- Speaker #0
Ils sont managers, parfois par vocation, parfois par hasard, mais toujours ils ont décidé de faire bouger les lignes. Ils osent dire, écouter, transformer. Pas de recettes miracles, mais des échecs, des fulgurances, du courage et des outils qui changent la danse. Bienvenue dans Manager Inspirant, le podcast de celles et ceux qui mettent l'humain au cœur de la performance. Je suis Aline Valentin, j'ai passé 25 ans dans des postes de direction internationale dans le secteur du luxe, à piloter des transformations stratégiques. Mon moteur a toujours été de construire des collectifs multiculturels engagés au service d'une performance durable. J'ai vu ce que le pouvoir peut faire, mais également défaire. Aujourd'hui... Je donne la parole à celles et ceux qui, en entreprise, ont le choix d'un management plus humain, plus exigeant, plus inspirant. Dans chaque épisode de Manager Inspirant, je vous propose une conversation honnête, profonde et concrète avec un dirigeant, un manager ou un expert RH. Parce que le courage, ça s'apprend. Et l'inspiration, ça se partage. Manager Inspirant, c'est le podcast de celles et ceux qui veulent conjuguer performance et épanouissement. A écouter sur toutes les plateformes. Abonnez-vous et surtout, inspirez ! Que fait-on de sa vie quand on a connu le pouvoir, le risque et la proximité de la mort ? Aujourd'hui, dans Manager Inspirant, je reçois quelqu'un dont le parcours à 47 ans donne franchement envie de lever un sourcil. Officiers, hauts fonctionnaires, renseignements, forces spéciales, diplomatie, industries de défense, cybersécurité, investisseurs et vignerons. À ce stade-là, soyons honnêtes, on se demande s'il n'y a pas un petit côté mytho. Au sens trop beau pour être vrai. Ou au minimum, une légende bien écrite. Presque un personnage de série. D'autant plus quand on apprend qu'il a conseillé le bureau des légendes. La mise en abîme est parfaite. Et puis, quand on a la chance... et le plaisir de vraiment le rencontrer, quelque chose se décale. Le bruit retombe, le personnage s'efface et on commence à tirer un autre fil. Un fil beaucoup plus ancien. beaucoup plus profond, celui de Marguerite Yursenard. Vincent de Crayencourt et son petit-neveu. Et là, tout s'éclaire autrement. Parce que Yursenard n'a jamais écrit sur le pouvoir pour le glorifier. Elle a écrit pour l'interroger, pour le mettre à l'épreuve du temps long, pour poser encore et encore la même question, que fait-on de sa vie quand on a connu le pouvoir, le risque et la proximité de la mort ? Et ce qui est troublant, c'est le parallèle presque dérangeant, comme si les livres avaient bien avant lui mis des mots sur une trajectoire à venir. Comme une forme de prémonition ou de responsabilité transmise. Et c'est exactement à cet endroit-là que s'inscrit le parcours de Vincent. Derrière la succession de fonctions, il y a une quête, une quête d'absolu, une exigence intérieure, une obsession presque tranquille, celle de la responsabilité individuelle face à l'histoire. Vincent a servi l'État, il a connu les zones grises, les arbitrages impossibles, les décisions lourdes. Et il a aussi connu la chute, littéralement. Un accident de parachute majeur qui changeait jamais le rapport au corps, au temps, au risque. Alors aujourd'hui, dans Manager Inspirant, j'ai envie d'aller plus loin que le CV, plus loin que l'expert cyber, plus loin que le personnage public. J'ai envie de comprendre l'homme... le manager, la boussole morale, ce qui reste quand on enlève les titres. Accrochez vos ceintures, à commencer par toi, Vincent, parce qu'aujourd'hui, on va parler pouvoir, loyauté, peur, responsabilité, et ce que ça veut dire, manager, quand on sait ce que tu sais du monde. Vincent de Crayoncourt, bienvenue dans Manager Inspirant.
- Speaker #1
Merci beaucoup, Aline, très heureux de passer ce moment avec toi.
- Speaker #0
Écoute-moi aussi, tu m'envoies un avis. Alors Vincent, avant d'entrer dans les fonctions, les décisions et donc les fameuses zones grises, j'aimerais commencer là où, pour moi, tout commence toujours. L'enfance, la famille et en fait ce qui nous construit à la fois avec et parfois contre tout ce dont on hérite. Donc je voudrais savoir, quand tu regardes en arrière, qu'est-ce que ton enfance et ton milieu familial ont profondément inscrit en toi ?
- Speaker #1
C'est une très bonne question et je partage avec toi l'idée que tout vient de là. Je me réfugie souvent encore dans mes souvenirs de jeunesse. dans ce qui m'inspirait enfant, dans les ambitions que j'ai commencé à dessiner quand j'étais plus petit, dans les ambitions aussi qu'ont dessiné pour moi d'autres personnes. Et je crois que ça, c'était un des fondamentaux de mon enfance, c'est le fait que des proches, des gens, ma mère, mon père, d'autres, ont peut-être essayé de penser pour moi, de m'orienter. Et donc, j'ai dû construire mes moments de liberté, d'abord dans une forme de carcan, dans des attentes. Et je pense que ça a rendu peut-être plus forte encore mon envie de liberté, sans pour autant jamais renier. Ce que j'appelle de manière négative un carcan, mais qui a surtout été un cadre très fort pour moi, une structure.
- Speaker #0
Que tu définirais par quoi ? Qu'est-ce qui était entre guillemets prédéfini ?
- Speaker #1
Alors je suis l'aîné de mes parents, de mes grands-parents, de mes arrière-grands-parents, dans une famille où il y a une vraie culture de l'aîné, donc un regard peut-être un peu plus... Le plus exigeant, les attentes, inévitablement. Alors avec la généreuse complicité évidemment de mes frères et sœurs, de cousins, mais j'ai eu le sentiment quand même très jeune qu'il y avait quelque chose qui était un peu plus attendu de moi que les autres. J'en parle très librement avec mes frères et sœurs et c'est assez partagé. Et ce qui leur a donné d'ailleurs plus de liberté, notamment mon petit frère. Je te remercie. C'est très prétentieux de dire ça, mais je pense qu'une partie de l'orientation professionnelle de mon frère, qui est devenu comédien, un magnifique comédien.
- Speaker #0
Amaury.
- Speaker #1
Amaury, absolument. Il vient aussi du fait que la lumière était moins posée sur lui. Alors maintenant, elle est davantage...
- Speaker #0
Il y avait un parcours qui n'était pas exigé de lui. Et donc, effectivement, ce que tu dis, pour lui, une liberté plus grande de choisir ce qu'il allait pouvoir faire par la suite.
- Speaker #1
C'est ça, avec une petite dose de contraintes et donc de masques, puisqu'il a commencé, pendant plusieurs années après son bac, par faire croire à mes parents qu'il continuait ses études de droit, en l'occurrence. Et il avait déjà commencé à compter contre le comédien, et il a fini par avouer la chose.
- Speaker #0
Et donc pour revenir à toi, je ne vais pas utiliser ce mot de carcan que toi tu as utilisé, mais plutôt cette exigence. Elle s'est exprimée par quoi ? J'imagine des études ? Est-ce que tu as eu le choix de faire ce que tu souhaitais comme études ? Ou est-ce que c'était dessiné pour toi ? Comment ça s'est passé ?
