- Speaker #0
Mémoire des musiques du monde.
- Speaker #1
50 ans de diversité. Musicale et culturelle. Une série Zone Franche.
- Speaker #2
En partenariat avec l'Assasem.
- Speaker #1
L'entretien Jeanne Lacaye,
- Speaker #3
réalisation Benoît Thumou.
- Speaker #4
Écoute, j'ai pratiquement fait tout le monde, franchement la vérité. Enfin, tous ceux qui étaient vivants à l'époque. J'ai même fait Fela, Fela Kouti, ses deux fils, enfin tout le monde. Moi du coup, non, je ne suis pas frustré.
- Speaker #1
Moi, j'aurais... aimé faire la... Comment c'est ? La sœur de Caetano Velozotto ? Maria Betania. Voilà. Après, j'ai eu la fierté d'avoir fait Dr John.
- Speaker #3
Voilà. Lili Bonnich, lui, je l'ai raté. Oh, je l'ai raté. Exactement. Alger, Alger !
- Speaker #5
Épisode 1. Aux fondations, les programmateurs. Avec Christian Mousset, Marie-Josée Justamont et Franck Tenay.
- Speaker #0
Christian Mousset, ancien disquaire, vous fondez Jazz en France à Angoulême en 1976, festival qui deviendra Musique Métis en 1986, incontournable dans le paysage de la sono mondiale en France, c'est correct ?
- Speaker #4
Correct.
- Speaker #0
Marie-Josée Justamont, vous fondez les Sudaharl en 1996, un festival tout aussi incontournable que vous dirigez jusqu'en 2018. et dont vous êtes aujourd'hui encore la présidente, correct ? Correct ! Franck Tenay, en tant que journaliste pour l'IB, le Nouvel Observateur, Mondomix ou Radio France, vous observez de près cet écosystème de la sono mondiale dès le début des années 70. Vous êtes également l'auteur d'un certain nombre d'ouvrages sur des sujets comme les chants et polyphonies corse, le rail ou encore les musiques et chants d'Occitanie. Et entre autres choses nombreuses, vous êtes aussi l'un des membres fondateurs et ex-présidents du réseau Zone Franche, correct ?
- Speaker #4
Correct !
- Speaker #0
Vous vous connaissez tous les trois ?
- Speaker #4
Ah oui !
- Speaker #3
Très bien ! Oui, c'est le moins qu'on puisse dire !
- Speaker #4
Moi j'ai l'impression que je connais Franck depuis l'ouverture du festival, parce que Franck s'intéressait aussi au jazz, comme moi, mais je ne suis pas sûr qu'il soit venu à toutes les éditions, mais je le connais depuis les années 80, début des années 80. Et Marie-Jo un peu plus tard, mais on est resté très liés.
- Speaker #1
Moi, je connais Christian depuis Musique Métis. Puis après, j'ai écrit pendant je ne sais pas combien d'années tous les programmes de Musique Métis. Donc, j'étais en permanence. Et puis, Marie-Jo fait partie de la première... Après nous, c'était la première génération qui arrivait.
- Speaker #3
Oui, il faut dire que je n'étais pas immédiatement dans la première ligne des fondateurs. des fondateurs de Zone Franche et des fondateurs des événements Musique du Monde. Pendant longtemps, j'ai travaillé aux rencontres de la photographie et je suis passée un peu plus tardivement, effectivement, aux Musiques du Monde. Et Franck, je l'ai connu, par exemple, la première année des Suds. Toute première année des Suds, je me souviens très bien, premier moment précieux, où toi et Constant Kaimakis, vous étiez assis au cours de l'archevêché. Et c'est lui qui m'a entraîné dans Zone Franche après, bien sûr. Christian, un tout petit peu plus tard, un Womax à Marseille, je ne sais pas si vous vous souvenez, en 97, et qui a été formidable parce que c'est ce qui m'a permis d'être à la zone franche justement, et puis qui a brassé beaucoup de monde déjà, c'était une anticipation de Babelmed certainement.
- Speaker #0
Ce qui vous relie tous les trois, c'est que vous êtes acteur, actrice de la Saône mondiale, mais aussi témoin forcément depuis au moins 30 ans, voire 50 pour certains d'entre vous. Comment vous tombez dedans, tout un chacun, tout un chacune, dans le bain de la sono mondiale ? Ça commence comment ?
- Speaker #4
Moi, c'est simple. Au départ, j'ai créé ce festival de jazz à Angoulême. J'étais disquaire, j'ai créé un festival de jazz en 1976. Mais j'ai toujours été intéressé par d'autres musiques, notamment les musiques africaines, beaucoup. Mais j'ai commencé par le jazz. En 1976, j'ai fait Jazz en France, qui était un festival dans lequel il y a eu tous les artistes. qui par la suite sont devenus des stars. Il y avait Michel Portal, Luis Clavis, Didier Locoud, Christian Escoudé, Aldo Romano, Daniel Humeur, Henri Texier, j'en passe, c'est des meilleurs. Ça, j'ai créé en 76. Et puis après, j'ai évolué vers autre chose parce que c'est vrai que le jazz, ça me plaisait, j'avais envie de le faire découvrir, mais ce qui me plaisait plus, c'est de faire découvrir des musiques adites du monde. Et je me suis engagé dans cette voie petit à petit.
