Speaker #0Orateur #0
« Mémoire des musiques du monde. »
Orateur #1
« 50 ans de diversité musicale et culturelle. » « Une série Zone Franche. »
Orateur #2
« En partenariat avec la Sacem. »
Orateur #3
Entretien Jeanne Lacaye.
Orateur #1
Réalisation Benoît Thuau.
Orateur #4
Elvis Presley, c'est des musiques du monde. La cabrette auvergnate, c'est des musiques du monde. Même déjà pour les gens qui ne sont pas auvergnats. Et alors pour les Japonais, je ne vous raconte pas.
Orateur #3
Ce qui est vraiment génial dans toutes ces histoires, c'est les histoires humaines. Avec une espèce de fantasme qui est de créer un truc qui n'existe pas encore.
Orateur #4
Épisode 2. Nos formats, des labels défricheurs, avec Laurent Bizot et Gilles Fruchaud.
Orateur #0
Gilles Fruchaud, vous dirigez le label Buda Musique, je cite : « un label zen qui a du nez », que vous cofondez en 1987. Aujourd'hui, dans votre catalogue, on trouve entre autres Cesária Évora, Aïssa Remiti, Cheb Hasni, Ray Lema, Bonga, Danyèl Waro, Jean-Marie Barotte, le Corou de Berra, La Plana, Los Incas, Les Yeux Noirs, Yann-Fañch Kemener, des musiques traditionnelles et populaires du monde entier, collectées entre autres par des ethnomusicologues du fin fond de la Sibérie au fin fond du Berry.
Sans oublier la collection Éthiopiques, et on y reviendra, avec Francis Falceto, qui a révélé en Europe les plus grandes légendes de la musique éthiopienne et qui enrichit cette année cette monumentale série de disques, cette collection, de six nouveaux volets pour arriver a priori à trente-six volumes.
Orateur #4
Je l'espère.
Orateur #0
Laurent Bizot, vous dirigez le label No Format!, je cite : « une petite utopie » que vous fondez en 2004 avec 2 000 euros en poche dans le but, et là je cite encore, « de défendre les musiques trop singulières, métissées et improvisées ».
Dans votre catalogue, on écoute entre autres Chilly Gonzales, Mamani Keïta, Oumou Sangaré, Mélissa Laveaux, Ballaké Sissoko et Vincent Segal, Piers Faccini, Lucas Santtana, Kassé Mady Diabaté, Blick Bassy, Alune Wade, Kokoko!, Oumou Sangaré, Urban Village, Gérald Toto, Natasha Rogers, Salif Keïta, etc.
Orateur #3
C'est ça. La liste est presque complète.
Orateur #0
Gilles Fruchaud, Laurent Bizot, vous vous connaissiez avant aujourd'hui ou pas ?
Orateur #4
Je connaissais le travail et le label, que je respecte évidemment. Et puis nous avons eu quelques échanges pour le sample d'un artiste du label de Laurent.
Orateur #3
Nicolas Repac, oui.
Orateur #0
Évidemment. Qui d'autre ?
Orateur #3
Qui ne cesse de chercher ce qu'il pourrait sampler sans se prendre des procès. Une fois c'est Charles Duvelle, une fois c'est Alan Lomax, et puis sur un des disques, effectivement, j'ai contacté Gilles pour essayer d'obtenir une autorisation.
Orateur #4
Moi, j'ai plusieurs disques du catalogue No Format!, notamment Le Trio Joubran, parce que je connaissais bien Pascal Lokua Kanza, et puis je dois avoir un album de Piers Faccini aussi.
Orateur #3
Moi, je connaissais évidemment la réputation de Gilles et de Buda. C'est une des références de ce qui se fait en France sur plein de choses.
J'aime bien aussi citer Saravah dans les labels qui ont compté et qui ont inspiré notre génération. Des gens qui ont un esprit ouvert, qui défrichent, qui cherchent, qui donnent accès à nos pauvres petits Parisiens à des choses qui viennent de loin.
Orateur #0
Ce qui vous réunit, me semble-t-il, tous les deux, c'est une démarche artisanale pour vos deux labels depuis leur création. Des labels qui sont aujourd'hui incontournables dans l'écosystème des musiques du monde en France.
Gilles Fruchaud, quand vous cofondez Buda Musique en 1987, le paysage des musiques du monde, côté maison de disques plus particulièrement, il ressemble à quoi ?
Orateur #4
Ce paysage était bouleversé, si je puis dire, par l'irruption du compact-disc.
Beaucoup de labels, dont Buda Musique, rééditaient des discographies vinyles en CD, ce qui a donné une espèce d'élan, même financier, au démarrage du label.
Ensuite, dans le domaine que je pratique, il y avait à l'époque Ocora, il y avait toutes les productions d'Auvidis, un label plus spécialisé dans les musiques de France qui s'appelait Silex, et puis des labels comme Playa Sound, qui étaient un petit peu plus, entre guillemets, « tourisme », mais avec des enregistrements de qualité.
Je crois que c'est à peu près tout pour la France, évidemment.
Orateur #0
Et du côté des artistes, c'était comment, la scène des musiques du monde ?
Orateur #4
Moi, je suis arrivé aux musiques du monde par goût et un peu par hasard.
