- Thierry Thevenin
Il y a beaucoup de gens qui sont en perte de sens dans leur profession parce qu'ils se rendent compte qu'ils sont un peu comme le pion, le petit rouage, le immense truc où ils n'ont plus de prise de sens, où ils ne font pas le tour de la question, ils ont l'impression simplement d'être des pions. Et donc il y a effectivement beaucoup de gens qui ont envie de changer de vie et de trouver un métier, même si c'est un engagement fort et qu'on est plus qu'à un plein temps et que souvent on donne sa vie à quelque chose, on a l'impression de retourner du sens et reprendre un peu le pouvoir et de pouvoir faire des choix. On vit vraiment. Parce que ça permet de nourrir leur intellect, c'est un métier aussi qui demande une grande culture et qui est complet, c'est un métier qui est physique, qui est sensuel, sensible, mais aussi intellectuel. Et je crois que ça attire beaucoup de gens.
- Joelle Mastelic
Bonjour et bienvenue dans Mémoire Végétale, la voix des plantes médicinales. Un podcast où les plantes racontent des histoires et ceux qui les côtoient partagent leur chemin de vie, leurs gestes, leurs mémoires. Je m'appelle Joël. Et ce podcast est né de mon désir de transmission, de lien et d'un émerveillement grandissant pour les plantes médicinales. Elles ont une voix, une présence, une sagesse qui traversent les âges. J'espère que cet épisode va vous inspirer autant qu'il m'a inspiré et je vous souhaite une bonne écoute. C'est quoi au juste une paysanne ou un paysan herboriste ? Quelqu'un qui cultive des plantes médicinales ? Qui les cueille ? Qui les transforme ? Qui les vend ? En réalité, c'est un peu tout cela à la fois. Un métier à plusieurs facettes. Mais derrière ce métier encore méconnu et pourtant ancestral, se joue quelque chose de plus grand. La transmission d'un patrimoine vivant. qui pourraient disparaître s'ils ne passent pas d'une génération à l'autre. Car l'herboristerie ne s'apprend pas seulement dans les livres. Elle se transmet aussi sur le terrain, au contact des plantes, par l'observation de la pratique et l'expérience. En France, depuis plusieurs décennies, des paysannes et paysans herboristes travaillent à faire reconnaître leur métier, à structurer les pratiques et à assurer la transmission. Pour comprendre ce métier et son histoire, Je suis allée à la rencontre de Thierry Thévenin, producteur-cueilleur et paysan herboriste engagé depuis près de 40 ans dans la reconnaissance, la structuration et la transmission de ce métier. Avec lui, nous allons découvrir ce qu'est réellement le métier de paysan ou paysanne herboriste, comment on l'apprend et surtout, comment transmettre les savoirs, les savoir-faire et une certaine façon d'être au monde de celles et ceux qui le pratiquent. pour qu'ils ne disparaissent pas demain. Alors bonjour et bienvenue dans le podcast Mémoire Végétale, la voie des plantes médicinales.
- Thierry Thevenin
Eh bien bonjour et merci de m'accueillir.
- Joelle Mastelic
Bonjour Thierry. Thierry Thévenin, paysan herboriste. On a la grande chance de t'avoir aujourd'hui en Suisse. Tu as fait une table ronde à Neuchâtel au parc... Jardin botanique. Est-ce que tu peux nous expliquer un petit peu cette visite ? Il y a eu énormément de monde qui sont venus te visiter dans le jardin.
- Thierry Thevenin
Oui, il y a eu deux temps. Il y a eu avant-hier une table ronde autour de la question des plantes dites invasives. Moi je dis dites invasives parce que j'ai du mal avec ce mot. Moi je préfère parler des plantes dynamiques. Donc l'idée c'était de discuter à bâton rompu avec les gens qui sont venus et avec deux autres personnes, donc Hervé Coves. qui est ingénieur agronome et qui s'intéresse beaucoup aux relations sol-plante et au monde vivant. Et puis, alors je suis désolé parce que je n'ai pas la mémoire des noms, c'est la première fois que je l'ai rencontré, mais une personne qui travaille pour le canton et sur les questions de la forêt, de l'environnement, et donc qui est en charge un petit peu de la gestion de ces plantes un peu turbulentes. Parce qu'en gros, on a parlé de ces plantes qui ne sont pas de chez nous, qu'on ne pas le... Le visa, le passeport, qu'ils sont arrivés sans qu'on leur demande et qu'ils sont ultra dynamiques. Et c'est vrai que des fois, dans un paysage, ça frappe. Même si la flore a toujours évolué et que le paysage de la France ou de la Suisse, il y a 10 000 ans, il y a 5 000 ans, il y a 500 ans, maintenant, il ne bouge pas. À l'échelle d'une vie, des fois, on ne se rend pas trop compte quand on est dans des temps où les choses ne vont pas vite. Mais en ce moment, on est vraiment dans un temps de mutation, d'accélération, de dérèglement climatique. où nous, on s'agite vraiment à travers la planète, on voyage beaucoup, et ce qui fait que brutalement, des fois, les paysages changent et ça fait peur. Et donc là, l'idée, c'était d'essayer de prendre un petit peu de recul et de regarder ces plantes peut-être d'une manière un peu moins subjective. Moi, mon idée, c'était d'arrêter d'avoir peur de ces plantes parce qu'en fait, quand on s'y intéresse, moi, ce que j'ai expliqué pendant la table ronde, plutôt que de dire, « Ouh là là, je n'ai jamais vu ça, qu'est-ce que c'est un envahisseur, c'est une envahisseuse, la catastrophe, je vais me faire envahir. » on peut peut-être essayer de les regarder simplement comme des êtres... des terriens comme nous, sur Terre. Et puis après, regardez comment les populations locales ont vécu avec elles, dans leur pays d'origine. Là, c'est quelque chose qui est normal, qui est banal, comme pour nous, un chêne, un cerisier ou une ortie. Et là, c'est la bonne surprise, c'est qu'en fait, la plupart de ces plantes, ce n'est pas du tout de mauvaise nouvelle. C'est au contraire une très bonne nouvelle. Leur dynamisme, leur façon de s'épanouir, parce que l'écrasante majorité sont médicinales, sont alimentaires, beaucoup sont dépolluantes. Et donc, on a parlé de tout ça. Et on a aussi, donc on était d'accord tous les trois, même la personne qui s'occupe de la régulation, pour dire que d'abord, de toute façon, elles s'installent souvent sur des zones qui sont anthropisées, c'est-à-dire où on a