Speaker #0Orateur #0
« Mémoire des musiques du monde. »
Orateur #1
« 50 ans de diversité musicale et culturelle. »
Orateur #2
« Une série Zone Franche. »
Orateur #3
« En partenariat avec la Sacem. »
Orateur #4
Entretien Jeanne Lacaye.
Orateur #5
Réalisation Benoît Thuau.
Orateur #4
Épisode 5. Le Studio de l'Ermitage, une salle emblématique, avec Chadli et Yamilé Bengana.
Orateur #6
8, rue de l'Ermitage. Voilà, je suis arrivée, je vais frapper.
Bonjour Jeanne !
Bonjour !
Yamilé, Chadli !
Orateur #7
Bienvenue au studio !
Orateur #6
Merci, merci beaucoup !
Je te suis, Yamilé.
Orateur #0
Alors là, on est branchés sur France Musique. Musique baroque ce matin !
Orateur #2
Comme tous les matins !
Orateur #0
Ça sent bon.
Ça sent quoi ?
On est toujours un peu dans l'encens.
Merci, merci.
On va se mettre ici, nous, pour discuter ?
Orateur #2
C'est comme tu veux.
Orateur #0
On est au Studio de l'Ermitage, une salle dans les hauteurs de Ménilmontant.
On peut dire que c'est un club, mais c'est aussi une salle avec une certaine hauteur sous plafond qui nous permet de voir les musiciens et de les écouter partout avec une belle visibilité.
Et on a une boule à facettes.
Un joli bar provenant d'un ancien palace, récupéré il y a plus d'une trentaine d'années.
On a un escalier en colimaçon avec trois mezzanines qui bordent la salle et qui permettent d'installer une centaine de personnes à peu près.
Orateur #2
En mezzanine.
Et en tout, c'est 250 personnes, debout ou assises.
Orateur #0
Soit debout, soit assis.
Orateur #2
Soit assis en mode cabaret.
Orateur #0
Et puis le clou du spectacle...
Orateur #2
La scène.
Orateur #0
La scène qui est...
Orateur #2
La scène, oui.
Amovible.
Telle qu'on la voit aujourd'hui.
Orateur #0
Face au bar.
Orateur #2
Ou au centre de la salle.
On peut faire à peu près ce qu'on veut avec cette scène.
On peut la couper en deux, la mettre au centre, complètement la retirer.
Cela permet d'avoir des spectacles et des concerts avec des ambiances complètement différentes.
Orateur #6
Le lieu tel qu'il est aujourd'hui, tel qu'on le voit, c'est comme ça depuis quand ?
Orateur #2
Le volume lui-même est là depuis très longtemps.
C'est une ancienne usine.
Le volume était déjà tel quel.
Il a simplement été habillé, insonorisé, électrifié et sonorisé.
C'est un lieu qui doit dater des années 1930.
Peut-être même d'avant, puisqu'on a une photo de Maurice Chevalier devant le bâtiment lorsqu'il s'agissait encore d'une usine.
Cela a été plusieurs usines successivement.
Orateur #6
Une biscuiterie ?
Orateur #2
Oui, c'était les Biscuits Brun.
Et puis il y a eu ensuite d'autres activités industrielles.
Orateur #6
Un entrepôt de maroquinerie aussi, je crois ?
Orateur #2
Alors ça, c'était l'entrepôt de la Maroquinerie.
Une vraie maroquinerie à l'époque.
Orateur #6
Notre salle de concert voisine.
Orateur #2
Qui est devenue une salle de concert, effectivement.
Mais dans les années 1990 encore, c'était un lieu où l'on fabriquait des sacs et où l'on entreposait des rouleaux de cuir et de skaï.
Orateur #6
Ici ?
Orateur #2
Ici.
Cela a aussi été une usine de fabrication de moulins à café.
Orateur #0
De moulins à café ?
Orateur #2
Oui.
On a retrouvé des tonnes de petites boîtes de moulins à café à l'ancienne.
Orateur #6
Trop marrant !
Orateur #2
Voilà.
Et plein d'autres choses encore.
Orateur #8
Mémoire des musiques du monde.
Orateur #6
Yamilé Bengana, vous êtes directrice adjointe et programmatrice du Studio de l'Ermitage.
Chadli Bengana, vous êtes directeur technique et cofondateur du Studio de l'Ermitage.
Et puis il n'est pas là aujourd'hui, ou pas encore, mais il faut citer le responsable du bar : Ismaël Bengana, votre frère.