Je travaillais au départ chez Disques AZ, qui était plutôt un label de variété, où figuraient néanmoins quelques artistes comme Touré Kunda.
J'ai ensuite été débauché, si je puis dire, par Gilbert Castro de Mélodie, au moment du démarrage de Touré Kunda, puis de Ray Lema, puis de Youssou N'Dour.
Et puis il y a eu Cesária Évora.
Orateur #0
Mais donc il y avait déjà une scène alors ?
Orateur #4
Oui, une scène qui était relayée un peu par Nova justement, parce que c'était l'époque de votre homonyme, qui hébergeait quasiment Ray Lema.
Orateur #0
Jean-François Bizot, oui.
Orateur #4
Oui. Le démarrage a été plutôt euphorique, dans la mesure où, par exemple, j'avais un accord à l'époque avec un label brésilien, Globo.
Donc il était très simple de rééditer des disques de Maria Bethânia, Jorge Ben, tous les grands noms brésiliens, de les rééditer en compact-disc. Cela créait un flux financier qui permettait de se lancer parallèlement dans des productions plus risquées.
Orateur #0
Laurent Bizot, vous, quand vous démarrez No Format!, donc quinze ans après les débuts de Buda Musique, elle ressemble à quoi la scène des musiques du monde ? Cet écosystème de la sono mondiale du point de vue du label discographique, mais aussi tout court ?
Orateur #3
Déjà, j'ai l'impression que c'est un cycle après.
Quand No Format! commence, c'est un peu la fin de ça.
Il y a eu cet apogée qui a commencé dans les années 1985-1987, avec une montée en puissance progressive, puis une espèce de sommet où le marketing est roi.
Les choses qui m'avaient marqué, c'était l'autorisation de la publicité pour les disques à la télévision, donc l'arrivée du disque dans les supermarchés.
Et on oublie un peu la musique souvent, en tout cas dans les majors.
Quand nous, on commence en 2004, c'est le début de la fin. La courbe redescend : Napster, le streaming, la une de Libération : « Le CD est mort ».
Donc c'est la fin d'un cycle de croissance et le début d'un cycle de crise qui va durer au moins une bonne dizaine d'années.
Après, sur la scène des musiques du monde, ce que je peux dire, c'est qu'il y a eu beaucoup de choses faites notamment par Nova.
Puis il y a eu 1, 2, 3 Soleils, il y a eu plein de succès commerciaux, Khaled...
Je me rappelle que comme NRJ ne voulait pas passer Khaled, Pascal Nègre avait acheté des centaines de milliers d'euros de publicité sur NRJ pour remplacer l'absence de playlist par de la publicité.
Et à force de matraquage, Khaled est finalement passé sur toutes les radios commerciales.
Là aussi, c'est un cycle après : la France était vraiment devenue un pays d'accueil de nombreuses musiques d'Afrique et du Maghreb. C'est passé dans les mœurs.
Orateur #1
Mémoire des musiques du monde.
50 ans de diversité musicale et culturelle.
Orateur #0
Parlez-nous du premier ou des premiers disques qui ont inauguré, lancé ou permis un véritable essor de Buda Musique.
Je ne sais pas : Les Yeux Noirs, Cesária Évora, Ray Lema... Vous allez nous dire.
Orateur #4
Je pense que le déclic s'est fait au moment du répertoire guinéen.
C'est avec l'Ensemble national des percussionnistes de Guinée, qui est paru au moment où le djembé était, hélas, l'instrument le plus pratiqué par les jeunes.
Donc c'étaient des albums de référence.
Orateur #3
C'est à cause de lui !
Orateur #4
Et comme pour tout label indépendant, cela fonctionne ensuite par cercles concentriques.
Pour le citer, c'est François Kokelaere qui avait fondé l'Ensemble national des percussionnistes de Guinée, qui avait cette particularité de réunir plusieurs ethnies, ce qui se fait assez peu en Guinée, mais qui avait aussi mis en place tout un système de tournées et de visibilité.
Lui-même jouait du berimbau et connaissait donc une troupe de capoeira.
Nous avons ainsi édité et produit le premier CD de capoeira en Occident, si je puis dire. Et là aussi, cela est tombé à pic au moment où la capoeira devenait l'art martial parmi les plus pratiqués en France.
Orateur #0
Donc ça aussi, c'est vous ?
Orateur #4
Voilà, c'est à cause de moi !
Alors ça, c'est 1991-1992.
Toutes les écoles de capoeira avaient ce compact-disc.
Orateur #0
J'ai quand même bien envie d'entendre l'histoire du fameux disque de Cesária Évora.
C'était un vinyle ?
Orateur #4
Alors, c'est sorti en vinyle.
J'étais ami avec José da Silva qui, à l'époque, n'était pas du tout impliqué dans le disque. Il travaillait à la SNCF.
Il voulait publier le disque qu'il avait enregistré au Cap-Vert et qui, je crois, s'appelle toujours La Diva aux pieds nus.
De façon très artisanale, juste piano et voix.
Orateur #0
C'était où ?
Orateur #4
C'était dans le préau d'une école du 19e arrondissement.
Orateur #0
Cesária Évora ?
Orateur #4
Oui.
Mais elle était totalement inconnue.
