Speaker #0Olà Olà chers auditeurs et auditrices de Luso Bribes. Quel plaisir de vous retrouver pour ce nouvel épisode. Aujourd'hui, on va parler de couleurs explosives, de masques et de satire. Aujourd'hui... On plonge dans les racines, la folie et la diversité de ce qu'on appelle ici l'Entrudo. Bon, avant de plonger dans les festivités, je ne me voyais pas commencer cet épisode sans parler de la catastrophe que traverse en ce moment le pays. Comme vous le savez sûrement, ce début d'année 2026 est particulièrement mouvementé côté météo. Des tempêtes et des inondations importantes ont frappé plusieurs régions, notamment le centre du pays et le littoral. Certaines des régions que nous allons évoquer ici sont très durement touchées, comme la région de Lisbonne et de Leiria. Et le cœur n'y est pour une fois... pas à la fête. Si vous souhaitez aider, faire un don, ou si vous cherchez des informations sur les besoins des sinistrés, je vous invite à consulter les sites de la Croix-Rouge portugaise, ou les plateformes municipales, comme celle de la mairie de Torre Vedras, où le célèbre carnaval a dû être annulé cette année. Une décision difficile mais nécessaire, pour ce qui est sans doute le carnaval le plus pur et dur du pays. On leur envoie toutes nos pensées pour qu'ils reviennent encore plus forts l'an prochain. Revenons à notre sujet. Si vous tendez l'oreille, vous n'entendrez pas seulement le mot de carnaval pour évoquer ce qui est presque une saison à part entière de célébration ici. Les portugais parlent comme moi dans l'introduction d'entrudo, un terme qui vient du latin intruitus qui signifie entrer. C'est l'entrée dans le carême, la dernière porte avant la période de privation chez les chrétiens. Comme souvent au Portugal, comme ailleurs d'ailleurs, L'église n'a fait ici que récupérer une fête bien plus ancienne. On retrouve des traces de ces célébrations dès l'Antiquité, avec les Saturnales romaines ou les fêtes en l'honneur de Dionysos en Grèce. Et pour la petite touche culturelle, rappelez-vous que dans les Lusiades de Camoes, Dionysos est cité comme le père mythologique des Portugais. Autant vous dire qu'on rigole pas ici avec les festivités. La première mention officielle du carnaval au Portugal remonte à 1252, sous le règne d'Afonso III. A l'époque, on s'y déguisait déjà pour parodier le pouvoir. C'est cette tradition de la satire qui a survécu à tout, même aux périodes de censure sous la dictature. A l'époque, le carnaval était l'un des rares moments où l'on pouvait, sous le couvert du masque, se moquer des puissants. Aujourd'hui encore, c'est un moment de liberté totale, souvent ferié localement et pour les administrations, où rien n'est trop beau, ni trop posé. Le carnaval portugais, c'est un peu comme le pays. varié et plein de contrastes. Oubliez l'idée d'un modèle unique, chaque région a sa propre langue. Laissez-moi vous emmener avec moi dans un petit tour à travers le pays. Si vous cherchez le glamour et l'influence brésilienne, c'est à Funchal, dans l'archipel de Madère, qu'il faut aller. Le grande cortégeo allegorico, la grande parade allégorique, y est digne de Rio, avec des costumes époustouflants et des performances artistiques. Pour un côté plus humoristique, rendez-vous au Cortéjo Trapalhão, le défilé maladroit, où n'importe qui peut débarquer déguisé en à peu près n'importe quoi. Au sud du Portugal continental, en Algarve, Loulé propose l'un des carnavals les plus anciens du pays. C'est coloré, c'est drôle, et les chars sont de véritables œuvres d'art satiriques sous le soleil de pharaon. À Ovar, près d'Aveiro, on ne plaisante pas non plus avec la fête. Ça dure un mois. L'événement phare, c'est la Farrapada, une bataille générale de chiffons. A Alcobaça, dans le district si durement touché par les tempêtes de l'Erië, on se vante d'avoir le carnaval le plus brésilien du pays. Imaginez de la samba à fond, juste à côté d'un monastère du XIIIe siècle classé à l'UNESCO. Le mélange des genres est absolument génial. Malgré l'annulation annoncée officiellement il y a peu, Impossible de ne pas parler de Torre Vedras ici. A seulement 40 kilomètres de Lisbonne, cette ville accueille l'un des carnavals les plus célèbres et satiriques du Portugal. Citons quelques stars du moment. Les Matrafonas d'abord, des costumes de travestissement. Les Cabeçudos sous douche ensuite, des costumes munis de têtes géantes parodiant des figures publiques qui animent les rues d'humour, d'exagération et de commentaires piquants. Et enfin, les Zé-Pereiras, des groupes de joueurs de tambour. Les festivités comprennent les défilés de jour et de nuit, appelés corsos, des balles, des concerts et l'incontournable carnaval des DJ. L'événement se clôture par l'enterrement du carnaval, une tradition symbolique qui marque la fin des réjouissances dans une ambiance à la fois euphorique et nostalgique. Près de Lisbonne, ces cimbras cultivent une tradition orale unique, les Cagadas. Oui, oui, vos cours de portugais ne vous trompent pas ! Ça vient