vraiment fait beaucoup de perturbations. C'est là où souvent elles sont les plus dynamiques et que viennent finalement remplir des niches écologiques qui étaient en train de s'effondrer, là où il y avait perte de biodiversité. Donc moi, c'est ce que je veux dire, c'est un petit peu s'en prendre à ces plantes-là, c'est un peu comme si on s'en prenait à son thermomètre parce qu'on a de la fièvre. C'est pas le thermomètre le problème, c'est la fièvre. Elles sont plutôt des lanceuses d'alerte. Et puis hier, on a refait un temps de partage. C'est là où on était un petit peu trop nombreux. Surtout qu'il y avait du vent. Donc, je n'ai pas une voix qui porte beaucoup. Mais on était en extérieur dans un an. Et je crois qu'il y avait 55 personnes. Mais on a passé un très bon moment. Un nombre de tilleuls. On a beaucoup parlé de tilleuls. C'est un petit ballon. J'en ai un bouteille d'une chatelle. Il faut y aller. Moi, j'ai découvert. Je n'y suis jamais allé. Mais il s'est fait un travail incroyable. C'est très accueillant. Les gens sont très généreux, j'ai été très bien accueilli. Et c'est un petit ballon qui descend vers le lac, et donc la forêt naturelle, vu le climat qu'on a aujourd'hui, je ne dis pas que ce sera la même chose demain, mais c'est la tilière, c'est une tilière de pente. Et donc on le voit, parce qu'effectivement, on peut d'abord regarder tous les panneaux, toutes les pancartes et toutes les plantes du monde entier qui sont dans le jardin, et il faut en profiter, c'est un vrai outil pédagogique. Mais finalement, on se rend compte que... l'arbre roi ou l'arbre dominant, celui qui est sur les bords du jardin, c'est encore le tilleul. Donc, c'est ça que j'ai voulu faire comprendre, que malgré toute notre occupation, on s'inscrit dans un écosystème et qu'il est toujours là. Et que le tilleul, c'était quand même... Enfin, on a parlé une heure et demie du tilleul. C'est une source assez incroyable, une ressource incroyable d'usage, de savoir. Les feuilles qui sont alimentaires, on a parlé, on peut faire la farine, le liber, donc c'est juste sous l'écorce avec lequel on peut faire du tissage. L'obis avec lequel on peut soigner son foie, ses vésicules. Le bois avec lequel on peut faire du charbon actif pour filtrer son eau, parce que c'est infini. Donc c'était très riche et très sympa, je suis content d'être venu.
- Joelle Mastelic
Donc l'arbre à palabres a fonctionné, vous avez pu parler du tilleul à une audience qui était vraiment très intéressée. Moi, j'ai eu la chance de participer à la journée de l'herboristerie de demain. C'était un peu l'intention aussi qu'il y ait des projets qui naissent et qui ressortent de ces journées-là. Et là, tu étais un peu surpris de cet engouement pour les plantes aussi.
- Thierry Thevenin
Ça me surprend à chaque fois. C'est un petit peu comme les jardiniers, quand ils sèment, on le sait bien qu'il y a des graines qui ne vont jamais sortir. Mais quand même, quand on les voit sortir, c'est un petit miracle. Et moi, c'est vrai que je suis très enthousiaste. C'est qu'il y a beaucoup de gens aujourd'hui qui sont déprimés, qui voient tout en noir et qui pensent que tout est foutu. Je ne crois pas du tout. Et je vois bien qu'il y a un engouement fort avec le végétal. Donc oui, il y a eu l'herboristerie de demain à Agnons. Avant-hier, il y a eu un colloque au Sénat à Paris sur la question de l'herboristerie. C'était sale comble, les échanges étaient riches. Donc je crois qu'il y a vraiment beaucoup de gens qui s'intéressent au végétal. Alors, ce n'est pas forcément la clé de tout, mais en tout cas, c'est la base. C'est la base de tout. On doit tout au végétal. C'est le végétal qui nous... Améliore la qualité de l'air, c'est les arbres qui font la régulation des cycles de l'eau et du régime des pluies. En fait, ils nous nourrissent. On est là dans une maison qui est en bois, qui est faite de végétal. J'ai l'impression qu'on a des murs qui sont peut-être bien en paille, donc c'est du végétal. La table, la chaise sur laquelle le végétal, il est partout. Donc, je crois que c'est quelque chose qui n'était pas forcément conscient et qui monte en conscience. Et c'est pour ça que quand il y a des événements sur les plantes, je crois qu'il y a pas mal de publics, ça répond parce que c'est une porte de sortie. Et puis bon, c'est un peu anecdotique, mais j'ai eu la chance il y a une semaine ou un peu plus de là. Je reviens du Maroc en fait. Et cette année, le Maroc a reçu des pluies hivernales très importantes, comme c'était pareil depuis des années. Ils étaient à l'entrée du Sahara occidental et je me suis retrouvé dans un village où il n'y avait pas plu depuis. 11 ans. 11 ans, pas une goutte d'eau, pas de prix.
- Joelle Mastelic
Les gens devaient être exhaltés.
- Thierry Thevenin
Les gens, beaucoup étaient partis. Tous ceux qui étaient jeunes étaient partis. Ils ont eu 4 ans, 5 ans, 6 ans, mais ils ont dû partir. Surtout les gens qui n'avaient pas de trésorerie. Ceux qui avaient les familles modestes, ils sont partis. Un petit peu grossière, les bidonvilles d'Agadir ou de Marrakech ou de Gaza. Bon, ça, c'est un peu triste. Mais moi, ce qui m'a vraiment émerveillé, c'est la force du végétal et du monde sauvage qui, finalement, on s'inquiète beaucoup pour la biodiversité, pour le monde sauvage. C'est pour nous qu'il faut s'inquiéter. Parce que là, après 11 ans sans pluie, au bout du village, il y avait un noël qui était asséché depuis une dizaine d'années et qui, là, coulait avec une cascade. Je n'en revenais pas, je ne croyais pas mes yeux. En fait, la vasque sous la cascade est grouillée de tétards, des milliers, des milliers de tétards. Et on piétinait les fleurs. Donc, je pense que c'est aussi ça, peut-être que même si on sait beaucoup éliminer des plantes, c'est aussi un autre lien aux plantes, c'est des millions d'années. Donc je crois que, instinctivement... On sent que c'est ça notre voie de sécurité. Ce n'est pas les zéros qu'on a sur notre contrat en banque, ce n'est pas nos belles cartes gold, si on en a, ou nos voitures électriques, ce n'est pas ça la vraie assurance vie. C'est le monde vivant, c'est le monde sauvage, et notamment le monde végétal.