Il n'y avait que des Cap-Verdiens de la diaspora dans la salle, si on peut appeler ça une salle.
Orateur #0
C'est dingue !
Orateur #4
Et José a continué son travail.
Il a fondé son propre label, Lusafrica.
Et donc la suite, vous la connaissez.
Ray Lema, je le connaissais puisque ses premiers disques étaient chez Mélodie, sur Celluloid, le label de Gilbert Castro.
Nous avions sympathisé et il est venu me voir avec un projet assez fou.
Il avait participé aux Francofolies de Blagoevgrad et il avait été fasciné par les voix bulgares.
Il n'était d'ailleurs pas le seul à l'époque.
Il est donc venu avec le projet de faire un disque avec l'Ensemble Pirin, qui est un ensemble à la fois vocal et instrumental.
Les enregistrements ont été réalisés à Sofia et le groupe habituel de Ray a enregistré à Paris.
Nous avons ensuite donné quelques concerts magnifiques à Angoulême, à Musiques Métisses et à La Rochelle.
Puis nous avons fait deux dates au Japon, dans un lieu étrange : une salle de concert magnifique, installée au dernier étage d'une tour à Shibuya.
Et ce dont je me souviens, c'est que Ray Lema, à un moment, a lancé une interjection en lingala dans la salle.
Et parmi les Japonais présents, certains lui ont répondu.
Orateur #0
En lingala ? Ils sont bien, ces Japonais ! Franchement, toujours à la pointe, quoi, non ?
Orateur #4
Ah ben, quand ils s'intéressent, ils s'intéressent.
Orateur #0
Et avec Ray Lema, comme ça, vous sortez quel disque et combien de disques ? Parce que ça dure un certain nombre d'années, ce compagnonnage.
Orateur #4
On a sorti ensemble quatre disques. Il y a eu celui avec l'Ensemble Pirin, puis un album beaucoup plus dépouillé qui s'appelait Green Light, piano, voix et percussions.
Orateur #5
Voix et percussions.
Orateur #6
Laurent Bizot,
Orateur #0
vous, l'histoire commence en 2004. On va parler de cette sortie Toto Bona Lokua chez No Format!, donc Richard Bona, Lokua Kanza et Gérald Toto, a cappella, façon Bobby McFerrin un peu.
Orateur #3
Alors oui. Avant de monter No Format!, j'ai travaillé chez Universal Jazz. Et beaucoup de choses sont nées de cette expérience-là, notamment la découverte de la musique malienne via Daniel Richard et via le projet Sarala avec Cheikh Tidiane Seck.
Projet dans lequel beaucoup de musiciens maliens résidant à Paris avaient participé : Lansiné Kouyaté, Mamani Keïta, etc.
Ça, c'est une des choses que j'ai découvertes via Universal Jazz.
Et l'autre chose, c'était de côtoyer des artistes qui étaient signés chez Universal Jazz, puisque, à l'époque, Universal Jazz avait cette capacité de signer un peu tout ce qui n'intéressait pas les labels pop.
À l'époque où j'y étais, on signait de la folk, de l'électro, des musiques venant de partout.
Ils avaient d'abord signé Lokua Kanza, dont j'étais fan depuis le premier album. Ensuite Richard Bona, dont j'étais aussi fan.
Et il se trouve que j'étais ami avec Gérald Toto. Je l'avais rencontré quand il avait signé chez Warner son premier disque.
Gérald avait acquis un looper qu'il utilisait sur scène pour superposer des couches de voix et créer des ambiances vocales un peu nuageuses. Il bricolait beaucoup avec ça.
Bona utilisait aussi une pédale de boucle, mais plus pour fabriquer des rythmes, des choses proches de la salsa à la voix.
Et Lokua, pour son premier album, avait créé des rythmes avec des bouteilles, façon flûtes pygmées.
En gros, je connaissais les trois séparément et j'avais l'impression qu'il y avait ce côté un peu Bobby McFerrin qui pouvait être développé.
Donc quand le label a commencé, un des premiers projets que je me suis dit qu'il fallait faire, c'était de les réunir pour enregistrer un disque à trois.
Orateur #0
Donc c'est vous qui avez provoqué la rencontre, en fait ?
Orateur #3
Alors, Lokua et Bona se connaissaient déjà. Ils avaient fait quelque chose ensemble, je ne sais plus exactement quoi.
Par contre, Gérald, les deux autres ne le connaissaient pas.
J'avais programmé Gérald. J'avais poussé Universal à le programmer en première partie de Mino Cinelu à l'Élysée Montmartre.
J'avais enregistré son set solo où il utilisait beaucoup le looper.
Lors d'un voyage suivant à New York, j'ai apporté cet enregistrement à Richard Bona en lui disant : « Est-ce que tu peux écouter ce type ? »
Et j'ai commencé à lui présenter le projet.
À l'époque, j'étais juriste, pas du tout directeur artistique, et je pense qu'aucun des trois ne m'a vraiment pris au sérieux.
Mais ça s'est fait par miracle.
Ils ont tous les trois dit oui.
Et ce qui a joué aussi, c'est que c'était très court. J'avais réservé trois ou quatre jours de studio.
Ils ont vu ça comme un petit exercice de style qui n'allait pas prendre trop de temps.
