- Speaker #0
Ils sont managers, parfois par vocation, parfois par hasard, mais toujours ils ont décidé de faire bouger les lignes. Ils osent dire, écouter, transformer. Pas de recettes miracles, mais des échecs, des fulgurances, du courage et des outils qui changent la donne. Bienvenue dans Manager Inspirant, le podcast de celles et ceux qui mettent l'humain au cœur de la performance. Je suis Aline Valentin, j'ai passé 25 ans dans des postes de direction internationale dans le secteur du luxe, à piloter des transformations stratégiques. Mon moteur a toujours été de construire des collectifs multiculturels engagés au service d'une performance durable. J'ai vu ce que le pouvoir peut faire. mais également des fers. Aujourd'hui, je donne la parole à celles et ceux qui, en entreprise, ont le choix d'un management plus humain, plus exigeant, plus inspirant. Dans chaque épisode de Manager Inspirant, je vous propose une conversation honnête, profonde et concrète avec un dirigeant, un manager ou un expert RH. Parce que le courage, ça s'apprend. Et l'inspiration, ça se partage. Manager Inspirant, c'est le podcast de celles et ceux qui veulent conjuguer performance et épanouissement.
- Speaker #1
À écouter sur toutes les plateformes. Abonnez-vous et surtout, inspirez !
- Speaker #0
Il y a des dirigeants qui font avancer leur entreprise et d'autres qui font avancer le monde. Jean-François Rial fait partie de cela. Aujourd'hui, dans Manager Inspirant, je reçois un homme qui incarne ce que j'appelle un leadership éclairé, à la fois lucide... engagé et profondément humain. C'est l'histoire d'un financier devenu voyageur, d'un entrepreneur devenu militant, d'un patron devenu serviteur du bien commun. À la tête de Voyageurs du Monde, il a bâti une gouvernance collégiale inédite, fait du refactorio un lieu d'hospitalité universel et prouvé qu'on pouvait conjuguer exigence économique, responsabilité sociale et engagement écologique. Avec vous, Jean-François, nous allons parler du sens du voyage. de la gouvernance à plusieurs, du soin apporté aux autres, et de cette conviction que tout dirigeant devrait peut-être garder en tête. On ne dirige pas une entreprise, on en prend soin. Bonjour Jean-François et bienvenue dans Manager Inspirant.
- Speaker #1
Bonjour.
- Speaker #0
Je suis vraiment ravie de vous recevoir parce que votre parcours, qui est à la croisée du business, de l'éthique et du vivant, incarne exactement cette nouvelle façon de penser le management. Lucide, incarné et résolument tourné vers le sens. Et quand on regarde votre parcours, de la finance à la géographie, du chiffre à l'humain, on a le sentiment que vous avez passé votre vie à relier des mondes qui souvent s'opposaient. Donc moi, ce que j'aimerais d'abord comprendre avec vous, c'est comment ce fil s'est construit chez vous et est-ce que surtout c'est une cohérence ou une boussole que vous y avez déjà très jeune, qui peut-être vous ont été inculquées par votre éducation, par votre plus jeune enfance ?
- Speaker #1
En fait, je ne sais pas trop parce que pour moi... Relier des mondes qui semblent opposés est assez naturel. J'aurais adoré, par exemple, être un homme comme ceux du XIXe ou XVIIIe siècle, je ne sais plus à l'époque quand c'était, où il y avait ces gens qui étaient à la fois des philosophes et des mathématiciens. Je trouve ça absolument génial. Je n'ai malheureusement pas le talent de ces grands savants qui étaient polymorphes. Mais moi, j'ai toujours adoré la philosophie, les mathématiques et l'histoire géographique.
- Speaker #0
Oui, donc dans l'esprit des Lumières, ce que vous disiez un peu.
- Speaker #1
Voilà, mais moi, c'était mes passions depuis que je suis enfant. J'ai eu des parents professeurs, très érudits, mais je n'ai pas, par exemple, une très grande sensibilité à l'écriture et au français. Vous voyez, je ne suis pas très bon en langue étrangère. C'est que très récemment, à 62 ans, que j'ai commencé à me rendre compte que finalement, je n'étais peut-être pas si mauvais que ça. que je parle enfin couramment l'anglais, au bout de 40 ans il est très temps, et que j'apprends le grec moderne et que ça me fascine. Mais je n'ai pas eu de volonté de relier ça. Ça a toujours été naturel chez moi, vous voyez. Par exemple, je pense que le truc le plus important que j'ai réussi à Voyageurs du Monde, c'est de relier une vision très poétique, sensible, spirituelle, de la façon de faire de bien voyager et en même temps d'avoir mis en place une entreprise dont certaines des règles sont très mathématiques. Ces deux mondes ne s'opposent pas pour moi.
- Speaker #0
Non, et à nouveau, il y a une approche très holistique finalement dans la façon dont vous allez percevoir la façon dont ça fonctionne chez Voyageurs du Monde.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. C'est-à-dire que... Être un artiste et être politique, ce n'est pas incompatible avec être extrêmement rationnel.
- Speaker #0
Vous êtes l'anti-Case, ce qui est un modèle un peu français d'avoir une définition assez... Oui, oui,
- Speaker #1
oui, tout à fait. Je pense d'ailleurs que ça a été une de nos forces, c'est-à-dire d'avoir des visions apparemment incompatibles, mais au contraire très, très, très fortes en termes de synergie.
- Speaker #0
D'ailleurs, c'est amusant parce que là, on est en train de faire cette interview dans votre bureau, qui est donc 55 Roussain-Tannes, au siège de Voyageurs du Monde. Et je dois vous dire que je n'étais pas venue depuis très, très longtemps. Et en fait, quand on arrive au siège de Voyageurs du Monde, j'ai failli demander si je pouvais laisser ma valise pour un check-in. C'est-à-dire que ce sont des bureaux, vous accueillez évidemment des clients. Mais quand on arrive, le côté, déjà l'architecture qui est très accueillante, on est presque quand même dans un appartement. Il y a un espace pour lire, une bibliothèque, etc. Donc, on est déjà plongé dans un voyage.
- Speaker #1
Et même dans mon bureau. Vous avez vu, je n'ai pas un bureau de PDG classique. Non, non, c'est bien.
- Speaker #0
J'ai un petit cheminée,
- Speaker #1
des objets personnels, un petit canapé. On est comme dans un appartement. D'ailleurs, moi, je viens dans mon bureau comme je suis chez moi. C'est-à-dire que j'ai voulu faire quelque chose qui nous ressemble. Pour moi, il n'y a rien de pire qu'un open space avec des... collaborateurs qui ont des téléphones sur leurs oreilles, c'est épouvantable. D'ailleurs, l'agence qui emploie à peu près 70% de nos effectifs, 70% de nos 2000 collaborateurs sont des conseillers de vente, elle est toujours là pour être un lieu inspirant, très agréable pour eux, même si aujourd'hui, il n'y a que 10 ou 15% du business qui se fait dans nos agences. Tout se fait à distance, en vidéo, au téléphone, etc. Mais nos bureaux... ou notre agence sont là pour être des lieux inspirants pour nos propres collaborateurs qui se sentent bien. Du coup, ils se rendent bien avec nos clients.
- Speaker #0
Non, mais ça se perçoit dès qu'on met un pied dans vos bureaux et même au niveau du sens de l'accueil. Pour ceux qui ont eu la chance de partir avec Voyageurs du Monde, je répète, le voyage commence dès la première heure. Oui,
- Speaker #1
oui. Puis le lieu est très beau et le beau, c'est une des valeurs clés de Voyageurs du Monde. Parce qu'en fait, elle est l'incarnation de la vérité. Le beau, c'est la vérité. Et la vérité, c'est les émotions et c'est vrai. Et donc, vous allez réussir un voyage et à comprendre le pays dans lequel vous allez si vous avez des expériences intimes. Si vous êtes dans un bus à 50 pour aller visiter le spot touristique local, ça prend un immense intérêt. Vous n'allez pas vivre grand-chose. Vous n'allez pas ressentir grand-chose.
- Speaker #0
Et justement, en parlant d'expérience, je vous ai entendu souvent parler d'un voyage en Chine à 18 ans, qui pour vous a été fondateur. Est-ce que vous pourriez un peu nous expliquer pourquoi, ce que ça a fait résonner chez vous, ce que ça a ouvert chez vous et pourquoi c'était si important ce voyage-là en particulier ?
- Speaker #1
En réalité, j'ai eu trois voyages fondateurs, pas que celui-ci. J'en ai eu un en URSS, quand j'avais 15 ans.
- Speaker #0
Ah oui, donc encore avant son...