Orateur #0
Oui, mon grand frère.
Orateur #6
Votre grand frère.
Comment commence l'histoire des Bengana avec ce lieu ?
Orateur #2
Ça a commencé en 1989.
La découverte du lieu, c'était grâce à un ami décorateur qui était installé ici.
Moi, je viens du théâtre. J'avais une compagnie de spectacles pour enfants.
Je suis tombé amoureux du lieu en me disant : « Tiens, on pourrait peut-être en faire quelque chose. »
Et au décès du décorateur, on a repris la suite.
Je me suis retrouvé avec ces grands espaces.
Orateur #6
Ça n'a pas toujours été uniquement une salle de concert, le Studio de l'Ermitage.
Chadli, est-ce que vous voulez bien nous raconter un peu ?
Orateur #2
C'étaient avant tout des lieux de répétition ouverts à toutes les disciplines.
Il y avait de la musique classique, de la danse contemporaine, beaucoup de théâtre.
On est dans les années 1990, la grande période des compagnies.
Le lieu était très habité.
Il y avait quatre studios qui accueillaient énormément de troupes.
Orateur #6
Claude Régy, Olivier Py...
Orateur #2
Vous savez tout alors !
Orateur #6
Philippe Decouflé, Mathilde Monnier...
Orateur #2
Patrice Chéreau, Langhoff, Damien Bouvet...
Orateur #6
Alfredo Arias...
Orateur #2
Oui, oui.
On a vu défiler beaucoup de gens qui sont ensuite devenus des références dans leur domaine.
Orateur #6
Il paraît qu'il y avait aussi des musiciens assez impressionnants.
Comme Ornette Coleman, par exemple.
Orateur #2
Ah oui.
Pour les répétitions, on recevait beaucoup de musiciens.
On travaillait souvent avec Banlieues Bleues.
C'était leur lieu de répétition.
Louis Sclavis, Michel Petrucciani...
Orateur #6
Comment le Studio de l'Ermitage passe-t-il de trois grandes salles de répétition pour le théâtre, le cinéma et la musique à une seule salle de concert telle qu'on la connaît aujourd'hui ?
C'est au début des années 2000, c'est ça ?
Orateur #2
Oui, au début des années 2000.
On perd l'autre usine qui prolongeait le studio et on décide d'en faire une salle de concert.
Avec un label qui s'appelait 3D Family et qui organisait un mini-festival appelé...
Orateur #0
Jazz Fabric.
Orateur #2
Voilà.
Ça a commencé comme ça.
Puis les gens ont découvert le lieu.
Le premier à vraiment le remarquer, c'est Rémi Kolpa Kopoul, qui nous a souhaité bon vent.
Et qui habitait juste à côté, en plus.
Orateur #0
Au début, tout s'est beaucoup fait par le bouche-à-oreille.
Nous sommes au début des années 2000, il n'y avait pas encore les réseaux sociaux.
On parlait du lieu grâce à la presse.
Il y avait Radio Nova, FIP, Mondomix, Lylo.
Mais on était dans l'Est parisien et on était encore considérés comme un peu excentrés.
Cela a pris beaucoup de temps avant que les producteurs, les labels, les managers et les attachés de presse nous fassent confiance.
Alors que dès le départ, il y avait du public.
Orateur #2
C'était un quartier très populaire.
Et il était habité par beaucoup d'artistes.
Orateur #0
Mathieu Kassovitz...
Orateur #2
Denis Lavant, qui venait travailler ici.
Orateur #0
Quand les fenêtres sont ouvertes, on l'entend encore parfois siffler dans la rue.
On sait tout de suite que c'est lui.
Orateur #2
Mais il y avait aussi énormément de musiciens.
Et beaucoup de squats d'artistes.
Orateur #0
Il y avait Rachid Taha aussi dans le quartier.
Orateur #9
Il y avait Rachid Taha.
Orateur #6
Yamilé, lorsque Chadli prend les rênes du lieu, vous êtes encore une enfant ?
Orateur #0
J'étais quasiment un bébé.
Il y avait aussi ma mère dans l'histoire.
C'était un projet familial.
Toute la famille était impliquée dans ce lieu culturel.
Avec mon frère, on a grandi dedans.
On passait nos week-ends et nos mercredis après-midi ici.
Il n'y avait pas encore tout à fait 1 000 m² comme aujourd'hui, mais il y avait déjà un immense terrain de jeu.
