a permis en fait de faire une sorte d'équivalence, de recommencer à partir de la licence, puis de finir ce master. Puis à partir de ça, j'ai eu plein de portes ouvertes dans l'enseignement du français langue étrangère dans les lycées internationaux. Donc je me préparais, Christophe me disait, écoute, je pense qu'on va plutôt aller dans ce pays-là. Puis moi, en amont, je me préparais, je faisais mes recherches, je regardais les établissements. Si ce n'était pas établissement public, c'était les établissements privés. Il y a beaucoup de pays qui ont des réseaux d'établissements privés qui sont beaucoup plus importants que les réseaux publics. Et si ce n'était pas en établissement, c'était dans les instituts. Mais bon, ça j'ai moins aimé. Et puis après, je suis très vite passée aussi à l'université. Donc ça m'a permis d'enseigner.
- Speaker #0
C'est pratique en effet d'avoir, comme tu dis, le français est en effet enseigné quasiment partout, j'ai envie de dire. Oui, c'est en effet très pratique pour toi d'avoir cette possibilité-là.
- Speaker #1
Oui, c'est ça, c'est ça.
- Speaker #0
Et alors, comment se passe l'intégration quand on change assez régulièrement de pays, notamment quand on a un enfant ? Est-ce que vous avez quand même réussi à trouver des contacts ? Je suppose que c'est souvent des au revoir aussi du coup, puisque vous avez changé ou les autres personnes changent aussi.
- Speaker #1
Alors, je dirais que... Peut-être notre chance à nous, c'est d'avoir commencé l'expatriation avec un enfant. Parce que l'enfant, alors Léandre était bébé, donc c'est sûr que quand on est arrivé en Inde, il a commencé par la crèche, une crèche locale, on était à Chennai. Puis à Chennai, il n'y avait pas nécessairement, on n'était pas loin de Tondichéry, je pense une heure et demie, deux heures. Donc il y avait tout le réseau francophone du côté de Tondichéry. Et nous, à Chennai, il y avait beaucoup d'Américains, beaucoup d'Allemands. Et on a mis Léandre au début dans une crèche privée, mais indienne. Puis c'est ça, il a commencé là-bas. Alors il a développé des goûts culinaires où il demandait tout le temps des chapatis et il disait tomate aux soupes. C'était trop marrant. Mais ensuite, on l'a intégré dans une école. Il a fait sa première année de maternelle dans un kindergarten allemand. Dans une école allemande, pas loin, il avait des copains germanophones, quelques copains aussi anglophones, qui n'avaient pas trouvé aussi de structure pour leur enfant. Et avoir Léandre, ça nous permettait tout de suite d'intégrer un groupe de parents ou de familles plutôt internationales. C'est ça qui était chouette, c'est vraiment que c'est Léandre qui nous a permis de nous ouvrir plein de portes, parce qu'en fait l'enfant est inscrit à l'école. en tout cas dans une structure, et puis là on se met à connaître aussi d'autres couples, d'autres familles. Et en Inde, ce qui était très très très, je dirais, présent à l'époque, c'est que ces familles-là vivaient entre elles. On connaît les fameuses communautés d'expat. Et en Inde, c'était vraiment nécessaire parce qu'en fait, sinon on n'avait pas de moyens de... socialiser nos enfants en dehors de ces communautés-là. Donc on s'invitait et puis c'est là après qu'on a commencé à connaître aussi des Français qui étaient là mais qui avaient trouvé d'autres structures, etc. Puis on s'invitait, puis les Hommes commençaient ces playdates, les fameux playdates où chacun s'invitait. Donc c'est un peu comme ça qu'on… En tout cas en Inde on s'est intégrés, mais je pense que vraiment l'intégration dans tous les pays, elle s'est toujours faite par l'école, que ce soit l'école française ou l'école internationale ailleurs ou quoi. C'est un gros plus.
- Speaker #0
C'est vrai que les enfants aident énormément, de manière générale, même sans être forcément expatriés, à rencontrer des gens quand on arrive dans un nouvel endroit, ça aide beaucoup. Et tu dis, par exemple, en Inde, il y avait une grosse communauté d'expatriés. Est-ce que les activités extrascolaires, alors peut-être que ton fils était trop petit à ce moment-là, mais les activités extrascolaires étaient aussi entre expatriés ou vous pouviez quand même, dans les autres pays ? Bon, peut-être au Canada, c'était peut-être plus simple, mais en Inde ou en Afrique du Sud, aussi, participer avec les locaux.
