- Speaker #0
Créer, c'est toujours échouer, mais en un peu pire. La création pue le cadavre, celui des projets avortés, des brouillons jetés, des doutes maquillés, des vices refoulés. Les artistes n'accouchent pas d'une œuvre en recevant d'un trait une inspiration tombée du ciel. Avec leurs obsessions, leurs lacunes, leurs limites, ils se feraient un chemin. Ils hésitent, piétinent, trébuchent, ils s'avancent, fébriles, à tâtons. Nous avons rendez-vous chez elle, à Bagnolet. Des travaux dans son immeuble font rage, les micro-cravates nous lâchent, et un technicien se pointe, en retard. Un tournage à tâtons. Son compagnon Michael nous ouvre, leur chamine nous observe, et Rosa Bernstein nous prête ses micros de studio. Ce qui m'a toujours paru unique chez elle, c'est ce drôle de combo entre grivoiserie et élégance. Après les désillusions du théâtre et du cinéma, Rosa trouve dans le stand-up un nouvel espace de création. Humoriste, autrice et podcasteuse, Rosa Bernstein est ma cinquième invitée.
- Speaker #1
Alors Rosa,
- Speaker #0
la dernière fois que tu as tâtonné ?
- Speaker #1
Oh là là, c'est une très bonne question d'entrer en matière. La dernière fois que j'ai tâtonné, je crois que... toute cette année scolaire, enfin depuis un an, en faisant des travaux chez moi, j'ai beaucoup tâtonné parce que c'était tout un nouveau vocabulaire encore plus mystérieux que celui pour l'arrivée d'un bébé, parce que déjà, tu découvres énormément de mots.
- Speaker #0
On adore.
- Speaker #1
Pour situer, il y a encore des travaux, mais ils ne sont pas chez moi, ils sont chez des voisins du rez-de-chaussée, mais qui défoncent un mur. porteurs de l'immeuble, pour réunir de bâtiments. On les embrasse.
- Speaker #0
On sent le mur d'ailleurs.
- Speaker #1
On sent que ça s'écroule sous nos pieds. Mais oui, j'ai énormément tâtonné pour savoir quelles couleurs, faire des choix, réfléchir, choisir en fonction d'un plan, repartir en arrière, imaginer plein de choses différentes. Donc, ça a été... Un vrai renouveau, quoi. Quand tu pars de zéro avec aucune connaissance au préalable concernant les travaux.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Aucune.
- Speaker #0
Et alors, il y a ces travaux-là, mais il y a aussi tes travaux artistiques, puisque tu as commencé le théâtre dès tes 8 ans, en entrant au cours Simon, très classe, avec l'idée de devenir actrice. Et 20 ans plus tard, c'est le stand-up qui s'est imposé. Alors aujourd'hui, avec un peu le recul, parce que ça fait à peu près huit ans, le stand-up pour toi, c'est un détour ou une destination ?
- Speaker #1
Ah, c'est beau, c'est bien formulé. Destination. Destination ? Oui, tout à fait. Destination, je me suis vraiment révélée à moi-même avec le stand-up, qui cumule deux passions, celle d'être sur scène, d'interpréter et celle d'écrire. Parce que j'écris les textes que je joue. Et c'est vrai que j'ai toujours, évidemment, envie d'être actrice, de jouer des rôles dramatiques. Évidemment, j'espère peut-être sur le tard qu'un jour je percerai au cinéma. Mais en attendant, j'adore le contact avec le public et faire rire. C'est une joie extraordinaire. Je crois que j'aimerais bien faire pleurer au cinéma et faire rire sur scène.
- Speaker #0
D'accord, c'est très beau. Et j'ai l'impression qu'il y a eu un vrai tournant dans ton parcours. Après ton court métrage, La Piscine, tu n'arrives pas à monter ton deuxième film, qui est un moyen métrage, qui est sur ton premier amour, c'est ça ? C'était pas Joachim, quelque chose comme ça ? Si,
- Speaker #1
oui, bravo, tout à fait, ouais, ouais.
- Speaker #0
Et finalement, tu n'y arrives pas. Et donc, tu changes complètement de terrain de jeu pour le stand-up. Et à quel moment tu te dis, je change de forme ?
- Speaker #1
En fait, vraiment, je me disais, je ne peux pas attendre un énième retour d'une commission. Région, chaîne, CNC. Il faut que ce soit le public qui décide. Vraiment, je voulais que ce soit des inconnus et pas des gens du métier. Des gens qui aient une vision sur ce que doit être la comédie ou pas. Je voulais que ce soit juste le rire profond qui gagne. Et donc pour ça, je me disais mais il faut que je trouve des endroits. Et j'avais une amie avec qui j'avais été en cours de théâtre. Et j'étais assez intéressée par son parcours parce qu'elle, on avait été dans la même troupe. Et ensuite, elle avait fait une école de cinéma en Belgique pour devenir scénariste. Et ensuite, elle s'était lancée dans le stand-up. Moi, je regardais aussi un peu, je ne sais pas quoi. J'avais été aussi intéressée pour écrire pour l'audiovisuel. Et ensuite, je savais qu'elle avait des scènes et j'étais allée voir son spectacle. Et donc, je me disais, mais ça, ça a l'air pas mal. Et si elle le fait, c'est que c'est possible. C'était l'une des premières personnes que je connaissais qui se lançait là-dedans.
- Speaker #0
Et quand tu commences le stand-up, on te dit, il faut un bon cinq minutes.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Et progressivement, en cherchant ces bons cinq minutes, tu écris ton premier spectacle, ma première fois. Un double sens qu'on appréciera. Et ton premier One Woman Show et ton spectacle naît en fait d'un immense tâtonnement, puisque au début c'est cinq minutes qui deviennent une heure à la fin.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. C'est vraiment en tâtonnant et c'est vraiment parce que je n'arrivais pas à trouver ces fameuses cinq minutes, comment dire ? pour avoir le set le plus efficace, que je me suis mise à écrire et à écrire. Et en fait, ces cinq minutes, elles sont particulières en stand-up parce qu'elles sont là pour te présenter, pour dire qui tu es. Et donc, ce n'est pas pour rien que je ne les ai jamais trouvées. C'est que je ne me trouvais pas. Je ne savais pas comment me présenter, en fait. On dit souvent en stand-up, il faut que les gens sachent directement quelle est ta blessure, quel est ton clown et quel est l'angle d'autodérision au départ, pourquoi ils vont t'aimer de quoi tu as souffert de quoi tu te plains et donc moi au début je parlais beaucoup de complexe physique et des fails amoureux des fails du cul du célibat mais plus je cherchais à complexifier le propos plus je m'éloignais de ces 5 minutes et j'allais vers les spectacles
- Speaker #0
Oui, et tu dis que l'une des sources d'inspiration, c'est le stand-up américain, puisqu'ils sont beaucoup plus transparents par rapport aux échecs, par rapport à ce qui nous fait honte. Sarah Silverman, je sais que c'est l'une de tes idoles. Il y a l'idée de rire de toi-même. Tu peux aussi te faire du mal. Est-ce que rire de soi-même, à mon avis, peut faire du mal ? Et où tu mets le curseur entre l'auto-dérision et peut-être l'auto-destruction ? Alors, tu as un peu exagéré, mais...