On pouvait se cacher derrière les rideaux, en silence, pendant les répétitions.
On écoutait ce qui se préparait pendant que de grands spectacles prenaient forme.
Orateur #6
Vous avez un souvenir particulier de cette époque ?
Derrière le rideau ?
Parce que pour des enfants, c'est un terrain de jeu extraordinaire.
Orateur #0
Oui.
Il y a eu Gospel pour 100 Voix.
Cent chanteurs de gospel sur scène.
C'était incroyable.
Il y a eu aussi Michel Petrucciani et Dee Dee Bridgewater.
Et là, je me permettais parfois de changer le tabouret de Michel Petrucciani pour mettre le mien à la place et jouer sur son piano.
Orateur #2
Non, mais tu venais surtout voir les...
Orateur #0
Ah, les 2 Be 3 ?
Tu fais référence à ça ?
Je ne pensais pas en parler.
Orateur #6
Grand trio de musique du monde !
Orateur #2
On les a accueillis ici.
À l'époque, ils ne s'appelaient pas encore les 2 Be 3.
Au départ, c'étaient des danseurs de hip-hop.
Orateur #6
Toutes les copines de l'école devaient être jalouses.
Orateur #0
Je venais avec mes copines, oui.
Orateur #2
C'était un phénomène.
Même les acteurs de théâtre venaient voir ce phénomène.
Orateur #0
On pouvait passer de Michel Petrucciani aux 2 Be 3, d'une salle à l'autre.
Orateur #6
Quand le Studio de l'Ermitage devient ce qu'on connaît aujourd'hui, c'est-à-dire une salle de concert au format club, au début des années 2000, vous êtes encore jeune.
Orateur #0
Je suis encore lycéenne.
Orateur #6
Et en fait, vous vous mettez à travailler ici avec Chadli, avec Ismaël, tout de suite ?
Orateur #0
Oui.
J'ai commencé des études de droit et, au bout de trois ans, j'ai arrêté parce que j'étais aspirée par le Studio de l'Ermitage.
Moi aussi, je venais avec toutes mes copines travailler tous les week-ends, et même dans la semaine.
Je faisais mes commentaires d'arrêt en pleine nuit jusqu'à cinq heures du matin pour repartir à la fac à huit heures.
Et puis très vite, j'ai arrêté parce que j'avais envie d'être plus présente et d'être dans l'action.
Orateur #6
C'est fort quand même.
Parce qu'en fait, le Studio de l'Ermitage, c'est votre vie, avec un grand V.
De A à Z.
Orateur #0
Oui.
Orateur #6
C'est votre deuxième maison ? Votre première maison ?
Orateur #2
Oui, c'est un peu ça.
Orateur #0
C'est même la première maison.
Je dis souvent aussi que c'est mon deuxième enfant.
J'en ai un qui vient souvent ici et qui, lui aussi, connaît le lieu depuis sa naissance.
Il est baigné dans la musique, les tournages.
C'est très enrichissant.
Orateur #4
Mémoire des musiques du monde.
Orateur #6
« À Paris, le Studio de l'Ermitage, une oasis pour les musiques du monde ».
C'est le titre d'un article de Patrick Labesse publié dans Le Monde en 2021.
Alors, comment le Studio de l'Ermitage est-il devenu cette oasis ?
Orateur #0
C'est très particulier qu'il ait utilisé cette image de l'oasis, parce qu'il y a une histoire plus personnelle derrière.
Je ne sais même pas si Patrick Labesse est au courant que nous avons des origines dans le désert, et plus particulièrement dans une oasis.
C'est donc une très belle référence à la mémoire de notre famille et de notre histoire.
Orateur #6
Où ça, cette oasis ?
Orateur #0
En Algérie.
Près de Biskra, exactement.
Orateur #2
C'est la porte du désert.
Le début du Sahara.
Orateur #0
C'est là où il y a toutes les palmeraies, la Deglet Nour.
Donc nous y avons vu une sorte de clin d'œil.
Et puis, plus largement, on espère que le public et les musiciens perçoivent aussi ce lieu comme un endroit de voyage.
Un lieu dans lequel on peut se plonger dans des univers très différents selon les musiques qui y sont jouées.
On passe de la musique brésilienne au jazz, à la musique algérienne...
Orateur #2
Tout cela s'est fait assez naturellement.
Les gens sont venus à nous.
Et ce sont le lieu et les musiciens qui ont créé cette espèce d'oasis.