- Speaker #1
Je dirais que c'est sûr que, alors, en plus, étant anthropologue, ayant vraiment cette vision de, voilà, il faut qu'on soit tous ensemble, on apprend des uns des autres, etc., c'est sûr que, moi, la communauté d'expat en Inde, elle m'a un peu gênée. Je me sentais un peu coupable parce que, forcément, on avait plus de moyens, on avait tous des maisons avec des piscines. Quand il n'y avait pas de trampoline, on s'en procurait un, ou il y en avait une qui en avait, il y en avait certains qui avaient des sous-sols de jeux vidéo et tout ça. Donc les activités extrascolaires, oui, on en avait. Et en plus, on pouvait aussi s'inscrire dans le club de l'hôtel 5 étoiles privé où il y avait plein de choses pour les enfants d'expats, des châteaux gonflables et tout. Donc en fait, les locaux et les enfants locaux, oui, il y en avait, mais c'était des enfants... locaux qui eux aussi étaient dans une bulle car je dirais extrêmement favorisés. Et puis en Inde c'était quand même assez particulier parce qu'il y a différentes strates, classes sociales, différentes classifications je dirais en fait, même si c'est pas légal ça reste ancré dans la culture donc c'est vrai que les Indes ils pouvaient pas sortir devant la maison puis aller jouer au ballon avec les enfants du slum par exemple parce que c'était risqué, parce qu'en fait... On avait des gardes de sécurité, etc. En Afrique du Sud, par contre, donc Léandre, en Afrique du Sud, et moi c'est l'un de mes pays préférés, c'est vraiment là où j'ai envie de retourner pour ma retraite un jour, mais en tout cas, la structure, elle est comme occidentale. C'est une structure où il y a des centres de loisirs, il y a l'Institut français. Donc on peut sortir de cette communauté. On peut y aller de temps en temps dans cette communauté, quand on veut se retrouver peut-être avec des gens qui ont la même expérience que nous, mais on est arrivé quand même dans un pays où il y a, je ne sais pas, le journal de la ville, et dans le journal de la ville, ils expliquent qu'il y a tel centre de loisirs, ou telle institution, ou telle chose. Donc, Léon se retrouvait quand même avec d'autres enfants, effectivement en Afrique du Sud, un peu plus... Je vais parler de normalité, mais oui, c'est ça, il se sentait un peu plus... plus jouer avec les autres normalement. Puis ça a été la même chose à Hong Kong, au Canada c'est aussi facile. Ça dépend vraiment des pays et je pense que l'Inde fait partie de ces pays où en tout cas quand on y va, moi j'ai toujours dit que c'est un peu le monde à l'envers, mais c'est toute la structure qu'on connaît est complètement renversée. Donc il faut retrouver des moyens de se reconstruire ou de retrouver des repères par rapport à ce qu'on avait avant.
- Speaker #0
Ça doit être très enrichissant de vraiment voir ces différents pays et, comme tu dis, ces différents strates de la société. Et l'Inde, je suppose que c'est complètement différent par rapport au Canada d'y vivre.
- Speaker #1
Oui, oui, complètement.
- Speaker #0
Quelle différence tu as pu constater entre ces différents pays ? Alors, notamment au niveau de tout ce qui est de la maternité, de la parentalité, la place de l'enfant, la scolarité. Donc, vraiment ce gros ensemble parents-enfants.
- Speaker #1
Parents-enfants, il y a quand même beaucoup de choses à dire. Alors... Je parlais de Léandre parce que je ne savais plus qu'on est partis, mais il s'avère que moi, j'ai été en parcours de PMA pendant quatre ans pour avoir Léandre. Et je savais qu'à l'étranger, j'allais devoir faire face, ayant des difficultés pour avoir un enfant, je savais que j'allais faire face à ça à l'étranger. Alors c'est vrai que, comme je disais au début de notre expatriation, on est très vite parti sur ce que l'entreprise nous proposait. En Inde, il n'y avait pas question d'aller s'inscrire dans un hôpital lambda. Même on était très bien accompagnés en termes d'accompagnement médical, en tout cas de sécurité sociale, là, étrangère. Donc l'entreprise cotisait, on cotisait aussi un peu, puis ça nous permettait d'aller quand même dans des hôpitaux, dans de très très bons hôpitaux à l'étranger. Et d'ailleurs, c'est un peu une remarque... Je ne sais pas, peut-être déstabilisante ou quoi que je vais faire, ou peut-être qu'on va me comprendre dans la communauté d'expatriés, mais autant quand je revenais en France, parce que j'étais couverte par cette sécurité sociale des Français à l'étranger, j'avais accès à des hôpitaux privés en France. Donc quand je retournais en France, je retournais à l'hôpital américain ou à ce type d'hôpitaux où il n'y a pas de problème, tu prends, tu vois l'expert, ça ne se passe même pas en une journée. Et à l'étranger, on avait aussi accès à, alors au début, accès à de très, très bons hôpitaux. Donc, mon parcours de PMA, il a commencé en Inde et puis c'était complètement différent. C'était un parcours prestigieux, je dirais, de PMA. Mais c'est ça, c'était comme on arrivait dans un hôtel 5 étoiles, puis il y avait la psychologue et tous les accompagnants qui étaient là, etc. Bon, bref, en tout cas, malgré tout ça, ça n'a pas marché en Inde, puis ça a marché en Afrique du Sud. Et donc, je suis tombée enceinte d'Éden, en Afrique du Sud. Et je pense que contrairement à Léande, qui est née à Poissy, dans le 78, dans les Yvelines, l'expérience que j'ai eue de