Speaker #0Hola hola, chers auditeurs et auditrices de l'Usobrib. Tout d'où ben ? Ce mois-ci, petit épisode pour une petite énergie. Mais j'espère tout de même vous plaire avec un sujet qui reste dans la continuité des derniers épisodes, les traditions portugaises. Nous en avons déjà évoqué certaines ensemble. Les caretoches, ces diables rouges de carnaval, les azulejos, le filigrane de Viana, les fameux pavages noirs et blancs qui rythment nos promenades urbaines. Aujourd'hui... Alors que nous sommes toutes et tous en train de boucler nos derniers derniers achats de Noël, j'avais envie de vous parler encore d'artisanat, en en choisissant trois originaires du Nord et du centre du Portugal. De ces petites choses qu'on croise parfois sans savoir dans les marchés festifs qui pullulent en ce moment dans les villes et les villages, et dont on ignore souvent la grande histoire cachée. C'est parti pour ce dernier épisode de 2025 ! Pour commencer, revenons à Viana do Castelo, ville que nous avons longuement évoquée le mois dernier. Pour mettre en valeur les parures en filigrane, rien de plus beau que les tenues traditionnelles à la mode du Minho. Cette région est particulièrement connue pour ses vêtements colorés et ornés de broderie qu'on croise encore à chaque jour de fête. On leur donne plusieurs noms, costumes à la mode de Viana, à la mode du Minho ou costumes de lavandière. Traditionnellement, il est composé comme suit. Une chemise blanche, à manches longues, bouffantes et souvent brodées aux épaules, une longue jupe, un tablier froncé, un gilet court, un foulard à franges noué sur la poitrine et serré à l'arrière au niveau de la ceinture, et un autre foulard, croisé cette fois sur la nuque et noué en haut de la tête. La fameuse Revue Nationale Géographique lui dédiera en 1927 un long article partiellement erroné. Oups ! Nous le savons aujourd'hui grâce au travail de l'ethnologue Claudio Basto, qui a travaillé sur ce bijou de culture populaire dans les années 30. Il en a catégorisé toutes les variantes, et elles sont nombreuses, évoluant de village en village. Le plus classique se retrouve encore aujourd'hui à Viana do Castelo. Jusque dans les années 70, c'était la parure obligée des carnavals du nord du pays, transmise de génération en génération. Il s'agissait d'un vêtement de fête, orné extrêmement finement un trésor pour chaque famille. On le considère aujourd'hui comme un symbole vestimentaire du Portugal tout entier. Le foulard à franges, notamment, est un trésor national qu'on retrouve à chaque concert de fado. Quittons les côtes du Mignot et rendons-nous maintenant plus au centre, à l'intérieur des terres. J'aimerais vous parler à présent des brodeurs de Cachetero Branco. Car oui, si dans l'imaginaire collectif, la broderie est souvent associée à une activité pratiquée par les femmes pour passer le temps, ici, nous sommes loin de cette image d'épinal. A Cachetero Branco se trouvaient des ateliers renommés de brodeurs, où des artisans travaillaient d'arrache-pied pour réaliser des accessoires et des parures à la noblesse et aux clergés. On parle ici d'un métier extrêmement structuré, avec des maîtres et des apprentis. C'est seulement à partir de la Renaissance qu'on commence à associer la broderie à une activité impropre aux hommes. Se répand alors un idéal très rigide. Aux femmes, la gestion du foyer, des enfants et de la broderie. Aux hommes, le devoir de quitter la maison pour effectuer des travaux en extérieur. Un archétype qui, pour autant, se retrouvera rarement appliqué en réalité. La demande en broderie fine ne cessant d'augmenter, les ateliers de broderie continuèrent à prospérer, mais devinrent exclusivement féminins. Au XVIIIe siècle, dans la région de Bérabâche, se développera un type bien particulier de broderie, faite de fils de soie sur du tissu de lin fin. Contrairement aux usages habituels, limitant la broderie à des petites pièces quotidiennes, on fabriquait ici de somptueux et imposants pans de tissu. Tels les tapisseries qu'on peut retrouver dans de nombreuses régions de France, Ces œuvres d'art servaient ensuite à décorer les murs des plus beaux palais du pays. Jardins en fleurs, animaux exotiques, dames et chevaliers ornaient ces tissus qui exigeaient un immense savoir-faire et des jours de travail pour de nombreuses ouvrières. Ils faisaient parfois partie du trousseau des jeunes mariés des plus grandes maisons. Tombé dans l'oubli par la suite avant d'être redécouvert en 1920, on appellera ce savoir-faire particulier la broderie de Cachet-le-Blancou. Dans les années 30, l'autorité politique locale relancera cet artisanat d'exception dans la région en créant des ateliers-écoles pour transmettre à nouveau ce savoir presque oublié. L'occasion de donner du travail aux filles des familles pauvres de l'intérieur dans cette période noire pour le Portugal rural. Un motif récurrent de ces larges couvertures brodées sera comme une promesse de temps plus léger. Je parle de celui de l'œillet ouvert, fleur qui deviendra le symbole de la Révolution, 4 décennies plus tard. Plus qu'un artisanat régional, la broderie s'étendra bien au-delà du centre du pays et même du Portugal continental. En effet, au XXe siècle, c'est à Madère que l'on retrouvait