- Speaker #0
Ma vie, ma vie, ma vie, ma vie, le podcast où on se dit tout. Ma vie, ma vie, ma vie, ma vie, ma vie, ma vie, ma vie, le podcast où on se dit tout. Chaque témoignage est personnel et mérite d'être accueilli avec bienveillance. Attention, cet épisode aborde des sujets sensibles, tels que le deuil et le suicide. Son écoute est déconseillée aux plus jeunes et aux personnes sensibles. Écoutez à votre rythme et surtout, prenez soin de vous. Bienvenue dans Ma Vie, le podcast où on se dit tout. Aujourd'hui, nous abordons un sujet profondément humain, encore trop peu raconté dans toute sa complexité. Accompagner la maladie grave d'un proche, traverser la fin de vie et apprendre à vivre avec. Notre invitée aujourd'hui s'appelle Catherine. Elle a partagé plus de 30 ans de sa vie avec Sergio. Une relation forte, construite dans le monde. Dans le temps, faites de repères, de complémentarité et d'amour. Elles nous racontent leur histoire depuis la rencontre jusqu'au quotidien du couple. Puis le basculement avec l'annonce du cancer. Catherine nous plonge dans ce rôle d'aidante, souvent invisible. La charge mentale, la solitude, l'épuisement. Mais aussi la manière dont chacun vit la maladie différemment. Elle partage la lucidité de Sergio face à sa fin de vie, ses choix et la manière dont cela a bouleversé leurs relations. Elle revient aussi sur les derniers moments, son départ et le choc brutal de l'après. Un témoignage fort, intime, qui parle d'amour, de perte, de courage. Et de ce qui, malgré tout, peut continuer à exister après. Et pour apporter un éclairage concret, à la fin de ce témoignage, je retrouverai, comme d'habitude, mon amie Marénie, experte diplômée de l'Institut de médecine traditionnelle chinoise. Elle va nous aider à éclairer ce que traversent les proches après une perte, mais aussi les ressources qui peuvent peu à peu aider à tenir, à respirer et parfois à se reconstruire après un deuil. Ma vie. Ma vie, le podcast où on se dit tout. Bonjour Catherine, bienvenue dans ma vie, le podcast où on se dit tout. Bonjour Fessé. Je suis ravie de t'accueillir aujourd'hui. Alors avant de commencer, je vais te demander de te présenter. Qui es-tu Catherine ? Me donner ton nom, ton âge, ce que tu fais dans la vie.
- Speaker #1
Alors je suis Catherine, j'ai 59 ans. Je suis actuellement en transition parce que je fais des études de... médecine chinoise et j'étais en fait responsable de système d'information.
- Speaker #0
Alors aujourd'hui tu es venue pour nous raconter ton histoire, ton histoire d'amour avec ton mari. Donc je vais te laisser commencer et nous raconter le début.
- Speaker #1
comment s'est faite la rencontre alors j'ai rencontré sergio j'avais 17 ans c'était un camarade de classe de mon frère et le jour où il est venu à la maison maison j'ai eu un coup de foudon oui tout de suite oui tout de suite c'est voilà je l'avais vu il venait de nulle part je ne connaissais pas et je le vois encore d'ailleurs j'ai encore cette image où il arrivait avec son petit blouson et puis moutarde. Et il était très grand, puisqu'il faisait 1m85. Et puis, je suis tout de suite tombée amoureuse de lui.
- Speaker #0
Donc, comment ça se passe ? Tu vois ce magnifique garçon, tu as un coup de foudre. Est-ce que c'est réciproque ?
- Speaker #1
Alors, je sais qu'il y a eu un coup de cœur, mais ce n'est pas la même intensité. Et puis, nous sommes en fait, ça s'est concrétisé on va dire, 5 ans plus tard.
- Speaker #0
Ah, d'accord.
- Speaker #1
Moi, j'étais déjà accompagnée. Et d'ailleurs, mon copain de l'époque, mon petit ami de l'époque, avait déjà vu qu'il y avait eu ce petit coup de cœur. Oui, exactement.
- Speaker #0
D'accord. Et donc, tu le recroises cinq ans après ?
- Speaker #1
Alors non, il fait toujours partie de ma vie, puisque c'est un ami de mon frère. Ils se sont rencontrés au lycée. Et donc, il est là régulièrement. On part en vacances ensemble. Il fait partie de ma vie.
- Speaker #0
De notre vie. Alors comment l'histoire a débuté ? Puisque tu es en couple, il est toujours dans ta vie, mais vous n'êtes pas ensemble.
- Speaker #1
Alors comment l'histoire a débuté ? C'est que déjà moi je me suis séparée de mon précédent petit ami. Et mon frère est parti faire une aventure aux Antilles. Il avait un projet d'entreprise. Et Et donc on s'est retrouvés avec toujours cette bande d'amis, puisqu'on était une bande d'amis. Mon frère et moi étions très proches, donc on avait les mêmes amis.
- Speaker #0
Et donc ton frère s'en va ?
- Speaker #1
S'en va. et
- Speaker #0
Sergio m'invite à un concert de Bernard Lavillier et voilà à la fin de ce concert ça se concrétise l'histoire d'amour commence voilà d'accord une histoire d'amour qui est comment au début Début, idyllique, parfaite ?
- Speaker #1
Je dirais pas ça. Parce que, comme je disais, on en avait parlé peut-être en antenne, c'est que Sergio c'était un gamin, un sale gamin en fait.
- Speaker #0
Ah oui ? Pourquoi tu dis sale gamin ? En quoi ?
- Speaker #1
Parce qu'il était très taquin, et moi j'étais à une époque où j'avais pas confiance en moi, et quelquefois ça me vexait. Voilà donc que ce n'était pas très agréable.
- Speaker #0
Tu penses qu'il en était conscient ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Il en jouait ?
- Speaker #1
Oui. Ça fait partie de sa personnalité. C'est sa manière de tester les gens, c'est-à-dire s'ils sont capables d'accepter ou pas sa manière d'être. qui était très taquine.
- Speaker #0
Et quel couple vous formiez tous les deux avec Sergio ?
- Speaker #1
Alors on était un couple très fusionnel et on avait confiance en nous, l'un envers l'autre. Il y avait beaucoup de confiance. En fait, déjà Sergio, ce qu'il me proposait, c'est déjà, et là j'étais très bien, c'est que toutes les tâches, puisqu'on travaillait tous les deux, étaient partagées, qu'il me disait qu'il ne voulait pas d'une femme qui soit une... une ménagère et que, en fait, puisque tous les deux travaillons, chacun se partageait, donc on a mis en place un système de partage des tâches ménagères. Et voilà, c'était assez agréable.