- Speaker #1
Non, si, si, complètement.
- Speaker #0
Est-ce qu'aujourd'hui, tu reviens sur des choses, peut-être qu'aujourd'hui, tu ne ferais plus sur toi des choses...
- Speaker #1
Complètement. On commence en effet beaucoup, en général dans l'humour, par de l'autodérision pour créer l'empathie. Et donc, on se moque de soi-même. Ensuite, en général, en grandissant dans l'humour, on s'attaque à des choses parfois plus abstraites, plus poétiques, plus philosophiques. Le but, c'est de partir de soi pour poser des questions, développer une idée. il y a quelque chose quand même dans un spectacle de stand-up un peu... de l'ordre d'une thèse, d'un essai. En fait, on file une idée et à la fin, on essaie d'évoquer des images. Mais au-delà de la présentation, on pose une question. Et ça, c'est le but de tendre de plus en plus vers ça et de parler de la société et pas que de soi. Mais c'est un mélange où il faut être profondément dans l'intime et aussi... trouver l'obsession aussi ailleurs qu'en soi. Ce qui nous agace chez les autres. Et donc, en effet, c'est un petit peu d'autodérision, mais aussi de moqueries bien placées et de commentaires sur la société. Mais donc, il faut... J'ai une amie formidable, humoriste, Christine Béroux, qui m'avait dit, attention, ce que tu dis sur scène n'est pas forcément la vérité, mais ça devient la vérité. Donc en fait, pour faire une blague, on déforme quelque chose, on déforme quelque chose de vrai pour faire une blague, mais cette chose déformée devient la vérité.
- Speaker #0
C'est performatif en fait.
- Speaker #1
Et donc elle m'avait dit, il faut faire attention aux blagues qu'on fait sur soi-même. Parce qu'il faut faire attention à ce qu'on a envie de devenir. Et ce qu'on dit de soi va devenir vrai. Et donc, elle m'avait dit, est-ce que tu as toujours envie de rester célibataire ? Parce que je parlais tellement de ça.
- Speaker #0
De beaucoup de célibat, ouais.
- Speaker #1
Ouais, elle me disait, voilà, est-ce que c'est ton identité pour toujours ? Je me souviens, elle m'avait posé plein de challenges. Et elle m'avait vraiment éveillée à choisir, en fait... ma destinée, par les mots que je dis sur scène.
- Speaker #0
L'une des observations que tu fais de ce qui t'agace peut-être chez toi ou dont tu as un peu honte, chez toi comme chez les autres, c'est la jalousie. Et t'en parles dans ton livre La peur au ventre, t'en as parlé aussi dans tes spectacles. Et là, hier soir, que vois-je sur Instagram ? Tu rebaptises ton podcast qui s'appelait Les Mecs que je veux qu'aiment. Tu le rebaptises Les Saisons de Rosa. Avec un cycle d'épisodes cet été consacré à la jalousie, comme si finalement le médium du podcast te permettait un peu de briser la glace et de vraiment rencontrer des gens que tu pouvais jalouser.
- Speaker #1
Exactement. Tu formules très bien les choses. J'avais peur qu'en rebaptisant le nom de mon podcast, ce soit difficilement compréhensible. Et tu as tout compris. C'est formidable de parler à des gens intelligents. C'est quand même... ça fait moins de charge mentale. Oui. En fait, les mecs que je veux ken, à un moment, je me trouvais un peu enfermée par ce titre. Et comme j'ai envie tout le temps de changer, de me renouveler, je me disais que dans l'idée des saisons, il y a l'idée inhérente du changement. Et je me lance ce défi qu'à chaque nouvelle saison, j'aborde un nouveau thème, une nouvelle obsession. Je résolve quelque chose. Alors, on commence par l'été de la jalousie. On verra ce que nous réserve l'automne. l'hiver, le printemps, etc. Mais en tout cas, oui, ce qui est sûr, c'est que un podcast, je pense vraiment que c'est une quête. Et c'est vrai qu'à un moment, je voulais absolument trouver l'homme de ma vie, donc le mec que je veux qu'aime, le podcast servait à ça. Et puis ensuite, le podcast... m'a permis d'inviter des gens que j'admirais et de me questionner sur la fine différence entre envie, admiration, fascination, obsession et jalousie. Pourquoi ça vient piquer ? Comment on transforme ça ? Et puis comment on peut devenir ami avec les gens qu'on jalouse ? Donc déjà dans les Mecs que je veux qu'aiment, j'avais reçu plein de personnes qui allaient picoter ce sentiment. C'est comme une alerte. en fait, la jalousie. Je pense que j'ai un bon radar à talent en général. Je ne sais pas si je l'ai pour les personnes toxiques. Je ne sais pas si je me protège tant que ça. Mais en tout cas, souvent, j'ai l'intuition, l'instinct de cette personne. Il y a quelque chose, il y a une singularité, il y a une parole. Et donc, ça vient piquer quelque chose de ça va marcher pour elle, lui. Et donc, ça me remet en question de « mais est-ce que ça va marcher pour moi ? » Et « est-ce que je peux ressentir ça envers moi ? » Et puis, voilà, finalement, la plupart du temps, en général, ça se révélerait. Il y a quelques fois où je pense à des gens qui sont devenus très connus que je ne voulais pas recevoir dans le podcast et où j'étais totalement à côté de la plaque par rapport au succès qui les attendait. Mais oui. C'est peut-être un talent que j'ai. En fait, la jalousie me permet d'être un bon talent scout. Le jour où je veux devenir agent, je peux potentiellement avoir cette deuxième casquette. Et j'ai un frère par alliance qui est comme ça aussi, qui est directeur artistique et qui est quelqu'un d'un peu fou, qui a très bon goût. Et je me souviens, quand je jouais dans les tout premiers comédie-clubs tout pourris au départ, Il était venu une fois, mais vraiment au tout début, quand c'était des open mics, où tu dois ramener deux personnes. Et en général, mes amis me complimentaient surtout sur moi, pas forcément sur les autres qui passaient. Et je me souviens qu'il avait eu un commentaire justement sur quelqu'un qui avait devenu un méga star. Et il l'avait senti, qui est très fort. Toi, tu dirais que tu arrives très tôt à déceler comme ça chez les gens qui n'ont pas encore percé une étincelle ?
- Speaker #0
Je sais pas... Moi, j'ai l'impression que je n'ai pas d'instinct. En fait, je suis tellement dans le rationnel, dans le cérébral, qu'en fait, je raisonne trop sur des choses, des éléments factuels et logiques, parce que je n'ai pas d'instinct. Un petit peu quand même, parce que je pense qu'à un moment donné, pour survivre, il faut un peu d'instinct.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Je n'ai pas un très bon flair.