- Speaker #0
1985, c'est l'année où « musique métisse » , ce terme, cette expression, fait son apparition sur l'affiche de jazz en France.
- Speaker #4
Voilà, exactement. Et puis après, c'est devenu « musique métisse » , parce que le jazz est en lui-même une musique dont on peut dire qu'il est métissé.
- Speaker #0
J'ai lu Christian Mousset qu'il y a un disque qui vous a quand même fait basculer, vous étiez tout jeune, 16 ans peut-être. Un disque que vous avez trouvé à Paris, ça ?
- Speaker #4
Oui, voilà, quand je suis venu à Paris, c'était pas un disque, c'était une cassette. En fait, c'était le Bambaya Jazz de Guinée. L'occurrence à l'époque, c'était, on trouvait Youssou N'Dour déjà, Salif Keïta. Mais moi, ce qui m'intéressait, c'est justement la musique, entre guillemets, moderne qui était en train de naître sur le continent africain. suite aux indépendances, et partout, mais surtout au départ, Guinée, Mali, Sénégal. Et j'y suis resté très fidèle.
- Speaker #0
Franck, comment vous tombez dedans, vous ?
- Speaker #1
Moi, je viens par, je vais dire, la géopolitique. Pourquoi ? Parce que d'abord, j'ai grandi en Afrique, une Afrique coloniale, la OEF, la EF, Guinée, Mali, Sénégal, Madagascar, enfin voilà. Et ensuite, je me suis retrouvé très tôt journaliste de politique internationale. Donc j'ai couvert des conflits, Angola, Mozambique, Guinée-Bissau, l'Afrique du Sud, l'Apartheid, les dictatures latino-américaines, tout ça. Et chaque fois que j'allais dans un pays, je m'intéressais toujours à deux genres de personnes, les écrivains et les musiciens. Et aussi, je fais partie de la génération, je pense que je suis un des plus vieux journalistes du monde en France aujourd'hui. Je fais partie de la génération alternative, donc on avait des fanzines, j'ai commencé à écrire dans des fanzines, sur la chanson, sur le jazz et sur ce qu'on n'appelait pas les musiques du monde à l'époque. Même quand je suis rentré au Nouvel Observateur, on appelait ça les musiques extra-européennes. Et c'est par ce biais-là, puisque je suis un militant de la génération de 68, que ce qui m'intéressait c'était le rapport Nord-Sud, je suis de la génération tiers-mondiste. l'échange inégal, tous ces enjeux-là. Et il me semblait qu'à travers la musique, justement, on pouvait appréhender toutes ces questions-là. Pour moi, les musiques du monde, ce n'est pas un genre. C'est les musiques et les cultures du monde. Et donc, fatalement, ensuite, quand on se retrouve pour créer Zone Franche, on est un certain nombre, et notamment de journalistes. Par exemple, il y avait Philippe Conrath, que j'ai connu parce que je travaillais à Libéa avec lui. Donc, on se rendait compte que dans les corps de métier, il y avait des corps de métier qui étaient soumis au même problème. Et il nous semblait intéressant de créer un réseau, on en parlera tout à l'heure, qui soit transversal. Et c'est un peu comme ça que je me retrouve là-dedans. Ce qui est intéressant, justement, dans une offranche, c'est de savoir d'où viennent les individus et pourquoi ils sont là-dedans.
- Speaker #0
Marie-Josée ?
- Speaker #3
C'est le flamenco qui a été le transmetteur. Je suis une passionnée de toromachie, ça peut choquer du monde, mais ça ne me gêne pas, je l'assume parfaitement. C'est quelque chose qui est très profond pour moi dans notre culture. Et la toromachie m'a menée au flamenco, ça va ensemble. Et le flamenco m'a amenée aux musiques du monde. Après, la création du festival, c'est encore une autre histoire. C'est une belle histoire que j'aime aussi raconter parce qu'elle est assez exemplaire. C'est un politique qui a un beau jour. C'était Michel Vauzel, qui a été ministre de la Justice sous Mitterrand et qui est devenu maire de la ville d'Arles en 1995 et qui me fait appeler dans son bureau et qui me raconte sa passion pour la Méditerranée, la conférence de Barcelone qui allait se tenir et qui me dit, vous qui êtes très typé Sud, une professionnelle de la culture très typé Sud, c'est peut-être le moment d'inventer... quelque chose. Voilà, ça s'est passé comme ça, je suis sortie de là, j'ai réuni les amis qui sont toujours, pour ceux qui ne sont pas décédés en tout cas, qui sont toujours les membres du conseil d'administration des Suds et 96 a été la première édition.
- Speaker #0
Les Suds ? Pourquoi les Suds ?
- Speaker #3
Oui, c'est en même temps les Suds de chez nous aussi. C'est important de penser à valoriser aussi notre territoire et ce qui a été merveilleux, c'est que c'est une période... où a réémergé une deuxième génération, je dirais, du revival, avec les Manutérons, les Sampcarpina, etc. Donc ça, c'était fondamental aussi de valoriser les suds de chez nous, réellement. Et puis bien sûr, les suds, là aussi, c'est de la géopolitique, comme dit Franck, tout le bassin méditerranéen est en continuant. Mais puis au-delà, c'est... ça s'élargit obligatoirement sur le monde puisque tout est mêlé, on le sait bien
- Speaker #0
Quand vous commencez quand vous fondez vos festivals et puis Zone Franche l'écosystème des musiques du monde en France, il ressemble à quoi ? S'il existe ?
