Speaker #0Orateur #0
« Mémoire des musiques du monde. »
Orateur #1
« 50 ans de diversité musicale et culturelle. » « Une série Zone Franche. »
Orateur #2
« En partenariat avec la Sacem. »
Orateur #3
Entretien Jeanne Lacaye.
Orateur #2
Réalisation Benoît Thuau.
Orateur #4
C'est une pratique qui vient de l'extérieur mais qui sert, je pense, à explorer nos propres paysages intérieurs en les reliant à ce territoire. Mais c'est d'abord un voyage personnel.
Orateur #3
La grande médaille, c'est de se retrouver au fin fond de la Bretagne, dans un fest-noz, avec vraiment les gens du cru. Et quand les paysans du coin dansent sur notre musique, c'est qu'il n'y a pas de souci. S'ils ont quitté le bar et qu'ils dansent, c'est que c'est bon.
Orateur #4
Épisode 6. Des traditions populaires en mouvement. Avec Alan Stivell et Julen Achiary.
Orateur #0
Alan Stivell, depuis vos débuts, vous militez en musique pour la reconnaissance du peuple breton, de sa langue, de sa culture et de son territoire.
Premier concert à 9 ans.
À 13 ans, vous faites la première partie d'Henri Salvador à l'Olympia.
Premier 33 tours en 1965 : Telenn Geltiek, Harpe celtique.
Vous êtes le premier à imposer un tube national en langue régionale. C'était en 1972 avec la Suite sud-armoricaine, puis Tri Martolod, qui caracole en tête des classements pendant des semaines.
1972, c'est aussi l'année où vous jouez à l'Olympia lors d'un concert mythique diffusé en direct à la radio, qui rend la musique bretonne incontournable et surtout désirable, en France comme à l'étranger.
Ancrage régional, destin international.
Vous avez vendu des millions d'albums.
En 1984, votre album Renaissance de la harpe celtique est même nommé aux Grammy Awards.
Vous avez joué avec Kate Bush, dansé la gavotte, paraît-il, avec Joan Baez, rempli des stades dans le monde entier.
Cette année, vous célébrez 60 ans de carrière avec la tournée Liberté, qui passe par l'Olympia à la fin du mois de mai 2026.
Liberté : au fil de la trentaine d'albums que vous avez sortis, des libertés, vous en avez prises beaucoup, au point d'avoir révolutionné, dit-on, la musique bretonne en l'électrifiant d'abord sous l'influence du rock'n'roll, puis en la croisant avec le classique, l'électronique, le hip-hop et des sonorités venant du monde entier.
Correct ?
Orateur #3
C'est un peu flatteur, en fait. Alors je ne sais plus, à part rougir, je ne sais pas quoi faire.
Orateur #0
Bon, ça vous va bien pourtant.
Julen Achiary, le monde entier, vous, vous l'explorez depuis le Pays basque.
Chez vous, la musique est une histoire de famille et de transmission.
Votre père, Benat Achiary, est un chanteur reconnu qui vous initie au répertoire populaire basque, à sa poésie, à sa mémoire et à sa dimension collective.
Il vous transmet aussi une relation au territoire et l'art du basahaide, ce chant de berger qui résonne dans les montagnes de la Soule, la plus sauvage des sept provinces du Pays basque.
Avec votre groupe Arraïtz, vous sortez un très beau disque en 2022 dans lequel vous offrez de l'horizon au basahaide, avec des sonorités et un instrumentarium nourris par le Caucase, l'Iran et l'Azerbaïdjan.
Et de l'horizon, vous n'en manquez pas.
Vous chantez des polyphonies occitanes, par exemple, au sein du groupe Belugueta.
Vous accompagnez des danseurs basques, Andrés Marín et Jon Maya.
Et vous programmez aussi le festival Errobiko Festibala, dédié aux musiques populaires du monde entier à Itxassou, au Pays basque, qui fête en 2026 sa 30e édition.
Correct ?
Orateur #4
Tout à fait.
Orateur #0
Est-ce que vous vous connaissez tous les deux ?
Orateur #4
On ne s'est jamais rencontrés, en tout cas.
Orateur #3
J'ai beaucoup aimé ce que j'ai entendu, mais simplement sur internet.
Je dois le dire.
Orateur #0
Sans jamais vous rencontrer ?
Orateur #3
Même par internet, c'est très beau.
Orateur #0
Allez, donnez-nous chacun une image, une odeur ou quelque chose, respectivement, de la Bretagne et du Pays basque.
Orateur #3
Moi, la première chose qui me vient à l'esprit, c'est un mélange d'odeurs, que je vais appeler plutôt un parfum.
Je l'ai senti en tant que Breton de la diaspora, à l'âge de cinq ans, lorsque je suis arrivé pour la première fois en Bretagne, dans mon pays.
Au départ, c'était le pays de mon père, qui est devenu mon pays évidemment.
J'ai été complètement bouleversé.
J'arrivais de Paris.
Le contraste était absolu.
Ce mélange d'hortensias, de cyprès, d'algues bien sûr, de varech.
Je ne dirais pas une odeur de granit, mais presque.
