- Speaker #0
Bienvenue sur Matésens, le podcast des femmes qui réinventent leur carrière après la maternité. Je m'appelle Margaux Saubry-Bobet et je suis coach professionnel certifié. Chaque semaine, je vous invite à découvrir des parcours inspirants de femmes qui ont osé transformer leur vie professionnelle. Au programme, des conseils concrets et des outils pratiques pour avancer avec confiance et ambition vers la carrière qui vous correspond et qui vous rend fière. Alors, si vous êtes prête à écrire le prochain chapitre de votre vie professionnelle, Je vous invite à vous abonner dès maintenant. Allez, c'est parti ! Bonjour à toutes, aujourd'hui je suis très heureuse de vous retrouver pour un nouvel épisode avec une invitée dont le parcours associe excellence et humain. J'accueille Aurélie Balaire, elle est avocate en droit social depuis plus de 17 ans. et elle a créé son propre cabinet il y a maintenant 5 ans. Très concrètement, au quotidien, elle accompagne des salariés et des employeurs dans des moments qui ne sont pas toujours simples. Des conflits, des négociations de fin de contrat, des situations sensibles. Et elle a cette approche qui est à la fois experte, mais aussi stratégique dans sa façon d'aborder la négociation, et puis très humaine. Donc dans cet épisode, on va évoquer avec elle son parcours, son métier, son approche de la négociation. qu'elle a développé au fil des années, et puis très pragmatiquement, comment faire face quand on est dans des situations de conflit ou de discrimination en entreprise. Bref, vous allez voir une conversation à la fois très utile, simple et sans langue de bois. Bonjour Aurélie. Bonjour Margot. Alors, pour te présenter, est-ce que tu pourrais nous dire d'où tu viens et qu'est-ce que tu rêvais de faire comme métier quand tu étais enfant ?
- Speaker #1
Déjà, je te remercie pour ta très gentille invitation. Je suis Aurélie Ballert. Je suis née à Lumoche et ça fait 17 ans que j'exerce le métier d'avocate en droit du travail à Bordeaux. Pourquoi j'ai choisi ce métier ? Alors j'ai appris récemment que c'était déjà depuis ma plus tendre enfance, parce qu'il paraît que j'étais très souvent désignée... de classe, par exemple.
- Speaker #0
Ça avait la vocation, alors.
- Speaker #1
Exactement, et que je n'arrêtais pas de dire à ma mère, quand un camarade de classe était en difficulté, non, mais moi, plus tard, je défendrais les victimes, etc. Et donc, je commence par la fac de droit à Limoges. Et au départ, je voulais être juge pour enfants. Mais ça, je pense que c'est très commun dans le personnel féminin, entre guillemets. Beaucoup de filles veulent faire juge pour enfants quand tu rentres au début dans les études de droit. Et puis, j'ai fait des emplois saisonniers dans l'industrie. Et la quatrième année de droit en maîtrise, j'ai été victime d'un accident du travail. Et j'ai failli perdre l'usage d'humains dans une machine industrielle. Et là, j'ai vu se déclencher tout ce qui concerne les victimes accidentées du travail, même en tant que CDD saisonnier. Et là, je me suis dit, ça ne se passe pas comme j'aurais voulu. Surtout quand tu es victime. Heureusement pour moi, tout s'est bien terminé. Mais j'ai eu très peur. Et puis à ce moment-là, je me... Je sillais sur les orientations que je voulais prendre en droit. Et là, j'ai choisi le droit du travail.
- Speaker #0
Donc tu étais un peu ta première propre cliente, si je comprends bien.
- Speaker #1
Oui, mais bon, je ne maîtrisais pas le droit du travail. Tu sais, quand tu as la fac, tu apprends les grands principes. Mais la vraie vie, tu la découvres en exerçant le métier, vraiment.
- Speaker #0
Bien sûr. Et donc aujourd'hui, tu es avocate associée en droit social.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Et pour les novices, y compris moi, est-ce que tu pourrais nous expliquer simplement en quoi ça consiste et dans quelle situation on peut faire appel à toi typiquement ?