- Speaker #4
A l'époque, il ressemblait pas aux choses, il existait pas Donc moi, je fais partie de ceux qui ont été justement obsédés par cette idée. Et je suis tombé aussi à un moment où il y avait d'autres professionnels qui s'intéressaient à ces musiques dans le monde. Et en France, par exemple, il y avait un festival qui s'appelait Africa Fête et qui a été créé par Mamadou dans les mêmes années que moi quand je suis devenu ouvert sur le monde. De toute façon, moi j'ai toujours essayé de travailler pas tout seul. Dès le début du festival, j'ai essayé de créer un réseau. J'ai participé à la création de Zones Franches, évidemment, mais aussi au European Forum of World Music Festival. J'étais là-dedans parce que je trouvais que c'était important de pouvoir partager. Et quand je faisais venir des groupes au festival, c'était valable. plus pour les musiques métisses que pour le jazz, parce qu'il y avait déjà quand même dans le jazz, il y avait des tourneurs, des producteurs, mais dans les musiques du monde, il n'y avait pas grand monde. Et moi, j'ai été un de ceux qui ont, dès le début, eu la volonté de me mettre en réseau, et pas seulement l'Europe, mais aussi avec les États-Unis, le Canada, tous les gens qui s'intéressaient à ça, de façon à faire tourner et découvrir par mes collègues les artistes que moi, je faisais venir pour la plupart. pour la première fois en Europe. Et moi, la chance que j'ai eue, c'est d'aller in situ dans les pays. À l'époque, il n'y avait pas Internet, il n'y avait pas tout ça. On allait sur place. Ma première mission, ça a été dans les Antilles françaises. C'est là où j'ai ramené Kassav. J'étais le premier festival à faire Kassav. Le premier festival en France, métropole, on va dire. Donc en 85. Mais je suis allé au Mali, je suis allé au Guinée, je suis allé au Sénégal, je suis allé à Madagascar, et puis la Réunion, tout ça. J'avais la chance de pouvoir voyager parce qu'on avait... un peu de sous. Et puis on avait des partenaires sur place. L'agence de la francophonie a participé largement au rayonnement de toute une génération d'artistes. Et alors l'écosystème s'est mis en place petit à petit. Il y a eu des tourneurs. J'ai même été un des coproducteurs de certains tournées. J'ai travaillé avec Mad Music Music, avec Ronde Productions. J'ai même été à l'origine de la production des tournées. Mais... Mon idée, c'était de faire partager... par les professionnels et aussi par le public, par les médias, enfin je suis devenu un artisan par accident et par passion.
- Speaker #0
Vous avez observé ça, Franck Tenay, ce début où vraiment vous êtes une poignée à peine quoi.
- Speaker #1
Oui, en fait il n'y avait rien de point de vue, comme il dit, d'un écosystème de cette nature-là. Ceci dit, il y avait d'autres choses. Moi je suis lié à la phase du collectage aussi. Les musiques d'enfance, je suis lié, je suis un occitaniste donc je suis lié... À la ligne à Imaginot, comme on dit chez nous, on avait quand même le folk aussi, on a été très liés au folk américain, les premiers clubs français, je pense au Bourdon à Paris, la Chanteur à la Lyon, des choses comme ça. Donc il y avait quand même ces choses-là qui s'organisaient. Et puis après c'est vrai qu'on avait, ma génération, un sens du collectif. De suite on veut faire partager, on est des passeurs quelque part, et donc on crée des événements. Moi, personnellement, j'étais impliqué dans les programmations de festivals. Bon, Radio France, dernièrement, j'ai créé Kinox à Montpellier, Nuit Blanche pour la musique noire à Marseille, etc. Donc, voilà, on voulait faire partager nos humeurs. Mais c'est vrai qu'il n'y avait pas grand-chose là-dedans. Et donc, Zone Franche a répondu à cette affaire-là, de dire, on va créer un intellectuel collectif. C'est-à-dire, on ne pense pas là. la fonction, la profession professionnalisante, toutes ces sortes de tautologies qui ne veulent rien dire, mais penser ensemble la marche du monde. Et je pense que ce qu'il y a dans Zone France, c'est qu'on est d'accord, après on peut débattre à l'intérieur, mais on est au moins d'accord sur une certaine orientation de la marche du monde.
- Speaker #0
Zone France qui voit le jour en 1990, lorsque s'opère cette rencontre entre des musiques de tradition. orales et des sons de la mondialisation qui installent des nouveaux langages et des nouveaux paysages sonores. Et aujourd'hui, ce sont plus de 200 structures qui se fédèrent autour de tous ces enjeux-là.
- Speaker #1
On ne posait pas ces questions comme ça. C'est plutôt la relation publique, la notion de partage et puis, pour moi, c'est très important, la question de mémoire. Une continuité, le rapport au temps long. Quand on travaille sur ces musiques orientales, africaines, etc., on est dans le temps long. Même si ce sont des musiques contemporaines qui, après, utilisent une série de styles. C'est pour ça que la musique du monde, on peut débattre à l'infini sur ce terme-là, mais pour nous, l'Est nous semblait important par rapport à nos amis anglais quand ils ont créé en 1986 le terme de rock-musique pour être dans les bacs des disquaires.