Et puis simplement les marées, l'odeur de la marée.
Le mélange de choses qui, prises séparément, ne sentiraient peut-être même pas très bon.
Mais l'ensemble produisait quelque chose d'absolument extraordinaire.
Pour moi, cela venait du paradis.
Voilà ma première Bretagne.
C'était chez des cousins qui vivaient sur la côte sud.
Orateur #0
C'était où exactement ?
Orateur #3
À La Trinité-sur-Mer.
Orateur #0
Julen ?
Orateur #4
Forcément, l'odeur de l'humus et de la terre mouillée par la pluie.
Parce qu'il pleut énormément chez nous.
Les forêts.
Mais aussi l'odeur des maisons, du rez-de-chaussée de l'etxe, là où il y avait autrefois les bêtes.
Donc l'odeur des animaux.
Tu parlais d'hortensias : chez nous aussi, il y en a partout.
La mer, évidemment.
Elle est peut-être moins présente qu'en Bretagne, mais elle est là.
Nous sommes aussi un peuple de marins.
Moi, j'ai grandi au bord de la mer.
J'ai donc aussi ces odeurs-là.
Orateur #0
Avant d'aller plus loin, je voudrais vous faire écouter quelque chose.
Vous connaissez Franck Tenaille, peut-être ?
Orateur #4
Oui, bien sûr.
Orateur #0
Eh bien écoutez-le, puis on en parle.
Orateur #1
Moi, ça m'intéresse de lire un livre inuit, parce qu'ils ont cent cinquante ou deux cents mots pour définir la neige.
C'est important pour eux, c'est leur vie.
On ne vit pas de la même manière près d'une forêt dense, dans un désert ou au bord de la mer.
Donc c'est très important.
Et même, je vais beaucoup plus loin.
Personnellement, je pense qu'il y a des endroits particuliers où l'on fabrique certaines musiques.
Le gars qui joue du saxophone en Suède et celui qui joue du saxophone chez moi, ce n'est pas la même chose.
Nous, nous avons trois cents jours de soleil par an.
Lui est dans la brume.
Ils ne produisent pas le même son.
Et je vais même plus loin.
Quelqu'un qui vit sur du granit ou sur du calcaire, ce n'est pas la même chose non plus.
On peut aller très loin ainsi.
C'est le rapport au vivant.
Pour moi, les musiques du monde, c'est le rapport au vivant.
Orateur #0
Franck Tenaille, dans le premier épisode de cette série « Mémoire des musiques du monde ».
À quel point, pour vous, votre territoire — la Bretagne et le Pays basque — a-t-il façonné votre son, votre musique, les artistes que vous êtes devenus ? Vos destins, en somme ?
Orateur #3
Les Basques, les Bretons, les peuples autochtones d'Amérique et beaucoup d'autres peuples comme nous ressentent l'humain comme faisant partie de la nature, de l'univers.
On ne peut jamais séparer une écologie culturelle d'une écologie du vivant, des animaux, des paysages.
Tout cela forme un même ensemble.
Orateur #4
Oui.
D'ailleurs, je parle souvent de biodiversité culturelle.
Ce que dit Franck Tenaille me fait penser au basahaide.
C'est un type de chant ancestral sans paroles.
Ce sont de longues mélodies qui furent inventées par des chanteurs qui étaient bergers et qui chantaient cela dans la montagne.
Aujourd'hui, nous ne sommes plus que quelques-uns à les connaître, à les chanter, à les transmettre et à en inventer de nouveaux.
Ils sont profondément liés au territoire et au paysage.
Parce que nous faisons partie de cette terre, de ces reliefs et du vivant.
Et donc, le chant est une manière de célébrer la beauté du vivant.
Orateur #0
Je crois que les mélodies des basahaideak, enfin pour certains en tout cas, suivent les dessins qu'imprime dans le ciel le vol des oiseaux ?
Orateur #4
Oui, en tout cas, la sensation que cela provoque dans nos paysages intérieurs, ce lien avec le vivant.
Dans le vivant, je mets aussi ce dont tu parlais : les pierres, les montagnes.
Pour moi, c'est aussi le vivant.
Tout ce qui nous entoure et dont nous faisons partie.
Orateur #0
Alors vos destins musicaux, Alan Stivell et Julen Achiary, sont donc liés à un territoire, la Bretagne et le Pays basque.
Mais je crois qu'ils sont aussi liés à vos pères, comme point de départ.
Alan Stivell, votre père, Georges Cochevelou, dont la famille est originaire de Gourin et de Pontivy dans le Morbihan.
À Paris, après la guerre, il travaille au ministère des Finances.
Mais c'est aussi un artiste, peintre, ébéniste et musicien.
Et puis il a très envie de reconstruire l'ancienne harpe celtique.
Il se lance en 1952.
Et c'est cette harpe qui atterrit dans vos mains et qui vous lance, vous aussi, sur votre chemin de musique : la fameuse Telenn Geltiek.
Orateur #3
Il faut rapidement dire d'où cela vient.
Cela vient d'abord du romantisme.
Les romantiques ont d'abord la nostalgie de l'Empire romain, de la Grèce antique, etc.