- Speaker #1
Alors, le droit du travail, ça concerne toutes les relations entre un employeur et un salarié. Mon activité aujourd'hui, j'ai une grosse partie où quand même j'assiste les chefs d'entreprise de toute taille. qui les aident dans le quotidien à appliquer le droit du travail. Et Dieu sait que c'est complexe, surtout que c'est une matière qui n'a de cesse d'évoluer, notamment liée aussi à la politique. On l'entend suffisamment dans les médias.
- Speaker #0
Oui, bien sûr.
- Speaker #1
Mais c'est vrai que le droit du travail est une matière très mouvante, beaucoup liée à la politique. Donc, c'est une activité, en tout cas un sujet qui n'est pas toujours simple à appréhender et puis surtout à mettre en œuvre parce qu'on est les rois en France des couches. législatives et donc complexes à appréhender. Et puis, j'ai une autre partie de mon activité que j'apprécie d'avoir développée ces dernières années, qui est la négociation de départ pour les cadres. Parce que grâce à mon expérience tournée vers les entreprises, j'ai pu appréhender qu'est-ce que les entreprises font bien et surtout moins bien. Et de développer la négociation des cadres, c'est revenir aussi à un autre côté d'aider les victimes. Je vous parlais tout à l'heure en mon enfance. Et ça, ça fait cinq ans que j'aime bien, quasiment plus d'un tiers de mon activité, accompagner ces cadres, mais dans le cadre d'une négociation. C'est-à-dire que vraiment, c'est de dire aujourd'hui, je crois que je suis arrivé au bout de l'aventure au sein de l'entreprise où j'ai bien senti que mon entreprise ne voulait plus de moi.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Donc,
- Speaker #0
c'est un peu les deux cas typiques pour lesquels des cadres vont faire appel à toi directement.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
OK.
- Speaker #1
Et c'est vrai qu'ils viennent me voir en disant, bon, je ne suis pas fermée soit à partir, soit moi-même. Comment je dois faire pour partir ? Mais je veux préserver mes droits. Parce qu'aujourd'hui, via les réseaux sociaux, les salariés ont accès à énormément de données. Mais je les invite à être vigilants. Il y a aussi beaucoup de fausses informations. Et c'est vraiment important de se rapprocher d'une personne qui connaît très bien le droit du travail.
- Speaker #0
Quelles sont les situations dans lesquelles il faut faire appel à l'aide d'un avocat comme toi quand on termine son contrat ?
- Speaker #1
Alors... Par exemple, souvent, ce qui arrive, c'est le salarié qui vient me voir et qui me dit qu'on m'a proposé une rupture conventionnelle. Ce qui est du grand classique aujourd'hui, c'est sur le principe que ça peut être intéressant pour le collaborateur, pour le salarié. Néanmoins, il faut, à côté de cette proposition, vérifier un certain nombre de données, déjà vis-à-vis du régime social et fiscal de l'indemnité de rupture. Quels vont être les droits derrière pour le salarié à France Travail ? et je reviens là-dessus quand même toute la partie optimisation fiscale et sociale de l'indemnité de rupture parce que très souvent on va vous proposer par exemple 100 mais finalement ce qui va vous rester dans la poche ça sera peut-être que aller 60-70 et vous aurez droit à France Travail que allez je vais caricaturer 3-4 mois après et ça quand vous allez aller à France Travail vous allez dire mais je comprends pas ça je l'avais pas en tête je me suis fait avoir Il y a ça et puis il y a des fois aussi de se dire, l'employeur propose une oncture conventionnelle, mais il vous propose 100, mais peut-être que la situation du collaborateur fait que l'employeur n'est pas très généreux en proposant 100 et que peut-être, en suivant quelques irrégularités dans la relation de travail, on pourrait négocier pour obtenir un peu plus.