- Speaker #1
C'est une très bonne question. Je reviens aussi sur le mot de carcan qui est impropre, parce que je suis très heureux de l'enfance que j'ai reçue, et je me suis toujours dit enfant, que l'éducation que j'avais reçue, j'essaierai de la reproduire. Et donc j'assume tout ce que j'ai reçu de mon père et de ma mère. Alors jusqu'où les choses ont été dessinées pour moi ? Je dirais que ma mère a joué un rôle important. Elle a été jusqu'à m'inscrire dans les... Tu sais, à l'époque, il y avait des dossiers papiers pour s'inscrire dans les classes préparatoires aux grandes écoles. Donc c'est elle qui a fait ces inscriptions, c'est elle qui m'a orienté vers les grandes écoles que j'ai faites. Elle voulait absolument que je fasse Sciences Po, par exemple, donc j'ai fait Sciences Po. Donc elle avait des impératifs, des passages obligés. Et voilà, il se trouve que l'école était plutôt facile pour moi. J'avais la chance que les choses se passent très très bien. Et donc ma maman s'est appuyée dessus pour imaginer que la suite devait être aussi réussie. Mais je l'ai fait de bonne grâce vraiment. Et je pense que je n'ai pas situé ma liberté dans mes études. C'est venu plus tard. Et j'ai vraiment suivi avec beaucoup de plaisir ce dessin qu'on traçait pour moi. Je pense qu'il y avait aussi l'idée de la part de ma mère et de mon père que je fasse des choses que je n'avais pas forcément faites. Et donc j'ai aussi été un petit peu l'instrument d'une... d'une ambition qui était l'ambition déguisée de mes parents. Mon père, par exemple, c'était rêvé diplomate. Il a choisi une autre carrière. Maman est extrêmement attirée par le pouvoir, par la politique. Et donc, elle a toujours souhaité que je sois un homme engagé et que je fasse de la politique. C'est ce que j'ai fait.
- Speaker #0
En termes de valeurs, qu'est-ce que tu retiens ? C'est quoi les valeurs incarnées de ta famille, un peu ta colonne vertébrale, de toute cette éducation-là, de cette vie-là, de cette grande famille-là ? Qu'est-ce que tu retiens dans ta vie personnelle ? et professionnel d'ailleurs ? Qu'est-ce qui t'a le plus marqué ?
- Speaker #1
Peut-être un petit peu sur l'exigence. Tu as prononcé le mot tout à l'heure. J'ai une conscience de porter un nom qui résonne et qui m'a plus aidé qu'il ne m'a desservi dans ma vie. Donc l'idée que je dois continuer à faire résonner ce nom et à construire une exigence de vie qui soit conforme à ce que mes parents, grands-parents et grands-parents ont installé avant moi. Je dirais aussi qu'il y a beaucoup de bienveillance et de bonté. Dans ma famille, mon père a toujours insisté beaucoup là-dessus, sur l'importance d'être gentil. Et donc il y a beaucoup de tendresse et beaucoup d'affection dans ma famille, entre frères et sœurs, on est extrêmement fusionnels. Donc une grande brillance, une grande gentillesse, une gentillesse à l'égard de tous. Et aujourd'hui, je pense qu'on en reparlera, la façon dont je sers mes affaires est très très imprégnée, cette bienveillance. J'essaie toujours de mettre la place de ceux qui travaillent avec moi. Et ça c'est aussi quelque chose que m'a inculqué mon père, l'idée d'être assez humble. pour se sentir chanceux d'être là où on est, et assez humble aussi pour reconnaître la valeur de l'autre et se mettre à sa place pour mieux sentir ses faillures et le faire avancer.
- Speaker #0
Donc, dans ce que j'entends, dans ce que tu me dis, c'est qu'effectivement, il ne s'agissait pas seulement d'avoir une exigence de réussir, mais vraiment, derrière ça, une envie de bien faire.
- Speaker #1
Oui, c'est fondamental. Je pense qu'il n'y a pas de réussite si elle n'est pas partagée et si elle ne s'appuie pas sur des valeurs, sur une dimension très humaine. Et voilà, moi j'essaie d'embarquer. C'est avec qui je travaille. Et ma première réussite, c'est ça, c'est d'embarquer les gens avant d'avoir des chiffres qui marchent. Oui,
- Speaker #0
effectivement, on en reparlera un tout petit peu plus tard sur comment tu gères tes affaires aujourd'hui. Mais avant de passer là, il y a un parallèle qui m'intéresse. Et je t'ai dit, j'ai trouvé un nombre d'inspirations et de parallèles avec les écrits de Marguerite Yursenar qui sont franchement troublants. Presque une prédestination de ta vie. Dans les mémoires d'Adrien, elle fait parler un homme de pouvoir qui est à la fin de sa vie, donc Adrien. Il regarde donc son règne, son indulgence, et il se pose une question très simple, mais assez terrible, qui est « Est-ce que j'ai vraiment bien fait ? » Donc, ma question pour toi, quand on a servi dans les renseignements, la diplomatie, les ministères régaliens, qu'est-ce que ça veut dire d'être un bon manager ?
- Speaker #1
C'est une très bonne question et c'est très flatteur que tu me renvoies à ce personnage qui est un des plus populaires, un des plus connus de ma tante. Adrien, il y a un livre qui éclaire tous ceux qui ont pu le lire et qui m'éclaire aussi. Un bon manager à la lueur. de ce personnage et au-delà de ceux qui ont servi l'État, c'est je pense quelqu'un qui a une conscience aiguë de servir autre chose que lui-même, autre chose que l'intérêt de quelques-uns, et qui a la conception de quelque chose qui le dépasse et qui dépasse collectivement tout un groupe. Quand on sert l'État, on sert un pays aussi, on sert une certaine idée de ce qu'est son pays. Dans mon cas, la France, évidemment, est le pays que j'ai le plus servi. Je porte un nom français et je suis extrêmement attaché à mon pays. Pour autant, j'ai des attaches avec d'autres pays. Je suis français, je suis belge aussi, je suis né en Belgique. Une grande partie de ma famille est en Belgique. Ma maman a des origines hongroises. Ma femme, Beryl, a des origines russes. Et bretonne en France. Donc j'ai comme une conception assez ouverte de ce que peut être l'attachement à un pays. Mais je pense que dans l'idée qui m'a plu de la France, de ce que j'en ai perçu quand j'étais plus jeune, c'est une espèce d'idéal, une quête en soi, et puis une mémoire qu'on honore et qu'on sert. Je pense qu'un manager qui s'inspire de cette idée qu'il y a quelque chose au-dessus de lui peut mieux guider, mieux orienter, mieux offrir ? une quête à ceux qui travaillent avec lui.
- Speaker #0
Et dans ces cas-là, à qui est-ce qu'on doit être loyal en premier ? A l'institution, à la mission, ou aux hommes et aux femmes qu'on sert ?
- Speaker #1
C'est une très bonne question, et ça me fait penser à une des lois Scouts. J'étais Scout, et ça m'a beaucoup marqué. L'une des lois, il me semble qu'il y a un commandement de la loi Scout, c'est la loyauté à ses parents, ses chefs, son pays, et ses subordonnés, quelque chose comme ça.
- Speaker #0
Dans cet endroit-là ?
- Speaker #1
Oui, j'espère ne pas me tromper. Et si je me trompe, j'assume d'ajouter une dimension. Je pense que la hiérarchie la plus simple, c'est de commencer par ceux sur qui tu peux avoir le plus d'impact et que tu es le mieux capable de rendre heureux. Donc l'allégeance première, c'est ceux qui sont immédiatement autour de toi et qui contribuent à un succès collectif, un succès commun. Et puis, donc, ce sont des cercles concentriques. Plus on s'éloigne et plus l'allégeance est relative. Mais je dirais que, voilà, le primat, le cœur, c'est ceux qui sont près de toi et que tu apprends à connaître et qui te connaissent bien aussi.
