- Speaker #0
Ma vie,
- Speaker #1
ma vie, ma vie, ma vie,
- Speaker #0
le podcast où on se dit tout. Ma vie,
- Speaker #2
ma vie,
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ma vie,
- Speaker #2
ma vie, ma vie, ma vie,
- Speaker #0
ma vie, le podcast où on se dit tout. Chaque témoignage est personnel et mérite d'être accueilli avec bienveillance. Attention, cet épisode aborde des sujets sensibles tels que le suicide, l'anxiété et le viol. Son écoute est déconseillée aux plus jeunes et aux personnes sensibles. Écoutez à votre rythme et prenez soin de vous. Bienvenue dans ma vie, le podcast 11 d'Ito. Aujourd'hui, nous allons parler d'un sujet invisible de l'extérieur, mais qui peut devenir un véritable combat intérieur au quotidien. Le trouble anxieux généralisé. Notre invitée du jour a accepté de témoigner sous le prénom de Charlotte, pour préserver son anonymat. Charlotte a 30 ans. Depuis l'enfance, elle vit avec une anxiété permanente. Une sensation d'insécurité intérieure qui ne s'arrête jamais vraiment. Mais derrière cette anxiété, il y a aussi une histoire de vie. Une enfance marquée par le divorce de ses parents et une mère en profonde détresse psychologique qui menace à tout moment de se suicider. Un sentiment d'abandon qui va être décuplé lorsqu'elle subit une agression sexuelle au collège, suivi de harcèlement scolaire. Et très tôt, cette impression qu'elle devait tenir seule. Pendant des années, Charlotte avance, malgré tout. Elle travaille, elle rit, elle surcompense, mais intérieurement, son corps et son esprit restent en état d'alerte permanent. Troubles du sommeil, toques, phobies, crises de panique, dissociations, peur de devenir folle, peur de mourir, peur de perdre le contrôle, jusqu'au moment où son corps finit par décompenser. À travers son témoignage, Charlotte raconte la difficulté à mettre des mots sur ce qu'elle vit et le soulagement du diagnostic. mais aussi ce long chemin pour apprendre enfin à ne plus seulement survivre. Et pour approfondir ce témoignage et mieux comprendre les mécanismes du trouble anxieux généralisé, nous ouvrirons ensuite la discussion avec mon amie et experte, Marini. Ma vie, le podcast où on se dit tout. Bonjour Charlotte.
- Speaker #2
Bonjour, merci d'être avec nous aujourd'hui dans Ma vie, le podcast où on se dit tout. Merci de m'avoir invitée.
- Speaker #0
Avec grand plaisir, tu vas nous raconter ton histoire. Et j'aimerais déjà que tu commences par la petite fille que tu étais. Quels souvenirs tu as au niveau émotionnel de la petite fille ?
- Speaker #2
J'ai des souvenirs assez lointains et plutôt flous, avec des images certaines précises, mais qui se comptent vraiment sur le doigt d'une main. Les principales émotions, sentiments que j'ai quand je repense à la petite fille, c'est beaucoup de... Beaucoup de solitude et beaucoup de questionnements. Tu nous dis que tu avais beaucoup de solitude, peut-être de la mélancolie, de la tristesse en toi. Est-ce que tu te sentais déjà, à l'époque,
- Speaker #0
différente des autres enfants ?
- Speaker #2
Je ne sais pas trop, à l'époque, si je me sentais différente, mais je voyais bien qu'il y avait un certain décalage avec les autres enfants. C'est vrai que j'avais une lourdeur. Par rapport aux autres, j'avais moins de capacité à me faire aussi des amis ou à me sentir un peu plus légère parce que je réfléchissais constamment à ce que je devais dire, ce que l'autre disait et ce qu'il voulait vraiment dire. Et du coup, j'étais vraiment beaucoup dans ma tête à cette époque-là et je voyais qu'il y avait comme un décalage. Je ne l'avais pas forcément trop contextualisé pour le moment.
- Speaker #0
À quel âge tu dirais que tu as ressenti cette forme d'anxiété permanente ?
- Speaker #2
Je pense que ça a commencé aux alentours de mes 12 ans, je pense, à peu près 11-12 ans. Mais de toute façon, c'est aussi à peu près là où je commence vraiment à avoir des souvenirs de ma vie. C'est à l'époque où on a déménagé en Allemagne. pour suivre mon père. Et j'ai commencé à faire de l'anxiété à ce moment-là. Et elle s'était manifestée par des tocs. Le soir, beaucoup. Où il fallait que je range des bibelots dans un certain ordre et que mes rideaux aussi, j'avais des rideaux rouges que je n'arrivais pas à positionner comme je voulais. Et je pouvais passer une heure à mettre mes rideaux le soir. Et si je n'arrivais pas à les mettre comme je voulais, je me tapais la tête pour dire à quel point il y avait vraiment quelque chose. Et puis, je m'empêchais aussi de tomber dans le sommeil parce que j'ai commencé à avoir une peur du sommeil à ce moment-là. Et donc, je me couchais très tard, vers 1 ou 2 heures du matin, et je devais me réveiller vers 6 heures, donc j'avais déjà des lacunes de sommeil à ce moment-là, et je pense que là, je suis rentrée en train. un peu dans un engrenage.
- Speaker #0
Est-ce que tes parents avaient conscience de ces tocs, de ces troubles du sommeil, de l'endormissement que tu avais ?
- Speaker #2
Alors ils savaient que je m'endormais tard, mais ils me mettaient quand même au lit à 20h30. Enfin je veux dire, j'étais comme ma sœur et mon frère, il fallait que j'aille au lit à la même heure. Et ils me disaient de lire. En fait, ils ne se faisaient pas un sang d'encre de ça. Mon père aussi était un petit dormeur, donc il s'était dit, ma fille est comme moi.
- Speaker #0
Petite dormeuse, elle n'a pas besoin de beaucoup de sommeil.
- Speaker #2
Voilà, c'est ça. Non, après, pour tout ce qui était toc et tout, ça se passait vraiment dans ma chambre. Et heureusement, je crois que personne n'a vu parce que là, ils m'auraient mis chez un psychiatre directement, je pense. Mais oui, ils voyaient bien que j'étais quand même assez fatiguée. Mais non, c'est vrai que ça ne leur a pas fait peur plus que ça.
- Speaker #0
Alors, à quel moment la chute a commencé ? de plus en plus vertigineuse et tu as de plus en plus de tocs, de plus en plus d'anxiété. Et comment ça se manifestait ?
- Speaker #2
En fait, en grandissant, j'ai fait, je crois, une première dépression au moment où je suis revenue en France, trois ans après avoir été en Allemagne, parce que du coup, c'était le moment où mes parents divorçaient. Puis le divorce s'est vraiment passé pas bien. Donc, on a vu mes deux parents souffrir. Et puis moi vraiment j'ai une incapacité à voir les autres souffrir, c'est horrible, je supporte pas voir les autres tristes. Parce que je me sens toujours coupable de leur tristesse. Et surtout quand ce sont tes parents. Et surtout quand ce sont nos parents, c'est ça. Et oui ça a été une descente aux enfers quand je suis retournée du coup en France. Je suis arrivée dans un collège où j'ai perdu un peu mes repères parce que c'était pas du tout les mêmes cercles que là où j'étais en Allemagne déjà.
- Speaker #0
Oui c'était un déracinement pour toi.
- Speaker #2
Oui. je détonais un peu dans le paysage et j'avais du mal à m'y faire donc là j'ai passé un an j'ai des images de moi à pleurer tous les soirs en sortant de ma douche et rester allongée sur le tapis de bain pendant une heure, ça a duré un an donc je pense que j'ai fait une dépression à ce moment là et après au collège j'ai joué de mauvaises rencontres Euh... Un garçon qui abusait de moi quand j'étais en quatrième et qui a dit à tout le monde que j'avais été consentante et donc du coup j'étais passée pour la fille facile alors que j'avais été agressée.
- Speaker #0
C'était plutôt la victime et lui.
- Speaker #2
C'est ça. Donc là ça a été super dur. Parce que j'avais déjà pas beaucoup d'amis et du coup, le peu que j'avais, ils m'ont un peu tourné le dos parce que j'avais mauvaise réputation, j'avais mauvaise presse.
- Speaker #0
Ils ont pas cherché à comprendre.
- Speaker #2
Non, après, c'est vrai qu'à l'époque, j'avais pas forcément compris que ça avait été une agression. Parce que moi, j'étais amoureuse. Il m'avait invitée chez lui et puis j'y étais allée. Et puis on était dans sa chambre et puis j'avais dit d'accord pour être dans la chambre. Donc en fait, je m'étais dit, c'est ma faute. Et voilà. Et donc ça, ça a été très dur. Ça m'a suivie au lycée, parce que du coup c'était le même cercle d'amis, on se suivait tous.
- Speaker #0
Tu n'en as pas parlé à tes parents ?
- Speaker #2
Non.