- Speaker #1
15 ans en URSS. Sous Brejnev. J'en ai eu en Chine à 20 ans sous Deng Xiaoping. Et puis un beaucoup plus tard dans le Sahara, quand j'avais 30 ans. C'est là que j'ai changé de vie. Et en fait, ces trois voyages, ils avaient des caractéristiques communes. On était en dehors des sentiers battus. Il y avait très peu de gens qui faisaient ce genre. Par exemple, la Chine, c'était la première année où le... voyage en individuel en dehors des groupes était autorisé. C'est très intéressant parce que le concept clé de Voyageurs du Monde, c'est le voyage individuel sur mesure. Et comme par hasard, en 1983, quand je pars en Chine, c'est la première année où c'est ouvert au tourisme individuel et on ne voyage plus en groupe. Et qui dit tourisme individuel, dit tourisme beaucoup plus intime, évidemment. Parce que dès que vous êtes en groupe, vous perdez beaucoup de choses. Ces voyages, ils ont été inspirants pour moi parce qu'ils étaient les trois... D'abord, ils m'apprenaient beaucoup de choses. J'ai appris énormément de choses. Quand vous voyagez en URSS ou Brejnev, pour un accidental, c'est quand même spécial. Et puis la propagande, tous azimuts, des autorités soviétiques. Puis en plus, on est allé en Biélorussie, on est allé en Ukraine. Moi, j'ai trouvé ce voyage fascinant et avec un regard très critique, bien sûr, mais passionnant, passionnant. Et à chaque fois qu'on rencontrait un soviétique, quel qu'il soit, qu'il soit russe, biélorusse, kazakh, ouzbek... toutes ces minorités. Moi, ce qui m'a marqué, j'ai eu la même chose en Chine en 1983, c'est que chaque fois que je parlais avec un Russe, ou un Soviétique à l'époque, ou un Chinois, cinq ans plus tard, eh bien, tous ces gens n'auraient vécu d'une chose, c'est qu'on les ramène en Occident. Tous. Donc, moi, le baratin que j'entends sans arrêt, comme quoi les droits de l'homme et la liberté ne sont pas des droits universels, mais occidentaux. Ça me fait sacrément marrer. En fait, c'est un discours qui rend ceux qui l'étiennent. Mais les Chinois, tous les Chinois que j'ai pu rencontrer à cette époque-là, et pourtant à l'époque de Deng Xiaoping, ce n'était pas le pire moment de la dictature chinoise, on la s'en fout, qu'ils soient étudiants, qu'ils soient vendeurs de pommes, qu'ils soient teneurs d'hôtels, parce qu'on était allés partout, on était en individuel, et bien dès qu'on sympathisait avec eux, ils nous disaient, essayez de nous emmener, Voilà. Le Sahara, je rajouterais que le Sahara m'a donné une dimension spirituelle au voyage, une dimension du beau, une dimension de l'intime. Et tout ça réuni m'a fait penser que c'était un métier fantastique, quoi. C'est-à-dire que donner l'envie aux autres et permettre aux autres de mieux comprendre toutes les cultures du monde entier. C'est magnifique. Pour moi, il n'y a rien de plus beau. Le grand danger que j'ai eu en faisant ça, c'était de mélanger une passion personnelle avec mon job. Parce que si vous vous plantez dans votre job, vous tuez votre passion. Donc c'est double risque. Par contre, quand vous réussissez, alors là c'est fantastique. Mais bon, je suis passé, je suis allé du bon côté de la barrière. On a réussi, mais on a failli ne pas réussir. Ça a été très difficile.
- Speaker #0
Toute cette découverte finalement de l'altérité, d'autres mondes. cette conscience que vous aviez de vivre quelque chose d'exceptionnel, de précurseur, évidemment, j'imagine, ça vous a porté dans la façon après dont vous avez voulu accompagner et mener Voyageurs du Monde.
- Speaker #1
C'est-à-dire qu'en fait, si vous voulez, on a repris Voyageurs du Monde, qui à l'époque était une agence beaucoup plus petite, mais qui avait quand même des fondamentaux comme la vente directe, avec des spécialistes pays, cette magnifique agence de la rue Sainte-Inde que vous avez aimée exister déjà. Mais ce que j'ai vendu à mes associés à l'époque, c'était on met tout sur le voyage individuel sans mesure. C'est-à-dire qu'à l'époque, on vendait des groupes, des circuits, des voyages en groupe. Tout le marché faisait ça. Et moi, je considérais que ce n'était pas ça l'avenir. Que l'avenir, c'était l'intimité, donc le voyage individuel. Et on a fait all-in, comme on dit au poker. On a tout mis là-dessus. Et on a été précurseur. On a une croissance folle parce que c'est des... Le voyage avait de la croissance, mais la façon de voyager dont on nous proposait était la façon qui prenait des parts de marché aux autres façons de voyager. Et donc, on a eu le double bonus. Mais effectivement, ces trois voyages m'ont poussé et m'ont construit dans cette idée qu'il fallait faire du voyage individuel parce qu'en URSS, je n'ai pas pu faire du voyage individuel. Et ça m'a saoulé, mais grave. Et j'étais avec des communistes, parce que c'était des voyages de communistes, qui étaient organisés, évidemment. Et moi, j'étais l'électron libre là-dedans, et je criais contre les participants, contre les guides, contre l'organisation. Et je filais avec ma mère dans des boutiques interdites aux touristes étrangers. Je filais dans des quartiers interdits aux touristes étrangers. Et j'avais envie de cette liberté pour comprendre ce pays. Pareil, d'ailleurs, à Minsk ou à Kiev, on a fait des trucs qui étaient soi-disant pas autorisés. En Chine, cinq ans plus tard, ok, tourisme individuel autorisé, mais une énorme partie de la Chine interdite aux touristes. On est allé dans des régions qui n'étaient pas autorisées. Et quand on s'est fait prendre par les autorités, on était juste renvoyé dans la région d'avant pour pouvoir revenir dans les zones autorisées. Mais le tourisme à l'époque en Chine, c'était des groupes. Et donc, vous y rajoutez le dernier voyage qui est le Sahara, où tout le monde également voyageait en Europe. Nous, on est parti avec notre 4x4 de Paris. Paris-Marseille, Marseille-Bateau, Marseille-Alger, Alger-Tamama-A7, en individuel, avec des boussoles, des sextants, des cartes, et tout seul en individuel, pendant que tout le monde faisait ça en groupe. On a fait un voyage fantastique. On est partis un mois à trois copains. Et bien moi, ça m'a formé à l'idée que lorsqu'on voyageait, il ne fallait pas voyager en groupe. Surtout pas. Parce que si on voulait avoir des rencontres très fortes, très intimes, et ce que j'avais vécu en Chine, malgré le fait qu'il n'y avait pas une seule personne qui parlait anglais. Et ça, si vous voulez, quand vous êtes dans la difficulté, dans un pays, vous apprenez le pays beaucoup plus vite.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
Vous me comprenez. Et puis, ça m'a vraiment donné cette espèce de sentiment qui, donc, 15 ans plus tard... Il faudra que lorsque je viens avec mes amis reprendre Voyageurs du Monde, je leur dis, on est tous sur le voyage individuel. C'est ça qu'il faut faire.
- Speaker #0
Et alors, comment est-ce que vous avez embarqué les équipes ? Parce qu'il y avait un changement dont vous aviez proposé les voyages. C'est du collectif à l'individuel, mais il y avait aussi justement cet accompagnement qui est ultra personnalisé chez Voyageurs du Monde. Comment vous avez lancé un peu cette épopée-là au niveau du management avec les équipes ? Comment vous les avez embarquées avec vous ?
- Speaker #1
Je n'ai pas tellement eu de mal. parce que d'abord, ils adoraient le fondateur de Voyageurs du Monde qui était un mec génial qui s'appelle Claude Solière. Mais en même temps, ils ne le supportaient plus parce qu'il avait des comportements un peu dictatoriaux de maoïste. Vous voyez, c'est une espèce d'entrepreneur 68 arts maoïste. Donc, en réalité, c'est des entrepreneurs qui sont soi-disant très partageurs, mais en même temps très dictatoriaux, comme l'est souvent l'ultra-gauche. Bon,
- Speaker #0
donc...
- Speaker #1
Donc ? Claude, paix à son âme, ce qu'il est mort il n'y a pas très longtemps, c'était un mec fantastique et génial, était un peu en conflit avec ses salariés qui pour autant l'adoraient. Donc quand moi je suis arrivé, j'étais un peu le messie quoi. Parce que je les écoutais, je les écoutais. La première chose que j'ai faite c'est de les recevoir tous une demi-heure dans mon bureau. Ils étaient 25 ou 30 à l'époque, pas beaucoup, aujourd'hui on est 2000. J'ai tous reçu. Et je me suis rendu compte qu'ils se plaignaient de ne pas avoir de fax. Ils avaient un fax pour tous. Ils faisaient la queue. Les faxes, c'était le moyen de communiquer avec des partenaires du monde entier pour réserver. Moi, j'ai mis 10 faxes. Je suis devenu archi populaire en mettant des faxes. La deuxième chose que j'ai faite, c'est que Claude Selyer avait mis en place un système de rémunération très complexe, impossible à comprendre, où en gros, ils avaient un salaire fixe très bas et du variable aléatoire. Moi, j'ai monté les fixes. C'est-à-dire qu'on avait beau perdre un peu d'argent, j'ai quand même monté les salaires. j'ai considéré qu'on allait sortir vers le haut.
- Speaker #0
Au ligne, à nouveau.
- Speaker #1
Voilà. Et du coup, alors c'est là que c'est intéressant parce que quand vous êtes entrepreneur comme ça, vous mettez tout votre argent, vous ne payez pas. Pendant deux ans, on ne s'est pas payé quand même. Et ça a marché. Ça a marché. C'est pour ça que quand aujourd'hui on critique, entre guillemets, les riches, le débat actuel d'impermanence. OK, très bien, mais allez-y les mecs. Mettez toutes vos économies, vous ne payez pas, montez une entreprise, puis après on va voir. D'accord. Voilà.
- Speaker #0
Et sur la partie voyage, je trouve ça intéressant parce qu'à nouveau, il y a entre guillemets toute la structure, les coûts que vous faites de management de pur, mais au niveau du contenu justement des voyages. Je fais aussi le lien avec ce que vous, vous avez expérimenté ou voulu expérimenter en voyageant. Comment vous avez accompagné vos conseillers ?