- Speaker #0
Et alors, bon, je sais qu'évidemment, tu ne vas pas nous donner des détails des missions dans lesquelles tu es intervenu, mais est-ce que tu as déjà été confronté à des situations, justement, extrêmes où tu as loyauté envers la mission, le pays ? Ou justement les personnes qui sont autour de toi, et en plus on parle dans certaines situations où tu as des dangers de vie et de mort directs. Donc c'est pas quelque chose que le commandé mortel vit en entreprise, mais est-ce que tu as déjà été confronté à ce genre de situation extrême ? Et est-ce que tu, à nouveau sans nous donner le détail de la mission, mais est-ce que tu peux nous expliquer un peu comment tu as vécu les choses, et comment le corps réagit finalement, comment le gut feeling réagit quand tu es mis devant des situations comme ça ?
- Speaker #1
Alors oui, c'était mon métier d'être confronté à ce genre de risques, à ce genre de situations.
- Speaker #0
Rapporte-nous tout ce que tu peux nous raconter, parce que j'avoue que c'est toujours très intéressant quand on est de l'autre côté du mur.
- Speaker #1
J'ai eu la chance de servir dans des pays compliqués, en Afghanistan, au Burkina, au Mali. J'ai eu la chance de vivre des situations hors du commun, des situations dont on n'ose à peine rêver quand on est enfant, et auxquelles on repense avec à la fois nostalgie... Et un petit soulagement d'être passé à autre chose, parce qu'il y a beaucoup de choses qu'on ne construit pas dans une vie qui flirte avec le risque en permanence. J'avais par exemple, pendant toutes ces années, une notion de la famille, la construction familiale et le fait d'être parent assez flou. Je n'imaginais pas être parent. parents un jour, je n'imagine pas me marier un jour. Et c'est quand je suis sorti de ce risque permanent que j'ai commencé à construire ma vie d'amoureux, de père, de mari. Donc c'est une vie qui est compliquée, c'est une vie qui est très riche, qui est une espèce d'excitation permanente, ce qui pose d'ailleurs quelques difficultés sur l'après, parce qu'on a envie de revivre encore des moments d'excitation, mais autrement, et c'est pas évident de trouver de l'excitation aussi folle que dans ces situations un peu extrêmes. Donc ce que je peux te dire sur ces moments-là, C'est qu'à partir du moment où tu décides de te donner, de t'offrir à ton pays, et à des missions dont tu assumes tous les risques, il y a quelque chose d'un peu, d'assez automatique. Et donc quand tu rentres dans un moment où tu es confronté au risque d'être tué, au risque d'être blessé, et je l'ai été gravement, parce que tu as assumé les choses avant, de les traverser, tu les vis de manière un petit peu automatique, et donc je pense qu'on parle de manière impropre de courage. C'est plutôt quelque chose, encore une fois, qui se déroule et qui est la conséquence d'une décision que tu as prise avant, d'un engagement que tu as pris, et le reste suit. Et sur l'action des allégeances dans les moments de risque, on t'apprend évidemment à protéger ta vie, à protéger tes proches. Moi j'ai travaillé seul ou dans des petits groupes dans ces moments-là, donc évidemment tu es constamment très très solidaire de ceux avec qui... avec qui tu travailles et tu rentres un peu dans la tête de l'autre comme l'autre rentre dans la tienne. Et donc on prend de manière inconsciente des décisions collégiales. Même dans l'intimité de la décision, il y a quelque chose de très partagé dans une équipe.
- Speaker #0
J'allais te poser une question pour nous aider à nous projeter dans ce que tu décris. Ça veut dire qu'évidemment, comme je dis, tu es presque dans un état second parce que tu as décidé de donner ta vie à la patrie. Tu es parti en mission, donc déjà tu as une adrénaline très forte de par la mission. Et donc, l'allégeance, elle est... envers tes coéquipiers avec lesquels tu es dans des situations de risque maximum. Donc finalement, je parlais du fait que tu avais conseillé le Bureau des Légendes. On voit dans le Bureau des Légendes cette solidarité extraordinaire pour les hommes entre eux. Bon alors, c'est une fiction inspirée et conseillée donc assez juste dans ce que j'ai pu lire de la réalité. Mais donc finalement, ce qu'on voit dans la série, c'est assez proche du réel sur ce côté-là, de la loyauté entre les hommes.
- Speaker #1
Oui, et pour une petite parenthèse, c'est réaliste. Parce que les producteurs ont eu la bonne idée de demander à des gens comme moi d'éclairer justement le scénario d'éléments tangibles, concrets, vraisemblables. Et c'était ma mission, près du bureau des légendes, effectivement, c'est d'être le gardien de cette vraisemblance. Donc d'introduire des éléments de réalisme dans le décor, dans le texte, dans la formation des comédiens, etc.
- Speaker #0
J'ai eu pas mal de choses pour préparer cette interview, et c'est vrai que même dans le côté parfois pénible et administratif des missions, c'est quand même ça, c'est... une des parties du bureau des légendes, mais qui du coup est extrêmement réaliste par rapport à, je veux dire, les James Bond et autres méthodes d'intervention dans les films qu'on a pu voir. Et c'est vrai que c'est peut-être aussi pour ça qu'il y a eu une adhésion du public aussi forte, c'est qu'on sentait quelque chose d'extrêmement authentique dans la série, je crois.
- Speaker #1
C'est vrai, c'est vrai. Pour autant, la série fait la part belle à la belle partie des missions de ses services, et limite quand même la part de l'administratif, même si elle est présente.
- Speaker #0
Non, non, bien sûr. Le héros, c'est celui qui intervient, ça peut être l'analyste qui est derrière et qui prépare tout.
- Speaker #1
Dans la vraie vie, il y a quand même plus de personnes dans les back-up offices que sur le terrain, évidemment. Il y a beaucoup qui préparent aussi les bonnes conditions dans lesquelles ceux qui sont sur le terrain exercent leur mission.
- Speaker #0
Je t'embête, mais du coup, est-ce que finalement, parce que tu peux me répondre que non, est-ce que tu as déjà été dans des missions où tu as dû remettre en cause justement ce qui devait être fait parce que tu avais un sujet de loyauté par rapport au genre avec qui tu étais ? Est-ce que tu peux en parler ou pas ? C'est un peu ma question. Ou est-ce que finalement, tu es dans des missions qui sont déjà tellement à risque ? Un peu, j'allais dire, comme quand tu vois des reportages sur les interventions des forces spéciales en France dans des cas extrêmement critiques, c'est quand même assez millimétré en termes d'opération. Il n'y a pas justement le côté presque parfois tragique, héroïque, que tu peux voir spontané. Le personnage principal qui devient un rogue, qui part de son côté, ça je pense que c'est extrêmement très romancé. Mais est-ce que tu peux nous en dire un peu plus ?
- Speaker #1
Alors, je pense qu'on n'interroge pas la loyauté qu'on a à l'égard de ses équipiers ou de sa hiérarchie, parce qu'elle est posée. Par contre, il y a un sujet de loyauté à l'égard des personnes qu'on est censé suivre, traiter. Et moi, je me suis déjà retrouvé dans une situation où j'ai créé une relation particulière, sous une identité qui n'était pas la mienne, une relation particulière, et j'ai eu beaucoup de mal, à un moment donné, de l'évolution de cette relation, à vivre avec une légende qui devenait lourde et qui passait de la notion de mission assumée à... un mensonge désagréable. Donc on apprend à ne pas considérer ça comme quelque chose de mal, mais ça m'est arrivé, effectivement.