- Joelle Mastelic
Est-ce que tu as toujours eu cet intérêt pour les plantes en tant qu'être vivant, ou est-ce qu'il y a eu un déclic à un moment donné dans ton histoire ? Ça fait quand même 40 ans maintenant. Tu m'as dit que ça faisait 40 ans que tu étais au contact avec ces plantes. Est-ce qu'il y a eu... Un événement, un déclic, quelque chose, un souvenir ?
- Thierry Thevenin
J'ai 61 ans, donc je me suis engagé professionnellement il y a 40 ans. Mais en fait, je suis tombé dedans quand j'étais petit. Un peu comme Oblédix, je crois. En fait, mes parents étaient la génération Formica. Mes parents ont quitté la campagne. Mes grands-parents étaient agriculteurs, du côté de mon père, du côté de ma mère. Comme plein d'Européens, on est tous... Alors des fois, ça remonte à plus de géniales choses. Moi, j'ai eu de la chance, j'ai connu le monde paysan. Et ce n'était pas des expatriés en école, c'était des paysans. Donc c'est vraiment quand j'étais tout petit que le lien s'est fait. Et puis bon, il y a des familles plus ou moins dans le monde paysan qui étaient plus ou moins proches ou pas des plantes. Et moi, j'ai eu de la chance. Je me sens hérité d'une lignée finalement, sans aucune prétention, ni fantasme, ni quoi, mais c'est une réalité. C'est qu'en fait, dans ma famille, c'était des éleveurs. dans le massif central, dans le nord-ouest du massif central, une petite ferme, mais qui s'intéressait beaucoup aux plantes. Et la personne qui m'a transmis cette confiance, parce que pour moi c'est le maître mot quand on veut travailler avec les plantes, c'est la confiance. C'est pas carré, c'est pas comptable, c'est pas mesurable. On a vu hier, par exemple, quand on a visité le jardin botanique avec Blaise, avec le directeur qui travaille sur l'absinthe, il nous a bien montré qu'en fait on ne sait rien. C'est 5000 molécules en interaction, l'absinthe. 5000, c'est vertigineux, quoi. Une seule plante. Donc, il y a cette notion de confiance. Et ça, c'est mon arrière-grand-mère qui me l'a transmise. Donc, moi, mes premiers souvenirs de connexion aux plantes, c'est la voix grande, alors que c'était une toute petite dame qui devait faire 1m60. Moi, elle était grande, je la tenais par la main et je faisais tout son jardin. J'ai vraiment cette image-là très forte, comme un petit, des fois, qui veut montrer tout ce qu'il sait. Et bien, elle m'avait expliqué les noms et je crois que je connaissais à peu près tous les noms des plantes de son jardin. Je vais... Très bien, le bleu des montagnes. J'aurais le cœur de Marie, elle s'appelait Marie, et elle avait une plante, l'icandra, la spectabilis, le cœur de Marie. Et voilà, j'ai toutes ces images-là, donc je crois que c'est là que... Et puis bon, elle avait des amis, je sais qu'elle allait voir la goutte, ou la tisane, je ne sais pas trop, je crois que c'était plutôt la goutte. Et donc, elle avait une amie qui avait sûrement à peu près son âge, et qui habitait le village à côté, mais on passait... De toute façon, quand j'étais tout petit, la route n'était pas goudronnée. C'était une ferme qui était au fond d'un petit chemin et on passait par les champs. Et donc là, c'est pareil, elle m'a montré aussi les fleurs sauvages. Donc je crois que c'est là que j'ai soupé le virus. C'est une famille où les plantes, ça faisait partie du quotidien. Donc on buvait la tisane le soir. C'est pour ça aussi que j'ai voulu aller sous les tilleuls hier. J'ai un lien particulier avec le tilleul. En fait, devant la maison de ma grand-mère, il y a un tilleul que dans la région on appelle les chulis. Alors, Julie, c'était un ministre de Louis XIII, et qui avait à l'époque fait passer une ordonnance royale pour que dans un mot, chaque village, on plante soit un orme, soit un tilleul. Et donc, il y a encore quelques-uns de ces très vieux tilleuls qui n'ont pas été coupés. Donc, celui-là, c'était soi-disant un Julie. Ce n'est pas très important de savoir si c'est vraiment à l'époque de Julie qu'il a été planté. Enfin, il faisait quand même 8,50 mètres de tour de taille. Donc, ça fait un tilleul assez impressionnant. et c'est là où j'ai appris à marcher je jouais, je me rappelle, avec les petites voitures les petits soldats dans les racines parce qu'il avait une souche qui sortait du sol vu son âge, il était creux, on pouvait se cacher dedans donc le lien aux plantes il est très très ancien Et je me suis vraiment engagé à 20 ans parce qu'en fait, des fois, on est dans un monde qui met les gens dans des cases. Et en fait, donc moi, je me suis retrouvé à scolariser comme n'importe quel petit français. Et le problème, c'est que j'adorais l'histoire. Toujours, j'adore l'histoire, la géographie, la littérature. Et que j'étais absolument nul en maths, nul dans les matières scientifiques. Et mon rêve d'enfant, c'était d'être vétérinaire ou paysan. En fait, le rêve est d'être comme mon grand-père, d'avoir des vaches. Mais je voulais les soigner. J'avais cette idée, ce rêve d'enfant. Je crois que c'est quand on est enfant qu'on sait ce qu'on veut faire. Sauf qu'après, à l'école, toi, tu vas faire une filière littéraire. Donc, j'ai fait un bac littéraire. Toi, tu n'es pas scientifique. Et c'est vrai que, de toute façon, ça aurait été les origines de la résultat catastrophique. Donc, en fait, je suis passé par une fac d'histoire, d'histoire de l'art. J'ai fait un grand détour. Et il y a une vingtaine d'années que je suis revenu aux plantes. Et des fois, les changements capent dans une vie où, quand on retrouve son vrai chemin, des fois, c'est avec une épreuve. Et en fait, c'est à l'occasion d'un voyage. au Maroc. Le Maroc, pour moi, est initiatique. J'étais très très malade parce que à 19 ans, on est invincible. Et je me suis retrouvé dans une ville du nord du Maroc où il pleuvait. Souvent, quand je vais au Maroc, il pleut. Et donc, en ville, l'eau était insalubre. Il y avait plein de gens, même malades, même des gens du quartier étaient malades. Mais moi, à 19 ans, je craignais rien. Donc, j'ai bu l'eau. Et là, l'isentrie amibienne. Donc là, j'ai vraiment failli mourir. Mais je me suis retrouvé et à bientôt. J'ai eu le temps, avant de me voir en ce temps malade, ça a pris deux ou trois jours, je me suis retrouvé dans l'Atlas et j'ai été soigné par des gens avec les plantes. Et c'est vrai que moi quand j'ai passé beaucoup de temps dans un village du sud de l'Atlas, j'ai retrouvé beaucoup de façons d'être, de façons de vivre, pour aller au jardin, pour aller au troupeau. Ça m'a vraiment rappelé l'enfance et là me faire soigner, ça a fait un tilt. Je me suis dit mais ça c'est précieux. Parce qu'ils m'ont sauvé la vie, franchement. Je faisais 59 kilos pour 1m88 quand je suis revenu de ce voyage. Donc, ils m'ont vraiment sauvé la vie. Et là, je me suis dit, ça, c'est important. Et même si j'ai fait une fac d'histoire, en fait, c'est ça que je veux faire. J'ai compris que c'était ça que je voulais faire. Et c'est là que je me suis engagé, donc, à une vingtaine d'années à peu près.