Orateur #0
C'est un lieu de voyage, mais aussi un lieu d'abondance.
Orateur #6
Au milieu du désert.
Orateur #0
Oui, complètement.
Mais cela vient avant tout des propositions qui arrivent ici depuis toutes ces années.
Des artistes qui ont envie de jouer dans cette salle.
Des tourneurs qui nous font confiance.
Orateur #6
Ce que vous dites, c'est que le Studio de l'Ermitage est devenu le Studio de l'Ermitage main dans la main avec tous les acteurs et actrices de l'écosystème musical.
Et ici, en particulier, celui des musiques du monde.
C'est donc une histoire collective ?
Orateur #0
Oui, complètement.
Avec les festivals également.
Des festivals qui viennent présenter leur saison ou organiser une date chez nous.
Le temps d'une soirée.
Comme Villes des Musiques du Monde.
Il y a eu Au Fil des Voix.
Il y a eu...
Orateur #2
On a connu plusieurs périodes.
Orateur #0
Oui.
Orateur #2
Les périodes africaines, par exemple.
Au début surtout.
Orateur #0
Oui.
Orateur #6
Racontez-nous.
Orateur #2
Les périodes africaines, au tout début.
Avec Cheikh Tidiane Seck, notamment.
Orateur #6
Là, on est autour de l'année 2000 ?
Orateur #2
Oui, dans les années 2000.
C'était mêlé au jazz.
Et puis il y a eu toute cette période africaine.
Il y a eu aussi les Balkans.
D'ailleurs, on en entend un peu moins parler aujourd'hui.
Orateur #0
Oui, un peu moins.
Mais c'est vrai qu'il y a aussi des effets de mode.
Orateur #2
Qu'est-ce qu'on a eu d'autre ?
Orateur #0
On a eu la tarentelle.
Orateur #2
Oui, beaucoup d'artistes italiens, beaucoup de tarentelle.
On a eu...
Le tango.
Orateur #0
Le tango a été une grande période.
Orateur #6
Vers 2010 ?
Orateur #2
Bien avant.
Orateur #0
Oui, dès le début, je pense.
Avec la milonga.
On avait une milonga que l'on appelait « la Milonga de l'Ermitage ».
Orateur #2
Oui.
Une milonga qui a duré douze ans.
Et puis nous avons accueilli tous les musiciens post-Piazzolla.
Orateur #0
Tomás Gubitsch, Gustavo Beytelmann, Juanjo Mosalini, et même les générations suivantes.
Orateur #6
C'est le monde entier au Studio de l'Ermitage.
Orateur #2
Ah oui, oui, on voyage beaucoup.
Orateur #6
Paris est une ville de diasporas, et au fil des années, c'est vrai que le Studio de l'Ermitage est devenu un repère pour la communauté brésilienne de Paris.
Une communauté qui aime s'y retrouver tous les derniers week-ends du mois, en gros, avec la samba, le cavaquinho, le pandeiro.
Comment cela s'est-il fait ?
Orateur #0
Ça s'est fait autour de l'Année du Brésil, en 2005.
Ou peut-être même un peu avant.
On a commencé à travailler avec un label qui s'appelait Outro Brasil.
Il y avait notamment Silverio Pessoa.
Puis, très vite, on a rencontré un groupe qui s'appelait Orquestra do Fubá.
À cette époque, vers 2004-2005, c'était la grande période du forró.
Et puis, tu te souviens, on faisait manger les musiciens après les concerts.
Alors ils se retrouvaient tous autour d'une table.
Orateur #2
Et ça jouait.
Orateur #0
Et ça jouait.
La roda.
Cela passait du forró à la samba.
Orateur #2
On leur a demandé ce que c'était.
Ils nous ont répondu :
« C'est ce qu'on fait au Brésil. »
Alors on s'est dit :
« Tiens, on pourrait organiser ça ici. On peut démonter la scène. »
Et c'est parti comme ça.
Orateur #6
Il paraît même qu'une Fête de la musique, la Roda do Cavaco a fini dans la rue tellement...
Orateur #2
... il faisait chaud.
Orateur #6
Il faisait chaud.
Et que c'est devenu impossible de rester à l'intérieur.
Orateur #2
On avait la climatisation en panne.
Il devait faire près de 50 degrés dans la salle.
Orateur #0
On était dans une oasis !
Orateur #2
On est partis dehors.
Et à la Maroquinerie, ils avaient le même problème.
Ils ont dû arrêter leur concert.