Peut-être même qu'il ne sortirait jamais.
Mais comme il y avait déjà une amitié entre Richard et Lokua, et beaucoup d'admiration mutuelle, ça a facilité les choses.
Je me souviens que le premier jour en studio, chacun avait amené quelques idées, quelques maquettes.
Et les trois ont constaté que chacun arrivait avec des propositions de qualité.
Alors c'est parti.
Ils ont passé quatre jours à rigoler ensemble et à faire de la musique sans aucune pression.
Je pense que c'est ce qui explique le résultat.
Autant Lokua ou Bona pouvaient passer des mois à peaufiner leurs propres albums, à tout perfectionner, autant là on leur proposait quelque chose de spontané, qu'ils n'ont vraiment pas pris trop au sérieux au départ.
Et c'était précisément la chance du projet.
Il n'y a eu aucune arrière-pensée.
Orateur #0
Il a marché, le disque ?
Orateur #3
Oui, plutôt bien.
Il n'y a pas eu de concert, il n'y a pas eu de promotion particulière, mais c'était encore un peu l'époque où un disque pouvait sortir et rencontrer son public presque tout seul.
Orateur #0
Et voilà comment s'est lancé No Format!
Orateur #7
[Jingle musical]
Orateur #0
Mémoire des musiques du monde.
Gilles Fruchaud, il y a un disque, enfin non, une collection qui a vraiment marqué un virage pour Buda Musique : la collection Éthiopiques.
Orateur #4
Absolument.
Orateur #0
Avec Francis Falceto. Racontez-nous cette histoire, Gilles Fruchaud.
Orateur #4
J'avais déjà travaillé avec Francis, mais sur d'autres projets qu'éthiopiens.
De son côté, il avait un peu prospecté auprès d'autres labels.
Et j'ai été le seul à m'engager, en lui disant que je partirais sur cinq volumes.
Orateur #0
C'est vous qui avez proposé l'idée d'une collection ?
Orateur #4
Non.
Comme nous avons commencé en utilisant les productions de deux labels historiques, Amha Records et Kaifa Records, l'idée était d'exploiter toutes ces perles qui étaient souvent parues en 45 tours.
L'objectif était d'en faire les compilations que vous connaissez.
Par la suite, nous sommes passés à des monographies d'artistes.
Mais au départ, je m'étais engagé sur cinq volumes.
J'étais le seul à le faire.
Et coup de chance, le volume 4, intitulé Éthio Jazz, consacré à Mulatu Astatke, a rencontré un écho considérable.
C'est lui qui a donné une ampleur mondiale au projet.
Notamment grâce à Jim Jarmusch et à son film Broken Flowers.
Dans le film, la musique éthiopienne est presque un personnage à part entière.
Le voisin du personnage joué par Bill Murray, qui part à la recherche d'un éventuel fils chez ses anciennes compagnes, lui grave un disque.
Et à chaque fois qu'il monte dans sa voiture de location pour poursuivre son voyage, il met ce disque de musique éthiopienne dans le lecteur.
Orateur #8
Et on l'écoute. Je viens de graver un nouveau CD. C'est de la musique de voyage.
Orateur #0
Gilles Fruchaud, la première fois que vous écoutez un disque, enfin je ne sais même pas, une bande ou un enregistrement ramené par Francis Falceto depuis l'Éthiopie, c'est quoi et vous ressentez quoi ? Il se passe quoi ?
Orateur #4
En fait, il avait préparé le montage du volume 1. Et le volume 1 commençait par deux titres, sinon trois, de Muluken Melesse.
Et je dis à Francis : « Tôt ou tard, dans cette collection, j'aimerais qu'on ait une monographie sur Muluken Melesse. »
Orateur #6
Un petit clin d'œil.
Orateur #4
Et donc c'est le volume 31...
Orateur #0
...qui sort là cette année.
Orateur #4
Voilà.
Mon rêve est exaucé.
À vrai dire, j'avais quand même entendu une fois Ere Mela Mela de Mahmoud Ahmed. Mais globalement, moi, j'ai fondu sur la voix exceptionnelle et juvénile, presque féminine, de Muluken.
En fait, il n'a chanté que deux ou trois ans. Il a commencé à 14 ans dans les clubs et il a chanté très peu de temps avant de partir aux États-Unis, où il est devenu plus ou moins prédicateur évangéliste.
Donc il a eu une carrière très brève, mais ce disque est vraiment le reflet de son art vocal.
Orateur #0
Laurent Bizot, vous, le disque du virage, c'est peut-être — si on passe sur le piano solo de Chilly Gonzales — Chamber Music, en 2009, avec Ballaké Sissoko et Vincent Segal ?
Orateur #3
Par exemple, oui.
C'est une histoire assez simple.
Ballaké était signé à l'époque chez Label Bleu, à Amiens. À l'époque, c'est Pierre Walfisz qui s'occupait de Label Bleu.
Vincent Segal avait fait un disque solo là-bas et il avait joué au festival d'Amiens avec Bumcello.
Piers Faccini, qui était également signé chez Label Bleu, a amené Ballaké voir un concert de Bumcello. En tout cas, c'est ce qu'on m'a raconté.
Ballaké était curieux du violoncelle, même avant cela.