- Speaker #0
Non. Tu ne te confiais pas, tu gardais tout pour toi. Donc ce qui avait tendance à augmenter ton anxiété ?
- Speaker #2
Oui. En fait, à l'époque, je n'aurais pas dit de l'anxiété, mais j'étais très très triste. Je me sentais vraiment seule, vraiment triste. Mais je ne faisais pas de crise d'angoisse à proprement parler. C'était vraiment une lourdeur, une tristesse immense dont j'avais du mal à...
- Speaker #0
Oui, parce qu'une grande solitude.
- Speaker #2
Oui.
- Speaker #0
Très peu d'amis, voire quasiment pas.
- Speaker #2
Oui.
- Speaker #0
Et devant garder tout pour toi.
- Speaker #2
C'est ça.
- Speaker #0
Alors, le divorce de tes parents a lieu. Je crois que ça ne se passe pas très bien avec ta maman. Oui. Tu vis avec qui ? Papa ou maman ?
- Speaker #2
Sur décision du juge, j'ai deux semaines chez maman et deux semaines chez papa. Normalement, c'est la même chose pour mon frère et ma sœur. Sauf que ma sœur voit le bourbier rapidement chez ma mère et elle dit « moi, je vais aller que chez papa » . Sauf que moi, à l'époque, j'ai 13 ans et mon petit frère a 6 ans. Et je me dis que je ne peux pas laisser mon frère tout seul avec ma mère, qui était beaucoup trop fragile. Et donc j'ai décidé de faire deux semaines d'horreur chez ma mère. de répit chez mon père pendant 8 ans.
- Speaker #0
D'accord. Alors que ta grande sœur, elle, vivait en permanence avec ton papa ?
- Speaker #2
Oui.
- Speaker #0
Tu lui en as voulu, ta grande sœur ?
- Speaker #2
Non. Non, au contraire, j'ai été très contente pour elle, parce que c'est celle qui a la vie d'adulte la plus équilibrée et la santé mentale la meilleure de la fratrie. Donc elle a bien fait de se choisir à cette époque-là.
- Speaker #0
Comment se passe le quotidien avec ta maman et ton petit frère ?
- Speaker #2
Beaucoup de peur parce que je ne savais jamais comment est-ce que ma mère allait être quand j'allais rentrer à la maison. Est-ce qu'elle allait être énervée, triste, contente, en colère ? Je ne savais jamais sur quels pieds danser avec elle.
- Speaker #0
C'est très déstabilisant pour une petite fille qui est en pleine construction émotionnelle.
- Speaker #2
Oui, mais pour moi c'était un fonctionnement normal. C'est vrai que pareil, à l'époque, je traversais un peu la vie sans me prendre du recul sur ce qui se passait.
- Speaker #0
C'était ton seul modèle ?
- Speaker #2
Oui. J'arrivais quand même à savoir à cette époque-là que ce n'était pas un bon modèle à suivre. Mais oui, c'était assez déstabilisant. Et puis ma mère, elle aimait bien aussi être seule. Donc quand on était avec elle, chez elle, on restait aussi dans notre chambre. pour pas la déranger.
- Speaker #0
Vous aviez la sensation de la gêner ?
- Speaker #2
Oui, parce que... Je pense qu'il y avait des moments où on la gênait. Après, je pense que c'est parce qu'elle n'était pas bien et elle devait faire beaucoup de crises d'angoisse. Je pense qu'elle ne savait pas gérer quand il y avait des gens à côté. Les gens, c'était ses enfants.
- Speaker #0
C'est fou que tu dises les gens. C'était ses enfants.
- Speaker #2
Et puis, elle a commencé à prendre de la drogue aussi. Donc elle fumait dans le salon et en fait elle fermait la porte du salon elle mettait un boudin pour pas que ça sente dans le reste de l'appartement mais ça sentait dans le reste de l'appartement donc j'ai metté mon frère et moi sur le balcon en attendant qu'elle termine et puis voilà Est-ce qu'à ce moment-là tu penses que t'es devenue une adulte malgré toi ? J'espère pas parce que si c'est ça ça veut dire qu'être adulte c'est être triste et seule Mais je pense que j'ai pris de la maturité, oui, à ce moment-là. Je me suis simplement dit que je pouvais compter que sur moi si je voulais que les choses avancent et si je voulais survivre. Donc j'ai encore plus développé à ce moment-là ma solitude, mais dans une force, en fait.
- Speaker #0
Mais alors, à ce moment-là, pourquoi tu n'as pas choisi, comme ta grande sœur, d'aller vivre complètement chez ton père ?
- Speaker #2
Il y a plusieurs raisons. Déjà, mon petit frère, parce que... Je pense qu'il y avait une fausse croyance qui disait que mon petit frère avait besoin de sa maman pour grandir. Donc il fallait qu'il ait toujours le côté maternel qui n'existait plus depuis longtemps. Mais bon, voilà, c'était la croyance. Ma mère n'aurait jamais laissé mon père avoir la garde de mon frère. Moi, je pense qu'elle s'en fichait un peu. De toute façon, on ne s'entendait pas très bien. Donc en soi, voilà, moi j'étais un peu... Elle en avait marre. Je pense que je sois aussi chez elle. Donc voilà, pour moi, c'était naturel que je doive rester avec lui pour le protéger de ma mère. Et puis, il y avait aussi une certaine liberté que je pouvais avoir chez ma mère, parce que vu qu'elle ne s'occupait pas de moi, je pouvais faire le mieux quand je voulais.
- Speaker #0
C'était assez antinomique, c'est-à-dire que tu avais besoin d'attention et en même temps, ça t'arrangeait quelque part. À cet âge-là, on a envie aussi d'être un peu tranquille. Oui, c'est ça. Après,
- Speaker #2
ce n'était pas très bien non plus, parce que du coup, j'ai commencé à faire des bêtises. Très jeune, pour essayer de me sentir exister, je pense. Mais c'est vrai qu'au moins j'avais cette liberté-là que je ne pouvais pas avoir chez mon père.
- Speaker #0
Ma vie, le podcast où on se dit tout. Je crois surtout que tu te sentais responsable de ta maman.
- Speaker #2
Je me sentais responsable de ma mère. Enfin, je me sentais responsable du fait que ma mère ne se suscite pas.
- Speaker #0
Oui, parce qu'elle le verbalisait.
- Speaker #2
En fait, oui, c'était quand vous reviendrez, je serai morte, vous me trouverez morte dans l'appartement. De toute façon, je vais me suicider. Même,
- Speaker #0
tu faisais ça devant toi et ton petit frère ?
- Speaker #2
Oui.
- Speaker #0
Il avait quel âge à l'époque, ton petit frère ?
- Speaker #2
Six ans, cinq ou six ans.
- Speaker #0
Comment il réagissait ? Il avait conscience ? Il comprenait à cet âge-là déjà ?
- Speaker #2
Mon frère, il ne parlait pas du tout. Il était très taiseux. Et ça l'a suivi jusqu'à son âge adulte, puisqu'il a 24 ans. Il ne parle pas beaucoup. Donc, je pense qu'il a appris à se taire. Moi, quand j'entendais ça, je prenais peur. Et du coup, je me donnais corps et âme en présence à ma mère.
- Speaker #0
Qu'est-ce que ça représente pour toi émotionnellement d'être en permanence à protéger ton petit frère, faire attention pour ta maman aussi ? Comment on arrive à se construire quand on est une jeune fille de cet âge-là ?
- Speaker #2
En fait, on s'oublie totalement. C'est compliqué aussi parce qu'on n'apprend pas à se connaître. À 30 ans, je sais toujours. Je ne sais toujours pas qui je suis, en fait, parce que je ne me suis jamais posé la question, vu que je ne pensais qu'aux autres.
- Speaker #0
Personne ne prenait soin de toi ?
- Speaker #2
Non. Après, je ne voulais pas qu'on prenne soin de moi non plus, parce que je pense que j'avais tellement perdu confiance en l'autre. Enfin, je ne comprenais pas comment quelqu'un pouvait m'aider. Et je le pense encore aujourd'hui. C'est une croyance extrêmement profonde, que je travaille aussi avec ma psychologue, mais je déteste qu'on me tende la main.
- Speaker #0
Tout à l'heure, tu disais quelque chose de très fort. Quand tu as été agressée, tu disais « Je n'ai pas eu conscience que j'ai été agressée » . Est-ce qu'à force de subir des traumatismes, on est en mode survie et pilote automatique et on avance quoi qu'il arrive ?
- Speaker #2
Oui, et puis il y a aussi une dissociation qui se met en place. La dissociation, c'est quand le cerveau va se protéger et il va mettre une barrière émotionnelle entre toi. tes émotions et la vie.
- Speaker #0
Alors est-ce que tu peux expliquer comment ça se manifeste ?