- Speaker #1
D'abord, le fait que je sois populaire m'a permis de leur vendre il y a 30 ans qu'on met tout sur l'individuel. Donc, je dirais qu'il m'a fallu dix ans. pour qu'on soit au niveau de ce que je voulais.
- Speaker #0
En termes d'offres ?
- Speaker #1
Oui, et en termes de contenu, de voyage, etc. Puis au bout de 15 ans, je me suis dit, on a beau être très très fort sur les voyages, sur le contenu des voyages, avec une connaissance très intime des pays, parce qu'on a des spécialistes pays, on avait mis 15 ans à le faire, on va dire 10 ans, pour vraiment être très fort. Après, on roulait bien pendant 5 ans. Je me suis dit, on allait... se faire fracasser par l'évolution du web et le fait que les gens puissent faire tout seul en direct. Et donc, on a mis deux autres couches. La première recouche qui a été de mettre un très très très haut niveau de service. On suce du contenu du voyage. Des concierges, des groupes fil partout, d'aller au salon business quand vous êtes en classe économique, du wifi partout dans le monde, y compris dans la rue. Le concierge qui était, dont je viens de parler, mais qui était le truc le plus fort, que vous appelez en temps réel, qui est notre salarié, qui vous fait tout ce que vous voulez. Mais on a aussi mis un contenu qui sortait du cadre touristique. Jusqu'à présent, vous partez en Chine, vous partez aux Etats-Unis, vous fabriquez un voyage en mesure complètement adapté à ce que vous êtes, à votre budget, à vos styles d'hôtel, à vos excursions, à vos activités touristiques. Mais là, on est allé plus loin. Qu'est-ce que vous aimez ? C'est quoi votre passion dans la vie ?
- Speaker #0
La cuisine. La cuisine.
- Speaker #1
Bon. Quel est votre prochain voyage ?
- Speaker #0
Le prochain voyage, j'espère que ce sera l'Argentine.
- Speaker #1
L'Argentine. Vous savez qu'en Argentine, il y a des très grands chefs. Moi, je vais vous faire passer un moment où vous allez être dans la cuisine du chef en train de dîner. passionnés de cuisine. Non seulement vous allez aller dans les restos des grands chefs argentins, mais vous allez carrément être dans sa cuisine. Je vais vous organiser ça. Moi, je suis un passionné de jeux de stratégie. Eh bien, quand je vais en Madagascar, je passe une demi-journée avec des joueurs malgaches de Fanon, qui est le jeu traditionnel malgache, et ils m'apprennent à jouer et on fait un petit tournoi et on discute, etc. Donc, on y met un contenu ultra profilé qui n'a pas de rapport avec l'activité touristique. Et donc, on est allé très, très, très loin. Mais pour pouvoir faire tout ça, devenir les meilleurs du monde en termes de services et en termes de contenu lié au profiling, indépendamment du fait d'être des super spécialistes des pays qu'on propose, il m'a fallu 15 ans de plus. Donc, en fait, qu'est-ce qu'il faut ? Il faut les faire adhérer. Ce n'est pas très compliqué de les faire adhérer. Il faut expliquer pourquoi ça va nous protéger, pourquoi on va pouvoir avoir plus de valeur ajoutée. pour pouvoir se défendre de plus en plus vis-à-vis de l'IA, qui va être un outil plutôt qu'un concurrent, en fait. Mais il faut monter le niveau. Et pour pouvoir y arriver en pratique, sur tous les voyages, toute l'année, tout le temps, c'est très simple. Il m'a fallu 15 ans. Parce que chaque jour, je ne lâchais pas. Je disais, là, ça ne va pas. Là, ça ne va pas. Là, ça ne va pas. Là, ça ne va pas. Là, ça ne va pas. Voilà.
- Speaker #0
Super. Et justement, là, vous parliez de l'IA. Donc, j'entends qu'il est plutôt un outil parce que, effectivement, ça fait gagner du temps quand c'est bien utilisé et préformaté avec des gens qui ont eux-mêmes déjà leurs informations, leurs contenus, etc. Donc, pour vous, aujourd'hui, dans ce que j'entends, c'est comme vous avez ce niveau de service et d'accompagnement, en tout cas dans vos chiffres aujourd'hui, vous ne vous sentez pas menacé par quelqu'un qui voudrait faire ça avec un...
- Speaker #1
Non, parce qu'il y a des choses qui sont très complexes à faire par l'IA, des choses logistiques. Un niveau de psychologie humaine très fine, des données qu'on a sur nos clients que l'IA n'a pas. Par contre, donc après tout est possible, dans 15 ans comment ça sera, j'en sais rien, mais il faudra qu'on ait évolué. Par contre, ce qui est sûr, c'est que notre niveau de valeur ajoutée doit être de plus en plus élevé pour justifier notre existence et que les outils IA doivent faire gagner un temps dingue à mes collaborateurs pour qu'ils se concentrent sur là où ils sont les plus forts en termes de finesse et de valeur ajoutée. Voilà, ça c'est sûr. Maintenant, Par exemple, si vous partez à Rome faire une semaine de visite, vous n'avez plus besoin de voyager. Ça ne sert à rien. Vous pouvez le faire parce que ça vous arrange de ne pas vous ennuyer la vie. Et dans ce cas-là, on va vous le faire avec une marge beaucoup plus faible. Mais aujourd'hui, ce genre de voyage séjour standard, c'est moins de 1% de notre activité. Parce qu'on ne sert à rien.
- Speaker #0
Votre honnêteté est intéressante, effectivement.
- Speaker #1
Par contre, si vous voulez aller passer une semaine en Toscane... itinérante, ou en Ombrie, ou en Émilie-Romagne, ou en Sicile. Là, on va faire plein de choses.
- Speaker #0
On revient toujours au côté ultra-expérientiel, ultra-personnalisé, et voilà.
- Speaker #1
Si on veut un vol et un hôtel, ça ne sert à rien. Si on veut, par contre, un vol et un hôtel dans une ville et faire plein de choses en tant que contenu dans cette ville qui sont difficiles à faire soi-même, ça, on vous le fait.
- Speaker #0
Et est-ce qu'il y a des choses que vous rêvez encore de faire chez Voyageurs du Monde, ou en tant que service, que vous aimeriez faire ?
- Speaker #1
Alors, il y a deux choses qu'on a lancées. qui existent, mais qui ne sont pas aboutis. Pas aboutis dans le sens qu'on n'est pas capable de les faire tout le temps, en permanence et de façon optimale. Le fixeur.
- Speaker #0
Qu'est-ce que vous appelez le fixeur ?
- Speaker #1
Le fixeur, c'est un super concierge. C'est quelqu'un qui... Par exemple, moi, je suis un passionné de géopolitique. Je suis parti l'année dernière au Pakistan avec deux amis. Eh bien, je voulais avoir un fixeur. Je ne voulais pas avoir un guide. Il ne te reste pas d'avoir un guide. Ni de touristique. Non. Moi, je voulais avoir un mec qui soit capable de me faire rencontrer les islamistes du Pakistan, les pro-talibans d'Afghanistan qui circulent à Peshawar avec les talibans pakistanais, des gens qui me expliquent comment fonctionnent les militaires, comment fonctionnent les services secrets pakistanais qui sont très ambigus entre d'être pro-américains ou pro-islamistes. Pour faire ça, pour pouvoir rencontrer des gens qui vous expliquent comment ça fonctionne, il vous faut un fixeur. C'est ce que ont les reporteurs de guerre lorsqu'ils vont sur le terrain.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Donc, on propose ça.
- Speaker #0
Et ça, ce n'est pas dans l'ensemble de vos destinations encore ? Si,
- Speaker #1
si. Mais je trouve qu'on ne le propose pas assez à nos clients, qu'on n'y pense pas assez parce qu'on reste, entre guillemets, trop classique. Deuxième exemple, ce que j'appelle le voyage désorganisé. Alors ça, c'est le fin du fin. Quel est le défaut de notre système ? Vous êtes un individuel, d'accord, mais quand même, le vrai voyage réussi. Vous voyez, vous n'avez aucun problème de logistique, donc vous avez votre tête de charme qui est réservée, parce que c'est votre tête de charme. Si vous le réservez au dernier moment, vous allez vous faire planter, parce qu'il sera plein 6 mois à l'avance ou 4 mois à l'avance. Mais en même temps, de pouvoir décider de changer d'avis à tout moment, en fonction de vos émotions, de vos moments, de vos instincts, etc. Ce que font ceux qui voyagent, entre guillemets, sans réservation, à la route art. Partez en Inde, prenez votre billet d'avion, vous n'avez aucune réservation. Et en fonction de votre chilling, vous adaptez votre voyage. Et donc, votre voyage va être plus fort en termes d'émotion. Par contre, vous allez vous ennuyer la vie comme des fous pour trouver votre hôtel au dernier moment. Et puis parfois, à 23h30, vous serez en train de marcher avec votre sac à dos ou votre valise et ne faire toujours pas trouver d'hôtel. Ou au contraire, vous aurez trouvé votre hôtel, mais vous ne trouverez pas de resto. Vous allez dîner dans un truc minable au dernier moment. Bon, moi, je veux le meilleur des demandes. Moi, je veux toute la logistique réservée. Et changer tout ce que je veux en temps réel.
- Speaker #0
Le voyage sur mesure, là, pour le coup.