Après le concert, il a voulu voir Vincent en coulisses en lui disant qu'il était attiré par le violoncelle et qu'il aimerait bien jouer avec lui.
Ensuite, pendant trois ou quatre ans, Ballaké et Vincent se sont vus assez régulièrement chez Vincent, dans le Marais.
Parfois le dimanche, avec les familles.
D'après ce que racontait Vincent, ils déjeunaient ensemble, les enfants étaient là, puis ils jouaient l'après-midi dans la cour.
Cela a pris le temps que cela a pris, jusqu'à ce qu'ils décident de faire un premier concert, il me semble, à l'Opéra de Lyon.
Puis un jour, Corinne Serra, l'agente de Ballaké, m'appelle en me disant :
« Les premiers concerts sont super et maintenant ils ont envie de passer à l'étape supérieure. On va sûrement aller enregistrer quelque chose ensemble à Bamako. »
J'ai rencontré Vincent et je lui ai dit :
« Même si nous ne travaillons pas ensemble, est-ce que vous accepteriez que je vienne à Bamako assister aux séances ? »
Finalement, nous avons décidé de faire le disque ensemble.
Cela s'est fait dans le studio de Salif Keïta à Bamako.
Le studio Moffou, à Kalabancoro, près du fleuve, un peu à l'écart du centre-ville.
Je me souviens qu'il faisait extrêmement chaud. C'était en mai, je crois, au pic de chaleur de Bamako.
Tout le monde était en sueur.
Nous avons enregistré la nuit pour essayer d'avoir un peu plus de fraîcheur, et aussi parce que Ballaké est quelqu'un d'assez nocturne.
Vincent est un des artistes qui m'a réellement convaincu de l'intérêt des prises live.
À l'époque, c'était plutôt le contraire de la mode.
Tout le monde était fasciné par Pro Tools. On trouvait extraordinaire de pouvoir refaire quarante-deux fois une prise, faire énormément de montage, ouvrir des possibilités infinies.
Et Vincent défendait vraiment l'idée qu'il valait mieux enregistrer ensemble, dans la même pièce, des prises live sur lesquelles on ne peut pas trop tricher ou bidouiller.
Il y a alors quelque chose de magique dans les premières prises.
Cette petite insécurité qui fait que l'on n'a pas encore joué le morceau quarante fois.
Bien sûr, cela ne marche que parce qu'il y a eu avant tout un travail, une rencontre, une histoire, un apprentissage mutuel et de l'amitié.
Mais quand on capture ce moment-là, les premières prises ont souvent quelque chose de très spécial.
Orateur #1
Gilles Fruchaud, j'aimerais qu'on parle de la collection Musiques du monde chez Buda Musique, qui donne à entendre la musique de la communauté bushinengué de Guyane, des chants diphoniques mongols, des guitares de Mauritanie, mais aussi des musiques traditionnelles et populaires d'ici, comme les bourrées et mazurkas du Berry, ou encore Miquèu Montanaro avec son tambourin provençal, etc.
Et vous avez collaboré pour cette collection avec des ethnomusicologues — ou en tout cas avec leurs enregistrements — comme Henri Lecomte et Werner Graebner pour la collection Zanzibara.
Vous nous racontez un peu tout ça ?
Orateur #2
Alors Henri Lecomte, c'est avant tout un collecteur passionné de Sibérie.
C'était un peu Tintin en Sibérie, mais avec une connaissance érudite des différentes minorités.
L'exploit, c'est que nous avons quand même réalisé onze volumes de collectages, chose qui n'avait même pas été faite à l'époque de l'URSS.
Il existait bien une collection intitulée Voyage en URSS, parue chez Chant du Monde. Je crois qu'il y avait une dizaine de vinyles et seulement deux plages consacrées à la Sibérie.
Alors que nous, nous sommes allés enregistrer les Tchouktches, les Évenks, les Iakoutes et une quinzaine d'autres peuples.
Mais il s'agit de collectages. Ce ne sont pas des musiciens professionnels.
On ne leur demande pas de recommencer une prise. On recueille simplement un témoignage de leur culture.
On les rémunère à l'aune locale, ce qui n'est pas tout à fait la philosophie habituelle du collectage.
Comme dans le documentaire, on considère souvent que l'on ne doit pas rémunérer les personnes enregistrées.
Nous, nous le faisions selon les usages locaux.
Orateur #1
Ça veut dire quoi, à l'aune locale ?
Orateur #2
C'est-à-dire que ce n'est pas un cachet de musicien professionnel.
C'est un forfait, un dédommagement pour le temps qui nous est consacré.
Après, Werner Graebner, c'est un peu différent.
Lui a accès à tous les catalogues de labels de Tanzanie et de Zanzibar.
Donc ce ne sont pas des collectages.
Ce sont véritablement des enregistrements édités commercialement.
D'ailleurs, c'est Francis Falceto qui me l'a présenté en me disant :
« Werner, c'est le Falceto de Zanzibar. »
Là, nous en sommes à onze volumes, mais ce sont des enregistrements de catalogue.
Orateur #1
Pourquoi est-ce important pour vous de donner à entendre des musiques de très loin mais aussi de nos régions dans cette collection Musiques du monde, précisément ?
Orateur #2
La cabrette auvergnate, c'est de la musique du monde.