- Speaker #2
Dans ces cas-là, je suis spectatrice de ma propre vie. Donc c'est comme si je regardais un film et qu'on pouvait me faire ce qu'on voulait, ça n'allait pas me toucher. C'est très compliqué de m'atteindre aujourd'hui. Déjà, j'ai l'impression que je ne suis plus capable d'être touchée parce que j'ai tellement éteint cette partie de moi que... Il faut vraiment y aller pour me blesser. Pour dire à quel point je suis difficile à toucher, je n'ai pas pleuré à la naissance de mon fils. J'ai dissocié. Parce que l'émotion était trop forte, je ne pouvais pas la prendre. Ça ne veut pas dire que je ne l'aime pas. Mais j'ai vraiment un pare-feu mental qui ne veut pas que je vive des émotions qui sont compliquées.
- Speaker #0
C'est ta protection.
- Speaker #2
C'est ma protection. C'est automatique, ça se met comme ça. J'ai conscientisé le fait de dissocier il y a seulement 8 ans. J'ai compris ce que c'était. Mais je le fais depuis très longtemps.
- Speaker #0
Je crois que tu as commencé aussi à te scarifier très jeune. Est-ce que c'était une manière pour toi de faire sortir la douleur et les émotions autrement ?
- Speaker #2
Je pense que oui. Avec le recul, je ne sais pas pourquoi je l'ai fait. C'est un peu spécial pour moi la scarification, parce que je sais, j'étais chez ma mère quand je le faisais dans la salle de bain le soir, après avoir eu mes tocs et tout, parce que j'en pouvais plus, et puis je m'ouvrais avec un coupe-ongles qui n'était pas en plus désinfecté, c'était vraiment à la recherche d'une infection, à la recherche d'un truc. Je crois que ça me faisait du bien, parce que j'ai une copine qui s'inquiétait de ça, et la mère de ma copine aussi. Donc en le faisant, je savais que il y a quelqu'un qui... Je savais que la maman de ma copine allait...
- Speaker #0
Prendre soin de toi.
- Speaker #2
Oui, qu'elle allait prendre soin, prendre soin de moi.
- Speaker #0
Mais c'était une forme d'appel au secours ?
- Speaker #2
Je sais pas. Je pense que oui, mais j'ai du mal à mettre des mots et une émotion sur ça.
- Speaker #0
Pendant longtemps, personne ne voit réellement ce que tu traverses. Comment tu fais pour cacher autant de souffrance ?
- Speaker #2
Je souris. Et je fais le clown. Parce que je suis très drôle. Comme personne. Et puis... Malgré tout ça, il y a beaucoup de choses dans la vie que j'aime. J'ai un peu aussi cet esprit artistique. J'aime bien chanter, j'aime bien la musique. J'aime bien danser, j'aime bien écrire. Et puis, j'ai quand même cette envie de vivre. Parce qu'en fait, sinon, autant s'arrêter. Et puis, j'essaye de trouver beaucoup de bonheur au maximum quand je suis avec mes amis. Quitte à être même un peu dans l'excès, c'est-à-dire pour passer un moment incroyable, parce que je sais que quand je vais rentrer chez moi, ça va être horrible. J'étais beaucoup dans l'excès. J'ai commencé à boire de l'alcool très jeune aussi, à 14 ans, 13 ou 14 ans. Justine y fait de l'eau écarlate, je fumais du shit.
- Speaker #0
Et ton papa, dans tout ça, il s'apercevait de rien, il voyait rien ?
- Speaker #2
Je pense qu'il n'a pas voulu voir.
- Speaker #0
Il était dans le déni ?
- Speaker #2
Oui, je pense. Mon père, il a une gestion assez compliquée de ses émotions, parce que c'est un enfant battu. et dès que ça touche à l'affect c'est vraiment dur pour lui donc je pense qu'il bloque sur ça la seule émotion que mon père a eu envers moi quand ils ont appris, ah oui j'ai une anecdote j'avais fait sniffer de l'eau écarlate à une copine qui était plus jeune que moi donc c'était la fille d'un ami de mon père et on s'était filmé Ok. Et la copine avait mis ça sur son ordinateur familial. Et donc là, ça s'était vu. Et donc mon père m'avait disputé. Et en fait, la seule émotion... La notion que mon père a, c'est la colère quand je fais ça, mais il n'y avait pas de... Mais pourquoi tu fais ça ? Enfin, je veux dire, c'est pas normal, en fait, de faire ça. C'est ça. Ouais, c'est beaucoup de colère, ou une gifle, ou... Enfin voilà, quoi, c'était le seul truc que j'avais.
- Speaker #0
Donc tu disais, la journée, tu partais dans tous les excès, mais le plus difficile pour toi, c'était la nuit, le soir.
- Speaker #2
Ouais. Bah, en fait, j'ai une anxiété nocturne. En fait, j'ai du mal à comprendre le concept de dormir, parce que... On lâche un peu prise aussi. C'est étrange de sortir de son corps, je trouve, pendant plusieurs heures.
- Speaker #0
Et puis peut-être aussi parce que tu te retrouves qu'avec toi-même. Tu n'as plus les distractions extérieures de la journée. Et là, tu es toute seule avec toi et tes émotions.
- Speaker #2
Que je suis du coup parce que je m'empêche de m'endormir. En fait, c'est juste qu'à l'épuisement, je... Je vais être sur mon téléphone ou lire des livres. Je vais toujours trouver quelque chose pour ne pas penser avant de m'endormir. Et quand je suis au lycée, d'ailleurs, je me couche vers 2-3 heures du matin.
- Speaker #0
Ça va être compliqué à gérer. Parce que tu dois t'endormir de fatigue, d'épuisement. Oui,
- Speaker #2
d'épuisement à chaque fois.
- Speaker #0
Mais sauf que le lendemain, tu dois être complètement explosée.
- Speaker #2
J'étais super fatiguée au lycée. Ça a été super dur. J'étais très fatiguée, mais je tenais beaucoup sur Balénaire. Et puis sur la jeunesse aussi. Je ne pourrais plus le faire aujourd'hui.
- Speaker #0
C'est vrai. Quand on est jeune, on en casse beaucoup.
- Speaker #2
Tu finis tes études et je crois que tu vas décider de partir. Oui. En fait, je termine mes études que je fais en Loire-Atlantique. Et je rencontre durant mon alternance mon conjoint qui habite en Normandie. Et du coup, je décide de le suivre. À l'époque, j'ai 20 ans. Et je ne me pose pas la question, je pars de la Loire-Atlantique. Trop de mauvais souvenirs là-bas.
- Speaker #0
Oui, c'était une occasion de fuir, de partir.
- Speaker #2
Oui, je voulais partir.
- Speaker #0
Quand tu rencontres ton conjoint, est-ce que tu lui parles de toi, de tes ressentis, de ce que tu vis, de ce que tu as vécu ?
- Speaker #2
Alors, non. Parce que c'est donner trop d'informations au risque de me faire rejeter ou peut-être juger ou juste d'être vulnérable par rapport à lui. Mais par contre, ça a été la première personne à voir un peu mes failles. Et il m'a dit, ça devait faire genre trois ou quatre mois qu'on était ensemble. Et il m'a dit, un jour, tu vas péter un plomb.
- Speaker #0
Ah oui, il l'a senti.
- Speaker #2
Il l'a senti. Il m'a dit, t'es sur le fil. Et moi, je m'en étais pas rendue compte parce que j'étais dans un déni colossal. Mais je me souviens qu'il me l'a dit.
- Speaker #0
Et quand il t'a dit ça, t'as ressenti quoi ?
- Speaker #2
Mais pourquoi ? Pourquoi tu dis ça ? Mais qu'est-ce qui te fait dire ça ? Est-ce que j'ai dit un truc ? Et là,
- Speaker #0
c'est toi qui étais dans le déni.
- Speaker #2
Ouais, et puis j'étais dans la peur aussi parce que... Parce que ça voulait dire qu'à un moment donné, j'allais être obligée de lâcher prise. Et pour moi, lâcher prise, c'est la mort. C'est mourir. Donc ouais, non, super dur. Et du coup... J'ai vécu avec cette peur parce que je me dis, je vais péter un plomb, mais quand ? Du coup, je flippais un peu. Mon conjoint est aussi un homme extrêmement sensible, donc je pense qu'il avait cette fibre-là, il l'avait senti.
- Speaker #0
Quand tu étais en couple, tu avais toujours tes tocs un peu moins. Ça t'a apaisée ?
- Speaker #2
Ça m'apaisait de dormir avec quelqu'un, mais j'ai toujours peur, et même encore aujourd'hui, d'être la dernière à m'endormir. En fait, je ne supporte pas entendre les gens dormir si moi je dors pas, parce que je vais faire une crise d'angoisse. Et du coup, je décide d'être la dernière à m'endormir de mon plein gré. Je pense que c'est un toque que j'ai toujours, parce que je ne serai jamais la première endormie dans une maison ou dans une soirée. Il faut que les gens dorment. Et je déciderai de me coucher. Et si je fais une insomnie, c'est parce que j'aurais décidé de faire une insomnie.