Mais il y a aussi une attirance, mêlée d'un peu de peur, pour le monde dit « barbare ».
Quelque chose commence à les fasciner.
Et du coup, tout ce qui vient du nord de l'Europe les attire énormément.
Au départ, c'est toujours la lyre qui symbolise la musique, la poésie et tout cela.
Mais petit à petit, dans cette Europe du Nord venue du monde celtique et de la mythologie gaélique, les poètes bretons vont parler de la telenn, la harpe.
Une harpe qui prend une dimension mythique.
Comme si elle exprimait l'âme celtique.
Le mot lui-même, telenn, fait vibrer quelque chose.
Avant même que les cordes ne vibrent, le simple fait de prononcer ce mot faisait déjà vibrer les imaginations.
Jusqu'au début du XXe siècle, la harpe n'existe pourtant plus physiquement en Bretagne.
Et mon père, mon tadig, s'est dit :
« Moi, je vais le faire. »
On en parle depuis cent ou deux cents ans.
Alors il va construire cette harpe.
Et, d'emblée, il réalise ce qui ressemble à un coup de maître.
Comme un Stradivarius dès le premier essai, sans avoir appris auprès de personne.
Il fallait que cette merveille soit une merveille absolue, capable de séduire tout le monde.
Elle a commencé par me séduire, moi.
Beaucoup de gens disaient :
« Nous sommes en plein XXe siècle. Pourquoi aller rechercher un instrument du Moyen Âge ou de la fin du Moyen Âge ? Qu'est-ce qu'on va faire avec ça ? »
Et pourtant, tout est allé très vite.
D'abord dans le milieu breton de Paris, puis en Bretagne.
Tout a commencé à démarrer.
Une renaissance de la harpe celtique est née.
Des professeurs de harpe classique ont commencé à s'y intéresser.
Orateur #0
Vous, vous apprenez avec Denise Mégevand.
Orateur #3
Oui, Denise Mégevand, qui était harpiste classique.
Il n'était pas question de trouver un professeur de harpe celtique puisque plus personne n'en jouait en Bretagne.
Je vais donc commencer par travailler des morceaux classiques.
Mais en parallèle, mon professeur et mon père écrivent des arrangements à partir de thèmes traditionnels.
Ce qui fait aussi notre particularité, c'est qu'il s'agit d'emblée d'une Bretagne élargie.
Une Bretagne ouverte sur l'ensemble de l'archipel celtique.
Je travaille donc aussi bien des morceaux du Pays de Galles, de Bretagne, d'Irlande ou d'Écosse.
Pour moi, cela devient une évidence.
Si l'on parle de la nature, du territoire et de tout cela, il y a aussi cette unité géographique et culturelle du monde celtique.
Orateur #0
Le fameux panceltisme que vous défendez depuis toujours, Alan Stivell.
Julen Achiary, pour vous, au Pays basque, cela se passe aussi en famille au début.
Et c'est votre père, Beñat Achiary, qui vous initie, vous transmet un répertoire, une relation au territoire.
Et puis il y a une dimension très collective dans vos débuts.
Orateur #4
Oui, c'est vrai.
Grâce à Aita et à Ama aussi.
Bien sûr.
Ama, cela veut dire maman.
Aita, cela veut dire papa.
J'ai eu la chance de naître et de grandir dans un environnement très favorable à la transmission de la culture basque, mais aussi à l'ouverture vers les cultures du monde entier.
Des musiques populaires venues de partout sont passées chez nous.
Moi, à vrai dire, je n'ai pas fait grand-chose.
Orateur #0
Parce que vos parents ont fondé l'Errobiko Festibala avec d'autres.
Orateur #4
Oui.
J'ai grandi avec ce festival.
Il m'a énormément formé.
J'ai été au contact de personnes merveilleuses.
Des musiciens, des musiciennes, des chanteurs, des chanteuses, mais aussi des philosophes.
Quelqu'un qui a été très important pour moi et qui continue de l'être malgré sa disparition, c'est Édouard Glissant.
Mes parents m'ont surtout ouvert des portes.
Ensuite, je me suis senti bien dans cet univers-là.
Et j'ai commencé mes propres pérégrinations.
J'ai pu partir seul à seize ans au Congo avec mes maîtres de l'époque.
J'ai eu beaucoup de chance d'avoir des parents qui ont ouvert les portes, les ont laissées ouvertes et m'ont encouragé à les franchir.
Orateur #5
[Chant]
Orateur #0
Et du côté basque, sur le répertoire vraiment traditionnel, que ce soit le basahaide ou d'autres formes, peut-être aussi les mascarades ?
Orateur #4
Ce qu'il y a de plus particulier chez moi, c'est quand même le basahaide.
Mais là encore, mon père m'a ouvert des portes.
J'ai pu apprendre au contact d'autres personnes.
Maddi Oihenart, par exemple, il faut la citer.
Je chante toujours avec elle.
Quand j'étais petit, j'ai eu la chance de rencontrer des chanteurs immenses comme Johañe Xuburu, par exemple.
Mais aussi Michel Etxekopar, qui est un très grand flûtiste et improvisateur souletin.