ma grossesse en Afrique du Sud, c'était une expérience magnifique. Je pense que c'est l'une des... En tout cas, j'en ai eu deux, mais une expérience magnifique, parce que déjà, à l'Afrique du Sud, il y a ce sentiment de liberté. Alors, c'est sûr qu'ils ont leurs problèmes. Enceinte, en fait, moi j'avais vraiment l'image que je voulais avoir de moi enceinte, c'est-à-dire que j'étais avec mes bottes, mon short de rangers, j'étais dans mon 4x4, je partais dans la savane, je voyais des animaux, j'étais super heureuse. Et au niveau de l'accompagnement de ma grossesse, ça s'est super bien fait. Je suis tombée sur, encore, un hôpital privilégié, donc un hôpital privé, c'était une gynécologue obstétricienne suisse. qui vivait en Afrique du Sud depuis 15 ans. Elle m'a dit, écoute, bon, ben voilà, on va faire le Tatou Ton Parcours, c'est cool, t'es enceinte. Donc je faisais le parcours PMA aussi de France. C'est-à-dire que je retournais en France, puis je revenais en Afrique du Sud. Et j'ai eu un super bon accompagnement. J'ai accouché à l'hôpital privé là-bas, en Afrique du Sud. C'était... encore comme un hôtel. Il y avait la chambre de mon fils à côté, il y avait Christophe qui dormait avec moi, il y avait une chambre d'amis. J'avais du mal à croire que j'étais à l'hôpital. Puis l'accouchement s'est fait dans ma chambre. Donc ils ont mis tous les moyens dans la chambre. C'était par césarienne, donc tous les moyens du bloc opératoire. Eden était là. On est restés deux semaines parce qu'ils estimaient que j'étais une césarienne. Ils voulaient que... voir comment ça se passait pour Eden au niveau de l'allaitement. Franchement, j'étais aux anges, je me suis dit, mais... Moi qui connais le système français, je me suis dit mais waouh ! En même temps, c'est biaisé parce que c'était privé, mais en même temps, il y avait des Sud-Africains qui allaient à l'hôpital privé aussi pour accoucher. Donc, ce n'était pas que pour les étrangers non plus, mais ça restait quand même un système privilégié. Mais je pense qu'il y a des pays où il y a un accompagnement par rapport à la grossesse qui est différent. de celui qu'on a en France, moins médicalisé, mais plus aussi en lien avec tout ce qu'on attend de la grossesse et de l'accouchement naturel. Malheureusement pour moi, ça ne s'est pas passé naturellement, mais ils essayaient de faire en sorte au maximum d'apporter tout ce... J'avais une doula qui était là, qui m'était attitrée à 7 mois, puis tout ça s'était compris dans le package. Il y avait vraiment quelque chose où je trouvais qu'il y avait un accompagnement par rapport à la naissance auquel je n'ai pas pu bénéficier en France. Parce que c'était beaucoup plus médicalisé, c'est ok, vous vous inscrivez là, puis en plus moi ça ne s'est pas très bien passé en France. Quand elle a vu ma cicatrice par exemple de césarienne de mon premier accouchement en France, elle me dit mais qu'est-ce qui vous a fait ça ? Je dis bah je ne connaissais pas le nom de... On ne fait plus ça de nos jours et tout, et j'ai été choquée de savoir qu'en Afrique du Sud... C'est la gynécologue qui m'explique que la cicatrice que j'ai n'est pas du tout une bonne cicatrice et qu'elle va me refaire ça. J'étais vraiment étonnée de tout ça. Puis, ils m'ont donné tous les conseils aussi nécessaires pour la suite. Donc ça, c'était vraiment par rapport à l'accompagnement de ma maternité à l'étranger. Alors, c'était en Afrique du Sud, j'ai eu un peu en Inde. Et arrivé à Hong Kong, les enfants, c'est des enfants rois, en fait. Tout est autour de l'enfant. Quand il y a un enfant qui naît dans une famille à Hong Kong, les parents arrêtent tout pour l'enfant. Puis moi, les gens étaient surpris de dire « Moi, j'étais avec mon conjoint avant, enfin lui, il est arrivé après, donc je vais continuer à aller faire mes petites soirées, mon petit théâtre. » Mais j'ai remarqué que beaucoup en Asie, les enfants sont un peu plus le centre. Je ne dis pas qu'en France, les enfants ne sont pas le centre, mais J'ai un peu l'impression qu'en France, l'enfant il est là, c'est cool. Nous aussi on est là, on veut penser à nous aussi, puis on essaie de trouver cet équilibre. En Asie, par exemple en Thaïlande ou à Hong Kong, c'est l'enfant qui compte et puis tout s'arrête autour. Alors il y a le Canada, le Canada c'est particulier parce que ça va dépendre des provinces, ça va dépendre... Au Canada, ce que j'ai beaucoup aimé, c'est l'accompagnement des enfants à l'école, la bienveillance. Alors ça c'est quelque chose que... La bienveillance... depuis tout petit jusqu'au lycée, où on leur explique qu'ils sont capables. Il y a toujours quelque chose où c'est plus doux, etc. À Taline, alors moi, mes enfants sont un peu plus grands, mais ce que j'ai remarqué, c'est qu'à Taline, les petits-enfants de 3-4 ans, ils rentrent de l'école, comme ça, avec leur sac à dos, comme si de rien n'était. Alors, en hiver, il fait nuit, on a 5 jours de soleil. 5 heures. 5 heures. On a 5 heures de soleil.
- Speaker #0
Peut-être 5 jours aussi.
- Speaker #1
5 jours, ouais, mais 5 heures de soleil. Puis on les voit la nuit avec leur sac à dos rentrés, c'est hallucinant. On dirait des petits adultes, puis tout le monde est bienveillant avec eux. Je sais, ouais.
- Speaker #0
Alors tu m'avais dit que tes enfants ont été dans des écoles françaises et anglaises, c'est ça ?