- Speaker #0
Est-ce que tu penses que c'est une forme de maîtrise pour toi de dire, je décide ?
- Speaker #2
Oui, c'est une maîtrise parce que je ne supporte pas ne pas réussir à dormir quand j'ai envie. Je ne sais pas pourquoi je suis comme ça, mais je trouve que c'est insupportable. Il me reste quelques petits tocs que j'ai toujours. C'est avec les lumières. Je fais allumer, éteindre, allumer, éteindre. Ça fait rire tout le monde. Il y a ça, et puis toucher les poignées de porte. Et fermer aussi les portes des salles d'eau. Parce que j'avais lu une fois que c'est par l'eau que les esprits sortent. Je m'étais dit, bon, il faut que je ferme tout ça, parce que moi, ils ne vont pas venir dans ma chambre. Enfin, n'importe quoi. Donc j'ai lu ça une fois, mais ça ne s'est jamais parti de ma tête.
- Speaker #0
Est-ce que tu dirais justement que les réseaux sociaux n'aident pas ? C'est pour ça quand on a tendance à s'angoisser, à stresser, à avoir des peurs d'un peu tout.
- Speaker #2
Je pense que la pire chose qui soit arrivée dans ma vie, c'est Instagram, quand j'avais 14 ans. Je pense qu'on est une génération sacrifiée par les algorithmes et on est une des générations à souffrir le plus d'anxiété et de biais cognitifs. dû justement à l'utilisation excessive des réseaux sociaux.
- Speaker #0
C'est très vrai ce que tu dis, et très peu en ont conscience.
- Speaker #2
Et je pense que ça a vraiment détruit beaucoup de personnes, dont moi, parce qu'en fait, on a appris à grandir avec des dogmes, avec des injonctions qui ne sont pas réelles, à se comparer tout le temps, à se faire juger, à devoir toujours montrer le meilleur. Et je pense que c'est vraiment pas sain. de grandir de cette manière-là. Et ce qui est compliqué, c'est plus qu'on a grandi avec et qu'on s'est construit en tant qu'adultes avec. On reste la génération qui est le plus sur les réseaux sociaux, encore aujourd'hui.
- Speaker #0
D'ailleurs, on voit que les nouvelles générations, de plus en plus jeunes, souffrent de troubles d'anxiété, de dépression.
- Speaker #2
Oui, en tout cas, j'ai l'impression que ça accélère un peu tout ça. Et puis, il y a aussi beaucoup de faux contenus sur les réseaux sociaux et il y a des faux... Des faux psys, des faux coachs qui disent des absurdités. Et c'est un danger.
- Speaker #0
C'est d'autant plus un danger quand, comme toi, on a tendance à s'inquiéter. Comment on fait la part des choses et comment on fait pour ne pas devenir folle ? Parce que c'est très difficile.
- Speaker #2
Je n'ai pas la réponse parce que moi, ça m'a fait devenir hypochondriaque. Les réseaux sociaux... L'IA, là encore, je parle à la Gemini, c'est mon meilleur ami en ce moment, alors je sais que ça pollue. Mais j'ai quelque chose qui va me répondre en fait à l'instant si j'ai des questions. Donc je pense que c'est hyper mauvais d'avoir des réponses instantanées déjà. En plus d'un truc qui n'est même pas un médecin, qui n'est même pas un humain. Je pense que la solution c'est qu'on me dise, Charlotte, je prends ton téléphone, je le jette par terre et plus jamais tu t'achètes un... Un smartphone, pour moi, c'est vraiment ça. Moi, je n'ai pas la force toute seule de pouvoir me raisonner. Oui,
- Speaker #0
c'est ça, parce que c'est une vraie ambivalence chez toi, où tu as cette lucidité de voir que c'est mauvais pour toi. Tu sais qu'il y a plein de choses qui vont t'angoisser, qui sont des fake news, mais tu ne peux pas faire autrement.
- Speaker #2
J'arrive pas, j'arrive pas. J'arrive pas, mais c'est pour ça que j'ai des exercices avec ma psychologue pour... Enfin, pour enlever du coup ces schémas-là, pour essayer un petit peu de rééduquer mon cerveau.
- Speaker #0
Comment ça se passe alors quand on est en couple, quand on est une jeune femme comme toi, très anxieuse, très soucieuse, comment ça se passe avec le conjoint ? Est-ce qu'on lui transmet ses peurs ? Est-ce qu'on développe d'autres peurs, de nouvelles peurs ?
- Speaker #2
C'est pas facile d'être en couple quand on a de l'anxiété comme ça, parce qu'on épuise l'autre. Et puis, il y a aussi une forme de culpabilité, en tout cas de ma part, qui se met parce qu'en fait, j'ai l'impression de ne pas mériter d'être accompagnée ou d'être aimée ou soutenue par lui parce que j'ai l'impression d'être à un fardeau total puisque je ne suis pas capable de profiter du moment présent, que tous les quatre matins, je me détecte un cancer. Il y a un moment donné dans ma vie où plusieurs fois par mois, je me rendais aux urgences. la nuit parce que je pensais que je faisais une crise cardiaque alors que je faisais juste une crise de panique.
- Speaker #0
Comment réagissent justement le personnel hospitalier quand on te voit débarquer comme ça plusieurs fois dans le mois pour des urgences qui n'en sont pas ?
- Speaker #2
En fait, ils viennent minimiser le ressenti. Moi, je pense qu'à cette époque, on aurait peut-être dû me mettre en psychiatrie parce que j'y suis quand même allée plusieurs fois. En fait, c'était juste que j'avais besoin d'aide.
- Speaker #0
Tu t'es présentée spontanément en psychiatrie ?
- Speaker #2
Je me suis présentée spontanément en psychiatrie pour la première fois de ma vie en novembre 2025.
- Speaker #0
D'accord. Et qu'est-ce qu'on t'a dit ?
- Speaker #2
On m'a pas dit grand chose, mais ce que j'ai compris c'est qu'il n'y avait pas de place pour moi. Il fallait que j'ai envie de me...
- Speaker #0
D'en finir pour qu'on le prenne au sérieux.
- Speaker #2
Oui, en fait, il y a un peu cette chose en psychiatrie qui est si tu n'es pas un danger pour toi-même à l'instant, ou pour les autres, on ne va pas te garder.
- Speaker #0
Ma vie, ma vie, ma vie, le podcast où on se dit tout.
- Speaker #2
Alors avec ton compagnon,
- Speaker #0
vous avez eu un petit garçon, un petit petit garçon. Comment on gère en tant que maman ?
- Speaker #2
On prend sur soi, on se projette. Chose que je n'arrivais pas à faire, je n'arrivais pas à me projeter. Là, moi, je me projette. avec mon fils sur l'avenir et du coup je mets en place beaucoup de choses pour justement que notre avenir soit beau et apaisé. Donc ça va passer par beaucoup d'écoute, j'écoute beaucoup les émotions de mon fils. Je lui dis jamais qu'il mange, je lui dis jamais qu'il exagère, j'essaye toujours de comprendre ce qui se passe, pourquoi est-ce qu'il réagit comme ça. Je suis un peu trop mère poule, mais je crois que je préfère être une mère poule qu'une mère absente. Je suis très sincère dans... mes émotions avec lui et il me le rend bien parce que des fois, il parle pas et là il me fait « Maman ? » « Mais oui ? » « Bah je t'aime ! » Et c'est adorable. Après, je suis quand même assez excessive avec lui, c'est-à-dire en 4 ans, je l'ai jamais laissé plus de 2 nuits. Donc pareil, le couple, on pâtit énormément parce que j'arrive pas à quitter mon enfant. J'arrive pas à faire sans lui pour le moment. Après, ça se gère aussi avec beaucoup, beaucoup de culpabilité. Parce qu'on lit toujours que les enfants ressentent toutes les émotions. Moi, quand je fais des crises d'angoisse, je pars de la maison. Mais je pars en mode, maman va faire les courses, je fais un gros câlin, j'y vais. En mode, il n'y a rien, mais je sors dans la rue et je respire dans un sac parce que j'ai envie de vomir et j'ai hyperventile. Il ne m'a jamais vu faire ça. Une fois, il a vu parce que je prends des médicaments. Il m'a demandé c'était quoi que je prenais. Je dis que je prends des vitamines parce qu'il n'y a pas assez de soleil. Je mens aussi un petit peu. Pour le protéger. Je le préserve de ça au maximum. Je ne veux pas qu'il s'en sente coupable. Je suis une grande anxieuse. Mon conjoint aussi est anxieux. Les chiens ne font pas des Ausha. Mon fils présente déjà des traits anxieux. Il va falloir être ultra présent pour lui. dès le départ, valider ce qu'il ressent, l'accompagner, l'éduquer aussi sur ce qu'il peut traverser, lui dire qu'il n'est pas fou et ça passe aussi par un accompagnement psy, là qui commence pour lui.