- Speaker #0
Facile à vivre.
- Speaker #1
Très facile à vivre.
- Speaker #0
Et lui, c'était un homme comment par rapport à toi et au quotidien ?
- Speaker #1
Alors, c'était un homme très protecteur. Certains diront contrôlant. Mais pour moi, j'étais en sécurité. avec lui quand tu dis contrôlant pourquoi contrôlant parce que c'est lui qui organisait tout parce qu'il s'occupait moi j'étais une dépensière lui il avait ce petit côté un peu Il avait déjà une formation financière. On gérait la maison un petit peu comme une entreprise. C'est-à-dire qu'on avait un budget. Vu de l'extérieur, c'était très perturbant pour les autres. Mais on a le budget pour les vacances, le budget pour le coiffeur, les vêtements. Tout était organisé. Et c'était pour moi, moi qui étais dépensière, je savais... Ce qui était disponible pour faire mes petits achats compulsifs. Tout était bien géré.
- Speaker #0
En fait, dans le couple, si je peux réduire à ça, c'est lui, c'était le cadre et toi, le mouvement.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Est-ce que tu t'es rendu compte, après la déclaration de sa maladie, à quel point il était ton socle ? Oui.
- Speaker #1
Oui, parce que quand il a... En fait, tout s'est écroulé. J'ai senti que c'était comme ma colonne vertébrale, en fait, j'étais complètement délité. C'est-à-dire que je n'avais plus, et là, je sentais que c'était lui qui allait avoir besoin de moi.
- Speaker #0
Oui. Les rôles s'inversaient.
- Speaker #1
Les rôles s'inversaient. Et parce qu'en fait, dès que la maladie s'est déclarée, et comme elle était très avancée, puisqu'il était déjà métastasé sur... le foie et le poumon, il m'a demandé de prendre en charge des choses que je n'avais pas prises depuis 30 ans. Donc, c'est-à-dire tout le côté financier, toute la gestion de la maison, les courses, parce qu'il faisait les courses, c'est lui qui faisait les courses, c'est lui qui... La voiture, les voitures, même c'est moi qui me suis chargée de vendre la deuxième voiture. En fait, tout était, tout me revenait parce que lui, il avait besoin d'espace, a besoin Il avait besoin de son énergie pour se battre.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
Et donc, c'est à moi qu'incombait en fait toute cette charge. Et c'est vrai que ça a été très difficile. Et je me suis aperçue, je me suis sentie même comme une petite fille qui était un petit peu paniquée parce que je ne savais même plus comment gérer en fait. En fait, je me disais, je peux te laisser aller. C'est agréable aussi Exactement, je m'étais laissée aller Moi, quand je travaillais tard au bureau Ils venaient me chercher Ils pouvaient venir me chercher à 22h Ils venaient me chercher, ils me faisaient tout Et c'est là où je me suis aperçue Que c'était le socle de la maison C'était ton monde C'était, voilà Et puis moi, un petit peu paresseuse Puisque moi, je m'occupais que de la maison de mon travail et puis en même temps, je le gâtais aussi, c'est-à-dire que moi je ne le contrariais jamais, dans ce sens-là. C'était un enfant gâté quand même.
- Speaker #0
C'était ton enfant gâté ?
- Speaker #1
Exactement, c'était mon gros bébé de 1m80.
- Speaker #0
Alors il y a cette annonce terrible, l'annonce du cancer. Qu'est-ce que tu réalises à ce moment-là ? Est-ce que tu te dis ça y est ma vie va basculer ou pas tout de suite ?
- Speaker #1
Alors, on est dans un état de sidération. Moi, pendant trois semaines, j'ai continué à travailler et je commençais à pleurer. Mais quand on lui a mis la chambre pour recevoir les chimios...
- Speaker #0
Le pack, je crois, c'est ça ?
- Speaker #1
C'est une chambre qui permet qu'on insère sous la clavicule. qui permet de recevoir, pour ne pas abîmer les veines, tous les produits, la chimie. C'est là où je me suis aperçue que c'était une réalité.
- Speaker #0
C'est là où tu sens que ta vie va basculer.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui a été le plus dur pour toi au départ ?
- Speaker #1
C'est de le voir pendant les chimios. C'est de le voir maigrir, vraiment. Et de le voir souffrir des symptômes liés à la chimiothérapie. Tous les effets secondaires qui sont très lourds. Tous les effets secondaires qui étaient des aftes. Et Sergio était quelqu'un de terrien. c'est-à-dire qu'il fallait qu'il mange. Et malgré ses aftes qui le faisaient vraiment souffrir, il avait dit qu'il pensait que s'il ne maigrit pas, c'était de la seule façon qui puisse pour qu'il permettrait en fait de résister et donc je le voyais souffrir parce qu'il poussait même des petits avait des petits cris internes que je sentais et moi je souffre avec lui en fait c'est de le voir souffrir en fait qui voilà si je devais résumer c'est de le voir souffrir des devoirs maigrir et après la première cure et bien il a réussi à maintenir Il a repris son poids. Il a vraiment conservé cette force. Il avait une force de vivre. Il a mangé. Les effets secondaires arrivaient une semaine, dix jours après l'échignot. Il arrivait à récupérer. Pendant ce temps-là, il mangeait. Il avait récupéré son poids. Il s'était maintenu jusqu'à la fin. Il maintenait le poids. Et d'ailleurs, c'était très trop vite. troublant parce qu'il y avait comme un décalage entre ce qu'on percevait de lui l'état d'avancement de la maladie et d'ailleurs mon médecin traitant a dit qu'on n'aurait jamais pu imaginer qu'il puisse être atteint d'une maladie aussi grave qu'on le voyait d'ailleurs c'était moi presque qui faisait qui trahissait en face de la maladie fois.
- Speaker #0
Ma vie, le podcast où on se dit tout. C'est vrai qu'on parle peu des aidants, mais finalement tu souffres à travers lui et c'est terrible parce que... Tu vas nous en parler aussi un peu après, mais c'est vrai que les aidants sont très seuls dans ce cas-là. Quelle a été l'attitude de Sergio face à la maladie ?