- Speaker #5
« Mémoire des musiques du monde. »
- Speaker #0
« 50 ans de diversité musicale et culturelle. » « Marie-Josée Justamont, quand vous, vous lancez les Sud à Arles, alors voilà, c'est quand même... »
- Speaker #3
« Ah oui, non, moi j'étais gâtée. »
- Speaker #0
« Un cycle plus tard peut-être, c'est en 1996, alors à ce moment-là, l'écosystème... » de la zone mondiale, il ressemble à quoi ?
- Speaker #3
Il existe au niveau de la diffusion, c'est-à-dire des festivals. Je dirais même qu'il y en avait beaucoup plus qu'aujourd'hui. Et dans pratiquement toutes les régions. Alors que ce n'est pas le cas actuellement. En termes de festivals, il n'y en a pas tant que ça. Ça s'est beaucoup raréfié. En revanche, en termes de producteurs, il en est arrivé d'autres entre-temps. Ça continue à s'enrichir. Ça, je trouve que c'est toujours intéressant. Mais c'est vrai que... Ce n'était pas le même contexte du tout.
- Speaker #0
Vous récoltez les fruits de l'âge d'or à ce moment-là.
- Speaker #3
C'est là où franchement ça a été... Je me rappelle mes collaboratrices qui me disaient « Mais à quoi ça sert qu'on a des raisons de France ? » Moi on calculait un peu tout. À ce moment-là, toutes les dépenses, c'est normal. Je disais « Si je vous assure que c'est important, et je n'ai jamais regretté. » Pourquoi ? C'était important ? Et ça a été l'ouverture justement sur tous les réseaux. Ça a été rapidement qu'on est du monde.
- Speaker #1
Je pense qu'on est quand même une génération d'initiateurs. Dès qu'on pouvait créer quelque chose, On le créait. Les conditions économiques n'étaient pas du tout les mêmes, c'est vrai. C'est vrai que, par exemple, faire venir dans l'île de Frioul, je ne sais pas, le Zanini Diabaté Band avec 13 musiciens, voilà, ça ne se fait plus, ça. Ou alors on faisait venir de la Nouvelle Orléans la New Orleans Revue avec des sommités. Ça, ça ne se fait plus. Mais après, c'est vrai qu'on est initiateur. Par exemple, tout à l'heure, on parlait de Womax à Marseille, le Womax à Marseille. C'est, je dis pas nous, mais en fait c'était quand même, c'était Médima. J'étais dans Médima, on était 10, on a voulu créer ce qui deviendra plus tard Babelmet, et puis on s'est dit non, c'est pas, et nous sommes allés négocier à Bruxelles pour faire venir les camarades du Womax à Marseille. Donc on était derrière toutes ces affaires-là, quoi.
- Speaker #0
Le Wumex à Marseille, là on parle quoi ?
- Speaker #1
97. Je parle aussi par exemple, cette période-là, je pense quand même, j'étais très impliqué dans le printemps de Bourges. Le printemps de Bourges, c'était quand même quand tous les artistes qui passaient au printemps de Bourges étaient ostracisés à la télévision de chez Gilles Cardestin, etc. Et dedans, il y avait beaucoup de musique du monde, énormément de musique du monde.
- Speaker #4
Oui, mais à ce moment-là, on avait le soutien des médias, ça c'est vachement important. On avait le soutien des médias, il y avait des journalistes qui s'intéressaient à ça. Il y avait les radios, alors en jazz c'était sans problème, mais sur les musiques du monde il y a eu vraiment une ouverture incroyable des médias, des journalistes, et moi je leur rends hommage. Et puis la politique, Maurice Floret, directeur de la musique, Jacques Lang, qui n'était pas ce qu'il est actuellement, ministre de la culture, il y a eu des aides, et puis il y avait, c'est incroyable que ça puisse paraître, il y avait deux ministères qui s'occupaient de la... de l'international, le ministère des Affaires étrangères et pour le ministère de la coopération. Donc on avait des aides pour les voyages, pour tous ces artistes, et aussi le soutien, bien sûr, des communautés. Moi, je me souviens quand on a commencé à faire venir des artistes maliens, ou le rail, et tout ça. Toute la communauté africaine, il y avait beaucoup d'Africains qui travaillaient en Goulême parce que c'était les industries de la papeterie, etc. Il y avait beaucoup de Maghrébins. On arrivait à faire venir aussi ces publics et les métisser. Le terme métissage avec... On va dire les européens de souche, entre guillemets, si tant est que ça existe vraiment, je ne crois pas. Donc vous appuyez sur les diasporas. Voilà, c'est incroyable. On n'était pas dans la même période. Il y avait une ouverture sur le monde et la France n'était pas refermée sur elle-même et les pays européens malheureusement, comme c'est actuellement le cas. Et on a fait émerger des musiques qui sont devenues universelles.