Même déjà pour les gens qui ne sont pas Auvergnats.
Et alors pour les Japonais, je ne vous raconte pas.
Orateur #1
Mémoire des musiques du monde. 50 ans de diversité musicale et culturelle.
Orateur #3
Avec ce truc Real World, tu essaies de faire quelque chose de différent ou est-ce que ça va être la même chose que tous les autres labels ? On aimerait avoir des artistes du monde entier, y compris d'Occident, car sinon la musique du monde risque de devenir un nouveau ghetto. Pour moi, Elvis Presley fait aussi partie des musiques du monde.
Orateur #1
Vous avez reconnu ? Qui parle ? C'est Peter Gabriel, non ?
Oui, c'est Peter Gabriel qui se prête au jeu de l'auto-interview chez Thierry Ardisson dans l'émission Lunettes noires pour nuits blanches sur Antenne 2 en mai 1989.
Le Britannique Peter Gabriel, ex-Genesis, fonde cette année-là le label Real World, où l'on trouve dès le départ des artistes comme le Pakistanais Nusrat Fateh Ali Khan ou bien le roi de la rumba congolaise Tabu Ley Rochereau, ou encore l'ensemble cubain Orquesta Revé.
Et donc on l'entend très prudent, Peter Gabriel. Il essaie d'éviter l'écueil de l'exotisation, du folklore, de l'ethnocentrisme. En tout cas, c'est ce que je trouve dans ce qu'il dit.
Il parle de ne pas faire de la musique du monde un nouveau ghetto.
Est-ce que ce sont des questions que vous vous êtes posées chacun, quand vous avez fondé vos labels, Buda Musique en 1987 et No Format! en 2004 ?
Orateur #2
Non.
Moi, la question que je me poserais plutôt, c'est celle du post-colonialisme, éventuellement.
Ce que j'avais remarqué, c'est que les pays où il existe des labels consacrés aux musiques du monde sont souvent d'anciens pays colonisateurs.
Mais la notion de ghetto, non.
J'ai l'impression que Laurent fonctionne un peu comme moi : nous travaillons tellement à partir du relationnel que nous vivons dans le même monde.
Orateur #0
Moi, à vrai dire, je ne me suis posé aucune question conceptuelle.
Le moment où j'ai eu l'opportunité de quitter mon travail pour faire quelque chose qui me faisait vibrer, je ne suis pas un spécialiste de musique. Je n'ai pas une grande connaissance encyclopédique des musiques du monde.
Quand je fais se rencontrer par exemple Richard Bona, Lokua Kanza et Gérald Toto, pour moi ce ne sont pas du tout des « musiques du monde ».
Richard est un musicien qui explose dans le jazz.
Gérald est un Parisien qui, oui, a des origines martiniquaises, mais qui fait de la soul à Paris.
Et ce qui m'intéresse, c'est de trouver la vibration commune et qu'il y ait une musique qui me touche.
Il n'y avait pas de cadre conceptuel particulièrement réfléchi.
Et c'est seulement au bout de quelques années qu'un musicologue a écrit un texte d'une vingtaine de pages sur les premières sorties de No Format!.
Il m'a mis en face de quelque chose que je n'avais pas formulé : ce qui était intéressant chez No Format!, selon lui, c'est qu'il n'y avait pas de hiérarchie entre les musiques, entre le Nord et le Sud. Il n'y avait ni centre ni périphérie.
Il avait développé toute une analyse autour de ça.
Et ça m'a un peu éclairé sur notre démarche, qui était finalement assez inconsciente.
J'ai toujours essayé de réfléchir à cette histoire de « musiques du monde ».
Et j'ai l'impression que cette catégorie a eu une pertinence à un moment de l'histoire, notamment dans les années 1980.
Mais quand je suis arrivé, elle me semblait déjà moins pertinente.
Je n'ai jamais vraiment su la définir.
En revanche, une chose est sûre : Paris était un lieu de brassage extraordinaire entre musiciens.
Je me suis toujours dit que Ballaké Sissoko et Vincent Segal, par exemple, ne se seraient peut-être pas rencontrés à Londres ou à Washington.
Ce n'est pas un hasard si cela est arrivé à Paris.
Parce qu'avant eux, il y a eu Saravah, Nova, Gilles Fruchaud et plein d'autres choses.
Des années pendant lesquelles les musiciens se sont croisés dans les studios, les salles de répétition et les concerts.
Et cela a permis à ce type de rencontre d'arriver à maturité.
Pour moi, c'est symptomatique du brassage parisien.
Orateur #4
Paris est un point de rencontre.
Orateur #3
Paris est un lieu de rencontre.
C'est la scène la plus importante d'Europe pour la musique africaine.
Mois après mois, ce phénomène devient encore plus important.
Paris est beaucoup plus importante que Londres.
Même si l'on a beaucoup parlé de la musique africaine sur la scène britannique, il n'y a jamais eu là-bas de percée comparable dans les hit-parades.
Il n'y a jamais eu dans les dix ou vingt premières places un artiste africain chantant dans sa langue et jouant sa propre musique.
C'est arrivé en France.
Et cela signifie qu'il existe tout un mouvement qui soutient véritablement cette musique.
Il y a un environnement professionnel et surtout un public qui a l'oreille.