- Speaker #0
Oui, ce que j'entends, c'est qu'il y a vraiment tout un pan d'informations auxquelles on n'a pas forcément accès en tant que cadre.
- Speaker #1
c'est ça Alors, en tout cas, y avoir accès, je pense qu'il y a beaucoup d'informations sur Internet. Ça, clairement, je ne le nie pas. Moi, j'ai beaucoup de clients qui ont déjà été sur Tchad GPT avant de venir sur le port. Mais ça fait partie de l'adaptation de mon métier. Et je commence toujours par dire quelles informations vous avez trouvées. Et puis après, on voit qu'est-ce qui est juste. Des fois, il y a des informations justes et puis des fois, il y a des erreurs ou incomplètes ou qui ne sont pas adaptées à leur situation. parce que le problème de tchat j'ai pété ou de n'importe quel autre IA, c'est qu'effectivement, ça ne tient pas compte de la situation personnelle du collaborateur. Donc, attention à ça. D'où l'intérêt d'aller trouver des professionnels du droit, j'insiste. Alors, les avocats, évidemment, mais il y a aussi l'inspecteur du travail, quand même, et il y a aussi les syndicats professionnels, qui peuvent aussi aider, qui sont dotés de juristes, et qui peuvent aider les cadres.
- Speaker #0
Et après, la spécificité dans ton travail, c'est que... que Shadji Piti n'a pas, c'est ce que tu apportes en termes de négociation aussi.
- Speaker #1
Alors absolument, parce que l'avocat, il a quand même, par son métier, il est soumis à la confidentialité. Déjà, d'une part, quand un client vient me voir, tout ce qu'il me dit dans mon bureau ne sort pas du bureau. C'est mon devoir en tant qu'avocate d'être soumis à la confidentialité. Mais cette confidentialité permet aussi, quand je négocie, par exemple, Pour un cadre. avec son employeur, que son employeur prenne lui aussi son propre avocat et en échange entre avocats. Et tout ce qui se dira entre avocats restera entre avocats. Ça ne pourra jamais sortir ni à travers un jugement prud'homale qui sera public, ni sur les réseaux sociaux, rien de tout ça.
- Speaker #0
Je pense que ça, c'est des points qui sont très rassurants pour les personnes peut-être qui entament cette démarche. Tu vois, typiquement, ce n'est pas mon cas, mais je n'avais pas en tête. Ce niveau de confidentialité et même cette discussion entre avocats qui permet aussi peut-être de préserver l'employé pendant la discussion.
- Speaker #1
Absolument, parce qu'en plus, et ça c'est aussi, en tout cas ce que moi j'aime développer dans cet aspect-là des négociations, c'est comment on appréhende la négociation. Parce que je ne fais quasiment aucun contentieux fruit de mal. Ce n'est pas mon cœur de métier, j'ai toujours fait que du conseil. Et j'essaye aujourd'hui de faire quasiment que ça. Je porte très peu ma robe. Elle prend la foussière, ma robe d'air. Pas pour le bureau, pour tout te dire. Et parce que j'essaye d'aller me former. à la technique de négociation. Je me suis déjà formée à ce qu'on appelle la négociation raisonnée, qui permet finalement de voir la négociation non pas comme étant mon client va gagner et mon adversaire va perdre, mais plutôt de se dire, non, il faut trouver un compromis. C'est de se dire, moi j'ai le cadre qui va me donner sa version de l'histoire, mais je vais pas tout prendre pour argent comptant, je vais lui dire, ok, c'est votre appréciation de la situation. Mais allons voir, comme j'ai appris, allons voir sur la montagne de l'autre. donc en l'occurrence la montagne de l'employeur, qui lui va avoir une autre appréciation de la situation. Et grâce à ces échanges-là, on constate quoi ? Que des fois, il y a beaucoup de non-dits.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
Et je l'ai vu dans un dossier récemment où l'avocat de l'employeur m'a dit, on reconnaît, enfin mon client reconnaît qu'il n'a pas du tout géré comme il aurait fallu la situation avec le cadre. Donc on peut comprendre aujourd'hui que le cadre se sente mal dans son travail. Donc c'est vrai que... d'aller reprendre le dialogue et non pas d'être dans la confrontation, comme on peut l'être dans un procès, où on attend finalement d'obtenir une condamnation, et donc un gagnant et un perdant. Ce n'est pas pour autant que je ne défends pas les intérêts de mon client, mais j'ai besoin aussi de dire au client, j'entends ce que vous me dites, mais il faut aussi que j'aille comprendre comment perçoit mon contradicteur la situation.