- Speaker #1
Pour rebondir sur l'histoire des médias, parce que moi j'étais dans les médias, Radio France Internationale, des choses comme ça. Par exemple, je me souviens, quand on a fait le premier concert de Salif Keita à la mairie de Montreuil, qui était une mairie communiste, son voyage avait été payé par les taximènes maliens. La deuxième ville du Mali, c'est quand même Paris. Et par exemple, quand on m'aurait canté, on lui a dit, parce qu'on avait loué la mutualité, on lui a dit, dans un mois, tu nous présentes un concert à mutualité, on enregistre un disque. On m'aurait canté à Paris, c'est ce disque-là. Ça se faisait comme ça. Et alors, c'est vrai qu'à... On n'était pas si nombreux que ça, mais les 7 ou 8 médias qui comptaient, la vague des musiques africaines, on est 7 ou 8 à écrire, pas plus, mais ça avait un impact énorme. Et puis c'est vrai que dans les radios, tu avais des gens qui suivaient aussi, qui retransmettaient les concerts.
- Speaker #0
J'ai quelque chose à vous faire écouter.
- Speaker #6
Afrique a faite, le festival de la world music se termine ce soir. Son animateur Mamadou Conté travaille depuis 14 ans pour jeter un pont entre l'Afrique et l'Europe. Il a joué un rôle clé dans l'éclosion de la musique africaine en France. Hier soir, Manu Dibango a donné un concert à la Cigale. Christine Keul et Guy Nevers étaient dans la salle.
- Speaker #7
Paris gagné pour Africa Fed. Parmi le public, il y a beaucoup plus de Français que d'Africains. Paris gagné pour Mamadou Conté. Il a connu le circuit obligé du travailleur immigré, clandestinité, foyer, etc. Et en 1978, en réaction à la mise en place des mesures d'aide au retour pour les immigrés... L'ancien ouvrier devient producteur en créant une fête destinée à mieux faire connaître la culture africaine.
- Speaker #8
Aujourd'hui à travers AfrikaFest, je découvre que quelque part les Français ont un manque à gagner avec l'Afrique. C'est-à-dire, on peut avoir colonisé, fini, on pense que c'est fini, mais il y a une chose qui a été créée, qui est la francophonie, de Kinshasa à Bamako, on parle français. Mais je suis intéressé à essayer d'insecter aussi un peu dans les cultures françaises, nos façons de voir et nos cultures.
- Speaker #7
Il y a 14 ans, la musique africaine ne remplissait pas les salles. Alors les têtes d'affiches, ça peut l'être Claude Mougaro, François Béranger ou Bernard Lavillier. Aujourd'hui ce sont Salih Keïta et Manoudi Bangou par exemple. hommes qui servent de locomotives pour des groupes moins connus. Un point commun à la francophonie, plus qu'une langue, c'est un état d'esprit.
- Speaker #0
On écoutait donc Mamadou Conté aux actualités régionales de France 3 Île-de-France. C'est une archivina 1991. Mamadou Conté qui fait partie des pionniers, lui aussi. Paix à ses cendres, comme vous dites, Christian Mousset, il est mort en 2007 à Dakar. Une réaction sur ce qu'il dit. Les français ont un manque à gagner avec l'Afrique, la colonisation c'est fini mais en fait non, il reste la francophonie. Et lui ce qu'il voulait c'était injecter dans la culture française les façons de voir et les cultures africaines. Franck Tenay.
- Speaker #1
Alors, Mamadou Conté, je peux dire que c'est un ami intime, puisque moi je l'ai connu, on était des militants politiques, lui il était une organisation qui s'appelait Afrique Révolution, moi j'étais une organisation qui s'appelait Afrique en lutte, et on s'est connus dans les foyers Sonacotra. Donc j'arrivais à Paris, j'étais arrivé à Paris un peu avant lui, et effectivement il travaillait dans des usines, je me souviens qu'il ne savait pas se repérer dans le métro, il était pommier, il regardait les affiches de pub, et quand on changeait les affiches de pub, il arrivait en retard. Et après, on a habité côte à côte et on a tout le temps été liés. Alors, effectivement, par exemple, Afrika Fête, quand elle est née, c'était pareil, ce n'était pas évident. Comme pour le printemps de Bourges, il n'y avait pas eu des gens qui me traînaient et tout ça pour accompagner ce mouvement. Voilà, les artistes, c'était très car. Et là, c'était des gens comme Nougaro ou Béranger qui a fait la fameuse chanson Mamadou Madi. Alors, pour revenir à l'espace francophone, il faut rappeler que Zona Franche, nous avons été partie prenante du conseil francophone, on siégeait au conseil francophone. Donc on avait cette vision de la francophonie, mais une francophonie ouverte. Nous, on se battait contre la francophonie qui était autour de la langue de Molière. On voulait chanter dans les parlais nationaux vernaculaires. Voilà, donc c'était cette dimension-là, toujours cette dimension nord-sud. Et c'est vrai que... par rapport à l'histoire, Paris était longtemps, plus que Londres même, la plaque tournante des musiques africaines, parce que les artistes se rencontraient ici.
- Speaker #0
Mémoire des musiques du monde Musique métisse, puis les Sudaharl offrent en fait leur première grande scène française. ou première européenne, vous l'avez dit Christian Mousset, à de nombreux artistes. Alors par exemple, à Musique Métis, vous avez accueilli, et vous m'arrêtez si je me trompe, pour la première fois Salif Keita et Kassav en 84, Daniel Waro avec Loroacaf en 85, Césaria Evora en 91, Célia Cruz, Tito Puente, le Bembeya Jazz National de Guinée, Fela Kuti. Est-ce qu'on peut partir sur un souvenir chacun ?
- Speaker #4
Un souvenir ?
