- Speaker #0
Pendant tous ces mois de décembre, nous allons rendre hommage à celles qui ont fait l'histoire. Chaque jour, nous allons parcourir et remonter le temps pour vous présenter une figure marquante qui a lutté, milité pour que le droit à l'avortement soit reconnu. Ces femmes, qu'elles soient pionnières radicales, avocates audacieuses ou ministres courageuses, ont brisé le silence, affronté la violence des débats et permis que le drame de l'avortement clandestin appartienne au passé. Leur combat est le socle de notre liberté et c'est grâce à elles. que nous pouvons aujourd'hui, ici, déculpabiliser et continuer à libérer la parole. Pour ce huitième jour du calendrier de la vente, nous continuons avec l'une des figures les plus emblématiques, si ce n'est l'une des figures les plus connues, en tout cas, du droit à l'avortement, Simone Veil. Elle est très souvent citée quand on parle d'IVG, et pour cause, c'est la femme qui, en tant que ministre, a porté la loi de dépénalisation devant l'Assemblée nationale. Alors Simone Veil, elle est née dans une famille juive, et elle a connu l'horreur absolue. À l'âge de 16 ans, elle est déportée à Auschwitz-Birkenau, où elle perd son papa, son frère et sa maman. Et ses deux sœurs et elle sont les rescapées. Ces épreuves ont forgé une force de caractère et une résilience qui sont devenues sa marque de fabrique. Quand elle revient en France, elle se reconstruit doucement en menant des études de droit et de sciences politiques, et elle entre également dans la magistrature comme haute fonctionnaire. Son parcours est déjà marqué par son engagement humaniste, et pendant la guerre d'Algérie, elle est notamment chargée de missions pour faire transférer en France Des prisonnières algériennes exposées au mauvais traitement et au viol.
- Speaker #1
J'ai visité énormément de prisons, pratiquement toutes les prisons qu'il y avait en Algérie et je suis rentrée épouvantée par les conditions dans lesquelles les détenus étaient gardés. Je me suis souvenu à Philippeville d'un directeur de prison. Je regardais comment les détenus étaient traités. Et il m'a dit, ne vous inquiétez pas, la guillotine est toujours. Après, si vous voulez que je vous la montre, c'est possible.
- Speaker #0
Alors en 1970, elle franchit une autre étape en devenant la première femme secrétaire générale du Conseil supérieur de la magistrature. Je ne sais pas si vous avez eu l'occasion de le voir quand il était au cinéma, mais il y a un film qui est super, qui parle et qui retrace toute sa vie, qui est Simone. Je vous le mettrai dans la description. Quelques années plus tard, en 1974, Simone Veil est nommée ministre de la Santé par le président Valéry Giscard d'Estaing. Et elle hérite à ce moment-là d'un dossier explosif. Je parle bien évidemment de l'avortement. Alors officiellement, à ce moment-là, la loi qui est toujours en vigueur est celle de 1920, dont vous avez déjà beaucoup entendu parler dans ce calendrier de l'Avent. Et cette loi, bien sûr, elle interdit l'IVG, l'avortement est un crime passible d'emprisonnement pour les femmes et aussi pour tous ceux qui l'auraient aidé. Mais la réalité sociale et sanitaire, elle est tout autre, et elle est terrifiante. L'interdiction n'empêche pas les femmes d'avorter. Elle ne fait qu'assurer leur danger. Alors on estime à 300 000 le nombre d'avortements clandestins... chaque année, causant la mort de près de 300 femmes annuellement. Et je ne sais pas si vous avez écouté l'épisode de Michelle qui a avorté avant la légalisation de l'avortement, et elle le dit, c'était courant d'apprendre le décès