- Speaker #0
À quel moment tu comprends que ton anxiété dépasse une simple angoisse passagère et que ça va vraiment trop loin ?
- Speaker #2
C'est au moment où mon cerveau a disjoncté. Ça m'est arrivé deux fois dans la vie. La première fois, une fois que j'ai terminé mes études. J'ai terminé mes études un an après avoir avorté aussi. J'ai pas fait ça de gaieté de cœur.
- Speaker #0
Tu étais déjà avec ton compagnon actuel.
- Speaker #2
Avec mon compagnon actuel, on était ensemble depuis six mois. C'était pas le moment. C'était un choix difficile à faire. J'étais très heureuse d'avoir le choix de le faire. Mais ça reste difficile à faire. Et en fait, c'est encore quelque chose que j'ai gardé. Et puis, en plus, ça s'est mal passé parce que Merci. J'avais appelé ma mère, réflexe, idiot du coup. Et en fait, elle avait annoncé à tout le monde que j'étais enceinte, alors qu'elle savait que j'allais avorter. Donc après, j'ai dû dire à tout le monde que j'avais avorté. Mais bref. Donc je comprends du coup que ça dépasse la simple angoisse passagère parce que je fais une décompensation. Tu peux nous expliquer ce que c'est ? C'est le moment où le cerveau lâche les vannes. Il va éteindre les parties qui ne sont pas nécessaires à sa survie. Et il va fonctionner différemment. J'ai pas envie de dire des bêtises, mais en gros, il y a des parties de ton cerveau qui vont s'éteindre, typiquement la prise de recul ou la gestion, on va dire, modérée des émotions, la capacité de réflexion pour laisser l'indispensable parler, manger, marcher, enfin voilà. Et en fait, du coup, toute la chimie du cerveau est... Et les schémas de réflexion ne sont plus bons. Actifs. C'est plus actif, ça ne fonctionne plus. Il y a aussi une sorte d'inflammation, on m'avait expliqué, je ne sais pas, de l'amidage, je crois, là où les émotions se logent. Et donc, moi, il y a une nuit, en fait, où je fais ma première crise de panique avec hallucination, où j'ai des images extrêmement violentes dans la tête que je ne sais pas arrêter, maîtriser. Je ne comprends pas ce qui se passe. Vraiment. Et je me dis, ça y est, je peux être un plomb. On me l'avait annoncé, c'est aujourd'hui. Je me dis, c'est maintenant. Sauf que j'étais dans un petit village au Portugal avec 30 personnes aux alentours. Donc, il fallait juste que je laisse passer ça. Et là, ça a été la descente aux enfers. J'ai dû perdre une dizaine de kilos en l'espace d'un mois et demi. Je ne mangeais plus. Et là, j'ai fait de la dépersonnalisation. Donc, c'est vraiment, je ne me reconnaissais plus dans un miroir. De la dissociation, je ne me reconnaissais ni dans un miroir et je ne reconnaissais pas non plus mes émotions. Et je commençais même à me poser des questions sur est-ce que j'existe ? Quel est le sens de la vie ? En fait, mon cerveau, il a pété un fond. Ça partait dans tous les sens. Je n'étais plus dans le réel, je n'étais plus dans le présent. Et je ne pouvais pas y être. J'essayais de survivre dans cet état-là pendant un mois.
- Speaker #0
Ah quand même, tu ne vas pas consulter de médecin, rien.
- Speaker #2
Pas tout de suite. J'essaie de survivre un mois.
- Speaker #0
Et alors ? Pourquoi tu ne vas pas avoir de médecin ?
- Speaker #2
Parce que je me dis, mais ça va passer ! Je vais gérer !
- Speaker #0
Tu te dis, je gère.
- Speaker #2
Je gère.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #2
Sauf que là, je commence à avoir des phobies d'impulsion. Donc les phobies d'impulsion, c'est les peurs les plus enfouies en toi, que tu as peur de... commettre, ça ne veut pas dire que tu veux les commettre, c'est-à-dire que tu as tellement peur de les faire que tu as une phobie d'être capable peut-être de le faire. D'arriver à le faire. Et les phobies d'impulsion, je pense qu'il faut beaucoup en parler parce qu'il y a beaucoup de personnes qui en ont, sauf qu'on a l'impression qu'on est vraiment fou. Parce que moi, j'avais peur des couteaux parce que je m'étais dit, ça se trouve, je pourrais prendre un couteau et tuer quelqu'un. Mais moi, je ne veux pas être une tueuse. Et là, je faisais une crise d'angoisse. Il ne fallait plus de couteaux dans la maison. C'est n'importe quoi. En fait, je ne gérais plus rien. Je ne gérais plus rien. Et en plus, dans cet intervalle-là, on a un décès... Enfin, il y a un décès du côté de la famille de mon conjoint. Donc, je vais à cet enterrement-là avec mon conjoint et je pète un plomb à l'enterrement. En fait, j'étais pas capable d'aller à un enterrement. Je pouvais pas. C'était pas possible. Enfin, c'était impossible. Donc, je pète un plomb. On rentre à l'appartement le soir et là, je dis à mon mec j'ai besoin d'aide. Et il m'a dit, je peux pas t'aider. J'ai perdu mon grand-père. Et je me dis, bon...
- Speaker #0
Je peux pas compter sur lui non plus.
- Speaker #2
Après, c'était un peu l'histoire de ma vie. Donc j'ai dit, bon, ok. Et donc là, je me suis rendue à l'hôpital. J'ai vu un médecin et j'ai dit, je crois qu'il me faut des médicaments. Est-ce que je peux avoir des médicaments ? Et là, j'ai eu des anxiolytiques et antidépresseurs qui m'ont shooté... Enfin, les anxiolytiques m'ont shooté pendant trois semaines le temps que la crise... Le temps que vraiment que la... Que ça pèse ? que ça s'apaise. Et puis, après, j'ai commencé un traitement... Enfin, j'ai commencé un suivi psychologique de l'EMDR pendant 6 ou 7 mois.
- Speaker #0
Ça a bien fonctionné ?
- Speaker #2
Non, mais je voulais pas vexer la pratique. J'avais l'impression que ça fonctionnait pas. Elle était tellement impliquée dans ma vie, je m'étais dit, je ne peux pas lui faire ça. Je continuais d'aller la voir. Après, je pense que j'exagère aussi, parce qu'elle m'a quand même aidée à mettre des mots sur des choses, notamment les traumatismes que j'avais pu subir. Mais par contre, elle ne m'avait pas expliqué, comme aujourd'hui on m'explique, ce qui s'est vraiment passé dans ma tête. Vraiment, toute cette pédagogie, etc. Ça, ça a été hyper important, je trouve. et elle ne l'a pas fait, donc on a vraiment traité les traumas.
- Speaker #0
Pourquoi, d'après toi, les troubles anxieux, ça reste aussi mal compris aujourd'hui autour de nous, dans l'entourage, de manière générale ?
- Speaker #2
Parce que je pense qu'il y a une peur, parce que justement, il y a de l'incompréhension et à partir du moment où ça concerne la santé mentale, on a l'impression que quelqu'un qui a des problèmes de santé mentale, c'est un fou et qu'il ne faut pas s'en approcher, quitte à ce que ce soit presque contagieux. Il y a vraiment cette forme d'incompréhension et je pense aussi de jugement. J'ai testé d'en parler autour de moi il y a un mois, avec des amis qui sont vraiment extrêmement cartésiens. Ils n'ont pas toute cette dimension, se montrent dans leur tête comme je peux avoir. Et je leur dis, mais vous vous êtes jamais posé la question, c'était quoi le sens de la vie ? Est-ce que vous existez réellement ? Ils m'ont dit, mais t'es chelou, t'es trop bizarre, pourquoi tu penses à des trucs comme ça ? Et là, j'avais commencé à leur dire que j'étais sous traitement, sous antidépresseur. Et genre vraiment, ils m'ont pas regardée pareil de tout le séjour.
- Speaker #0
Ah oui ?
- Speaker #2
Et je sais que pour eux, je suis folle. Et il y a plein de gens maintenant qui pensent que je suis folle.
- Speaker #0
Le simple fait de poser une question sur le sens de la vie...
- Speaker #2
Ouais. qui n'est pas finalement une question si folle que ça non c'était le principe de l'absurdité, de la remise en question il y en a qui ne veulent vraiment pas en discuter ça se trouve on est tellement tous un peu un peu brancs que même ceux qui sont concernés ils ne veulent pas en parler parce que ça leur fait peur et que ça leur envoie aussi peut-être à leur propre insécurité c'est
- Speaker #0
peut-être ça quoi à quel moment tu arrives enfin à demander de l'aide à te dire là je peux pas pas continuer comme ça, il faut que je sache, il faut qu'on m'aide, il faut qu'on trouve ce que j'ai, pourquoi je suis comme ça.