- Speaker #0
Je connaissais la musique de La Réunion, je ne l'avais pas entendue parce qu'à l'époque il n'était pas leader d'un groupe. Et quand il est venu en 85 à Musique Métis, il était avec le Roi Caf et il chantait... backing singer, si je peux dire. Mais comme Laurent Caff, qui était un vieux monsieur, avait des problèmes de destin que son oeil, c'est lui qui a pris le leadership. Et il a joué, mais alors, partout. Non seulement, il était sur la scène du festival, mais il a joué dans les clubs. J'étais absolument stupéfait de voir l'engagement de ce musicien. Pour moi, il y a eu... Et puis Césaria, bien sûr. Vous racontez Césaria ? Alors Césaria, moi c'était... Césaria Evora, alors moi je l'ai connue par l'intermédiaire de son producteur et...
- Speaker #1
José da Silva.
- Speaker #0
Voilà, je l'ai fait venir en Goulet, mais elle n'avait jamais fait de concert en France. Et devant un grand public. Elle jouait dans les clubs, beaucoup. Notamment, elle avait déjà joué au Portugal. Mais c'est la première fois qu'elle venait sur scène. C'était un public vraiment populaire, parce que c'était une soirée consacrée aux musiques des îles, dans laquelle il y avait d'ailleurs Danilo Haro, mais qui était devenu entre-temps sinon une star. Il n'est jamais devenu une star, mais c'est devenu un musicien important. Et donc Césaria est venue jouer là, et elle était angoissée. On était autour d'elle avec José da Silva, son musicien. On avait fait venir tous les journalistes possibles et imaginables. Et voilà, donc, elle a fait un concert magnifique, avec une émotion. Puis à l'époque, elle avait un groupe qui était très, comme toujours, mais qui était très bon, très bon. Une musique magnifique, voilà. Et puis la personnalité de Césaria, pour moi, c'est une dame que j'ai toujours respectée. Et j'ai toujours trouvé qu'elle avait une intégrité artistique. Et on a dit plein de choses sur elle. En fait... Si elle buvait, ce n'est pas parce qu'elle était alcoolique, mais c'est parce qu'elle avait la trouille de jouer devant un public. Mais elle a très vite arrêté, et c'est quand même un compte de fait. Elle est devenue une artiste internationale. À part Mme Makeba, il n'y a jamais eu d'artiste africaine qui a rayonné dans le monde entier. Et moi, je suis très fier d'avoir fait son premier concert à Angoulême.
- Speaker #1
Marie-Josée Justamont, une première fois au Sud à Arles.
- Speaker #2
Une première fois au Sud-Arles, je pense à Hendrique Morente.
- Speaker #1
Quelle année ?
- Speaker #2
98. Enrique Morent, c'est un très très grand du monde de flamenco, c'est un chanteur, mais c'est surtout un compositeur fabuleux. Et là, il venait donner Omega. Omega, c'est un disque qu'on peut toujours écouter, qui est révolutionnaire au niveau musical. C'est en même temps du hard rock et du flamenco. C'est très puissant. Ça a été très controversé en France surtout, mais justement, c'était d'autant plus passionnant de le programmer. En même temps, c'est un soir où il y avait peu de monde.
- Speaker #1
C'était au Théâtre Antique ?
- Speaker #2
C'était au Théâtre Antique, ce n'était pas possible d'imaginer ça sur une petite scène, bien évidemment. C'était vraiment révolutionnaire. Ceux qui sont venus sont restés jusqu'au bout, mais honnêtement, il y avait peu de monde. Maintenant, ça ne me gêne pas, je suis d'autant plus fière de l'avoir programmé.
- Speaker #1
Franck Tenay.
- Speaker #3
Récemment, un magazine de rock m'a demandé la plus grande émotion musicale. Je dis, c'est compliqué. Je dis, pour moi, la plus grande, c'est Otis Redding, quand je suis monté en deux chevaux pour le voir en 67 à l'Olympia. Bon, là, j'ai pris une claque, parce que je suis la génération vraiment de rythme en blues originel, etc., etc. Mais maintenant, si je mets dans mon panthéon psychique, je dirais que moi, à Tawalpaï-Opanki, que j'ai beaucoup fréquenté, voilà, Mercedes Sosa, la grande chanteuse grecque Sotiria Bellou. Et puis après, les grands de la rumba, puisque j'allais à Kinshasa, c'est sûr, quand on voit comment ils se tiraient la bourre à Kinshasa, avec tout leur club et tout, c'était quelque chose d'extraordinaire.
- Speaker #4
Mémoire des musiques du monde 50 ans de diversité musicale et culturelle.
- Speaker #2
Quand j'ai parlé de Omega d'Enrique Morenz, ce n'était pas la plus grande émotion. C'était un inédit que personne n'avait fait. La plus grande émotion, très spontanément, j'ai repensé entre temps, c'est Daniel Ouro.
- Speaker #1
Racontez-nous ce concert, ce moment, je sais que les éléments étaient contre vous et pourtant le miracle s'est produit.
- Speaker #2
Cette fois-là, oui c'est vrai parce qu'il est venu plusieurs fois et vraiment on a eu le temps de décliner toutes les émotions avec lui. Toujours est-il que cette fois-là, c'était la première fois effectivement que Daniel venait chez nous et il commence à pleuvoir.
- Speaker #1
Sur le théâtre antique ?