- Speaker #1
Oui, françaises, anglaises et puis locales. C'est-à-dire que les rendre, alors... On a fait deux choix différents et ça va expliquer beaucoup de choses par rapport à leur parcours aussi scolaire. Léandre, c'est lui qui a commencé l'aventure avec nous. Il a toujours été, il a subi les six mois d'hôtel en cherchant un appartement ou une maison, etc. Il a tout vécu depuis le tout début. Puis lui, Léandre, alors en Inde, tout petit, on l'avait mis dans le local. Mais arrivé en Afrique du Sud, on a décidé de le mettre à l'école internationale française. Puis il a fait toute sa primaire. dans le cursus international français, dans une école à EFE. Et Eden, par contre, lui, qui est arrivé à six mois à Hong Kong, ben lui, on a décidé, parce que c'est ça, on n'a pas parlé des coûts, mais les coûts sont très, très importants, des établissements. Et puis surtout en Asie, à Hong Kong, ouais, c'était quand même hallucinant, parce qu'il y avait toute la partie des peintures ou la part fondateur, où il faut signer un chèque quand même. c'est notre entrée dans l'établissement, c'est un gros business tout ça. Donc on a décidé de mettre Eden à l'école privée mais locale. Et donc Eden, lui, il a commencé la maternelle en anglais, chinois et cantonais. Et il a fait toute sa maternelle dans ce contexte-là. Puis par la suite, on a continué avec Eden en anglais. C'est-à-dire qu'il a été par la suite dans des établissements anglophones. Et on a tout de suite vu la différence d'accompagnement de la langue entre Léandre et Eden. C'est-à-dire que Léandre, c'est notre petit français, j'aime bien l'appeler le exquisite French guy, mais français jusqu'au bout des ongles. Je ne comprends pas, mais je pense que d'avoir reçu cette base, et puis je dirais toutes les choses qu'on fait à l'école française, Fab de La Fontaine, tout l'accompagnement. en littérature, tout l'accompagnement par rapport à la culture française, c'est sûr que pour lui, elle est beaucoup plus développée que pour Eden. Eden, lui, il a une transmission qui est à la maison. Donc, on a fait la chandeleur, on a fait différents trucs. Moi, j'insistais toujours pour leur montrer qu'on était français et que nous, en France, on fait ça. On retournait tous les ans en vacances en France, etc. Mais c'est vrai que Léandre, il a cette façon à la française de penser. Et même jusqu'à maintenant, il a 19 ans, mais voilà, il va regarder la télé en français. Il va regarder la politique, puis il va commencer à polémiquer ou à parler, refaire le monde. Il a vraiment des habitudes, mais françaises. Alors qu'Eden, c'est notre petit Américain. Lui, il n'a pas le temps, il adore le fast-food. Il aime bien le football américain ou il aime bien les trucs. Eden, il correspond plus au... Tu sais, au gars avec sa doudoune sportive. Ça, c'est Eden. Donc... Je ne sais pas si c'est dû à l'école, mais en tout cas, on a fait un choix, puis on a créé deux profils comme ça différents. Et c'est ça qui fait qu'ils ont une intégration plus ou moins différente. Mais entre eux, par exemple, ils sont à l'aise en anglais. S'ils vont chahuter entre eux ou je les entends dans leur chambre parler et tout, ça va se faire en anglais.
- Speaker #0
Et oui, justement, ils parlent quelle langue maintenant, puisqu'ils ont fait quand même beaucoup de pays ?
- Speaker #1
Alors ça, c'est sûr que je dirais qu'ils sont parfaitement bilingues, déjà en anglais et en français. Quand on est... parti de Hong Kong, Eden, il parlait le chinois mandarin et le cantonais. Et il faisait... D'ailleurs, on a eu un épisode où on avait eu un problème au niveau de la salle de bain. Il y a un plombier qui est venu qui ne parlait pas du tout anglais. Et c'était Eden, du haut de ses quatre ans, qui nous faisait la traduction. Et moi, j'hallucinais parce qu'en fait, je n'avais pas conscience qu'il parlait en fait cette langue. Et puis... C'est là où le monsieur a dit, il y a quelqu'un qui parle et tout. Puis il a commencé à parler. Et puis je me suis dit, mais attends, qu'est-ce qu'il raconte ? J'ai vu que c'était une conversation, mais vraiment. Puis Eden, il disait, ah, c'est cassé. C'est cassé quoi ? Sous le lévier, c'est cassé. Le monsieur, il a dit qu'il va revenir. Il va en acheter un, il va revenir, etc. Puis c'est là où on s'est dit, oh, punaise, le petit parle. Donc ça, c'était le cantonais. Et on a eu un autre épisode aussi dans le bus où il y a eu... À l'époque, on est parti un peu dans la révolution des parapluies, où justement Hong Kong ne voulait pas avoir trop la Chine sur son dos. Et à un moment, il y a eu dans le bus l'hymne national de la Chine. Et donc on était dans le bus avec des Hongkongais. Puis là, t'as Eden qui commence à chanter. Puis tout le monde se retourne. Il est un peu un mandarin. Je voyais en plus qu'il y avait le malaise, parce qu'en plus on était dans une époque où il y avait des revendications, je dirais, nationalistes, enfin des revendications des Hongkongais. T'as le petit qui chante l'hymne national en mandarin, le petit métis, et du coup c'était un peu bizarre. Moi je lui ai dit c'est bon Eden, bravo, ok ! C'est là aussi qu'on s'est rendu compte que ouais, il avait quand même une base linguistique en mandarin aussi. Arrivée au Québec, parce qu'on est arrivée dans la ville de Québec. On a appris, en fait, ça c'était la grosse erreur, mais on a appris qu'au Québec, étant francophone, on ne pouvait pas inscrire son enfant dans un établissement bilingue ou anglophone. Il fallait un certificat d'éligibilité, ça c'est très très important pour peut-être ceux qui veulent aller au Québec et qui se disent « Ah c'est cool, ils vont pouvoir parler anglais parce qu'au Canada c'est bilingue » . Non, quand on n'a pas de parents anglophones nés au Canada, au Québec, on ne peut pas inscrire nos enfants à l'école anglophone ou bilingue. Donc, ça fait que Eden, lui, il est arrivé... En fait, il a tout effacé. C'est comme s'il a fait un erase parce qu'il a dû vraiment mettre tout son esprit dans le français québécois, en plus. Donc, il a tout effacé. Puis, j'ai quand même gardé les cours de mandarin et de cantonais. Mais il était complètement désintéressé parce qu'il avait un effort, je pense, monstre à faire pour switcher, en fait, toutes ces langues, peut-être, qu'il avait en lui. Et donc, en fait, il n'a plus sorti un mot. de cantonais ni de mandarins pendant trois ans et ça ça m'a brisé le coeur parce que je me suis dit on aurait dû rester et puis une fois on est parti dans il n'y a pas très longtemps il y a cinq ans on est parti dans un magasin qui s'appelle TNT parce qu'ils ont développé des goûts pour la nourriture asiatique voilà donc c'est ce qu'ils adorent et là il y a eu un couple qui parlait en cantonnets
- Speaker #0
Puis il s'est arrêté et je sentais qu'il se passait quelque chose. Je lui disais, mais tu me les files là, les oignons ? Il dit, attends, Je lui dis, attends quoi ? Et là, il me dit, non mais je comprends, ils sont en train de parler de ça et tout. Je dis, mais tu comprends ? Il me fait, bah ouais, je ne comprends pas tous les mots, mais là, ils sont en train de parler de ça, ils sont en train de s'engueuler et tout. Et j'ai comme une petite lumière parce que je me suis dit, ah, en fait, il y a vraiment... Et ça, c'est super intéressant, je ne travaille pas sur la linguistique cognitive, mais... Il y a vraiment des choses qui sont restées. Maintenant, il s'est remis aux Chinois ici.