- Speaker #1
Digne, très digne. C'est vraiment... Il a... face à tout le monde. Les médecins, face à moi. Il ne s'est jamais... il ne se plaignait jamais. Je l'ai vu pleurer une ou deux fois. Mais sinon, il a toujours été digne. Il était un plaisantin. Et moi, plus il était digne, et puis moi, j'avais honte, en fait. J'avais honte d'être aussi faible. Mais ça m'a préservée. Merci. Je lui dis encore merci, gratitude, parce que vraiment, c'est ce qui me faisait tenir debout aussi. C'est parce que c'est justement cette honte qui me dit « Mais Catherine, t'as pas le droit de descendre, lui. C'est pas toi qui es malade, c'est lui. »
- Speaker #0
Et toi, tu étais dans quelle position ? Tu gardais espoir ou tu savais que malheureusement, issues
- Speaker #1
Les chiffres étaient... Les statistiques, c'est 13% de chance qu'on puisse en sortir. Et Sergio disait toujours, on ne sait pas dans quel état. Donc on peut s'en sortir à 13% de chance qu'on s'en sorte après 5 ans de maladie. Ce qui était bien avec Sergio, c'est qu'il nommait les choses. Et ça, c'était très bien. aussi. Et à chaque fois, il me rappelait les statistiques. D'ailleurs, il me l'a dit dès le départ. Il me l'a dit, Catherine, je vais mourir. Après, voilà, on va essayer de... Voilà, l'idée, c'est quand même de tenir en meilleure forme possible. Mais on savait qu'il y aurait une issue qui était sans appel.
- Speaker #0
Est-ce que tu as eu la sensation qu'on prenait vraiment en charge le malade, donc ton mari, mais pas toi, les dents qui souffraient aussi terriblement ?
- Speaker #1
Clairement en fait, et en même temps je comprends Les hôpitaux sont un peu en souffrance aussi Donc on n'a pas le temps de s'occuper de l'aidant Même si c'est vrai qu'on a posé la question Et puis il y a des associations qui existent quand même Moi je ne veux pas être trop ingrate ou dire injuste par rapport à ce qui existe. Parce qu'il y a des choses, il y a quand même des gens qui s'occupent. Mais ça veut dire que c'est moi qui dois me bouger. Mais mon problème, ce n'était pas moi, c'était lui. Oui,
- Speaker #0
et puis surtout, c'était à toi de trouver ces ressources. Exactement. On ne venait pas te dire, il y a ça qui existe, tu peux aller voir telle association, telle aide, tu dois te débrouiller toute seule.
- Speaker #1
Oui, mais en même temps, ça existe. Alors pour moi, je suis familiarisée avec tout ce qui est informatique, tout ce qui est Internet, donc moi je pouvais en retrouver. J'ai trouvé des choses, j'ai trouvé des associations justement qui faisaient des livrets, vivre à côté d'une personne dans une maladie grave. Je me suis renseignée aussi, je sais qu'il y avait des diplômes universitaires qui étaient sur les soins palliatifs et qui proposaient une bibliographie. Donc moi j'ai acheté des livres, j'ai regardé comment essayer de me comporter. la bonne posture, la bonne place à côté de Sergio, sans le peser, parce que je pense que je lui pesais aussi, parce que j'avais mon chagrin. Et moi, l'idée, c'était d'essayer de trouver la bonne place. Je pense que je ne l'ai pas trouvé, clairement. J'ai cherché, mais je ne l'ai pas trouvé, parce qu'en même temps, même s'il avait besoin de moi, il était quand même encore plus fort que moi, en fait. Il était plus... C'est lui qui nous a soutenus, qui a permis que ça soit viable. cette période.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a eu des moments où tu t'es dit « Moi aussi, je suis en train de sombrer, je ne vais pas y arriver ? »
- Speaker #1
Clairement, pour moi, j'ai dit, s'il y avait l'annonce, je me voyais, c'était plus que ça. Je me voyais parce que j'essayais de me préparer. Et je me voyais sombrer. Je me voyais comme dans un trou noir, en fait. Je voyais qu'on m'annonçait sa mort. Et que je me voyais... C'était très, très bizarre comme sensation. De se voir dans le noir, en fait. De tomber. Et j'avais des copines qui me disaient... Écoute, si tu vois ça, essaie de revoir que tu te relèves. Relève-toi, relève-toi. Je disais, c'est un jour, je sais pas comment je vais faire. il dit mais si tu arrives et puis cette boule au ventre qu'on en a toujours qui reste là tout le temps on ne sait pas comment on va s'en débarrasser pour la faire partir alors on cherche des ressources moi j'avais quand même Sergio qui était fort donc c'était bien et avec le temps je m'aperçois à quel point heureusement qu'il était comme ça parce que c'est ce qui me permettait d'être là aujourd'hui en fait.
- Speaker #0
qui t'a permis de tenir finalement même lui dans la maladie il restait ton cadre exactement,
- Speaker #1
et moi il m'avait dit de toute manière qu'il partirait qu'il ne voulait absolument pas mourir il me disait moi je ne mourrais pas dans des hôpitaux dans une chambre impersonnelle au sud d'un néon ça c'est clair il m'a dit qu'il ne le ferait pas donc c'est lui qui prendrait l'initiative si jamais cette loi pour l'aide à mourir ne passait pas. Parce qu'il partirait. Moi, je lui ai même demandé si on pouvait partir ensemble. Il a refusé.
- Speaker #0
Donc, il parlait clairement de la possibilité ? Ah oui,
- Speaker #1
clairement. Il en a parlé clairement.
- Speaker #0
Comment tu l'as pris, quand il t'a parlé pour la première fois, en te disant, je déciderai de partir ?
- Speaker #1
Là-dessus, je comprenais. Ça, je comprenais. Après, c'est comment ? tout seul, moi j'étais plutôt finis ensemble quoi puis on finit ensemble et elle me dit non non t'as d'autres choses à faire donc tu as accepté finalement cette décision ? Ah oui, ça par contre je l'ai accepté parce que je comprenais sa crainte Il a essayé vraiment de souffrir, et moi je ne voulais pas qu'il souffre. Il a essayé de trouver des remèdes, il a essayé de parler à des gens pour trouver des remèdes pour pouvoir ne pas souffrir, partir tranquillement. Mais bon, il n'a pas trouvé.
- Speaker #0
Oui, en fait, il voulait à tout prix se battre, mais il voyait bien que l'issue serait de toute façon, malheureusement, la mort. donc il s'est dit, autant partir d'ici. dignement et en souffrant le moins possible.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Et c'est vrai que quand on aime, on accepte. Même si c'est extrêmement dur, extrêmement violent. Alors, donc il prend cette décision, comment ça se passe ? Qu'est-ce qu'il te dit ?