- Speaker #2
Il y a eu cette première fois du coup il y a une dizaine d'années où on m'a donné un enfin on m'a dit que je souffrais d'anxiété mais plus récemment en fait du coup pendant 5 ans moi j'ai pris des antidépresseurs mais je refusais de me faire suivre par un médecin donc je gérais seule mes antidépresseurs avec internet.
- Speaker #0
Et pourquoi tu voulais pas être suivie par un médecin ?
- Speaker #2
Je ne leur faisais pas confiance, je ne sais pas. Je voulais gérer seule.
- Speaker #0
Tu leur faisais confiance alors qu'ils te donnent les médicaments, mais pas sur le suivi.
- Speaker #2
Seul moi-même peut me suivre.
- Speaker #0
Oui mais en même temps tu as été construite en ne comptant que sur toi. Tu ne pouvais faire confiance qu'à toi. Donc j'ai envie de dire que c'est presque logique.
- Speaker #2
Oui en fait j'attends rien des autres.
- Speaker #0
ma vie.
- Speaker #2
Et donc j'ai changé de travail en juin 2024 parce que je ne supportais pas en fait même tous les postes que j'ai eus. eu se sont toujours très mal passées parce que j'arrive pas à être une employée de bureau. J'y arrive pas, ça me fait péter un plomb. Et donc... Mais ça,
- Speaker #0
c'est pas être folle.
- Speaker #2
Non,
- Speaker #0
non. C'est être vivant. Il y a plein de gens qui n'arrivent pas à être employée de bureau.
- Speaker #2
Ah ouais, non, mais c'est... Et justement, j'ai fait un burn-out au bout de un an et demi dans ma nouvelle boîte. J'avais trop de responsabilités, mais j'étais aussi avec... Un patron complètement misogyne et... Enfin bref, c'est vraiment pas une belle personne quoi. Et je voyais des gens au travail se faire insulter par lui, et puis moi aussi, et puis en fait ça m'a fait péter un câble. Et là j'ai reconnu les symptômes de la décompensation qui sont arrivés. En fait je suis passée par toutes les mêmes étapes.
- Speaker #0
Donc deuxième décompensation.
- Speaker #2
Deuxième décompensation, donc a commencé en septembre 2025. J'avais décidé aussi toute seule d'arrêter mes antidépresseurs presque un an auparavant parce que je me sentais mieux et en fait j'aurais jamais dû les arrêter.
- Speaker #0
Et quand tu arrêtes donc sans sevrage, ça se passe bien ?
- Speaker #2
Alors je fais un sevrage que je m'auto... Prescrit ? Prescrit. Mais je le fais bien quand même parce que j'avais... C'est internet mais je vais sur les vrais sites parce que je travaille aussi dans le médical, dans la com, dans le médical. Je faisais pas des bêtises, mais ça manquait d'avoir un professionnel qui me demandait comment ça se passait, et de réadapter, évidemment. Ouais, je sens que je recommence à péter un plomb, puis là, sauf que j'ai mon fils, donc en fait, je me dis comment je peux faire, parce que là, j'ai eu la déréalisation qui est arrivée au travail. Je me suis retrouvée dans les toilettes, à me regarder dans le miroir, et à vraiment me dire, ah non, merde, je me reconnais pas, enfin, je suis pas ancrée là où je suis. crise de panique au travail les oreilles qui sifflent enfin ça va pas du tout donc je prends un premier arrêt de travail de 3 semaines et là au bout de 3 semaines je me dis c'est bon je peux retourner travailler alors le déni était total complet, complet, complet parce que je voulais pas reprendre des antidépresseurs et Je retourne au travail, ça a duré deux jours. Et donc un mardi midi, je me mets debout dans l'open space et je dis à tout le monde, si c'est ça ma vie, je préfère crever. J'ai pris mon sac, je suis partie et je ne suis jamais retournée là-bas. Et je suis allée à l'hôpital psychiatrique, dans la foulée. Ils n'ont pas voulu m'interner, parce qu'ils m'ont demandé si j'avais envie de me suicider. J'ai dit non, pas pour le moins. Ils m'ont fait une ordonnance pour reprendre le traitement que j'avais. Donc j'ai pris le truc et c'était horrible parce qu'en plus j'appréhende beaucoup les premières semaines sous antidépresseur puisque ça aggrave, enfin ça accentue les symptômes anxieux. Et je m'étais dit mais là je suis tellement au max de l'anxiété que je peux pas être plus anxieuse.
- Speaker #0
C'est-à-dire que ce que tu es en train d'expliquer c'est qu'au début du traitement, au lieu d'apaiser, ça accentue.
- Speaker #2
Ça peut accentuer.
- Speaker #0
Oui donc à ça se rajoutait l'angoisse qu'en plus ça... ton angoisse augmente encore plus.
- Speaker #2
C'est ça. Et puis en plus de ça, moi, quand on me donne un médicament, je vais lire la notice. Enfin, c'est pas la notice, la... Oui, c'est ça. Je vais lire la notice. Avec les effets secondaires. Je vais tout lire. Et du coup, je vais m'auto-créer les effets secondaires parce que je suis hyper forte en somatisation. Ça, c'est un de mes talents cachés. Et du coup, moi-même, je vais accentuer. Enfin, c'est horrible. En fait, je suis ingérable pendant ce moment-là. Donc, ce que je fais, en fait, c'est que je me shoot au... Aux anxiolytiques, qui sont une molécule totalement différente des antidépresseurs, histoire en fait juste de dormir pendant trois semaines, et puis d'attendre que les médicaments fassent effet. Sauf que là du coup, ma décompensation a tellement été violente qu'au bout d'un mois et demi, ça n'allait pas mieux.
- Speaker #0
Ah oui, c'est long.
- Speaker #2
Ouais, et donc ils ont doublé la dose, et puis je me suis stabilisée à peu près en janvier 2026.
- Speaker #0
À quel moment on a posé un... diagnostic, un vrai diagnostic sur ce que tu avais ?
- Speaker #2
On a posé un vrai diagnostic sur ce que j'avais entre décembre et janvier 2020. Décembre 2025 et janvier 2026, quand je suis allée voir un psychiatre pour la première fois de ma vie. Qui a effectivement du coup confirmé Le trouble anxieux généralisé, mais couplé à un trouble phobique et un stress post-traumatique dû à la maltraitance que j'ai eue dans mon enfance. Parce que jusqu'à il y a moins d'un an, j'avais jamais conscientisé que j'avais été maltraitée parce que pour moi, la maltraitance était essentiellement physique et pas psychologique. Et on m'a dit que je suis une enfant maltraitée qui est avec un stress post-traumatique. Et voilà, je l'ai compris il n'y a pas longtemps. Ça fait moins de quatre mois. Ça fait quelques mois, mais c'est encore tout neuf. Et ce n'est pas parce que je l'ai compris que je l'ai accepté aussi.
- Speaker #0
Alors justement, quand on est maman, est-ce qu'on a peur de reproduire la même chose ? Potentiellement de donner ses angoisses à son fils. Et en même temps, tu m'as dit quelque chose de très joli. Tu m'as dit, mon fils est le moment le plus doux de ma journée.
- Speaker #2
Oui, c'est vrai. Mon fils est le moment le plus doux de ma journée, donc il m'aide à m'apaiser. Il n'y a qu'avec lui que je me sens bien pour m'endormir et que je m'endors avec lui. Et c'est vraiment ma bulle de réconfort. Mais par contre, je ne veux pas qu'il le sache. Parce qu'il n'a pas à être responsable de ça.
- Speaker #0
Que ce soit un poids pour lui.
- Speaker #2
Jamais, ça ne sera jamais un poids pour lui. C'est mon fils, je suis sa mère, on garde aussi une relation de parent-enfant et c'est moi le parent. Ce n'est pas lui qui doit me réconforter et si c'est le cas, il ne le saura pas. Il sait juste que je l'aime et ça suffit.
- Speaker #0
On m'était une super maman,
- Speaker #2
ça se voit en tout cas. C'est gentil. Et du coup, pour le protéger de tout ça, j'essaye moi de m'éduquer et de bien suivre mon traitement et ma thérapie pour déjà, quand il sera plus grand et qu'il comprendra que j'ai eu ce trouble-là, parce qu'il le saura dans tous les cas, qu'il est possible de s'en sortir et que ce n'est pas une fatalité et qu'on peut aussi vivre avec même si on ne s'en sort pas totalement, parce que moi j'ai bien compris. que j'aurais un trouble anxieux pour le reste de ma vie. La question, c'est de savoir comment tu vis avec. Moi, je veux qu'il soit fier de moi, déjà.
- Speaker #0
Je pense qu'il serait fier de voir que sa maman s'est battue. Oui,
- Speaker #2
je l'espère. Et puis, j'essaye au maximum de le protéger en essayant de trouver le juste milieu sur la surprotection. Et je sais que je suis trop extrême avec lui en ce moment. Et j'ai demandé l'aide d'un professionnel pour essayer de contrebalancer ça.