- Speaker #1
C'est chouette. Et alors, tu nous as dit, Léandre va avoir 19 ans. On va bientôt commencer ses études. Où est-ce qu'il va les faire ? Parce que du coup, il a le choix avec tous ces pays.
- Speaker #0
Paradoxalement, je disais que Léandre, c'est notre bon petit Français. Mais Léandre, il ne veut pas retourner en France faire ses études. Alors, pour lui, il m'explique et je pense que... Il a ses raisons, il m'explique qu'étudier en anglais, c'est beaucoup plus facile. Alors lui, il veut faire neurochirurgien. J'espère que ça va continuer, mon projet. Donc là, il finit en fait deux crédits, parce qu'au Canada, en fait, c'est par crédit au lycée. Donc il finit deux crédits, il a voulu venir avec nous à Tallinn, puis il disait que ça allait être un peu dur pour son frère d'être seul, etc. Donc il finit son programme, c'est l'équivalent du CNED, mais ça s'appelle Ontario Virtual School. Il a fini deux matières cette année et il est inscrit à l'université McGill. Donc, il a décidé de retourner au Canada, à Montréal, et d'aller dans une université anglophone. Léandre, on a appris l'année dernière, en fait, Léandre, en pleine année terminale, c'était en janvier, en fait, l'établissement nous a appelés pour nous dire que Léandre n'allait pas à l'école. Je me dis, mais en fait... Il se lève tous les matins, il revient tous les soirs, enfin où il va surtout qu'à moins 30 degrés, qu'est-ce que tu fais ? Sachant que c'est un enfant qui est très introverti, il n'a pas beaucoup d'amis, il a beaucoup déménagé, etc. Il était souvent à la maison, jeux vidéo, etc. On s'est dit mais qu'est-ce qui se passe ? Surtout que l'année précédente, on l'avait diagnostiqué avec une douance, HPI là. Et donc, ça a expliqué beaucoup de choses par rapport à ses liens sociaux ou ses compétences sociales, de connecter avec les gens. Mais quand on l'a grillé, on était en colère. On s'est dit, mais attends, c'est quoi cette trahison ? Qu'est-ce que tu fous ? C'est ton année terminale, on ne comprend pas. Puis il a fondu en larmes, en fait, et il nous a expliqué. la fois où il a dû dire au revoir à son compagnon, à son meilleur ami à Hong Kong. Il a dit « mais vous ne vous rendez pas compte, on déménage tout le temps, je n'arrive plus à me faire de connexion à l'école avec les autres, je n'ai jamais pu de toute façon. » Et en fait, on s'est rendu compte que, autant on se dit que c'est souvent facile de partir avec les enfants quand ils sont petits. Mais l'erreur qu'on a faite, c'est qu'on est parti, on a cassé Léandre dans son rythme d'adolescent. En fait, il rentrait dans l'adolescence, puis c'était le moment où il commençait à avoir des copains. Puis il en avait deux, trois, mais avec une relation très, très, très forte. Puis Hong Kong, c'est le rêve pour les enfants d'expatriés. Ils ont une liberté dans toute sécurité, puis ils rencontrent des gens du monde entier. Et ça, en fait, on s'est rendu compte que c'est pas qu'il nous avait pas pardonné, mais que ça l'avait marqué. Son parcours identitaire, en tout cas. de jeunes garçons et il nous a ressorti ça en terminale. Donc on était « waouh, ok, c'est peut-être pas tout beau, etc. » et en fin de compte, on a trouvé une alternative pour lui parce qu'en fait, il nous expliquait qu'il voulait continuer mais qu'il ne supportait plus le système scolaire et d'avoir fait plus de système scolaire, c'était trop pour lui et qu'il en avait marre, il n'en pouvait plus. Donc c'est ça qui a fait que maintenant il se retrouve avec nous, qu'il finit ses deux crédits. Mais il veut retourner en fait à Montréal parce qu'à Montréal, c'est peut-être le pays où on est resté le plus longtemps. On est resté huit ans et il a quand même réussi à se faire trois copains dans sa première année de collège. Puis après, nous, on a déménagé. Donc voilà, mais dans sa première année de collège et l'année dernière, au vu de tout ce qui s'était passé. On a décidé de... Ils se sont retrouvés les trois copains en Égypte, il y en a un qui est d'origine égyptienne. Puis ils se sont retrouvés tous les trois en Égypte, ils ont fait un petit tour d'Égypte sac à dos. On s'est dit on allait lui offrir ça parce qu'en fait on voulait lui montrer que l'amitié c'est pas une amitié qui se fait juste dans les moments précis. Moi j'ai plein de copines un peu partout dans le monde, puis on s'appelle et pendant les vacances si on doit se voir en Espagne, on se voit en Espagne, en France. Donc on voulait qu'il puisse retrouver ça. Et il a retrouvé ses copains de première année de collège en Égypte. Et cette année, ils vont faire le tour de la France, tous les trois. En tout cas, c'est ça que je voulais insister dessus. Parce qu'en fait, c'est souvent, on voit l'expat comme c'est cool, t'as fait plein de pays, les enfants, ils doivent être super ouverts, ils ont plein de choses et tout. Mais il y a aussi le risque, en tout cas, moi je l'ai vu pour Léandre, d'avoir une césure, une cassure à un moment. peut-être un enfant qui en a plus marre, un enfant qui veut aussi devenir indépendant. Donc lui, il retournera à Montréal. Puis Eden, lui, il est à Tallinn, il dit « ouais, c'est quoi le prochain pays ? »
- Speaker #1
Il suit encore.