- Speaker #0
Est-ce que je peux te demander si c'était une relation d'amitié ou d'amour ? D'amitié. Donc là, vraiment, oui, tu es entre ton personnage et la réalité, ou un peu ce qu'on voit dans, justement, je reviens au bureau des légendes, mais c'est vrai que comme tu l'as conseillé, c'est assez intéressant, comment tu gères ça ? Et à un moment donné, tu te dis, oula, attends, il faut que je sorte de cette mission, parce que mon intégrité par rapport à cette personne m'emmène trop loin. où je dois aller au bout de ma mission et comment tu as vécu ça ? C'est intéressant, tu vois, c'est pas... A nouveau, je répète, quand tu travailles, c'est pas des situations qu'on vit, tu peux faire bonne figure dans un travail sans te raconter une légende. Ou alors ça se termine mal comme un certain... C'était qui, tu sais, la personne qui s'était fait passer pour un médecin et... Bon voilà, bon, je pense... Voilà, exactement, donc on va faire un peu de claude roman. Voilà, explique-nous comment toi tu as vécu ça et comment tu es sorti de cette situation.
- Speaker #1
Écoute, encore une fois, c'est arrivé dans un cas très particulier et j'en suis sorti en faisant quelque chose qui n'était pas conforme à ce que je devais. Et donc il y a un moment où je suis sorti de...
- Speaker #0
De cette légende-là.
- Speaker #1
Voilà, je me suis ouvert à cette personne. Mais longtemps après, j'ai souhaité recréer en fait une relation amicale, mais dans un cadre vrai avec cette personne.
- Speaker #0
Et tu pouvais faire ça, c'était autorisé ?
- Speaker #1
J'ai pris cette liberté en tout cas de le faire et c'était un moment... où j'étais en train de... C'était peu de temps avant que je sorte de cette partie de ma vie.
- Speaker #0
Assure-moi, tu ne vas pas avoir de problème à cause de nous maintenant,
- Speaker #1
parce que tu dévoiles ça. Pas du tout. Le fait que j'ai conçu le Bureau des légendes et que j'en parle à différentes occasions, j'ai eu l'autorisation de le faire. Et puis j'assume. Il se trouve que l'accident que j'ai eu, peut-être qu'on en reparlera, a été un moment de vérité aussi. J'ai pu sortir un petit peu du bois.
- Speaker #0
On va bien sûr en reparler. Et dernière question, un peu justement... Sur le management, dans ce cadre qui est à nouveau extrêmement clair, qui est posé et qui est hyper exigeant, de par les risques que ça incombe. Après, quand tu sors, est-ce que tu as une espèce de liste où on te dit ça, tu peux en parler, ça, tu ne peux pas en parler ? Comment ça se passe ? Tu as un guide de sortie, tu as un check-out ?
- Speaker #1
Non, en principe, tu ne parles de rien du tout. Et encore une fois, je n'en parle que parce que j'étais appelé à le faire.
- Speaker #0
Et autorisé à le faire.
- Speaker #1
Voilà. J'essaie du coup de dire ce que je peux en dire. Et voilà. L'Ubéro des Légendes, de ce point de vue-là, était un bon exercice, puisqu'il fallait à la fois contribuer à orienter les scénaristes vers quelque chose de réaliste, et à la fois, quand les scénaristes avaient des intuitions que t'es trop proches de choses existantes, les en éloigner. Donc il y avait un travail dans les deux sens, ça opérait.
- Speaker #0
Génial. Écoute, on pourrait faire, je pense, une interview complète sur les dessous d'Ubéro des Légendes, tellement je pense que ça va fasciner beaucoup de gens. Et alors maintenant, je vais passer sur un peu un autre thème et une autre dotée casquette. Et là aussi, ce que je t'ai dit en préparant cette interview, toujours ce rapport à Marguerite Ursenach, j'ai pas fini l'étude, je pense que ce serait peut-être l'étude d'une vie. Dans l'œuvre Au noir, qui est un roman qui est un petit peu moins connu, Zénon, c'est un savant traqué qui cherche à comprendre et à transformer le monde en vivant sous le radar des pouvoirs. Donc là aussi, quand même par rapport à ta vie, c'est... Assez stupéfiant. Moi, je t'ai déjà entendu dire que la cybersécurité, c'est en gros le nouveau théâtre des opérations. Et donc, si on enlève un peu le jargon, est-ce que tu peux nous dire pour toi ce que ça veut dire aujourd'hui pour un dirigeant et quels conseils tu lui donnerais par rapport à la gestion de son entreprise ? Par rapport à l'espace de domination que ça peut représenter ?
- Speaker #1
Il se trouve que pour relier au sujet précédent, j'ai eu la chance de participer à la conception des premières opérations numériques pour les armées, pour l'OTAN, et donc j'ai vu... pour grandir les cyber-opérations. J'ai vu aussi se structurer avec la naissance de cette quatrième armée en France. Donc c'est un sujet que je connais bien et dont j'ai fait effectivement une de mes spécialités en créant un fonds d'investissement dédié à ce sujet et en exerçant aussi ses fonctions auprès de différentes entreprises. Donc c'est un sujet qui est devenu central, qui est plus ou moins bien pris en compte par les entreprises, par l'État, qui l'est de plus en plus. Il y a quand même une prise de conscience assez accélérée. je pense que la guerre en Ukraine... a été aussi un moment d'accélération de cette prise de conscience de la place que la cybersécurité occupait. On a beaucoup parlé de menaces russes, cyber, on a parlé aussi de la dimension cyber dans le conflit. Donc oui, il y a vraiment une accélération de la prise de conscience, de la nécessité de prendre en compte... ces enjeux-là. Et ça fait partie effectivement de ce que j'apporte à des clients et à travers aussi l'acquisition d'entreprises dans le secteur de la cybersécurité.
- Speaker #0
Est-ce que tu considères qu'aujourd'hui, l'Europe est suffisamment protégée en termes de cybersécurité ? Puisque effectivement, je trouve que c'était assez parlant quand tu disais que c'était un peu le nouveau théâtre des opérations. Alors le nouveau, j'allais dire malheureusement, effectivement, quand on voit toutes les guerres qu'il y a encore, et notamment l'Ukraine, c'est aussi sur le terrain. Néanmoins, c'est clairement extrêmement présent. Donc est-ce que tu penses qu'en Europe, Aujourd'hui, on est suffisamment protégé ?
- Speaker #1
Alors, on ne l'est jamais assez. Les cyberattaquants ont toujours un coup d'avance sur les cyberdéfenses. L'Europe n'est pas aujourd'hui la mieux placée. On est encore très dépendant pour beaucoup de technologies d'autres puissances, notamment les Etats-Unis. Alors évidemment, il y a quelques belles histoires, il y a quelques entreprises françaises européennes qui tirent leur épingle du jeu. Il y a la nécessité, bien comprise aujourd'hui, de créer en Europe... Un appareil collégial commun, donc un dispositif qui protège l'ensemble de l'Europe et qui emprunte à toutes les forces intra-européennes. Mais non, on n'est pas encore suffisamment armé, à l'évidence.
- Speaker #0
Et qu'est-ce qui nous manque ? Des moyens ? Des idées ? Puisque, en fait, je suis assez pragmatique. Quand il y a une menace, qu'est-ce qu'il fait ? Et de quoi, à nouveau, on a besoin pour être suffisamment protégé ? Et pas seulement, finalement, dans la défense, on ne va pas commencer à attaquer. Ce ne sont pas tout à fait les valeurs de l'Europe. Néanmoins, si tu dis que c'est... Sans citer les autres pays, certains ont toujours une longueur d'avance dans l'attaque, puisqu'effectivement ils ont compris que c'était un moyen de domination. Qu'est-ce qui nous manque, nous ?