- Speaker #0
Oui, donc il y a vraiment ce que tu as dit aussi, de communiquer, de se reparler et puis de trouver un moyen de travailler ensemble, en tout cas d'avancer.
- Speaker #1
C'est exactement ça. C'est-à-dire que déjà, la relation que je noue avec mon client, avec le cadre, je lui dis, on est un binôme. C'est-à-dire, j'ai besoin de vous, vous avez besoin de moi, mais il faut qu'on travaille ensemble. Donc c'est hyper important, dès le départ, de voir si déjà on match. Au niveau du tempérament, est-ce qu'on se comprend bien sur les attentes, etc. Parce que c'est plutôt rare, mais j'ai eu des cas qui sont venus me voir en me disant « moi je veux lui faire la peau à mon employeur, je veux qu'il paye, je veux qu'il soit condamné » . J'entends, là on est au niveau de la colère. Si la colère est à un stade tel que je ne peux pas faire redescendre, là je ne prendrai pas le dossier parce que c'est du contentieux direct. Et là, ce n'est pas comme ça que j'aime travailler.
- Speaker #0
Oui, et justement, je voulais t'interroger sur ton approche de ton métier, que tu exerces depuis plus de 17 ans. Comment tu aimes travailler ? Qu'est-ce qui peut-être aussi te différencie d'autres avocats dans le même domaine ?
- Speaker #1
Alors, c'est vrai qu'aujourd'hui, on l'entend aussi dans les médias, mais on essaye, à tort ou à raison, un peu de s'inspirer de ce qui se fait aux États-Unis sur justement cette fameuse négociation, j'y reviens. Je suis fort... Je vais y arriver, excuse-moi pour...
- Speaker #0
T'inquiète pas.
- Speaker #1
Je suis très convaincue qu'on peut arriver à se reparler. Alors, je suis assez, peut-être, certains diront humaniste, je ne sais pas. Mais en tout cas, de se dire, je crois en l'autre et j'ai besoin de l'autre pour qu'on arrive à résoudre un problème. Et ça veut dire, effectivement, croire en l'autre, ne pas le voir comme étant le pire de nos ennemis. Donc, ce n'est pas évident pour le client parce que du coup, il dit oui, mais ce n'est pas l'idée de croire plus ce que va me dire l'employeur que ce que lui me dit. mais en tout cas Alors, j'essaye de me former. C'est très compliqué pour un avocat parce qu'on n'a pas du tout appris ça à la fac. C'est l'écoute active. Donc, c'est vrai que si tu veux, pour répondre à ta question, ce qui me différencie, déjà, c'est d'aller apprendre déjà des techniques. Donc, j'essaye de me former, par exemple, en ce moment, à la médiation pour apprendre ces techniques que toi, sans doute, tu as appris aussi dans ton domaine de coach. l'écoute active, d'aller chercher les non-dits avec des questions ouvertes et pas fermées Pour obtenir des réponses, parce que des fois, et ça aussi, c'est grâce à la négociation raisonnée, la formation que j'ai suivie avec une de mes consoeurs, où on peut apprendre à dire, OK, qu'est-ce qui va pouvoir faire qu'on va aboutir à un accord ? Et finalement, l'argent, je ne vais pas évidemment nier le fait que c'est important, mais des fois, on se rend compte que ce n'est pas toujours ça le problème. Ça peut être, je ne veux plus le voir, ça s'arrête vite, je veux tourner la page. Et finalement, des fois, on va voir que c'est aussi derrière. tout un problème personnel qui ressurgit dans le cadre de cette expérience malheureuse au travail. Pour répondre à ta question, j'essaye en tout cas de continuer à me former parce que ça demande, tu le sais, beaucoup d'énergie pour essayer de voir le client au-delà, de reprendre contact avec l'humain et essayer d'aller creuser.