- Speaker #1
Oui, mais vous le changez en temps réel. Oui, bien sûr, mais c'est extraordinaire. Et on appelle ça le voyage désorganisé. Et moi, c'est ce que je pratique quand je voyage. Vous voyez, je suis allé avec deux amis et mon épouse, il n'y a pas très longtemps, là, au Cambodge, Thaïlande. J'ai détesté la Thaïlande, ça m'a saoulé. Malgré le fait que je voyageais avec Voyageurs du Monde dans les meilleures conditions possibles. Et pourtant, oui. Eh bien non, rien à faire. C'est du tourisme de masse. Ça ne va pas. Ou du tourisme de luxe. Complètement inadapté. Totalement faux. Donc ça m'a saoulé. J'ai vite foncé au Cambodge. J'ai écouté. J'ai adoré le Cambodge. Puis au dernier moment, j'ai décidé d'aller au Laos. Au dernier moment. Mes équipes ont tout organisé. J'ai passé 48 heures à l'Uanprabank. C'était absolument sublime et fantastique. Et donc, vous avez tous les avantages de la Réza sans les inconvénients d'aspiration. Voilà. Ça, on est en train de pousser. On appelle ça le voyage désorganisé.
- Speaker #0
Génial. Ça donne envie, en tout cas, de tester.
- Speaker #1
Donc, ce n'est pas fini.
- Speaker #0
Non, mais ça, je me doute que vous avez d'autres idées aussi.
- Speaker #1
Toujours. C'est un métier qui paraît simple, comme ça, le voyage. Mais en réalité, quand vous allez dans le détail, c'est d'une infinie complexité. Parce qu'il y a beaucoup de données.
- Speaker #0
Quand est-ce que vous avez vos fulgurances, des idées comme ça ? C'est quand vous voyagez ? Ça peut être n'importe quand ?
- Speaker #1
Non. Moi, je ne crois pas du tout aux fulgurances. Moi je pense qu'en fait on est des éponges. Moi je me nourris beaucoup de parce que je lis, parce que je vis, par les échanges que j'ai avec les gens. Je me nourris sur tout le sujet. L'histoire, la politique, la géographie, les arts. Puis à un moment donné ça me donne, j'en sors une espèce de jus. Et je me dis ça faut qu'on le fasse. Mais en réalité c'est pas du tout une fulgurance. C'est le fruit. de dizaines de collecteurs d'informations qui, à un moment donné, je me souviens le jour où je me suis dit, il y a 15 ans, on sera les derniers des survivants dans le voyage, mais le web va tous nous balayer. On ne peut pas être un assembleur de commodities, un assembleur de prestations, hôtels, transferts, vols. Ce n'est pas ça qu'on vend. Si on est ça, on va disparaître. On sera les derniers à disparaître. OK, tu parles d'une satisfaction. Nous, on est des vendeurs de conseils et d'expériences. Et donc, j'ai décidé qu'on allait devenir les meilleurs du monde en termes de services. Et d'ailleurs, il y a un de mes amis qui m'a fait un compliment il n'y a pas très longtemps, qui est un forcené libertaire, qui fait tout tout seul, puis qui est passé par Voyageur deux, trois fois, quand même. Et qui m'a dit, alors que je voyageais avec lui en Grèce, quand on est dans un voyage privé personnel, il m'a dit, le problème qu'on a avec Voyageur, Jean-François, c'est que quand on y a égoutté, on ne peut plus s'en passer. Et ça, ça m'a fait un plaisir dingue. Voilà. Et donc, cette inspiration de tout mettre sur le service.
- Speaker #0
et d'être très très fort sur le service et d'y intégrer dans ce service un contenu qui soit totalement profilé et pas que touristique, dont je vous ai parlé tout à l'heure, je me souviens, c'est très simple, j'étais dans mon bain, dans le perche, là où j'ai créé avec mon fils cette ferme écologique dont on va parler. Et ça m'est venu comme ça. J'étais là, c'était un samedi après-midi, je venais de faire un peu de sport, je suis allé me baigner. À ce moment-là, je me suis dit qu'on va disparaître. C'est sûr qu'on va disparaître. Donc, il faut trouver quelque chose qui fasse qu'on justifie notre valeur ajoutée.
- Speaker #1
Oui, bien sûr.
- Speaker #0
Voilà.
- Speaker #1
Non, mais super. Et j'allais dire, puisque vous parliez justement de votre ferme dans le Perche, c'est un sujet que je trouve assez sympa, puisque vous avez donc créé avec votre fils le projet. Il y a une phrase que j'aime bien du philosophe Satish Kumar, qui parle d'une écologie de la joie. Vivre simplement pour que les autres puissent simplement vivre. J'ai l'impression que c'est une phrase qui résonne avec ce projet de votre fils.
- Speaker #0
Oui, ça résonne beaucoup avec ce projet, c'est vrai. Moi, je trouve que Tom et ses équipes ne sont pas assez bien payées. Certes, ils sont rentables. Certes, ils ont une productivité incroyable. Certes, ils font aussi bien, voire mieux souvent, que des fermes conventionnelles dans leur secteur de maraîchage, j'entends, bien sûr. Mais néanmoins, malgré ses performances incroyables, le fait qu'il ne travaille pas plus de 35 heures, etc., je trouve qu'ils ne sont pas très bien payés. Et des fois, je leur dis, mais quand même... Alors bien sûr, on améliore petit à petit ces rémunérations au fur et à mesure qu'on est de plus en plus rentable. En tout cas, c'est l'objectif qu'on a dans les années à venir. Mais ils me disent, mais papa, tu ne te rends pas compte de la qualité de vie qu'on a. On vit dans les champs, on a des loyers pas chers parce qu'on vit dans le perche. Donc, on a des besoins. limité. Tous nos clients sont les grands chefs, ils nous adorent. Quand on va au restaurant étoilé ou des jeunes chefs appareils, on paye pas. On a des légumes gratuits évidemment, parce qu'ils prennent les légumes etc. Ils ont accès à d'autres produits agricoles dans le coin parce qu'ils sont très amis avec tous les autres agriculteurs, donc ils font des échanges. Donc en fait, on a une qualité de vie qui est exceptionnelle et on vit dans la joie. Voilà, c'est ça que vous dites. Et en plus, ça a du sens ce qu'on fait parce que on a une ferme écologique. qui est basé sur les grandes techniques de permaculture, et qui augmente la biodiversité, qui diminue le carbone émis. Et donc, tout ce qu'on fait, ça a du sens, quoi. Et c'est beau.
- Speaker #1
Et je vais être un peu provocatrice, mais est-ce que ces projets, finalement, il y a une forme d'utopie, ou est-ce qu'il y a une vraie forme de capitalisme régénératif ? Puisqu'il y a quand même, vous parliez de l'attachement à la terre, oui, vivre simplement pour que les gens vivent bien. Et là, je parle un peu au nom de votre fils, mais est-ce que c'est... Pas une traîne, parce que je n'aime pas trop le mot, mais en tout cas, est-ce que c'est l'avenir, finalement ? Parce qu'on parle aussi quand même beaucoup du monde paysan qui est en souffrance, dans des modèles qui ne sont même pas rentables. Donc là, on parle finalement... Il y a aussi une notion du juste, de la production.
- Speaker #0
Il y a plusieurs choses, Aline. D'abord, notre ferme, elle est rentable, sans subvention, et elle est écologique. Donc, elle est une solution pour le maraîchage. D'ailleurs, on le pense tellement que... Tout ça a été inspiré par les maraîchers parisiens du 19e siècle qui ont été repris par un Américain qui s'appelle Coleman, qui a été repris par un Canadien qui s'appelle Jean-Martin Fortier, qui nous a beaucoup aidés à créer notre ferme. Et donc, nous, notre mission, c'est qu'il y ait 1000 micro-fermes du style de la ferme du Perche en France. D'ailleurs, on en a fait créer plein.
- Speaker #1
Vous savez à combien vous en êtes ?