- Speaker #1
En tout cas, tu es très modeste, on ne peut pas tout avoir.
- Speaker #0
Alors, en parlant du stand-up, qui est quand même un art très intuitif, quand même. Ça donne l'impression quand même d'une parole très spontanée lorsqu'on vous voit dans les comédies club, dans tes spectacles. En réalité, chaque blague est rodée, ciselée, réécrite, déplacée. Donc, il y a vraiment l'idée que le stand-up, il y a un côté un peu, tu tâtonnes quand tu écris. Mais en revanche, sur scène, tu n'as pas le droit à l'erreur parce que sinon, il y a le bide et le verdict est... immédiat face au public, on ne peut plus hésiter.
- Speaker #1
C'est très juste, c'est très bien observé. C'est vrai que parfois, on tâtonne sur scène en impro. Souvent, quand on écrit, parfois, on a une prémisse et une idée d'une première blague. Mais dans ce qui se passe de magique avec le public, on va parfois trouver une surpunch, un élément. Et puis, il faut avoir l'esprit assez ouvert. Je dirais que c'est quand même l'art de la... Des concentrations. Et ça, c'est un apprentissage que j'ai fait aussi en tant que comédienne. C'est-à-dire que sur scène, il faut être à la fois très concentré et totalement déconcentré. C'est-à-dire qu'il faut à la fois être sur terre, dans ses pieds, dans ses bottes, sentir le sol, sentir son dos. Mais il faut aussi, s'il y a quelque chose qui intervient, comme les gens vont le sentir, il faut leur faire comprendre aussi parfois que tu l'as senti. Donc, c'est ce qui peut se passer quand quelqu'un arrive en retard et que la salle l'observe. Et tu peux dire « Bon, bienvenue, monsieur » . Les gens vont apprécier que tu sortes de ta mémoire, de ton outil de mémoire, pour prendre en compte quelque chose d'ultra présent. Et parfois, tu vas devoir bloquer ce qui te déconcentre pour rester focus sur le texte. Mais je suis d'accord avec toi dans cette idée de « pas le droit à l'erreur » . C'est-à-dire que tout ça, c'est un fil très, ténue, où en effet, quand même, sur scène, dans l'humour, il y a l'idée de la performance de l'autorité. Et c'est pour ça que d'ailleurs, en anglais, on dit on kill sur scène, on punch avec des blagues. Et c'est vrai que c'est un vocabulaire assez viril, l'humour. On sort de scène, on a tout défoncé. Il y a quelque chose comme ça où en fait, un peu, on les bastonne. C'est guerrier. et il faut les dominer. Ils n'ont pas la place. Ils ne peuvent pas prendre le pouvoir. C'est toi et ils sont là pour ça. Ils sont là pour apprécier ça. Ils sont là pour s'abandonner et c'est ça la vraie détente. Si d'un coup ils réfléchissent trop ou ils décident à ta place, ce n'est plus un divertissement pour eux. On leur sert quelque chose et ils apprécient ça. Mais donc, il faut être dans l'autorité. Il ne faut pas qu'ils aient peur pour toi. Il ne faut pas qu'ils aient... pitié de toi. Il faut qu'ils puissent rire de toi, bien entendu. Mais attention, c'est aussi là où l'art de l'autodérision et de l'autodestruction, si tu te maltraites trop et que ça ne les fait plus rire, la dynamique comique va être rompue. Et ils vont être là, oh ! Et ça, ça ne doit pas arriver. Et en même temps, tu dois aussi créer parfois un lien plus profond que les blagues où ils s'attachent à toi. Donc, c'est vraiment un art très, très, très particulier. Et parfois, sur scène, on peut bredouiller. Mais en fait, ça doit toujours être un bredouillement maîtrisé. C'est-à-dire qu'on bredouille pour créer un effet naturel, pour créer un effet de recherche. Mais en fait, c'est su partout, dans chaque cellule de notre corps. Une fois que le spectacle est rodé, évidemment qu'on cherche jusqu'au bout la blague à laquelle on n'aurait pas pensé, qui vient clore le tout. mais globalement... Quand la dynamique est là, le spectacle tient et il a ses colonnes.
- Speaker #0
Et j'imagine qu'il y a des blagues auxquelles tu tiens énormément, mais que le public ne suit pas forcément.
- Speaker #1
Il faut les abandonner.
- Speaker #0
Ah voilà, j'allais dire. Mais c'est qui qui a quel fameux de l'histoire ? C'est toi ou le public ?
- Speaker #1
Le public.
- Speaker #0
Toujours ?
- Speaker #1
Oui. Non, c'est l'orgueil mal placé. Mais en fait, toi, tu écris, Puis tu testes, Et si quelque chose te paraît drôle, mais que les gens ne rient pas et que tu l'as testé vingtaine de fois et que peut-être tu as eu juste une fois un rire, il faut kill your dose. Tu vois vraiment. Non, non, tu laisses de côté, tu transformes, tu améliores. Mais le public a raison. Sauf si tu n'as pas l'intention de faire rire. Si tu décides que ça va être un passage plus d'émotion et que tu dis OK, là, je prends un temps pour instaurer éventuellement à la fin d'un spectacle une autre ambiance. Et à ce moment-là, d'accord. Mais là, c'est que tu décides qu'on sort un peu du stand-up. pure pour proposer quelque chose d'un peu différent. Là, tu reprends un peu. Mais sinon, tu as le pouvoir sur scène, mais tu travailles en fonction de ce qui fait rire les gens. Tu ne peux pas rire tout seul. Ça, c'est sûr.
- Speaker #0
Oui. Au-delà que ça va être un peu gênant. Et tu expliques que tu as vraiment progressivement dans ton écriture élagué épurer ta langue, les mots, etc., pour vraiment faire quelque chose à l'os. Mais quand est-ce que tu sais que finalement, la blague est finalisée et il n'y a rien à toucher ? À quel moment tu te dis, ça y est, je ne peux plus rien enlever, je ne peux plus rien ajouter ? Elle est bonne.