- Speaker #0
Oui, il arrive à se faire des amis facilement. Ça dépend vraiment des enfants. Oui,
- Speaker #1
c'est vrai. Mais en effet, c'est toujours bien de le rappeler que la vie de multi-expat, ce n'est pas non plus… Tout rose, et que c'est beau. En effet, on enchaîne des expériences et c'est certainement ultra enrichissant, mais il y a aussi tout ce côté négatif de se faire des amis, de les laisser, de se réintégrer, toute cette énergie à chaque fois, sans parler des déménagements, vraiment le truc concret, tout empaqueté, tout envoyé, je pense que ça demande quand même beaucoup d'énergie. Alors justement, est-ce que tu as des conseils pour ces familles qui vont s'expatrier ? qui savent qu'elles vont s'expatrier en continuité, on va dire ?
- Speaker #0
Des conseils, il y en a plein. Je dirais que pour la personne déjà qui… Alors, c'est l'idéal. Moi, j'ai des amis qui sont couple de profs. Puis eux, c'est l'idéal. Ils sont tous les deux profs. Donc, quand ils se font expatriés, ils se font expatriés tous les deux. Donc, ils sont dans le même contexte. Donc, ça, c'est super. Dans l'expatriation, il y en a toujours un, l'accompagnant, le partenaire, qui doit se réinventer. Alors, autant c'est difficile de se réinventer au début, mais quand on a trouvé quelque chose, il faut y tenir et puis il faut réfléchir en fait à cette carrière qu'on se donne, mais à l'international. C'est-à-dire qu'à chaque fois qu'il y a un move, moi quand je prenais une décision, je me disais ça, ça va m'aider parce que je pourrais le vendre après dans d'autres ou d'autres contextes. Et donc, ça m'a toujours permis de rebondir. Donc ça, c'est sûr que pour le partenaire, il faut, même si c'est se réinventer, se recréer, il ne faut pas hésiter dès le début. Quand on sait qu'on... Alors, des fois, on part. Moi, je ne savais pas que j'allais être multi-expat. Pour moi, je partais en Inde, c'était super. On avait un super appartement à côté de François Métérand, dans le plus nouveau quartier à l'époque. Donc, pour moi, c'était à Paris. Et pour moi, c'était... J'allais revenir. Mais en fait, on n'est jamais revenus. Et il faut toujours essayer, quand on met un pied dans l'expatriation, déjà, on y prend goût. J'ai rencontré beaucoup de Français comme nous qui sont partis un an, puis en fait, ça fait deux, trois, et puis après, dix, quinze, et plus. Donc, il faut toujours avoir ce truc en tête de se dire, je suis le partenaire, mais moi, comment j'aimerais inventer ? Pourquoi ? Parce que, autant l'expatriation, c'est super, mais moi, j'ai rencontré aussi beaucoup de couples ou de familles qui se brisent en expatriation.
- Speaker #1
C'est vrai.
- Speaker #0
Ça, c'est une vérité. Il faut le dire. Donc, il faut vraiment être soudé et être sûr de soi quand on part. Parce qu'être ouvert comme ça au monde, c'est aussi être exposé. Quand on est dans son petit quotidien français... franco-français, on fait plein de trucs et tout, mais on est quand même protégés du fait d'une... Alors je ne dis pas protégés, on a tous des histoires de couple ou de famille partout, mais ce que je veux dire, c'est qu'on est d'autant plus exposés quand on est à l'étranger. Et puis il faut avoir aussi confiance en soi et confiance en son couple, confiance en sa famille. Et donc ça fait que pouvoir se trouver une stabilité professionnelle dans le partenaire qui suit, c'est aussi se dire, oui, moi aussi je suis là. Moi aussi je peux faire quelque chose, moi aussi j'ai des intérêts et je ne suis pas juste à la maison. à m'occuper des enfants, ou même quand il n'y en a pas, m'a glandée, quoi. Donc ça, c'est important. Franchement, je pense que c'est ce qui consolide, parce que moi, je pense que c'est en ayant trouvé un engagement dans l'enseignement, moi, ça m'a permis d'être quelqu'un en expatriation. Ça m'a permis de développer mon propre réseau. Ça m'a permis aussi de dire à Christophe, « Ah tiens, j'ai rencontré telle femme de machin qui travaille avec. » Parce que c'est moi aussi qui faisais tout le lien. Moi, Christophe, lui, il va au boulot, il revient, que ce soit en France ou partout dans le monde, c'est toujours les mêmes choses. Alors qu'il y a un partenaire qui est là pour aussi faire des connexions. Parce que sans connexion, on est quand même des bêtes sociales. On aime bien rester des fois dans son entre-soi et tout, mais à l'étranger, non seulement on est exposé, mais on doit y aller en fait vers cette exposition. Sinon, on se retrouve seule. Nous, ça nous est arrivé sur la liste à l'école, quand on dit c'est qui la personne à appeler.