- Speaker #2
Sur le théâtre antique et puis le théâtre antique, c'est très rare mais les orages d'été ça arrive et quand même tout est électrifié. Et ça peut être fort dangereux, et il est hors de question de prendre le risque de continuer à jouer sous la pluie. Vu qu'on ne peut pas du tout abriter, qu'il n'y a rien, c'est le magnifique décor du théâtre antique, qui a 2000 ans d'âge, donc il n'y a rien à faire, donc obligé d'arrêter. Mais pas du tout, Nos amis musiciens, ils étaient quoi ? Ils étaient 4, 5 peut-être ? Donc Daniel, il a donné l'exemple, il a sauté de la scène, il s'est mis dans ce qu'on appelle l'orchestra, cet endroit qui est pavé et où les gens s'assient ou restent debout ou s'assoient au sol quand ils veulent écouter tranquille.
- Speaker #5
Amo amyam miyam nam malo ya la la m'bonjour Amo amyam miyam nam malo ya la la m'bonjour
- Speaker #2
Tout a été enregistré par Antoine Chao pour la radio des Sud. Il a tout capté en direct.
- Speaker #1
J'imaginais, c'est bien le ciel très noir sur la pierre du théâtre antique.
- Speaker #2
Vraiment très, très, très ému. Et tout le monde, on m'en reparle sans arrêt. Sans arrêt de cet épisode.
- Speaker #1
On va en profiter pour traverser comme ça vos nombreuses éditions. et toutes les aventures qu'elles ont pu créer, des rencontres miraculeuses, des grands flops aussi peut-être, des histoires d'instruments cassés, des retards, des remplacements de dernière minute, des rencontres improvisées. Marie-Josée, je sais que vous en avez d'autres sous le coude.
- Speaker #2
Des douloureuses, oui, bien sûr, ça fait partie du métier. Comme je dis, sinon tout le monde le ferait, si ce n'était pas compliqué. Les sitars de Ravi Shankar. Voilà. C'était un très, très grand monsieur de la musique internationale, internationalement connu, reconnu. Voilà. Les Rolling Stones, les Beatles, j'aurais voulu le connaître, jouer avec lui, l'approcher, etc.
- Speaker #1
C'est une musique classique indienne. C'est ça,
- Speaker #2
une musique classique indienne. Un grand joueur de sitars et bien au-delà. Quelqu'un de très prestigieux, très humain, absolument. Bon, et il avait déjà un âge plus qu'avancé, il avait plus de 80 ans. Et donc, nous, je l'avais programmé, c'était programmé un dimanche soir, ce qui est rare, mais c'était, voilà, le moment où il pouvait être là, sur une tournée internationale. Il arrivait du Liban, où il avait joué au festival de l'épouse de Wally Jumblatt, qui se passait là aussi dans un décor antique, d'ailleurs. Et donc, il arrive heureusement un peu tôt. C'est dans la vendredi soir, tout va bien, il s'installe l'hôtel au Nord Pinus, un bel hôtel sur la place du Forum, on l'avait soigné bien évidemment, et là le lendemain matin très tôt, coup de fil de Guillaume, notre régisseur historique, qui dit gros problème, les citards de Ravichoncard, les citards de Ravichoncard sont brisés. Voilà. Qu'est-ce qui s'était passé ? Alors là, je crois que le procès n'est toujours pas terminé avec Air France. C'est Air France qui l'avait ramené et c'est tard dans la nuit, il avait voulu ouvrir les fly-case et il s'était rendu compte que les deux étaient brisés. Alors là, ça avait été tragique, dramatique, parce que, comme il disait, c'était ses enfants, c'était vraiment... Des instruments avec qui jouer depuis très longtemps.
- Speaker #1
C'est une extension de lui-même.
- Speaker #2
Complètement, complètement. Donc, c'était absolument terrible. Voilà, bon, tragédie, quoi. Tragédie, et qu'est-ce qu'on fait ? Et puis, lui, désespéré. Lui ne voulait plus jouer, c'était ça le problème. Bon, et puis quand même, au bout d'un moment, alors son épouse était là. Et ce qu'il a joué, c'est aussi, c'est pour ça que c'est important de le dire, les conditions d'accueil. C'est vrai que dans sa chambre, on avait mis toutes les affiches, les siennes, celles qui annonçaient son spectre. spectacle, en fait, il y avait comme ça, toujours de l'attention dans l'accueil. Et son épouse, au bout d'un moment, lui dit, écoute, tu ne crois pas qu'on pourrait peut-être trouver une solution ? Regarde ces gens, ils attendent ça, tout est complet. C'était complet, évidemment, c'était complet. Au bout d'un moment, il se dit, mais oui, après, pourquoi pas, etc. Et donc, trouver une solution. pour avoir des sitar. Alors, ils appellent la manager qui arrive dans la journée avec des sitar. Et ça, ça ne marche pas. Bon, ça, c'était dans la journée du samedi. Et là, comment on fait ? Alors, en définitive, il y avait sa fille, Anoushka, bien sûr, puisqu'elle jouait aussi avec lui. Le petit copain de l'époque d'Anoushka, qui avait un passeport qui pouvait le faire venir en France. Il avait tous les papiers qu'il fallait. Il était en Inde. Il a été en contact immédiatement avec le luthier de Ravi Shankar qui lui a fourni immédiatement deux sitars.