Orateur #0
Alors tous les deux, ce qui vous relie aussi, c'est le rôle du collectif dans vos destins musicaux et dans les artistes que vous êtes devenus.
Alan, vous passez votre enfance à Belleville puis à Vincennes.
Vous fréquentez les scouts Bleimor, où l'on parle breton.
Et vous passez vos étés à arpenter la péninsule.
Au point de devenir penn-soner, autrement dit chef d'orchestre du Bagad Bleimor en 1961.
Vous sonnez biniou et bombarde en couple avec Youenn Sicard.
Quelques mots sur cette joyeuse bande, et sur l'importance du collectif dans l'apprentissage.
Orateur #3
Pour un Breton de Paris, à l'époque, il y avait parfois une forme de méfiance :
« Ah bon, Breton de Paris ? »
Mes parents avaient besoin de me confier quelque part le dimanche avec d'autres enfants.
Et il y avait cette communauté des scouts bretons de Paris qui avait réussi à se constituer tout en restant dans le cadre des Scouts de France.
Pour moi, cela a été une chance extraordinaire.
Cela fait partie des miracles de ma vie.
Cela m'a formé sur de nombreux aspects.
Vous parliez de la langue bretonne.
Ce n'était pas la langue que nous utilisions au quotidien, bien sûr.
Mais il y avait une initiation.
Orateur #0
C'est là que vous mettez les mots en bouche.
Orateur #3
Voilà.
Les mots en bouche.
Et puis il y avait le côté scout, mais aussi le côté sonneur, musicien.
Je commence la bombarde.
Puis un peu plus tard le biniou bras.
Ce qui est énorme, c'est que cela me permet de m'enraciner véritablement dans la musique populaire et rurale.
Chose qui ne pouvait pas passer uniquement par la harpe.
La harpe exprimait davantage un univers savant ou aristocratique.
La véritable musique populaire bretonne passait nécessairement par la musique traditionnelle.
On le voit quand je commence à pratiquer sérieusement.
Je vais faire mon petit fier : je deviens champion de Bretagne en couple de sonneurs traditionnelle et également en bagad.
Alors évidemment, cela constitue une petite reconnaissance.
Mais la vraie médaille, c'est de se retrouver au fin fond de la Bretagne, dans un fest-noz, entouré de gens du cru.
Et lorsque les paysans du coin se mettent à danser sur votre musique, il n'y a plus de question à se poser.
S'ils ont quitté le bar pour venir danser, c'est que c'est bon.
Orateur #0
Vous fréquentez beaucoup les festoù-noz.
C'est aussi une formidable école.
Vous y rencontrez des chanteurs de kan ha diskan comme Lomig Doniou, les frères Morvan, ou encore les sœurs Goadec, que j'aime beaucoup, avec leurs gwerzioù chantées à pleine âme.
Je crois que vous les aimez beaucoup aussi.
Orateur #3
Oui, bien sûr.
Et pour me faire encore moins fier :
on s'aimait beaucoup.
Je les ai connus justement en parcourant la Bretagne, à une époque où une certaine proportion des gens n'avait jamais vu la mer.
Orateur #0
Dans le Kreiz-Breizh, le Centre-Bretagne.
Orateur #3
Le Kreiz-Breizh, le Centre-Bretagne.
Orateur #0
Marie, Eugénie et Anastasie Goadec, vous les rencontrez ?
Orateur #3
Je les découvre au tout début des années 1960.
Elles ont une part très importante dans ma formation.
Dans l'authenticité de ma connaissance de ce qu'est vraiment la musique bretonne, le chant breton.
Elles vont vraiment m'aider à ressentir cela comme cela doit être ressenti.
Orateur #0
En Bretagne, il est impossible d'ignorer le fameux recueil Barzaz Breiz, Chants populaires de la Bretagne, publié en 1839.
Impossible d'ignorer aussi les collecteurs de terrain, tels que Donatien Laurent et son œuvre, qui alimentent notamment le précieux fonds d'archives de Dastum depuis les années 1970.
Alan Stivell, est-ce que vous avez recours, vous, aux archives ?
Ou bien est-ce que vous collectez ?
Êtes-vous proche, en bref, du mouvement folk des années 1970 ?
Orateur #3
Il y a des livres dans lesquels on trouve des thèmes notés.
Il y a aussi les recueils de Bourgault-Ducoudray, en plus du Barzaz Breiz.
Différents recueils, donc.
Ce sont mes premières approches.
Et puis surtout, quand je vais commencer à parcourir la campagne avec Youenn Sicard, nous allons simplement écouter.
Sans passer au véritable collectage.
Si quelqu'un chante un air, nous l'entendons, nous le notons, puis nous le rejouons ensuite.
C'était davantage cela.
Je n'ai jamais réellement eu la démarche du collecteur.
Je l'ai laissée à d'autres.
Quelqu'un comme Donatien Laurent, c'était sa passion.
Je ne dirais pas qu'il s'est sacrifié pour cela, mais en tout cas c'était sa vie.
En ce qui me concerne, lorsqu'il s'agit de thèmes traditionnels, il y en a déjà tellement que je n'aurais pas assez d'une vie pour explorer tout ce que je connais déjà, sans même aller collecter davantage.