- Speaker #1
Les idées, on les a. Les solutions, on les connaît, même si elles ne sont pas européennes. On manque probablement de ressources, disons financières. Il y a une certaine inversion au risque, qui est malheureusement la caractéristique de l'investissement en France et dans d'autres pays européens. On a du mal à investir, on a du mal à prendre un risque véritable, ce que les Américains, eux, savent faire. Mieux que nous. Donc je pense que c'est un problème de ressources. Et quels sont les portes ?
- Speaker #0
Toi, les entreprises les plus à la pointe aujourd'hui, en Europe, en France même, dont tu pourrais nous parler ?
- Speaker #1
Sur le sujet de la cybersécurité ? Oui,
- Speaker #0
et pourquoi ? Parce que tu dis qu'on a un sujet d'idées. Qui tu pourrais nous mettre en avant ? On peut renforcer notre...
- Speaker #1
Je peux citer un ami, Jacques Delarivière, qui a monté avec son associé une très belle boîte qui s'appelle Gatewatcher et qui vient de recevoir un soutien assez important de la part de... du Fonds Européen d'Investissement, 25 millions si ma mémoire est bonne, et qui traduit justement la volonté de l'Europe d'essayer de pousser, de susciter des champions européens. C'est pour le meilleur exemple que je peux citer, Jacques, dont la femme fait un excellent podcast, qui s'appelle L'œil de la cyber, que je t'invite à écouter à l'occasion. Et Jacques appartient aussi à une communauté d'acteurs de la cybersécurité. Il est à la fois administrateur du campus cyber, qui est une entité... à la Défense, qui réunit l'ensemble des acteurs français et quelques partenaires étrangers de la cybersécurité. Il est aussi à la tête d'une organisation qui s'appelle Exatrust, qui rassemble les acteurs du cyber, de la confiance. Et donc, je pense que c'est un bon exemple, si je devais ne citer que lui. Non, non, mais merci.
- Speaker #0
Et est-ce que parfois, il y a un genre d'inconfort quand tu joues un peu plus loin que les autres ? Parce que, tu vois, par exemple, on parle effectivement des missions d'interaction qui sont un peu... secrète, cachée, dans ce monde un peu secret du renseignement, de l'intervention. Là, on parle de tout ce qui va être cyberattaque. Pour le commandé mortel, une attaque cyber, c'est ce que on perçoit des attaques russes sur l'Europe, l'Ukraine, pour les déstabiliser. Et le commandé mortel va plutôt être sur... On essaie de me piquer le code de ma carte bleue. Bon, entre l'un et l'autre, il y a un monde. J'ai déjà entendu parler beaucoup de ce qu'on pouvait trouver aujourd'hui sur le dark web, qui est clairement pas... pas une utopie, qui est malheureusement bien réelle. Et donc, pour revenir à ma question, est-ce que, quand tu sais ce que tu sais, parfois, il y a un inconfort dans ta vie ? Est-ce que, je ne sais pas, tu deviens parano, peut-être ? Comment tu vis ça ?
- Speaker #1
Alors oui, cette menace-là, la menace cyber, elle est profonde, elle est étendue, elle n'a pas de limite, et elle peut atteindre n'importe qui, n'importe quand. Donc oui, il y a de quoi être parano. Maintenant, on ne peut pas vivre avec l'idée que la menace est permanente et qu'elle contraint ta volonté d'avancer, de te développer. L'enjeu est de prendre en compte cette menace le plus sérieusement possible, mais de ne pas en faire une obsession. Et plus généralement sur ta question, moi la menace je la vois partout et pas seulement la menace cyber. J'ai une conscience assez éclairée du danger. Je suis passé par des moments de ma vie où la menace est devenue très tangible, très réelle, et je considère qu'elle peut arriver tout le temps, n'importe quand, et je vis avec ça pour moi et pour mes enfants.
- Speaker #0
Toujours maintenant. Ça fait combien de temps que tu es sorti de toutes les opérations de renseignement ?
- Speaker #1
Ça fait longtemps, ça correspond à peu près à mon accident de parachute. Il est en 2012, j'ai pu replonger dans cet univers grâce à quelques séries, dont le Bureau des Légendes. Mais ça fait quand même assez longtemps, et pour autant, j'ai l'impression de voir toujours le monde avec une espèce de lunette magique qui me montre ce qu'il y a derrière les façades. Ça va être peut-être plus lucide. sur ce dont sont capables les vilains, les méchants.
- Speaker #0
Et ce point de bascule, justement, qui était vraiment cet accident terrible que tu as eu en parachute, et qui a marqué, en tout cas, la fin de cette partie de ta vie en termes d'intervention. Je reviens toujours à mon prisme, qui est évidemment le management. Est-ce que tu as managé différemment après, quand on a affreulé la mort, quand tu as eu une perception aussi du corps, de la résistance du corps qui va être différente ? Quelles implications ça a eu après sur toi dans ta façon de te manager et de manager les autres ? C'était quoi les impacts derrière ? Parce que, effectivement, c'est quand même extrêmement traumatisant pour le coup comme épisode.
- Speaker #1
C'est une très bonne question. Il y a un fait chronologique qui fait que j'ai moins managé avant l'accident qu'après. Je suis depuis quelques années en situation de diriger des sociétés, des groupes de personnes. Plus jeune, la question était inverse. Je subissais un management, mais j'ai quand même, à travers différentes expériences, eu l'occasion de mesurer ce que ça impliquait. Ce qui a changé le plus, c'est l'idée que l'autre est fragile, qu'il y a des fragilités qu'on ne voit pas. Et que quand on rencontre quelqu'un, forcément c'est employé, mais quand on rencontre quelqu'un, on doit être conscient qu'il traverse peut-être quelque chose dans sa vie qui est inconfortable, qui est compliqué. Et ne jamais tenir pour quelque chose d'intangible et de définitif la perception que tu as de quelqu'un. Donc j'essaie d'être nuancé dans mon appréciation des choses et des gens. de me dire que peut-être qu'au moment où je leur parle, au moment où je les rencontre, Une tempête intérieure, les secous, un moment où dans mon équipe, quelqu'un rencontre des difficultés et qu'il n'en parle pas, doit recevoir un soutien qu'il ne demande pas forcément. Donc je dirais que c'est ça que ça m'a donné.
- Speaker #0
C'est bien intéressant. Je n'ai pas encore eu ce type d'échange avec qui que ce soit, j'avoue. C'est comme si ça avait ouvert une autre dimension de la personne finalement. Que tu manages.
- Speaker #1
C'est ça, vraiment l'idée que je dois en permanence me demander si j'ai en face de moi quelqu'un qui est en possession de tous ces moyens ou pas.
- Speaker #0
Et en même temps, on parlait tout à l'heure de la parano, on va plutôt dire maintenant de la vigilance, c'est quand même plus sympathique et plus positif. Donc finalement, cette vigilance-là t'a apporté un supplément dans ton management, tout simplement.
- Speaker #1
Oui, vraiment. Je me demande en permanence si les gens qui sont autour de moi sont heureux de travailler avec moi. Voilà, donc c'est une sorte de parano inversé. Oui, j'ai un petit peu l'obsession du bonheur de ceux qui m'entourent.
- Speaker #0
Je trouve que c'est un très bon conseil de voir au-delà de ce qu'on voit, effectivement. Et c'est vrai que quand toi, tu vis un drame, tu te rends compte. Et ne pas attendre d'avoir vécu ce même drame ou ce même problème pour juste simplement avoir de l'empathie, se mettre à la place des autres, ça paraît assez sensé.