- Speaker #0
C'est bien parce que tu es très consciente. Malgré tes peurs, tes craintes, tes angoisses, tu as quand même beaucoup de recul et de maturité. Est-ce que justement tu es à l'affût ? Est-ce que tu as peur d'une rechute ?
- Speaker #2
Oui, tous les jours.
- Speaker #0
Tu y penses tout le temps ?
- Speaker #2
J'y pense constamment. Dès que j'ai un peu de stress ou une situation que je ne maîtrise pas totalement, genre typiquement en ce moment, j'ai beaucoup de choses dans ma vie qui sont en train de se bousculer. C'est un peu dur parce que je suis à l'affût de symptômes de décompensation. Donc j'en ai parlé avec mon médecin, pas plus tard qu'il y a quelques jours, et il m'a dit que normalement, avec les médicaments que je prenais, je ne pourrais pas... Enfin en fait, il y a comme une barrière, mais qu'effectivement, j'ai des symptômes qui réapparaissent. Typiquement, je dors beaucoup moins bien, j'ai du mal à manger. Je fais un peu plus de sport en XF, je reconnais un peu ces traits-là que j'ai, fumer plus de cigarettes, me coucher très tard, j'ai toujours un peu ces mêmes schémas qui se mettent en place, que je peux gérer pour le moment, mais je ne veux pas arriver à la décompensation.
- Speaker #0
Est-ce que ça te rassure justement que le médecin t'ait dit « non mais avec les médicaments, vous ne risquez rien » ?
- Speaker #2
Je ne le crois pas, le médecin il n'en sait rien, il n'a pas la science infuse, moi je pense qu'il dit ça pour me rassurer. De toute façon, j'avais presque envie de lui dire mais si j'ai envie de décompenser, j'arriverai à décompenser. Donc, ce n'est pas avec les 40 mg de cloxétine que ça va faire quelque chose.
- Speaker #0
Alors, si une jeune femme nous écoute aujourd'hui et qu'elle a la sensation de se reconnaître en toi, de se dire, mais en fait, tout ce que vit Charlotte, c'est ce que je vis moi. Quel est le conseil que tu lui donnerais qu'on ne t'a pas donné suffisamment tôt ?
- Speaker #2
Il y a toujours de la lumière au bout du tunnel. Des fois, tu peux avoir l'impression que tu t'en sortiras jamais ou que t'es arrivé vraiment dans les retranchements de ton esprit et qu'on pourra pas venir te chercher, que tu peux pas revenir. Et en fait, tu reviens toujours. Parce que, en fait, t'as envie de vivre. Dans l'anxiété, on a beaucoup peur de la mort parce qu'on a envie de vivre. Et en fait, c'est pas une pulsion de mort, c'est une pulsion de vie, l'anxiété. Et je pense que du coup, il faut pas perdre cet espoir-là, mais par contre, il faut pas rester tout seul. Parce que quand on se traite pas, c'est de pire en pire. C'est comme... Il faut voir cette maladie mentale comme un cancer. Le stade, il augmente. Et comme une allergie, l'allergie, le corps, il se souviendra toujours du dernier stade d'allergie que tu as eu. Et l'anxiété, c'est pareil. C'est ce qui me fait aussi un petit peu peur dans la décompensation. Je me dis, quelle est la prochaine étape ? Vraiment, je... de s'entourer, de ne pas avoir peur d'en parler, et de s'éduquer aussi, parce que quand on est anxieux, on se sent coupable, parce qu'il y a beaucoup de personnes qui nous disent « Mais il déstresse ! C'est pas si grave ! » Sauf que notre cerveau, il ne s'est pas déstressé, c'est pas nous qui choisissons. Tu ne fonctionnes pas de la même manière. C'est ça, on ne fonctionne pas pareil. Et le fait vraiment de s'éduquer sur ça, sur la manière dont le cerveau fonctionne, etc., en fait, ça nous fait déculpabiliser parce que ce n'est pas de notre faute.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #2
Voilà.
- Speaker #0
Merci beaucoup, Charlotte. Merci pour ta lucidité, ton recul sur le syndrome. Et merci pour ton aide, pour ton témoignage, qui, je pense, va aider beaucoup, beaucoup, beaucoup d'autres personnes.
- Speaker #2
Merci beaucoup pour l'invitation. Je suis super contente de pouvoir parler de ça, de la santé mentale et de l'anxiété. J'en ai longtemps eu honte, et ça fait moins d'un an que j'ai décidé d'en parler. Et dans ma vie, il n'arrive que du positif depuis. Donc, il faut s'assumer jusqu'au bout et vivre aussi ce qu'on a à vivre. et Et je répète, mais il y a toujours de la lumière au bout du tunnel pour tout le monde et il faut juste trouver son chemin.
- Speaker #0
Merci encore Charlotte.
- Speaker #2
Merci beaucoup. Ma vie, ma vie,
- Speaker #0
ma vie ! Ma vie, le podcast où on se dit tout. Merci Charlotte pour ce témoignage d'une immense sincérité. À travers ton histoire, on comprend que l'anxiété chronique ne sort pas de nulle part. Elle peut être la conséquence d'années de peur, d'hypervigilance, de traumatisme et de solitude émotionnelle. Et ce qui frappe aussi dans ton témoignage, c'est cette capacité à continuer à fonctionner, à travailler, à rire, à avancer, alors qu'intérieurement, tu es en état d'alerte permanent. Parce qu'on peut avoir l'air normal de l'extérieur et pourtant être en train de lutter intérieurement chaque jour pour simplement tenir debout. Et maintenant, nous allons ouvrir la discussion avec mon amie et experte, Marini, pour comprendre les mécanismes du trouble anxieux généralisé. Son approche est bien sûr complémentaire de la médecine traditionnelle et ne se substitue pas à un accompagnement médical et psychologique lorsqu'il est nécessaire. Bonjour Marénie.
- Speaker #1
Bonjour Virginie.
- Speaker #0
Je suis ravie de te retrouver aujourd'hui parce qu'on va parler d'un sujet qui est très peu connu, dont on ne sait pas grand chose. Donc moi j'ai comme d'habitude plein de questions à te poser. Alors je vais commencer par la première. Est-ce que tu peux m'expliquer ? Déjà, ce qu'est exactement le trouble anxieux généralisé ? Et à partir de quand ? On ne parle plus simplement d'un petit stress, mais d'un vrai trouble.
- Speaker #1
C'est important de faire la différence. Être anxieux avant un examen, un rendez-vous important ou une situation difficile, c'est normal. L'anxiété nous prépare à réagir, mais quand elle devient présente presque tout le temps, difficile à contrôler, qu'elle touche plein de domaines de la vie et qu'elle commence à nous empêcher de dormir, de nous concentrer ou de profiter normalement, là, ce n'est plus juste un petit stress passager. Et il faut en parler à un médecin ou à un professionnel de la santé mentale.
- Speaker #0
Dans son témoignage, Charlotte m'a dit qu'elle ne connaissait presque jamais la détente. Comment on peut se sentir en sécurité alors qu'on est toujours sur ses gardes ?
- Speaker #1
Notre cerveau est fait pour repérer le danger. Et quand quelqu'un a vécu longtemps dans l'incertitude, dans la peur ou l'imprévisibilité, il peut devenir particulièrement attentif à tout ce qui pourrait annoncer un problème. Et chez Charlotte, il y a beaucoup d'insécurité dans l'enfance. La peur pour sa mère, la sensation de devoir protéger son frère, puis d'autres événements traumatiques. Ça ne veut pas dire que tout vient de là. Les troubles anxieux sont multifactoriels. En revanche, ce type d'histoire peut contribuer à maintenir une forte vigilance. Et parfois, même quand le danger n'est plus là, la personne continue à penser « Est-ce que tout va vraiment bien ? Est-ce qu'il va se passer quelque chose ? » Et vivre comme ça en permanence, c'est très épuisant.
- Speaker #0
Alors, il y a l'épuisement psychologique, mais Charlotte, elle décrit aussi énormément de symptômes physiques. Est-ce que tu peux me dire ce qu'on peut avoir comme symptômes physiques quand on est atteinte comme ça d'un trouble anxieux généralisé ?
- Speaker #1
Alors en fait l'anxiété ce n'est pas seulement une pensée. Quand ton organisme croit qu'il doit se protéger, le corps, lui, il se met aussi en action. Le cœur il peut s'accélérer, la respiration changer, les muscles se tendent, tu peux transpirer, avoir des vertiges, des nausées. Et quand tu ne comprends pas ce qui t'arrive, ça peut être un peu comme un déjeuner. ça peut faire encore plus peur.
- Speaker #0
En fait, c'est le cercle vicieux. C'est-à-dire que tu as plein de symptômes et du coup, ton cerveau s'emballe et en fait, ça n'en finit pas.