- Speaker #1
Eh bien, parce que déjà, dans un spectacle, on ne peut pas non plus se répéter. Moi, j'aime bien des spectacles pas trop longs. Une heure et quart, une heure vingt, une heure trente max. S'il y a eu beaucoup d'interactions, d'imprévus. Et il y a des thèmes d'humour et des thèmes de sa vie et des comparaisons. Mais à un moment, on va balayer. Je n'aime pas les spectacles répétitifs. C'est-à-dire que si j'ai fait une blague sur l'épée, je peux en faire deux. Pas trois. Et donc, résultat, à un moment, il y a une espèce d'harmonie. Parce qu'en fait, si je me dis « Ah, mais ça, je voulais parler. » Je me dis « Ah oui, non, mais il y a suffisamment de blagues de cul. » Ça, ça sera l'objet d'un prochain spectacle. Parce qu'en fait, il ne faut pas non plus essorer. Et puis, parfois, t'as une blague qui fonctionne. T'as l'impression que la fin n'est pas si forte que ça et qu'il faudrait rajouter une punch derrière. Il n'y a aucune punch derrière qui marche. Et donc, en fait, le rire est un peu roi. Il y a quelque chose d'assez rationnel aussi, et de mathématique dans le stand-up. C'est... Tu travailles avec aussi la respiration des gens et avec la continuité intellectuelle. De dire, OK, là, je les ramène à cette idée. Là, je les ramène à cette idée. Et je ne peux pas rajouter cette transition, sinon ça alourdit. À un moment, il y a vraiment quelque chose de l'ordre d'une dose de sucre. Il faut que ce soit pas trop sucré. Il faut que ça tienne. Il faut que ce soit... C'est la recherche d'une espèce de... d'harmonie. Et il ne faut pas que ça déborde. Il ne faut pas que ce soit... Moi, c'est vrai que les spectacles de 4 heures, je déteste ça. Je trouve ça ultra arrogant. Et puis, quand même, le stand-up, c'est aussi une discipline. Donc, en effet, tu disais, les Américains, ils ont aussi créé... Il y a ces formes-là d'une heure et quart. Ce n'est pas du théâtre. En fait... Et puis, comme je te dis, je pense qu'il y a aussi un côté très intellectuel dans le stand-up. qui est qu'on ne bouge pas, il n'y a pas tant d'images que ça, on ne peut pas amener les gens avec de la musique quelque part. Donc en fait, ils doivent rire mais te suivre. Et c'est une énergie particulière qui, je pense, passer une heure et demie s'épuise, pour moi. Je pense au bout d'un moment, sauf dans les spectacles de clowns évidemment, ou alors là d'un coup c'est un rire qui est devenu totalement incontrôlable. Et après pour les livres... ce côté coiffeur. C'est mon premier éditeur, Laurent Beccaria, qui m'avait dit, attention, tu mets du temps à rentrer dans la matière et à la fin, il y a aussi un peu de gras. En fait, c'est donc l'éditeur aux arènes des mecs que je veux qu'elle donne au récit autobiographique. Et c'est vrai que parfois, je me rends compte que je mettais du temps et que je finissais par un truc un peu baveux. Et donc, résultat, maintenant, je... Je fais du montage, c'est-à-dire que quand je vois, je me dis, non, ça, il y a un tiers de ce chapitre où, en fait, on peut arriver et on est déjà là et les gens comprennent. Il faut faire confiance à l'intelligence du lecteur. Et à la fin, on va laisser plus par un point, mais comme un mystère où le lecteur finit lui-même et décide que par une touche de poésie mal placée. Mais c'est délicat parce qu'en fait, il faut aussi être... très personnel et se livrer et ne pas avoir peur de l'émotion et même de quelque chose de voir cheesy dans la peur au ventre je parle beaucoup de mon chat oui c'est un personnage en tant que tel c'est vraiment un personnage et on pourrait dire en tout cas mon père pense que je parle trop de lui parce qu'il y a un côté mais en fait je pense qu'il mériterait même un livre à lui tout seul, un livre entier et hum... Et c'est quelque chose de très léger, mais donc, en effet, dans la peur au ventre, l'équilibre que je recherchais, c'était aborder des sujets graves, mais avec aussi une forme de légèreté parfois, comme un petit peu dans les films de la Nouvelle Vague, où tu vas avoir les 400 coups où tu as une profonde mélancolie, puis d'un coup, tu as la musique de Jean Constantin, je crois, et c'est des notes très légères. et... Et donc voilà, c'était ça vers quoi je... Surtout, pas de pâté, pas de choses lourdes.
- Speaker #0
Pas de choses lourdes.
- Speaker #1
Enfin, c'est l'objectif. C'est l'objectif. En tout cas, j'ai l'impression que quand on écrit, on lutte contre ça aussi chez soi. Moi, quand j'étais enfant puis adolescente, je tenais des journaux intimes. Parfois, il y a des pages, quand je relis, qui sont vraiment super, notamment de mon journal intime d'enfant. Puis après, en tant que jeune adulte en terminale, j'avais écrit un recueil de poésie gothique. avec des poèmes très noirs, nuls vraiment. Et résultat, j'avais envoyé à des concours de poésie. Et en fait, quand je relis, c'est vraiment le sang, les larmes. Et à chaque fois que j'écris, j'essaie absolument de lutter contre cette partie de moi-même, cette adolescente qui rajoute des couches de guimauve.
- Speaker #0
Tu dis qu'il fallait élaguer parce qu'il y avait trop de gras, trop d'épaisseur. Mais est-ce que ce n'est pas lié aussi à la méthode de travail que tu décris toi-même, comme celle d'une collégienne qui commence par le devoir facultatif avant de démarrer le devoir obligatoire imposé, par un sort de contournement ? Mais est-ce que finalement ce détour... était nécessaire pour toi ?
- Speaker #1
Mais tu as très bien fait tes recherches, Michel. C'est vrai que c'est exactement ma méthode de travail. La déconcentration. En effet, je me dis, j'ai besoin d'être une mauvaise élève avec moi-même. Tu vois, hier, il fallait absolument que je finisse la mise en ligne de Jalouse, donc le podcast d'été. J'étais très en retard, j'aurais dû finir dimanche soir. Mais bref, on avait eu... Un bébé qui ne dort pas et trop de choses à faire. Donc, j'étais en retard. Et pourtant, je n'arrivais pas à finir. Et le jour même, je devais envoyer ma compta. Et bien, c'est en me mettant sur ma compta que je pouvais désobéir à moi-même en faisant l'épisode de jalouse. Donc, il faut quand même que parfois, j'ai plein de choses devant moi et qu'ensuite, je choisis. Mais si je n'en ai qu'une, ça me sent trop obligée. Enfin, c'est... et... Et ce n'est pas forcément bien parce que je fais un peu ça avec mon bébé. Souvent, quand je la mets sur un tapis, je mets plein de jeux différents devant elle pour voir lequel elle va choisir. Et ma mère et mon mec me disent « je crois que tu mets trop de jeux devant elle. Il est possible que ce soit compliqué ou stressant pour elle de choisir un jeu. S'il y en a autant, peut-être que tu peux en mettre moins. » Je dis « ah oui, c'est vrai. » Mais un seulement, ça a la force à choisir celui-ci. Donc oui, j'ai besoin un petit peu de faire des choses facultatives. pour m'approcher du sens que je veux dire. Et tu vois, quand j'enregistrais Jalouse, à un moment, je divaguais. Et là, je me suis coupée, moi, en me disant non, non, on va revenir sur le sens. Mais je suis moins quand même l'élève. Au collège, j'avais vraiment un problème de faire que les devoirs facultatifs et pas les devoirs qu'on nous demandait. C'était vraiment... Je me disais, ça, il disait, faites ça. Et si vous avez fini et que vous avez le temps, faites ça. Moi, je commençais toujours par le deuxième. Donc, j'étais très, très à la bourre pour le premier. J'avais besoin de me nourrir du devoir facultatif pour comprendre le devoir obligatoire. Mais bon, c'était un petit peu névrotique, je pense quand même.