- Speaker #0
Je pense qu'il y en a bien une quinzaine qui ont été créées par des gens. qui sont passés chez nous, qui sont allés dans notre formation, parce qu'on a une petite formation, deux fois par an. On fait une formation d'une semaine où on donne toutes les clés, le modèle économique, les grandes règles. Ça ne suffit pas, bien sûr. Mais quand même, nous, on a réussi ça avant de démarrer. Oui, ça vous aurait été fantastique. Donc, on décline. Et puis, par exemple, au Canada, où Jean-Martin Portier est un communicant hors pair et un maraîcher, peut-être le meilleur maraîcher au monde. Tout simplement, il y a 1000 micro-fermes quand même. Et quand même, les gens en vivent. Donc, c'est possible. Et donc, ce n'est pas qu'un projet utopique, philanthropique. Non, c'est un projet qui fonctionne, qui est rentable, qui ne gagne pas beaucoup d'argent, mais qui au moins n'en perd pas. Et au moins, il gagne le SMIC. Et par exemple, les jeunes qui viennent chez nous sont logés aussi. Donc, ils ont le SMIC sans coût de logement. Bon, nourris aussi. Donc, ça tient la route. Maintenant, est-ce qu'on peut décliner ça à toute agriculture ? Non, parce que ça s'applique au maraîchage. On produit plus en maraîchage de ce type qu'on appelle, c'est de la permaculture très, très dense, si vous voulez, et très organisée. On produit plus qu'en conventionnel sur une même surface. Et on a plus d'emplois aussi, donc on a plus de coûts aussi. Mais en même temps, on crée des emplois et ils gagnent pas un demi-smic comme souvent, malheureusement. Les maraîchers sont gros dans cette situation. Par contre, ça ne marche pas sur les céréales. Sur les céréales, si vous faites du bio, même mécanisé, donc un peu plus optimal que ce qu'on fait nous, parce que ça, ce n'est pas du tout adapté aux grandes cultures, vous allez avoir des rendements qui peuvent monter jusqu'à 80% du conventionnel, mais pas à 100%, et qui, en moyenne, font plutôt 50%. Donc, on peut se dire comment on s'en sort. Mais en fait, on peut s'en sortir si on change... la destination des céréales cultivées. Aujourd'hui, une grande partie des céréales cultivées va vers la nourriture, vers les animaux qui ne sont pas adaptés pour en manger et qui se rendent malades en en mangeant. Donc on traite aux antibiotiques. On est chez les fous. Et donc, qu'est-ce qu'il faudrait faire dans un monde idéal ? Il faudrait continuer à faire de la viande, à faire de l'élevage, et non pas supprimer la viande comme certains ayatollahs écologistes leur racontent, c'est débile, parce que si vous n'avez pas d'élevage, vous n'avez pas suffisamment d'intrants pour l'agriculture végétale. Donc, tout ça, ça fonctionne ensemble. Et par contre, vous baissez votre consommation de viande énormément, vous la divisez par deux dans le monde, vous continuez à en manger, mais moins. Vous gardez vos surfaces de céréales, mais vous acceptez un rendement divisé par deux, et vous vous en sortez. Et vous pouvez nourrir le monde de façon saine, écologique, et en nourrissant les sols, et en ne détruisant pas la biodiversité, et en absorbant du carbone. Plutôt que d'en émettre comme on fait dans l'agriculture traditionnelle. Vous savez qu'aujourd'hui, dans l'agriculture traditionnelle, l'agriculture mondiale émet 25% du carbone mondial. On a deux sources d'émissions de carbone dans le monde. Les énergies fossiles et la destruction des sols. Donc, c'est archi-vertueux. Ça peut fonctionner. Sauf qu'on n'y est pas. Parce qu'on nous prend pour des illuminés. Évidemment qu'un entrepreneur comme moi dise « ça marche, ça fonctionne, le modèle économique tourne » , c'est un peu plus troublant, évidemment. parce que Je ne suis pas un hippie qui fume des pétards et qui va monter une ferme écolo pour se faire plaisir. Vous voyez ?
- Speaker #1
Il y a toujours ce côté entrepreneurial dans le projet. Il y a un niveau solide, viable, bien sûr.
- Speaker #0
Et on gagne de l'argent, je tiens à le préciser. Pas grand-chose. Pour vous le situer, on fait une année record. Cette année, on va faire 320 000 euros de chiffre d'affaires. C'est quand même pas rien sur un hectare de surface.
- Speaker #1
Ah, c'est ça, sur un hectare ?
- Speaker #0
Oui. hectares de surface. Et on va gagner à peu près 30 000 euros. Déduit des investissements, parce qu'on a fait des investissements de l'ordre de 400 000 euros, plus les investissements de transport, parce qu'on a un camion-frigo, etc. Et bien, déduction faite des amortissements, on gagne quand même 30 000 euros.
- Speaker #1
Et comment s'appelle le projet, si on a les auditeurs qui nous écoutent ? Une ferme du Perche.
- Speaker #0
Il est très connu dans le milieu professionnel parce que... De nombreux chefs talentueux ou étoilés commandent nos légumes à Paris. Et ça représente un peu plus de la moitié du chiffre d'affaires de la ferme. Et l'autre moitié est vendue localement sur les deux marchés de Mortagne-Au-Perche et de Bélème. Et on a une salle de classe pour former les gens à cette technique. On a créé une école de formation. On ne fait que deux sessions par an parce qu'on n'a pas énormément de demandes. Donc, on doit former une trentaine d'étudiants par an. Et puis là, on lance un truc très, très original qui va ouvrir en 2026. On va ouvrir un restaurant sur la ferme éphémère. Ce restaurant ne sera ouvert que lorsqu'un chef viendra. Un de nos chefs clients.
- Speaker #1
Ah ok.
- Speaker #0
Voilà.
- Speaker #1
Donc ce n'est pas un chef en résidence, c'est un chef. Ah non. Un chef de légumes qui décide de venir.
- Speaker #0
Voilà. Et ils adorent l'idée. Donc on va avoir David Bizet qui est le grand chef du péninsule. On aura bien entendu Sébastien et Michel Bras qui sont nos meilleurs clients de la Lograin. On aura Olivier Rollinger, qui n'est pas un client parce qu'il est trop loin, mais j'espère bien qu'il va venir avec Hugo nous faire une séance, parce que c'est un ami très proche de Voyageurs du Monde. On aura Pierre Gagnère, on aura les jeunes chefs talentueux comme Eloy Spiner ou Jean Imbert. Vous voyez, tous ces jeunes chefs ou alors grands chefs, ils vont venir avec leurs équipes, se faire un petit incentive et nous, on va faire un événement client.
- Speaker #1
C'est génial.
- Speaker #0
Voilà.
- Speaker #1
Qu'on a de venir et de déguster.
- Speaker #0
Kamal Mouzawad, mon ami libanais qui n'achète pas nos légumes, parce que, bon, bref, mais qui va venir faire un week-end libanais, j'espère, dans un restaurant événementiel.
- Speaker #1
Oui, ok. Est-ce que dans ce lieu, juste comme ça, en même temps, je réfléchis, mais est-ce que c'est un lieu où vous pouvez aussi accueillir justement des entreprises ? Bien sûr. Séminaire ? On va faire des séminaires. Génial, génial.
- Speaker #0
Bien sûr, bien sûr.
- Speaker #1
Bien sûr,
- Speaker #0
entre la salle de classe et le restaurant, et le lieu... On va faire, bien entendu, une petite activité de séminaire qui aidera, d'ailleurs, j'espère, un des objectifs que j'ai là-dedans, c'est de générer un peu plus de revenus pour pouvoir mieux payer mes agriculteurs qui sont fantastiques.
- Speaker #1
Toutes les personnes qui veulent organiser des séminaires, on les invite dans un lieu qui a du sens et en plus pour faire travailler des cheveux agriculteurs. On y est bientôt, donc ça va. Je vois l'heure qui tourne, mais il y a quand même un projet dont je voulais absolument qu'on parle, Jean-François.
- Speaker #0
Dans la fête oréo.
- Speaker #1
Tout à fait. Donc, pour les personnes qui nous écoutent qui ne connaissent pas, c'est un projet qui est né en 2018, qui est sous l'église de la Madeleine. C'est quand même assez incroyable. A l'initiative du chef italien qui s'appelle Massimo Bottura, qui est fondateur de l'association Food for Soul et de l'artiste JR, que je ne présente plus, avec votre soutien et aussi d'autres grands partenaires. Et donc là, l'idée est, je trouve, à la fois simple et complètement révolutionnaire. C'est comment transformer un lieu qui est sacré, puisque c'est sous la Madeleine, en restaurant solidaire et culturel. Clairement, des Ausha étoilées encore, cuisine chaque soir, des repas gastronomiques à partir d'un vendu pour des personnes en situation de précarité. Donc le lieu est magique. Il a été designé par Rami Fischler, l'architecte aussi Nicolas Delon. Pour ceux qui ne connaissent pas, c'est vraiment quelque chose de très brut, simple et à la fois hyper luxueux. Les murs sont habités par des œuvres de Gier et de la brillante prune nourrie. Et donc en gros, c'est vraiment un lieu à part et assez extraordinaire. Et alors, ce qui est vraiment chouette, c'est... l'expérience humaine, puisque les convives sont accueillis comme des hôtes, servis à table, regardés avec respect et chaleur. Donc, c'est presque, je vais dire, pas un projet caritatif, c'est plutôt une œuvre un peu d'hospitalité, finalement, où vous parliez de beauté en début d'interview, et ça devient vraiment presque un levier de dignité. Moi, j'aimerais comprendre ce que ce lieu représente pour vous, puisque j'imagine qu'il y a une implication qui doit être assez forte, et comment ça peut nous inspirer, justement, en matière de leadership. comment ça fonctionne. Comment vous, vous avez vécu ce projet ?