Orateur #1
C'est Johnny Clegg.
Le Sud-Africain s'exprime en 1988, avant un concert au Zénith de Paris, dans la série documentaire Paris c'est l'Afrique de Philippe Conrath, que l'on peut voir en intégralité sur Pan African Music.
On entend Johnny Clegg dire que l'une des particularités françaises est d'avoir des artistes qui chantent dans leur langue et leur musique dans le Top 50.
Est-ce que chez No Format! ou Buda Musique, vous avez déjà eu des titres ou des disques au Top 50, des disques d'or, des disques de platine, de gros succès en somme ?
Orateur #2
Non, pas des scores comparables à ceux des majors.
J'ai eu des albums qui ont beaucoup vendu, comme Les Yeux Noirs, dont vous parliez tout à l'heure.
Mais globalement, non.
Éthiopiques a très bien marché sur la durée, mais aucun volume n'atteindrait, même avec les seuils actuels, un disque d'or en France.
Orateur #1
Et vous ?
Orateur #0
Chez No Format!, oui.
Sur Chilly Gonzales, nous sommes au-delà du disque d'or.
Je pense que cela représente plus de 200 000 albums.
Et sur Chamber Music, nous devons être autour du disque d'or également.
Aujourd'hui, avec un disque d'or à 50 000 exemplaires en France, je pense que nous avons atteint ce seuil.
Orateur #1
Aujourd'hui, quand vous entendez dans les charts des artistes qui chantent tout ou partie de leurs titres avec des expressions en lingala, avec des rythmes venus du monde entier — des Caraïbes, de la Jamaïque et d'ailleurs —, pour vous qui êtes aussi, chacun à votre manière, des pionniers de ces musiques du Tout-Monde, qu'est-ce que cela vous inspire ?
Orateur #0
Moi, c'est une des raisons pour lesquelles je me dis depuis longtemps que l'expression « musiques du monde » n'a plus vraiment lieu d'être.
Tout infuse dans tout.
Et ces musiques-là en particulier sont aujourd'hui dans le rap, dans la pop, partout.
Orateur #5
Théodora ! Méga VVL de Théodora !
Merci beaucoup, c'est énorme pour moi.
Et je tiens surtout à remercier tous les projets qui sont passés avant moi, qui ont permis au mien d'être mieux compris.
Les Aya Nakamura, les Tiakola...
Si aujourd'hui mon projet, avec des sonorités afro-caribéennes, a pu être compris, c'est parce que ces artistes sont passés avant moi.
Orateur #0
La France a été un peu pionnière dans ce domaine.
Et puis cela s'est aussi retourné contre ces musiques.
C'est-à-dire qu'il y a eu un écosystème « world music » avec ses festivals, ses labels, ses réseaux.
Mais, du coup, cela a parfois créé une forme de séparation.
L'effet pervers, c'est qu'à un moment donné, des artistes africains jouaient en Angleterre dans de grands festivals pop, alors qu'en France ils étaient davantage cantonnés aux festivals spécialisés.
Cela leur a donné une légitimité et un tampon de crédibilité.
Mais cela a aussi parfois contribué à les enfermer dans une catégorie.
Aujourd'hui, c'est partout.
Les plus grosses ventes mondiales, c'est Bad Bunny.
Pour moi, la catégorie « musiques du monde » ne veut plus vraiment dire grand-chose.
``
Orateur #1
Avec No Format!, vous avez toujours travaillé à créer des ponts, des rencontres entre les continents, entre les langues musicales également.
Par exemple avec l'Afrique de l'Ouest : on parlait de Vincent Segal et Ballaké Sissoko, ou de Mamani Keïta et Nicolas Repac.
Dans le monde gnawa aussi, avec Ben Harper, Piers Faccini et Maâlem Abdelkebir Merchane.
Et puis plus récemment l'Afrique du Sud, avec Clément Petit, Mpho Sebina et Tubatsi Mpho Moloi.
Orateur #0
Kevola aussi à Cuba avec Fidel Fourneyron.
Orateur #1
Voilà.
Presque deux tiers des albums du catalogue No Format! sont le résultat de collaborations comme ça entre des artistes.
Et vous parliez une fois de « musique du monde pour une mondialisation heureuse ».
Ça veut dire quoi ?
Orateur #0
Oui. Encore une fois, c'est peut-être une analyse a posteriori de quelque chose qu'on me demande parfois d'expliquer en interview.
À l'époque, il y avait le versant très négatif de la mondialisation sur le plan économique.
La mondialisation, c'était les délocalisations, une croissance qui se faisait parfois au détriment d'autres pays.
Et c'était sans doute une façon de dire qu'il pouvait aussi se produire de belles choses lorsque les frontières ou les distances étaient réduites grâce à la musique.
Ce qui est beau, c'est que des amitiés puissent naître entre quelqu'un comme Ballaké, qui a grandi au Mali dans la plus pure tradition de la kora, et quelqu'un comme Vincent, qui vient du conservatoire classique.
Et ce qui est vraiment génial dans toutes ces histoires, ce sont les histoires humaines.
Avec une espèce de fantasme : créer un truc qui n'existe pas encore.
Orateur #1
Gilles Fruchaud, qu'est-ce qui vous fait craquer, vous ?