Orateur #0
Existe-t-il l'équivalent au Pays basque ?
Ou parle-t-on plutôt de transmission purement orale ?
Orateur #4
Il y a les deux.
La transmission orale existe toujours.
Mais il y a aussi le collectage.
Plusieurs associations s'en chargent.
Je parlais tout à l'heure de Maddi Oihenart, qui est l'une des personnes qui m'a le plus transmis et qui continue de travailler avec l'association Sü Azia, en Soule.
Elle n'a pas démarré elle-même le collectage, mais elle a beaucoup collecté à son tour.
Orateur #3
Archive de Johañe Xuburu.
Orateur #0
Et dans votre répertoire, on trouve des morceaux issus de ces collectages réalisés par Maddi Oihenart ou d'autres ?
Orateur #4
Oui, bien sûr.
Mais ils m'ont surtout été transmis oralement.
En revanche, le collectage a été essentiel pour écouter des chanteurs et des chanteuses qui étaient déjà morts et que je n'aurais jamais pu entendre autrement.
Cela a été très important, et ça l'est toujours.
Orateur #0
Par exemple ?
Orateur #4
Je pense surtout à des chanteurs souletins.
Par exemple quelqu'un qui s'appelait Bordaleku.
Ou encore Kexet Xipi.
Ce sont des personnes qui vivaient en Haute-Soule, souvent bergers, et qui sont mortes avant ma naissance.
Grâce aux collectages réalisés à l'époque, j'ai pu les écouter, comprendre leur manière de chanter, m'en inspirer.
Le collectage a aussi permis de sauvegarder certains chants.
Donc oui, c'est quelque chose de très important.
Orateur #0
Il y a les collectages audio, mais aussi des collectages écrits qui remontent au XIXe siècle.
Au Pays basque, il y a notamment Jean de Jaurgain ou encore Francisque-Michel.
C'est d'ailleurs très intéressant de comparer ce qui a été collecté à l'écrit au XIXe siècle avec ce qui a continué à être transmis oralement de génération en génération.
On peut ainsi comparer les versions actuelles, qui ont continué à évoluer, avec celles qui ont été figées au moment du collectage.
Parce que le collecteur fige aussi quelque chose.
Ce n'est donc jamais suffisant à lui seul.
Orateur #1
Mémoire des musiques du monde.
50 ans de diversité musicale et culturelle.
Orateur #0
En 1964 puis 1966, vous sortez les disques Telenn Geltiek – Harpe celtique.
Et deux ans plus tard, vous signez un contrat d'exclusivité chez Philips Phonogram, futur Universal Music.
Nous sommes alors en 1967.
Cela vous amène vers Reflets en 1970, puis Renaissance de la harpe celtique en 1971.
Bref, pourquoi était-il important pour vous, Alan Stivell, d'être reconnu comme professionnel ?
De venir à Paris, de faire la une des médias ?
Orateur #3
Il y avait une urgence.
Orateur #0
Parce qu'il existe beaucoup de musiciens traditionnels qui se moquent de cette reconnaissance. Ils n'en veulent pas.
Et vous, vous l'avez voulue. Pourquoi ?
Orateur #3
Comment dire ?
Dans les années 1950, le futur de la culture bretonne semblait compromis.
La langue bretonne, la culture bretonne, tout cela paraissait en voie de disparition.
Il fallait aller très vite.
Et aller vite signifiait notamment s'adresser au plus grand nombre.
L'idée était donc de se retrouver dans une grande maison de disques, avec des attachés de presse et des moyens professionnels.
Cela voulait dire construire quelque chose à une autre échelle.
Je commence ma carrière professionnelle en 1966.
Et en 1967, j'ai déjà un contrat international sous le bras.
À partir de là, je me retrouve dans des conditions qui permettent de bâtir quelque chose.
J'étais profondément optimiste.
Cela m'a permis d'y croire.
Mais j'y croyais aussi parce que j'avais la hargne.
Orateur #2
[Extrait de « Tri Martolod »]
Orateur #0
À votre avis, qu'est-ce que cela change dans le rapport des Bretons à leur propre musique ?
Orateur #3
Cela change tout.
C'était totalement improbable qu'une telle rencontre avec le grand public ait lieu.
J'avais grandi en étant confronté à certaines formes de mépris, de racisme léger pourrait-on dire.
Orateur #0
Vous voulez dire envers les Bretons ?
Orateur #3
Oui.
Et surtout, il existait un immense complexe d'infériorité chez beaucoup de Bretonnes et de Bretons.
On avait honte d'être breton.
Puis arrive l'Olympia.
Et là, quelque chose bascule.
Je n'avais même pas besoin d'être exceptionnel.
Le simple fait qu'une expression culturelle bretonne rencontre ce succès était déjà une révolution.
Tout ce qui était breton passait alors pour naïf, arriéré, provincial.
Et parmi les provinciaux, le Breton occupait souvent la dernière place dans l'imaginaire collectif.
Alors quand, soudainement, les gens découvrent une musique bretonne moderne, ambitieuse, populaire, c'est un choc.