- Speaker #0
En fait, je l'ai monté complètement parce que JR est venu un soir dîner à la maison et m'a expliqué le concept de Massimo Bottura qui est ce grand chef italien et qui avait monté ça dans différentes villes du monde. Il m'a dit, il faudrait qu'on fasse ça à Paris. Qu'est-ce que t'en penses ? Il me dit, t'as qu'à prendre un entrepreneur, un stagiaire et puis tu pilotes ça. Bon, le problème, c'est que le stagiaire, c'est devenu moi. Parce que c'était quand même d'une complexité effroyable. Et donc, en président Voyageurs du Monde et en dirigeant Voyageurs du Monde, j'ai aussi monté, avec l'aide d'une de mes collaboratrices qui s'appelle Christine Graffard, j'ai monté intégralement ce projet. Ce projet, on l'a monté il y a sept ans. On a mis à peu près quatre mois, mais très intense. C'est assez rapide. Oui, c'est assez rapide. C'est un endroit qui est très particulier parce qu'il est très spirituel, très beau. On a refait le lieu d'abord avec Ramy, Fischler, avec Nicolas Delon, avec JR. On a refoncé tout ça. Massimo est arrivé à l'inauguration, mais on a quand même appliqué son concept avec son épouse Lara qui dirige Foussos. C'est un lieu qui est basé sur, d'abord, son idée à Massimo, c'était de récupérer les invendus alimentaires. pour pouvoir en faire des très très bons repas gastronomiques, assez à table, pour des personnes en difficulté. Donc nous, on a fait tout ça, on a très anglé quand même des choses sur les personnes en difficulté. J.R. est associé depuis l'origine de son affaire avec un homme qui s'appelle Marc Bérébi, et qui a... Il s'est dirigé avec moi, à partir de la crise du Covid, le refletorio. On co-préside aujourd'hui tous les deux le refletorio. Parce que pendant la crise du Covid, j'étais tellement occupé avec Voyageurs du Monde que je ne pouvais pas faire autant que ce que je voudrais. Et donc j'ai dit à Marco, écoute, viens m'aider. Il a accepté et depuis il est resté. Et d'ailleurs, c'est plus lui qui dirige aujourd'hui le refletorio que moi-même. Mais il rajoutait une dimension très intéressante qui est au-delà de... de servir tous les soirs 120 personnes dans des repas gastronomiques, avec sur les cinq soirs ouvrés, il y a au moins deux fois par semaine un chef connu qui vient faire la cuisine. Sinon, c'est nos équipes à nous, parce qu'on a sept salariés, dont deux chefs brillantes, deux jeunes femmes brillantes qui font la cuisine. Eh bien, il a rajouté une dimension culturelle, c'est-à-dire qu'on fait visiter à tous nos invités tous les lieux culturels parisiens, gratuitement. On a des accords avec tous les musées. Tous les endroits un peu culturels apparaissent, qui laissent nous inviter en très grande difficulté. On a donc des SDF, on a des migrants, on a des personnes en très grande difficulté mais qui ne sont pas SDF. Toutes ces populations un peu en difficulté, beaucoup de femmes avec enfants isolés, c'est vraiment un problème. Et à un moment donné, pendant le Covid, on a eu beaucoup d'étudiants. Merci, une session précaire est fondamentale. Donc voilà, c'est un projet magnifique. C'est du pur mécénat. Est-ce que ça apporte des choses en termes de leadership ? Je ne sais pas. Moi, je pense que ce genre de projet, vous les faites avec le cœur. Vous les faites pour ça. Et la force de ce projet entre JR, Marc Bérébi, moi, et tous nos directeurs qui nous ont accompagnés, Christine Graffard au début, aujourd'hui Julien et Soysi. qui dirigent le réfectorio avec nous. C'est des gens qui sont investis d'abord par la mission. C'est ça. Vous savez, on a 7 salariés, mais on a une vingtaine de bénévoles par soir, 5 en cuisine, 15 en salle. Et quand vous allez le faire, moi, je ne le fais plus assez souvent, mais quand vous allez le faire, vous passez deux heures à servir, vous vous sentez élevé quand vous sortez de là. Ça vous fait du bien à vous, en fait. Ça vous fait du bien à vous.
- Speaker #1
D'ailleurs, je pense que toutes les personnes qui nous écoutent et qui sont engagées dans des associations ou des projets peuvent peut-être ressentir ce que vous dites là, dans le don de soi et dans quelque chose d'énoué d'intérêt personnel et de juste donner du temps pour...
- Speaker #0
Alors, il y a une anecdote que je vais vous raconter parce qu'elle vaut le coup quand même sur la fédérale. C'est que pendant le Covid, Marc Bérébi, Marco, son surnom, m'appelle et me dit « Jean-François, j'ai une idée à te proposer. » Parce qu'en fait, la Bérit, pareil, nous disait Merci. On était assez proche de la mairie, et puis moi-même j'étais assez proche de ma mère. D'ailleurs c'est la mère qui m'a donné l'idée de ce lieu, en même temps que Prune-Nourrie d'ailleurs, toutes les deux m'ont dit en même temps, quand on cherchait le lieu pour faire la fête de rue, tu devrais aller voir le foyer de la Madeleine qui sert de repas le midi, pour voir si tu ne peux pas leur proposer d'utiliser le soir. Et puis en plus l'église de la Madeleine appartient à la ville. Il fallait qu'on discute à la fois avec la ville propriétaire et avec les Véchers. et l'église qui gère le lieu, et l'association du Midi, le foyer de la Manel. Donc c'était un peu complexe comme opération. Mais pendant le Covid, ils avaient des problèmes pour pouvoir fournir des paniers repas aux populations en grande difficulté parce que toutes les associations qui fournissaient des paniers repas avaient été fermées à cause des règles sanitaires. Et donc Dominique Versigny, qui était en charge de tout ça à la mairie, me dit, Jean-François, et à moi et à Marco, qu'est-ce qu'on peut faire ? Vous ne pouvez pas nous faire quelques paniers repas, parce que nous, on avait le droit de rester ouverts, parce qu'on avait une dimension sociale et solidaire, donc on avait le droit de rester ouverts. Bon, plus de servir des gens à table, mais de rester ouverts et de s'en aller à des paniers repas. Donc on avait commencé à faire des paniers repas, nous, pour nos 100 invités chaque soir. On ne les servait plus à table, on faisait des paniers repas. Et lui, est-ce que vous ne pourriez pas monter en puissance ? La préfecture de Paris, le préfet de région, financé par l'État, et nous, la ville, on est prêts. à vous aider financièrement pour pouvoir le faire. On dit, OK, on va regarder. On commence à faire un peu plus. On monte à 200, on monte à 300, on monte à 400. Et puis là, on voit bien que ça ne passe plus. On n'a pas les cuisines, on n'a pas l'espace, etc. Et Marc Bérébi, moi, je suis dans le perche à ce moment-là. Je m'occupe de défendre la catastrophe qui arrive à Voyageurs du Monde, le Covid. Et puis en plus de ça, je suis en charge de défendre toute la profession touristique dans les discussions avec le gouvernement sur les aides. Donc je suis sous l'eau, totalement sous l'eau, totalement stressé. C'est d'ailleurs à ce moment-là que je dis à Marco, viens avec moi et viens diriger avec moi le référentiel. Et même, tu vas le diriger toi parce que je n'ai plus le temps. Il m'écrit, puis Marco, il est très, très créatif. C'est un homme extrêmement brillant, très créatif. Il m'écrit, il me dit, tu sais ce qu'on devrait faire ? On devrait demander à tous les restaurants de nous donner leur cuisine, de demander à leurs équipes au chômage. en chômage partiel, de venir dans les cuisines, payer par le chômage partiel. Pour nous, c'est gratuit. Il faut que les gens soient d'accord de donner leur temps à l'association Inflatorio. Ils viennent dans leur cuisine, nous on leur amène la nourriture. Parce que nous, on l'a gratuite, la nourriture, on l'amène. Ils nous font des paniers repas et nous, on va chercher les paniers repas et on les distribue. Donc eux, ils ont juste à faire la cuisine avec la bouffe qu'on leur amène. Je lis ça et je me dis mais qu'est-ce que c'est que cette usine à gaz ? ingérable. Et je me dis, c'est encore Marco qui a fumé la moquette. Mais je me dis quand même, c'est Marco, il est brillant, t'es fatigué, t'as passé une journée difficile, relis ça tranquillement demain matin. Deux ou trois jours après, je relis ça tranquillement, et je me dis, mais cette idée est totalement géniale. Totalement géniale. On va utiliser tous les restaurants fermés. Ça m'étonnerait que les chefs ne veuillent pas venir pour... aider les gens en difficulté. Et on a commencé à passer des coups de fil à des restaurants. Et ils ont tous dit oui.
- Speaker #1
Donc, vous avez combien de restaurants qui ont été partenaires ?
- Speaker #0
Je ne sais plus, une cinquantaine. Un peu plus. Et très vite, on est monté à 1000, à 500, à 800, à 1000, à 1200. Puis là, on a fait venir un jeune garçon qui, aujourd'hui, travaille chez Voyageurs du Monde. Parce que je l'avais recruté pour Voyageurs du Monde. Le jour où il arrive, je reçois dans mon bureau et je lui dis, écoute Fabien, je suis désolé, mais je ne peux pas te garder. Je ne peux pas te garder parce que c'est le bordel complet avec le Covid. Donc il repart. Il arrive, il repart. Et puis, un an plus tard, on le contacte, on lui dit, bon, tu n'as rien à faire, arrêtez au chômage. Viens nous organiser la logistique d'approvisionnement de la nourriture de 50 restaurants et de redistribution auprès de 50 ONG. Une usine à gaz. Il est venu, gratuitement. Il a fait ce boulot. Il a été parfait. génial, et on est monté jusqu'à 5000 repas jour, 5000 repas jour.
- Speaker #1
Et pendant combien de temps ?
- Speaker #0
Plusieurs semaines, plusieurs mois, plusieurs mois. Et alors, évidemment, à Lille, on a eu un problème de nourriture, parce que 100 personnes, 200 personnes, 300 personnes, 400 personnes, nourriture gratuite, ça va, 5000.
- Speaker #1
Ah non, mais là, c'est une autre logistique, ouais.