bien du verbe cagar, soit déféquer, restons polis. Ce sont des performances satiriques masculines, étant étonnés, où l'on chante les déboires politiques de l'année, avec élégance donc. On y retrouve aussi les Matrafonas, évoqués à Torre Vedras. Enfin, pour ceux qui aiment le frisson et l'ancestral, direction le nord-est, à Podence, début mars. Ici, on oublie les paillettes. C'est le royaume des Caretos. Ces personnages aux masques de fer ou de cuir et aux costumes de laine colorée rouge, verte et jaune. Ils courent partout en faisant sonner leurs clochettes, les Chocalhos, pour attaquer les passants, surtout les jeunes filles. C'est sauvage, c'est mystique, c'est classé à l'UNESCO et ça se termine par un immense bûcher. On en avait parlé dans notre épisode sur la sorcellerie de cette saison et je pense que la tradition... y avait totalement sa place. Petit aparté ici, je suis obligée d'arrêter la liste quelque part. Mais des traditions de carnaval, il y en a encore des tas dans tout le Portugal. Vraiment, l'expérience est infinie. Je vous invite à prolonger vos vacances le plus possible. Bon, vous vous en doutez, pour tenir le rythme des défilés et des danses, il faut du carburant. Et traditionnellement, le carnaval est la fête de la viande et plus précisément de sel de porc. Dans le nord, et notamment du côté de Lazarim, autre grande ville de carnaval où les diables cornus sont extrêmement impressionnants dans leurs costumes de paille tressés, on prépare le fameux cozido de carnaval. C'est un ragoût où l'on retrouve toutes les parties du porc. Les oreilles, les pieds, le museau, faut pas faire la fine bouche. Accompagné de légumes d'hiver et de pommes de terre. C'est le plat de partage par excellence, avant que la viande ne soit théoriquement bannie de la table pendant 40 jours. Côté mer, on peut également assister à une drôle de tradition. L'Enterro du Bacalhau, l'enterrement de la morue. Cette drôle de cérémonie a lieu le mercredi des cendres ou le samedi suivant le carnaval. C'est la transition officielle entre la folie de l'entrudo et la rigueur du carême. Imaginez un véritable cortège funéraire dans les rues du village. Mais au lieu d'un cercueil classique, on transporte en grande pompe une morue. Parfois une vraie, parfois une reproduction géante en carton ou en bois. Oui, oui, un vrai enterrement avec tout le teintouin, un officiant et ses petites mains, et même des pleureuses. Le prêtre lit à la foule le testament de la morue, qui est en réalité un long poème satirique, puis on distribue des legs imaginaires aux personnalités locales. Mais que vient faire notre pauvre morue dans cette galère ? C'est assez paradoxal en réalité. Elle est le symbole même de la privation, le poisson du carême, mais on l'enterre comme si elle était la responsable de la fin de la fête. C'est une façon de dire adieu la fête et bonjour la tristesse de la morue quotidienne. A la fin de la procession, la morue est soit brûlée, soit enterrée en terre, parfois même jetée à la mer. Heureusement, avant ça, c'est la fête. Ce qui fait vraiment battre le cœur des gourmands pendant l'entroudou, ce sont les patisseries frites. C'est le moment où les cuisines embaument l'huile chaude et la cannelle. On peut citer Os Filhós, de grandes galettes de pâtes frites souvent parfumées à l'eau de vie, l'aguardente, et aux zestes d'orange, puis généreusement saupoudrées de sucre, les Malassadas, les stars de Madère. Ces boules de pâtes frites, nées de la nécessité d'épuiser les réserves de sucre et de graisse avant le carême, sont souvent nappées de mer de canne, miel de canne à sucre. C'est addictif, vous êtes prévenus. Et enfin, os Sonhos, les fameux rêves, ces petits beignets légers et aériens qui portent si bien leur nom. De quoi vous faire terminer cet épisode avec l'eau à la bouche. Alors récapitulons. Derrière les plumes et les masques de la gourmandise et du partage, les traditions du carnaval au Portugal sont bien plus qu'une simple fête commerciale et uniforme. C'est un héritage complexe, qui lie racines païennes et traditions chrétiennes, le taux saupoudré d'une bonne dose de satire sociale dans un pays souvent bien muselé. De la splendeur tropicale de Madère au rite mystique des Caretos de Podence, L'Entrudo est le moment où le Portugal enlève sa pudeur pour montrer son visage le plus créatif et le plus libre. Et encore, nous n'avons fait ici qu'effleurer la surface, car nombreuses sont les traditions locales qu'il me reste à découvrir. Même si cette année 2026 nous ébranle, l'esprit du carnaval, lui, reste invincible. C'est une célébration de la vie qui continue, coûte que coûte, entre rire et dérision. J'espère que ce voyage dans les coulisses de la fête vous a plu. On se retrouve très bientôt pour un nouvel épisode de l'Usobribe pour continuer à explorer ensemble les mille visages du Portugal. Merci pour votre écoute. N'hésitez pas à me laisser vos commentaires et vos remarques sur votre plateforme de podcast préférée, Facebook ou Insta. A bientôt !