Qu'est-ce qui fait que vous signez un artiste, que vous sortez un disque ?
C'est une voix, un instrument, un son, une histoire ?
Orateur #2
Ce serait effectivement lié à la voix.
Quand bien même il s'agit d'un instrument comme la lyra ou certains instruments comme le kamantcheh.
Peut-être pas le shakuhachi, qui est d'un abord plus austère.
Mais effectivement, ce serait la voix humaine sous toutes ses formes, même instrumentales.
Actuellement, je travaille avec une chanteuse syrienne qui s'appelle Waed Bouhassoun, dont la voix me bouleverse.
D'autant plus que, comme elle est syrienne, ses interprétations sont souvent chargées d'émotion.
Elle est druze, donc elle a malheureusement de nombreuses raisons d'avoir tant d'émotion dans la voix.
Orateur #1
Laurent Bizot, vous, ce qui vous fait craquer, je crois, c'est la relation qu'entretient un musicien avec son instrument, sa façon de s'y consacrer entièrement.
Vous disiez cela dans une interview : comme un moine bouddhiste ou comme un maître d'art martial.
Orateur #0
C'est quelque chose qui m'émeut beaucoup.
La relation de Vincent Segal avec son instrument, ou celle de Koki Nakano au piano, ou de Ballaké à la kora.
J'ai l'impression que pour ces humains-là, il y a une dévotion à leur instrument — et donc à la musique plus largement — qui est véritablement spirituelle.
C'est quelque chose qui dépasse notre monde ordinaire.
Je ne sais pas pourquoi, mais cela me touche beaucoup.
Je trouve que cela produit des êtres différents, des chamans pourrait-on dire.
Et dans cette époque où l'on parle beaucoup d'intelligence artificielle et d'informatique, j'ai l'impression que ce sont des gens qui font du bien aux autres humains.
Et qu'il faut, dans ce sens-là, leur donner une place à part.
Si possible les protéger.
En tout cas reconnaître que ce sont des bienfaiteurs, des gens dont nous avons tous besoin pour mieux vivre.
Orateur #1
Entre vos débuts, Gilles Fruchaud, en 1987 avec Buda Musique, et aujourd'hui, vous avez vu évoluer la scène des musiques du monde en France.
Comment ?
Qu'est-elle devenue pour vous ?
Orateur #2
À vrai dire, ma préoccupation principale, c'est plutôt le numérique.
Parce que nous parlons d'albums, de travaux conceptuels entre guillemets, pour finalement n'obtenir de visibilité que dans des playlists qui morcellent le travail effectué.
Et ça, c'est ma grande préoccupation.
C'est l'évolution qui m'inquiète.
Vu la taille de mon catalogue, cela constitue encore une sorte de tapis financier.
Mais globalement, esthétiquement et intellectuellement, c'est moins satisfaisant.
Nous espérions tous que ce serait un éventail.
En réalité, c'est devenu un entonnoir.
Les chiffres sont simples : autrefois, je réalisais 30 % de mon chiffre d'affaires avec 70 % de mon catalogue.
Aujourd'hui, nous sommes plutôt dans un rapport de 90-10.
Orateur #1
Cependant, les artistes ont toujours besoin de vous.
Vous sortez toujours des disques chez Buda Musique et chez No Format!.
On va terminer avec un mot sur vos dernières sorties, qui nous disent aussi ce que deviennent les musiques du monde, ou en tout cas cette scène de mondialisation heureuse, de sono mondiale, et qui nous parlent du monde d'aujourd'hui.
Chez Buda Musique, Stelios Petrakis.
Orateur #2
Stelios, c'est le quatrième album que je publie.
C'est un musicien crétois, joueur de lyra, qui est un magnifique instrument à cordes.
Sur ce disque, il y a ses complices habituels : Bijan Chemirani, Efrén López et Sylvain Barou.
Orateur #1
Quoi de neuf ?
Orateur #0
Nous avons Lucas Santtana, qui est sorti la semaine dernière et qui signe un disque pour célébrer ses vingt-cinq ans de carrière.
Un album brésilien qui parle de l'histoire de la langue brésilienne et de sa différenciation par rapport au portugais du Portugal.
Avec des invités qui chantent dans plusieurs langues.
Il y a Cocanha qui chante en occitan, il y a de l'italien, de l'espagnol, beaucoup de langues romanes.
Oxmo Puccino participe aussi, ainsi que Gilberto Gil.
C'est donc un album de célébration avec de très beaux invités.
Et puis Fatoumata Diawara vient d'arriver sur le label.
La nouvelle génération de la musique malienne, qui porte le flambeau de Salif Keïta, d'Amadou & Mariam et d'autres encore.
Elle sortira un album dans la continuité du succès de London Ko, début juin prochain.
L'album est enregistré, terminé, et nous sommes très fiers de le soutenir parce que nous adorons cette artiste.
Orateur #1
La Malienne Fatoumata Diawara avec « Fala », un extrait de son nouvel album à découvrir sur le label No Format!.
Et merci beaucoup, Gilles Fruchaud et Laurent Bizot, d'avoir fait rimer pour nous musique et mémoire.
Orateur #0
Mémoire des musiques du monde.
Orateur #6
50 ans de diversité musicale et culturelle.