- Speaker #0
Voilà. Et puis surtout, il n'y avait pas assez d'invendus. Parce que la banque alimentaire, les hôtels luxueux comme le Crédit Lyon et autres qui nous donnaient plein de... Voilà ! Et bien là, on a rencontré Thierry Cotillard, patron d'Intermarché, grâce à Soysic Marceau, notre directrice du Réféterio à l'époque, qui est toujours belle d'ailleurs. Et là, Thierry Cotillard, il nous a fait une proposition dingue. Dingue. Comme quoi, il y a des entrepreneurs qui sont quand même sacrément fantastiques. Il nous a dit, c'est très simple, vous récupérez tout ce que vous pouvez gratuitement. Et tout ce qui vous manque,
- Speaker #1
on vous le donne. C'est incroyable.
- Speaker #0
On vous le donne.
- Speaker #1
Non, mais c'est génial.
- Speaker #0
Et alors, la Madeleine est devenue un truc où il y avait des palettes de nourriture partout. La folie. Et donc, Marc Bérébi, il a eu une idée absolument fantastique. Thierry Cotillard a été extraordinaire, patron d'intermarché. Aujourd'hui, il n'est plus patron d'intermarché, mais il a quand même encore, je crois, deux ou trois intermarchés à lui. Et puis, Dominique Versigny, l'adjointe à la maire en charge de ces gens en difficulté, et le préfet de police de région de l'époque, dont j'ai oublié le nom, qui ne me pardonne, on a distribué tout ça. Parce que nous, on amenait la nourriture à chaque restaurant, on reprenait les paniers et on allait les distribuer dans les ONG, qui les donnaient aux gens en difficulté.
- Speaker #1
Non, mais c'est génial. Une vision magnifiquement exécutée.
- Speaker #0
Voilà.
- Speaker #1
Non, mais bravo. Donc en tout cas, pour tout... Enfin moi,
- Speaker #0
je ne suis pas pour grand-chose, à part que j'ai passé 2-3 coups de fil pour amorcer la pompe au restaurant. Mais franchement, fantastique quoi.
- Speaker #1
Et à nouveau, pour tous ceux qui nous écoutent, c'est hyper facile pour participer. Il faut aller sur le site du Réfettorio, vous vous inscrivez et là, vous pouvez décider si vous voulez aider en cuisine, au service.
- Speaker #0
Voilà.
- Speaker #1
Il y a un petit délai parce qu'il y a beaucoup de temps. Si je suis connectée, on trouve la place. Donc ce qui frappe quand on vous écoute, c'est la cohérence entre... vos engagements humains et vos choix économiques. Donc, on parlait de la ferme du Perche, on a parlé également du Réfettorio. Mais j'aimerais parler, effectivement, d'autre chose parce que vous avez été un des premiers à imposer la compensation carbone intégrale pendant les voyages. Et vous avez aussi parlé d'une notion que je trouve plutôt, en tout cas entraînante pour le commun des mortels, c'est de parler plutôt de neutralité de carbone plutôt que de la culpabilité, devant ce qu'on sait tous, évidemment, sur l'urgence climatique. Donc, ma question, c'est est-ce que vous, qui côtoyez aussi d'autres entrepreneurs, des entreprises de manière générale, vous sentez qu'il y a une évolution et que les entreprises commencent un peu à accepter ? Alors, à nouveau, je dis, le prix de la responsabilité, c'est un peu arche, mais néanmoins, il y a quand même un accompagnement à faire et une responsabilité de l'entreprise de ce côté-là.
- Speaker #0
Je dirais plutôt non, globalement non. Il y a eu une petite montée en puissance ces dernières années, mais c'est en train de reculer à nouveau. devant les sujets qui dominent à l'heure actuelle les débats, qui sont l'intégration des autres. On voit les partis extrémistes qui montent partout en Europe. Et les sujets économiques, avec ces sujets de fiscalité, de dette, de protection sociale, etc. Et donc, en fait, tout le monde se replie vers des choses plus fondamentales dans leur quotidien du jour. Et donc, la sensibilité écologique, le sujet écologique est à 50-100 ans. Les gens se disent, on verra ça plus tard. Je ne dis pas que ça n'existe pas, mais ils diront, soit on s'en fout pour les plus cyniques, qui veulent vivre et jouir à court terme, ce n'est pas la majorité, soit ils disent, on verra plus tard. Mais donc, je ne trouve pas qu'il y ait une montée de sensibilité sur ce sujet-là. D'ailleurs, nous, ce qu'on fait sur le carbone, ce n'est pas que quand on absorbe 100% du carbone émis. D'abord, ce qu'on essaye de faire et qu'on a réussi à faire, C'est de diminuer notre emploi de carbone par la diminution. C'est-à-dire, par exemple, dans notre métier du voyage, on ne prend que des vols directs quand c'est possible et on prend sur les vols directs les moins émetteurs. Ou sur nos bateaux sur le Nil, on les transforme pour les rendre les plus faibles possibles en émissions. Il y a un autre bateau, par exemple, sur lequel on a réduit de 99% nos émissions et sur le deuxième bateau, qui est le plus gros émetteur, on a réduit de 70% nos émissions. Donc on a tout un tas d'actions pour réduire nos émissions. Est-ce qu'on ne peut pas réduire ? et sur l'avion c'est particulièrement difficile de réduire c'est même impossible de réduire à 100% on l'absorbe en faisant des plantations de forêt additionnelles c'est à dire qu'on essaye de faire en sorte que ce soit toujours des plantations de forêt qui n'auraient jamais été financées ni plantées si on n'avait pas été là pour le faire d'ailleurs j'en ai fait un bouquin là dessus avec mon beau frère Mathieu Belvoir on a écrit le chaos climatique n'est pas une fatalité parce qu'en fait on démontre Des choses qui sont évidentes, mais très simples, qui sont que, un, on peut très difficilement envisager, sauf à aller vers la catastrophe, un réchauffement climatique supérieur à 2 degrés. Et en même temps, respecter cet objectif de réchauffement climatique de 2 degrés est strictement incompatible avec le fonctionnement du monde actuel. Parce qu'il faudrait baisser les émissions à partir de maintenant, pendant 30 ans, d'à peu près ce qu'on les a baissées pendant le Covid. Donc c'est impossible. Donc c'est pas possible, ça marchera pas. Donc on est sûr, même si on faisait beaucoup d'efforts, que tout le monde était sensibilité à la cause écologique, qu'on ne ferait pas les 2 degrés. Or, il faut les tenir les 2 degrés, sinon on fait prendre des risques à nos enfants et nos petits-enfants qui sont majeurs. Donc, il faut acheter du temps. Et pour acheter du temps, il n'y a qu'une seule façon de faire, c'est d'absorber massivement du carbone. Et la meilleure façon d'absorber massivement du carbone, c'est de planter des arbres de façon additionnelle. Alors, bien entendu, planter des arbres... en respectant la biodiversité, les terrains, les sols, surtout pas faire de monoculture, surtout pas faire tout ce que dénoncent les documentaires sur Arte qui est sorti sur l'horreur des plantations d'arbres quand elles sont mal faites. Mais ce n'est pas parce qu'il y a des gens qui font n'importe quoi qu'il ne faut pas le faire de façon intelligente. Et surtout, moi je demande aux gens qui critiquent notre proposition de me dire quelle alternative ils proposent. Parce qu'il n'y en a pas. Évidemment, il y aurait l'alternative de faire de l'agriculture comme la ferme du Perche. par exemple. Parce qu'on pourrait absorber énormément de carbone par les sols. Mais au niveau mondial, ça ne va pas nous faire gagner du temps, ça va nous en faire perdre. Donc, ce que fait Voyageurs du Monde, c'est un micro exemple de ce qu'on a démontré dans ce livre.
- Speaker #1
Ça me fait penser à un autre sujet qui est... Alors, là, on est sur l'écologie, on parle de l'écologie extérieure, évidemment, la planète, on a parlé de la planète, des ressources, tout ce qui est un peu équilibre et collectif. Mais... On parle plus rarement dans le management de l'écologie intérieure qui vous permet justement de durer sans vous épuiser. On a parlé tout à l'heure, il y a des moments qui ont été plus difficiles, évidemment, pendant la crise du Covid, on peut imaginer pour vous en tant que voyagiste. Et comment est-ce que vous, à nouveau aujourd'hui, vous faites ? Qu'est-ce qui vous ressource ? Qu'est-ce qui fait que vous pouvez durer sans vous épuiser ? C'est quoi votre secret de régénérescence ?
- Speaker #0
Moi, je pense qu'une entreprise comme la nôtre, Voyageurs du Monde, Comment elle fait pour durer, se régénérer, exister, avoir de l'écologie intérieure, comme vous dites. Je trouve ça un très joli mot, c'est très bien. Moi, je pense qu'il y a trois choses. D'abord, il faut aussi dans une entreprise qui ait du sens. Surtout avec les jeunes d'aujourd'hui. Nous, 70% de nos équipes, c'est des jeunes. On n'embauche plus aujourd'hui des jeunes diplômés dans une entreprise qui n'a pas de sens. Si on est là juste pour faire des bidailles du profit...
- Speaker #1
Ça ne les intéresse pas ?
- Speaker #0
ça les intéresse au moins en moins. Quand je vois qu'ils vont à la ferme du Perche se faire payer au SMIC, qu'ils restent 2 ou 3 ans, qu'ils sont payés au SMIC, et qu'ils sont Bac plus 5, et pas des petites écoles, Sciences Po, HEC, etc., je me dis qu'il y a un sujet. Par exemple, si je pense que nous, on n'avait pas cette stratégie d'absorption massive du carbone, je pense qu'il y a plein de jeunes qui ne voudraient pas bosser chez nous.
- Speaker #1
La cohérence managériale aussi.