- Speaker #1
Eh bien moi, il me dit... La décision, quand il l'a prise, c'est... On n'est pas préparé. Mais là, c'était... Le problème, c'est que Ça s'est décidé à moi. moment où en fait il n'y a plus d'espoir puisqu'il y a une sorte de, comment dire, son foie qui était au départ touché juste sur un lobe a été touché sur les deux lobes. Poumon, pareil. Donc il y a comme une jetée de ballon en fait. Les nodules sont poussés. Donc il n'y avait plus de chance. C'est-à-dire que même l'opération qui pouvait consister à... Lui enlever un des lobes et puis de pouvoir vivre sur l'autre n'était plus possible.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui est le plus dur à accepter ? C'est de comprendre sa décision ou de comprendre qu'on ne peut rien faire contre cette décision ?
- Speaker #1
Non, l'impuissance, c'est clair. C'est l'impuissance qui... C'est que je ne peux rien faire, en fait. Je ne peux rien faire. Et puis, Sergio, c'était quelqu'un de très... très réfléchi. Quand il prend une décision, c'est... Il va la mettre à exécution. Et c'est pas la peine... C'est pas la peine de venir... Sinon, ça devient un sujet tabou. En fait, ça se ferme. Mais tu voulais surtout pas ça. Oui. C'est-à-dire que sinon, le lien se perd. Je me conditionnais justement à me dire que c'est son corps, c'est sa vie, c'est lui qui ressent. Et je peux pas me mettre à sa place. Et il faut que j'accepte sa décision.
- Speaker #0
Comment tu allais, toi, physiquement et psychologiquement ?
- Speaker #1
Déjà, il y a une sorte de bascule, et c'est vrai encore aujourd'hui, c'est que je suis passée dans un autre monde, dans une autre dimension. C'est ça. Plus rien, mais plus rien n'a la même saveur. Le soleil n'a plus la même saveur, une fleur n'a plus la même saveur. rien à la tête, le goût de rien. rien. Moi, j'étais comme un... comme son bulle. J'étais là. Je faisais des choses, mais combien de fois j'ai laissé le feu, laissé la casserole, la porte ouverte, la porte d'entrée ouverte, la voiture. Je reste complètement sidérée dans la voiture pendant... Je me pose et je sais pas... Je peux plus me lever, je peux plus bouger. Je vais faire des courses. comme ça, j'ai l'impression que c'est... Je vais faire...
- Speaker #0
Tout prend des proportions. Tu es en pilotage automatique.
- Speaker #1
Exactement. Et puis, on pleure pour rien. On ne sait pas pourquoi. Les larmes, elles arrivent. C'est complètement inconcru, en fait. On est en train de faire des courses. Les larmes, elles arrivent. Les gens regardent et disent... On essaie de se tenir. Parce que, bon, on n'a pas... Il faut avoir un minimum. Il faut épargner aussi les autres. mais Mais voilà, plus rien. Plus rien n'a d'importance, en fait.
- Speaker #0
Est-ce que tes amis, à cette période-là, t'ont beaucoup entouré ? Ils comprenaient ? Ou t'avais la sensation que, comme tu dis, t'étais dans un autre monde complètement déconnecté ?
- Speaker #1
En fait, on n'entend plus. On n'entend plus rien. Les gens, ils peuvent pas. En fait, ils sont là, ils vous disent des phrases qu'on entend un petit peu toutes faites pour, voilà, distraite-toi. Non, non, non, mais on n'est pas. on n'est pas dans ces considérations. Il faut que tu sortes quand même. Et puis après, on était quand même dans un environnement où il y avait le Covid aussi, dans un contexte où il y avait le Covid. Donc déjà, ça me permettait aussi de justifier aussi de notre... On se renfermait un petit peu.
- Speaker #0
Oui, de votre isolement, tous les deux dans votre bulle. Voilà. Comment se sont passés les derniers jours pour Sergio ? Hum !
- Speaker #1
Alors Sergio, ce qu'il avait comme ressource, c'est d'aller dans le village au Portugal de sa famille, de ses parents. Et c'est là où ça le ressourçait. Et chaque fois qu'il faisait une cure... son objectif c'était est-ce que je vais pouvoir aller au Portugal il essayait de se maintenir pour se dire que j'espère que je vais pouvoir partir au Portugal à la fin de cette cure entre deux et dès qu'il avait une fenêtre de tir il partit Il est parti au Portugal. Donc, son souhait, c'était de mourir au Portugal, dans le village de ses parents. Donc, il est parti au Portugal.
- Speaker #0
Il est parti sans toi ?
- Speaker #1
Il est parti, oui. Et en fait, on devait partir ensemble. Et la veille de son départ, on venait d'apprendre qu'il avait eu cette récidive qui était foudroyante. Et je pensais qu'il partait juste pour réfléchir un peu à... Avant qui, voilà. Et il m'a dit, non mais j'ai besoin d'être tout seul. Tu vas être un... La veille, on avait pris nos billets pour partir tous les deux. Pardon. Et il a décidé, la veille du départ, de partir seul. C'était sa nièce qui devait nous accompagner à l'aéroport. Et puis, il dit, je maintiens qu'elle vienne m'accompagner, mais tu ne viendras pas à l'aéroport avec moi. On se dit au revoir, là. Et c'est la veille, il y a encore toute la nuit, je vais peut-être pouvoir le convaincre.
- Speaker #0
Il va changer d'avis.
- Speaker #1
Il va changer d'avis, et puis là, et non le lendemain. lendemain, il ne change pas d'avis, et il me dit, pendant quelques jours, on ne va pas s'appeler, juste pour que je réfléchisse un petit peu, donc je lui ai demandé juste qu'il me donne... donne des nouvelles pour qu'il soit bien arrivé, qu'il ait bien fait le voyage jusqu'au village, qu'il soit bien arrivé à destination. Et puis, pendant deux jours, je n'ai pas eu de nouvelles. Je voyais qu'il lisait mes petits messages d'amour, mais il ne répondait pas. Et puis, un soir, il m'a appelé. Et puis, on mangeait ensemble via WhatsApp. Petit repas. Petite coucher de soleil ensemble Et puis J'attendais de venir De le rejoindre Et voilà J'ai attendu Et puis ça s'est pas fait Et puis la veille il m'avait appelé Il m'avait dit viens Catherine il faut que tu viennes Donc moi je pensais que c'était ça Mais il avait décidé de partir Il voulait que je sois là Pour m'occuper de ses affaires
- Speaker #0
Oui et surtout Il avait décidé de partir mais qui ne sera pas là pour te protéger aussi une fois de plus.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Tu es à Paris, donc lui est au Portugal. Il a donc décidé de mettre fin à ses jours. Tu dois partir au Portugal. Ce voyage assez terrible. Comment il se passe quand tu pars de Paris ?