Orateur #4
Et avec les guitares électriques, vous vous êtes aussi adressé à un nouveau public.
C'était une manière de l'amener vers la musique celtique ?
Orateur #3
Oui et non.
Ce n'était pas la démarche première.
Je n'ai pas utilisé la guitare électrique pour conquérir un public.
Je l'ai utilisée parce que j'en avais besoin pour m'exprimer.
C'était une question de sincérité.
Orateur #4
Mais vous étiez quand même en train de conquérir un public de plus en plus large.
Quel était le but, finalement ?
Où vouliez-vous emmener les gens ?
Orateur #3
Pour moi, le plus important était de convertir la majorité des Bretons à leur propre culture.
À leur propre musique.
C'était le principal objectif.
Je voulais que les Bretons retrouvent leur dignité.
Qu'ils n'aient plus honte de leur culture, de leur langue, de leur musique.
Et pour cela, il fallait absolument atteindre un public plus large que le seul public breton.
Car beaucoup de gens vivaient avec un complexe d'infériorité.
Le jour où ils ont vu que des Parisiens pouvaient aimer leur musique, applaudir des chansons en breton, ils se sont dit :
« Finalement, oui, cela a de la valeur. »
Pour moi, c'était le but principal.
Et je crois que, dans une large mesure, il a été atteint.
Orateur #2
C'est donc une archive de 1975.
Vous répondez à Alan Stivell aux questions de Philippe Manœuvre dans l'émission « Court-Circuit » sur RTL.
Paris gagné, dites-vous, sur la question de rendre au peuple breton sa dignité, sa fierté.
On sent qu'à ce moment-là, vous êtes en mission.
C'est presque un sacerdoce.
Julen Achiary, sur cette question de la fierté ou de la honte, est-ce que vous cherchez, vous aussi, à ce que les Basques soient fiers ?
Ou bien avez-vous déjà ressenti de la honte ?
En tout cas, est-ce que cette idée résonne chez vous ?
Orateur #4
Ça résonne, évidemment.
C'est aussi quelque chose que les Basques ont vécu.
Et continuent de vivre.
Les générations passées, deux, trois ou quatre générations avant nous, l'ont vécu de manière extrêmement violente.
D'un côté, la plus grande partie du Pays basque était en Espagne.
Là-bas, il y a eu le franquisme pendant longtemps.
La langue basque et la culture basque ont été interdites et réprimées.
Du côté français, la France est un pays — les Français n'aiment pas toujours qu'on le dise — très centralisateur.
Il y a l'idée d'une seule culture nationale, d'une seule langue, le français, qui finit par écraser les autres.
Donc oui, ce rapport-là existe.
Maintenant, je l'ai vécu différemment aussi.
Je ne me sens pas vraiment en mission.
J'essaie déjà de suivre mon propre chemin et de vivre avec ma culture, avec mon arbre généalogique, mais aussi mon arbre relationnel.
Orateur #2
Votre langue ?
Orateur #4
Ma langue aussi.
Mais pas comme un outil d'exclusion.
Oui, on est facilement dans la réaction face à ce que l'on ressent comme une oppression ou quelque chose de violent.
Mais j'essaie de le vivre autrement.
Je ne vis pas mon identité basque comme un outil d'exclusion.
Au contraire, comme quelque chose qui m'enracine dans un territoire.
Et aussi dans des pratiques artistiques.
Orateur #2
Comme un super-pouvoir ?
Orateur #4
Oui.
En tout cas comme des racines qui me permettent d'aller beaucoup plus loin et vers l'extérieur.
Je le vis comme un outil d'ouverture.
Donc non, je ne suis pas en mission collective.
Je suis plutôt dans une quête personnelle.
J'essaie de faire mon chemin là-dedans.
Et de participer, oui, à cette biodiversité culturelle.
Y compris au sein du Pays basque, parce que nous aussi nous pouvons parfois être très durs avec l'étranger.
Orateur #2
Est-ce qu'on vous a déjà accusé de trahir la tradition en allant voir ailleurs musicalement ?
Orateur #4
Non.
Jusqu'à présent, non.
Ou alors je ne l'ai pas entendu.
J'ai aussi toujours essayé d'expliquer ce que je faisais.
D'expliquer que certaines créations ou certaines musiques prenaient racine dans une pratique basque, quelle qu'elle soit.
Mais que si cela allait au-delà, ou si cela mettait les choses en mouvement, il y avait une raison.
Et que cela relevait d'une exploration personnelle.
Parce que l'un n'empêche pas l'autre.
On peut expérimenter et faire évoluer ces musiques tout en continuant à les pratiquer dans leur forme plus originelle.
Orateur #3
Les deux sont absolument nécessaires.
Orateur #2
On ne vous a jamais dit :
« Avec le basahaide, par exemple, tu trahis la tradition » ?
Orateur #4
Non, jamais.
Et puis quand on me dit parfois :
« Ça, ce n'est pas un instrument basque »,
je réponds :
« Mais c'est quoi un instrument basque ? »
En réalité, il n'y en a pratiquement pas.
Le seul instrument véritablement spécifique est peut-être la txalaparta.