- Speaker #0
Peut-être qu'il y a aussi le sentiment de l'urgence qui finalement peut-être chez toi, t'es bénéfique, non ? Il y a des gens comme ça qui ont besoin d'être pied au mur pour vraiment créer quelque chose de satisfaisant.
- Speaker #1
Oui, oui, tu veux toujours rêver un peu jusqu'au dernier moment pour être sûre d'avoir toutes les idées en tête et de passer à côté d'aucune. Et de pas trop fermer, donc tu laisses ouvert. Et en fait, le devoir facultatif t'apporte un autre éclairage, parfois plus intéressant peut-être. Mais c'est aussi finalement ce que je fais aujourd'hui, tu vois, parce que j'ai jamais réussi à faire une seule chose. Donc en fait, j'arrive pas à être juste comédienne, ni juste podcasteuse. Tu es chroniqueuse aussi. Donc en fait, j'ai besoin de me mettre en rivalité avec moi-même et de mettre aussi un peu toutes ces formes artistiques en compétition les unes avec les autres. pour voir celle qui me plaît le plus, qu'est-ce que je ressens quand je fais ça. OK, le sentiment de la scène est bien différent que celui d'écrire un livre et de voir comment tout ça se complète.
- Speaker #0
Alors, on a parlé beaucoup de ton processus de création, de Rosa au travail, mais je vais me rapprocher davantage de ce qui te hante, de ce qui te traverse dans ta création. Et c'est le questionnaire En Dedans. Des questions courtes et des réponses à peu près immédiates.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Alors d'abord, la première question, le spectacle qui t'a donné envie de monter sur scène ?
- Speaker #1
Sarah Silverman au Spec of Dust.
- Speaker #0
Le livre qui t'a donné envie d'écrire ?
- Speaker #1
Peut-être les premiers livres que j'ai lus ou alors au collège, les livres de Colette et peut-être au lycée, Le Blé en Herbe.
- Speaker #0
D'accord. L'humoriste que tu admires jusqu'au ridicule ?
- Speaker #1
J'adore Nikki Glaser. Elle a une manière de rire d'elle-même. Elle a une force et une vulnérabilité incroyables. Et parfois, elle n'est pas tant ridicule qu'elle peut se montrer agaçante et oser le révéler. Et d'ailleurs, elle est très jalouse. Et elle le dit avec énormément de sincérité. Je l'aime envers et contre tout.
- Speaker #0
Le livre ? ou le film que tu prétends avoir vu ou lu alors que pas du tout ? Il y en a forcément un.
- Speaker #1
Les Proust, j'ai lu que des études. La Recherche. La Recherche, je ne l'ai pas lu en entier. Les Zola non plus. Je n'ai pas lu tous les Zola, du tout.
- Speaker #0
Je suis passée à côté un peu de Zola jusqu'à présent, encore jusqu'à aujourd'hui.
- Speaker #1
Bon, des choses assez fleuves, somme toute.
- Speaker #0
Oui, oui, c'est vrai.
- Speaker #1
L'humoriste incontournable qui te laisse indifférente ?
- Speaker #0
Peut-être Dave Chappelle. Peut-être Dave Chappelle, qui est un petit peu un humoriste vraiment phare. Et dans le milieu du stand-up, il faut être fan de Dave Chappelle. J'adore son charisme, son aisance. Mais peut-être que sur les thèmes choisis, ces derniers spectacles, je suis passée un peu à côté. Enfin, c'était pas pour moi.
- Speaker #1
Le bide dont il y a aujourd'hui reconnaissance ?
- Speaker #0
Il y en a tant, tant, tant, tant de bides. Ils sont formateurs,
- Speaker #1
les bides ?
- Speaker #0
Oui, ils sont formateurs, ils sont nécessaires, c'est un passage obligé. Le plus cruel, c'était dans un comédie club qui s'appelle le Café Oscar. Et il y avait des soirées un peu tremplins, best-of. où en fait, tu avais eu un premier tour, puis un deuxième. Et si tu gagnais au deuxième, ça te permettait de pouvoir jouer sur un vrai plateau officiel et pas dans un concours de découverte. Mais pour ça, tu gagnais aussi à l'applaudimètre. Et donc, il fallait faire venir le plus de gens possible. Et j'avais fait venir ma mère.
- Speaker #1
Mais oui ! Dominique, incontournable quand même dans ton rappeur au ventre et dans ton parcours aussi.
- Speaker #0
Oui, très présente, sauf qu'elle était venue avec des amis à elle et c'était le tout début pour moi. Et le tout début, je me souviens d'une amie à elle qui, à la sortie, m'a dit « Tu ne veux pas continuer le théâtre ? Quand est-ce que tu rejoues au théâtre de l'Odéon ? » Et j'avais été vraiment très humiliée. Oui, je n'oublierai jamais ce bide parce que Ils étaient loin, loin dans la salle. Et en fait, j'entendais juste le rire de ma mère. Au loin, elle était là.
- Speaker #1
Et ce qui est très touchant aussi.
- Speaker #0
Mais oui. Mais par contre, c'est vrai qu'elle vient souvent voir le spectacle. Et elle sait, comment dire, les blagues où les gens rient plus. Et il y en a certaines où les gens rient un peu moins. Peut-être finalement, les blagues que j'ai décidé quand même de garder. Même si le public ne les valide pas à 10 000%. Ils rient, mais ce n'est pas des énormes rires. Mais moi, elles me plaisent. Euh, je vais entendre le rire de ma mère parce qu'elle vient combler.
- Speaker #1
Et le tic que tu traques le plus sur scène ?
- Speaker #0
Bah, à un moment, je trouve que je rie un peu trop de mes propres blagues. Je le fais moins.
- Speaker #1
D'accord, mais c'est une manière de compenser ou... Non,
- Speaker #0
non, je me faisais rire.
- Speaker #1
Ah bon, c'est le principal de son.
- Speaker #0
Oui, mais bon, il ne faut pas que ça prenne toute la place quand même.
- Speaker #1
Et le sujet sur lequel tu refuses de faire rire ?
- Speaker #0
Il n'y en a pas, a priori. Il n'y a pas de sujet interdit.
- Speaker #1
Il n'y a pas de sujet interdit ?
- Speaker #0
Non.
- Speaker #1
Parce que je sais que l'humour politique, par exemple, tu prends beaucoup de pincettes et tu ne fais pas beaucoup d'humour politique parce que pour toi, ce n'est pas vraiment ton espace ou c'est quelque chose qui ne t'inspire pas forcément peut-être.
