ClémentImaginez, vous vous préparez à aller faire vos courses. Vous touchez vos poches et vous sentez ce petit comprimé. Là, présent, juste au cas ou. Alors, vous partez, rassuré. Puis, quelques instants plus tard, dans le supermarché, la panique vous prend. Votre cœur s'emballe. Votre tête se met à tourner et vos mains commencent à trembler. Sans réfléchir. Vous plongez la main dans votre poche et vous prenez ce cachet. Et là, tout s'apaise. Votre corps se relâche. Vous êtes sauvé. Mais si en réalité, cette situation était exactement ce qui entretenait votre peur. Bonjour à toutes et à tous, c'est Clément. J'espère que vous allez bien. Si l'anxiété est aujourd'hui votre pire ennemi, vous êtes au bon endroit. Ensemble, nous allons apprendre à la comprendre à l'apprivoiser et même à en faire une alliée. Bienvenue sur Même plus Peur, le podcast qui brise les tabous sur l'anxiété. Aujourd'hui, nous allons nous intéresser aux béquilles. Ces gens, ces choses, toujours à portée de main, qui nous donnent l'impression d'être en sécurité quand l'angoisse devient trop forte. On retrouve par exemple... Le fait de sortir uniquement avec votre compagnon, votre compagne, parce que vous ne vous sentez pas en sécurité tout seul. Ou encore, avoir toujours un anxiolytique sur vous, juste au cas où. Pour vous parler de ce sujet, j'ai décidé de faire quelque chose d'un peu différent. Me prendre moi-même comme cobaye. J'ai voulu observer concrètement l'impact que ces outils de réassurance pouvaient avoir sur mon anxiété. Alors, je me suis lancé un défi. Sortir, vivre mon quotidien, m'exposer, pendant 30 jours, mais sans ces béquilles, sans ces objets, sans ces habitudes, qui jusque-là me rassuraient. Mais pourquoi faire ce défi ? Pourquoi volontairement m'exposer à encore plus de peur, et sortir de ma zone de confort ? Tout simplement parce que je me sentais prêt et que c'était le bon moment. Comme une étape nécessaire, un cap à passer dans ma guérison. J'avais cette intuition que cela pouvait m'aider à reprendre confiance en moi, à augmenter mon seuil de tolérance et à améliorer ma capacité à faire face. Et puis, il y avait aussi une autre raison, documenter ce défi, observer ce qui se passait. Jour après jour. Notez l'évolution, les hauts, les bas, afin de vous partager réellement l'envers du décor. Parce qu'on parle souvent de guérison, mais on parle beaucoup moins du chemin pour y arriver. Des efforts, des rechutes, des moments de doute, de tout ce travail invisible qui permet, petit à petit, de reprendre du terrain sur l'anxiété. C'est pour cela que j'ai décidé de créer ces défis bienveillants, pour laisser un témoignage de ce travail dont on parle si peu, l'exposition. Pour vous montrer ce qu'il se passe vraiment, au-delà de la théorie, pour que vous puissiez suivre mon évolution. Et, je l'espère, vous donner envie, vous aussi, de faire ce premier pas. C'est vrai que depuis tout à l'heure, je vous parle de béquilles, mais concrètement... Quelles sont mes béquilles à moi ? Eh bien, j'en ai trois. Mon spray de fleurs de Bach, le Rescue, toujours dans ma sacoche. Mes anxiolytiques, au cas où le spray ne suffirait pas. Et puis, ma conjointe, qui m'accompagne très souvent lors de mes sorties. Pour ce défi, j'ai donc fait un choix assez radical. Sortir sans mon spray, sans mes anxiolytiques, et limiter les sorties avec ma compagne. Et en préparant ce défi, j'ai réalisé quelque chose d'essentiel. Ces béquilles ne me rassuraient pas pour les mêmes raisons. Le spray et les cachets, eux, me rassuraient face à une peur bien précise, celle de ne pas réussir à gérer une crise d'angoisse. Alors que la présence de ma compagne, elle, vient combler autre chose, la peur d'être seule dans une situation angoissante, plutôt liée à l'agoraphobie. Et peut-être que vous, en écoutant cela, vous êtes en train de réaliser que vous aussi, vous avez plusieurs béquilles. Et ça, ça change complètement la manière de voir notre anxiété et de travailler dessus. Et comprendre cette différence, pour moi, a été un vrai tournant. Parce que jusque-là, j'avais l'impression d'aller beaucoup mieux, d'avoir repris le contrôle sur mon anxiété. Mais ce que je n'avais pas encore réalisé, c'était à quel point ces béquilles étaient en fait un filet de sécurité dont je dépendais bien plus que je ne le pensais. Et c'est justement ça que ce défi est venu révéler. Avant de vous raconter la suite, je voulais simplement vous dire que j'ai récemment créé un compte LinkedIn et une page Facebook pour suivre l'actualité du podcast et les sorties des épisodes. Vous trouverez les liens en description si cela vous intéresse. Et si cet épisode vous aide, vous parle ou vous fait réfléchir, vous pouvez aussi le partager autour de vous ou laisser une note sur votre plateforme d'écoute. Ça aide énormément à faire connaître le podcast. Merci. J'ai donc commencé ce défi bien décidé à aller jusqu'au bout et plutôt confiant. Dans ma tête, ça allait être simple. J'avais déjà fait tellement de progrès que