- Speaker #1
Donc il m'appelle, il me dit... Il dit, Catherine, il faut que tu viennes. Je suis contente. Et je lui dis, bon, il me dit, il faut que tu prennes tout de suite ton billet. J'appelle le taxi qu'on utilisait pour aller à l'hôpital. Je lui dis... Je lui dis, est-ce que vous pouvez venir me chercher ? J'ai un avion à 7h du matin. On est à l'aéroport. Et là, en fait, je sens que ça ne va pas. La nuit, ça ne va pas. Je ne suis pas bien. Et il m'avait dit, son frère m'avait dit, si tu as un doute, tu m'appelles. Son frère qui habite au Portugal, il me dit, tu m'appelles. Et je lui dis, pardon. Je crois que Sergio, il va partir. Et il me dit, je viens te chercher à l'aéroport. Si tu veux, je viens te chercher à l'aéroport, à Porto. Je ferai le voyage cette nuit. et je viens de chercher à l'aéroport et on ira je t'emmènerai jusqu'à chez leur maman en fait c'est ma maison familiale et donc j'ai eu Sergio la veille on s'est parlé on a vu on a fait le coucher de soleil ensemble Et après j'ai plus de nouvelles et je lui dis quand même, Sergio, appelle-moi si t'as besoin. Il m'appelle pas, je vois qu'il a vu mes messages mais il m'appelle pas. Il me laisse pas de message en fait, il dit rien. Et donc son frère, je prends ce taxi, je joue en larmes en fait, je sais que... Je sais qu'il va partir en fait, je le sais.
- Speaker #0
Tu le sens au fond de toi ?
- Speaker #1
Oui, je le sens. Et puis, quand j'arrive à l'aéroport, son frère me dit « Viens, viens Catherine, viens là » et puis il m'emmène au poste de secours en fait pour m'annoncer que Serge était parti. A l'aéroport et voilà et donc je me sens mal et en fait j'y crois pas. En même temps c'est marrant, c'est très très ambivalent en fait. Ils me disent c'est fini Catherine, c'est fini. En fait j'y crois pas en fait. Ouais, j'y crois pas. Et d'ici, la police m'a appelée ce matin, parce que Sergio, bien sûr, dans toute sa organisation, il avait laissé le message, il avait donné le numéro de son frère, il avait donné mon numéro, il avait fait... Il avait fait une mise en scène assez particulière en fait. Enfin, il avait tout laissé.
- Speaker #0
Tout organisé.
- Speaker #1
Il avait tout organisé, comme d'habitude. Comme d'habitude. Comme on a son habitude. Et puis, voilà. Oui, il était parti quand je rêvais.
- Speaker #0
Oui, et puis pour toi, ça a dû être extrêmement difficile. En fait,
- Speaker #1
on n'y croit pas.
- Speaker #0
C'est ça. On ne réalise pas. Et puis, tu es tout de suite dans le concret.
- Speaker #1
C'est très, très particulier au Portugal. C'est-à-dire qu'en deux ou trois jours, les gens sont enterrés.
- Speaker #0
C'est très rapide.
- Speaker #1
C'est très rapide. Alors lui, il s'était différé parce que c'était un suicide. Donc, il fallait qu'il fasse une autopsie. C'était le dimanche. Je suis arrivée le dimanche matin. Et le mercredi, il est temps. enterré comment le coeur suit quand tu te retrouves finalement dans tout l'administratif alors que tu as peine et ton coeur est déchiré en deux on sait pas on est là on est là on est on sait pas je même aujourd'hui je sais je sais même pas quand j'ai fait mais en fait on est dans un autre monde et puis on est très étonné en même temps après la suite de savoir comment on a tenu
- Speaker #0
C'est très particulier. voir que finalement tu as développé une force incroyable puisque tu as tenu et tu continues à tenir aujourd'hui ?
- Speaker #1
Je ne sais pas. Je ne sais pas si c'est volontaire. Il y a une certaine volonté, oui, après je me suis aperçue parce que je me suis dit, Sergio, il avait une volonté de vivre. Mais aujourd'hui encore, et j'espère ne pas changer un peu après mon état d'esprit, mais aujourd'hui c'est vrai que c'est pour lui puisque je suis je tiens. C'est pour lui, pour lui faire honneur. Parce qu'il a été digne jusqu'au bout et il n'y a pas de raison que moi, lui, il aura envie de vivre. Donc pourquoi je vais partir ? Tu dois lui faire honneur. runner. Il a subi cinq opérations du foie, il a subi trois opérations du poumon, des intestins. Je me disais, mais attends Catherine, un peu de dignité. C'est vrai, c'est ça, essayer d'avoir un peu de dignité parce que c'est la vie et que je ne suis pas la seule. C'est là où je me conditionne, c'est de dire que je ne suis pas la seule à avoir subi ça. Même si c'était mon pilier, clairement. C'était mon pilier, je le sais. Et aujourd'hui, si elle l'est encore, peut-être que beaucoup de choses que j'ai faites, c'était pour lui aussi. Mais demain, j'espère le faire pour moi. Mais aujourd'hui, c'est pour lui.
- Speaker #0
Et c'est en bonne voie ? Parce que tu as trouvé... par la suite des choses qui t'ont aidé dans le deuil justement à aller mieux ? Et notamment, je crois que tu t'es tournée vers la médecine traditionnelle chinoise ?
- Speaker #1
Alors justement, moi j'étais déjà très intéressée, tout ce qui était... médecine un peu complémentaire. Et en fait, quand je me suis inscrite pour la médecine chinoise, la médecine chinoise, ma bouée de sauvetage aussi, avec Serge, c'était pour l'aider.
- Speaker #0
Pour lui, oui.
- Speaker #1
Je l'ai pris en 2023. C'était pour l'aider. C'était pour l'aider, mais il était complètement hermétique. C'était horrible. Cette théorie, pour moi, elle était complètement amatique à ça. Il me dit, mais Catherine, tant mieux que tu aies trouvé quelque chose. Mais il avait choisi une voie, il pensait, même s'il y a des petites choses... J'ai réussi à lui faire... Adopter, mais non, il était hermétique à ça. Je n'ai pas été une bonne commerciale, je n'ai pas été une bonne représentante de la machine chinoise. Il aurait fallu peut-être que ce soit quelqu'un d'autre qui lui apporte. Moi, en plus, j'étais très fan du jeune. Mais bon, il n'a pas... Je n'ai pas été bonne. Je n'ai pas été bonne là-dessus.