- Joelle Mastelic
Et du coup, ça n'existait pas encore, la formation de paysan herboriste ?
- Thierry Thevenin
Non, elle est toute récente. Elle a deux ans. Entre le moment où j'en ai rêvé, je me suis dit, il faut vraiment qu'on arrive enfin en France à ce que ce mot ne soit plus tabou. Parce qu'on a un passif très, très douloureux avec le mot herboriste en France. C'était un vrai tabou.
- Joelle Mastelic
C'est ce que tu allais dire avec le mot paysan. Parce que c'est vrai que ce n'est pas facile non plus. En tout cas, il est très dévoyé.
- Thierry Thevenin
Alors, moins en France.
- Joelle Mastelic
Moins en France.
- Thierry Thevenin
Depuis, alors, il a été extrêmement dévoyé. Toutes les années, il a fallu assassiner la civilisation des paysans. et le... le plan Marshall et l'après-guerre, ça a été ça. Ça a été vraiment industrialiser l'agriculture, la rationaliser pour faire du productivisme, et puis l'envoyer sur le marché mondial et pour l'exportation. Et d'ailleurs, avec la FNSA, on en est toujours dans ce projet-là de supprimer les paysans. Je ne sais pas combien de temps on a pour parler, mais il y aurait plein de choses à dire. On est toujours un peu là-dedans. Donc le mot paysan a été très dévoyé. J'ai écrit un petit livre qui s'appelle « Pieds doyés pour l'herbe et souris, la secte sud » et j'ai mis quelques exerbes en tête de chapitre. Et il y a une phrase d'un sociologue qui avait paru dans la revue de psychologie en 1948, et je ne pourrais pas faire la citation, mais c'est effrayant. C'est « Le monde paysan est archaïque, l'intelligence est close, c'est une routine archaïque. » En gros, c'est d'un mépris absolu et c'est pour montrer que c'est quelque chose où il n'y aurait pas d'intelligence, où ça serait une espèce de truc presque animal et mécanique. Donc, on a eu beaucoup cette dévalorisation. Le mot paysan, aujourd'hui, a complètement... Il y a une bascule qui est en train de se faire, avec des rédécentes du côté de la politique pro-industrielle, mais dans la population paysan, maintenant, c'est quelque chose qui est presque devenu positif. Et en fait, ce n'est pas moi qui ai inventé ce terme, paysan herboriste. c'est apparu en fait dans des ateliers qui avaient été organisés par le syndicat Simple. Donc le syndicat Simple, c'est le syndicat français qui rassemble aujourd'hui à peu près 700 producteurs de plantes médicinales et qui font de la vente directe. Et en France, on a des gros problèmes avec la réglementation, qui est très coercitive et qui limite vraiment nos pratiques, notamment pour la transmission des savoirs traditionnels. Et en fait, on faisait des ateliers. Et l'idée aussi, c'était comment on pouvait se définir. Et ça fusait de partout. Cheuilleur, producteur de plantes médicinales. Cheuilleur, producteur... cueilleuse, enfin, il y a plein de... Et puis à un moment donné, quelqu'un, c'est pas moi d'ailleurs, quelqu'un a dit paysan herboriste, et c'est devenu comme une évidence, parce que c'est vrai que ça dit beaucoup de choses. Paysan, il y a donc cette idée qu'on est dans l'autonomie, et les plantes médicinales, sous une forme simple, que ce soit des huiles essentielles, des eaux florales, ou des tisanes, c'est quelque chose qui se fait à la ferme. Ce n'est pas une usine, ce n'est pas un processus industriel. On reste à la ferme. Paysan, c'est qu'on est dans un pays, donc c'est vrai qu'on travaille tous avec notre flanc. L'armoire à tisane du Valais, de la Creuse, de la Bretagne ou des Pyrénées, ce n'est pas la même, ce ne sont pas les mêmes plantes. Donc on est vraiment ancré dans un pays. Et puis herboriste, parce que même si c'est un mot qui fâchait, en France, il faut bien appeler un chat un chat, quand on produit des herbes et qu'on les distille, quand on fait des tisanes, on est herboriste. si on prend le... La première occurrence de ce mot dans le dictionnaire d'Académie française, c'est sur la première édition. Moi, j'ai regardé un petit peu comment évolue dans le dictionnaire d'Académie française la définition du mot. Au départ, c'est celui qui connaît les simples. C'est celui qui connaît. Et herboris, ça dérive de herbula, du latin, c'est des petites herbes. Donc voilà, paysan herboris, je trouvais que... littéralement, et c'est sûrement pour ça que ça s'est apparu comme une évidence sur un atelier, sur une journée, et c'est parti en train de poudre. Et maintenant, je vois que c'est un mot qui est repris. Alors, on a eu du mal à le faire accepter, parce qu'on a donc fait un énorme travail. Nous, on souhaite maintenant la reconnaissance de ce métier en France. Donc, on a fait tout un travail auprès des pouvoirs publics. Il y a un organisme en France qui s'appelle France Compétences, et qui est donc l'agence d'État qui va valider ou pas la reconnaissance d'un métier, à ce qu'on appelle le répertoire national des certifications professionnelles. Et donc nous, on a voulu que ça parte vraiment de la base. On n'a pas voulu raconter l'histoire. On aurait pu, par exemple, on était une poignée très investie, à dire on va prendre notre modèle et on va dire c'est ça, paysan à brise. Nous, on a voulu d'abord faire une large enquête dans le pays. Donc on a envoyé un questionnaire par différents biais, dans le réseau du syndicat simple, dans le réseau de Nature et Progrès, dans le réseau d'émetteurs, dans tous les réseaux où il y avait... des producteurs, la FNAB, la Fédération de la Culture Biologique, par les centres de formation. Enfin voilà, on a envoyé beaucoup de questionnaires pour, on voulait un retour de la base pour savoir qu'est-ce qui existe aujourd'hui. Parce qu'on voulait faire quelque chose qui ressemble à la réalité. Et tant pis si ça passe pas. On n'avait pas envie de mentir. On veut vraiment essayer de faire valider ce qui existe. Donc on a eu 133 retours exploitables, ce qui est pas mal, parce qu'on a pris 6 mois à peu près. Il y avait une quarantaine de questions ouvertes, donc c'était très très riche. Donc alors ça a été un travail. On s'est mis dans la