- Speaker #1
C'est ça. Il y a quand même des souffrances aussi psychologiques qui sont par définition totalement invisibles. Et donc, c'est assez important de savoir déceler justement ces failles, ces fragilités. C'est le moment où le doute prend quelqu'un. Et donc, je pense qu'un bon manager est quelqu'un qui, peut-être mieux que les autres, va arriver à dépister ses fragilités et mettra l'autre dans suffisamment de confort pour qu'il se confie ou pour lui donner les clés d'en sortir.
- Speaker #0
Non, mais génial. Et à l'inverse, et je reviens toujours à Gursenard, je pense que ça ne te poserait pas de problème.
- Speaker #1
Au contraire.
- Speaker #0
Elle écrit sur des personnages qui vivent dans des mondes extrêmement violents, mais qui refusent de devenir violents eux-mêmes. et on sent bien une montée de la dureté dans les mots, dans la façon de se parler, dans la rapidité avec laquelle on se juge. Ça croise un peu ce qu'on était en train de se dire maintenant. Et ma question, c'est dans ce climat qui est un petit peu anxiogène et dans un cyber saturé de menaces, comment on peut éviter de manager uniquement par la peur ?
- Speaker #1
Alors, on ne peut pas manager par la peur. On perd ses équipes si on ne manage pas par la peur. Et je pense qu'il y a suffisamment d'exemples. Malheureusement, d'entreprises qui ont connu des trajectoires négatives pour ces raisons-là, non, on manage par la bienveillance, on manage par l'encouragement. Il y a une chose que j'ai apprise de l'armée et des scouts, je reviens là, pour donner une illustration de ce mode de management. Quand on punit ou quand on demande à un scout, un soldat, de faire quelque chose, de faire des pompes, un exercice, on va le faire avec lui. Et pour montrer que la punition qu'on lui impose...
- Speaker #0
Lead by the example.
- Speaker #1
C'est ça. C'est vraiment très important. Ça, je l'exerce en permanence. Quand je demande à quelqu'un de faire quelque chose, je dois me sentir capable de le faire aussi. C'est fondamental.
- Speaker #0
Je m'intéresse beaucoup à la génération Z. Je ne suis clairement pas passéiste. Je crois sincèrement que la génération Z, c'est la génération qui va questionner, qui va peut-être me faire tout exploser, notre rapport aux autres, aux entreprises. Ma question pour toi, c'est, quand tu observes cette génération-là aujourd'hui, est-ce que tu trouves qu'elle peut venir bousculer, justement, Est-ce qu'il y a quelque chose du salutaire dans le fait qu'elle vient justement bousculer notre rapport au pouvoir, à l'autorité, à la loyauté ? Et tout simplement, finalement, qu'est-ce que les managers doivent aujourd'hui désapprendre ou selon toi faire différemment ?
- Speaker #1
C'est une très bonne question. On parle de la génération Z, mais je pense que chaque passage de génération en génération a connu son lot de ruptures, de transitions plus ou moins douces. Là, j'ai l'impression qu'on a quand même passé un cap. Et c'est vrai qu'on a tôt fait de ne plus reconnaître. L'époque dans laquelle on a évolué comme étudiant ou comme jeune professionnel. Ce qui est intéressant, c'est que pour parler beaucoup avec cette génération-là aujourd'hui, pour avoir embauché des personnes issues de cette génération, je pense que toute question est très saine, toute interrogation, toute curiosité est saine. Et je pense que la demande de sens qui se cache derrière ces questions a quelque chose qui rappelle ce dont je parlais au début de cette... De ce moment qu'on passe ensemble, c'est l'espèce d'idéal qui est plus grand que nous et qu'on poursuit. J'ai l'impression qu'il y a quelque chose qui relie la génération Z à cette façon de penser l'idéal, en cherchant une raison d'être, en cherchant avant tout... La question du but, de pourquoi on fait les choses et pas seulement comment. Et donc moi j'accueille avec beaucoup de bienveillance et beaucoup de plaisir les questions qu'on me pose. Et je trouve ça extrêmement sain.
- Speaker #0
On entend parfois que certains managers ont du mal à travailler avec la génération Z. Est-ce que pour toi tu ressens la même chose ou pas du tout ?
- Speaker #1
Ce qui est compliqué, alors c'est pas tellement la quête de raison, la curiosité. Pour moi ce qui est plus compliqué c'est le fait que la génération Z, de ce que j'en perçois, est un petit peu plus centrée sur elle. et ne va pas vouloir changer l'autre, mais se concentrer sur ce qu'elle peut faire pour elle-même. Récemment, j'avais croisé quelqu'un qui me disait de ne plus croire dans la politique, parce que la politique, c'est vouloir changer les autres. Et pour lui, ce qui était important, c'était de changer soi-même et d'être en adéquation avec ses valeurs, avec ce qu'il veut être. Et que si tout le monde travaille sur soi, on aura un effet domino qui sera...
- Speaker #0
C'était hyper intéressant ce que tu dis sur l'approche des jeunes au monde de la politique, parce que j'ai eu exactement cette même discussion avec un jeune. Je me demande un peu quelle était ses opinions politiques. Il m'a dit ça ne m'intéresse pas parce qu'en fait je pense vraiment que c'est contextuel et que de Ausha droite ils feront ce qu'ils peuvent avec les moyens du bord. Il était totalement détaché de cette notion politisée des axes, des partis, ce qui, par rapport à notre génération, à nous, était quand même un choc assez impressionnant. Donc je comprends pas de moins ce que tu dis sur le côté... On parle parfois du côté mauvais, qui est trop d'égocentrisme, mais finalement, c'est intéressant ton prisme, qui est « développe-toi toi-même » . Et si chacun fait sa part, alors effectivement, on se passera peut-être un peu mieux les uns que les autres.
- Speaker #1
C'est ça, et en même temps, ça interroge le rapport à la politique et le rapport à l'engagement. C'est important aujourd'hui quand même de se sentir concerné par ce qui se passe autour de soi. La politique désintéresse et pour autant s'approche des élections municipales. On mesure qu'il y a un intérêt d'être un petit peu plus fort pour des élections locales où on est confronté plus directement à sa propre vie. La chose qui pourrait m'inquiéter, c'est la perte de cette notion d'engagement citoyen et un repli sur soi qui, même s'il est attaché... à la quête de sens, à la raison d'être, et moins dans le service de l'autre. Et la politique, quand on la fait bien, c'est quand même le service de l'autre. Le service de l'intérêt général, et réfléchir à la bonne façon d'organiser l'objectif. La génération Z doit peut-être apprendre à se rapprocher aussi du service de l'autre, et pas que de l'introspection et de la recherche de la raison pour soi-même.
- Speaker #0
Non, non, mais c'est intéressant. J'ai une autre question pour toi, qui est sur une autre facette de ta vie, et qui est aussi... un peu la conséquence de tous ces milieux dans lesquels tu as navigué, c'est le milieu des clubs, des cercles, des think tanks. Tu es la plus jeune personne qui est rentrée dans le club des 100, si je ne me trompe pas. Et ma question est la suivante, à quoi est-ce que tous ces cercles servent encore aujourd'hui, j'allais dire au-delà des bonnes tables ? Qu'est-ce qui s'y décide vraiment ? Et est-ce que tu peux nous en parler un petit peu plus ?
- Speaker #1
Oui, j'ai la chance d'appartenir à plusieurs clubs. Ce sont des clubs de gastronomie. dont l'ambition est avant tout de se réunir autour de bonnes tables et de bonnes bouteilles. Alors il y a le Club des 100, qui est un bon exemple, et j'y suis rentré effectivement assez jeune.