Orateur #0
Je me souviendrai toujours de Fernando do Cavaco qui m'a regardée et m'a dit :
« Yamilé, on va jouer dehors. »
Et là, on a bloqué la rue.
Vraiment.
Parce qu'il y avait une foule immense.
Le public voulait continuer la soirée.
Les musiciens sont donc allés jouer dehors.
On ne pouvait même plus les arrêter.
Et cela a continué ainsi.
Depuis, la climatisation a été réparée !
Tout a commencé avec la Roda do Cavaco, Fernando do Cavaco et Regina do Cavaco, qui ont été de véritables complices de ces soirées samba que nous poursuivons depuis bientôt vingt ans.
Et comme cela fonctionne toujours aussi bien, depuis six mois nous avons même ajouté une roda supplémentaire chaque mois.
Nous accueillons un autre groupe qui s'appelle Roda Gira.
C'est un groupe déjà existant que nous invitons régulièrement ici.
Nous avons aussi Sidi Bémol.
Orateur #2
Ah oui, Sidi Bémol.
Orateur #0
Il ne joue pas tous les mois, mais il fait partie de nos artistes résidents.
Nous adorons le recevoir.
Avec Sidi Bémol, c'est un peu le même phénomène, mais du côté de la musique algérienne et kabyle.
Et c'est extraordinaire parce qu'il arrive à mélanger ces musiques avec des influences...
Orateur #2
Bretonnes, irlandaises, celtiques, les chants marins.
Les gens chantent.
Comme pour les Brésiliens, tout le monde connaît les paroles.
Orateur #0
Et ce que j'aime particulièrement dans ces soirées, c'est quand je vois débarquer à un concert de Sidi Bémol des Brésiliens.
Et à l'inverse, voir des Algériens venir à des soirées de samba, ou encore à La Briqueterie, que nous recevons depuis plus de vingt ans.
On aime voir ces mélanges de publics.
Orateur #2
Et puis il y a aussi eu Surenatural Orchestra.
Orateur #0
Le Surnatural Orchestra a représenté une aventure importante.
Orateur #2
À la frontière du jazz et de beaucoup d'autres choses.
Orateur #0
Oui, une musique très cinématique.
Il y avait déjà dix-neuf musiciens dans l'orchestre.
Orateur #2
Dix-neuf musiciens.
Orateur #6
Sur cette scène-là ?
Orateur #2
Oui.
Et certains sont ensuite devenus très connus.
Par exemple l'un d'eux est devenu directeur de l'ONJ.
Sylvaine Hélary aussi.
Ils connaissaient le lieu depuis longtemps.
Orateur #0
Et chacun est revenu y faire sa sortie d'album.
Orateur #2
Sa sortie d'album, voilà.
Orateur #6
Il y a quelque chose de très particulier ici, au Studio de l'Ermitage.
Beaucoup d'artistes choisissent d'y lancer leur premier album, puis d'y revenir pour présenter le suivant.
La fameuse « release party » au Studio de l'Ermitage est presque devenue une institution.
C'est une rampe de lancement, un tremplin qui compte dans la carrière de nombreux artistes.
Des artistes qui ne sont parfois pas encore connus lorsqu'ils jouent ici pour la première fois, puis qui le deviennent.
Et qui choisissent pourtant de revenir, alors même qu'ils pourraient remplir des salles plus grandes.
Pour le public aussi, cela crée le sentiment d'être privilégié.
D'avoir parfois la chance de découvrir des artistes avant tout le monde.
Avant qu'ils jouent dans de grandes salles, ou avant qu'ils deviennent célèbres.
Il existe une relation très particulière entre les artistes et ce lieu.
À la fois un rite de passage, une fidélité, une forme de compagnonnage avec la salle et avec vous.
Comment percevez-vous cela ?
Orateur #0
Nous essayons avant tout d'accueillir les musiciens dans les meilleures conditions.
De les mettre à l'aise.
Et aussi de faire en sorte qu'ils mangent bien avant le concert.
Pour nous, c'est important.
Orateur #2
Oui.
S'ils reviennent, c'est aussi pour l'accueil.
Et pour l'acoustique.
Orateur #6
La qualité du son ?
Orateur #2
Oui.
Et puis parce qu'on reçoit bien les gens.
Les artistes sont souvent angoissés lorsqu'ils arrivent.
Alors on les entoure beaucoup.
Il y a les techniciens du son, les techniciens lumière, toute l'équipe.
C'est aussi pour cela qu'ils reviennent.
