Speaker #0Hola hola chers auditeurs et auditrices de l'usobribe. Bon anonov'on ! J'ai décidé de commencer cette année 2026 avec légèreté, en traitant de la petite histoire cachée derrière la grande. Parce que les pays ne sont pas toujours façonnés seulement par les trajectoires des têtes couronnées et de leurs chutes, parlons aujourd'hui d'un héros populaire. Héros oui... Et pourtant, aujourd'hui je vais vous parler des zones d'ombre et de lumière de celui qu'on surnomme le Robin des bois portugais, Zé du Téléado. Eh oui ! le Portugal aussi a son Robin des Bois, un soldat héroïque, déçu du monde et devenu bandit de grand chemin, volant aux riches et distribuant son butin aux pauvres. Vous vous en doutez, derrière la légende, il y a une vie bien réelle et bien plus nuancée. Va-t-on découvrir une grandeur d'âme immaculée derrière les motivations du personnage ? Rien n'est moins sûr. Néanmoins, la promesse est là. Aujourd'hui, je vous parle d'une vie rocambolesque, faite d'exploits militaires et de trahisons, d'assauts éclairs et de fuites spectaculaires dans les montagnes du Nord. D'une histoire de prison, d'exil et même d'une amitié improbable avec l'un des plus grands noms de la littérature portugaise. Le 22 juin 1818, José Teixeira da Silva, le personnage du jour, naît au sein d'une famille paysanne relativement humble de la région de Penafiel, dans la ville de Teliado, qui lui donnera plus tard son surnom. A 14 ans, il part vivre chez un de ses oncles qui le forme au métier de dresseur et de castrateur d'animaux. Chouette ! Il y tombe rapidement amoureux de sa cousine, Anna de Campuch. Son oncle, méprisant, leur refuse le mariage. C'est avec la volonté de gagner son approbation que José part pour Lisbonne et entame la prochaine étape de sa vie qui sera décisive. Voulant s'élever socialement et mériter la main de sa cousine, il s'engage dans l'armée. Il y trouve une carrière et une évolution sociale certaines. Il devient sergent et est décoré pour ses faits d'armes. A 27 ans, auréolé de ce nouveau succès, il épouse enfin Anna avec qui il aura 5 enfants. Malheureusement pour lui, sa félicité sera de courte durée. Il s'engage en effet du mauvais côté de ce qui prendra le nom des guerres coloniales. Un conflit fratricide opposant Don Miguel, absolutiste, à Don Pedro IV, réformateur et libéral. Un épisode qui a largement marqué ma ville d'adoption, Porto, à qui il a offert le surnom de « Ville Invaincue » et sur lequel nous reviendrons si cela vous intéresse dans un prochain épisode. En tout cas, pour notre Zé, c'est la débandade. La défaite des absolutistes l'oblige à l'exil en Espagne. Il en revient en 1846 dans ce qu'il espère être un revirement durable. Il est en effet décoré de l'ordre de la tour et de l'épée pour avoir sauvé la vie du vicomte Sad Bandeira. son tempérament enflammé ne le préservera pas longtemps de choix dommageables à sa carrière. Profondément opposé aux évolutions modernistes du pays, il finit par s'engager la même année contre le gouvernement du premier ministre Costa Cabral et devient l'un des meneurs de ce qu'on appellera la révolution Maria da Fonte ou révolte du Mignot. Il s'y oppose à de nouvelles réformes, notamment jugées anticléricales. Là encore, et ce malgré l'impact considérable de ces révoltes sur la société portugaise, Elles feront chuter le gouvernement, Zé se retrouve disgracié et criblé de dettes fiscales. Il est expulsé définitivement des forces armées. C'est dans le creuset de ses échecs et humiliations successives que naît le personnage de légende et que s'effectue la bascule de José Teixeira de Silva à Zé Duteliado. Austracisé, révolté, amer et ruiné, il ne se résout pas à retourner à une vie de paysan impropre à nourrir efficacement sa famille. Fort d'un indéniable charisme, dans un pays déchiré où son profil est loin d'être isolé, il ne tarde pas à rassembler d'autres déçus des derniers conflits. Petit à petit, c'est un véritable groupe de bandits qui se constituent, efficaces et menés d'une main de maître par leur chef, formé au génie militaire. C'est un véritable phénomène observable dans tout le pays à cette époque, mais ce groupe se distingue par son incroyable efficacité. José met en place un code moral, et une organisation stricte permettant un partage équilibré des butins et garantissant une loyauté sans faille. Rapidement, ils se font une réputation, commettant de nombreux vols dans tout le nord du pays. Mais attention, et c'est ici que réside tout le sel du personnage. Dans ces campagnes où les cibles faciles ne manquent pas, la bande de Zé d'Otéléado ne s'attaque qu'aux très riches. Voitures luxueuses et maisons cossues sont les victimes de choix de ce grand déçu des élites. Stratège, il partage ensuite une partie de son butin avec les fermiers pauvres du Nord, qui lui offrent de nombreux points de repli, comme une forme de reconnaissance. Attention, pas de charité ici. On est plutôt sur une sorte de principe de protection mafieuse inversée. Une part du butin contre un coin de grange permettant d'échapper aux autorités. Un fonctionnement diablement efficace. Pendant des années, Zé Douteliado et sa bande commettent d'innombrables vols dans une impunité totale et sa réputation ne fait