Orateur #2
C'est ce que j'allais dire.
Orateur #4
Après, tout le reste est partagé avec nos voisins les plus proches et, sous des formes diverses, avec de très nombreux peuples du monde.
Il n'y a pas vraiment d'instrument exclusivement basque, à part peut-être la txalaparta.
Orateur #2
On parle beaucoup de croisements, de fusion, d'exploration.
En 1995, Alan, vous sortez l'album Brian Boru, réalisé par Martin Meissonnier.
On est alors en plein essor des musiques du monde.
Sur ce disque, on retrouve notamment Mokhtar Samba, percussionniste sénégalo-marocain.
On l'entend dès le premier morceau.
Il y a aussi le titre « Legend », très marqué à la fois par le hip-hop et le rock.
Puis, trois ans plus tard, en 1998, paraît 1 Douar, un album sur lequel vous invitez notamment Youssou N'Dour et Khaled.
On est alors au cœur de cette grande vague world.
Comment vivez-vous cet âge d'or des musiques du monde ?
Comment trouvez-vous votre place dans cet univers ?
Orateur #3
Cette dynamique de fusion qui commence à se développer, pour moi c'est un véritable miracle.
Parce que c'est exactement ce que j'avais envie de faire.
Et soudain, cela se passe aussi ailleurs.
Dans les années 1990, toute cette vague de crossover et de musiques du monde se développe.
C'est fantastique.
Parce que cela va totalement dans mon sens.
Orateur #2
Mais dans ces années-là, vous écoutez vraiment de la musique sénégalaise, du mbalax, du raï ?
Orateur #3
Bien sûr.
Ce n'est pas un simple effet de mode.
J'étais enthousiaste parce que cela correspondait profondément à ce que j'avais envie de faire.
L'idée, pour moi, c'est que le monde celtique reste au centre.
Et que tout l'univers se déploie autour.
Tous ces mélanges m'intéressent énormément.
Mais cela appelle aussi une réflexion.
Car il existe des traditions, des modèles, des écoles musicales qui ont leur cohérence propre.
Si l'on veut fusionner quelque chose avec autre chose, il faut déjà connaître profondément ce que l'on est soi-même.
Dans un mariage, il faut qu'au moins une des deux parties soit authentiquement ancrée dans sa propre culture.
Orateur #2
Alors vous empruntez des chemins d'exploration et d'expérimentation.
Et là, c'est pour le pur plaisir de placer ce morceau dans le podcast, parce que je l'adore.
Je pense à « Mémoire de l'humain », ce titre quasiment jungle avec les sœurs Goadec.
C'est quoi exactement ?
Un sample ?
Un enregistrement ?
Orateur #3
C'est un enregistrement des sœurs Goadec.
Tout n'avait pas encore disparu.
J'avais pu leur demander l'autorisation.
Orateur #2
Eugénie et Anastasie étaient encore vivantes à l'époque.
Orateur #3
Oui.
J'ai donc eu leur accord pour utiliser leurs voix dans ce mélange.
Je trouvais passionnant de faire cohabiter quelque chose de très électronique avec cette mémoire-là.
J'ai toujours aimé rapprocher les contraires.
Moi qui étais passionné de science-fiction dans mon enfance et fasciné par les civilisations celtiques anciennes...
Orateur #2
Vous collaborez aussi avec Idir au milieu des années 1990.
Un très beau morceau où dialoguent univers breton et kabyle, harpe et cornemuse.
Quelques mots sur cette rencontre ?
J'aime beaucoup Idir.
Orateur #3
Oui.
Mais avant même cela, dans ma Symphonie celtique de 1979, j'avais déjà invité les chanteuses de Djurdjura à participer en kabyle.
Quelques années plus tard, j'ai rencontré Idir.
Et nous nous sommes beaucoup croisés.
Il m'a invité sur un de ses albums.
Je l'ai invité sur scène.
Il y a beaucoup de ressemblances qui me frappaient.
Et cela m'interpellait depuis l'enfance.
Comment se fait-il que je perçoive des cousinages entre certaines musiques celtiques, certaines musiques du Vietnam, des peuples autochtones d'Amérique, des traditions indiennes ou africaines ?
Je trouvais cela fascinant.
Comment se fait-il que l'on retrouve parfois jusqu'à des sonorités proches entre certains mots berbères et certains mots bretons ?
Et puis il y a aussi une autre dimension.
Celle de peuples minoritaires, souvent marginalisés ou dominés, qui cherchent à préserver leur culture et à survivre.
Là aussi, il existe une forme de solidarité naturelle.
Orateur #2
Julen Achiary, avec votre groupe Arraïtz — « au-delà » en basque — vous sortez ce très beau disque en 2022 dans lequel vous offrez de l'horizon au basahaide, avec des sonorités et des instruments venus d'un peu partout : du Caucase, d'Iran, d'Azerbaïdjan.
Vous aussi, vous avez beaucoup voyagé.
Pourquoi avez-vous eu envie d'explorer autrement ?
Orateur #4
Déjà parce que cela fait partie de ma nature.
Je suis curieux.