- Speaker #0
Avoir du sens. Deux, Il faut être exigeant vers ses collaborateurs parce qu'une entreprise qui n'est pas exigeante fait faillite et donc on est tous au chômage. Bon, mais il faut être bienveillant. Il n'y a pas très longtemps, on m'associe toujours à Alain Kepestan. On a reçu tous les deux un mail d'un de nos collaborateurs suite à un mail que j'avais fait global sur l'évolution de l'entreprise pour l'année prochaine qui est dithyrambique pour nous et qui travaille pour nous depuis 30 ans. Et bien ça, ça, ça fait vraiment plaisir. C'est-à-dire que quand vous avez des collaborateurs qui vous remercient d'être... nous, leurs managers, de par l'attitude qu'on a, ça, ça n'a pas de prix. D'ailleurs, il y a un des trucs que j'aime le plus, c'est quand les gens viennent me voir dans ce bureau, Aline, souvent, de moins en moins, parce que j'ai de moins en moins de gens qui viennent me voir.
- Speaker #1
Il y a un message peut-être ? Non, mais je suis moins souvent.
- Speaker #0
Les gens rentrent dans Voyageur et disent, ils ne sont jamais venus, ils ne sont pas clients. Ils viennent, ils passent par l'agent, parce que vous avez vu, pour venir à un bureau, on passe par l'agent. et dit Jean-François on se sent bien entreprise. On sent que les gens sont bien. Et ça, c'est fondamental. Être exigeant et bienveillant. Et je crois que les cinq managers historiques, qui n'ont pas fondateur, parce qu'on n'a pas créé l'entreprise, mais on a fondé, on va dire, le groupe et ce qu'on a créé, ils ont tout ça. On a tous ça. Ça ne nous empêche pas de tenter d'avoir des dérapages, des engueulades, des défauts.
- Speaker #1
Mais le conflit et les désaccords font partie de la vie de l'entreprise.
- Speaker #0
Par exemple, peut-être que ça fera prétentieux pour ceux qui nous écoutent, mais tant pis, je m'en fous, je vais le dire. Je sais que les collaborateurs de Voyageur, ils m'aiment. Je sais qu'ils m'aiment. Et ça, ça change beaucoup de choses. Et puis la troisième chose fondamentale et qu'on applique depuis 30 ans, depuis 30 ans, à part les deux années Covid, c'est que On a décidé, Alain, Lionel, Fred, Loïc, moi, donc nous cinq, de donner chaque année entre 25 et 30 %, alors c'est des calculs complexes parce que c'est le cumul de la participation, de l'intéressement et de quelques bonus. Chaque année, on donne à nos équipes, on va dire, pour faire simple, un quart de nos profits à nos équipes.
- Speaker #1
C'est énorme. Je ne sais pas s'il y a d'autres, parce que je pense à des entreprises qui sont assez généreuses.
- Speaker #0
Par exemple, l'année dernière, c'était 22 millions d'euros. 22 millions d'euros pour nos équipes. Et ça, ça fidélise quand même.
- Speaker #1
Bien sûr. Non, mais en fait, dans tout ce que vous dites, moi, j'accompagne aussi beaucoup d'entreprises justement sur comment créer de l'engagement. Et en fait, chez vous, il y a beaucoup de filtres qui me viennent dans les choses sur lesquelles on travaille. C'est la cohésion managériale, le sens de la communication, les gestions du conflit des désaccords de façon effectivement saine, avec bienveillance, le leadership inspiré, la vigilance éthique, tout ça, en fait. C'est vraiment des choses que je ressens.
- Speaker #0
Ce qui est très intéressant pour les entrepreneurs qui nous écoutent, s'il y en a qui nous écoutent, qui vont peut-être trouver que c'est trop, que c'est beaucoup, que ceci, que cela. Moi, je n'ai qu'un truc à leur dire. On est l'entreprise la plus rentable du secteur. Est-ce qu'une partie de cette rentabilité ne serait pas corrélée à cela ?
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
Voilà.
- Speaker #1
Et moi, je vais vous rajouter un truc.
- Speaker #0
Elle est la plus rentable du secteur, après avoir payé ça. Oui,
- Speaker #1
oui. Non, non, mais bien sûr, bien sûr. terminé, à l'antipode de ça, il y a quand même une notion qui est hallucinante, je ne sais pas si vous avez vu, il y a un rapport de Gallup qui est sorti en début d'année. En France, seuls 8% des salariés en entreprise se sentent engagés dans leur entreprise. Seuls 8%. Donc je pense que Voyageurs du Monde en fait partie, et c'est tant mieux.
- Speaker #0
Je pense qu'on est à beaucoup plus que 50, 70, même peut-être 80%.
- Speaker #1
Il y a un modèle et il y a un accompagnement, et voilà.
- Speaker #0
Et puis il y a une dernière chose aussi quand même, qu'on peut rajouter, c'est que ce qu'on propose, c'est beau.
- Speaker #1
Et on revient sur le beau. Jean-François, j'aurais aimé vous poser encore des milliers de questions, mais bon, votre temps déjà était très généreux avec nous. Donc, juste pour terminer, un petit ping-pong final. Ça, c'est le petit jeu d'actualité. Donc, vous me répondez ce qui vous vient vraiment en tête le plus rapidement possible. Je vous dis une phrase et vous me répondez du tac au tac.
- Speaker #0
Ok, allez, on y va.
- Speaker #1
Donc, un, une habitude managériale que vous garderiez coûte que coûte.
- Speaker #0
Pas me lever tôt le matin.
- Speaker #1
On apprécie. Un lieu où vous aimeriez emmener tous les dirigeants du monde et pourquoi ?
- Speaker #0
Dans le Cantal, parce que personne ne le sait, personne ne connaît, mais c'est un lieu hautement spirituel, très très beau, et qui vous impose un travail intérieur.
- Speaker #1
Un mot ou une valeur que vous aimeriez voir davantage présent dans le management aujourd'hui ?
- Speaker #0
La transparence.
- Speaker #1
Un geste très simple que vous recommanderiez à tout dirigeant pour entretenir la confiance avec son équipe ?
- Speaker #0
Toujours dire la vérité, avec bienveillance. Pas un geste, mais c'est plutôt des mots.
- Speaker #1
Ok. Et enfin, une personne que vous me conseilleriez d'inviter dans Manager Inspirant. Et faites attention parce que la dernière fois, j'ai reçu Jean-Gabriel Lebeuil, qui m'avait parlé de vous, figurez-vous. Et vous voyez, ça s'est fait, Alignement des planètes.
- Speaker #0
Jean-Gabriel, le restaurateur. Lebeuil, le restaurateur. J'adore son restaurant, c'est mon restaurant préféré. Écoutez, ça nous fait une passion. Le Paris, c'est le Georges, il faut vraiment aller chez lui.
- Speaker #1
Figurez-vous que j'y étais avant de venir chez vous. Ah, j'adore,
- Speaker #0
j'adore.
- Speaker #1
Et alors, je vous invite à écouter son interview, puisque là aussi, c'est vraiment un manager extrêmement inspirant. Et donc voilà, tout ça pour dire qu'il m'a parlé de vous. Donc, attention, ce que vous dites va peut-être se réaliser. Qui me conseillez-vous d'inviter d'un manager inspirant ?
- Speaker #0
Olivier Carvela, c'est le patron d'un voyagiste. Ça s'appelle NG Travel, mais ça fait dix ans que je l'engueule en lui disant qu'il est catastrophique avec sa marque. Parce qu'en fait, il a 30 marques, dont Jet Tour, dont Boomerang. Enfin, il a plein de marques. Mais c'est un garçon très intelligent, très sympathique, très fin, qui ne s'expose jamais dans les médias.
- Speaker #1
OK.
- Speaker #0
Déjà. Donc, ça va changer un peu d'entendre toujours les mêmes, dont je fais partie d'ailleurs.
- Speaker #1
Merci beaucoup Jean-François. Notre interview touche maintenant à sa fin. Et ce que je retiens de notre échange, c'est cette forme d'espérance très particulière que vous incarnez. Une espérance lucide. Celle qui ne nie rien du réel, ni de ses contraintes, ni de ses tensions, ni de ses paradoxes, mais qui choisit malgré tout d'agir avec constance, avec foi et avec joie aussi. Vous rappelez avec une limpidité précieuse que la véritable modernité managériale n'est ni dans la vitesse, ni dans la croissance effrénée. Elle est ailleurs, à nouveau, dans la reliance. Dans cette capacité à relier ce que l'on a trop longtemps séparé. L'écologie et la rentabilité, l'humanité et la performance, l'exigence et la bienveillance. Vous montrez par l'exemple que ces alliances ne sont pas naïves. Elles sont viables, elles sont durables et elles sont profondément fécondes. C'est exactement cela que j'avais envie de laisser en signature de cet épisode. L'idée qu'on peut vraiment diriger sans se couper du vivant, qu'on peut réussir sans renoncer au sens et qu'un leadership juste est souvent celui qui relie plutôt que celui qui se sépare. Merci infiniment Jean-François pour votre parole, votre cohérence et votre engagement. Votre franchise aussi, ça fait vraiment du bien. Et si cet épisode vous a inspiré, je vous invite à vous abonner à Manager Inspirant sur votre plateforme préférée. et à rejoindre la conversation sur Instagram sur le compte Manager Inspirant. Et n'oubliez pas, l'inspiration, ça se partage. Et parfois, cela change profondément notre manière de diriger. Merci, à bientôt.