- Speaker #0
Et puis surtout, c'était un bon vivant, un terrien, il aimait bien manger, il voulait se faire plaisir.
- Speaker #1
Merci.
- Speaker #0
Et comme tu dis, il avait très peu d'illusions face à cette maladie. Et donc, il voulait tant qu'à faire en profiter.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Aujourd'hui, comment se passe ton quotidien ? Est-ce que tu as la sensation de vivre une deuxième vie ?
- Speaker #1
En fait, c'est comme un songe. Ce qui passait avant. Quand on perd une personne, en fait, le physique manque. Et quand je disais qu'à un moment donné, j'avais une boule, et maintenant, c'est vraiment un creux. C'est-à-dire qu'il y a un vide qui s'est créé. Vraiment, vraiment. c'est quelque chose de vertigineux en plus. Je ne sais pas comment l'exprimer. Il y avait une angoisse avant, et l'angoisse était liée à ce trop-plein où j'avais envie de... C'est là où je me suis vraiment coupé les cheveux. C'est là où on avait, avec Marény, on posait la question à notre professeur, comment ça se fait qu'on ait envie de se couper les cheveux comme s'il y avait une charge mentale et qui était telle qu'on avait besoin de se délester de plus. beaucoup de choses. Et aujourd'hui, c'est ce vide qu'on cherche à remplir. Et ce vide est encore là. Et c'est assez particulier, en fait. Mais tout ce qui est passé, c'est comme... On essaie de le récupérer, mais on n'y arrive pas.
- Speaker #0
Est-ce qu'aujourd'hui, tu vis toujours dans l'appartement où vous viviez ? Tu as la sensation parfois qu'il est là ? Tu fais des manifestations de sa présence ?
- Speaker #1
Alors Oui, moi j'ai pris son bureau Je me le suis approprié, je me suis fait ma chambre Avec son bureau Et c'est assez curieux Quand je me suis installée Problème électrique Ça c'est et que je n'ai pas résolu aujourd'hui, juste sur le plafonnier. Sur le reste, ça marche. Mais ça m'a fait assez... C'était curieux. Sinon, quelquefois, j'ai l'impression qu'il est là, mais je ne sais pas si c'est une construction d'esprit, mais... J'ai laissé ses vêtements, tout est là encore.
- Speaker #0
Tu me parlais d'une musique, une musique importante pour vous deux, surtout pour lui.
- Speaker #1
Pour lui, oui. Pour lui, qui est devenu pour moi maintenant, mais qui était pour lui, c'était cette musique qu'il mettait lors de ses visites de sa mère, quand elle était en maison de retrait. sur le chemin du retour entre la maison de retraite et le village où on séjournait pendant qu'on allait la voir régulièrement, puisqu'on a fait beaucoup de voyages au Portugal pendant que sa mère était en maison de retraite. Il y avait une musique qu'il mettait entre cette maison de retraite pour venir jusqu'à moi, quand il passait des après-midi sans moi avec sa mère. Et dans ce trajet, il permet un retour à la vie, parce qu'il avait vu sa mère très diminuée, une femme très forte, très autoritaire, un petit bout de femme par rapport à lui, qui faisait 1m85. Et c'était pour lui un retour à la vie. Et cette musique, d'ailleurs, je l'ai mise au moment de la cérémonie, quand on a emporté le cercueil pour la... pour l'élimination... Comment dirais-je ? pour l'enterrement en fait, sortie du cercueil et pour aller au cimetière et cette musique je sais qu'il s'était déclenché juste quand je suis arrivé entre le voyage entre le village et Porto où j'arrivais à l'aéroport où cette musique s'est déclenchée en fait et comme il disait C'est la musique pour retour à la vie. C'est une musique qui était sur les ondes. Elle s'est déclenchée, c'était assez particulier.
- Speaker #0
C'est fou. Et puis il y a aussi cette histoire du rapace. Ah oui. Qui est assez folle.
- Speaker #1
Oui, c'est ce qui est assez bizarre et qui était très très violent et en même temps qui était un peu curieux. C'est que dès que je suis allée à l'aéroport, on m'a demandé d'aller directement aux pompes funèbres. Pour choisir. Le cercueil, le jour même en fait ils sont faits.
- Speaker #0
C'est dur.
- Speaker #1
Mais Sergio m'avait donné le nom de la personne à qui il contactait et tout. Donc il avait tout prévu encore une fois et donc on y est allé avec son frère. Et quand nous étions au Portugal, c'était quand même son village et les alentours c'était quand même très ressourçant pour nous. et souvent regarder les rapaces entre le village et... Et jusqu'au pont funèbre, il y avait ce rapace qui... Parce que c'est montagneux. Donc ce rapace qui était là, près de moi, qui ne voit pas très bien. Qui suit mieux. Je voyais vraiment jusqu'à l'œil du rapace qui était juste à côté de moi. Et ça m'a... Ça m'a apaisée.
- Speaker #0
Ça t'a fait du bien à ce moment-là.
- Speaker #1
Oui, pour moi, c'était lui. Il était là. En fait, je n'ai même pas eu un doute. Pour moi, c'était lui. C'était beau. Quand je vous parle, je le vois encore. Il nous a suivis vraiment tout le long du chemin.
- Speaker #0
Quand on perd comme ça, quand on a une telle perte, qu'est-ce qu'on découvre aussi de soi ? Merci.
- Speaker #1
Bah que, en fait, on s'est pas écroulé.
- Speaker #0
On est une femme finalement très forte.
- Speaker #1
Qu'on s'est pas écroulé. Mais en même temps, j'ai mes béquilles, hein. Mon béquille, c'est lui. Et puis... En fait, on se rapproche un petit peu de l'invisible. Et on a envie de croire qu'il existe quelque chose, là où on reste très dubitatif. le long de sa vie. Là, je ne peux pas croire qu'on puisse avoir une vie comme ça et après que tout s'arrête.
- Speaker #0
Qu'il n'y ait plus rien derrière.
- Speaker #1
C'est pas possible. Pour moi, c'est pas possible. Alors, est-ce que ça m'aide ? Peut-être, sûrement. J'en ai pas la certitude. Je me dis qu'on peut pas non plus faire subir des choses comme ça aux gens. Ça n'aurait pas de sens. Ça n'aura pas de sens. Pourquoi on va m'enlever mon amour ? Pourquoi ? Pourquoi faire ? Et c'est pour ça qu'il faut... Je me dis que spirituellement, c'est une occasion de m'élever. Pour moi. C'est vraiment l'occasion de m'élever. De trouver un sens. Parce que s'il n'y a pas de sens, on devient fou, en fait.