Je pense même que ce qui me fait le plus peur dans l'idée de mourir un jour, c'est de mourir sans avoir connu tout ce que j'aimerais connaître.
Le fait de grandir dans cet environnement-là joue évidemment.
Tu parlais tout à l'heure des points communs que l'on peut trouver entre différentes musiques.
Moi, je ne crois pas du tout que la musique soit un langage universel.
En revanche, je crois qu'à travers elle, on peut découvrir énormément de points communs et partager beaucoup de choses.
Mais pour cela, il faut commencer par apprendre à se connaître soi-même et ne pas chercher à dominer l'autre.
Dans cette démarche, j'ai cherché des points communs entre ce que j'avais de plus ancien chez moi et d'autres cultures qui partageaient certains traits avec ce que je connaissais déjà.
Les premiers travaux avec Arraïtz sont partis de là, notamment vers l'Azerbaïdjan.
Certains s'en offusqueront peut-être, mais une partie du soufisme consiste justement à se transcender à travers la poésie, les arts, la danse ou la musique.
Et cette recherche, cette pratique du basahaide, est elle aussi une manière de se transcender, de chercher ses propres limites et de les effacer.
Rien que d'un point de vue poétique, philosophique et spirituel, il y avait déjà énormément de choses à explorer.
Puis il y a l'aspect musical.
On parle ici de modes musicaux utilisant des notes qui ne sont pas tempérées, c'est-à-dire des notes que l'on ne trouve pas, pour simplifier, sur un piano ou une guitare.
J'ai l'impression que cela existait autrefois beaucoup plus largement en Europe avant de disparaître progressivement.
Dans certaines mélodies de Soule, on retrouve encore ces quarts de ton.
Et du côté oriental, que l'on parle des maqâms ou du mugham, ces systèmes musicaux ont développé toute une science autour de ces intervalles.
J'ai pris beaucoup de plaisir à construire des ponts entre ces musiques modales qui utilisent des notes inhabituelles, qu'il faut apprivoiser et apprendre à goûter.
Ces notes résonnent dans la bouche, dans le corps, dans les oreilles, dans l'âme.
Jouer avec tout cela m'a semblé un chemin passionnant.
Musicalement, mais aussi philosophiquement et spirituellement.
Orateur #2
En Bretagne, en Occitanie, en Auvergne ou au Pays basque, on observe aujourd'hui une scène trad, folk, néo-trad ou expérimentale extrêmement dynamique.
Il y a une multiplication des groupes, des albums, des labels, des festivals.
La presse nationale y consacre de plus en plus d'articles.
Des émissions entières y sont dédiées.
Je pense notamment à Planète Ocora d'Aliette de Laleu sur France Musique.
Pour vous, cela signifie quoi ?
Est-ce un nouveau revival folk ou bien une nouvelle étape des musiques traditionnelles et populaires ?
Orateur #4
Un nouveau revival, je ne sais pas.
Peut-être une nouvelle étape.
En tout cas, chez les plus jeunes, c'est extrêmement dynamique.
Quand je vois tout ce qui sort aujourd'hui, je me dis qu'il existe un besoin profond.
Un besoin de renforcer un lien avec des racines multiples.
Orateur #2
Un besoin d'ancrage ?
Orateur #4
Oui.
D'ancrage.
Ou parfois de retrouver quelque chose qui a été perdu.
Orateur #3
Il existe une sorte de respiration.
Comme les poumons.
Cela fonctionne par vagues.
Il y a des périodes où ces besoins semblent s'éloigner puis revenir.
Il y a des cycles.
Et souvent, le fait qu'une période ait été mise sous le boisseau permet ensuite l'émergence de quelque chose de nouveau.
Aujourd'hui, ce que j'observe me rappelle un peu ce qui se passait lorsque j'avais vingt ans.
Orateur #2
Lila Fraysse et Caroline Dufau forment le duo Cocanha.
Et elles mettent le feu au folklore occitan avec leur nouvel album Farem Tot Petar, à découvrir chez Bongo Joe Records.
L'un et l'autre, avez-vous déjà eu envie de vivre ailleurs ?
De quitter complètement la Bretagne ou le Pays basque ?
Orateur #4
J'ai vécu ailleurs.
Mais toujours avec la sensation d'être de passage.
Je ne me vois pas couper le lien avec le Pays basque.
Non.
Orateur #2
Alan ?
Orateur #3
Quand on connaît mon parcours, celui d'un Breton de Paris pendant toute ma jeunesse, on comprend combien j'ai ressenti ensuite le besoin viscéral d'être en Bretagne.
J'ai bien sûr cette ouverture que procure la tournée.
Cela m'amène partout dans le monde et cela me suffit.
Mais au bout du compte, j'ai toujours besoin de rentrer en Bretagne.
Orateur #2
Vous vivez en Bretagne aujourd'hui ?
Orateur #3
Oui.
Orateur #2
Julen Achiary, merci beaucoup.
Orateur #4
Milesker.
Orateur #2
Milesker.
Alan Stivell, merci beaucoup.
Trugarez deoc'h.
Mémoire des musiques du monde.
50 ans de diversité musicale et culturelle.