- Speaker #0
Tu peux peut-être, juste pour les personnes qui nous écoutent et qui ne connaîtraient pas, est-ce que tu peux nous parler un peu plus du Club des 100 ? Le Club des 100,
- Speaker #1
c'est un ancien club qui est plus que centenaire, qui réunit 100 personnes, des personnalités attachées au plaisir de la table, et qui ont tous un lien plus ou moins fort avec la gastronomie, avec le monde du vin. comme amateur ou comme professionnel. Ça réunit des gens d'un peu tous les mondes, du monde du vin, du monde des affaires, du monde de la politique, des armées aussi, c'est par ce prisme que j'y suis rentré. Et donc c'est une ambition qui est assez saine, assez simple, qui est de réunir des gens qui ont des valeurs communes et qui sont sûrs de passer ensemble un très bon moment. Il y a un adage, une sorte de beau d'ordre tacite au sein du club, qui est l'idée que c'est un des rares endroits où on se fait des amis d'enfance. Donc on rentre dans un corpus de valeurs. dans lequel on se retrouve, et qui fait qu'on est toujours bien les uns avec les autres. Et voilà, après oui, ça n'empêche pas de parler d'autre chose que de gastronomie à table. Oui,
- Speaker #0
de facto, tu te retrouves aussi avec des parcours de vie qui sont à nouveau, quand je dis extraordinaires, c'est qu'ils sont des gens qui ont eu des expériences, ou en tout cas qui peuvent présenter des intérêts assez forts par leur parcours et leur vie.
- Speaker #1
Oui, ça c'est vrai. Ce qui est frappant, ce sont des personnalités, effectivement, des gens qui ont tous brillamment réussi, qui sont pour la plupart des personnalités publiques, des personnalités connues. Et c'est intéressant de voir que malgré cette réussite, on peut s'intéresser à des choses aussi simples et agréables que la table et qu'au-delà de la gravité des sujets auxquels ils sont confrontés tous les jours, ils soient capables d'aller chercher cette part de légèreté. Tu as raison de parler de personnalités un petit peu hors normes et de parcours très riches. Et donc, ça donne effectivement des... des discussions, des échanges, un regard sur les choses qui est passionnant, et pour autant, le fait d'être capable de cette légèreté-là, parmi les choses qui me frappent, c'est que malheureusement, c'est un club qu'on nous quitte en partant, vraiment, et donc il y a un rapport à la mort qui est une interrogation permanente pour moi, qui est assez particulier, où on va, au moment de recevoir l'annonce de la mort d'un camarade... s'intrister, mais rebondir aussitôt et reparler de ce dont on parlait quelques heures auparavant. J'ai eu beaucoup de mal avec ça au début. J'avais beaucoup de mal à traverser la mort de quelqu'un avec qui on était encore à table quelques semaines auparavant et d'être à nouveau léger. Et pour autant, il y a quelque chose d'assez élégant, finalement, et d'assez beau, à être capable, justement, dans la douleur, de convoquer cette légèreté-là. Ça n'exclut pas la profondeur de l'accueil de la mort, mais ça renvoie à quelque chose d'assez joli.
- Speaker #0
J'ai une question et tu es obligé de répondre. J'ai une autre question qui est, qu'est-ce qui s'y décide vraiment ?
- Speaker #1
C'est une question à laquelle je ne vais pas rentrer, parce que je pense que pas mal de gens essaient de s'intéresser à ce qui se passe dans les coulisses des tables du club des 100. Le club, encore une fois, n'a pas vocation à être autre chose qu'un club de gastronomie. Il se trouve qu'il y a beaucoup des chances, très riches, que parfois pour le monde, des décisions se prennent autour d'un verre, autour d'un déjeuner, d'un dîner, mais ce n'est pas forcément sa vocation.
- Speaker #0
Comme tous les clubs qui existent, déjà le fait que ce soit des clubs fermés, élitistes, mais vraiment au bon sens du terme, qui contiennent des personnalités assez extraordinaires, c'est vraiment, ça réveille un peu tous les fantasmes. Mais finalement, dans ce que j'entends aussi, ce que tu me dis, c'est que c'est aussi finalement une source d'inspiration et d'échange avant tout, pour les gens qui y sont, vraiment au sens, on pourrait me dire que je suis naïve, mais je m'en fiche, peu importe. Mais en tout cas, c'est ce que je ressens vraiment avec toi dans ce...
- Speaker #1
Je pense que c'est ça qu'il faut retenir, effectivement. C'est que je pense qu'on apprend beaucoup humainement des autres membres du club. Je pense que moi, certains d'entre eux m'ont fait grandir, m'ont beaucoup appris et m'ont permis aussi d'aller vers les activités aujourd'hui que j'ai choisies. Il y a des choses que j'ignore aussi. Il y a beaucoup de choses qui se passent. entre certaines personnes dans l'intimité d'un petit groupe ou de deux personnes et qui ne se passe pas forcément dans le cadre du club naissant, mais au-delà. Parce qu'on se retrouve évidemment au sein du club, mais on se voit beaucoup en dehors.
- Speaker #0
Et puis tu vas créer des affinités particulières avec les uns ou les autres, donc c'est assez logique, c'est comme partout.
- Speaker #1
Bien sûr, bien sûr. Mais tu as raison d'insister sur le fait que c'est davantage un club qui permet de s'élever moralement, intellectuellement, avant de considérer que c'est un club d'affaires dénudé.
- Speaker #0
J'ai une dernière grande question pour toi, qui est assez intime, puisque quand on a commencé cette interview, on parlait effectivement de l'exigence que tes parents avaient mis derrière ton avenir, ton parcours, etc. Donc je répète, tu étais officier, haut fonctionnaire, tu as bossé dans les renseignements, dans l'effort spécial, dans la diplomatie, dans l'industrie de défense, dans la cyber sécurité, tu es aussi investisseur chez l'entreprise. Et Vignon, aujourd'hui tu as 47 ans, donc je pense que pour le coup, par rapport à l'exigence de tes parents, ok. Donc finalement... Ta zone de liberté aujourd'hui, c'est quoi ? Et mon autre question aussi, c'est, est-ce que parfois tu t'ennuies maintenant ? Parce que ça peut paraître un peu étrange, mais bon, je sais que tu es quelqu'un d'extrêmement... C'est un euphémisme de dire que Vincent est hyperactif, mais comment tu vis aussi avec ça ? Comment tu te projettes ? Parce que c'est vrai qu'on se dit, on parle de ta vie, ce que je te disais un petit peu en te taquinant, en démarrant. Au début, tu te dis, non mais c'est pas possible, il est mytho, il n'a pas fait tout ça. Mais si,
- Speaker #1
Alors les deux questions sont intimement liées. Ma liberté aujourd'hui, elle est totale. J'ai la chance de ne dépendre de personne et de pouvoir faire vivre mes visions. Alors grâce évidemment à des amis, à des associés. Je travaille avec des gens qui m'ont aussi permis de construire tout ça. Et donc la question de la liberté qui est totale et puis la question de l'ennui que je ne connais plus. J'ai effectivement besoin de remplir ma vie de beaucoup de choses très différentes. Et aujourd'hui, les projets que je mène me permettent d'aller dans des directions... très nombreuses et de chasser l'ennui en permanence. Le meilleur exemple est probablement ce projet que je développe au bord du lac d'Annecy aujourd'hui. Ce projet qu'on a lancé avec un ami, Antoine, qui est un projet d'abord de réhabilitation de domaines viticoles, de replanter les vignes qui autrefois constelaient la riveste du lac. Et puis cette envie de liberté, cette envie de multiplier les activités, a fait que ce Ce projet de réhabilitation de vignes est devenu beaucoup d'autres choses, puisqu'on s'est mis à accueillir des enfants, des écoles, au point d'en vouloir en créer une, et d'ailleurs d'avoir planifié la création de cette école. On a créé des résidences d'artistes, on a créé des artistes qui font rayonner le domaine. Là, on va créer une école de sommellerie, on va essayer d'introduire dans la région le concept d'agriturismo à l'italienne. Il y a un enjeu d'acquisition de parcelles permanents, donc l'ennui n'existe pas, et c'est une espèce de... de soif continue, permanente, d'aller partout où c'est possible. J'avais le fantasme jeune de vouloir tout être, d'exercer tous les métiers. Aujourd'hui, je suis content d'en avoir exercé certains. Il y en a beaucoup que je n'exerçais pas malheureusement. Mais dans ma vie d'aujourd'hui, j'ai cette satisfaction d'épanouir et d'être pluriel. Et je n'aurais pas pu m'épanouir autrement qu'en étant pluriel et qu'en faisant des grands écarts entre différents mondes, évidemment que j'essaie de réunir. Mais donc voilà, je n'ai pas le temps de m'ennuyer et je ne peux pas m'ennuyer parce que... Je suis obsédé par l'action.