- Speaker #0
C'est vrai que quand on a discuté de cette approche que tu as de négociation raisonnée, Ça m'a beaucoup interpellée et je trouvais que je voyais dans ta façon de travailler que tu accompagnes beaucoup la personne pour cheminer dans ce qu'elle traverse qui est toujours une période difficile de quitter son employeur, un emploi.
- Speaker #1
Complètement. Alors, il est vrai que ça, je ne sais pas, c'est toujours facile pour moi, mais c'est quand les cadres se mettent à pleurer. Quand tu as réussi à ouvrir le début d'une porte et que là, tu vois que tu as touché point sensible, au final, souvent, là, c'est un peu la décharge parce qu'ils se sentent en confiance. Mais clairement, je ne suis pas psychologue, psychiatre non plus, je ne suis pas coach. Donc là, je les recommande, je les invite. à aller consulter les spécialistes. Moi, je ne suis qu'avocate. Mais c'est vrai que c'est important aussi d'aller comprendre ces non-dits.
- Speaker #0
Oui, mais c'est pour ça aussi que tu me disais que tu as une approche qui est très complémentaire et que chacun son métier et qu'une personne peut avoir besoin de faire appel à un avocat et en parallèle un soutien psychologique et en parallèle un coaching pour retrouver le chemin de l'emploi. Que c'est forcément une complémentarité de soutien dans une... Phase qui est plus qu'une phase de transition, qui est une phase de rupture, en fait.
- Speaker #1
Complètement, et qui n'est pas toujours facile. Parce que les cadres, très souvent, s'ils viennent me voir, c'est qu'ils se sont, en tout cas à leur sens, beaucoup investis. Ils n'ont pas fait l'objet de la reconnaissance attendue de la part de l'entreprise. Et là, il y a beaucoup de colère, de déception, d'épuisement. Donc, c'est des... C'est des situations où j'essaye de les accompagner, mais à mon juste niveau.
- Speaker #0
Aurais-tu un exemple d'une négociation réussie ?
- Speaker #1
Alors oui, j'ai voulu te retrouver en tout cas dans mes dossiers quand même par rapport aux personnes que tu soutiens. Et donc j'ai effectivement accompagné une femme qui travaillait dans une grosse boîte qui était dans le marketing. dans une grosse boîte dans le sud-ouest. Et en fait, quand elle a eu son deuxième enfant, elle a été à l'annonce de sa grossesse. On va dire que les rapports ont complètement changé. Alors, il faut avoir en tête que dans le contexte, c'est donc une boîte familiale gérée par le patriarche qui avait aux alentours de 70 ans, donc on va dire, entre guillemets, l'ancienne génération. où eux, ils n'ont pas connu le mouvement MeToo, les réglementations strictes sur le harcèlement sexuel, moral, etc. Et c'est vrai que les propos ont commencé un peu à déraper. Par exemple, des ragots ont couru comme quoi le père de son deuxième enfant ne serait pas le même père que le premier enfant. Elle a été traitée, je cite, des attestations que j'ai eues entre les mains, de boules en cloque. Par exemple, quand elle allait déjeuner à la cantine, on a dit non, non, les boules en cloque, vous mangez dehors. Il fallait aller manger à l'extérieur. Donc, c'est vrai que ce qui s'est passé pour elle, évidemment, à un moment donné, à son retour de congé mat, où en plus, elle a été privée de salaire, évidemment, tant qu'à faire, histoire