Orateur #6
C'est le monde entier au Studio de l'Ermitage.
Orateur #2
Ah oui, oui, on voyage beaucoup.
Orateur #6
Paris est une ville de diasporas et, au fil des années, c'est vrai que le Studio de l'Ermitage est devenu un repère pour la communauté brésilienne de Paris.
Une communauté qui aime s'y retrouver tous les derniers week-ends du mois, en gros, avec la samba, le cavaquinho, le pandeiro.
Comment ça s'est fait ?
Orateur #0
Ça s'est fait aussi autour de l'Année du Brésil, en 2005.
Ou peut-être même avant.
On a commencé par travailler avec un label qui s'appelait Outro Brasil.
Il y avait Silverio Pessoa.
Puis très vite, on a rencontré un groupe qui s'appelait Orquestra do Fubá.
C'était la grande période du forró, vers 2004-2005.
Et puis, tu te souviens, on faisait manger les musiciens après les concerts.
Ils se retrouvaient tous autour de la même table.
Orateur #2
Et ça jouait.
Orateur #0
Et ça jouait.
La roda.
Ça passait du forró à la samba.
Orateur #2
On leur a demandé ce que c'était.
Ils nous ont répondu :
« C'est ce qu'on fait au Brésil. »
Alors on s'est dit :
« Tiens, on pourrait organiser ça ici. On peut démonter la scène. »
Et c'est parti comme ça.
Orateur #6
Il paraît même qu'une Fête de la musique, la Roda do Cavaco a fini dans la rue tellement…
Orateur #2
Il faisait chaud.
Orateur #6
Il faisait chaud.
Et c'est devenu…
Orateur #2
On avait la climatisation en panne.
Il devait faire cinquante degrés dans le lieu.
Orateur #0
On était dans une oasis.
Orateur #2
On est partis dehors.
Et la Maroquinerie avait eu le même problème.
Ils avaient dû arrêter leur concert.
Orateur #0
Je me souviendrai toujours de Fernando do Cavaco qui m'a dit :
« Yamilé, on va jouer dehors. »
Et là, on a bloqué la rue.
Mais vraiment.
Il y avait une foule immense, un public déchaîné qui voulait continuer la soirée.
Les musiciens sont donc allés jouer dehors.
On ne pouvait même plus les arrêter.
Et ça a continué comme ça.
Depuis, on a réparé la climatisation.
Tout a commencé avec la Roda do Cavaco, Fernando do Cavaco et Regina do Cavaco, qui ont été des complices de ces soirées samba que l'on organise maintenant depuis presque vingt ans.
Et comme cela a eu tellement de succès, depuis six mois nous avons ajouté une roda supplémentaire chaque mois.
Nous accueillons maintenant un groupe qui s'appelle Roda Gira.
C'est un groupe déjà existant que nous invitons ici.
On a aussi Sidi Bémol.
Orateur #2
Ah oui, Sidi Bémol.
Orateur #0
Il ne joue pas tous les mois, mais il fait partie de nos artistes résidents que nous apprécions de recevoir.
Avec Sidi Bémol, c'est un peu la même chose, version musique algérienne et musique kabyle.
Et c'est extraordinaire parce qu'il arrive aussi à mélanger des influences…
Orateur #2
Bretonnes, irlandaises, celtiques, les chants marins.
Les gens chantent.
Comme pour les Brésiliens, tout le monde connaît les paroles.
Orateur #0
Et ce que j'aime particulièrement dans ces soirées, c'est quand je vois arriver à un concert de Sidi Bémol des Brésiliens.
Et à l'inverse, quand je vois des Algériens venir à la cumbia, ou à La Bringuette, que nous recevons depuis plus de vingt ans.
On aime beaucoup voir ces mélanges de publics.
Orateur #2
Et puis il y a aussi eu le Surnatural Orchestra.
Orateur #0
Le Surnatural Orchestra, ça a été une grande aventure.
Orateur #2
À la frontière du jazz et de beaucoup d'autres choses.
Orateur #0
Oui, une musique très cinématique.
Ils étaient déjà dix-neuf musiciens dans le groupe.
Orateur #2
Dix-neuf musiciens.
Orateur #6
Sur cette scène-là ?
Orateur #2
Oui.
Et certains sont devenus ensuite des figures importantes.
L'un d'entre eux est devenu directeur de l'ONJ.
Sylvaine Hélary aussi.
Ils connaissaient déjà le lieu.