d'une cousine, d'une proche, d'une amie, à cause d'un avortement clandestin. Le débat public est ouvert depuis plusieurs années grâce à l'action militante, et on pense notamment à la loi Neuvirce en 1967, qui autorise la contraception, même si son application est lente. Au manifeste des 343 femmes qui a été signé en 1971, où des femmes célèbres et anonymes avouent avoir avorté. Aussi au grand procès de Bobigny en 1972, porté par Gisèle Halimi. C'est grâce donc à ces batailles menées par Gisèle Halimi, par le mouvement Choisir, par la maternité heureuse, puis le planning familial, par les MLAQ partout en France, c'est grâce à toutes ces femmes, à toutes ces militantes que la société est contrainte de regarder le problème en face. Et c'est dans ce contexte de tension, politique et de drame sanitaire qu'elle reçoit la mission de faire adopter une loi de dépénalisation de l'avortement. Alors avant de devenir la fameuse loi Veil, c'est d'abord un combat d'une violence inouïe. C'est le 26 novembre 1974 que Simone Veil monte à la tribune de l'Assemblée nationale. Et face à elle, l'hémicycle est presque exclusivement composé d'hommes. Les attaques sont d'une extrême brutalité. La plupart de ses collègues du Parlement l'insultent avec des mots que je ne sais pas. ne pourrais pas dire dans ce podcast, mais qui sont clairement des injures insoutenables pour une rescapée d'Auschwitz. Mais elle ne fléchit pas. Et c'est dans ce discours qu'elle commence par une note personnelle et puissante qu'elle prononce sa phrase presque devenue la plus célèbre, une conviction de femme qui frappe encore aujourd'hui. Elle utilise une autre phrase marquante pour souligner l'urgence et le côté inéluctable de la réforme, confrontant ses opposants à la réalité.
- Speaker #2
Mais comment t'y parvenir ? Je le dis avec toute ma conviction, l'avortement doit rester l'exception. L'ultime recours pour des situations sans issue. Mais comment le tolérer sans qu'il perde ce caractère d'exception, sans que la société paraisse l'encourager ? Je voudrais tout d'abord vous faire partager une conviction de femme. Je m'excuse de le faire devant cette assemblée presque exclusivement composée d'hommes. Aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l'avortement. Il suffit d'écouter les femmes. C'est toujours un drame. C'est toujours un drame, cela restera toujours un drame. C'est pourquoi, si le projet qui vous est présenté tient compte de la situation de fait existante, s'il admet la possibilité d'une interruption de grossesse, c'est pour la contrôler et autant que possible en dissuader la femme. Nous pensons ainsi répondre au désir, conscient ou inconscient, de toutes les femmes qui se trouvent dans cette situation d'angoisse. si bien décrite et analysée par certaines des personnalités de votre commission spéciale, a entendu au cours de l'automne 1973. Actuellement, celles qui se trouvent dans cette situation de détresse, qui s'en préoccupe ? La loi les rejette non seulement dans l'opprobre, la honte et la solitude, mais aussi dans l'anonymat et l'angoisse des poursuites. Contraintes de cacher leur état, trop souvent elles ne trouvent personne pour les écouter, les éclairer et leur apporter un appui et une protection. Parmi ceux qui combattent aujourd'hui une éventuelle modification de la loi répressive, combien sont-ils ceux qui se sont préoccupés d'aider ces femmes dans leur détresse ? Combien sont-ils ceux qui, au-delà de ce qu'ils jugent comme une faute, ont su manifester aux jeunes mères célibataires la compréhension et l'appui moral dont elles avaient ainsi grand besoin ?