- Speaker #0
On devient fou parce que... Non, il doit y avoir quelque chose. Et qu'est-ce que tu aimerais dire aux gens qui veulent aider les femmes qui se retrouvent dans le deuil, sur l'entourage ?
- Speaker #1
Alors... essayer de ne pas trop donner de conseils. Demandez plutôt quels sont les besoins. Moi, je pense qu'à la personne, plutôt de lui dire, va te distraire,
- Speaker #0
alors qu'on n'a pas envie de se distraire. Passe à autre chose. Passe à autre chose.
- Speaker #1
C'est terrible. C'est terrible parce qu'on a l'impression qu'il tue. Une deuxième fois, oui. Non, on ne peut pas passer à autre chose. On va continuer, mais on ne va pas passer à autre chose. On va essayer de... de faire... Oui, de continuer la vie, mais avec cette absence, mais on ne va pas passer à autre chose. Et on a besoin de digérer. Et de laisser parler aussi de la personne, de son... cet homme ou cette femme ou cette personne, en tout cas, qui a disparu, sans essayer d'évacuer. Parce qu'à chaque fois qu'on évacue la personne, on a l'impression qu'on nie aussi notre douleur et puis qu'on nie cette personne. parce que Parce qu'elle a existé et puis elle existe encore à l'intérieur de nous. Donc il ne faut pas évacuer. On ne peut pas évacuer comme ça. Après, ça peut être parfois obsessionnel. Et c'est pour ça que moi, quelquefois, je me mets en retrait. Parce que je n'ai pas envie non plus. plus de gêner les gens.
- Speaker #0
Oui, et puis je pense que ce qu'il faut retenir, c'est que chacun vit son deuil à son rythme et à sa manière. Il n'y a pas de bonne manière ou de bon conseil. je pense que c'est très important ce que tu as dit d'écouter les besoins de la personne qui est en souffrance, plutôt que de conseiller exactement,
- Speaker #1
demander de ce dont elle a besoin vraiment,
- Speaker #0
merci beaucoup Catherine pour ce très beau témoignage merci de nous avoir fait confiance merci à toi ma vie,
- Speaker #1
ma vie ma vie,
- Speaker #0
le podcast on se dit tout Merci beaucoup Catherine pour ta confiance. Merci d'avoir mis des mots sur une histoire aussi intime, aussi forte et aussi douloureuse. Merci pour ta parole. Pour mettre des mots sur ce que le témoignage de Catherine révèle avec autant de force et pour mieux comprendre ce que le deuil et le rôle des dents provoquent, aussi bien physiquement que dans l'esprit, je retrouve maintenant mon amie et experte, Marini. Son approche est bien sûr complémentaire de la médecine traditionnelle et ne se substitue pas à un accompagnement médical et psychologique lorsqu'il est nécessaire. Bonjour Marini.
- Speaker #2
Bonjour Virginie.
- Speaker #0
Je suis ravie de te revoir et de parler d'un thème aussi difficile qu'est le deuil et notamment les proches aidants. Alors quand on accompagne un proche qui est gravement malade, on parle de ce terme du rôle d'aidant. J'aimerais que tu m'expliques exactement ce qu'est un aidant et surtout à partir de quel moment on peut dire que le proche devient un aidant.
- Speaker #2
En fait, être aidant ce n'est pas forcément faire des soins médicaux ou arrêter complètement de travailler. Ça peut commencer beaucoup plus simplement. Ton mari, ton parent ou ton enfant tombent malades et petit à petit, tu commences à organiser les rendez-vous, les déplacements, les papiers, les repas, le quotidien. Mais il y a surtout toute une partie qu'on ne voit pas. penser pour deux, anticiper pour deux, s'inquiéter pour deux. Tu ne te dis jamais « je suis aidante » . Tu te dis simplement « c'est mon malri, je l'aime, c'est normal que je sois là » .
- Speaker #0
Oui, c'est vrai ce que tu dis. On ne se dit jamais qu'on est aidant, on pense que c'est normal.
- Speaker #2
Et c'est justement là que mettre le mot aidant peut être important. Pas pour coller une étiquette, mais pour se dire, moi aussi dans cette histoire, j'ai peut-être besoin d'être soutenue.
- Speaker #0
Alors quand tu es aidant, Catherine le dit d'ailleurs, on se sent souvent très seul. Pourquoi cette solitude, elle est si fréquente chez les aidants ?
- Speaker #2
Elle est si fréquente parce que les autres ne voient souvent qu'une toute petite partie de ce que tu vis. Une amie peut te voir deux heures, mais toi, tu retournes dans ton quotidien où la maladie est tout le temps là. Et puis l'entourage ne sait pas toujours quoi faire ou il a peur d'être maladroit. On te dit, si tu as besoin, appelle-moi. C'est gentil de dire ça, mais quand tu es épuisé, parfois, tu ne sais même plus de quoi tu as besoin. Je trouve beaucoup plus aidant de proposer quelque chose de concret. C'est quoi ? C'est je t'apporte un recul. repas, je reste deux heures avec lui, je t'accompagne à l'hôpital, je te fais les courses. Parce que ça, ce sont de vraies petites respirations.
- Speaker #0
Oui, on apporte vraiment de l'aide. On ne dit pas juste, si tu as besoin, c'est à toi de faire la démarche. Là, c'est concret.
- Speaker #2
Exactement. Et surtout, accepter de l'aide ne signifie pas abandonner la personne malade. On n'a pas besoin de s'épuiser pour prouver qu'on aime.
- Speaker #0
Moi, ce qui m'a troublée dans le témoignage de Catherine, c'est qu'on ressent une fatigue extrême, comme une Merci. forme d'effondrement intérieur. Est-ce que c'est fréquent qu'on parle d'épuisement chez les aidants ?
- Speaker #2
Oui, l'épuisement peut être énorme. Parce que pendant des semaines, des mois, parfois des années, tu vis avec une charge mentale permanente. Tu anticipes, tu surveilles, tu organises, tu rassures, tu prends des décisions. Et en même temps, émotionnellement, tu sais que la personne que tu aimes est malade. Ça, ça peut donner une fatigue chronique, des troubles de sommeil, beaucoup d'angoisse, de l'irritabilité, cette sensation d'être toujours en alerte. Et parfois, ce qu'on a vécu peut laisser une vraie trace psychologique. Et là, bien évidemment, si la souffrance devient importante, il est important d'être accompagné par un professionnel formé à ces problématiques. Parce qu'il ne faut pas attendre d'être complètement effondré pour avoir le droit de demander de l'aide.