de continuer à creuser la situation. Donc, ils ne l'ont pas augmenté. Et un matin, elle est en télétravail. Elle a eu un problème informatique et là, elle s'est mise à pleurer. Elle ne s'est pas arrêtée de toute la journée. Et en fait, elle était, d'après son médecin, en situation de burn-out. Donc, c'est vrai que de là, elle est venue me voir et on a essayé ensemble de voir ce qu'il était possible de faire. Ça n'a pas été simple parce qu'on était face à des employeurs qui, effectivement, pour eux, la réponse était de dire « Non, mais tu connais l'ambiance dans la boîte, tu connais papa. » C'est pas contre toi, il est comme ça avec toutes les femmes. Tu devrais le connaître depuis le temps. En gros, ça devait être la suite logique des choses. Il ne fallait pas le prendre mal. Oui,
- Speaker #0
il était trop sensible.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. En disant, mais attends, je ne vois pas où est le problème. Alors évidemment, ceux qui lui disaient ça, c'était des hommes, naturellement. Donc c'est vrai que ça n'a pas été simple. Mais au final, on a réussi à obtenir une négociation. pour qu'elle puisse partir parce que de toute façon, elle ne pouvait plus revenir travailler dans cette entreprise. Mais ça, ça a fonctionné. Mais c'est vrai que ça n'a pas été simple pour que son client, son employeur par exemple, accepte de se mettre autour de la table.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
Parce que donner de l'argent à une femme qui a eu des enfants, qui est en plus en situation burn-out, alors là, on avait toutes les caricatures possibles, inimaginables. Mais heureusement... Les enfants du patriarche, les fils en l'occurrence, ont aidé à dire que ce n'était pas acceptable ce qui s'était passé. Ils ont accepté d'entendre qu'elle avait pu vivre une situation intense à souffrance. Exactement. Donc ça, ça a pu aboutir. Mais ça a été très long. Ça a été très très long.
- Speaker #0
Et très long, est-ce que tu peux donner un angle de grandeur pour qu'on se rende compte ?
- Speaker #1
Alors,
- Speaker #0
c'est plusieurs mois, plusieurs années.
- Speaker #1
C'est plusieurs mois parce que ce qu'il faut comprendre, c'est que le cas de « viens voir l'avocat » , lui explique la situation. On voit ce qui est possible selon les situations. Et ensuite, il faut prendre contact avec la société qui elle-même va se mettre en contact avec son avocat. Et donc, il faut ensuite que l'avocat de la société se mette en contact avec moi-même. Donc, l'avocat du salarié. Donc, déjà, il se passe généralement plusieurs semaines. Et après, on rentre en voie de négociation.
- Speaker #0
C'est tout un processus.
- Speaker #1
C'est long. C'est sûr que ça peut être long, ça peut être rapide. Des fois, ça m'est arrivé. Mais ça dépend aussi de la configuration. Et là, c'est impossible. Mais il faut bien compter en moyenne plusieurs mois.
- Speaker #0
Plusieurs mois. Et donc là justement, tu cites un exemple d'une femme qui a subi des discriminations durant une période de congé maternité. Quel conseil tu pourrais donner à une femme qui, elle aussi, subit des discriminations en lien avec sa maternité par exemple ? Est-ce qu'il y a des étapes clés pour elle ou des contacts clés si elle se trouve dans cette situation ?