- Speaker #0
J'essaye de faire passer des messages engagés, mais un peu subtilement, en riant de moi, j'ai quand même... Disons que les blagues de politique aussi meurent vite. En fait, les blagues d'actu, l'actu est vite dead. Tu vois, dans mon spectacle au Paradis latin, j'ai fait des blagues sur Trump et le Groenland. Et là, maintenant qu'on finalise le mixage, je les revois et elles m'insupportent. Donc en fait, les blagues de politique ou d'actu. Mais après, je ris beaucoup de gauche, droite. J'ai fait d'ailleurs beaucoup de chroniques là-dessus sur Inter, sur l'hypocrisie parfois des héritiers de gauche. Mais donc, c'est vrai que j'aime bien aussi parfois m'attaquer. à ma propre famille politique. C'est vrai qu'évidemment qu'il y aurait des tonnes de blagues à faire sur CNews et Pascal Praud. Ils sont ridicules, mais parfois c'est tellement loin et absurde qu'en fait pour moi c'est eux la blague. Donc je ne vois pas ce que ma blague pourrait venir ajouter à un tel niveau de délire. Donc parfois en effet, je n'y vais pas parce que ça me semble tellement absurde. Je suis en mode, bah oui, bah... La blague est dans l'énoncé, la réponse est dans le texte.
- Speaker #1
C'est ça, mais c'est comme parfois il y a des actualités, on pense que c'est le Gorafi, mais non.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Le Gorafi se retrouve au chômage technique presque.
- Speaker #0
Oui, c'est vrai. Heureusement, ils ont de l'imagination.
- Speaker #1
Oui. On les embrasse. Donc, on parlait des limites éventuelles à l'humour ou éventuellement les limites que tu peux poser. Et je me permets donc de tirer le fil vers un sujet que tu abordes aussi, je trouve, c'est la pudeur. qui est assez important parce que tu dis que le stand-up, c'est un art profondément pudique. Parce que tu te caches derrière des mots, derrière une vanne, une pirouette. Mais pourtant, dans ton livre La peur au ventre, lorsque tu crains éventuellement que ta fille Stella embrasse une carrière artistique, tu écris, je te cite, parce que je trouve que la phrase est vraiment révélatrice. Je ne veux pas que, comme moi, elles doivent toujours montrer la plébéante. Je lui souhaite plus de secrets. Est-ce qu'il n'y a pas un sacrifice d'une partie de ces secrets ?
- Speaker #0
Si. C'est vrai que dans l'humour, il y a une forme de pudeur par rapport à d'autres formes d'art, parce que la blague met à distance. C'est en effet le fait de ne pas dire réellement sa pensée, de laisser ouvert ou qu'on se demande si c'est exagéré, si c'est la vérité. Est-ce qu'elle pense vraiment ça, normalement ? J'ai du mal avec le prom-dug. Sur scène, je trouve ça... Et ensuite, par contre, dans d'autres formes, que ce soit le podcast ou le livre, là, tu ouvres un peu plus la plaie et tu oses parfois le premier degré. C'est-à-dire d'aller au bout de... Voilà ce qui m'a fait de la peine. Voilà ce qui nous est arrivé. C'est bien parce que ça reste... quand même une forme artistique. Donc, c'est une autre langue que tu explores. C'est une autre vérité. Mais se servir de soi, c'est en effet être sur soi. C'est aussi pour ça que je fais plein de choses où je fais le podcast. C'est pour voir les autres et pas m'oublier dans moi-même, dans ma propre petite personne. Parfois, j'ai une amie scénariste, Julie Albertine Simonnet. Elle est super, c'est la marraine de Stella. Et tu vois, en ce moment, elle travaille, elle écrit une série, potentiellement sur un domaine, un métier, je ne vais pas révéler lequel. Mais donc avec sa co-scénariste, pour écrire cette série, elles vont interviewer, rechercher, elles font un travail journalistique, elles vont documenter plein de choses. Et c'est vrai que parfois, je trouve qu'en tant que comédienne ou même humoriste, Tu p... peut rester branchée sur ton propre canal, en fait, et de pas voir le monde. Et c'est sûr que je me dis pour ma fille, si elle se documente, je veux vraiment pas qu'elle soit avocate. Je trouve que c'est un métier horrible. Enfin, j'ai des amis avocats, j'ai eu de bons amis avocats, mais je trouve que c'est très dur.
- Speaker #1
Oui, ma mère est avocate, je confirme. C'est dur ? Oui.
- Speaker #0
Bon, après, c'est très beau.
- Speaker #1
Encore plus pour une femme. Ça reste quand même très...
- Speaker #0
Oui,
- Speaker #1
Très masqueux.
- Speaker #0
Grave. Et donc, je trouve que c'est très dur. Mais alors, est-ce que je veux qu'elle soit médecin ? Pourquoi pas ? Et je me dis, à travers la médecine, c'est peut-être aussi plein de choses extérieures à toi, littéralement des corps et des potions, qui ne dépendent pas de ton vécu. Donc, c'est peut-être, parfois, je me dis, comment faire quelque chose où on ne se met pas forcément en scène ? soi. Ça permet en effet... Et c'est marrant parce que je pense que ma mère souffrait des secrets. Elle souffrait des secrets dans sa famille et donc elle m'a transmis l'idée de « il faut dire, il faut révéler » . Et donc j'ai fait ça toute ma vie, dire à voix haute, et maintenant je renverse un peu la dynamique. Je dis à ma fille « on peut aussi garder certaines choses pour soi » . Une chambre à soi. Exactement, une chambre à soi. Il y a un équilibre à trouver.
- Speaker #1
Ce qui est intéressant dans « La peur au ventre » , dans ton livre, c'est que tu racontes Merci. Les deux fausses couches qui ont précédé la naissance de Stella, qui a maintenant huit mois. Et évidemment, il y a cette peur concrète de perdre un enfant qui est presque organique, je dirais. Mais au fil des pages, j'ai eu le sentiment qu'il existait une autre peur au ventre, plus lancinante, plus souterraine, qui est celle du rejet, de ne pas être choisi, que ce soit par un enfant qui ne viendrait pas au monde ou alors par une productrice. ou un directeur de casting. Alors, je ne sais pas si je m'emballe, mais j'ai l'impression qu'il y a un peu deux peurs au ventre dans une.
- Speaker #0
Si, si, c'est très, très bien lu. C'est vrai que la peur du rejet est très présente dans le livre, tout à fait. Alors, est-ce que c'est aussi un effet des fausses couches, dans le sens où ces grossesses qui s'arrêtent créent un trouble ? Je n'y arrive pas, ça ne se passe pas. pourquoi moi ? et si je rate ça est-ce que je ne vais pas tout rater est-ce que mon malheur va faire boule de neige quelles vont être les répétitions du malheur et donc ça crée une crainte d'être virée, de ne pas être choisie qu'on me remplace qu'on m'éjecte et surtout que le schéma se répète donc j'anticipe ça pour moi-même et Et parfois, au final, je le pressens et ça a lieu. Parfois, heureusement, la vie résiste. À un moment, je dis dans le livre, j'ai peur que mon chat soit malade. J'ai peur que... Le ciel me tombe sur la tête et heureusement, il est là. Mais oui, c'est plein de peur. Et en effet, si je n'arrive pas à être mère, je me demande quelle est ma valeur et qui peut me la donner. Et donc, je regarde une productrice et je me dis, j'ai besoin d'elle parce que je n'arrive plus, moi, à m'attribuer. du tout la moindre valeur. Et donc, résultat, je deviens complètement vulnérable et les autres ont ce pouvoir de décider de ma valeur. J'en ai... Et c'est là où en fait, il y a même quasiment un trouble identitaire, en fait.