- Speaker #0
Il y a un autre sujet que je voudrais aborder, qui est aussi, je pense, important. Quand la personne malade exprime très tôt qu'elle souhaite mourir, comme Sergio, qu'est-ce que cela va provoquer chez le proche aidant ?
- Speaker #2
Oui, ça risque de déclencher un décalage énorme. Dans l'histoire de Catherine, Sergio semble avoir compris très tôt ce qui allait arriver. Mais Catherine, elle, elle n'était pas forcément prête à entendre ça. Et c'est normal que deux personnes qui vivent la même maladie ne soient pas au même endroit émotionnel. Lui, il peut vouloir parler de la faim, des obsèques, de l'après, et elle peut encore être dans... Mais attends, on va continuer, on va se battre et on verra.
- Speaker #0
Oui, c'est vrai que le proche aidant garde plus facilement espoir que la personne elle-même qui est malade.
- Speaker #2
Donc ça peut provoquer énormément de peur, de sidération, parfois une forme de déni protecteur. Et je trouve important de dire... On n'a pas tous le même rythme pour accepter l'idée de la mort. Ce n'est pas parce que l'un est prêt à en parler que l'autre doit l'être au même moment.
- Speaker #0
Alors après un décès, certaines personnes vont ressentir un vide total, une perte complète de repères. Est-ce que c'est quelque chose de fréquent quand on a été un proche aidant ?
- Speaker #2
Absolument, surtout quand la relation structurait énormément la vie. Parce que tu ne perds pas seulement une personne, tu perds aussi des habitudes, une organisation, des projets, une façon de prendre des décisions. Et dans le cas de Catherine, Sergio, il était aussi quelqu'un qui la rassurait énormément. Donc, quand il disparaît, elle perd son compagnon, mais elle perd aussi un repère très fort.
- Speaker #0
Oui, parce que c'est vrai qu'il prenait beaucoup de choses en charge. Donc, c'est un effondrement de ses repères et de sa vie quotidienne.
- Speaker #2
Exactement. Et parfois, il faut presque réapprendre des choses toutes simples. Organiser sa journée, réapprendre à prendre une décision sans demander à l'autre.
- Speaker #0
Alors, c'est vrai qu'on entend souvent parler des étapes du deuil. Est-ce qu'on passe tous par les mêmes étapes et surtout dans le même ordre ?
- Speaker #2
Non. Le deuil n'est pas une ligne droite. Tu peux aller mieux pendant deux semaines, et puis une musique, une odeur, une date d'anniversaire te bouleversent complètement. Tu peux rire le matin, tu peux pleurer le soir. Ça ne veut pas dire que tu recules. Ça veut simplement dire qu'un lien important ne disparaît pas selon un calendrier. Donc vraiment, il n'y a pas une bonne façon de faire son deuil. Chacun avance avec son histoire, avec le lien qu'il avait avec la personne et à son propre rythme.
- Speaker #0
Alors concrètement, après un deuil, dans les tout premiers temps, qu'est-ce qui peut aider ?
- Speaker #2
Souvent, ce sont des choses très simples. Et justement, il ne faut pas chercher à refaire toute sa vie immédiatement. Garder quelques repères, essayer de dormir à des horaires à peu près réguliers, se nourrir correctement.
- Speaker #0
Oui c'est vrai, se nourrir correctement, t'as raison parce qu'on oublie souvent de manger.
- Speaker #2
Sortir un peu, marcher, voir une personne avec laquelle on se sent bien, accepter aussi de faire peu, parce qu'on n'a pas forcément la même énergie, et puis retrouver quelque chose qui mobilise un peu l'attention. Et pour Catherine, ça a été notamment de reprendre ses études en médecine chinoise. Pour quelqu'un d'autre, ça peut être des activités artistiques, la peinture ou le sport, la musique. L'idée, ce n'est pas d'oublier, c'est de remettre petit à petit un peu de vie autour de la douleur. Et surtout, ne pas rester complètement seul.
- Speaker #0
Alors, est-ce que tu peux me donner les ressources accessibles qui existent pour les aidants ou les personnes en deuil ?
- Speaker #2
Oui, et je trouve important de le dire parce que beaucoup pensent qu'ils doivent se débrouiller seuls. Pour les aidants, il existe notamment des plateformes d'accompagnement et de répit. Il y a également l'Association française des aidants et des groupes de soutien locaux. Il existe aussi des ressources dédiées à l'accompagnement de la fin de vie. Et après un décès, des associations spécialisées dans le deuil peuvent proposer de l'écoute, des groupes de parole ou orienter vers un professionnel.
- Speaker #0
Évidemment, comme d'habitude, on vous mettra tous les liens et toutes les coordonnées dans la description de l'épisode.
- Speaker #2
L'idée importante, c'est surtout qu'il existe de l'aide avant, pendant et après. Et on n'a pas besoin d'attendre d'être au plus bas pour demander de l'aide.
- Speaker #0
Merci beaucoup, Marini, pour ton aide et ton éclairage sur ce sujet.
- Speaker #2
Merci, Virginie.
- Speaker #0
Merci encore à Catherine pour sa parole, pour sa sincérité et la force de son témoignage. Merci d'avoir mis des mots sur ce que tant de personnes vivent en silence. Ce que Catherine nous a offert aujourd'hui, ce n'est pas seulement un témoignage, c'est une traversée, une plongée dans ce que l'amour a de plus beau et de plus éprouvant. À travers son histoire, on comprend que la maladie ne touche jamais une seule personne. Elle s'invite dans un couple, elle redessine les rôles, elle bouscule les certitudes. On comprend également une chose essentielle, accompagner, aimer. Mais perdre aussi sont des expériences qui bouleversent profondément. Mais même dans ces traversées, il peut exister des chemins pour continuer autrement. Merci de nous avoir écoutés. A très bientôt sur Ma Vie, le podcast où on se dit tout. Si cet épisode vous a touché, n'hésitez pas à liker, partager et vous abonner pour soutenir le podcast. Et surtout, n'oubliez pas, vous n'êtes pas seul. N'êtes pas seul. Ma vie.
- Speaker #2
Ma vie, ma vie,
- Speaker #0
ma vie. Le podcast où on se dit tout. Ma vie.
- Speaker #2
Ma vie. Ma vie. Ma vie. Ma vie. Ma vie.
- Speaker #0
Ma vie. Le podcast où on se dit tout.