alors le fleuron de ce qui était une véritable industrie. Dans les années 50, on y trouvait environ 100 ateliers pour 2000 ouvrières. Pour terminer, repartons plus au nord pour évoquer un autre artisanat mystérieux, que j'aurais très bien pu évoquer dans notre épisode d'octobre sur la sorcellerie au Portugal. tant il est relié au passé païen du pays. Je veux vous parler ici de celles que l'on appelle les figurines de Barcelos. Nous en avons évoqué un des motifs le mois dernier, à travers la légende de son fameux coq, dont on retrouve la statuette un peu partout au Portugal. Parfois boudées dans les maisons catholiques, les figurines de Barcelos sont aujourd'hui mises en avant dans les intérieurs chics comme de véritables œuvres d'art populaire. Comme beaucoup de jouets de ce temps reculés, où le plastique n'avait pas encore envahi nos vies, les figurines dont il est question ici sont faites d'argile. Ces jouets, qu'on retrouvait alors dans toutes les foires du pays, avaient leur classique. Maria Alice, par exemple, était une figurine de jeune fille jouant du violon, assise sur une chaise. On retrouvait également tous les classiques qu'on retrouve aujourd'hui en magasin de jouets. Toute la dinette et les outils de la maison, mais également une farandole d'animaux miniatures. Équipée d'un sifflet, Ils servaient autant d'appos pour imiter les oiseaux que d'instruments terribles pour effrayer les aînés au détour d'un muret. Tout cela était l'œuvre des marionnettistes marchands de jouets de Barcelone. Et attention, ce n'était pas leurs seules œuvres. Ces artisans réalisaient également d'autres figurines archétypales évoquant les époques. Caricature du voyageur anglais en terre lusophone, une dame élégante à dos d'âne, un odieux et grimaçant ingénieur des routes, symbole d'une modernisation forcée des campagnes. Il produisait également des figures plus inquiétantes et mystérieuses, de fort mauvaise réputation. Des chimères, mi-homme, mi-animal, des monstres grotesques ou anthropomorphes. Tout ceci fut étudié au XIXe siècle par l'ethnographe Ausha Peixoto, scandalisé de ce paganisme en plein air de la science et de la rationalité. Il voyait dans ces traditions les vestiges d'un certain barbarisme dans les villages reculés de l'intérieur. Il fallut attendre le XXe siècle pour voir ressurgir un intérêt des milieux intellectuels et bourgeois pour cet artisanat. Dans les années 50 notamment, les étudiants des écoles d'art, inspirés par des artistes comme Chagall ou Picasso, s'extasiaient devant la créativité de cet artisanat étonnant. C'est à cette époque et sous leurs encouragements que les artisans et artisanes commencèrent à signer leurs œuvres comme Rosa Romaglio. Un grand pas en avant. pour cette créatrice virtuose complètement en dehors des circuits de l'art classique. Ne sachant ni lire ni écrire comme une écrasante majorité de ses voisins, Rosa signait fièrement de ses initiales R.R. Aujourd'hui, les collectionneurs tentent définitivement à donner tort à ce snob de Peixoto, rendant leur titre de noblesse à ses vestiges des traditions et des croyances ancestrales du Portugal. De mépriser et accuser d'être des œuvres blasphématoires, Ces figurines sont devenues de véritables objets de vénération esthétique, faisant des cadeaux de choix pour les visiteurs fortunés. Il faut dire que dans un monde où l'uniformisation est de mise, ces étranges objets incarnent tout un monde d'authenticité. N'étant plus considérés comme des jouets, mais comme de véritables œuvres, les figurines ont peu à peu perdu leur fameux sifflet. Bien sûr, la logique marchande ne loupant pas une occasion de s'emparer d'un engouement, le cadeau d'exception est petit à petit devenu... un souvenir, qu'on fabrique parfois en masse pour les boutiques pullulant dans les villes. Comme toujours, ces objets ne sont alors que le pâle reflet des créations originelles, modelées à la main, qu'on retrouve encore aujourd'hui à Barcelone. Alors récapitulons. Des fils d'or et de patience, de l'argile façonnée de traditions anciennes, des couches de vêtements savamment superposées par des générations. Bien plus que des savoir-faire, ces artisanats parlent de l'âme profonde d'un pays qui continue, par touche, à résister à une modernité qui vaudrait le lycée. Ce sont autant d'histoires de transmission, de la main à la main, de siècle en siècle. Des costumes du mignon aux broderies de Castelo Branco jusqu'aux figurines de Barcelouche, ces trésors racontent les joies, les luttes et les croyances d'un peuple qui a toujours su transformer le quotidien en art. Dans un monde où tout va vite et où tout se ressemble, ces traditions rappellent la beauté du temps long, du geste répété mille fois, de la création enracinée. J'espère que ce nouveau voyage à la rencontre du Portugal vous a plu. Peut-être regarderez-vous différemment les étals des marchés traditionnels à présent. ou cette étrange décoration sur l'étagère de vos grands-parents. On se retrouve très bientôt pour un nouvel épisode de Lusobrib pour continuer à explorer ensemble les mille visages du Portugal. Merci pour votre écoute. N'hésitez pas à me laisser vos commentaires et vos remarques sur votre plateforme de podcast préférée, Facebook ou Insta. A bientôt !