- Speaker #1
Alors je pense très souvent, ce qui manque dans les dossiers, c'est des traces écrites. Parce que... De quoi on se rend compte, soyons honnêtes, la réalité, elle est là, du terrain. C'est que les collègues, quand on va demander des attestations, ne voudront pas. Ils ne veulent pas. Parce qu'ils sont eux-mêmes dans l'entreprise et ils ont peur que ça se retourne contre eux. Là, dans le cas de mon histoire de boule en cloque, quand même, et pour la petite histoire, je crois que je vous l'ai dit tout à l'heure, elle n'avait pas été non plus augmentée au retour de son congé mat. C'est vrai qu'elle a commencé à écrire les choses. C'est là qu'ils ont commencé à essayer de trouver des fausses excuses. Mais c'est vrai qu'il manquait, ça faisait déjà plusieurs semaines avant son congé mat, où déjà les choses commençaient à changer. Mais encore une fois, elle était impliquée dans son travail. Elle voulait bien faire. Elle voulait partir, on va dire, bien en congé mat. Et finalement, ça n'a pas été le cas. Mais elle ne voulait pas se mettre son employeur ado. Elle n'osait pas. Elle n'osait pas. Donc, dans la mesure du possible, c'est déjà tracé par des mails. C'est bien de tracer, en tout cas par écrit, ce qui arrive à la personne. Après, les personnes, les salariés ne sont pas seuls. Il y a les représentants du personnel. Mais souvent, ce qu'on me dit, on me dit « oui, mais moi, je ne suis pas convaincue, ils sont proches de l'employeur » . Auquel cas, je peux l'entendre. Et puis,
- Speaker #0
il y a une certaine taille d'entreprise.
- Speaker #1
Aussi. Mais, même dans une TPE-PME, il y a quand même d'autres interlocuteurs auxquels il faut penser. Si vous sentez, si les salariés sentent une détresse psychologique, n'hésitez pas à aller voir le médecin du travail. Le médecin du travail, il est soumis au secret médical, donc il ne pourra jamais retranscrire à l'enquêteur les propos que vous pourrez.
- Speaker #0
C'est bon à savoir, je pense.
- Speaker #1
Et ce qu'il faut savoir aussi, c'est que le médecin du travail peut orienter le salarié vers un psychologue du travail. Donc ça, ça peut quand même aider, on va dire, compte tenu du coût que représente un accompagnement psychologique. Ça peut quand même aider le salarié dans un premier temps. Donc il peut y avoir un accompagnement déjà sur le plan médical avec le médecin du travail. en interne Tracez par écrit les représentants du personnel. Sinon, là, si vous ne pouvez pas, pour des raisons financières ou autres, aller trouver un avocat, c'est aussi d'aller trouver l'inspection du travail.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Il y a des consultations gratuites qui existent. Donc, n'hésitez pas aussi à vous rapprocher de leur service pour avoir un premier conseil. Et sachez que l'inspecteur du travail peut, le cas échéant, faire un courrier à votre employeur en disant, sans citer votre nom, mais en disant... Des salariés sont venus me voir, est-ce que vous pouvez m'expliquer la situation ? Il peut exiger que l'employeur lui rende des comptes sur telle ou telle situation.
- Speaker #0
Ce que je retiens aussi dans tous ces précieux conseils que tu partages, c'est vraiment l'idée d'oser aller demander de l'aide, mais tout en faisant attention aux notions de confidentialité, de choisir les bons interlocuteurs dans cette démarche, mais de ne pas rester seule face à ce qu'on vit, ou en tout cas de peut-être... pas attendre l'extrême de difficultés plus grandes comme les difficultés psychologiques. Oui,
- Speaker #1
c'est vrai. Ça, c'est dans l'idéal.
- Speaker #0
Dans l'idéal, oui.
- Speaker #1
Mais dans la vraie vie, en tout cas, ça depuis 17 ans, malheureusement, c'est que souvent, on vient voir l'avocat quand on est déjà au bout du bout du bien sûr. Et en fait, j'ai l'exemple d'une cliente récemment qui m'a dit Aurélie, j'ai de... J'adore mon entreprise, mais c'est une drogue pour moi. Et donc, il faut que j'arrête la drogue pour ma santé. En fait, les salariés qui viennent me voir sont tellement investis, veulent tellement bien faire qu'ils ne disent rien. C'est jusqu'au bout, c'est jusqu'à un moment où il y a la goutte d'eau qui fait déborder le vase, où... un problème de santé, c'est-à-dire que le corps lâche. Et que donc là, on est arrivé au bout du bout de l'aventure.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
Mais c'est vrai que, voilà, ce que m'a dit cette cliente récemment sur cette histoire de, finalement, je suis dopée à mon entreprise, mais je sais que c'est une mauvaise drogue, donc il faut que je la stoppe. C'est quand même fort. Et pourtant, cette femme a subi là aussi beaucoup de discrimination. Alors là, ce n'est pas lié à un état de grossesse, mais plus au fait qu'elle était une femme.