- Speaker #1
Et il a pris l'avion ?
- Speaker #2
Et il a pris l'avion, il est arrivé dimanche après-midi, début d'après-midi, début d'après-midi.
- Speaker #1
Et Ravi Shankar a pu donner son concert ? Voilà.
- Speaker #2
Petit détail, c'est vrai que deux heures avant que ça démarre, attention, le vent. Alors c'est vrai que dans le contrat, il y avait une mention qui me concernait moins. C'était quand, là, si le vent était à plus de 30 km à l'heure, le concert pouvait ne pas être donné. Et heureusement, le vent n'est pas allé plus loin. Le concert s'est fait. C'était un concert hyper émouvant. Hyper émouvant.
- Speaker #1
Tu devais être un peu en vibration,
- Speaker #2
Marie-Josée. Moi, j'adore m'habiller pour les soirées d'Atlantique, tout le monde le sait. Là, je ne l'ai même pas fait. J'étais dans un état d'épuisement.
- Speaker #1
Racontez-nous, s'il vous plaît, de quelle manière est-ce que vos festivals, Marie-Josée Justamont avec les Sudaharl, Christian Mousset avec Musique Métis, de quelle manière est-ce que vous travaillez avec Zone Franche ? À quels endroits Zone Franche peut s'avérer un soutien utile, un allié ? Sur des histoires de visas, par exemple, Zone Franche vous a déjà sauvé la mise. En tout cas, de quelle manière est-ce que vous avancez ensemble, surtout, depuis 1990 et la création du réseau ?
- Speaker #2
Alors, jamais de problème de visa. Non, c'est pas ça. Moi, franchement, zone franche, c'est humainement que ça a été important. C'est vrai que j'ai trouvé beaucoup de gens ouverts, qui avaient envie de partager leur passion, comme moi. Et à partir de là, ça a été merveilleux. Voilà. Et aussi, pour dire deux mots de ce que Franck a apporté au réseau, Franck, c'est aussi notre intellectuel, réellement. C'est aussi quelqu'un qui écrit, qui écrit et qui conceptualise très bien. Et il y a des formules, enfin moi je suis très reconnaissante de ça, parce qu'on a besoin de mots, on a besoin de vocabulaire. Je pense à ta définition des musiques du monde, qui me paraît la seule valable actuellement.
- Speaker #3
Moi j'utilise les musiques d'essence patrimoniale.
- Speaker #2
Moi je dis d'inspiration patrimoniale pour atténuer quand même un petit peu la chose, même si elle est passionnante, d'ici et d'ailleurs. C'est ce qu'il faut dire, et j'y reviens, encore une fois, parce que l'exotisme c'est merveilleux, mais les musiques dans France sont passionnantes. Et on n'a pas fini d'en découvrir, il y en a eu tout au long de mes 30 ans de festival, bien sûr, et ça émerge en permanence, et actuellement, c'est ce qui me passionne le plus. Alors, les musiques de notre Provence, les musiques des Pays d'Oc en général, mais les musiques de Bretagne, les musiques du Pays Basque, les musiques des Bernais... ou encore les Alpes bien sûr, mais c'est aussi très puissant et il ne faut pas les oublier. Parce que sinon on est dans l'exotisme, justement. Si on n'apparente pas les deux, tout perd son sens.
- Speaker #3
C'est pas la culture du décor, c'est là où on est en rupture un petit peu avec la marchandisation du monde. Derrière il y a des langues, il y a des cultures, il y a des manières de faire, il y a des cuisines, des littératures, etc. Comme je dis, moi, il m'intéresse de lire un livre dans lequel, dans les nuits, parce qu'ils ont 150 à 200 mots pour définir la neige. C'est important pour eux, c'est leur vie. Et on ne vit pas de la même manière près d'une forêt dense, dans un désert, etc., ou au bord de la mer. Donc c'est très, très important. Et même, je vais beaucoup plus loin. Personnellement, je pense qu'il y a des endroits particuliers où on fabrique une certaine musique. Alors à un moment, je me souviens qu'on parlait, il y avait des débats sur le jazz. Moi je dis il y a un jazz européen, non il n'y a pas de jazz européen, il y a un jazz, non si, excusez-moi camarade, le gars qui joue du sax en Suède et le gars qui joue du sax chez moi, c'est pas la même chose, nous on a 300 jours de soleil par an, lui il est dans la brume, il fait pas un même son, il fait même un truc, et je devais même plus loin, quelqu'un qui vit sur du granit ou sur du calcaire, c'est pas la même chose aussi, donc on peut aller très très loin, c'est le rapport au vivant, voilà, pour moi les musiques du monde, c'est le rapport au vivant.
- Speaker #1
Les voix entremêlées de Madi Oyenart et Yulena Chiarri, qui interprètent ce magnifique Ausha Haïdé, un chant de la soule au Pays Basque, un chant du vivant dont la mélodie épouse les reliefs de la montagne et les dessins qu'inscrit dans le ciel le vol du chocard à bec jaune. Et c'est ainsi que se termine ce premier épisode, j'espère qu'il vous a plu. Merci beaucoup à tous les trois d'avoir partagé avec nous un petit bout de votre histoire et de votre mémoire. Mémoire des musiques du monde.
- Speaker #2
50 ans de diversité. Musicale et culturelle.