- Speaker #0
Alors le vote de ce texte est un vrai thriller politique, parce que la majorité de droite, donc son propre camp quand même, est très largement hostile au projet. Et pour s'assurer de l'adoption de ce texte, Simone Veil doit manœuvrer et compter sur les voix de l'opposition, principalement les socialistes et les centristes. Et c'est grâce à cette coalition improbable que la loi est finalement adoptée par 284 voix contre 189, après 3 jours de débat. La loi est finalement promulguée le 17 janvier 1975, avec un fait important. Elle n'est votée que pour une période d'essai, entre guillemets, de 5 ans. Et c'est une nuance cruciale, ce n'est pas encore un droit acquis pour l'éternité. Quand bien même ce droit pourrait être acquis pour l'éternité, mais une expérience visant à mettre fin au fléau des avortements clandestins dans un premier temps, et elle sera rendue effectivement définitive en 1979. Mais ce qu'il faut savoir, c'est qu'en 1975, ce texte n'était pas parfait aux yeux de toutes les féministes de l'époque. Il a mis fin, certes, à l'hypocrisie et à l'injustice, mais je trouve intéressant de parler de pourquoi cette loi dont on parle énormément aujourd'hui était considérée comme incomplète par de nombreuses femmes à l'époque. Alors ce qu'il faut savoir, c'est que la loi Veil n'affirmait pas un droit à l'avortement inconditionnel pour les femmes. Elle était rédigée comme une loi d'exception et de dépénalisation. En d'autres termes, elle permettait aux médecins de pratiquer l'acte sans être pénalisé, mais elle ne reconnaissait pas l'autonomie. totale des femmes sur leur corps comme un droit fondamental. Simone Veil, elle avait elle-même insisté sur le fait que l'IVG devait rester l'ultime recours et qu'elle était toujours un drame. Mais sauf que pour beaucoup de féministes à cette époque, cette rhétorique était culpabilisante et minimisait le choix libre des femmes. Elle, elle militait pour le principe que l'avortement était un droit, une décision personnelle et non un aveu d'échec ou une tragédie. Par ailleurs, cette loi était encadrée par des conditions strictes qui ne satisfaisaient pas les mouvements radicaux tels que le MLAQ. En effet, il était imposé un délai de réflexion. Le délai légal pour pratiquer l'IVG était fixé à 10 semaines. Pour pouvoir avorter, la femme devait affirmer être en état de détresse. La loi permettait aux médecins et au personnel médical d'invoquer une clause de conscience pour refuser de pratiquer l'acte. Et c'est d'ailleurs toujours le cas aujourd'hui. La loi exigeait que les mineurs obtiennent l'autorisation parentale pour pouvoir pratiquer une IVG. D'ailleurs, je vais vous en parler bientôt dans un portrait parce qu'il y a eu un... Un procès que je trouve très intéressant d'évoquer dans ce calendrier l'avant à ce sujet. Et puis la loi de 1975, enfin, ne prévoyait pas la gratuité totale de l'IVG, ni de la contraception d'ailleurs pour toutes. Dans la loi de 1967, la loi Neuvirce, la pilule restait difficile d'accès. En résumé, la loi Veil était vue comme plutôt un compromis politique nécessaire pour stopper l'hémorragie des avortements clandestins. Mais elle n'était pas assez aboutie pour les féministes qui exigeaient l'autonomie complète des femmes sur leur corps et le retrait de toute moralisation de cet acte. Alors bien sûr, ici, l'idée n'est pas d'amoindrir l'importance de cette loi de 1975, mais plutôt de vous partager des faits que j'ai découverts en m'informant sur l'histoire de l'avortement en France et en échangeant également avec des femmes qui ont vécu à cette époque-là. et qui ont clairement ressenti ce que je viens de vous citer. Alors le combat de Simone Veil pour que l'IVG ne soit plus un drame secret, mais une solution encadrée, fait écho quand même à la mission de notre podcast, de déculpabiliser et d'accompagner. C'est grâce à des femmes comme Simone Veil qui ont eu le courage d'endurer la violence des débats que les femmes qui vivent cela aujourd'hui peuvent le faire dignement et en sécurité. Alors merci Simone. Et on se retrouve demain pour découvrir une autre femme. ou un autre moment clé qui a marqué l'histoire de ce droit.
- Speaker #3
Si cet épisode vous a touché, n'hésitez pas à le partager, à en parler autour de vous, ou à me laisser un message. Je vous invite aussi à vous abonner sur votre plateforme de podcast favorite, à mettre 5 étoiles, ça aide au référencement et à la visibilité du podcast.
- Speaker #0
Si vous souhaitez avoir plus de contenu, vous pouvez vous abonner à ma page Instagram merci.simone.podcast, et si vous aussi vous souhaitez venir témoigner au micro de Merci Simone et nous raconter votre histoire, Écrivez-moi. En attendant le prochain épisode, merci Simone !