que grandir. Quand un repli de longue durée devient nécessaire, ils trouvent refuge dans les montagnes de Maraon, un terrain difficile d'accès qu'ils connaissent comme sa poche. Certains textes... évoquent aussi un court exil au Brésil en 1849, avant reprise de ses activités. Pourtant, après 7 ans de cavale et de trésors amassés, Zé sent le filet se resserrer. Les autorités perdent patience et mettent de gros moyens au service de sa capture. Le maintien de la bande demande également une poigne de fer et chaque année rend l'équilibre plus précaire. Il va donc tenter une nouvelle fuite vers le Brésil. Un pari cette fois trop risqué puisqu'il est capturé en mars 1859 et emprisonné dans la prison de Porto. Et c'est entre ces murs que va se nouer la relation la plus improbable de cette histoire. Il y fait en effet la rencontre de Camilo Castero Branco, écrivain et grand représentant du courant romantique. Ce dernier est détenu pour adultère, le mari de son amante de longue date, l'écrivaine Ana Placido, ayant définitivement perdu patience devant l'affront. Camilo ne perd pas de temps durant sa détention. puisqu'il y écrit son œuvre la plus connue, Amor de perdissant, l'amour de la perdition, en seulement 15 jours selon la légende. C'est dans ce contexte carcéral et créatif qu'il croise la route du déjà célèbre Zé d'Uteliado. Autant vous dire que le potentiel romanesque du personnage est loin d'échapper à l'auteur. Nait entre les deux hommes une amitié aussi improbable que solide. Castello Branco renforcera significativement la légende de Zé d'Uteliado en lui dédiant un long chapitre dans ses mémoires de prison. De son portrait naissent certains pans de la légende aujourd'hui difficiles à vérifier. Le père de José aurait par exemple lui aussi pratiqué le banditisme héroïque, s'opposant à sa manière aux invasions françaises des troupes napoléoniennes. Une généalogie plaçant notre héros dans une véritable lignée romanesque, sûrement plus vendeuse que celle de fils de paysan. Le portrait est élogieux. Zé Douteliado est dépeint comme un héros généreux et sauveur du petit peuple, symbole des injustices du siècle. Sa ruine, l'ayant menée à devenir un hors-la-loi, serait la conséquence d'une générosité sans borne. La consolidation de la légende est là. Au-delà de la fascination, le véritable nœud de cette amitié, c'est celui qu'on retrouve bien souvent dans le contexte carcéral. C'est avant tout une histoire de protection et de reconnaissance. Cachetel Oblenco est inquiet. L'oncle de son amante, qui a participé activement à sa condamnation, est susceptible de payer d'autres détenus pour l'assassiner, éliminant définitivement cet amant gênant du paysage familial. Zedou Teliado lui propose de se servir de son aura et de sa réputation pour lui offrir sa protection le temps de son incarcération. Pour le remercier, l'écrivain lui offre le soutien de son avocat, hors de prix pour le bandit, maître Marcelino de Matos. Ce dernier le sauvera de la potence après moult rebondissements judiciaires. Zé sera bien condamné pour de multiples vols et même des homicides, mais à l'exil. En 1853, il part pour une condamnation de 15 ans vers ce qu'on appelle encore à l'époque l'Afrique occidentale portugaise, aujourd'hui l'Angola. Il y combattra du côté des autorités cette fois les autochtones résistant encore à l'invasion portugaise. Loin d'eux vivre une vie de bagne et sans grande préoccupation pour ses enfants, partis vivre au Brésil après la mort de leur mère, il se construira une vie d'aisance financière et même une nouvelle famille. Il bâtira tout un commerce de cire et d'ivoire, le mettant pleinement à l'abri du besoin jusqu'à sa mort, à l'âge de 57 ans, de la variole. Une fin qui écorne légèrement la figure du héros proche du peuple, si vous voulez mon avis. Alors récapitulons. Derrière le surnom de Robin des Bois Portugais, il n'y a pas un héros immaculé. mais un homme pris dans les turbulences du Portugal du XIXe siècle. Soldat décoré, révolté politique puis bandit de grand chemin, Zedou Teliado aura passé sa vie à naviguer entre injustice subie et injustice commise, guidée par un caractère tumultueux. Sa légende de voleur généreux volant aux riches pour aider les pauvres cache surtout un système très calculé de survie, de dette et de loyauté. Sans sa rencontre en prison avec Camilo Castelo Branco, peut-être n'aurait-il pas traversé les siècles comme une telle figure romanesque. La littérature polie ses angles, amplifie la générosité et fixe une image dans l'imaginaire des peuples. Son personnage perdurera, devenant le héros d'un long métrage en 1945, presque 100 ans, après son emprisonnement dans un Portugal à jamais transformé. Dans ce drame d'aventure d'Armando de Miranda, on évoque sa vie légendaire. Bon résumé pour ce personnage qui résidera pour toujours entre fiction et réalité dans la mémoire collective. J'espère que ce voyage dans les coulisses de la légende vous a plu. On se retrouve très bientôt pour un nouvel épisode de l'Usobrib pour continuer à explorer ensemble les mille visages du Portugal. Merci pour votre écoute ! N'hésitez pas à me laisser vos commentaires et vos remarques sur votre plateforme de podcast préférée, Facebook ou Insta. À bientôt !