panade. Parce qu'après, il y a eu 12 bénévoles qui ont travaillé pendant 18 mois avec une accompagnatrice dont c'était le métier de faire de l'ingénierie, de formation et d'accompagnement à la certification. Et donc, on a construit nous-mêmes, à partir de la réalité de terrain, à partir des enquêtes, des enregistrements, un référentiel métier, un référentiel de formation et aussi un référentiel pour l'évaluation de la certification. Et ça, on a présenté ce dossier à France Compétences. et ça n'a pas été facile notamment le mot herboriste on a compris que ça les intéressait parce qu'on a eu un rendez-vous avec le directeur de l'agence, donc ça c'est bon signe, ça veut dire qu'en fait on ne le met pas au panier et on nous a dit herboriste ça pose problème ça donne des boutons à d'autres agences gouvernementales donc on a, voilà Je pense qu'il ne faut pas être naïf, ça devait être très problématique avec les autorités de santé, ministère de la Santé, conseillère de la Déformation ou des médecins. C'est vrai que le Mont-Hierboris, je crois qu'il y a encore la mémoire des bûchers qui est là. Je crois que les plantes médicinales, on a un passif très douloureux en France, mais même en Suisse, parce que c'est dans votre pays qu'on a brûlé la dernière femme officiellement comme sorcière. Je crois que ça laisse des traces.
- Joelle Mastelic
Peut-être même dans notre canton. Oui,
- Thierry Thevenin
peut-être même dans votre canton. Donc voilà, on paye un peu tout ça. mais on est tout bon On a dit, on n'est pas des herboristes, on est des paysans herboristes. Et on a dit, tant pis, ça ne passe pas. Mais un paysan qui se spécialise avec des herbes, je ne vois pas en quoi c'est un problème qu'il soit un paysan herboriste. Et c'est passé.
- Joelle Mastelic
Et c'est passé depuis 2023, donc vous êtes au registre national.
- Thierry Thevenin
Aujourd'hui, c'est intéressant. Il y a déjà, on voit qu'il y a un engouement, parce que ce n'est pas très facile. C'est un métier qui n'est pas très rémunérateur. peine, on est dans l'émergence, en fait, de quelque chose. Mais malgré ça, il y a une centaine de personnes qui sont au démarre, il y a déjà une quarantaine qui sont certifiées, donc je n'étais plus arrivé depuis 1941 en France, qu'il y ait des professionnels reconnus par l'État où il y a le mot herboriste dans leur titre, donc ça, pour moi, c'est une victoire, c'est merveilleux. On a enfin quitté la période de l'occupation, on est sortis du régime de Vichy, c'est quand même une vraie victoire historique, et donc il y a une centaine de personnes en démarre. Et pour l'instant, c'est très fragile, on est reconnu au titre de profession émergente. Alors ça fait un peu sourire quand on voit l'antiquité de ce métier. Ça fait quand même quelques milliers d'années qu'il y a des gens qui s'intéressent de près aux plantes, mais on s'en fout un peu. Et on continue l'aventure. Et puis on a envie de faire du lien, inter-région. Donc pour l'instant, il y a un centre avec lequel on... Alors je dis nous, c'est la Fédération des Paysans Herboristes. Donc ils sont détenteurs des titres. On a préféré que ce soit nous qui gagnions le titre comme propriétaires de titre pour éviter les dérives. On a vraiment envie que ça reste quelque chose pour aller vite. En gros, on veut d'abord historie à taille humaine. Donc, pas industrialisé.
- Joelle Mastelic
On est micro-ferme.
- Thierry Thevenin
Pour pouvoir respecter l'environnement, parce que c'est vraiment ça la base, c'est la plante. S'il n'y a plus de plante, il n'y a plus d'herboriste. Et donc, on est convaincus que le modèle industriel et l'ultra-urbanisation, l'ultra-industrialisation détruisent la biodiversité. Ça, c'est vraiment un constat qu'on a fait. Donc, nous, on veut vraiment promouvoir une herboristerie à l'échelle artisanale, humaine, fermière, locale. Éviter de faire traverser les océans. ou des continents à des plantes, alors qu'on a des ressources locales, on est vraiment dans cette voie-là. Donc c'est ça qu'on veut défendre. Et voilà, donc on en est là aujourd'hui, et donc c'est pour ça qu'on a été au Sénat il y a trois jours. C'est aussi pour ça qu'on est ici, parce qu'on aimerait bien qu'il y ait des ponts et que ça se diffuse en Europe, et que d'autres pays d'Europe puissent aussi relancer ces métiers. Parce que c'est aussi, alors je ne sais pas comment c'est en Suisse, on a En France, on est aussi finalement dans une certaine insécurité sanitaire. Et l'herboriste n'est pas un médecin, on est clair. Moi, je suis quelqu'un qui vient me voir qui a un cancer, je ne prends pas des choses comme ça en charge. Mais tous les petits mots du quotidien, il y a énormément de choses qui peuvent être faites avec les plantes. Il y a un médecin qui est assez connu en France, qui s'appelle Jean-Michel Morel, qui est quand même quelqu'un qui a une très longue expérience, qui est un des grands phytothérapeutes en France. Il dit que 80%... pour que la médecine de ville, des petits bouts de quotidien, peuvent être pris en charge avec les plantes. Et évidemment, il faut connaître ses limites. Dans les formations du métier de paysan herboriste, c'est 1000 heures de formation en centre et 600 heures en entreprise. Donc, c'est une formation longue. Il y a effectivement tout un volet sur le conseil au client où effectivement, il faut que le paysan herboriste soit formé pour savoir quand est-ce que ça s'arrête pour lui. À quel moment il faut vraiment... qu'il puisse comprendre à quel moment il faut orienter vers un médecin. Et aussi exiger qu'il y ait un diagnostic pour ne pas faire de bêtises. C'est un métier à forte responsabilité, mais je pense qu'il y a beaucoup à faire. Et dans ce temps où il y a beaucoup de ruptures d'approvisionnement au niveau des médicaments, où il y a des déserts médicaux en France, ça devient des fois, on peut attendre trois mois, quatre mois avant d'avoir un rendez-vous avec un médecin ou avoir des rendez-vous médicaux. En attendant, il y a vraiment un vrai travail à faire.