- Speaker #1
Exactement. Tu sens ton corps battre et tu te dis j'ai quelque chose de grave. Donc, tu paniques encore plus et ton corps réagit encore plus. Mais je veux insister sur une chose. Un symptôme, nouveau ou inhabituel ne doit jamais être automatiquement mis sur le compte de l'anxiété. On consulte d'abord pour vérifier qu'il n'y a pas une autre cause.
- Speaker #0
Alors Charente m'a aussi expliqué qu'elle faisait des crises de panique, de décompensation. Elle a l'impression de devenir complètement folle. Pourquoi ça fait aussi peur et surtout explique-moi ce que c'est que la crise de décompensation ?
- Speaker #1
Elle fait peur parce qu'une crise de panique peut être extrêmement impressionnante. Certaines personnes pensent qu'elles vont mourir, s'évanouir ou perdre le contrôle. Et il peut aussi y avoir ce qu'on appelle la déréalisation. tout paraît étrange, lointain, presque irréel. Ou parfois une impression d'être détaché de soi.
- Speaker #0
Là, en fait, tu m'expliques qu'on a l'impression d'être en dehors de son propre corps et de ne plus rien sentir, de ne plus avoir d'émotion.
- Speaker #1
Exactement, c'est une impression d'être détaché de soi. Et ça, forcément, ça fait très peur. Comprendre ce qui se passe peut déjà enlever une partie de la peur. Mais quand c'est nouveau, répété ou très envahissant, on se fait accompagner.
- Speaker #0
Alors Charles, Charlotte, elle parle aussi de pensées qui lui faisaient très peur, comme la peur de faire du mal aux autres ou de perdre le contrôle. Est-ce que quand on pense faire du mal à quelqu'un, est-ce que ça veut dire qu'on va risquer de le faire ?
- Speaker #1
Non, pas forcément. Et c'est vraiment important de faire cette différence. Dans certains TOC, c'est-à-dire le trouble obsessionnel compulsif, il peut y avoir des pensées intrusives. Ce sont des pensées ou des images qui arrivent contre la volonté de la personne. Et justement, elles lui font horreur. Et elle se dit « et si je faisais du mal à quelqu'un ? » La personne peut être terrifiée rien qu'à l'idée d'avoir pensé ça. Si cette pensée provoque autant d'angoisse, c'est justement parce qu'elle est complètement contraire aux valeurs de la personne. En revanche, si quelqu'un ressent une vraie intention, un projet, une envie de passer à l'acte, ou ne se sent plus capable d'assurer sa sécurité ou celle de quelqu'un d'autre, Là, on demande une aide professionnelle immédiatement.
- Speaker #0
D'accord. Charlotte Comté aussi touchait certains objets dans un ordre précis. Tu parlais des détox, des troubles obsessionnels compulsifs. Pourquoi le cerveau a besoin de mettre en place ce genre de rituel ?
- Speaker #1
Sur le moment, le rituel peut faire baisser l'angoisse. Tu as une pensée qui te fait peur, tu fais ton rituel et pendant quelques instants, tu te sens un peu plus soulagé. Donc, ton cerveau, il apprend quoi ? Il apprend que quand j'ai peur, si je fais ça, ça va mieux. Et naturellement, la fois suivante, tu recommences. Mais le problème, c'est que le soulagement ne dure pas vraiment. Petit à petit, le rythme de la douleur, habituel peut prendre de plus en plus de place. Et je peux préciser quelque chose, c'est que les TOC et les troubles anxieux généralisés ne sont pas exactement la même chose. Ils peuvent coexister, mais ce sont des troubles bien distincts.
- Speaker #0
Oui, il faut bien faire la différenciation entre les deux. Malgré ce trouble, Charlotte raconte qu'elle riait, elle travaillait normalement et que personne ne voyait ce qu'elle traversait. Comment on arrive à faire semblant d'aller bien quand c'est intérieurement une vraie bataille ?
- Speaker #1
On peut apprendre à fonctionner malgré ce qu'on ressent. Une personne qui va mal n'a pas forcément l'air triste toute la journée. Elle peut rire, être très performante au travail, voir ses amis, être une maman présente. Et ensuite, rentrer chez elle et s'effondrer. Parfois, rester occupée sert même à ne pas entendre ce qu'il y a à l'intérieur. Et souvent, quand tout s'arrête le soir, les pensées reviennent. Donc si quelqu'un nous dit « je vais mal » , il faut vraiment éviter de répondre « mais pourtant t'as l'air tellement bien » . L'apparence extérieure ne dit pas tout sur la souffrance intérieure.
- Speaker #0
Oui, d'ailleurs Charlotte nous dit qu'elle a des très grosses difficultés à s'endormir et que les problèmes ressurgissent encore plus la nuit. Charlotte m'a dit que le diagnostic avait été un véritable soulagement pour elle. Qu'est-ce qui peut réellement...
- Speaker #1
Il y a la psychothérapie qui prend vraiment une vraie place, notamment la thérapie comportementale et cognitive utilisée dans les troubles anxieux. Selon le trouble et sa sévérité, un médecin ou un psychiatre peut aussi proposer un traitement médicamenteux. Et dans le stress post-traumatique, il existe des approches spécifiques, notamment certaines thérapies centrées sur le traumatisme, comme le MDR.
- Speaker #0
Alors, tu peux m'expliquer ce que c'est que le MDR ?
- Speaker #1
Le MDR, c'est la désensibilisation et le retraitement par mouvement oculaire de tous les traumatismes que tu as pu vivre.
- Speaker #0
D'accord, c'est une forme de thérapie, bref, c'est ça, je ne me trompe pas.
- Speaker #1
Exactement. Donc l'idée importante, ce n'est pas de chercher une solution miracle, c'est d'avoir la bonne prise en charge pour la bonne personne.
- Speaker #0
Alors Charlotte, elle m'a dit qu'elle était aujourd'hui maman et elle a très peur de transmettre son anxiété à son fils. Est-ce que quand on est maman et qu'on est très anxieuse quand même et qu'on a ce trouble, est-ce que ça veut dire que forcément on va transmettre son anxiété à son enfant ?
- Speaker #1
Non absolument pas. Être anxieuse ne condamne absolument pas son enfant à devenir anxieux. Ce qui peut faire une vraie différence c'est justement d'avoir conscience de son propre fonctionnement. On peut dire à son enfant, maman est inquiète aujourd'hui mais ce n'est pas à toi de t'occuper de moi. Et ça c'est extrêmement important dans l'histoire de Charlotte. Parce qu'elle, enfant, a justement eu cette sensation de devoir surveiller et protéger sa mère. On peut donc essayer de transmettre autre chose à son enfant. Des repères, des routines, la possibilité de parler des émotions et surtout l'idée que ce n'est pas à l'enfant de porter l'équilibre émotionnel de son parent.
- Speaker #0
Alors comme à mon habitude, je vais te poser la question. Une femme qui nous écoute et qui se reconnaît énormément dans le témoignage de Charlotte. A partir de quand est-ce qu'elle doit consulter et qu'est-ce que tu lui conseillerais ?
- Speaker #1
Je dirais simplement, n'attendez pas que toute votre vie soit paralysée. Si les inquiétudes deviennent quotidiennes, si vous n'arrivez plus à les contrôler, si vous évitez de plus en plus de situations, si vous dormez mal depuis longtemps, longtemps, si les crises de panique se répètent, si les rituels ou des pensées prennent énormément de place, ou simplement si vous êtes épuisé de vivre comme ça, parlez-en. Parlez-en à votre médecin, à un psychologue, à un psychiatre si nécessaire. Et pour des souffrances psychiques légères à modérer, il existe aussi le dispositif comme mon soutien psy qui permet de bénéficier du remboursement de 12 séances dans l'année. Le plus important, c'est de ne pas attendre d'être au bout pour avoir le droit de demander de l'aide.
- Speaker #0
Et comme d'habitude, pour plus d'informations, bien évidemment, vous retrouverez tous les liens dans la description de l'émission. Merci beaucoup Marénie, merci pour toutes ces précisions sur ce sujet.
- Speaker #1
Merci Virginie.
- Speaker #0
Et surtout merci infiniment à Charlotte pour ce témoignage d'une immense force et surtout d'une très grande honnêteté. Son témoignage nous rappelle une chose essentielle, Le trouble anxio-général est un problème qui est très important. Généraliser, ce n'est pas simplement être trop sensible ou trop s'inquiéter, c'est vivre avec une inquiétude excessive et difficile à contrôler qui peut s'installer durablement, envahir le quotidien et maintenir le corps et l'esprit dans un état d'alerte presque permanent. Et peut-être que comprendre enfin que cette anxiété est un véritable trouble et non une faiblesse de caractère, c'est déjà commencer à porter un autre regard sur celles et ceux qui vivent avec. Merci de nous avoir écoutés à très bientôt sur Ma Vie le podcast où on se dit tout Si cet épisode vous a touché, n'hésitez pas à liker, partager et vous abonner pour soutenir le podcast. Et surtout, n'oubliez pas, vous n'êtes pas seul. Ma vie,
- Speaker #1
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- Speaker #2
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