- Speaker #1
Oui, c'est assez frappant lorsque tu attends un SMS de Léa Stewart, je crois que tu l'as rebaptisé pour l'autofiction La Productrice. Et tu ne sais pas comment lui envoyer un texto, sur quel angle, est-ce que tu peux attendre, est-ce que tu la relances tout de suite ou pas, est-ce que tu trouves un prétexte pour la relancer ? Et je trouvais ça très humain parce que je pense qu'on est tous plus ou moins vulnérables par rapport à notre travail, par rapport à sa reconnaissance. Et je trouvais ces passages vraiment très justes.
- Speaker #0
Merci, j'espère que ça a fait écho. Oui, en fait, je pense que parfois, il y a certains comportements amoureux qu'on peut aussi avoir dans le travail. Se faire ghoster, se faire love-bomber, avoir quelqu'un au départ hyper intéressé, puis qui abandonne.
- Speaker #1
Des questions de désir, de toute façon, dans le travail artistique.
- Speaker #0
Absolument, de désir, de séduction, et même partout, dans tous les jobs un peu compétitifs. En fait, il faut faire esprouf, et en même temps, il faut prouver. Et en effet, pendant longtemps, j'étais beaucoup dans la quête amoureuse en charge d'un gars. Et résultat, c'était les messages que j'interprétais. Il a mis un smiley, il est forcément intéressé. Et puis, une fois la question de l'amour résolu en la personne de Mickaël Allouche, finalement, je reste cette personne qui a peur de trop vouloir, de trop montrer. Et donc, je me dis, mais... Comment je fais pour être désirable auprès de cette productrice ? Comment je l'attends, en fait ? Comment je ne suis pas pushy ? Et en même temps, comment je me manifeste ? Donc, résultat, c'est très compliqué. Parce que ce qui est sûr, c'est que je cesse d'être moi-même. En fait, c'est un moment où je n'arrive plus à m'assumer. Et je pense que ça, c'est d'ailleurs l'une des résolutions extraordinaires quand on trouve une personne avec qui on est bien en couple. c'est qu'en fait, soi n'est plus un problème. On ne joue plus un rôle. On ne joue plus le rôle de la fille mystérieuse et distante. Enfin, je veux dire, d'un coup, on est qui on est, avec moins ou moins mon franc-parler, parfois. Et donc, on est choisi pour ça. Et ça, c'est dingue.
- Speaker #1
Oui. Peut-être qu'il vaut mieux ça qu'être choisi pour des mauvaises raisons.
- Speaker #0
Ah bah oui, parce que de toute façon, elle se révèle vite, en fait.
- Speaker #1
Et cette double lecture dans ton livre, ce n'est pas seulement dans le titre. Le fait que... que la maternité et la création se répondent. Procréation et création se répondent. Alors, c'est un vieux lieu commun d'artistes en disant, on crée quand on procrée et vice-versa. C'est vraiment concomitant presque. Il y a aussi ton dernier spectacle, Dédoublé, où tu vas jouer sur scène dédoublé au sens physique du terme, puisque tu étais enceinte. Maintenant, tu ne joues plus enceinte. On a vraiment l'impression que la création et la procréation se sont un peu contaminées à un moment.
- Speaker #0
Oui, tu as raison. Ça fait très grossesse multiple. Mais le... En effet, les projets artistiques sont des bébés. En effet, il y a parfois des mois de gestation quand le projet est à l'intérieur, dans notre tête, avant qu'il trouve sa forme, avant qu'on le révèle au monde. Et puis ensuite, un projet, c'est un bébé parce que c'est précieux, en fait. Et c'est à nous. Donc, il n'y a que nous qui pouvons le prendre comme ça dans nos bras. c'est C'est notre bébé. Et donc, c'est vrai que il y avait la naissance, l'arrivée de Stella à préparer. Et il y avait en même temps la vie de ce spectacle et comment ce spectacle allait évoluer. Dédoublé, c'est un spectacle que j'ai écrit en étant célibataire et en rêvant de trouver l'amour, en rêvant un jour d'avoir un bébé. Il a pris tellement de voix. C'est un spectacle que j'ai joué enceinte, puis après des fausses couches. C'est un spectacle que j'ai joué, je le raconte dans le livre, alors que je le saignais sur scène. Il aura vraiment tout connu et traversé des périodes. C'est un spectacle que j'ai joué dans des moments de deuil. Et donc, on est toujours endeuillé, mais par la disparition de quelqu'un de notre famille dont je parle dans le livre. Et... C'est vrai que c'était à la fois aussi un rempart et une protection. Le spectacle et la scène, c'était ce qui allait rythmer la vie. Et la vie se rythmait dans les trains et dans les villes de tournée, et dans le fait de partir et de revenir, et de voir d'autres paysages, et de sentir d'autres odeurs, de manger différentes choses, de ne pas rester sur place. Et c'est aussi pour ça que... Je me mets en miroir avec tous ces voyages avec ma mère pour garder l'idée du mouvement.
- Speaker #1
Oui, il y a toujours une forme d'errance. J'ai l'impression que l'errance est un peu un refuge pour toi. Parce que tu pars en Italie, tu pars dans le sud de la France, beaucoup avec ta maman, en tournée aussi avec ton compagnon Michael. Il y a l'idée aussi que l'errance permet peut-être d'alléger un peu la peine.
- Speaker #0
Oui, et puis c'est le côté aussi cinématographique. C'est-à-dire qu'en fait... Et d'un coup, c'est des nouveaux décors à filmer. En fait, quand j'écris, en effet, c'était pour moi étonnant de dire qu'à un moment, on est en Bretagne et puis ensuite, on est chez mon beau-père et ensuite, on est en travaux. Donc, au-delà, en fait, j'écrivais aussi en me disant comment j'adapterais peut-être un jour ce livre au cinéma. Et c'est sûr que ce n'est pas un huis clos.
- Speaker #1
Non, ça, c'est un emploi. Alors, avant la fin, j'aimerais inverser les rôles. Donc, pour le deuxième et dernier questionnaire. Je te propose cette fois-ci un questionnaire à l'envers. Je ne pose plus les questions, c'est à toi de les trouver. Et comme ça fait 7 ans que tu interviews beaucoup de gens sur ton podcast, ça devrait être facile. Alors, une question qui te ferait mentir.
- Speaker #0
Si on me demande... Pour qui je vais voter ? Je ne mentirai pas, mais je ne dirai pas pour qui je vais voter. Je ferai une pirouette.
- Speaker #1
Une pirouette, oui. Une vanne, en fait.
- Speaker #0
Une vanne. Je répondrai par une blague.
- Speaker #1
Une question qui te ferait perdre ton sens de l'humour.