- Joelle Mastelic
Une valeur ajoutée aussi au niveau environnemental.
- Thierry Thevenin
Oui, et puis il y a aussi après une activité dans des zones souvent défavorisées, dans des zones de montagne. Je pense que c'est un métier important. Et c'est un métier d'avenir, ce n'est pas un métier du passé.
- Joelle Mastelic
On voit qu'il y a des agriculteurs, donc des paysans qui se spécialisent. Mais est-ce qu'il y a aussi des personnes qui se reconvertissent comme paysans herboristes ?
- Thierry Thevenin
Oui, il y a beaucoup de phénomènes là. C'est un métier qui a du sens quand même. Du coup, on se rend compte par la plante qu'on est relié à une histoire, à un environnement. On peut observer finement les évolutions de cet environnement. C'est un métier très complet. On doit forcément se former, avoir des notions d'anatomie, de physiologie. Donc, on se ré-approprier aussi, et ça fait bien roi à son propre corps, à sa propre santé. On est obligé d'avoir des notions d'agronomie, météorologie. Après, il faut faire la compta, parce que c'est une entreprise, bien sûr. parce que hyper complet, c'est un métier hyper complet. Et donc c'est retrouver des métiers, alors que c'est un engagement, mais qui ont du sens. On comprend ce qu'on fait et on fait les liens entre les choses, alors que la plupart des métiers maintenant dans le monde industriel sont des métiers de robotisation, où en fait on est plutôt un outil dans une scène, et souvent on a un tout petit bout de l'histoire, mais sans en avoir les aboutissements, et il y a beaucoup de gens qui sont en perte de sens. dans leur profession, parce qu'ils se rendent compte qu'ils sont un peu comme le pion, le petit rouage, où ils n'ont plus de prise de sens, où ils ne font pas le tour de la question, ils ont l'impression simplement d'être des pions. Et donc, il y a effectivement beaucoup de gens qui ont envie de changer de vie, et de trouver un métier, même si c'est un engagement fort, et qu'on est plus qu'à un plein temps, et que souvent on donne sa vie à quelque chose, on a l'impression de... On a un peu le pouvoir de pouvoir faire des choix avec ce que j'appelle la vraie intelligence. L'intelligence, c'est ce qui permet de relier la compréhension entre les choses, savoir un peu d'où on vient, où on va. Et donc là, on est en lien avec des choses très anciennes, mais on voit déjà arriver les choses du futur, parce qu'on regarde autrement son environnement et on est plus sensible et plus attentif à son évolution. Donc voilà, on vit vraiment. Et je crois que c'est pour ça qu'il y a beaucoup de gens, effectivement, qui abandonnent des fois des... Là, on a vu, par exemple, dans les premières personnes, on commence à regarder qui on est, finalement. C'est ça qui est intéressant aussi, c'est que des fois, en voulant se normaliser, on voit qu'il y a effectivement beaucoup de gens très diplômés, avec des niveaux assez élevés, qui veulent faire des métiers qui... On a beaucoup de gens qui ont fait des écoles d'ingénieurs, beaucoup d'ingénieurs, sciences pauvres, anthropologues, mais qui, finalement, reviennent à la terre, à la plante. Parce que ça permet de nourrir leur intellect, c'est un métier aussi... Voilà, qui demande une grande culture et qui est complète. C'est un métier qui est physique, qui est sensuel, sensible, mais aussi intellectuel. Et je crois que ça attire beaucoup de gens.