- Speaker #0
Je pense que c'est important de rappeler aussi que ça existe, que c'est régulièrement le cas.
- Speaker #1
Oui, et quelle que soit la taille de l'entreprise. Parce qu'on pourrait croire que c'est dans les TPE qui ne connaissent pas trop le droit. L'expérience me montre que c'est dans toutes les tailles d'entreprise.
- Speaker #0
Et tous les secteurs d'activité ?
- Speaker #1
Oui, aujourd'hui, je n'ai pas un secteur plus qu'un autre.
- Speaker #0
Et dans ton quotidien de professionnel, où tu es au service de l'autre ? et notamment dans des situations qui sont quand même complexes, soit techniquement, soit émotionnellement, voire les deux. Comment est-ce que tu fais pour prendre du recul ?
- Speaker #1
Alors, ce n'est pas simple. Surtout que je suis très impliquée émotionnellement, sans doute trop. C'est sans doute une erreur de ma part, mais on apprend. On apprend tout ça s'améliorer. Donc, je dirais que moi, le sport m'aide beaucoup. Et le yoga. Je crois que passion que l'on partage de tous les deux. Mais effectivement, le yoga m'aide beaucoup parce que c'est ce qui permet pour moi de ralentir le mental. Mais c'est vrai que ça m'arrive des nuits de me réveiller en pensant à des dossiers ou quand j'ai reçu une salariée qui a pleuré dans mon bureau. Je me suis dit, mince, moi ça me chamboule. J'ai encore du mal à prendre le recul nécessaire. Mais bon, ça viendra, je pense, j'espère. Ou peut-être pas, est-ce que c'est un plus ?
- Speaker #0
On ne le sait pas, est-ce que c'est simplement être soi-même ?
- Speaker #1
Aussi ! aussi,
- Speaker #0
mais c'est vrai qu'il faut savoir trouver un bon équilibre il faut savoir prendre soin de soi pour prendre soin des autres je suis assez d'accord avec toi là-dessus est-ce que peut-être tu pourrais partager pour finir l'épisode peut-être une de tes grandes fiertés depuis ces 17 années d'exercice alors écoute,
- Speaker #1
je crois que c'est d'avoir monté mon propre cabinet maintenant il y a plus de 5 ans donc ça fait 17 ans que j'exerce mais ça fait Et... Ça fait cinq ans que j'ai monté mon propre cabinet et je crois que d'avoir développé cette partie d'accompagnement avec cette particularité de négociation dite raisonnée, ça j'avoue que c'est vraiment quelque chose que j'apprécie et j'espère encore pouvoir développer.
- Speaker #0
Enfin Aurélie, si une personne souhaite faire appel à tes services, est-ce que tu pourrais nous dire comment elle peut te contacter ?
- Speaker #1
Elle peut me contacter via LinkedIn. Je n'ai pas de site internet encore, mais elles auront toutes mes coordonnées.
- Speaker #0
Parfait. Et je rajouterai le lien dans la description de l'épisode.
- Speaker #1
C'est parfait, je te remercie.
- Speaker #0
Bravo, félicitations et merci d'avoir partagé tout ça Aurélie, c'était très précieux. J'ai beaucoup apprécié et je pense que tous ces conseils peuvent être très utiles pour les femmes qui nous écoutent. Avec grand plaisir. Trop bien. Si cet épisode vous a inspiré ou donné des clés pour avancer dans votre carrière, n'hésitez pas à vous abonner et à laisser un avis 5 étoiles. Et si vous avez envie d'échanger, de partager votre parcours ou d'être accompagné dans votre vie professionnelle, je serai ravie de vous lire. Pour cela, contactez-moi sur Instagram ou via mon site mathesense.com Et je vous dis à bientôt pour un prochain épisode.