je pensais que ce serait presque une formalité. Et puis... Dès le premier jour, je me suis pris une claque. Très vite, j'ai réalisé à quel point ne pas avoir mes aides avec moi était difficile. Au fil de la première semaine, mon niveau d'anxiété a brusquement augmenté, à tel point que j'avais l'impression de revenir un an en arrière. Les symptômes étaient revenus, forts, envahissants. L'hypervigilance constante, les vertiges, tout au long de la journée. Et surtout, ces pensées que je connaissais trop bien. Et si je faisais une crise de panique ? Et si je n'arrivais pas à gérer sans mes béquilles ? Ce qui était le plus déstabilisant, c'est que je ne faisais rien d'exceptionnel. Je vivais simplement des journées normales. Aller au travail, manger à la cantine, faire mes courses. Des choses que j'avais déjà faites des dizaines, voire des centaines de fois, et qui ne me faisaient plus peur. Mais sans ces repères rassurants, tout redevenait incertain. Quand le week-end est arrivé, je me suis surpris à vouloir éviter, ne rien prévoir, rester chez moi, dans ma grotte. Me reposer, oui, mais surtout ne pas m'exposer. Et sur le moment, ça m'a soulagé. J'étais presque content de pouvoir rester chez moi sans avoir à affronter l'extérieur. Mais avec du recul, Je voyais bien que c'était déjà une forme de régression. La deuxième semaine a commencé un peu comme la première. Les jours passaient sans réelle amélioration. Les appréhensions étaient toujours là, parfois même plus présentes. Et puis, à la fin de cette semaine, un nouveau défi m'attendait. Pour la Saint-Valentin, j'avais prévu une nuit magique, dans un endroit totalement inconnu. Et cette fois, sans aucune béquille. Jusque-là, même pendant ce défi, il y avait toujours une forme de sécurité. Mes béquilles restaient chez moi, dans mon placard. Je savais que je pouvais les retrouver le soir, après une journée difficile. Mais là, c'était différent. J'allais partir, passer la soirée, la nuit, et même une partie de la journée suivante, sans absolument rien. Je me souviens très bien du trajet. Cette route de nuit, sous la pluie, mes jambes qui tremblaient légèrement sur l'accélérateur, des fourmis dans mes mains, crispées sur le volant, et cette envie de faire demi-tour, de rentrer chez moi. Finalement, la soirée, la nuit et la journée qui en suivit se sont très bien passées. Rien de grave. Mais à l'intérieur, quelque chose avait changé. Je n'étais pas totalement présent. Une partie de moi était restée en alerte, comme figée. Toujours en train d'anticiper. Toujours en train de surveiller. Toujours en train de regarder les heures qui me restaient avant de pouvoir retrouver une forme de sécurité. J'étais bien sûr accompagné pendant ce séjour par une petite voix en arrière-plan qui revenait sans cesse et qui me répétait que si une crise de panique arrivait, je ne pourrais pas la gérer. À la fin de cette deuxième semaine, j'ai sérieusement envisagé d'abandonner. C'était devenu trop difficile. Trop difficile de faire face à une réalité que je n'avais pas envie de voir. Certaines choses que je pensais acquises ne l'étaient pas vraiment. J'avais cette sensation de repartir à zéro. Comme si tous ces mois, voire ces années de travail, s'effaçaient d'un coup. C'était très frustrant, décourageant. Et honnêtement, à ce moment-là, je ne savais pas si j'allais continuer. Mais dans le prochain épisode, je vais vous raconter pourquoi j'ai finalement décidé de tenir, comment j'ai procédé, et surtout, ce que ce choix a vraiment changé pour moi. J'espère, à travers cet épisode... Avoir réussi à vous montrer concrètement ce qu'est vraiment l'exposition. Quelque chose de difficile, parfois inconfortable. Et surtout, loin de ce fameux bouton « on/off » qu'on aimerait tous trouver. Si vous êtes arrivés jusqu'ici, vous vous dites peut-être que ce n'est pas l'épisode le plus rassurant ou le plus positif. Et vous avez raison. Cette première partie est plutôt brute, parfois même décourageante. Mais c'était important pour moi de vous montrer cette réalité, sans filtre. Parce que sans vous spoiler la suite, ça ne s'arrête évidemment pas là. Et surtout, ça ne se termine pas comme ça. C'est justement pour cette raison que j'ai choisi de scinder cet épisode en deux. Je ne voulais pas survoler la suite en me focalisant uniquement sur le résultat, en laissant de côté toutes les difficultés que je viens de vous partager. Les deux parties sont tout aussi importantes. Elles racontent deux réalités différentes mais complémentaires. Alors si vous voulez comprendre la suite, et surtout voir comment tout ça évolue, je vous donne rendez-vous dans le prochain épisode. C'est la fin de cet épisode. Merci d'avoir partagé ce moment avec moi. Si le podcast vous plaît, n'hésitez pas à en parler autour de vous. Et n'oubliez pas, chaque pas compte, même les plus hésitants. Ensemble, faisons de l'anxiété un simple chapitre de votre parcours, et non le titre de votre histoire. Je vous dis à bientôt dans Même plus Peur, c'était Clément.