- Joelle Mastelic
Il y a aussi la possibilité de faire de la validation des acquis d'expérience, de ne pas suivre la formation, de suivre en partie la formation, et de valider les expériences de terrain. Oui,
- Thierry Thevenin
c'est un dispositif, ça, en France, qui est valide pour tous les métiers. C'est le système de la VAE. validation des acquis par l'expérience. Et donc effectivement, pour des gens qui pratiquent une profession depuis une dizaine ou une quinzaine d'années, je crois que c'est même moins que ça, je crois que la VAE en France c'est trois ans. Donc on peut faire cette démarche de VAE qui va donner le titre, et donc dans ces cas-là, c'est tout un travail de dossier, en fait un petit peu comme un mémoire qui va expliquer quelle est sa pratique, comment on travaille, quel est son parcours, comment on s'est formé. Quelles sont ses sources d'informations ? Enfin voilà, on décrit un petit peu ce qu'on fait. Et après, on va soutenir ça devant un jury qui va déterminer si, oui ou non, on a le niveau pour pratiquer ce métier en toute sécurité. Donc à savoir, être capable d'identifier correctement les plantes qu'on va récolter. Parce qu'en cahier de sauvage, c'est très très important. Bien sûr, la botanique, c'est un peu la base. Mais parfois aussi, quand on achète des spans ou des plants dans le commerce, il y a vraiment de tout. Et il y a des fois, c'est complexe les plantes médicinales, il y a des pépiniéristes qui vous proposent de la semence de menthe poivrée ou de camomille romaine. Ce n'est pas possible. C'est juste que ce n'est pas possible, parce que la camomille romaine de l'herboristerie, elle est stérile, elle se met de manière végétative. La menthe poivrée est très peu fertile, ou de monarde, ou je ne sais pas quoi. Donc c'est vrai qu'on peut de toute bonne foi se dire, ah ben moi j'ai acheté mes graines, je vais laisser, mais en fait, on n'a pas exactement... la plante qu'on pensait avoir. Donc il faut avoir des compétences botaniques et après l'utiliser et pouvoir la conseiller. Il y a quand même beaucoup de plantes où même si elles peuvent procurer des bienfaits au niveau santé, au niveau de la vie, elles ont des précautions d'emploi, elles ont des contraindications qu'on ne doit pas donner dans les situations. Donc la VE, même si on n'a pas fait la formation parce que finalement on a appris d'une manière ampliée sur le tas, il faut démontrer qu'on maîtrise toutes ces données-là et qu'on puisse... Parce que nous, en fait, le titre, on veut le délivrer à des gens qui sont compétents. On a été détenus par la profession et qu'on sait très bien qu'on ne va pas nous pardonner le faux pas. Moi je trouve que c'est très positif, ça veut dire qu'on va faire vraiment attention à qui on donne ce titre. Donc à terme je pense même, on n'a pas voulu s'approprier le mot, on n'a jamais cherché à ce que ça soit un monopole. On a tellement souffert du monopole des pharmaciens qu'on n'a pas envie de faire la même chose. Mais peut-être qu'il y aura, comme au Québec avec la guilde des herboristes, il y aura peut-être, c'est en discussion parce que là c'est assez nouveau en fait. Mais on va sûrement faire un phénomène d'accréditation. C'est-à-dire que les gens pourront dire « Accrédité par la Fédération des Paysans Herboristes » . Et pour le public, ce sera une garantie de sérieux. On sait que ces gens-là ont été correctement fermés. Mais sans faire un monopole. Parce que « Paysans Herboristes » , ça n'appartient à personne, ces mots-là. Il faudra que le public fasse un peu son tri. C'est pour prendre son temps, en fait. Il faut tester et il ne faut pas hésiter à rencontrer les gens. Et on se rencontre assez vite. Et on a... faire en face. Nous, on a des pharmacies ouvertes et on fait aussi beaucoup souvent de la transmission au public. Parce que je pense aussi, si on veut que l'herboristerie retrouve sa place, il faut aussi éduquer la population à retrouver de l'autonomie et lui donner des rudiments, des bases pour qu'elle puisse être capable de reconnaître une pointe de qualité, qu'elle puisse être capable de l'utiliser sans faire de bêtises. Voilà, il y a aussi ce rôle d'éducation. Aujourd'hui, ils ont beaucoup, beaucoup d'informations sur les plantes avec Internet, avec les revues. Il y a plein de moyens de s'informer avec des bouquins. Il y a quand même une flopée chaque année de nouveaux titres qui paraissent. Et donc souvent les clients arrivent vers nous un peu perdus parce qu'ils ont des fois des informations complètement contradictoires ou fantaisistes. Et donc le rôle du paysan herboriste ou de l'herboriste, de contre-roi, ça va être un petit peu d'aider les gens à s'y retrouver. On voit bien que les gens sont un peu paumés des fois.
- Joelle Mastelic
Mais comment tu vois cette transmission justement ? ces nouveaux modes, comme là on est sur un podcast audio, il y a aussi toutes ces formations plus certifiantes, il y a internet. Comment est-ce que tu vois cette transmission d'herboristerie dans le futur et comment ça coexiste en fait ces différents modes de transmission ?
- Thierry Thevenin
Je pense qu'il y a différents niveaux d'apprentissage, les MOOC, les podcasts. Pour moi, c'est d'abord pour donner envie d'aller plus loin. Mais après, les prunes, c'est quand même complexe. Ça dépend de ce qu'on veut aller. Ne serait-ce qu'être capable d'utiliser au quotidien dans sa famille, c'est vraiment très important pour soit prévenir une petite fragilité personnelle ou familiale qu'on a. Il y a des familles, c'est tous des romatisants. Il y en a d'autres, ils ont tous des problèmes circulatoires. Et ce n'est pas grave, on en a fait aujourd'hui un business avec des médicaments, des frais de surpuissance. Alors qu'en fait... On peut gérer, surtout dans la prévention, parce que les plantes c'est le temps de la prévention, ou l'accompagnement au quotidien, on peut prévenir et en tout cas améliorer l'état général des personnes. Des fois on n'a pas besoin de devenir herboriste et d'avoir un état nérudit. On va s'intéresser à une dizaine, une dizaine de plantes, mais je pense que ça va passer de toute façon à un moment donné, par vraiment prendre du temps, d'aller faire des formations quand même sur le terrain. Aller rencontrer, voir les gens. Et on a la chance aujourd'hui que ça, ça existe aussi. Il y a le MOOC, il y a l'émission de radio, il y a le podcast. Ça, c'est pour aller chercher les gens, trouver les gens et comprendre qu'il y a un intérêt. Mais après, il faut quand même donner un peu plus de mal. Autrefois, ça, ça prenait dans la famille, mais ça prenait du temps. C'était la grand-mère, c'était la mère qui parlait à sa fille. Et ça se faisait sans s'en rendre compte. Mais la transmission se faisait. Et la sagesse populaire, ce n'est pas un mythe. il y a des plantes qui ont posé problème quand justement il y a eu cette rupture de transmission culturelle. Je pense à la Germande Repetition en France, par exemple, qui en Haute-Provence, en Cévennes, dans toute la partie méditerranéenne de la France, était vraiment une tradition