- Speaker #1
Eh oui.
- Speaker #0
Eh bien, en fait, je ne connais personne. J'ai qui ? J'ai mon proprio ? C'est vrai, c'est beaucoup. Et du coup, tu dis, non, il faut aller pousser, il faut aller chercher la communauté. Pas nécessairement s'enfermer dans une communauté française ou francophone, mais en fait, tout le réseau autour de nous, tous les gens autour de nous, alors ça dépend. Il y a des locaux, des fois, ils ne nous ont pas attendus. C'est un plus s'ils connaissent un français, un espagnol ou quoi. Mais ce réseau de gens qui viennent de l'étranger comme nous, il faut pousser pour aller le chercher. C'est vraiment, moi je dirais, l'un des conseils que j'ai à donner. C'est de trouver sa place, trouver aussi peut-être sa profession, son intérêt. Ce n'est pas nécessairement une profession ou quoi, mais trouver sa place, sa profession et développer un réseau. Et la première chose que je fais à chaque fois quand Christophe dit « Ah, je pense qu'en fin de compte, on va retourner en Europe, mais je ne sais pas où. » Et je lui dis « Bah... » où, moi je le pousse à dire ok où, est-ce que tu sais, c'est quoi ah c'est l'Estonie, le contrat n'a même pas encore été signé en Estonie mais moi je suis déjà en train de faire une étude géographique sociologique de tout puis quand on arrive, c'est pas que je connais tout, mais quand on arrive je dis c'est tel quartier, j'ai déjà regardé dans tel réseau ça fait 8 mois que j'y suis, ok les prix ça va être ça, le coût de la nourriture ça va être ça, les écoles internationales ou pas, ça va être ça En fait, ça fait que le partenaire, la personne qui part, elle, dans le cadre de son travail, elle, elle y va parce qu'elle est dans un cadre. Mais le partenaire, en tout cas, moi, je me suis toujours tout pris. C'est-à-dire que je me suis toujours organisée pour que ça se passe bien. En tout cas, c'est moi qui suis comme ça, mais que ça se passe bien. Parce qu'il y a des fois où je me suis dit, il va s'en occuper, c'est lui, c'est son entreprise, etc. Mais arrivé sur place, c'était le flou total. Donc je pense qu'il faut... Même si on n'est pas sûr d'y aller, il faut étudier le pays, il faut connaître les réseaux, connaître les différents aspects sociétaux, le réseau des écoles. Il faut déjà avoir une accroche bien avant d'avoir mis les pieds dans le pays.
- Speaker #1
Oui, ça permet de le connaître et ça rassure aussi sur place parce qu'on dit « Ah, ça en effet, j'en ai entendu parler ou je l'ai lu ou je ne sais pas » . Il y a ce côté, comme tu dis, un peu le cadre qui s'est déjà un tout petit peu construit et qui permet de… je pense, de pouvoir commencer cette vie sans être trop perdue.
- Speaker #0
Oui, exactement. Alors, le dernier conseil, donc moi, c'est mon petit conseil, mais c'est à chaque fois qu'on cherchait un logement, après Hong Kong, le deuxième désaménagement à Hong Kong, je me suis toujours mise près d'un centre culturel ou d'une salle de sport, ou de... ouais, pour les enfants. C'est-à-dire qu'ils n'étaient jamais loin d'avoir une piscine à côté ou d'avoir un centre social et culturel, parce que c'était... aussi la porte d'entrée vers les us et coutumes du nouveau pays. Tu arrives là, tu vas à la piscine. Quand tu vas à la piscine en France, tu vois des mamans, des papas qui viennent avec leurs enfants. Et il n'y a pas meilleur moyen de rentrer dans la culture du pays, dans le pays, de comprendre plein de choses que par la salle de sport, les centres de l'Ouest. Mais vraiment. Et je me suis rendue compte que ça facilitait aussi la vie pour les enfants. Et nous, ça nous permettait de connecter un peu plus avec le milieu dans lequel on vivait.
- Speaker #1
C'est une bonne idée aussi en effet. Alors pour finir, est-ce que tu as une ou plusieurs anecdotes du multilinguisme de tes enfants ?
- Speaker #0
J'en avais déjà donné une tout à l'heure en parlant pour Eden, mais c'est sûr que les enfants qui sont multilingues, ils ont un attrait pour les langues. Alors, tout type de langue ! Moi, j'ai eu pas mal de choses marrantes, mais je les écoute souvent parler entre eux. Ça m'amuse que quand je rentre, je dis arrêtez de faire les Américains, les gars, ici. Parce qu'en plus, ils ont vraiment l'accent, tu vois. Il y a deux profs de français à l'école d'Éden, elles ne savaient pas qu'il était français.
- Speaker #1
Ah ouais ?