- Speaker #0
En effet, quand on me parle de ma fille, je perds mon sens de l'humour parce que je deviens très premier degré. Je suis tellement in love d'elle que je parle de ses yeux bleus. Peut-être qu'il y a des endroits de bonheur et de mignonité. où on perd l'humour pour être juste dans l'admiration absolue d'elle. Mais après, quand je prends un peu de distance, je retrouve à nouveau la faculté de rigoler.
- Speaker #1
Une question que ton psy, Lacanien, te poserait sur tes spectacles ?
- Speaker #0
Qu'en a pensé votre père ? Classique !
- Speaker #1
Une question qui te ferait le plus rire ?
- Speaker #0
Ça pourrait être une question ou de quelqu'un qui s'est trompé. Mais alors, vous n'avez jamais parlé de vos origines ouzbek. Là, je serais bien, ça me ferait rire parce qu'en effet, j'en ai pas parlé parce que j'en ai pas. Enfin, voilà.
- Speaker #1
D'accord, oui, oui. Quelque chose d'un peu inattendu, tu es plus coupe-ongles ou ciseaux à ongles ?
- Speaker #0
Voilà, ça va nous faire rire, mais voilà, c'est ça. Quoique, je peux te répondre sincèrement, coupe-ongles.
- Speaker #1
Coupe-ongles, très bien.
- Speaker #0
Je trouve ça galère de se couper les ongles avec des ciseaux.
- Speaker #1
Pareil, moi aussi, la même.
- Speaker #0
C'est plutôt une très bonne question, à vrai dire. C'est vrai que c'est une question qui fait rigoler ?
- Speaker #1
En tout cas, je ne sais pas si ça fait rire, mais ce n'est pas la question. Tu viens de l'avoir en tête ? Non, je n'ai pas écrit.
- Speaker #0
Tu devrais la garder. Coupons le ciseau.
- Speaker #1
Je mets du copyright dans le...
- Speaker #0
Oui, ça t'appartient.
- Speaker #1
Une question que tu aimerais me poser.
- Speaker #0
Est-ce que les travaux ne t'ont pas trop dérangé pendant cet enregistrement, Michel ?
- Speaker #1
Écoute, au début, j'avais un peu peur. Maintenant, je pense que je m'y suis fait et on va tout faire pour vraiment préserver l'entretien dans toute son entièreté jusqu'au bout. Mais ça va aller. C'est aussi le tâtonnement. Ce qui est pratique avec mon titre, c'est que quand je galère, je dis je tâtonne et c'est mon titre. Donc c'est très facile.
- Speaker #0
Et comment t'es venu l'idée de ce titre ?
- Speaker #1
Alors l'idée de ce titre, ça m'est venu parce que j'ai réalisé des interviews. Des rencontres littéraires, des interviews auprès d'auteurs et d'autrices dans ma ville natale, à Ajaccio, beaucoup au moment de la promotion des livres. Et progressivement, ils m'ont un peu expliqué qu'ils aimaient bien les questions qui étaient un peu hors promotion, sur leur processus de création, sur leur raté, leurs échecs, parce que ça les rendait plus humains. Et qu'ils en avaient marre qu'ils pensent que tous les auteurs et autrices ont lu tout Proust, tout Hemingway, etc. pour vraiment les rendre plus humains, parce qu'eux aussi ne savent pas des choses, eux aussi ne savent pas vraiment où ils vont. Et c'est là où ça a commencé à nourrir, et puis je me suis rendu compte que tâtonner aussi dans ma vie, personnelle et professionnelle, et je me suis dit en fait tout le monde tâtonne, et je trouve qu'il faut trouver un angle qui soit moins dans la promotion classique, un peu léché, où quand il y a un film ou un livre, on a l'impression que tout s'est bien passé merveilleusement.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Mais c'est jamais le cas.
- Speaker #0
Le brouillon est toujours plus intéressant que le dessin final. Et c'est vrai qu'en plus, le langage promotionnel, parfois, peut être ultra...
- Speaker #1
Asseptisé, formaté, c'est les mêmes éléments de langage. Il y avait un auteur qui m'avait dit j'ai l'impression d'être un homme sandwich, alors qu'initialement, je suis un auteur. Donc ça, ça m'avait un peu fait réagir. Et une question que tu aimerais qu'on te pose, et qu'on ne te pose jamais.
- Speaker #0
Alors peut-être que... sur le livre, La peur au ventre. Toi, tes questions étaient vraiment super. J'ai eu peu de questions dans les interviews sur l'écriture même, le processus d'écriture, la dramaturgie, pourquoi ces allers-retours, la question de faire intervenir différentes époques. Parfois, lors de la sortie, j'ai fait des médias où c'était le thème, en effet, la fausse couche. Et j'étais ravie, évidemment, d'en parler. Mais parfois, il ne reliait même pas forcément au livre. Donc, je n'avais pas l'impression qu'il me recevait pour une oeuvre littéraire, mais vraiment dans une forme de magazine santé. Et de résultat, j'étais un peu frustrée de ça, parfois. Mais je trouve que dans tes questions, je me sens reconnue en tant qu'autrice et ça fait très plaisir.
- Speaker #1
Merci, parce que c'était l'objectif.
- Speaker #0
Objectif atteint.
- Speaker #1
Et la dernière question... rituel, une œuvre qui évoque le mieux pour toi le processus de création ?
- Speaker #0
Je vais répondre un truc ultra cheesy.
- Speaker #1
Non, il ne faut pas. Ce n'est pas parce que c'est cheesy.
- Speaker #0
Ok, alors c'est très cucu. Mais je pense aux aquarelles de Michael. C'est-à-dire que... Je t'ai prévenu. C'est vraiment... Ses aquarelles, oui. Il fait des aquarelles. Là, tu vois sur le mur, les deux cactus et les deux messieurs de profil, c'est lui.
- Speaker #1
D'accord, ok.
- Speaker #0
Et après aussi les différentes couleurs.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Et c'est vrai que je me souviens, quand j'étais enceinte, à un moment, il est devenu obsédé par ces messieurs de profil sur lesquels il mettait un bateau sur la tête. Et on en fait plein, Et c'est vrai que je trouve ça très joli dans le dessin, le fait de refaire et refaire le même dessin, la matérialité de ça. Parce que parfois... évidemment sur scène on refait on refait on refait on refait la même blague jusqu'à ce qu'elle soit excellente mais ce qu'on a à la fin c'est le spectacle fini capté avec la blague excellente dans un livre ce qu'on a c'est le livre imprimé avec la phrase finale avec les mots qu'on a trouvé mais dans le dessin il y a la matérialité des brouillons il y a la trace et donc ça je trouve ça très beau en fait ces traces
- Speaker #1
Merci Rosa
- Speaker #0
Merci Michel
- Speaker #1
Merci d'avoir marché à Taton avec moi. Si cette traversée vous habite, abonnez-vous à Michel à Taton et partagez l'épisode. D'autres artistes viendront chercher avec nous, dans le noir, encore.