de cœur de printemps. Et dans toutes les familles, vous le savez, on disait, ça refait le sang. Alors ça, c'est vraiment des représentations du corps, de la santé qui font sourire les médecins d'aujourd'hui, mais ça dit bien ce que ça veut dire, c'est des plantes dépuratives et qui effectivement... et permettait d'éliminer toutes les toxines qui avaient été accumulées pendant l'hiver, où on mangeait un peu plus gras, un peu plus de charcuterie, où on bouge moins, où on sort moins. Donc effectivement, c'était une bonne idée. Et dans la tradition, alors que c'est l'empirisme, c'est ce que j'appelle le génie populaire, on dit, ça ne prend pas longtemps, c'est une semaine. Bon déjà, c'est assez difficile à voir, c'est extrêmement amer, mais sur un temps court. Et quand il y a eu cette rupture culturelle, où on a complètement dévalorisé ses savoirs, il y a aussi la problématique de la langue. En fait, beaucoup de savoir empirique qui avait mis des siècles à se construire, on a vu le temps d'expérimenter, de voir les limites, de voir les dangers, d'affiner et de savoir comment utiliser la bonne échéance, c'était souvent transmis dans les langues régionales. Et en France, par exemple, il y a eu, surtout après la Première Guerre mondiale, la problématique sur le front. Les gens parlaient 25 langues à travers la France, ils ne se comprenaient pas. Donc c'était très compliqué pour les officiers. Moi, j'ai eu le témoignage d'anciens poilus, quand je suis arrivé dans ma région, ils n'étaient pas morts, et qui disaient qu'un de leurs problèmes, il y avait un monsieur avec qui ils avaient beaucoup parlé, beaucoup échangé, j'aime bien parler avec les anciens, et il disait, quand il est arrivé sur le front de l'Alsace, il ne savait pas qui, si les gens parlaient allemand ou français, il ne savait pas qui étaient ses ennemis, il ne comprenait rien, il ne comprenait rien aux ordres, il ne savait pas parler français, pas du tout, pas un mot. Donc, à partir des années 1920, dans les écoles, on a vraiment, ma grand-mère m'a raconté, on la frappait si elle ne parlait pas de toi. Et on envoyait des instituteurs bretons ou vendéens pour pas que les instituteurs puissent comprendre les enfants. Ils n'avaient pas le droit de parler leur langue dans la cour. Donc en fait, tout ce savoir, on disait la German-Dreipzigen, une semaine, pas plus, souvent c'était des comptines ou des proverbes. Tout ça, ça n'a pas été transmis parce que ces générations-là ont tellement souffert de la répression qu'il y a eu sur leur langue qu'ils ne voulaient plus parler que leurs enfants. Ils voulaient que leurs enfants parlent français, ils ne voulaient pas qu'ils se fassent frapper comme ils avaient été frappés. on a eu une perte de savoir immense. Alors, on a appris d'autres choses. On a appris plein de choses, mais on a perdu beaucoup. Et donc, la germandrée, pour revenir à elle, dans la forme moderne où il n'y a plus la transmission et que ça devient un objet de marketing, elle a provoqué plus d'une dizaine de décès en Europe parce qu'elle a été vendue en gélules. Et donc là, bien sûr, on ne sent plus l'amertume. Quand on avale une gélule, la poudre, on ne sent rien. Et qu'elle a été vendue, avec une dérive au niveau de ses indications, elle a été vendue comme plante amassissante. Donc j'ai vu pas mal de gens qui ont fait de la surconsommation, en espérant maigrir plus vite, et qui se sont fait des occlusions hépatiques. Et quand il y a des alcaloïdes, on peut se faire des trous dans le foie. Donc voilà, à un moment donné, podcast, émissions de radio, petits magazines, ça ne suffit pas. À un moment donné, je pense qu'il faut... On n'a pas tous... On perd beaucoup de temps, des fois, à scroller sur des écrans, à regarder ce qu'a dit Trump, ou ce que fait Trump. Je pense qu'il faut, si on veut consommer des plantes... Je suis allé comme ça prendre quelques jours dans l'année, et petit à petit, et ça prend des années, ça prend du temps. Moi, avant de me laisser traiter d'herboriste, je crois que ça a pris au moins 15 ans. C'est vrai, ce n'est pas faux. Je suis peut-être quand même un petit peu herboriste. Mais ça prend du temps. Ça ne se fait pas en deux ans, en trois ans. On a du temps devant nous. Et puis, comme on s'éjeune, et quand on a des enfants qui sont attirés par ça, il faut les encourager. Il faut les aider, les encourager. Moi, je suis vraiment... J'ai une gratitude pour mes grands-parents et un grand-parent qui avait compris. J'ai une gratitude pour mes parents qui m'ont nourri, qui m'ont élevé. Je crois que... Je ne sais pas si ma maman m'écoutera, mais au début, elle m'a pas vraiment... Aujourd'hui, je pense qu'elle est fière de ce que j'ai fait, elle a compris. Mais quand j'ai commencé, je crois qu'elle a surtout eu très peur. En disant, la femme suisse, il va faire quoi ? Il est en train de faire quoi ? Lui qui est tellement doué à l'école, qui a tellement de bonnes notes, il aurait pu être professeur de je ne sais pas quoi. Il faut encourager les enfants, il faut encourager la connexion avec la nature. Même si ça paraît déroulant, comment il va faire pour gagner sa vie ? Il faut profiter de ça, parce qu'évidemment, si on commence tôt et qu'on est jeune, c'est là où on apprend le mieux.
- Joelle Mastelic
Nous, on a beaucoup de gratitude en tout cas en Suisse d'avoir déjà de t'avoir aujourd'hui. Merci beaucoup d'être venu dans ce jardin sauvage. Et puis aussi pour la transmission et le travail que vous avez fait en France. Je pense que ça va être très utile aussi pour pouvoir institutionnaliser les paysans arboristes aussi en Suisse. Merci beaucoup d'avoir participé à ce podcast.
- Thierry Thevenin
Merci. Bonne journée à tous.
- Joelle Mastelic
Bonne journée. Merci d'avoir écouté Mémoire Végétale, la voix des plantes. plantes médicinales. Si ces voix, ces récits et ces gestes vous ont touchés, vous pouvez vous abonner et partager cet épisode à une personne qui pourrait, elle aussi, suivre la voix des plantes médicinales. N'hésitez pas à laisser un commentaire ou une note sur votre plateforme d'écoute préférée. Cela nous aide beaucoup dans cette mission de transmission de savoir. C'est ainsi que les histoires circulent et que les plantes continuent de murmurer à l'oreille de ceux qui prennent le temps de ralentir pour les écouter. À bientôt pour un nouvel épisode ! Les informations partagées dans ce podcast sont destinées à la découverte et à la compréhension des plantes médicinales. Elles ne remplacent pas un avis médical, un diagnostic ou un traitement. Certaines plantes ne conviennent pas à tout le monde ou interagissent avec des médicaments pour toute question liée à votre santé ou avant d'utiliser une plante dans un but. thérapeutiques, je vous invite à demander conseil à un professionnel, médecin, pharmacien, naturopathe qualifié. Vous restez libre et responsable de vos choix et ce contenu a pour seule intention d'accompagner la transmission des connaissances sur les plantes médicinales. Je vous souhaite une bonne découverte et à bientôt sur Mémoire Végétale.