- Speaker #0
Ouais. Il est arrivé, elles se disent « Ah bah ouais, pour nous, il est canadien. » Même pas québécois, tu vois. Mais euh... Parce qu'ils parlent, quand ils parlent, on ne dirait pas que c'est un français. Moi, je parle avec un accent et puis en plus, j'appuie sur mon accent français pour bien montrer. Je suis peut-être bilingue, mais voilà. Mais en tout cas, eux, quand ils parlent entre eux, j'ai l'impression d'écouter un film. Alors, ils sont là avec leur expression. Puis des fois, je leur dis, ça veut dire quoi ? Ouais, c'est une nouvelle expression. Bref, on dirait qu'ils grandissent vraiment dans un monde anglophone. Et un jour, ils étaient en train de parler de l'usage des mots français dans l'anglais, mais je dirais l'anglais des jeunes. Puis ils disaient, ouais, ils disent wesh en anglais, tu te rends compte ? Ouais, ils nous piquent des trucs et tout, comment ça se fait ? Et moi, je rentre à ce moment-là et je dis, bah, comment ça ils savent dire wesh ? Puis ils disent, bah ouais, ils savent dire wesh. Ça vient d'où ? Et là, on en vient à se dire qu'en fait, le français, il commence aussi à déborder de par la musique, la culture urbaine, etc. Il commence à déborder sur pas mal de choses, par exemple en Angleterre. Où les jeunes, ils aiment bien le milieu hip-hop, tous ces trucs-là. Et ils copient en fait des expressions. Et là, je leur dis, mais est-ce qu'ils utilisent des mots en verlan et tout ? Et ça, c'est marrant parce que autant ils parlent bien français, etc., autant ça leur arrive des fois de... C'est pour ça que je dis plusieurs langues, mais le multilinguisme, c'est aussi plusieurs langues dans ta propre langue. Et autant, par exemple, le verlan, ils ne vont pas l'utiliser. correctement.
- Speaker #1
Donc,
- Speaker #0
à faire le mot orange à l'envers, je dis, ben non, arrête là, ça n'existe pas. Non, ne massacre pas les choses. Mais ça fait que des fois, ils ont une sorte de pigeon, c'est-à-dire qu'ils vont mélanger, ils vont être très à l'aise avec l'anglais, mais pour faire chic, ils vont mettre un mot en plein milieu, comme ça, en français, mais qui fait... Ça fait vraiment chic. Je ne sais pas comment expliquer. Ils vont dire... Et puis, ils vont dire... Oui... Bijoux bathroom. Bijoux. OK. Donc, ça, ça leur arrive. Mais ils ont aussi beaucoup d'attrait pour le mandarin, le chinois. Et ça fait que ça leur arrive aussi d'ajouter des mots chinois. Donc, on se retrouve avec des mots en mandarin. Donc, on se retrouve avec... Si tu n'as pas... grandit avec eux ou dans leur mindset, tu te retrouves en fait avec une sorte de truc où ils disent, mais qu'est-ce qu'ils racontent ? Mais je me suis rendue compte que Eden, avec ses copains maintenant à l'école internationale de Tallinn, il apprend le russe aussi, Eden. À Tallinn, il y a l'estonien, mais il apprend le russe. Il y a beaucoup de familles russes qui ont traversé la frontière au début de la guerre. Puis il y a beaucoup d'Ukrainiens aussi. Et donc, quand ils parlent entre eux, ils se comprennent. C'est-à-dire que... Ils comprennent dans les différents bassins linguistiques qu'ils ont, qu'ils vont switcher de l'anglais, mais qu'ils vont pouvoir intégrer du russe. Même si Eden n'a pas encore ces mécanismes-là, lui, il le fait avec d'autres langues. Donc, ils se comprennent dans la manière dont ils intègrent des mots qui ne sont pas du registre de la langue qu'ils utilisent pour communiquer. Ils vont emprunter un mot en russe, puis ils vont le mettre dans l'anglais. Eden, lui, il va prendre l'anglais, il va emprunter des mots en chinois ou en français, mais ils vont se comprendre entre eux. Et ils apprennent même à se dire, ah et tout, ce mot que tu as utilisé, ah oui, c'est en chinois, machin et tout, oui, en chinois. Je trouve qu'ils sont beaucoup plus ouverts, ils ont cette facilité dans les langues d'emprunt des mots qui est très intéressante.
- Speaker #1
Alors, je te dis merci pour tout ce que tu nous as raconté. On a voyagé avec toi. Je trouve qu'on a découvert plein de choses aux quatre coins du monde. Vous avez vraiment fait tous les continents, ou presque. Il manque l'Australie, pourquoi pas ?
- Speaker #0
Il manque l'Amérique latine !
- Speaker #1
Aussi, il manque l'Amérique latine. Voilà, donc les deux prochains objectifs, peut-être.
- Speaker #0
Merci, merci beaucoup à toi. C'est une très bonne expérience de partager tout ça. Et j'espère que ça va, je ne sais pas, aider ou accompagner des personnes qui veulent partir. qui sont dans leur début.
- Speaker #1
Je n'en doute pas. Si cet épisode vous a inspiré, rassuré ou donné envie d'aller plus loin dans l'aventure du bilinguisme et de l'expatriation en famille, sachez que vous n'êtes pas seul. Sur le site des Franco-Expat et sur les réseaux sociaux, vous pouvez retrouver des cours en ligne spécialement conçus pour les enfants expatriés, des ressources pratiques, des témoignages et une communauté active de familles qui jonglent entre langue, culture et fuseau horaire. Retrouvez tous les épisodes du podcast ainsi que nos contenus dédiés aux familles expatriées sur lesfrancoexpats.com. Pensez à vous abonner, à partager cet épisode autour de vous et à nous laisser un avis. C'est grâce à vous que cette belle aventure continue de grandir. A très vite pour un nouvel épisode et d'ici là, continuons ensemble à faire voyager la langue et la culture francophone aux quatre coins du monde.