Donc ils ont décidé de…
Orateur #0
Chacun est revenu faire sa release party ici.
Orateur #2
Sa sortie d'album.
Voilà.
Orateur #6
Il y a quelque chose de très particulier ici, au Studio de l'Ermitage.
Beaucoup d'artistes choisissent d'y lancer leur premier album ou d'y revenir pour présenter le suivant.
La fameuse release party au Studio de l'Ermitage est devenue une véritable institution.
C'est une rampe de lancement, un tremplin qui compte dans la carrière de nombreux artistes.
Des artistes qui, lorsqu'ils commencent ici, ne sont pas forcément très connus, mais qui le deviennent parfois.
Et qui continuent pourtant à revenir, alors même qu'ils pourraient remplir des salles plus grandes.
Pour le public aussi, cela donne le sentiment d'être privilégié.
D'avoir parfois la chance de découvrir les artistes avant qu'ils ne jouent dans de plus grandes salles ou avant qu'ils ne deviennent très connus.
J'ai l'impression qu'il existe à la fois un rite de passage, une fidélité et une forme de compagnonnage entre les artistes, la salle et vous.
Comment percevez-vous cela ?
Orateur #0
On a surtout envie d'accueillir les musiciens, de les mettre à l'aise.
Et qu'ils mangent bien avant le concert.
Pour nous, c'est important.
Orateur #2
Oui.
S'ils reviennent, il y a l'accueil.
Il y a aussi l'acoustique.
Orateur #6
La qualité du son ?
Orateur #2
Oui.
Et c'est assez simple :
on essaie de bien recevoir les gens.
Les artistes sont souvent angoissés.
Alors on les entoure beaucoup.
Il y a les techniciens son, les techniciens lumière.
Toute l'équipe est là pour eux.
C'est aussi pour cela qu'ils reviennent.
Orateur #0
C'est ça qui fait la magie aussi.
Orateur #2
La magie, un peu, oui.
Et puis ils sont contents.
C'est la famille.
Orateur #0
C'est vrai que certains deviennent des amis proches.
Par exemple, il y a Soledad, la chanteuse et clarinettiste de La Cumbiamba, avec qui on va parfois passer Noël.
Il y en a d'autres avec qui on part en vacances ou que l'on retrouve dans les festivals.
On va souvent à Marciac, parce qu'on a des attaches dans le Gers.
On va à Jazz in Marciac, à Tempo Latino…
Orateur #6
À Vic-Fezensac.
Orateur #0
À Vic-Fezensac.
Et là, on retrouve plein de musiciens.
Plein de gens qu'on connaît.
Des René Lacaille...
Orateur #2
Ah oui, René Lacaille.
Je l'ai vu il y a trois ou quatre jours à Sète.
Orateur #10
« Mémoire des musiques du monde.
50 ans de diversité musicale et culturelle. »
Orateur #6
J'ai une surprise pour vous.
Orateur #11
Bonjour à tous, c'est Naïssam Jalal.
Orateur #12
Salut tout le monde, Sofiane Saïdi.
Orateur #13
Hola, je suis Rebeca Roger Cruz.
Bonjour, je suis Étienne de La Sayette.
Orateur #14
Salut, ici c'est Auriane Lacaye.
Moi, j'ai joué au Studio de l'Ermitage avec mon projet solo au moins deux fois, et avec Bonbon Vodou plusieurs fois.
Orateur #12
En novembre 2015, j'ai sorti mon album El Mordjene, mon premier album solo.
Naturellement, j'ai sollicité le Studio de l'Ermitage pour en faire la sortie.
Orateur #11
C'est un endroit que j'ai beaucoup fréquenté pour y avoir joué avec plusieurs de mes projets.
Et surtout avec mon quintet Rhythms of Resistance, où nous avons dû faire à peu près quatre-vingts concerts sur une période de dix ans.
Orateur #13
L'année dernière, j'ai sorti mon premier album, qui s'appelle Río Abajo.
C'était en mars 2025.
Et nous avons fêté cela à Paris, au Studio de l'Ermitage.
Orateur #5
C'est un lieu que j'aime beaucoup.
Il est tenu par Chadli, qui l'a fondé, et sa fille Yamilé.
Ce sont des personnes absolument exceptionnelles, d'une grande gentillesse et d'une grande générosité.
Je pense que c'est un lieu où l'on se sent bien en tant qu'artistes.
On s'y sent accueilli.
On s'y sent respecté.