- Speaker #0
Super. Écoute, nous non plus, on n'a pas eu le temps de s'ennuyer pendant cette interview. Et en fait, juste avant de terminer, dans chaque épisode de Manager Inspirant, je propose un petit rituel final qui est un petit ping-pong rapide. Donc, je te pose des questions courtes, tu réponds comme ça vient. Tu n'as pas besoin d'expliquer. Tu peux même me dire un mot vraiment sans toi libre. Le mot que tu associes spontanément au pouvoir.
- Speaker #1
Au pouvoir. Le rayonnement.
- Speaker #0
Le rayonnement.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Une qualité managériale que tu admires mais que tu vois trop rarement ?
- Speaker #1
L'empathie.
- Speaker #0
J'aurais pu répondre pour toi. Ce qui te met immédiatement en alerte chez un leader ?
- Speaker #1
Le narcissisme.
- Speaker #0
Décider vite ou décider juste ? Tu devais répondre beaucoup plus vite.
- Speaker #1
Exactement, pour répondre juste. Une décision juste qui est prise trop tard n'est plus juste.
- Speaker #0
Une habitude managériale que tu garderais coûte que de coûte ?
- Speaker #1
La décision collégiale.
- Speaker #0
Un livre, un film ou une référence qui a nourri ta vision de manager ? Tu n'as pas le droit de me parler de Marguerite Ursona, parce qu'on en a bien parlé. Tu peux aussi me parler de Marguerite Ursona, mais tu as le droit à deux références.
- Speaker #1
Ma vision managériale, c'est une très très bonne question. Elle est dans tous les livres. Récemment, j'ai conseillé un livre à mes équipes qui me demandaient conseils sur leur lecture de Noël. Et j'ai parlé d'un livre dont tu vas te dire, si tu le connais, qu'il a peu de lien avec le management. C'est un livre écrit par le Britannique Lawrence Durell, qui s'appelle Le Quatuor d'Alexandrie. qui est un livre absolument exceptionnel, qui raconte mieux qu'aucun autre l'Égypte, l'Alexandrie, le Caire, où j'ai eu la chance de passer un petit peu de temps. Donc ce que j'ai appris, c'est la complexité des relations, la psychologie qui se cache derrière toute décision que tu prends à l'égard d'un autre ou à l'égard de toi-même. Et donc je pense encore une fois que c'est important de revenir à la dimension psychologique dans le management, à la fois dans le fait de déceler les failles chez l'autre, de déceler finalement les failles dans ton propre management et de te remettre en question en permanence. Et donc, je citerai ce livre pour des descriptions du labyrinthe psychologique des personnages.
- Speaker #0
Je vais l'ajouter dans la pastille de book club que je fais après les interviews. Le conseil que tu te serais donné lors de ton premier jour de travail, avec le recul ? Ce que tu aurais aimé savoir ce jour-là ? Oui. Ce qui t'aurait fait gagner du temps.
- Speaker #1
Aime ce que tu fais.
- Speaker #0
Très bien. Et dernière question, qui me conseilles-tu d'inviter dans ce podcast ?
- Speaker #1
Alors, c'est une très bonne question. Un homme et une femme. Un homme et une femme. Alors, un homme, je te suggérerais d'inviter quelqu'un qui est un ami avec qui je me présentais à la mairie d'Annecy dans quelques semaines, Antoine Armand, député de la Haute-Savoie, qui a été ministre de l'économie et des finances de Michel Barnier. Donc, c'est quelqu'un que je vois beaucoup, à peu près tous les jours, et dont j'aime aussi la vision, avec qui j'aime parler, avec qui j'étais hier soir encore. Et donc, je pense que ce serait un très bon invité.
- Speaker #0
Merci.
- Speaker #1
de ton émission. Et femme, écoute, je pense que tu mériterais d'être interviewée par toi-même.
- Speaker #0
Je recommanderais à l'une belle entente. Merci, merci beaucoup. Il me faudrait quand même que tu me recommandes une femme. Donc on pourra discuter hors interview. Mais merci. Je ne l'ai pas vu venir. Eh bien écoute, Vincent, merci beaucoup pour cet échange. Merci d'avoir joué le jeu et d'avoir répondu avec sincérité à toutes mes questions. Moi, ce que je retiens, ce n'est pas seulement un parcours hors normes. Ce n'est pas l'accumulation des fonctions, des responsabilités ou des zones grises. Ce que je retiens, c'est vraiment autre chose. C'est pour moi une manière de se tenir dans le monde, une manière de ne pas confondre pouvoir et autorité, de ne pas gouverner par la peur, même quand on sait à quel point le monde peut être aujourd'hui instable, de continuer à douter, même quand on est censé savoir. Dans un monde saturé d'urgence, de bruit, de certitudes rapides, cet échange nous rappelle quelque chose d'essentiel. Manager, ce n'est pas contrôler. c'est assumer, assumer ses décisions, assumer ses renoncements, assumer sa responsabilité, non seulement face à une organisation, mais aussi face aux hommes et aux femmes qui y travaillent, et puis plus largement face au temps dans lequel on s'inscrit. Et je retiens aussi cette notion d'empathie que tu as, je trouve, définie avec un sens nouveau, vraiment une dimension nouvelle, pas seulement se mettre à la place de l'autre, mais imaginer toujours effectivement quelque chose qu'on ne voit pas, finalement, et intégrer avec beaucoup plus de... de bienveillance, même si ce mot n'a pas galvaudé, mais en tout cas, je pense que là, ça prend vraiment tout son sens dans son management. Et voilà, manager inspirant, c'est aussi ça, c'est des parcours qui nous obligent à ralentir, à regarder plus loin que le trimestre prochain et à nous poser une question assez simple, qu'est-ce que je fais de mon pouvoir et qu'est-ce que c'est de bien faire ? Vincent, merci pour cette parole rare, lucide et profondément humaine. Et c'est peut-être là que tout commence, finalement, pour chacun d'entre nous. Et c'est la vraie question du management. Merci.
- Speaker #1
Merci beaucoup, Aline.
- Speaker #0
Si cet épisode vous a inspiré, je vous invite à vous abonner à Manager Inspirant sur votre plateforme préférée et à rejoindre la conversation sur Instagram sur le compte Manager Inspirant. Et n'oubliez pas, l'inspiration, ça se partage. Et parfois, cela change profondément notre manière de diriger. Merci, à bientôt.