Orateur #14
Au Studio de l'Ermitage, il y a un accueil à la fois très familial et très professionnel.
Quelque chose de tendre aussi.
Cela met en confiance.
Orateur #13
Depuis mon arrivée en France, même sans avoir jamais habité à Paris, j'ai toujours entendu parler de cette salle comme d'un lieu mythique, surtout pour les musiques du monde.
Une salle ouverte à de nombreuses cultures et avec une jauge à taille humaine.
Orateur #5
Et où, en tout cas pour moi, on se sent un peu comme à la maison.
D'autant qu'avant les concerts, Chadli...
Orateur #12
Il est toujours avenant.
Toujours très classe.
Orateur #5
Le patron cuisine lui-même pour les artistes.
Et ça, ça n'existe nulle part.
Je ne connais aucun autre endroit à Paris où le directeur de la salle prépare lui-même des plats pour les musiciens.
Orateur #11
J'ai beaucoup d'anecdotes liées à ce lieu.
Mon fils aîné est né pendant que je jouais au Studio de l'Ermitage.
J'ai juste eu le temps de partir en quatrième vitesse après le concert pour assister à sa naissance.
Je suis arrivé avec mon costume de scène encore trempé de sueur.
Et j'ai accueilli mon petit garçon… en tombant dans les pommes.
Orateur #12
Lorsque j'ai voulu maintenir ou non mon concert du 28 novembre 2015, juste après les attentats du Bataclan, j'ai demandé à Yamilé et à Chadli ce qu'ils en pensaient.
Ils m'ont laissé une totale liberté.
Ils m'ont dit :
« Si tu veux jouer, nous sommes avec toi.
Si tu ne veux pas jouer, nous comprenons. »
J'ai réfléchi.
J'ai pensé à la décennie noire en Algérie.
Et je me suis dit qu'il fallait que je fasse mon métier.
J'ai donc maintenu le concert.
Et cela reste un souvenir formidable.
Orateur #14
J'ai vécu ici des concerts magnifiques.
Quand on est bien accueilli, que l'on se sent bien et que le public se sent bien lui aussi, cela donne forcément de belles soirées.
Orateur #5
Cette ambiance familiale, douce et bienveillante, a un vrai impact sur la musique.
Parce qu'on est bien.
Tout simplement.
Orateur #11
Je voudrais terminer en adressant un immense merci et un énorme bisou à toute la famille de Chadli.
Orateur #12
À chaque fois que je passe, je suis heureux de retrouver Chadli, Yamilé et toute l'équipe.
Orateur #11
Je pense souvent à eux.
Et je sais que j'y rejouerai.
Et que je reviendrai aussi simplement pour voir des concerts.
Orateur #13
Cela restera pour moi un souvenir gravé à jamais, rempli de joie.
Orateur #0
C'est beau.
Orateur #2
Oui.
Et encore, on a oublié beaucoup de noms.
Orateur #0
C'est difficile de tous les citer.
Mais Rhythms of Resistance, c'est près de quatre-vingts dates en dix ans.
C'est incroyable.
Orateur #2
C'était énorme.
Orateur #0
Et puis il y a tellement de souvenirs.
Comme le dit Étienne, son enfant est né ce soir-là.
Le 13 novembre 2015.
Ils étaient sur scène aussi.
Ils ont également fait venir pour la première fois ici le chanteur éthiopien Gétatchèw Mekurya avec notre cher ami Gilles Fruchaud, de Buda Musique, et Francis Falceto.
On a énormément de souvenirs avec Akalé Wubé.
Naïssam Jalal fait partie de la famille.
Orateur #2
Elle nous a même piqué notre ingénieur du son !
Orateur #0
Et puis Sofiane Saïdi...
C'est très touchant quand il parle de cette volonté de résister ensemble après les attentats.
Orateur #2
C'était une très belle surprise de les écouter.
Orateur #6
Vous êtes un peu ému, Chadli.
Je le vois.
Et qu'est-ce qu'on vous souhaite ?
Encore vingt-cinq ans comme ça ?
Orateur #2
Oui.
Peut-être.
Orateur #0
Oui, vingt-cinq ans encore...
Orateur #2
Mais ce sera surtout pour Yamilé.
Orateur #6
Je suis sûre que jusqu'au dernier jour, Chadli, vous serez quelque part dans les parages.
Orateur #2
Sûrement, oui.
Orateur #0
« Mémoire des musiques du monde. »
Orateur #10
« 50 ans de diversité musicale et culturelle. »